La petite histoire du sac oublié sur un banc d’autobus

img_4664Deux heures à perdre pour rentrer chez soi… c’est l’histoire d’une drôle d’aventure. Vendredi soir, au 3e jour à jongler avec l’absence de train, je me suis glissée dans la ligne de bus express recommandée par une amie. Partie tôt du bureau, je suis arrivée sur le fil, suffisamment en avance pour faire partie de la soixantaine de chanceux à embarquer. Décontraction musculaire et abandon de mes multiples sacs sur le sol du véhicule – le vendredi est de ces jours où la pression retombe comme un soufflé mal cuit.

17 minutes plus tard – le trajet a été rapide et la soirée s’annonce prometteuse – je texte mon amoureux qui m’attend déjà au stationnement de l’arrêt du bus, une étape rendue obligatoire par la situation exceptionnelle des derniers jours. L’arrêt s’annonce, la personne à côté de moi fait mine d’ignorer mes signes, pour finalement se jeter dehors sitôt l’autobus arrêté. Je la suis cahin-caha en la maudissant quelque peu, traverse le carrefour hyper achalandé et rejoint la voiture familiale. Je m’échoue plus que je ne m’assoie sur le siège passager, aussitôt apostrophée par les exclamations et questions de mes enfants. Pourtant dans mon esprit c’est le silence qui se fait : qu’ai-je fait de mon sac de magasin, rempli de cadeaux, matériel d’art et dans lequel j’ai aussi fourré au dernier moment des papiers personnels confidentiels?

L’amoureux met les gaz et j’enclenche l’application de suivi des transports qui permet de géolocaliser les trajets en cours. L’autobus se trouve déjà à une dizaine de kilomètres. Tandis que mon conjoint se lance à sa poursuite, je tente de trouver un numéro de téléphone actif, une aiguille dans une botte de foin bien serrée un vendredi soir. Une dame me répond que si mon sac est retrouvé il sera probablement aux objets perdus lundi matin. Je sais ce que ce « si » signifie, j’ai un paquet de choses qui ont trouvé meilleur acquéreur après les avoir oubliées dans des endroits publics. Je ne peux pas prendre la chance de laisser mes documents et les cadeaux sont pour un anniversaire qui a lieu le lendemain. Au bord de l’apoplexie, je tente un nouvel appel. « Les autobus reviennent au terminus ensuite s’ils ont fini leurs parcours ». Un seul autobus de la ligne reste encore à partir, quelque 20 minutes plus tard, soit le minimum pour nous pour rejoindre ledit terminus.

Demi-tour serré et pied au plancher, l’amoureux met le cap vers la ville d’où j’ai embarqué. « Ça va Maman? », demande ma grande fille à l’arrière devant mon teint livide. « J’ai encore espoir », je lui promets.

Au terminus, il reste une minute avant le départ du dernier bus. Je me jette hors de la voiture, pense à féliciter le hasard qui a passé le feu piéton au vert quelques secondes avant mon arrivée, et me jette sur le chauffeur. Ce n’est pas lui.

Il ne peut pas entrer en contact avec les autres chauffeurs, il ne sait même pas qui était dans les autres autobus ce soir là. « Il peut avoir fini ou avoir changé de ligne », m’explique-t-il. Le désespoir commence à me gagner. « Adressez-vous à l’agent ici », me propose-t-il en désignant un homme sur le quai.

Cet homme – je rompts le suspense ici – sera celui de la Providence. Devant mon air déconfit, il appelle « le terminal », m’indiquant au passage qu’une partie des autobus de cette ligne sont ramenés dans une autre ville. Ils ont l’heure du départ mais pas le numéro du bus. Il me fait saisir un numéro de téléphone – celui de son chef, qui pourra me contacter lundi matin pour me remettre mes affaires si elles ont été retrouvées. Je trépigne. J’insiste. Ne rien lâcher surtout. Il me dévisage. « Je rentre au terminal bientôt de toute façon. Si quelque chose a été retrouvé, je vous appelle ce soir. Sans faute. Donnez-moi une heure. »

54 minutes plus tard, mon téléphone sonne. « J’ai une bonne nouvelle », dit-il. Il a le sac en sa possession, je pourrais le récupérer en début de semaine puisque le terminal est désormais fermé. Mais je ne peux lâcher si prêt du but. « Je peux être là dans dix minutes ». Je n’y serais jamais en si peu de temps. « 15 plutôt », je me corrige. « Ok, je vous attend dans la ville voisine, j’aurais ma voiture privée, attendez-moi sur les quais de débarquement ».

Lorsque je descends de ma voiture, 15 minutes plus tard, j’ai dans mes mains une boîte de chocolats, récupéré à l’épicerie un peu plus tôt. J’ai surtout, au bout des lèvres, une reconnaissance énorme. Il dit « je pars en vacances la semaine prochaine », et puis « fallait pas pour les chocolats ». Et même si je me sens coupable de lui avoir fait faire tout ça, je garde en tête qu’on se sent toujours un peu plus heureux après un beau geste ou une bonne action.

Alors j’espère qu’il est parti aujourd’hui en congés le cœur plus léger parce que de mon côté, c’est un sacré poids qu’il a enlevé de mes épaules ce soir là.

-Lexie Swing-

La sortie en forêt

Figés sur papier glacé, dans la blancheur de la neige. Ces derniers temps, la neige tombe sans fin et le froid se fait plus mordant. Les activités hivernales gagnent du terrain, au gré du bon vouloir parental et de la nécessité, surtout, de faire se dépenser les enfants excités.

Et puis ça rend bien, les manteaux d’enfants colorés, au milieu de toute cette neige.

C’est ce que je me dis, en découvrant les photos qui abondent sur les réseaux sociaux. Ces mines réjouies dans ce blanc sans fausse note. Il n’y a pas le son, bien sûr. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs, qu’on les photographie plutôt qu’on ne les filme.

Parce qu’on sait tous, ce que ça prend de photographier des enfants, ça se plaint avant, ça grimace après, et puis ça se précipite sur toi sitôt le son de l’appareil entendu pour découvrir son visage ainsi immortalisé.

J’y étais, moi, dans la neige ce week-end. J’avais envie de me perdre dans la forêt avec mon chien. Comme il fallait aussi aérer les enfants, j’ai fait d’une pierre deux coups et j’ai mis tout le monde dans la voiture.

Bien sûr, j’ai été accueillie par des plaintes féroces. Il allait faire froid. Il fallait enfiler les habits de neige. Les bas de ski ne rentraient pas dans les bottes… Ça prend beaucoup de volonté dans la vie d’être parent, quand chacune de tes propositions est accueillie par un torrent de complaintes.

Bref, j’ai mis tout ce beau monde dans la voiture, agrémentant l’opération de quelques invitations joyeuses : «On pourra faire un bonhomme!», «Il y aura peut-être des cerfs!», «Crois-tu que le chien aimera se rouler dans la neige avec nous?».

Ambiance éducation bienveillante.

Je vous rassure, ça n’a pas duré. L’une des deux a dit «t’es méchante de nous faire sortir dans le froid», et j’ai perdu les pédales, hurlant, la tête à moitié passée dans l’habitacle que oui, j’étais méchante, que j’étais la mère, je faisais ce que je voulais et qu’elle allait aller marcher dans la neige non mais oh.

Et que je ne voulais plus l’entendre dire un mot.

Mais soyons franc, ça, ça ne marche jamais.

J’ai débarqué chien et enfants sur le stationnement tout proche de la balade, et admiré en passant une autre mère solitaire qui enfilait des raquettes aux pieds de sa fille aînée tout en maintenant un porte-bébé sur son dos pour son plus jeune. La mère était calme, l’enfant était calme. J’ai eu un sourire d’admiration, mais peut-être en pensait-elle autant après tout, moi qui, à défaut de raquettes, avait jugé bon d’emmener un gros chien en balade en plus de mes deux enfants.

J’adore les balades en forêt, le calme que cela procure, l’apaisement qui me gagne immédiatement, comme si le cœur retrouvait son origine.

Mais forcément, c’est moins vrai avec des enfants.

«Remets tes gants!»

– Lâche le chien

– Par par là!

– Attention tu vas tomber du pont!

– Ne mange pas cette neige, le chien a fait pipi dessus!

– Mets toi sur le côté, tu gênes les gens qui veulent passer!

La vie avec les enfants est faite de découvertes, et je me plais à croire que nous les amenons à en faire, que nous les enjoignons à regarder, à toucher, à goûter, que nous mettons à leur portée les belles choses de l’existence pour les enrichir. Que nous nous agenouillons pour voir le monde avec leurs yeux et les portons sur nos épaules pour qu’ils le voient avec les nôtres. Que nous tendons le doigt vers la cîme des arbres et l’aplomb des rochers pour leur montrer ce que la nature a de plus précieux.

Mais des fois non, des fois ça ne marche pas. Des fois, c’est une sortie ratée, une occasion manquée. Ça s’instagrame à peine, ça ne se youtube définitivement pas. Ça s’oublie, ça oui. En espérant qu’on fera mieux, la prochaine fois.

– Lexie Swing-

Maladresse

Il y a des gens dans la vie qui sont plus maladroits que d’autres. Il y a ceux à qui on ne confie jamais la soupière parce qu’ils ont les mains comme des savonnettes. Leur donner un verre revient à les voir exécuter un numéro de jonglerie, grand écart compris. Les jours de chance, ils récupèrent le verre à quelques millimètres du sol. Les mauvais jours, le verre s’explose en micro-particules et il contenait du sirop. Beaucoup de sirop.

Il y a ceux que Mère Nature a doté de deux mains fonctionnelles mais qui sont maladroits dans l’âme. Les gaffeurs nés. Moi, genre.

Si vous venez de faire une gaffe monstrueuse, passez-moi un message. J’ai sûrement fait tout autant un jour. Et je vais vous confier un secret : un jour, on en rit.

Pas sur le moment non, jamais. Sur le moment, on a cette sensation très particulière d’un courant d’air dans la poitrine. Comme si, l’espace d’un instant, le corps entier se vidait de sa substance. Je connais tellement bien cette sensation que comme je suis hypersensible, je la ressens aussi quand les autres font une gaffe.

Mon plus vieux souvenir en la matière remonte à mes 11 ou 12 ans. Après avoir passé un camp d’été avec deux copines rencontrés là-bas, j’ai voulu entretenir les bonnes relations ainsi créées en envoyant deux lettres. A la première, je demandais des nouvelles polies. A la seconde, je donnais toute mon amitié et en profitait pour critiquer la première. Le comble aurait bien sûr été d’intervertir les lettres … le karma, mes amis, le karma. L’histoire dit que depuis, les deux filles sont devenues bonnes amies. Moi, en revanche, je ne fais plus partie du décor.

J’ai reproduit l’expérience des dizaines de fois : mots de colère envoyés à la mauvaise personne, textos osés qui se sont trompés de destinataire, jusqu’à mon plus grand éclat : alors que je voulais quitter un emploi que je ne supportais plus, j’ai fait un « répondre à tous » à un message visant à organiser le repas de Noël de l’équipe avec les mots « pas question que j’y aille, je ne les supporte plus tous ces cons ».

Oui, j’ai un très bon karma dans la vie.

En vrai, l’expérience m’a appris à tenir ma langue : pas de critiques, pas de problème.

Pourquoi je vous parle de tout ça alors ? Parce que j’ai fait récemment une gaffe vraiment drôle, quoique franchement limite selon la pudeur de la personne victime de ma gaffe. Et je m’excuse par avance si je choque quelqu’un.

Récemment, alors que je faisais la file pour sortir du train, j’ai voulu attraper quelque chose dans mon sac à dos. Mon sac à dos qui était déjà sur mon dos. Alors je tends les bras derrière moi, j’empoigne la petite poche à deux mains, que je tâte vigoureusement pour voir si elle contient ce que je cherche.

Et puis la poche s’est mise à parler. Elle a dit « mmmh excusez moi, mais c’est mon sein ça ».

En fait de poche, je tâtais vigoureusement la poitrine de la personne suivante. Preuve que j’avais les mains trop haut d’ailleurs.

La bonne nouvelle, c’est que le cramoisi ça ne se voit pas de dos.

Sur ces bons mots … ;)

-Lexie Swing-

PS Et vous, vos plus belles hontes ?