La valse branlante des nouveaux pères

On parle encore d’eux comme d’une espèce en construction, à mi-chemin entre le bébé courgette et la couche avec repère de fuite urinaire. Testé mais pas encore approuvé. Doit encore faire ses preuves.

Le magazine Parents y consacre quatre pages dans son édition de février. Outre le rôle de plus en plus important que joue ces pères, la journaliste Gaëlle Guernalec-Levy en profite pour souligner toute la difficulté qu’ils ont à tenir cette place. Question de volonté? Même pas. Question plutôt d’organisation, de vision de la société, de timing. Les nouveaux papas ont, disons-le clairement, le cul entre deux chaises, voire trois. Oui c’est un peu le Koh-Lanta de la chaise musicale. Après s’être fait rabrouer depuis une trentaine d’années parce qu’ils ne jouaient pas, ou qu’à moitié, leur rôle de père, ils doivent désormais se débattre entre des patrons peu disposés à leur laisser du temps pour éduquer leurs enfants et des épouses volontiers critiques mais finalement très réticentes à leur accorder du crédit dans ce rôle. Parce que le « si tu n’es pas sage, je le dis à Papa » est encore beaucoup plus utilisé que le « tu aimes bien cette robe? Tu iras voir avec Papa samedi si elle existe dans ta taille ». Parce que les hommes ne connaissent jamais, c’est bien connu il paraît, la taille de vêtements de leurs enfants ou le numéro de téléphone de la nounou. Parce qu’il y a encore beaucoup de mères qui préfèrent accoucher seules pendant que le papa attend dans la salle à côté, « parce que tout ça, c’est avant tout une affaire de femmes » assurent-elle.

Jeune père américain et son bébé./ Photo Tobyotter

Jeune père américain et son bébé./ Photo Tobyotter

A la lecture de l’article, j’ai réalisé que ces nouveaux pères se trouvaient sur le même parcours de cross-country que les femmes d’aujourd’hui, qui se battent encore pour qu’on leur accorde autant de crédit en tant que mère, qu’en tant que salariée ou chef d’entreprise. Est-ce parce qu’on en a bavé, et qu’on en bave encore, qu’on refuse de leur faciliter la tâche? N’empêche qu’assurer que les hommes ne savent pas changer une couche, donner un bain ou préparer un biberon sans l’intervention quasi militaire de sa compagne, c’est largement, largement, aussi sexiste et injuste que de klaxonner la voiture de devant en proclamant « femmes au volant, mort au tournant ».

-Lexie Swing-

Ceinture lombaire pour grossesse sereine

A 30 semaines d’aménorrhée (mot compte triple), le verdict est tombé: col raccourci. Pas de quoi faire des offrandes de cacahuètes à Mère Nature pour apaiser la menace d’un accouchement prématuré mais un mot d’ordre: se reposer. Et puis trois autres sur une ordonnance: ceinture physiomat confort.

Une taille unique et deux bandes pour ajuster./ Photo Physiomat

Une taille unique et deux bandes pour ajuster./ Photo Physiomat

Ladite ceinture, non remboursée par ailleurs, est aussi moche qu’elle est efficace. Ajustée sur les hanches, elle a rempli le rôle que mon col peinait à jouer: supporter le kilo 800 de mon poupon et le garder bien au chaud. Une seule condition: la porter dès que l’on se tient debout plus de dix minutes. J’ai lu quelques critiques sur ce type de ceintures qui provoquerait un affaissement du périnée. Honnêtement, c’est possible, surtout si on la porte dès les premiers mois. Mais pour supporter le dernier trimestre, elle est parfaite: maux de dos réduits, col soulagé, que demande le peuple? Des couleurs plus classes peut-être, plus passe-partout… Pour le moment, on est plus dans l’outil d’hôpital que dans l’accessoire de mode. Allez, un p’tit effort… entièrement noire ce serait tellement plus chic!

-Lexie Swing-

Ma pilule est-elle de 3e ou 4e génération?

Depuis la plainte de Marion Larat, 25 ans et handicapée après un AVC potentiellement provoqué par la prise régulière de sa pilule Meliane, toutes les femmes se demandent « est-ce que moi aussi je courais les mêmes risques? » Et puis surtout, « quelles sont ces fameuses pilules? » S’ensuivent alors généralement des explications plus ou moins compliquées sur la présence de gestodène, de norgestimate ou de drospirénone. Et là, ça vous énerve… « Je t’ai demandé le temps qu’il fera demain, pas le pourquoi du comment de la formation de ces foutus nuages », ragez-vous…

Les pilules de 3e et 4e génération ne seront plus remboursées./ Photo Flikkesteph

Les pilules de 3e et 4e génération ne seront plus remboursées./ Photo Flikkesteph

Bref, Slate est sympa, Slate l’a fait, Slate a rédigé une petite liste, a priori non exhaustive, de ces fameuses pilules. Parmi les 3e génération, on retrouve Cycleane, Meliane, Melodia ou Varnoline, parmi les plus connues. Pour les 4e génération, Bélanette, Jasmine, Jasminelle et Yaz (la mienne… du moins la mienne avant bébé).

A ce stade, vous n’êtes pas peureuse, ni hypocondriaque, vous êtes pourvue d’une capacité de raisonnement tout à fait appréciable, mais vous avez quand même la très brève, quoique fulgurante, pensée… « Vais-je mourir? »

A priori non, en tout cas pas tout de suite là. Mais un petit check-up auprès de votre médecin peut être le bienvenu. Juste pour être sûr que votre super pilule dernier cri est adaptée à votre organisme…

Viol collectif, barbarie: la jeune Indienne a succombé à ses blessures

Samedi matin, au réveil, les chaînes d’info en continu affichaient une triste nouvelle: « La jeune Indienne victime d’un viol collectif est décédée ». On passera sur la hiérarchie de l’information (vacances au ski, censure du Conseil Constitutionnel sur la taxe à 75% pour les très hauts revenus, puis seulement l’Inde), et on remercie Le Monde pour avoir choisi de traiter l’info en priorité. Dans l’article en lien, la jeune femme de 23 ans est dans un état critique, dans celui que je vous écris, nous avons dégringolé d’une marche supplémentaire: elle est morte. Elle est morte et la rage de l’Inde monte, montrant au monde une réalité que beaucoup ignoraient.

Le crime a été perpetré à New Delhi, la capitale indienne.

Le crime a été perpetré à New Delhi, la capitale indienne./ Photo KlausNahr

Comme l’expliquait l’Express hier, l’étudiante de 23 ans a pris le bus à New Delhi après une soirée ciné – comme n’importe quelle étudiante – où elle s’est retrouvée aux prises avec six jeunes bourrés – comme ça peut arriver à n’importe quelle étudiante – qui l’ont violée au fond du bus sans que qui ce soit intervienne malgré le fait que le bus ait été contrôlé à plusieurs reprises par la police sur son trajet – comme ça ne devrait arriver à personne. Ajoutez à cela que ses intestins, son vagin, etc, ont été atteints de multiples lésions parce qu’entre autres sévices ils l’ont pénétrée avec une barre de fer rouillée et on est au comble de l’horreur. Spectateur désemparé, on est assailli de questions: pourquoi la police n’a rien fait? Pourquoi le chauffeur du bus n’a-t-il pas réagi? Qu’est-il advenu du petit ami de l’étudiante? Pourquoi une autre jeune femme indienne s’est-elle suicidée vendredi, arguant que la police avait refusé d’enregistrer sa plainte pour viol? Quel est le quotidien de ces femmes? Ont-elles peur tout le temps? Evitent-elles elles aussi les rues sombres la nuit pour ne pas faire de mauvaises rencontres? Est-ce que leurs taxis sont sûrs? Se font-elles raccompagnés par leurs amis le soir? A quel point ont-elles peur? Et est-ce que la famille de cette jeune femme pourra un jour se dire qu’elle n’est pas morte en vain?

-Lexie Swing-

Pour ou contre l’allaitement

« Pour ou contre l’allaitement »… la question revient souvent sur les forums de grossesse, sacralisant ce qui est à mon sens l’un des plus importants problèmes de la maternité d’aujourd’hui. Les femmes actuelles se doivent non seulement d’occuper des postes importants, sinon utiles, mais aussi de savoir cuisiner (retour au terroir et aux produits qui vont avec), d’avoir de l’ouverture d’esprit et de la culture (l’aventurière gagne des points), et bien sûr, mais il fut ainsi de tout temps, d’être « une bonne mère ». Et ce « bonne mère » implique toujours l’allaitement, toujours. Une femme qui n’a pas allaité ne le fait pas par choix mais par défaut (pas assez de lait, pas assez de temps). Du moins, beaucoup disent aujourd’hui ne pas avoir allaité « parce qu’elles ne le sentaient pas » mais sont aussitôt accusés de ne pas avoir voulu le bien de leur enfant, au profit de leur confort à elles. Le problème de toutes ces femmes, dont moi? Ces mères, qui ressemblent à s’y méprendre à celles du fameux Tea Party américain, qui s’érigent en parangon de vertu. Persuadées de de détenir les clefs de la « vraie » maternité, elles flagellent toutes celles qui ne suivent pas leur exemple à grands coups de « les statistiques prouvent que… », « l’enfant est mieux ainsi… », « c’est la nature qui nous a faites ainsi, les autres mammifères font pareil », avant que la sentence tombe: « mauvaise mère ».

Allaitement./ Photo Couscouschocolat

Allaitement./ Photo Couscouschocolat

Outre le fait d’avoir fait de la maternité une cause nationale et non plus un domaine de la sphère privée, ces mères ont réussi à faire de l’allaitement un enjeu. J’ai l’intime conviction que les mères d’hier tendaient naturellement vers l’allaitement, qu’elles arrêtaient au moment où celui-ci devenait incompatible avec leur vie personnelle (au bout d’un jour, un mois, un an) et nul ne s’en étonnait. Aujourd’hui, et dès les prémices de votre grossesse, où vous demandera invariablement « souhaitez-vous ou non allaiter? » Il faut se positionner, prendre parti, être dans un clan avant même de savoir ce qu’est la maternité. Et ceux qui n’ont jamais lu ou entendu une jeune mère épuisée par des nuits sans dormir, aux seins crevassés jusqu’à la gorge, se plaindre d’avoir échoué dans son rôle de mère, n’ont pas encore saisi l’ampleur du problème.

-Lexie Swing-

Grossesse: les joyeux symptômes de la femme enceinte

Pertes, vertiges, nausées, fatigue…. Le cocktail est détonnant, le résultat peu agréable et pourtant il s’agit pour beaucoup de femmes du « mélange idéal », celui qui prédestine un « + » sur un test de grossesse.

Deux barres parallèles: un test de grossesse positif.

Deux barres parallèles: un test de grossesse positif.

Vous avez déjà eu la gastro-entérite, la grippe? Vous avez déjà passé plusieurs nuits accroché à une bassine comme Robinson à son radeau de fortune? Il s’agit rarement de souvenirs agréables, et pourtant ce sont ces mêmes symptômes qui vous rendront euphorique le moment venu (sûrement encore plus si vous êtes le conjoint, ça s’appelle « les avantages sans les inconvénients »). Un petit tour par les forums de grossesse sera la meilleure illustration: « J’ai des pertes marrons et des douleurs de règles, suis-je enceinte? » Entendez par là que la demoiselle est pliée en deux sur son canapé. « J’ai le ventre ballonné et très mal aux reins »… Vous vous souvenez de vos coliques néphrétiques, celle où vous vous rouliez pas terre en gémissant « je vais mou-riiiir » (la séparation des deux dernières syllabes et l’accentuation de l’ultime voyelle est importante), ça vous revient? C’est un symptôme! « J’ai passé la nuit à vomir et j’ai des vertiges dès que je me lève. » La gastro couplée à la grippe, le meilleur des deux mondes.

Tous ces symptômes que l’on abhorre d’ordinaire puisqu’ils sont annonciateurs de moments peu sympathiques revêtent soudainement leur costume de fête. Je vous en fait la promesse très officielle. Une femme qui cherche à tomber enceinte peut prononcer des phrases aussi improbables que « Chéri(e), j’ai l’impression qu’on essaye de m’arracher le sein droit, les entrailles, j’ai une migraine depuis deux jours et je viens de rendre le gigot de midi, c’est superfragilisticultraformidable non? »

Dans tous les cas, et pour celles qui chercheraient la recette idéale, il n’y a pas un symptôme qui se ressemble, pas une femme enceinte qui puisse comparer sa grossesse à celle d’une autre. En vrac, on peut cependant considérer que:
des maux de ventre, une hyper-émotivité, des nausées/vomissements, de la fatigue, des vertiges, des insomnies, des pertes blanches, parfois des pertes marrons, des douleurs à la poitrine, des maux de tête, une hypersalivation, des gencives qui saignent, peuvent être des signes de grossesse. Vous pouvez les avoir tous (petite veinarde) comme aucun. Le seul à vraiment prendre en compte est l’absence de règles, ou aménorrhée, même s’il arrive à certaines femmes d’avoir ce que l’on a coutume d’appeler « des règles anniversaire ».
Dans tous les cas, inutile d’énumérer vos symptômes sur un forum puisque la réponse sera invariablement la même: « Faites un test ». Et sans faire de pub, les tests qui écrivent en toutes lettres « Enceinte » ont quelque chose en plus, un petit côté Cupidon qui devrait vous plaire…

-Lexie Swing-

Discrimation féminine à Cannes?

Slate publiait il y a quelques jours un article relayant l’action du collectif La Barbe: 1700 personnes du milieu du cinéma ont signé une pétition dénonçant l’absence de films réalisés par des femmes à Cannes. Moi, dès que je lis « femmes », « discrimination », « lutte féminine », je clique. C’est mon dada, l’égalité hommes-femmes. J’admire les femmes fortes et indépendantes, applaudit les mères, fait la moue quand une amie m’annonce « son congé parental de trois ans et après on verra », soupire quand l’une de mes consoeurs, surdiplômée, snobe son groupe de copines pour tendre le pot de cornichons au couvercle récalcitrant au seul homme de la tablée.

Sur Slate.fr, j’ai lu « misogyne » alors j’ai cliqué. Qui était encore le gros naze de bonhomme qui faisait le paon sur son piédestal?

Pas de films de réalisatrices à Cannes… bon. Je connais mal le milieu du cinéma, mais on semble y croiser plus d’hommes que de femmes. Pourtant j’ai gardé en mémoire l’excellent Polisse réalisé par Maïwenn, le Tout ce qui brille de Géraldine Nakache (son premier long-métrage), l’oscar du meilleur film en 2010 pour Démineurs de Kathryn Bigelow. Cannes privilégierait les réalisateurs? Je reste souvent stupéfaite devant certains rouages corruptifs dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence, mais encore ici je doute. Le festival de Berlin, moins snob, et semble-t-il plus ouvert, accueille-t-il plus de réalisatrices? Et surtout: le milieu des récompenses cinématographiques devrait-il user de discrimination positive à l’égard des films « de femmes »?

Moi je ne pense pas. Mettre en avant les femmes par le biais de la discrimination positive, c’est parfois urgent, par moments incontournable, mais à mon sens pas toujours nécessaire. Je pars du principe que l’on aime les films (qu’on soit jury à Cannes ou simple spectateur, entendons-nous bien!) indépendamment du sexe de son réalisateur. On recherche la qualité des plans, la capacité à raconter une histoire, les prises de risque. A un moment, il serait bon de cesser de différencier pour englober. Il est des choses pour lesquelles hommes et femmes seront toujours différents, physiologiquement entre autres, mais le fait de réaliser un bon film, apprécié du public, adoubé par un jury à Cannes, Berlin ou Toronto n’en fait pas partie.

Le problème est alors dans « l’avant », la décision. Comme le souligne Charlotte Pudlowsky dans son article, en reprenant les paroles de Thierry Frémaux, Cannes n’est que l’illustration de ce qui se passe dans le milieu du cinéma: très peu de femmes réalisent des long-métrages. Si mise en avant des femmes il doit y avoir, elle doit se faire en amont. En les appâtant dans les écoles de cinéma, en les poussant à prendre des risques, en les rassurant dans leurs capacités à lutter, non pas en tant que femme mais en tant que réalisateur à part entière.

« Polisse »

-Lexie Swing-