En otage

img_4599École, garderie, travail, école, garderie, maison. Le chemin est long, le quotidien rythmé. La vie de tous les jours consiste à se demander ce qui vient après, et les gestes sont automatiques. Le bain, les devoirs, le repas, la vaisselle, la lecture, le coucher, la télé si on est chanceux. Pas le temps de relever la tête, aucune chance de souffler. La roue tourne, inarétable.

Depuis quelques jours, sur notre ligne de train, des manifestants bloquent les rails. Sur une autre ligne de banlieue, ils sont là depuis plus longtemps encore. Mercredi, lorsqu’ils ont posé les bases de la révolte, nous étions en milieu de journée, les fesses ferrées dans nos sièges de bureau, les enfants à l’école et la voiture à la gare. Il a fallu quitter le travail plus tôt, piétiner devant un autobus bondé, choisir finalement l’option du métro pour échouer dans un Uber. 30 dollars et une heure plus tard, nous avons récupéré notre voiture et retrouvé nos enfants. Au jour 2, l’autobus du matin était plein et les voyageurs debout. La gymnastique commençait alors : déposer les enfants, et revenir se stationner proche de l’autobus. Écourter sa journée de travail et faire le chemin inverse. Croiser les doigts pour que le trafic permette d’arriver avant la fermeture. Récupérer des enfants bien trop longtemps après les avoir déposés le matin. Et puis recommencer encore.

L’impatience commence à se faire sentir, la fatigue embarque, les familles s’emportent. Nous sommes tous au maximum de la flexibilité et la corde est prête à rompre. Nos vies sont minutées, nos loisirs sacrifiés. Nous partons à l’heure pour épargner nos enfants, nous rapportons du travail à la maison pour faire honneur à nos responsabilités. Nous faisons des compromis, nous nous commettons, nous distribuons l’empathie et la compréhension comme autant de confettis sur les pavés de la mairie. Nous excusons les retards, jonglons avec les journées pédagogiques ou les vacances à répétition. Nous nous absentons pour des maladies que nous n’avons pas et nous entêtons à travailler alors que nous sommes au fond du trou.

Alors que des agents tentaient de diriger des usagers vers des trains affrétés pour l’occasion, j’ai vu un homme s’emporter. « Comment ça je n’attends pas pour le bon autobus ? Il s’arrête à ma gare d’habitude celui ci monsieur ! J’ai raté le départ de l’autre autobus, je fais quoi maintenant ?Vous vous rendez compte que ça fait plusieurs jours que j’arrive en retard pour récupérer mes enfants ? Je vais leur dire quoi à mes enfants moi Monsieur? »

On sait qu’il est inutile de tirer sur le messager. Mais ce n’est pas de la colère que les familles déversent, c’est de l’inquiétude, c’est de la fatigue, c’est la corde que les imprévus grignotent et qui va finir par lâcher.

Ce soir, les barricades ont été levées. Elles restent présentes sur les autres secteurs, laissant peser la menace d’une nouvelle semaine « d’arrangements » pour les familles concernées.

De mon côté, j’espère reprendre notre rythme déjà serré et ne plus perdre deux heures dans les transports parce que j’ai oublié un document personnel sur un banc d’autobus… bref, je vous raconterai !

Bon week end!

-Lexie Swing-

7 réflexions sur “En otage

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