A 14h08, samedi dernier, notre avion s’est posé sur le tarmac de l’aéroport Montréal-Trudeau. A 14h10, je rallumais mon téléphone. Au milieu des messages reçus, celui de mon amie qui m’annonçait le décès de son père. Ce n’est pas n’importe quelle amie, comme ce n’était pas n’importe quel père. D’ailleurs ce sont en réalité mes amies, au pluriel, et une grande famille que j’ai eu la chance de côtoyer depuis les premiers mots que j’ai couchés sur des feuilles.
Ces mots que j’écrivais, leur Papa les lisait. Pas à l’époque, probablement, mais plus tard oui. A l’instar de celles et ceux qui, ici, sur les réseaux sociaux ou par message privé, ponctuent mes écrits de leurs réflexions, commentaires et appréciations, il n’hésitait jamais à rebondir, interpeller l’un des membres de sa famille ou partager un passage qui lui avait plu.
J’en aurais écrit mille, des articles, si ça avait pu rallonger le chemin. Je l’aurais pavé de poésie, de doux et d’espoir. Mais même les mots les plus rares n’ont pas ce pouvoir.
Je ne savais pas tout de lui, pas grand chose même. Vous savez comment c’est, les parents de nos amis. On entre chez eux sur la pointe des pieds, attendant dans l’ombre, statufié, de se voir désigner une heure, un espace, un coin de table où l’on sera les bienvenus. Et puis on revient, jour après jour, année après année, à mesure que les amitiés grandissent. On s’invite pour tout, pour rien et un jour, on est comme chez soi. Je ne savais rien de plus de lui que ce que l’enfance avait su voir : une voix, une stature, une place à table, un rire, une façon de s’adresser aux siens. Mais lorsque, plus tard, la vie a fait son oeuvre et remplacé nos pitreries d’enfants par des préoccupations d’adultes, j’ai emporté dans mes bagages la sérénité qui se dégageait de cette vie, la bonhommie avec laquelle on m’accueillait et le sentiment que, si je me perdais un jour, le Nord pourrait sans peine se trouver à leur table.
A l’entrecroisement des mers et des terres, il y a parfois un phare qui brille plus que les autres. Et lorsque la lumière s’éteint, alors c’est tout un équipage qui doit réapprendre à se guider à la lueur des étoiles. Je souhaite à mes amies et à leur famille tout le courage possible pour faire face à cette épreuve.
Nous sommes la première semaine de janvier et je voulais vous transmettre mes meilleurs vœux. Dans quel état d’esprit commencez-vous 2024 ? Fébrile ? Nerveux ? Indifférent ? Êtes-vous du genre à faire mille projets ? Ou plutôt à clamer que le 1er janvier n’est que l’implacable continuité du 31 décembre, gueule de bois en option ?
De mon côté, je la commence comme je l’ai terminée, c’est à dire en toussant. Ce n’est pas tout à fait vrai ceci dit car mes dix jours de toux semblaient enfin être partis torturer quelqu’un d’autre mais ils sont revenus au galop depuis le 2 janvier, les coquins. Je tousse debout, couchée, sous la douche, en marchant, en chantant, en mangeant. Ce n’est plus une maladie, c’est une sangsue. J’ai trouvé un oignon coupé avec lequel je me promène, pleine d’espoir. Mon amoureux a juré ses grands dieux qu’il n’en voulait pas dans la chambre. Il dort et ignore encore que nous sommes désormais un ménage à trois qui sent le pot au feu.
J’ai plein d’idées que la toux ponctue joyeusement. Par exemple, j’aimerais aménager le sous-sol de ma maison. Faire bâtir un chalet. Partir en road-trip dans le nord de l’Europe. Et aux Galapagos. Courir un demi-marathon. Déclamer des textes sur de jolies images. Lancer un podcast sur un sujet que je ne connais pas encore. Écrire un livre pour enfants. Écrire un livre pour adultes. Commencer par la page des remerciements.
Où étions-nous il y a un an ? Que sommes-nous devenus aujourd’hui ? J’ai eu la chance de commencer cette année en compagnie de deux de mes plus chères et vieilles amies, et de passer mes vacances auprès de mes proches et autres amis de longue date. J’ai eu des échanges qui m’ont fait réfléchir, des discussions qui m’ont fait avancer. Je commence 2024 avec l’impression d’avoir pelleté le sable mouillé pour fortifier les fondations. J’ai mis des tas de coups de pelle sur mes tourelles de fortune. Trop de seaux arrachés à la va-vite au cours de cette année écoulée. J’avais mis des cailloux dans le fond mais ça n’a pas empêché l’eau de s’infiltrer. Heureusement, les vieux amis savent écoper comme personne.
Je vous souhaite tant de choses. De cette joie douce qui nous décroche un sourire parce que le vent nous décoiffe ou qu’un mouton nous dévisage dans le lointain. De rires incontrôlables. D’histoires un peu folles et d’aventures quotidiennes. D’idées, de projets, d’apprentissages et de succès. De chance. Et de proches pour vous accompagner, aux moments clés, aux moments doux, aux moments phares, aux moments rares. Je vous souhaite des yeux pour être le miroir de votre monde. Des yeux fiers, des yeux doux, des yeux compatissants, des yeux rieurs.
Nous sommes en direct de l’aéroport. Cela fait des années que nous ne sommes pas rentrés pour les Fêtes. L’avantage de rentrer pour les fêtes, c’est que tout le monde est là. L’inconvénient c’est que… et bien tout le monde est là et que notre agenda est plus rempli que celui d’un ministre du travail en pleine négo.
Mais honnêtement je suis ravie, cela fait si longtemps que nous n’avons pas eu la chance de voir certains membres de notre famille et nos amis. Être immigré et passer les Fêtes de Noël dans son pays d’origine est à la fois exaltant et épuisant. C’est comme boire cul-sec une tequila frappée. C’est bon mais on a la tête qui tourne et après trois de suite, ce n’est plus le sel c’est la teq qu’on jette par dessus l’épaule. Oui c’est du vécu.
La perspective de Noël a changé, vous ne trouvez pas ? Il y a quelques décennies de ça, on se réjouissait davantage, et surtout faisait-on plus semblant. La maîtresse de maison faisait semblant de se réjouir de cuisiner trois jours entiers et recevoir 25 convives dans son salon qui ne lèveraient pas le petit doigt pour l’aider à débarrasser. Les étudiants faisaient semblant d’avoir du plaisir à retrouver leurs parents, oncles et tantes qui ne manqueraient pas de les harceler sur le sens qu’ils voulaient donner à leur vie et la personne du sexe opposé avec qui ils comptaient la passer. Les adultes plus matures faisaient semblant d’avoir de la compassion pour l’oncle alcoolo-raciste qui réduirait l’immigration à un fait-divers tragique et le continent africain à la colonisation.
Les temps ont changé. On s’autorise à appréhender les fêtes, à dire que l’on se passerait bien de cet étalage de faux bons sentiments. On a appris aussi à dire non, non aux gens avec qui l’on ne partage rien, sauf de l’ADN. Non aux réceptions qui laissent les maîtresses de maison exsangues sans même un merci. Non aux sentiments d’obligation.
On voit de plus en plus des gens qui feront l’impasse sur le repas colossal au profit d’un simple souper avec la famille proche. On lit tous ceux qui refusent de souscrire aux traditions culinaires qu’ils n’aiment guère pour créer leur propre tradition. Il y a des gens autour de moi qui seront avec leurs amis pour Noël, leur famille de choix. Il y a des gens qui feront un plateau télé en famille devant un bon film. Il y en a qui seront seuls, par choix ou non, et j’espère qu’ils profiteront quand même et feront fi de tous les impératifs sociaux qu’on se fixe alors même que l’on s’y sent à l’étroit.
Je vous souhaite de merveilleuses fêtes, des choses qui vous plaisent à manger, des films sympas à regarder, des moments pour vous et avec vos proches, si c’est ce que vous souhaitez. Soyez heureux, vous le méritez.
On a vu arriver l’hiver québécois avec l’envie de ceux qui y font face pour la 11e fois : plutôt réduite. Avant le manteau blanc est arrivé le froid polaire, piquant comme un vin très jeune. Ce froid qui empoigne le visage et force à baisser les yeux, le nez glissé dans des écharpes toujours trop fines. Le moindre geste extérieur est devenu pénible : jeter un sac aux vidanges, sortir le chien ou aller faire une course à l’épicerie du coin. Plus rien n’est anodin et l’amplitude thermique se mesure au temps de préparation dans l’entrée.
Dans mon entourage, certains se préparent à leur premier hiver. Ils ont l’enthousiasme de ceux à qui l’on a donné la clé du pays des merveilles et des décors Hallmark. Manteaux d’hiver enfilés dès les premiers frimas, ils découvrent avec ravissement qu’il existe un monde en dessous de zéro et que celui-ci vit encore. Pire : il vit normalement. Il travaille, fait du sport et range son épicerie dans son coffre comme si le blizzard ne menaçait pas de recongeler le pain de mie en tranches.
Je me souviens encore, de mes premiers hivers, et de ces amis qui râlaient dans leur manteau d’automne en luttant contre le froid. Comment pouvaient-ils être las face à ce soleil lumineux sur la glace luisante ? « Tu verras, quand ça fera dix hivers comme nous ». Et puis ça a fait dix et je n’ai rien senti. Et puis ça a fait onze et j’ai enfin compris. J’ai compris que l’on pouvait aimer démesurément un endroit mais vivre le froid arrivé trop tôt comme un affront personnel. Que l’on pouvait accuser le coup d’un entraînement de course amoindri par la venue hâtive de la neige. Que c’était peut-être même ça un peu, d’être citoyen canadien : détester que le froid revienne et puis vivre quand même.
Parce que c’est toute la beauté de cette vie-ci. Craindre le retour du froid et l’accepter malgré tout. Ne pas lutter. Faire preuve de bonhommie face à ces aléas de température sur lesquels nous n’avons aucun contrôle. Se raccrocher au meilleur : la neige craquante sous les baskets de course, les chocolats chauds qui fument dans le froid du matin, le foyer en plein air sur la place du village. C’est notre petit coin qui prend des airs de stations de ski tous les hivers, justifiant que l’on dîne de raclettes plus souvent qu’à notre tour.
J’écoutais récemment les mots d’une suédoise qui vit proche du pôle nord et se trouve désormais dans cette période appelée la nuit polaire. Ce temps de l’année où la nuit s’installe pour plusieurs mois. Répondant au désarroi de ses lecteurs qui lui assuraient qu’eux mêmes « ne pourraient jamais supporter une nuit permanente », elle répondait quelque chose de doux, et de juste. Elle disait qu’elle aimait cette période car elle lui permettait de suspendre le temps. Elle s’autorisait alors à se replier sur elle-même, à prendre du recul et le temps pour des puzzles au coin du feu. Comme un long dimanche. Quand, finalement, se laisse-t-on le temps de n’être rien de plus qu’un corps chaud lové sur un vieux sofa, qui n’attend rien du moment, et n’analyse rien, ni ce qui était, ni ce qui sera ? À sa manière, en réduisant nos temps de clarté journalière et amenuisant la longueur de nos sorties, l’hiver nous donne sa bénédiction. Il nous autorise, pour quelque temps, à rester, immobiles, en suspens.
Vous rappelez-vous des L5 ? “Toutes les femmes de ta vie, en moi réunies…” Un classique de la musique populaire dans des années où j’avais moins mal aux genoux, si vous voyez ce que je veux dire. En play-back le samedi matin lors du Hit Machine, le groupe monté par la grâce de producteurs ambitieux, pour ne pas dire opportunistes, ânonnait des paroles comme seules la pop (et Dieu sait que j’aime la pop) sait en enfanter.
Ce sont ces paroles-ci qui me sont venues en tête récemment, alors que mon esprit se perdait dans les méandres de mon agenda hebdomadaire. Lundi ? Psy. Mardi ? Ergo. Mercredi ? Technicienne dentaire. Jeudi ? Rencontre avec la professeure. Vendredi ? Masso. Des femmes qui nous entourent aux femmes qui nous supportent, mon monde repose en majorité sur les femmes qui gravitent autour de moi. Il faut dire que j’oscille dans un microcosme, un périmètre réduit à ma ville de banlieue où je dors, travaille, envoie mes enfants à l’école, fais mon épicerie, etc.
Les femmes y sont partout. Elles sont nos interlocutrices au café, au magasin local de produits de santé, à la petite échoppe d’aliments en vrac, au café, au salon de thé, à la crémerie, chez le coiffeur, au club mamans-bébés. Elles sont le tissu social fort des petits coins comme le nôtre, et maintiennent ce lien qu’on accuse si souvent notre époque de dénouer.
J’ignore s’il s’agit d’un trait de caractère réellement genré ou si c’est la société qui nous modèle tant à devenir une certaine version de nous-mêmes, mais je crois que c’est notamment la capacité de communication forte des femmes qui permet à ce lien d’exister. Par delà la capacité à s’exprimer pour vendre qu’on a si longtemps raccrochée à un trait de caractère masculin, on est ici dans la communication comme vecteur d’un lien social. Ici, ce sont les femmes qui parlent, qui prennent des nouvelles, qui tiennent au courant. Entre nous un réseau se crée, plus puissant que n’importe quelle plateforme. Des messages ponctuent des fils de conversation entre voisins, entre amis, avertissant d’un retard d’autobus, d’un danger sur la route, d’un événement à venir. Les questions fusent, les propositions s’entremêlent. C’est quoi la liste 5 de vocabulaire ? Quelqu’un a-t-il un aspirateur en dépannage ? Rappelez-moi le nom de la dentiste ? Qui a déjà testé le nouveau resto sur la rue d’en haut ? On y donne nos avis, nos plats bien garnis et nos bénédictions.
Je sais que les hommes sont présents, de manière moins visible certainement. Mais cette vie, ce bruissement, cet intangible effort à rassembler, cette sororité qui n’a pour essence que le besoin même d’assurer des connexions qui deviennent un rempart au monde extérieur, c’est l’apanage des femmes. À chaque heure de ma vie, j’ai une pensée pour l’une d’elle. Pour celle qui nous nourrit, pour celle qui soigne, pour celle qui les éduque.
Cela prend un village pour élever un enfant, et beaucoup de femmes pour y grandir.
L’hiver est à nos portes, c’est probablement encore plus vrai au Québec. Nous avons déjà essuyé nos premières neiges de la saison et le froid se fait de plus en plus mordant. Avant que les précipitations et le rythme endiablé du mois de décembre nous emporte, faisons le point sur les chouettes choses découvertes cette saison.
Emprunté à la bibliothèque, ce livre a été une belle découverte. Le titre m’en rappelait un autre, et je compte sur mon père pour s’en souvenir car il l’a retrouvé dans sa bibliothèque il y a peu. Une histoire de pommes Papa ?
Bref, ici, ce ne sont point les pommes, mais les poires, et c’est d’ailleurs surprenant, ce que l’on apprend sur ce fruit charnu. Mais l’histoire est avant tout celle d’une rencontre entre deux femmes, les plus belles des rencontres selon moi. C’est l’histoire d’une sororité. C’est l’histoire d’une adolescente en fugue et d’une femme adulte que la vie a malmené. C’est l’histoire de deux solitudes qui réapprennent à exister, ensemble. Le récit est très touchant, parfois maladroit, et flirte avec la misère humaine sans jamais y sombrer. À découvrir.
Je pourrais vous dire que nous avons ouvert cette bouteille pour célébrer un moment glorieux, un anniversaire particulier, une saison singulière. La vérité est que c’était quelque chose comme un jeudi soir, un de ces jeudis de novembre où les journées sont courtes mais les heures trop longues, entre la morosité de la météo et les agendas trop remplis. On avait le goût de boire un petit quelque chose, mais pas une bière facile comme on en consomme d’ordinaire. On avait besoin de cette odeur tenace, de cette robe nacrée, de ce goût suave qui glisse sur le palais. On avait besoin d’un bon vin rouge alors on a regardé ce que l’on pouvait bien trouver dans le maigre espace à bouteilles qui jouxte notre évier. On en a trouvé une, on ne connaissait pas le nom, on n’était plus sûr de qui avait pu nous l’amener. On l’a ouverte avec l’espoir de déguster quelque chose de réconfortant, mais on a eu la surprise de découvrir beaucoup plus que ça. Si vous aimez le bon vin rouge, je vous conseille cette découverte : Champs Pentus de Frédéric Brouca. Mes parents, à qui j’ai demandé de nous en acheter, ont découvert depuis que pour la culture de ce vin de l’Herault, le viticulteur laboure ponctuellement son sol avec un “petit chenillard St Chamond” et si vous ne connaissez pas St Chamond, c’est bien correct, mais c’est précisément ici que tout a commencé pour moi, si vous voulez mon avis.
Toujours en quête de recettes avec moins de sucre, je suis tombée sur cette pépite. Ce n’était pas la première fois que je cherchais des recettes plus saines mais c’est bien la première, par contre, que celles-ci fonctionnaient. En lieu et place du sucre habituel, l’autrice utilise de la compote de pommes, du sirop d’érable, du miel, etc. Quatre recettes de testées et 100% de réussite. Ma préférée ? Les baguettes viennoises. Réalisées avec de l’huile de tournesol faute d’avoir eu l’huile de coco souhaitée, elles étaient incroyables. Voici la recette : https://www.healthyfoodcreation.fr/baguettes-viennoises/
Avoir peur (et faire avec)
J’ai vu cette pensée quelque part. Une boîte de céréales ? Un post Facebook ? Un article de psychologie magazine? J’ai vu cette pensée et tout à coup, ça m’a parlé. Mon enfant disait souvent “mais j’ai trop peur pour” ou “je suis trop stressée pour…”. On tentait de l’aider à dépasser ses craintes, ou voulait lui apprendre à se relaxer, à relativiser, à se distancer. Et puis j’ai lu cette personne, ou j’ai entendu cette voix (appelez moi Jeanne d’Arc mais ça devait être un reel Instagram), et en substance, elle disait “oui j’ai peur, oui je suis anxieuse, et j’essaie de diminuer mon stress et mon anxiété, mais même quand je n’y arrive pas, j’avance, je fais quand même, je fais AVEC”. J’ai adoré cette idée, un concept que je porte fougueusement en moi mais pour lequel je n’avais jamais élaboré de raisonnement conscient. On n’est pas toujours obligé d’être serein, on n’est pas non plus toujours obligé d’être prêt, pour se lancer. Et ça m’a beaucoup aidé ces dernières semaines. Après la traditionnelle tentative pour ramener le calme et la sérénité auprès de ma fille, j’ai tenté : “tu as toujours peur ? Ok ce n’est pas grave, prenons ta peur avec nous et tentons quand même”. On lui a donné un nom, on l’a mise dans le sac à dos et on a poursuivi notre route. Et vous savez quoi ? Au bout de l’aventure, il n’y avait plus personne dans le sac à dos, juste la satisfaction de s’être dépassée. Essayez, vous verrez, ça fonctionne bien ! Sauf les fois où l’enfant crie “non je ne veux pas l’emmener avec moi, la peur, je veux la laisser ici”, mais que la peur, elle, compte bien se joindre à nous.
Le miel pour les aphtes
Aviez-vous déjà essayé ça ? Il y a quelque temps, en raison d’un dentifrice un peu trop décapant, je me suis retrouvée un matin avec la bouche entièrement enflammée. Non seulement cela me gênait pour manger (sauf du chocolat, restons honnêtes) mais aussi pour parler. Après trois jours à échanger avec mes candidats le cheveu – que dis-je, la frange – sur la langue, je me suis résolue à acheter un bain de bouche. Sans succès. Puis je me suis tournée vers le seul capable de m’aider : Internet. Remède naturel contre les aphtes. Réponse : le miel. En bain de bouche ou en application, avant le brossage de dents pour éviter les caries. Le miel, antiseptique naturel par excellence. Le résultat ne s’est pas fait attendre, la boule qui s’était formée sur mon palais dégonflant dix minutes après la première application. En trois jours, c’était réglé. Et lorsqu’une inflammation similaire s’est présentée chez ma fille, on a ressorti le miel et le tout s’est résorbé en deux jours. Dans mon souvenir, c’est un délai bien meilleur que les semaines à souffrir d’aphtes. Alors la prochaine fois, testez pour moi : un coton tige, du bon miel et hop une application facile en regardant la dernière série à la mode sur Netflix. Vous me direz si ça marche.
Et vous, qu’avez-vous découvert de chouette cette saison ?
Elle a regardé le calendrier et elle a dit “ça fait juste un an aujourd’hui”, et puis “on dirait que ça fait plus longtemps qu’il est parti”. Et c’est vrai, qu’on dirait qu’une vie a passé depuis son dernier souffle, mais pas tout à fait non plus vous voyez. Parce que je me revois aussi arpenter le parc, le soleil se couchait avec une douceur lumineuse qui baignait la clairière d’un halo rougeoyant. Je m’étais dit “c’est peut être Eleven qui s’en va, il a retrouvé sa liberté et il n’a plus peur de rien”. Et c’était hier, à peine.
Il nous avait quitté dans l’après-midi après une dernière balade avec nos enfants. On s’était assis près de lui, dans notre salon, et puis l’équipe vétérinaire l’avait aidé partir. Quand son cœur s’est arrêté, il mâchonnait encore les biscuits que l’assistante lui avait donné et dans un coin, Poppy et Chester l’observaient. Ils ne l’ont jamais cherché, preuve que les animaux sentent et savent. Contrairement à nous, ils n’ont pas besoin de piqûre de rappel, ils n’ont pas l’impression d’avoir rêvé ou imaginé. Ce qui existe est et ce qui est parti n’est plus.
Il y a toujours eu des animaux autour de moi. De mon retour de la maternité à aujourd’hui, j’ai été entourée d’animaux. Des chiens, beaucoup. Des lapins, des hamsters, des cochons d’Inde, des chats et des chevaux. Mes parents ont même une agnelle désormais.
Il y a quelque chose d’incroyable à partager sa vie avec des compagnons à quatre pattes, comme si l’on était mieux connecté avec le monde. Les meilleures histoires de vie que j’ai entendues était toujours pourvues d’un animal. Sur les genoux, aux pieds, sur le siège arrière d’une voiture lancée en pleine aventure.
Ce que j’ai appris, avec le temps, c’est qu’à l’image d’une relation amicale, aucune relation avec un animal n’a le même visage. Il y a celui que l’on ne pourra jamais remplacer, celle avec laquelle on a arpenté le monde, le féru des courses folles, la fanatique des morceaux de pomme. Il y a ceux qui rendirent nos vies meilleures et ceux qui nous ont appris sur nous mêmes.
Eleven était de ceux-là. De nos premiers instants passés ensemble aux derniers, il nous a appris à faire preuve de ressources, à dépasser nos limites. Pris séparément, de nombreux moments furent des épreuves mais l’ensemble de ce chaos fut une véritable leçon de vie. Il nous a appris la résilience.
Un chien ou un chat, en autant qu’on le considère comme un membre à part entière de sa famille, peut nous accompagner durant plus d’une dizaine d’années. Ils sont au cœur des bouleversements, témoins des petits et grands changements. Eleven a vu naître deux enfants, été emporté dans un processus d’immigration, a connu notre première maison comme propriétaires. Il fut au cœur de cette décennie si particulière pour nous et j’aime à réaliser que tous ces souvenirs si forts sont teintés de son existence.
J’ai une pensée triste pour le petit chien noir et blanc de mes parents qui a rejoint lui aussi les étoiles, ce soir. Il filait comme le vent, infatigable, chassant tout ce que la terre pouvait porter d’insectes et de petits animaux. Il était déterminé, consciencieux et d’une gentillesse incomparable. Les terres moissagaises sont peuplées de ses courses folles et de son enthousiasme débordant. Et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il s’en va alors que ça y’est, on lui avait enfin trouvé un mouton à encadrer. Tu me manqueras beaucoup petit G.
Elle a dit ça dans un souffle. Ce n’était pas une interrogation, plus un constat. “Maman, le monde dans lequel je vais grandir, il est déjà fichu”. Peut-être était-ce une question ?
Je n’ai pas su quoi lui dire. Avec son goût marqué pour la faune et la flore et le temps qu’elle consacre à lire des livres informatifs et regarder des documents animaliers, elle savait mieux que moi l’étendue des dégâts. Je me suis dit que c’était drôle, quelque part, cette certitude. Moi à son âge les certitudes que j’avais, c’était le nom du cheval que j’allais monter et le résultat des multiplications à deux chiffres. Je savais les accords complexes et la date de la bataille de Marignan. Je ne savais pas qu’il existait un monde par-delà mon microcosme. Elle, en dépit de son innocence, comprend déjà la noirceur qui s’étend. J’aimerais pouvoir lui répondre : “C’est votre génération qui va changer les choses, sûrement”. Mais on dirait que j’ai cessé de penser à l’envergure des possibles, pour soupeser l’impact du tangible et de la calotte glaciaire qui fond comme neige au soleil.
J’aimerais lui dire que le monde va bien, que la haine n’a pas gagné et que les gens sont bons. Qu’il n’y a pas des enfants qui meurent au nom d’une Histoire qui n’est pas vraiment la leur. J’aimerais lui dire que les responsables de ce monde en crise ne dorment plus le soir face au chaos qu’ils ont créé. Qu’il y a consensus sur la suite, sur l’issue et que la paix et l’harmonie sont au programme de demain.
Je suis fatiguée, pas des problèmes du monde mais de l’immobilisme dans lequel on se maintient. De l’inaction. De voir que la seule donnée commune, la cause et la conséquence, la seule vraie donnée décisionnelle, c’est l’argent. L’argent ne résoud rien mais il définit tout. Il est le soleil d’un monde qui suffoque. Il inonde les puissants de ce monde et plonge dans l’obscurité ceux qui n’ont rien, même plus la dignité. On ne peut pas être digne dans un monde régit par l’argent. On peut juste s’agenouiller et supplier.
C’est dur de se rendre compte que l’on a tant à faire et si peu de champ d’action. Qu’il faut remettre son existence dans les mains de gens qui se les laveront avec application, sitôt le micro éteint. Lorsque j’avais l’âge de ma fille, le peu que je savais de la politique, je le tirais des Guignols. J’en ai gardé cette impression de mascarade, ce sentiment que les grands décideurs ne sont finalement que des marionnettes. Mais j’avais, quelque part, confiance en les gens qui nous gouvernaient. Ils œuvraient nécessairement pour le bien commun. En plus, des gens de gauche, alors imaginez.
J’ai mis du temps à comprendre qu’il n’y avait que des individualités, dans les prises de décision. Le peuple et le commun sont souvent nommés en vain par ceux qui retourneront s’abriter dans leurs prisons dorées une fois les mots prononcés. Ils auront toujours des échappatoires, une paix relative et des tomates en hiver. Dans cette équation de pouvoir, si la parole est d’argent c’est l’argent qui est d’or.
J’ai rassuré ma fille : la Terre nous survivra. Elle fera table rase de nos luttes intestines, de nos jeux destructifs et de nos velléités égoïstes. Elle se réinventera, délivrée de sa plus fascinante et terrible création : l’humanité.
J’aimerais vous dire que je rêve d’un monde où la nouvelle génération reprendrait les rênes de sa destinée et où la noirceur n’aurait pas déjà gagné. Mais est-ce encore possible ?
On revient de la chasse aux bonbons d’Halloween. Comme chaque année, il y a plus de bonbons sur la table que de jours dans l’année, et le calcul est facile : on ne les finira pas d’ici l’année prochaine. On ne les a jamais privées de bonbons, il y en a d’ailleurs souvent qui traînent d’une fête à l’autre dans nos placards, mais elles n’en mangent pas sans autorisation et chez nous c’est plus souvent non que l’inverse.
On a tous nos façons de naviguer avec l’alimentation des enfants, et il n’y a pas de recette magique – c’était le minimum que de la placer, celle-ci – en matière de bonbons comme pour le reste. Il y a ceux qui refusent tout bonnement d’en avoir et d’en recevoir, ceux qui les autorisent à tous les repas et piochent eux mêmes allègrement dans le pot d’Haribo, et au milieu, tous ceux qui naviguent à vue. Ils disent oui pour un, pour deux, pour dix et finalement la famille passe à travers le paquet et les parents jurent leurs grands dieux qu’on ne les y reprendra pas. Les bonbons sont bannis jusqu’à la prochaine fête, et puis ça recommence. C’est aussi comme ça qu’on éduque, en posant des limites qu’on sait transgresser quand l’occasion – sous la forme d’un Kinder Schoko-Bons – se présente.
La même habitude prévaut pour les repas et nourrir des enfants n’est pas plus facile aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Probablement moins, même, parce que les parents vivent plus de culpabilité et se sentent moins libres de devenir des tortionnaires, brandissant les haricots verts sous le nez de leurs rejetons en invoquant ces pauvres enfants qui n’ont rien a mangé en Somalie et toi tu gâches tu n’as pas honte. Aujourd’hui, on se félicite d’avoir fait manger des courgettes cachées dans du gâteau au chocolat et on découpe des cœurs à l’emporte pièce dans des rondelles de concombres. C’est inventif mais ça ne résout malheureusement pas le problème initial : comment apprendre à son enfant à se nourrir avec moins de frites et plus d’épinards ?
Parfois je mentionne à des copines ou collègues un plat nouveau préparé la veille ou le week-end d’avant, disons un mélange hummus, haricots rouges, poivrons, feta, épinards, œuf et avocat dans une tortilla, et les questions sont toujours les mêmes : mais tes enfants, elles mangent quoi ? Suivies de l’invariable : moi mes enfants, ils mangent pas les trucs rouges, pas les légumineuses, pas les poivrons crus, pas les œufs coulants, name it. On sent le désespoir quand elles me le disent. Et en même temps l’espoir de parvenir à changer les choses, de devenir une de ces familles qui peut profiter d’un repas de famille agréable durant lequel le niveau conversationnel ne met pas en péril l’audition et le plat de lentilles est savouré sans menaces.
Ce n’est pas la première fois que je le mentionne mais j’ai été un de ces enfants hyper difficiles. Et dans les années 90 en plus alors que ça n’existait presque pas. On dissimulait ceux de mon espèce, qui boudaient les plats en sauce et le poisson au four, faisaient fi des préceptes selon lesquels tous les enfants aiment le fromage, les patates et le chocolat (enfin perso moi j’aimais ça, c’était la base de toute négociation, donne-moi du Pavé d’affinois et je finis ta viande trop cuite). Les aliments ne devaient pas se toucher entre eux dans l’assiette – le comble de l’horreur étant le jus d’une viande qui aurait glissé du fait d’une table mal balancée et serait venu épouser le flanc des trois vaillants haricots verts négociés par la trivialité parentale. Je ne supportais pas la présence d’une herbe quelconque, comme un malheureux basilic sur une pizza margherita ou pire encore : un brin de persil sur un monticule soigné de pâtes blanches bien beurrées.
Bref, le cauchemar des enfants culinairement difficiles je connais : j’ai été l’un des despotes les plus en vus de sa génération dans mon cercle particulier. On gardait des crêpes surgelées à mon attention dans les congélateurs des habitués, de peur que je renie père et mère pour éviter un poisson pané qui n’aurait pas eu la rectanglitude habituelle. (Vous riez peut-être mais c’est vrai : il y a les bons Croustibat, fins avec une forme allongée, et les infâmes panés larges que prenaient parfois mon père. Le summum de la défiance étant ceux qui incluaient une fine couche de sauce tomate entre la panure et le poisson. Voici comment on gâche un classique de la cuisine industrielle française : en créant des rectangles qui n’en sont plus et en innovant sur la matière.)
Ceci étant écrit, je dois vous avouer quelque chose : mes parents ont été très complaisants à l’égard de mes caprices alimentaires mais comme tout bon enfant des années 90, j’ai eu le loisir de rester devant mon assiette pendant de longues minutes alors que la table était de longue date débarrassée. J’ai eu aussi à mâcher des morceaux de viande qui me semblaient toujours plein de nerfs et que je tentais d’avaler tout ronds avec une gorgée d’eau. J’ai été à la cantine et on m’a sommée de goûter le plat du jour : foie de veau et choux de Bruxelles bouillis. Et je n’en ai pas gardé trace ni rancune. Je n’ai pas créé de rapport particulier avec la nourriture que l’âge adulte ne m’est pas permis de défaire. Mieux encore : je mélange aujourd’hui allègrement les saveurs, le sucré-salé et même les textures. Alors défaites vous de cette culpabilité qui vous empêche d’imposer à vos enfants de goûter un peu du plat que vous avez mis une heure à préparer ou qui vous force à prévoir trois plats au menu parce que vous êtes sûrs qu’ils n’aimeront pas votre poisson frais. On n’a pas besoin d’être autoritaire pour guider ses enfants, on peut simplement être à l’écoute des vrais dégoûts, en minimisant les rejets d’habitude. Après tout, on a tous été enfants et on sait que les rognons, c’est pas bon.
Nous avons cette richesse en France d’avoir fait de la cuisine une affaire de famille. Elle se transmet, elle se prépare et se savoure à plusieurs. Un plat préparé avec amour devrait être honoré ensemble, qu’importe les considérations de chacun. On se trompe, je crois, à vouloir faire un plat pour les enfants et un autre pour les adultes, à créer un chacun pour soi. Un enfant est capable de tout goûter, et surtout de tout aimer. Et même si son palais n’est pas encore mature, selon ce que j’ai lu, il est aussi en développement, ce qui signifie que chaque nouveau goût proposé enrichi la palette des possibles. Je trouve que cette idée est d’une incroyable richesse.
Mon salut personnel est venu de la cuisine. Lorsque j’ai commencé à choisir moi-même mes produits et mes recettes, et surtout lorsque je me suis mise à la cuisine, ma perspective a complètement changé. Les épices n’étaient plus des goûts étranges dans un plat commun, elles étaient un monde joyeux et coloré sur la tablette de l’épicerie. Les textures se mariaient parce que je les avais pressenties ainsi et les plats étaient appétissants parce que présentés selon l’idée que je m’en étais fait.
Pour beaucoup d’enfants, refuser des aliments précis relève d’un besoin de contrôle. Pas pour tous bien sûr, certains ont des sensibilités particulières qui provoquent un véritable chaos sensoriel lorsqu’ils sont confrontés à des odeurs ou textures spécifiques. Mais pour de nombreux enfants, avoir un droit de regard ponctuel sur les repas, mettre la main à la pâte pour confectionner les plats ou avoir le loisir d’essayer une épice plutôt qu’une autre, est suffisant pour les remettre sur le chemin de la découverte, gustativement parlant.
Dans cet esprit, j’ai découvert il y a quelque temps les coffrets pour enfants ChefClub et j’en ai offert un à ma fille lorsque j’en ai eu l’opportunité. Je craignais qu’ils soient destinés à des enfants plus petits – elle a 8 ans – mais sa sœur de 10 ans et elle ont finalement eu le loisir de l’utiliser en toute autonomie. A l’âge qu’elles ont, elles choisissent leurs recettes, font leur liste d’épicerie et même leurs courses, parfois ! J’ai offert le livre de recettes en même temps que le jeu de tasses à mesurer, à l’effigie de différents animaux. Les recettes qu’elles suivent les amènent donc à mettre un cochon de farine et deux poules de sucre, à casser un œuf et à ajouter un chat de lait. C’est amusant et tellement facile à manipuler. Je ne me lasse pas de ce kit, de vrais instruments de cuisine mais de taille suffisante pour être manipulés par des enfants. Pour moi, c’est une autre façon de s’approprier la nourriture et la cuisine. C’est un chemin aisé vers les sauces, qu’on aimera parce qu’on les aura préparées soi-même, et peut être même les herbes dans les pâtes beurrées, surtout s’ils viennent du potager que l’on a nous-meme arrosé.
Il est tout pour moi. Un ami, un amant, un partenaire, de jeux et d’aventure. Il est mon contact récurrent, dix appels à la suite dans mon téléphone, douze messages et trois photos transmises dans la dernière heure. Il est mon interlocuteur privilégié, celui des petites et grandes décisions, la personne à qui je demande ce que je devrais prendre comme plat au restaurant ou quoi faire de ma vie.
Nous avons toujours été sur le même pas, la même longueur, partants pour tout : la vie à deux, les enfants, la maison, l’immigration. Nous avons été en désaccord sur le futile, temporisant nos achats, minimisant les dissonances. Nous avons fait individuellement face à des illusions qui nous ont abîmés, à des difficultés qui nous ont entravés, mais toujours l’autre a tendu la main, le bras, l’épaule nécessaire pour surmonter, pour avancer, dans les couloirs carrelés comme dans les méandres assombris des esprits qui ne voient que la nuit. Nous avons vécu sur deux continents et arpenté le Canada d’un océan à l’autre, ensemble.
J’aime bien les histoires d’amour. Elles sont aussi différentes que les coeurs qui les portent. Il y a celles qui n’auront duré qu’un instant, celles qui dureront toute une vie, et puis entre les deux, des destins qui s’unissent et se séparent au gré de l’amour qui se faufile entre les doigts désunis. J’aime les premières rencontres, les premiers élans, les premières évidences, celles qui font qu’on ne réfléchit plus et qu’on danse, comme si demain ne comptait pas. L’amour n’est pas une vérité et il n’a pas toujours raison, il unit des âmes soeurs comme des solitudes dissemblables, qui finiront par se briser, au contact l’une de l’autre.
L’amour n’est pas une vérité en soi, mais notre amour a toujours été une évidence. Du premier éclat des retrouvailles à nos voeux sur le bois mouillé d’une ferme des Combrailles. Il n’y a jamais eu de peut-être, il n’y a jamais eu de si, il n’y a eu que des foulées altières, le pied sûr parce que guidé par la certitude de cheminer avec la meilleure compagnie possible.
Quels que soient les hasards de nos routes, il m’était destiné.
Que cet anniversaire qu’il fête dans quelques jours soit aussi heureux, plus peut-être encore, que les 17 autres que nous avons passés ensemble, honorant le tout premier, lorsqu’il n’était alors question que d’amitié, il y a 23 ans à peine.