Journal d’un confinement – Semaine 4

Je commence à me demander de combien de semaines sera fait ce journal… S’arrêtera-t-on à 9? À 11? Verra-t-on le soleil baigner les fenêtres d’une chaude lumière d’été sans possibilité de courir se rafraîchir au parc? Ma belle-mère pourra-t-elle venir passer quelques semaines chez nous en juillet? B. voyagera-t-elle vers la France? Mes parents seront-ils présents fin août pour la rentrée en maternelle de Tempête?

Le plus effrayant, dans ces pas que nous faisons, c’est la Terre que nous ne voyons pas. Nous sommes des explorateurs qui naviguons depuis bien trop de jours déjà en direction d’une terre promise que nous n’en finissons plus d’espérer. En haut du mât, ceux qui guettent à la longue vue sont aussi perdus que ceux qui gèrent la carte, depuis les tréfonds du bateau, les pieds glissés sous leur bureau. Le brouillard est épais et nous sommes aveuglés.

Humeur : en yo-yo. Un coup ça va, un coup ça va moins. Je menace de quitter le navire et puis la minute suivante, je pars en exploration au grand air, chiens et enfants sur les talons, et je m’apaise de nouveau. Pour tenir, je jalonne mes journées d’attentes et de petits accomplissements. Je me berce dans les livres, ponctue mes soirées de films et séries, plonge mes mains dans la pâte à pain et cuis bien trop de gâteaux.

Organisation : meilleure. Rédiger « mes cours » et réfléchir aux activités la veille fait diminuer le stress et améliore la routine. Au Québec, nous n’avons pas de devoirs fournis, mais des ressources diverses sont partagées régulièrement. Notre horaire est désormais bien établi et je crois que j’en viens à préférer la régularité d’une journée de semaine au gouffre à remplir d’un week-end de confinement.

Couple : amoureux, toujours, mais envisage de vendre les enfants.

Point d’orgue : toute cette nourriture que je façonne et dans laquelle je me plonge comme un doudou.

À la télé : le Retour de Mary Poppins! De quoi donner envie à ma belle Tempête de chanter la plupart de ces questions, après ça. Et pour les grands, « La vie scolaire », film français, est arrivé hier sur Netflix, j’ai adoré!

Sous mes yeux : La vie qui m’attendait de Julien Sandrel et Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson. Pas la même ambiance, clairement…

Vague à l’âme : mes enfants sont relous. Je ne dis pas qu’elles n’ont pas de bonnes raisons de l’être, que la situation n’est pas en train de leur monter à la tête, que si elles pouvaient elles n’écriraient pas leur propre journal de confinement qu’elles nourriraient de critiques à notre égard, ou même qu’elles ne sont pas seulement le digne reflet de leurs parents. Mais elles sont super pénibles depuis quelques jours. Elles se battent. Avec les poings. Elles se plaignent sans cesse l’une de l’autre. Elles emm****** les chiens. Elles retournent la maison sitôt les pièces rangées. Elles mettent de la terre sur le plancher et des poils de chiens sur leurs draps. Elles m’appellent TOUT LE TEMPS. « Maman » est le mot qui résonne le plus dans la maison. Je suis sûre que même les chiens m’appellent comme ça maintenant. On joue à « Achève-moi si tu peux » et comme la petite est en train de gagner, la grande s’est lancée dans une contre-offensive en règle : elle ne m’appelle plus « Maman » mais par mon prénom. Ça me donne carrément envie de la mordre. Devant ma colère, elle m’a même demandé si elle pouvait au moins m’appeler par la première lettre de mon prénom seulement (NON). Elle s’essaye donc avec « T. » : « Dis T., on mange quoi? », « Téééééé., ma soeur vient de jeter mon jeu de cartes dans l’escalier », « Dis donc, T., t’avais pas dit que tu ferais des pâtes? ». Bref, elles vont probablement me rendre dingo.

Point bonus : nous avons un projet qui avance! C’est important de faire avancer des choses dans le futur, ça permet de se tenir debout dans le présent.

Les bonnes idées de la semaine : le Xanax? ;) Le petit site des Explorateurs, qui fait de la vulgarisation scientifique.

J’ai bon espoir que le temps avançant, nous tombions dans une habitude agréable et apprenions à mieux vivre ensemble. À force de me demander quand la vie reprendra pour de bon, je ne parviens plus à accepter comme je le faisais au début l’état actuel des choses. Peut-être devrais-je travailler à accepter, à ne plus voir le déconfinement comme une ligne d’arrivée. Et vous, comment le vivez-vous?

-Lexie Swing-

34 printemps

Je vous dirais bien ce que ça m’invoque, d’avoir 34 ans, mais la vérité est que ça ne transporte aucun élan.  J’ignore si c’est la faute à la pluie, ou au confinement, à ce temps qui semble comme suspendu ou seulement à cet âge sans couleur, ni une moitié, ni un début. Un âge pair en plus, moi qui ait toujours préféré les autres, les 1 et 5 et 7.

Je ne sais pas me retourner et observer le temps écoulé. J’ai une nature à courir toujours vers la suite, et je me force maintenant à marcher dans le présent. Le passé, lui, m’est étranger.

Pourtant, plus le temps passe et plus les chiffres me donnent le vertige. 30 ans que je la connais, 19 ans depuis la naissance de plusieurs de mes plus belles amitiés, 13 ans depuis notre premier baiser, 8 ans depuis le premier message Whatsapp, échangé avec mon groupe de futures mamans, 5 ans bientôt qu’elles sont deux…. Il y en a tant de chiffres qui marquent nos existences… Ce blog même est né il y a bientôt 8 ans, alors que j’attendais mon tout premier enfant. 8 ans à laisser des traces, à décrire des envies, étaler des projets, raconter un quotidien et formuler des opinions. 8 ans à grandir aussi. Le tout premier article était celui-ci : Un blog, pour quoi faire? À l’époque déjà, je savais certainement qu’il me serait impossible d’être exhaustive, de me cantonner à quelques sujets. J’aurais été bien en peine de tenir un blog cuisine ou littérature.

Dans mon deuxième article, je parlais du magazine 6mois, déjà! Preuve que j’ai une certaine loyauté. J’ai toujours été bouleversée par la photographie. Je suis une excellente spectatrice, à défaut d’avoir un quelconque talent de photographe, et je peux passer des heures à parcourir un recueil de photos ou une exposition.

Dans le troisième article, il est question du manque de représentation féminine parmi les réalisatrices mises en avant lors du festival de Cannes. Un article d’opinion. Il faut savoir que pendant quelque temps, j’ai écrit à titre purement anonyme, refusant obstinément que quiconque me connaissait puisse avoir accès à mes écrits. J’ai longtemps été incapable de formuler une opinion en mon nom, aussi sensée soit-elle. J’étais vide d’arguments, muette et incapable de défendre une prise de position. Ça a changé brusquement, mais uniquement pour des sujets qui me tenaient à coeur : la place des femmes dans la société, la maltraitance animale, le traitement réservé à autrui par une bande (le harcèlement)… De muette, je devenais enflammée. Ce n’était plus une opinion, c’était une déclaration de guerre. Je n’ai jamais su faire dans la demi-mesure.

J’ai écrit des articles sur plein de sujets, sur des bouquins, sur des séries, sur des choses entendues. J’avais une écriture assez immature, et à voir les sujets que je traitais, j’étais plus draînée par le souhait de montrer l’image d’une journaliste ouverte sur le monde que par une volonté de partager qui j’étais vraiment. En 2012, je m’insurgeais pour la première fois contre le traitement accordé au mariage gay par l’opinion publique. Aujourd’hui encore, je ne sais pas de quel côté se situait la majorité, mais les anti… bon sang qu’est-ce qu’on les entendait! Ce climat-là est l’une des raisons qui nous ont poussé dehors. J’étais alors enceinte de mon premier enfant et je n’imaginais pas la faire grandir dans cette intolérance à laquelle je ne comprenais rien. Je n’ai jamais rien compris à ceux qui jugent l’homosexualité. Je ne suis pas une sainte, je suis – comme tout le monde – pleine de jugements, qui heureusement évoluent. Mais, sûrement grâce à mon éducation, j’ai grandi avec l’idée que l’on pouvait avoir différentes orientations sexuelles, et qu’aucune n’était supérieure à l’autre. Et même si j’avais conscience que les gens pensaient parfois différemment, je pense que je n’en avais jamais pris la mesure… jusqu’à cette année-là.

Si je devais réfléchir à mes 34 ans, et boucler cet article qui n’en finit plus, je dirais que cette année fut celle de l’introspection. Depuis quelque temps, j’accepte enfin de regarder en arrière. Je démêle, je soupèse, j’évalue. Je me fais aider pour connaître les racines et les trajectoires. J’apprends enfin d’où je viens, en espérant accepter ainsi où tout ceci me mènera.

-Lexie Swing-

 

Journal d’un confinement – Semaine 3

Cette semaine-ci a été bien meilleure que la précédente, on sent qu’on commence à prendre le rythme. La patience va fluctuante – en témoigne notre retour précipité dans la maison en fin d’après-midi alors que je glissais à mon conjoint « je les rentre maintenant parce que je commence à avoir quelques pensées criminelles ». Notre sortie au jardin avait débuté sous les meilleurs auspices – un ciel bleu azur – mais c’était sans compter la Chouineuse, notre numéro 1, qui avait décidé que rien n’allait, ni le poids du ballon, ni le panier de basket improvisé, ni la boue du jardin (ils étaient, dans l’ordre, « trop lourd, trop facile, trop collante »). Après une remise aux ordres (« je compte jusqu’à 3, si tu te plains encore, tu rentres dans ta chambre et t’y passes l’après-midi » – l’éducation bienveillante à son meilleur), tout aurait pu s’arranger. Mais la Casse-Pieds, notre numéro 2, en avait décidé autrement. Elle a ainsi choisi de laisser libre-court à sa nature d’enquiquineuse en chef en volant le ballon de sa soeur, renversant le panier improvisé et s’étalant dans la boue. En résumé, « une douce après-midi de printemps », comme le décrirait une influenceuse sur Instagram. Et encore, je n’en ai que deux, des enfants. Les parents d’enfants nombreux devraient être sanctifiés…

Humeur : confuse. Il y a des moments réellement difficiles, comme lorsque ma cadette réclame en pleurant ses amis, parce qu’elle ne parvient pas réellement à comprendre pourquoi elle ne peut plus retourner à la garderie et qu’elle s’inquiète de commencer l’école en septembre sans avoir pu les revoir. A côté de ça, nous profitons de plus en plus de ce quotidien apaisé que nous avons, sans course folle pour arriver à l’heure partout où l’on nous attend, quotidiennement.

Organisation : en marche. La troisième semaine nous a amenés une certaine forme de routine. On fait les cours le matin et des activités manuelles l’après-midi, et lorsque l’on doit se concentrer sur un appel ou un travail particulier, on fait parfois intervenir le Dieu télé. On a décidé à l’unanimité de nos deux voix de sucrer les dessins animés parce que Tempête, accro aux écrans, devenait surexcitée. On les utilise désormais pour retransmettre un cours de sport pour enfants, un documentaire animalier ou un cours d’anglais; ou on branche les casques sur un podcast en plusieurs chapitres, et on est tranquilles quelque temps (pas trop non plus) (tu sais jamais à quel moment l’un des enfants va décider que les podcasts, c’est nul, mais que s’enfiler une prise mini-jack dans le nez, c’est mieux).

Couple : amoureux. Si si. Il a fait le souper et je suis partie faire du vélo. S.E.U.L.E. Si c’est pas de l’amour, ça.

Point d’orgue : le vélo justement. Au Québec, nous ne sommes pas (encore) confinés. Nous avons donc le droit de sortir pour une balade (pas trop non plus), en gardant une distance avec les autres. Si on est en couple, on peut se tenir la main par contre (vous y croyez, vous, que notre premier ministre québécois a dû répondre à cette interrogation, PARCE QUE DES GENS SE POSAIENT LA QUESTION…?). On a donc sorti les vélos plusieurs fois cette semaine. Souvent, je suis en course à pieds, Tempête ayant la fâcheuse habitude d’abandonner soudainement sa trottinette au milieu de la rue et de partir en courant de toutes ses petites jambes derrière son père et sa soeur. Mais course ou vélo, dans tous les cas, ces sorties nous ont fait un bien fou. Je ne veux en aucun cas narguer ici ceux qui n’ont pas la possibilité de sortir. Mais je me rends compte à quel point ce que l’on prenait pour acquis devient important lorsque limité (ou interdit).

À la télé : les Croods! Absolument fabuleux.

Vague à l’âme : les questionnements. À trop lire les nouvelles, je m’interroge beaucoup : si l’on doit atteindre un pic d’immunisation alors que l’on est tous confiné pour ne pas avoir le virus, ressortira-t-on un jour? Je sais que des gens espèrent encore pouvoir ressortir le 15 avril, et que la plupart d’entre nous comptent sur début mai; mais j’avoue aujourd’hui espérer surtout que mes enfants puissent passer au moins quelques jours avec leur classe actuelle à la fin de l’année. Oui, j’en suis rendue là, et je ne crois pas que l’on « nous ment » en parlant de début mai, mais je crois par contre que l’on nous ménage…

Point bonus : tous ces messages, appels audios et appels Facetime que l’on partage avec notre famille et nos amis!

Les bonnes idées de la semaine : les idées d’ateliers du blogue Les mercredis sous la pluie et les ressources québécoises de l’École Ouverte.

La semaine 3 se termine et c’est quand même une bonne chose. Rendu à trois, on peut se dire « qu’on tient le bon bout ». Je vous souhaite une belle nouvelle semaine, avec du soleil surtout. On dirait que c’est toujours plus facile au soleil (la misère…).

Des bises!

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 2

Le confinement se poursuit. Même si ici, au Québec, il n’est toujours pas acté comme tel, mais plutôt comme une forte incitation à rester à son domicile. Les accès à de nombreux magasins sont devenus restrictifs, on se lave les mains à des lavabos temporaires à l’entrée des supermarchés et les caissiers sont désormais protégés par des parois en plexiglass. Le monde continue de tourner,  lentement, mais sans certitude aucune quant au moment où la vie reprendra son cours normal.

Et c’est probablement ce qui a rendu cette deuxième semaine si compliquée. L’incertitude, le travail, les cours à donner, la pluie qui s’invite, les enfants qui tournent… comme un mardi d’automne finalement.

Humeur : changeante. Les demandes répétées des enfants, conjuguées à un pic d’activité dans mon travail à distance, cumulés à un temps incertain, ont rendu les choses… conflictuelles!

Organisation : fluctuante. Mais une chose est certaine, le lâcher prise ne fonctionne pas chez nous. Nos enfants de 4 et 7 ans nécessitent un minimum de routine pour que les journées se passent au mieux. Même elles préfèrent finalement enchaîner des cours de français et de maths plutôt que de s’entendre répéter « mais trouve de quoi jouer » toutes les dix minutes.

On en parle d’ailleurs de ce concept de « il faut laisser les enfants s’ennuyer », et puis « les enfants, de mon temps… », parce qu’il y a deux types d’enfants : ceux qui savent s’ennuyer et ceux qui savent VOUS ennuyer. Question d’âge ou de personnalité, difficile à dire, mais une chose est certaine : ma fille de 4 ans est revenue me dire 6 fois qu’elle ne « savait pas quoi faire » depuis le début de cet article.

Couple : toujours ok. C’est intéressant de voir que nous sommes finalement capables de passer tant de temps côte-à-côte sans s’étriper.

Point d’orgue : j’ai fait découvrir à B. le principe du poème, à lire, comprendre et mémoriser. Un type d’apprentissage qui n’existe pas, a priori, dans notre système scolaire. Au programme : La page d’écriture, de Prévert. Alors que B. commençait à réciter le poème, sa jeune soeur a comblé son hésitation. Par acquis de conscience, je lui ai proposé de le réciter à son tour… Et ça m’a ravie, je dois être honnête, de m’apercevoir que cette petite boule d’énergie, bien qu’occupée dans tout un tas d’extravagantes aventures, avait retenu chaque strophe du poème déclamé par sa soeur…

À la télé : on a découvert Le Parc des Merveilles, fait voir Monstres et Cie à nos filles, et puis suivi Top Chef, bien sûr…

Vague à l’âme : l’inquiétude quant à tout ce qu’on apprend aujourd’hui qu’on ne savait pas hier. Et pour tout ce que l’on apprendra demain.

Point bonus : la maison qui se range petit à petit, et les « il faudra que » enfin cochés.

Les bonnes idées de la semaine : l’application Slice Fractions et la page Facebook de Pandacraft qui propose des nouvelles activités tous les jours.

J’espère que vous allez bien et que vous avez du plaisir à être ensemble malgré tout. Je me dis que ça pourrait être pire, on pourrait être enfermés avec des inconnus. Là, au moins, il s’agit de gens qui ont l’habitude de nous côtoyer, en pyjama et avec une haleine douteuse. Ça ne peut pas aller foncièrement mal.

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 1

Nous sommes à la maison depuis une semaine aujourd’hui. De nombreuses écoles au Québec ont été fermées vendredi dernier « le temps de s’organiser », organisation qui a conduit à tout fermer dès le lundi suivant. Restés à la maison pour gérer les moutards, « le temps de nous organiser » nous aussi, nous n’avons pas remis les pieds au bureau depuis.

Humeur : bonne. Miraculeusement bonne. Qui aurait crû que de ne plus être pris dans une course effrénée consistant à jeter ses enfants à l’école puis à courir jusqu’au boulot nous apporterait l’apaisement nécessaire. Hein? Qui l’aurait crû?

Organisation : militaire et tripartite. Une heure de cours donnés par Papa, une heure de cours donnés par Maman, une heure d’activités décidées par les mouflet(te)s et on recommence l’après-midi.

Couple : solide. L’amabilité est de mise. On se refile le mouflet à heure fixe et on s’arroge du temps de travail efficace musique vissée aux oreilles. Les parents que nous sommes se découvrent des trésors de pédagogie dans leur matière respective, et même dans d’autres matières inusitées (la physique des solides niveau CP). Faudrait pas que ça dure trop non plus quand même.

Point d’orgue : le replay de Top Chef, lancé dès 19h, pour la première fois visionné en famille. Depuis mon mini-chef de 4 ans me demande des Gyozis, « regarde comme ils ont l’air contents les enfants quand on leur fait de la bonne nourriture ».

Vague à l’âme : l’incertitude. C’est le fun, mais c’est parce que c’est anormal. Une nouvelle normalité? Au secours!

Point bonus : l’écologie. Savoir que les eaux de Venise sont plus propres ou que la pollution de l’air en Chine s’améliore, ça me met le coeur en joie!

Les bonnes idées de la semaine : les histoires en musique d’Elodie Fondacci et la page Youtube de Force4, pour faire bouger les enfants. À compter de la semaine prochaine, l’équipe proposera tous les matins à 10h (heure du Québec) une petite séance d’exercices sur la page Facebook du Défi Pierre Lavoie.

Le Québec se prépare à perpétuer les recommandations du confinement encore quelques semaines, comme la France. À la différence de la France, cependant, il s’agit de recommandations et non d’obligations, qui semblent malgré tout être bien suivies par la population.

Bon week-end les amis, on rejoue en semaine 2!

-Lexie Swing-

Quel genre de famille est-on?

image_3b13e643-317a-4ea1-8a3d-8b235d0c0355.img_2058Toutes les familles ont des spécificités, et pas seulement dans leurs modèles – de plus en plus diversifiés aujourd’hui – mais aussi dans leurs goûts, leur quotidien, leurs façons de vivre. On peut avoir les moyens de se faire dorer la pilule tous les hivers à St-Barth, et préférer les road-trip dans l’ouest américain. On peut avoir de toutes petites économies, et les mettre toutes dans des sorties familiales au cinéma – parce qu’on adore ça. On peut aimer les beaux restaurants, ou préférer les sorties fast-food; ne jurer que par les musées, ou par les balades en pleine nature; faire des jeux de société tous les vendredis, ou se replier chacun dans sa chambre, pour savourer un peu de solitude.

On a tous nos petites habitudes, qui ne sont pas meilleures que celles des voisins. Ce sont de petites traditions, un quotidien qu’on se créé, et qui au-delà du nom peut-être, de l’adresse commune et du compte en banque partagé parfois, font de nous une famille particulière. Si vous avez envie, je vous propose donc de reprendre l’idée à votre compte et de raconter ce qui fait de vous cette famille-ci, celle que vous aimez et que vous avez créée.

Six à la maison

On est une «famille de six» selon mes enfants. Pour deviner pourquoi, on se met en forme avec une petite équation. Si X est le nombre de mes enfants, Y le nombre de mes chiens et Z le nombre de parents dans la maison, et que X=Y=Z, et que X+Y+Z = 6, combien ai-je d’enfants et de chiens? Bref, on est six et dans notre petite maison, ça fait du monde!

Immigrants toujours

Nous sommes une famille d’ailleurs. Ou partie ailleurs, selon l’endroit d’où l’on se place. Et qu’importe les copains, les évolutions de langage, les impôts que l’on paye et le temps qui passe, nous serons toujours une famille immigrée. Ce n’est ni un défaut, ni une qualité, mais une spécificité. Nous n’avons pas forcément les mêmes habitudes, notre nom sonne différemment, nous sommes perdus par rapport à certaines spécificités administratives et les grands noms québécois nous sont encore parfois étrangers. C’est désormais une composante à part entière de notre identité, autant ici au Québec, qu’en France.

Les écrans de la fin de semaine

Je planque ça un peu au milieu, comme ça, pas pour donner du grain à moudre au débat « pour ou contre les écrans en bas de dix ans » mais plutôt parce que ça fait partie des spécificités de toutes les familles. De tout temps il y a eu les amis qui regardaient la télé avant l’école, ceux qui n’y avaient droit qu’au retour, ceux chez qui elle était allumée en continu, telle une toile de fond mouvante, et puis ceux chez qui elle était juste proscrite, quoi qu’il arrive. Chez nous, aujourd’hui, elle est au sous-sol, ce qui limite son utilisation. L’une de nos filles est relativement indifférente aux écrans, la seconde pourrait rester devant des heures durant, et nous en réclamer encore «juste un épisode de plus, promis après j’arrête». Du plaisir à la décadence, il n’y a qu’un pas, nous avons donc décidé de limiter la télévision aux week-ends. Point de console, pas de tablette, mais des livres en abondance, en espérant repousser les écueils de la surconsommation d’écrans.

L’absence de télécommande

Il y a quelques années, le fils d’une amie a brisé la télécommande de l’Apple TV. En attendant d’en racheter une, nous avions téléchargé des applications «Remote» sur nos téléphones. Cet «en attendant» dure depuis plusieurs années. Un coup on se dit que ça rendrait les filles plus autonomes (et nos samedis matins plus tranquilles), un coup on se console en se disant qu’on garde le contrôle de la télévision (cf point précédent). On est en tout cas passé maître dans l’art de changer de dessin animé sans être dans la pièce «Maman, à gauche, en bas, encore en bas, à droite maintenant, à droite j’ai dit, non t’es allée trop loin!, moins vite, reviens…».

Manger «maison», et de la pizza le vendredi

Ce n’est plus un secret pour personne : j’adore cuisiner! Après une première année de couple passée entre les croq’ je ne sais quoi du supermarché et les légumes déjà coupés, mon amoureux et moi avons commencé à cuisiner nos propres plats. C’était une activité agréable, conviviale, et qui servait l’un de nos plaisirs premiers : manger! Après avoir eu des enfants, nous avons graduellement changé nos habitudes de consommation. De l’agriculture raisonnée, nous sommes passées au bio, puis au bio et local-au-maximum. Nous avons délaissé les plats tout faits, qui bios ou pas sont surchargés en sel, sucre et additifs, pour le fait maison, impliquant au passage nos enfants pour qui manger est devenue synonyme de cuisiner d’abord. Je suis aussi devenue végétarienne, emportant partiellement ma famille dans mon sillage, même si tout ceci reste encore au choix de chacun. La semaine dernière, ma fille aînée a ainsi demandé «un sandwich au jambon». Ai-je dit oui? Absolument! Ai-je légérement triomphé intérieurement lorsqu’elle a dit que décidément, ce n’était vraiment pas bon? À peine! Comme toutes les familles, nous avons aussi nos jours, nos habitudes, comme la soupe plusieurs soirs par semaine, la pizza maison du vendredi, les crêpes du samedi et le brunch – quand on peut – le dimanche.

Les amis à domicile

Ce n’est pas encore complètement vrai mais ça le devient. Avoir grandi dans des maisons où les amis étaient les bienvenus nous a rendus heureux. Et voir les amis de mes enfants (ou les enfants de mes amis, ça marche aussi) prendre leurs marques chez nous me rend heureuse à nouveau. J’aime l’idée d’avoir été moi-même tellement intégrée au sein des familles de certains de mes amis que leurs parents sont aujourd’hui des personnes dont je suis restée proche. Par ailleurs, la distance avec la France nous a poussé à créer des liens familiaux avec des amis proches, et si leurs enfants ne sont pas mes neveux et nièces au sens propre du terme, j’aime à penser que l’on invente (nous, immigrés) une réalité différente du schéma traditionnel.

Le double nom

Nous ne sommes pas mariés et quand ne le serons, chacun gardera son nom. Aucun de nous ne souhaitait imposer son nom, alors aucun des deux n’y a renoncé. Nos enfants portent désormais les deux noms et ont ainsi donné à notre famille, officieusement, ce double nom, qui commence d’ailleurs par le mien.

Le plein air

Il fut un temps où je vivais terrée dans ma chambre. J’aimais lire… et puis lire, et puis c’est à peu près tout, et j’engloutissais des romans à la tonne. J’ai d’ailleurs souvent été fascinée par les possesseurs de « piles de livres » qui en faisaient l’énumération sur les réseaux sociaux. Chez moi, point de pile, que des lignes ingurgitées sitôt le livre acheté ou emprunté. Et puis j’ai eu des enfants, les livres sont restés mais le temps s’est amoindri. Mes besoins personnels sont devenus secondaires et j’ai affronté des matinées de week-ends et de vacances en me disant «il faut vraiment que je leur fasse faire quelque chose». Le besoin d’extérieur est né de cette inquiétude là. Désormais, pas un week-end sans sortie, sans projet. Je ne conçois plus de laisser le temps filer entre mes doigts, lovée sur mon canapé. J’ai le sentiment urgent d’avoir besoin de rendre ces journées-là significatives. Je les veux dans les bois, dans la neige ou sous le soleil d’automne. Je les projette à la patinoire, au milieu des jeux d’eaux ou dans la cour des amis. Rien ne me donne autant le sentiment d’une journée accomplie que celle qui a été ponctuée de sorties. La paresse de la vingtaine a laissé place aussi à un besoin fort de faire du sport, besoin dans lequel nous entrainons nos enfants. J’aurais ri si l’on m’avait dit que nous serions un jour de ces familles à participer à des X-kilomètres. Et pourtant… la prochaine course a lieu en juin.

Les road-trips

On a grandi dans des familles avides de découvertes, qui ne passaient jamais deux années de vacances au même endroit. On a reproduit le schéma. Nous sommes ainsi partis deux fois en road-trips depuis la naissance de Tempête et avons beaucoup, vraiment beaucoup de projets de voyages pour la suite. Seulement 18 étés à vraiment profiter – comme disait mon amie Déborah – et avec un peu de chance quelques-uns de plus. Même si pour être honnête, je n’aurais pas assez d’une vie pour leur faire partager tous les endroits que je rêve de leur faire découvrir.

Et vous, qu’est-ce qui fait que votre famille est spéciale?

-Lexie Swing-

La petite histoire du sac oublié sur un banc d’autobus

img_4664Deux heures à perdre pour rentrer chez soi… c’est l’histoire d’une drôle d’aventure. Vendredi soir, au 3e jour à jongler avec l’absence de train, je me suis glissée dans la ligne de bus express recommandée par une amie. Partie tôt du bureau, je suis arrivée sur le fil, suffisamment en avance pour faire partie de la soixantaine de chanceux à embarquer. Décontraction musculaire et abandon de mes multiples sacs sur le sol du véhicule – le vendredi est de ces jours où la pression retombe comme un soufflé mal cuit.

17 minutes plus tard – le trajet a été rapide et la soirée s’annonce prometteuse – je texte mon amoureux qui m’attend déjà au stationnement de l’arrêt du bus, une étape rendue obligatoire par la situation exceptionnelle des derniers jours. L’arrêt s’annonce, la personne à côté de moi fait mine d’ignorer mes signes, pour finalement se jeter dehors sitôt l’autobus arrêté. Je la suis cahin-caha en la maudissant quelque peu, traverse le carrefour hyper achalandé et rejoint la voiture familiale. Je m’échoue plus que je ne m’assoie sur le siège passager, aussitôt apostrophée par les exclamations et questions de mes enfants. Pourtant dans mon esprit c’est le silence qui se fait : qu’ai-je fait de mon sac de magasin, rempli de cadeaux, matériel d’art et dans lequel j’ai aussi fourré au dernier moment des papiers personnels confidentiels?

L’amoureux met les gaz et j’enclenche l’application de suivi des transports qui permet de géolocaliser les trajets en cours. L’autobus se trouve déjà à une dizaine de kilomètres. Tandis que mon conjoint se lance à sa poursuite, je tente de trouver un numéro de téléphone actif, une aiguille dans une botte de foin bien serrée un vendredi soir. Une dame me répond que si mon sac est retrouvé il sera probablement aux objets perdus lundi matin. Je sais ce que ce « si » signifie, j’ai un paquet de choses qui ont trouvé meilleur acquéreur après les avoir oubliées dans des endroits publics. Je ne peux pas prendre la chance de laisser mes documents et les cadeaux sont pour un anniversaire qui a lieu le lendemain. Au bord de l’apoplexie, je tente un nouvel appel. « Les autobus reviennent au terminus ensuite s’ils ont fini leurs parcours ». Un seul autobus de la ligne reste encore à partir, quelque 20 minutes plus tard, soit le minimum pour nous pour rejoindre ledit terminus.

Demi-tour serré et pied au plancher, l’amoureux met le cap vers la ville d’où j’ai embarqué. « Ça va Maman? », demande ma grande fille à l’arrière devant mon teint livide. « J’ai encore espoir », je lui promets.

Au terminus, il reste une minute avant le départ du dernier bus. Je me jette hors de la voiture, pense à féliciter le hasard qui a passé le feu piéton au vert quelques secondes avant mon arrivée, et me jette sur le chauffeur. Ce n’est pas lui.

Il ne peut pas entrer en contact avec les autres chauffeurs, il ne sait même pas qui était dans les autres autobus ce soir là. « Il peut avoir fini ou avoir changé de ligne », m’explique-t-il. Le désespoir commence à me gagner. « Adressez-vous à l’agent ici », me propose-t-il en désignant un homme sur le quai.

Cet homme – je rompts le suspense ici – sera celui de la Providence. Devant mon air déconfit, il appelle « le terminal », m’indiquant au passage qu’une partie des autobus de cette ligne sont ramenés dans une autre ville. Ils ont l’heure du départ mais pas le numéro du bus. Il me fait saisir un numéro de téléphone – celui de son chef, qui pourra me contacter lundi matin pour me remettre mes affaires si elles ont été retrouvées. Je trépigne. J’insiste. Ne rien lâcher surtout. Il me dévisage. « Je rentre au terminal bientôt de toute façon. Si quelque chose a été retrouvé, je vous appelle ce soir. Sans faute. Donnez-moi une heure. »

54 minutes plus tard, mon téléphone sonne. « J’ai une bonne nouvelle », dit-il. Il a le sac en sa possession, je pourrais le récupérer en début de semaine puisque le terminal est désormais fermé. Mais je ne peux lâcher si prêt du but. « Je peux être là dans dix minutes ». Je n’y serais jamais en si peu de temps. « 15 plutôt », je me corrige. « Ok, je vous attend dans la ville voisine, j’aurais ma voiture privée, attendez-moi sur les quais de débarquement ».

Lorsque je descends de ma voiture, 15 minutes plus tard, j’ai dans mes mains une boîte de chocolats, récupéré à l’épicerie un peu plus tôt. J’ai surtout, au bout des lèvres, une reconnaissance énorme. Il dit « je pars en vacances la semaine prochaine », et puis « fallait pas pour les chocolats ». Et même si je me sens coupable de lui avoir fait faire tout ça, je garde en tête qu’on se sent toujours un peu plus heureux après un beau geste ou une bonne action.

Alors j’espère qu’il est parti aujourd’hui en congés le cœur plus léger parce que de mon côté, c’est un sacré poids qu’il a enlevé de mes épaules ce soir là.

-Lexie Swing-

En otage

img_4599École, garderie, travail, école, garderie, maison. Le chemin est long, le quotidien rythmé. La vie de tous les jours consiste à se demander ce qui vient après, et les gestes sont automatiques. Le bain, les devoirs, le repas, la vaisselle, la lecture, le coucher, la télé si on est chanceux. Pas le temps de relever la tête, aucune chance de souffler. La roue tourne, inarétable.

Depuis quelques jours, sur notre ligne de train, des manifestants bloquent les rails. Sur une autre ligne de banlieue, ils sont là depuis plus longtemps encore. Mercredi, lorsqu’ils ont posé les bases de la révolte, nous étions en milieu de journée, les fesses ferrées dans nos sièges de bureau, les enfants à l’école et la voiture à la gare. Il a fallu quitter le travail plus tôt, piétiner devant un autobus bondé, choisir finalement l’option du métro pour échouer dans un Uber. 30 dollars et une heure plus tard, nous avons récupéré notre voiture et retrouvé nos enfants. Au jour 2, l’autobus du matin était plein et les voyageurs debout. La gymnastique commençait alors : déposer les enfants, et revenir se stationner proche de l’autobus. Écourter sa journée de travail et faire le chemin inverse. Croiser les doigts pour que le trafic permette d’arriver avant la fermeture. Récupérer des enfants bien trop longtemps après les avoir déposés le matin. Et puis recommencer encore.

L’impatience commence à se faire sentir, la fatigue embarque, les familles s’emportent. Nous sommes tous au maximum de la flexibilité et la corde est prête à rompre. Nos vies sont minutées, nos loisirs sacrifiés. Nous partons à l’heure pour épargner nos enfants, nous rapportons du travail à la maison pour faire honneur à nos responsabilités. Nous faisons des compromis, nous nous commettons, nous distribuons l’empathie et la compréhension comme autant de confettis sur les pavés de la mairie. Nous excusons les retards, jonglons avec les journées pédagogiques ou les vacances à répétition. Nous nous absentons pour des maladies que nous n’avons pas et nous entêtons à travailler alors que nous sommes au fond du trou.

Alors que des agents tentaient de diriger des usagers vers des trains affrétés pour l’occasion, j’ai vu un homme s’emporter. « Comment ça je n’attends pas pour le bon autobus ? Il s’arrête à ma gare d’habitude celui ci monsieur ! J’ai raté le départ de l’autre autobus, je fais quoi maintenant ?Vous vous rendez compte que ça fait plusieurs jours que j’arrive en retard pour récupérer mes enfants ? Je vais leur dire quoi à mes enfants moi Monsieur? »

On sait qu’il est inutile de tirer sur le messager. Mais ce n’est pas de la colère que les familles déversent, c’est de l’inquiétude, c’est de la fatigue, c’est la corde que les imprévus grignotent et qui va finir par lâcher.

Ce soir, les barricades ont été levées. Elles restent présentes sur les autres secteurs, laissant peser la menace d’une nouvelle semaine « d’arrangements » pour les familles concernées.

De mon côté, j’espère reprendre notre rythme déjà serré et ne plus perdre deux heures dans les transports parce que j’ai oublié un document personnel sur un banc d’autobus… bref, je vous raconterai !

Bon week end!

-Lexie Swing-

Pour une part de pizza

img_3990Depuis une semaine à peine, l’immeuble où je travaille s’est vu adjoindre un nouveau food-court. Food-court, c’est le nom qu’on donne à ces espaces de restauration plus ou moins rapides qui fleurissent ici, en Amérique du Nord. Ils sont souvent situés proches des immeubles de bureaux ou au sous-sol des centres commerciaux. Je me souviens encore de notre première visite à Toronto, alors que nous n’étions encore que des touristes au Canada. Impossible de trouver un endroit décent où manger. Nous tournions autour du centre commercial le plus central, nous demandant où les professionnels du coin pouvaient bien se sustenter midi venu. Si nous avions su! Un monde de restauration immense se trouvait là, juste sous nos pieds.

À l’affût donc d’un repas pour mon lunch, j’arpente le nouveau food-court. Mes pas me mènent là où mon appétit les dirige : à la pizzeria. Je trépigne d’envie d’essayer, depuis que mon estomac et moi avons croisé un homme pourvu d’une boîte en carton dans l’ascenseur, boîte dont le contenu encore fumant embaumait les quelques mètres carrés.

Je m’arrête devant le restaurant libanais. Jette un œil aux soupes et salades du comptoir santé. Les végétariens mangent bien ça, des chilis végés et des lentilles épicées, non? Impossible de m’y engager aujourd’hui, mon estomac demande autre chose. La pizza n’est pas loin. Peut-on manger une pizza seul? Devrais-je demander une assiette ou une boîte à emporter pour dévorer mon précieux à l’abri des regards.

Machinalement, je passe ma main sur ma taille pleine. Celle-là même qui refuse obstinément de s’affiner, depuis que les Fêtes ont renfloué ses aplombs. C’est dur de perdre du poids après 30 ans, tout le monde vous le dira.

Peut-on manger de la pizza, avec un tour de taille comme ça?

C’est étrange cette idée du quand-dira-t-on. On ne peut pas manger gras si l’on a pas le tour de taille adéquat. On s’en convainc en tout cas, certain de voir dans le regard des autres le reflet de notre culpabilité.

Je ne me rappelle pas comment était le monsieur de l’ascenseur, celui avec la pizza. Je ne sais pas s’il avait le cou fin et la peau pleine d’éclat. Mais il tenait en ses bras un mets qui racontait le monde. L’appétit, l’enthousiasme, le plaisir, tout à la fois. Alors je me suis dit que je pouvais faire ça, moi aussi.

J’ai ramené ma pizza au bureau. J’ai oublié de me demander si l’on accuserait ma gourmandise pour justifier mon tour de taille. J’ai croisé l’une de mes collègues, une fan de pizzas comme moi. Elle avait l’air épuisé, et puis elle m’a avisé. «Est-ce que je peux la voir?», a-t-elle demandé en pressant ses mains l’une contre l’autre.  La boîte à peine ouverte, elle a lancé : «Je vais aller m’en chercher une de suite, merci beaucoup… C’est sans te mentir la meilleure chose de ma journée pour le moment…»

On s’inquiète tant des pensées prétendues que l’on oublie l’impact, le vrai. Celui qui fait qu’on peut embellir momentanément la journée de quelqu’un en dévoilant le croustillant d’une pizza. Ou qui conduit à débattre la verve haute avec un collègue affamé de la meilleure garniture qui soit. Ou simplement qui procure ce sentiment de plaisir inégalé de dévorer une pizza goûteuse, derrière sa porte de bureau fermée, les yeux rivés sur une série télé dont on a rarement le temps de profiter.

Au diable la culpabilité, tant qu’il y a le plaisir.

-Lexie Swing-

La sortie en forêt

Figés sur papier glacé, dans la blancheur de la neige. Ces derniers temps, la neige tombe sans fin et le froid se fait plus mordant. Les activités hivernales gagnent du terrain, au gré du bon vouloir parental et de la nécessité, surtout, de faire se dépenser les enfants excités.

Et puis ça rend bien, les manteaux d’enfants colorés, au milieu de toute cette neige.

C’est ce que je me dis, en découvrant les photos qui abondent sur les réseaux sociaux. Ces mines réjouies dans ce blanc sans fausse note. Il n’y a pas le son, bien sûr. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs, qu’on les photographie plutôt qu’on ne les filme.

Parce qu’on sait tous, ce que ça prend de photographier des enfants, ça se plaint avant, ça grimace après, et puis ça se précipite sur toi sitôt le son de l’appareil entendu pour découvrir son visage ainsi immortalisé.

J’y étais, moi, dans la neige ce week-end. J’avais envie de me perdre dans la forêt avec mon chien. Comme il fallait aussi aérer les enfants, j’ai fait d’une pierre deux coups et j’ai mis tout le monde dans la voiture.

Bien sûr, j’ai été accueillie par des plaintes féroces. Il allait faire froid. Il fallait enfiler les habits de neige. Les bas de ski ne rentraient pas dans les bottes… Ça prend beaucoup de volonté dans la vie d’être parent, quand chacune de tes propositions est accueillie par un torrent de complaintes.

Bref, j’ai mis tout ce beau monde dans la voiture, agrémentant l’opération de quelques invitations joyeuses : «On pourra faire un bonhomme!», «Il y aura peut-être des cerfs!», «Crois-tu que le chien aimera se rouler dans la neige avec nous?».

Ambiance éducation bienveillante.

Je vous rassure, ça n’a pas duré. L’une des deux a dit «t’es méchante de nous faire sortir dans le froid», et j’ai perdu les pédales, hurlant, la tête à moitié passée dans l’habitacle que oui, j’étais méchante, que j’étais la mère, je faisais ce que je voulais et qu’elle allait aller marcher dans la neige non mais oh.

Et que je ne voulais plus l’entendre dire un mot.

Mais soyons franc, ça, ça ne marche jamais.

J’ai débarqué chien et enfants sur le stationnement tout proche de la balade, et admiré en passant une autre mère solitaire qui enfilait des raquettes aux pieds de sa fille aînée tout en maintenant un porte-bébé sur son dos pour son plus jeune. La mère était calme, l’enfant était calme. J’ai eu un sourire d’admiration, mais peut-être en pensait-elle autant après tout, moi qui, à défaut de raquettes, avait jugé bon d’emmener un gros chien en balade en plus de mes deux enfants.

J’adore les balades en forêt, le calme que cela procure, l’apaisement qui me gagne immédiatement, comme si le cœur retrouvait son origine.

Mais forcément, c’est moins vrai avec des enfants.

«Remets tes gants!»

– Lâche le chien

– Par par là!

– Attention tu vas tomber du pont!

– Ne mange pas cette neige, le chien a fait pipi dessus!

– Mets toi sur le côté, tu gênes les gens qui veulent passer!

La vie avec les enfants est faite de découvertes, et je me plais à croire que nous les amenons à en faire, que nous les enjoignons à regarder, à toucher, à goûter, que nous mettons à leur portée les belles choses de l’existence pour les enrichir. Que nous nous agenouillons pour voir le monde avec leurs yeux et les portons sur nos épaules pour qu’ils le voient avec les nôtres. Que nous tendons le doigt vers la cîme des arbres et l’aplomb des rochers pour leur montrer ce que la nature a de plus précieux.

Mais des fois non, des fois ça ne marche pas. Des fois, c’est une sortie ratée, une occasion manquée. Ça s’instagrame à peine, ça ne se youtube définitivement pas. Ça s’oublie, ça oui. En espérant qu’on fera mieux, la prochaine fois.

– Lexie Swing-