La vie en 2021

J’aimerais vous dire que je suis tellement concentrée sur mille et un projets que je ne trouve guère de temps pour écrire ici. Que mon esprit est ailleurs et que mes doigts fourmillent d’histoires que je projette écrire sur d’autres supports que celui d’Internet.

Mais la vérité est autre. C’est une vérité, un mal qui s’est répandu comme une traînée de poudre coulant d’un baril troué balloté en pleine tempête, si j’en crois cette épidémie de blogs sous-alimentés depuis un an.

Je n’en connais pas la cause exacte, mais le mal semble prendre ses racines dans une forme de lassitude, une redondance dans nos journées qui confine à la monotonie. La poésie qui nous saisissait même devant les scènes quotidiennes et la métronomie d’une routine installée, semble s’être égarée.

Il n’y a plus de rébellion en moi, s’il n’y en a d’ailleurs jamais eu. Je n’ai jamais tapé du poing en vain, depuis un an, arguant que ça allait bien maintenant, que ça ne faisait pas de sens tout ça, que toutes ces mesures étaient inconsistantes, qu’il fallait bien mourir de quelque chose, que c’était quoi de plus qu’une grosse grippe, que ce serait fini demain.

Nous avons avancé sans broncher. Désinfecté. Fermé notre porte aux amis et aux inconnus. Nous avons gardé nos distances et annulé nos billets d’avion. Nous avons porté nos masques, toujours.

Il n’y a pas eu de retour en arrière pour nous, depuis un an. Il n’y a pas eu de soudaine reprise de la vie, de vent d’espoir, de grandes réunions. Il y a eu des soubresauts timides, un repas pris à trois familles sur une terrasse ombragée, un resto entre copines, quelques balades en forêt.

Il y a longtemps que nous n’attendons plus vraiment quelque chose, que nous avons décidé de prendre les journées comme elles venaient, avec application. Toujours la même routine, les mêmes balades, sans projection.

Nous sommes désormais recentrés sur le quotidien, sur un essentiel dépouillé. Nos joies sont faites de maigres victoires : un plat réussi, une pile de linge pliée, une maison nettoyée. Et puis de quelques unes plus grandes aussi. Lorsque nous avons appris que l’école allait reprendre début janvier comme prévu – et contre toute attente, après trois semaines et demi de « vacances » – nous avons dansé dans le salon. Les chiffres qui baissent sont autant de buts marqués dans un match sans merci. Le plus long, la plus éprouvante partie qu’il nous aura été donnée de supporter, d’encourager.

Elle nous laisse exsangues et c’est cette fatigue, lancinante, qui peu à peu enlève aux mots leur chair et au quotidien ses couleurs.

Je mentirai si je disais que cette période ne m’a rien apporté. Malgré les apparences, j’y ai gagné tellement ! Une sérénité perdue depuis longtemps, une proximité avec mes enfants, un confort de vie absolu.

Reste cette cage dorée dans laquelle nous vivons, qui nous coupe du monde extérieur. De nos amis, avec qui l’on échange désormais sur des bouts de trottoir. De notre famille, parce que l’océan qui nous sépare n’a jamais semblé aussi immense.

Je nous souhaite à tous de la lumière, au bout de ce tunnel qui semble sans fin.

-Lexie Swing-

12 réflexions sur “La vie en 2021

  1. Pour rompre la monotonie on a innové : on l’a attrapé ! Il faut gérer les tests, l’isolement, les arrêts de travail, l’école à la maison, la grosse fatigue, la perte d’odorat, essayer de comprendre où on l’a attrapé et pourquoi untel est negatif… pas que du fun, mais ça change un peu !

  2. C’est vrai que c’est une drôle de vie que cette vie là!
    J’ai de la chance, les mots sont toujours là, ils sont même peut-être les derniers amis que je peux voir librement, si eux quittaient le navire, je serais un peu perdue!
    Sinon oui ce temps permet un retour à soi, sa famille, son foyer. On aimerait juste que la parenthèse touche à sa fin, enfin.
    Heureuse de te lire Lexie!

  3. Tu as raison, la lassitude et la monotonie nous tue chaque jour à petit feu. Et l’impossibilité de se projeter nous cloue les pieds au sol, tel un forçat. La période que nous vivons s’avère de plus en plus compliquée à gérer sur la durée. J’ose croire que la lumière est au bout du tunnel, reste à savoir de combien de kilomètres celui-ci est composé….

    • Je pense que cela dépend des caractères. Personnellement, je pense être faite pour, mais avec des extras, des moments différents. C’est aussi ce qui fait le sel de la vie, ce qui transforme une simple route en une aventure.

  4. C’est exactement ça. J’ai écrit là dessus il y a peu aussi car cela m’inquiète, cet endormissement collectif. Tu le décris si bien..

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