Journal d’un confinement – Semaine 1

Nous sommes à la maison depuis une semaine aujourd’hui. De nombreuses écoles au Québec ont été fermées vendredi dernier « le temps de s’organiser », organisation qui a conduit à tout fermer dès le lundi suivant. Restés à la maison pour gérer les moutards, « le temps de nous organiser » nous aussi, nous n’avons pas remis les pieds au bureau depuis.

Humeur : bonne. Miraculeusement bonne. Qui aurait crû que de ne plus être pris dans une course effrénée consistant à jeter ses enfants à l’école puis à courir jusqu’au boulot nous apporterait l’apaisement nécessaire. Hein? Qui l’aurait crû?

Organisation : militaire et tripartite. Une heure de cours donnés par Papa, une heure de cours donnés par Maman, une heure d’activités décidées par les mouflet(te)s et on recommence l’après-midi.

Couple : solide. L’amabilité est de mise. On se refile le mouflet à heure fixe et on s’arroge du temps de travail efficace musique vissée aux oreilles. Les parents que nous sommes se découvrent des trésors de pédagogie dans leur matière respective, et même dans d’autres matières inusitées (la physique des solides niveau CP). Faudrait pas que ça dure trop non plus quand même.

Point d’orgue : le replay de Top Chef, lancé dès 19h, pour la première fois visionné en famille. Depuis mon mini-chef de 4 ans me demande des Gyozis, « regarde comme ils ont l’air contents les enfants quand on leur fait de la bonne nourriture ».

Vague à l’âme : l’incertitude. C’est le fun, mais c’est parce que c’est anormal. Une nouvelle normalité? Au secours!

Point bonus : l’écologie. Savoir que les eaux de Venise sont plus propres ou que la pollution de l’air en Chine s’améliore, ça me met le coeur en joie!

Les bonnes idées de la semaine : les histoires en musique d’Elodie Fondacci et la page Youtube de Force4, pour faire bouger les enfants. À compter de la semaine prochaine, l’équipe proposera tous les matins à 10h (heure du Québec) une petite séance d’exercices sur la page Facebook du Défi Pierre Lavoie.

Le Québec se prépare à perpétuer les recommandations du confinement encore quelques semaines, comme la France. À la différence de la France, cependant, il s’agit de recommandations et non d’obligations, qui semblent malgré tout être bien suivies par la population.

Bon week-end les amis, on rejoue en semaine 2!

-Lexie Swing-

Quel genre de famille est-on?

image_3b13e643-317a-4ea1-8a3d-8b235d0c0355.img_2058Toutes les familles ont des spécificités, et pas seulement dans leurs modèles – de plus en plus diversifiés aujourd’hui – mais aussi dans leurs goûts, leur quotidien, leurs façons de vivre. On peut avoir les moyens de se faire dorer la pilule tous les hivers à St-Barth, et préférer les road-trip dans l’ouest américain. On peut avoir de toutes petites économies, et les mettre toutes dans des sorties familiales au cinéma – parce qu’on adore ça. On peut aimer les beaux restaurants, ou préférer les sorties fast-food; ne jurer que par les musées, ou par les balades en pleine nature; faire des jeux de société tous les vendredis, ou se replier chacun dans sa chambre, pour savourer un peu de solitude.

On a tous nos petites habitudes, qui ne sont pas meilleures que celles des voisins. Ce sont de petites traditions, un quotidien qu’on se créé, et qui au-delà du nom peut-être, de l’adresse commune et du compte en banque partagé parfois, font de nous une famille particulière. Si vous avez envie, je vous propose donc de reprendre l’idée à votre compte et de raconter ce qui fait de vous cette famille-ci, celle que vous aimez et que vous avez créée.

Six à la maison

On est une «famille de six» selon mes enfants. Pour deviner pourquoi, on se met en forme avec une petite équation. Si X est le nombre de mes enfants, Y le nombre de mes chiens et Z le nombre de parents dans la maison, et que X=Y=Z, et que X+Y+Z = 6, combien ai-je d’enfants et de chiens? Bref, on est six et dans notre petite maison, ça fait du monde!

Immigrants toujours

Nous sommes une famille d’ailleurs. Ou partie ailleurs, selon l’endroit d’où l’on se place. Et qu’importe les copains, les évolutions de langage, les impôts que l’on paye et le temps qui passe, nous serons toujours une famille immigrée. Ce n’est ni un défaut, ni une qualité, mais une spécificité. Nous n’avons pas forcément les mêmes habitudes, notre nom sonne différemment, nous sommes perdus par rapport à certaines spécificités administratives et les grands noms québécois nous sont encore parfois étrangers. C’est désormais une composante à part entière de notre identité, autant ici au Québec, qu’en France.

Les écrans de la fin de semaine

Je planque ça un peu au milieu, comme ça, pas pour donner du grain à moudre au débat « pour ou contre les écrans en bas de dix ans » mais plutôt parce que ça fait partie des spécificités de toutes les familles. De tout temps il y a eu les amis qui regardaient la télé avant l’école, ceux qui n’y avaient droit qu’au retour, ceux chez qui elle était allumée en continu, telle une toile de fond mouvante, et puis ceux chez qui elle était juste proscrite, quoi qu’il arrive. Chez nous, aujourd’hui, elle est au sous-sol, ce qui limite son utilisation. L’une de nos filles est relativement indifférente aux écrans, la seconde pourrait rester devant des heures durant, et nous en réclamer encore «juste un épisode de plus, promis après j’arrête». Du plaisir à la décadence, il n’y a qu’un pas, nous avons donc décidé de limiter la télévision aux week-ends. Point de console, pas de tablette, mais des livres en abondance, en espérant repousser les écueils de la surconsommation d’écrans.

L’absence de télécommande

Il y a quelques années, le fils d’une amie a brisé la télécommande de l’Apple TV. En attendant d’en racheter une, nous avions téléchargé des applications «Remote» sur nos téléphones. Cet «en attendant» dure depuis plusieurs années. Un coup on se dit que ça rendrait les filles plus autonomes (et nos samedis matins plus tranquilles), un coup on se console en se disant qu’on garde le contrôle de la télévision (cf point précédent). On est en tout cas passé maître dans l’art de changer de dessin animé sans être dans la pièce «Maman, à gauche, en bas, encore en bas, à droite maintenant, à droite j’ai dit, non t’es allée trop loin!, moins vite, reviens…».

Manger «maison», et de la pizza le vendredi

Ce n’est plus un secret pour personne : j’adore cuisiner! Après une première année de couple passée entre les croq’ je ne sais quoi du supermarché et les légumes déjà coupés, mon amoureux et moi avons commencé à cuisiner nos propres plats. C’était une activité agréable, conviviale, et qui servait l’un de nos plaisirs premiers : manger! Après avoir eu des enfants, nous avons graduellement changé nos habitudes de consommation. De l’agriculture raisonnée, nous sommes passées au bio, puis au bio et local-au-maximum. Nous avons délaissé les plats tout faits, qui bios ou pas sont surchargés en sel, sucre et additifs, pour le fait maison, impliquant au passage nos enfants pour qui manger est devenue synonyme de cuisiner d’abord. Je suis aussi devenue végétarienne, emportant partiellement ma famille dans mon sillage, même si tout ceci reste encore au choix de chacun. La semaine dernière, ma fille aînée a ainsi demandé «un sandwich au jambon». Ai-je dit oui? Absolument! Ai-je légérement triomphé intérieurement lorsqu’elle a dit que décidément, ce n’était vraiment pas bon? À peine! Comme toutes les familles, nous avons aussi nos jours, nos habitudes, comme la soupe plusieurs soirs par semaine, la pizza maison du vendredi, les crêpes du samedi et le brunch – quand on peut – le dimanche.

Les amis à domicile

Ce n’est pas encore complètement vrai mais ça le devient. Avoir grandi dans des maisons où les amis étaient les bienvenus nous a rendus heureux. Et voir les amis de mes enfants (ou les enfants de mes amis, ça marche aussi) prendre leurs marques chez nous me rend heureuse à nouveau. J’aime l’idée d’avoir été moi-même tellement intégrée au sein des familles de certains de mes amis que leurs parents sont aujourd’hui des personnes dont je suis restée proche. Par ailleurs, la distance avec la France nous a poussé à créer des liens familiaux avec des amis proches, et si leurs enfants ne sont pas mes neveux et nièces au sens propre du terme, j’aime à penser que l’on invente (nous, immigrés) une réalité différente du schéma traditionnel.

Le double nom

Nous ne sommes pas mariés et quand ne le serons, chacun gardera son nom. Aucun de nous ne souhaitait imposer son nom, alors aucun des deux n’y a renoncé. Nos enfants portent désormais les deux noms et ont ainsi donné à notre famille, officieusement, ce double nom, qui commence d’ailleurs par le mien.

Le plein air

Il fut un temps où je vivais terrée dans ma chambre. J’aimais lire… et puis lire, et puis c’est à peu près tout, et j’engloutissais des romans à la tonne. J’ai d’ailleurs souvent été fascinée par les possesseurs de « piles de livres » qui en faisaient l’énumération sur les réseaux sociaux. Chez moi, point de pile, que des lignes ingurgitées sitôt le livre acheté ou emprunté. Et puis j’ai eu des enfants, les livres sont restés mais le temps s’est amoindri. Mes besoins personnels sont devenus secondaires et j’ai affronté des matinées de week-ends et de vacances en me disant «il faut vraiment que je leur fasse faire quelque chose». Le besoin d’extérieur est né de cette inquiétude là. Désormais, pas un week-end sans sortie, sans projet. Je ne conçois plus de laisser le temps filer entre mes doigts, lovée sur mon canapé. J’ai le sentiment urgent d’avoir besoin de rendre ces journées-là significatives. Je les veux dans les bois, dans la neige ou sous le soleil d’automne. Je les projette à la patinoire, au milieu des jeux d’eaux ou dans la cour des amis. Rien ne me donne autant le sentiment d’une journée accomplie que celle qui a été ponctuée de sorties. La paresse de la vingtaine a laissé place aussi à un besoin fort de faire du sport, besoin dans lequel nous entrainons nos enfants. J’aurais ri si l’on m’avait dit que nous serions un jour de ces familles à participer à des X-kilomètres. Et pourtant… la prochaine course a lieu en juin.

Les road-trips

On a grandi dans des familles avides de découvertes, qui ne passaient jamais deux années de vacances au même endroit. On a reproduit le schéma. Nous sommes ainsi partis deux fois en road-trips depuis la naissance de Tempête et avons beaucoup, vraiment beaucoup de projets de voyages pour la suite. Seulement 18 étés à vraiment profiter – comme disait mon amie Déborah – et avec un peu de chance quelques-uns de plus. Même si pour être honnête, je n’aurais pas assez d’une vie pour leur faire partager tous les endroits que je rêve de leur faire découvrir.

Et vous, qu’est-ce qui fait que votre famille est spéciale?

-Lexie Swing-

La petite histoire du sac oublié sur un banc d’autobus

img_4664Deux heures à perdre pour rentrer chez soi… c’est l’histoire d’une drôle d’aventure. Vendredi soir, au 3e jour à jongler avec l’absence de train, je me suis glissée dans la ligne de bus express recommandée par une amie. Partie tôt du bureau, je suis arrivée sur le fil, suffisamment en avance pour faire partie de la soixantaine de chanceux à embarquer. Décontraction musculaire et abandon de mes multiples sacs sur le sol du véhicule – le vendredi est de ces jours où la pression retombe comme un soufflé mal cuit.

17 minutes plus tard – le trajet a été rapide et la soirée s’annonce prometteuse – je texte mon amoureux qui m’attend déjà au stationnement de l’arrêt du bus, une étape rendue obligatoire par la situation exceptionnelle des derniers jours. L’arrêt s’annonce, la personne à côté de moi fait mine d’ignorer mes signes, pour finalement se jeter dehors sitôt l’autobus arrêté. Je la suis cahin-caha en la maudissant quelque peu, traverse le carrefour hyper achalandé et rejoint la voiture familiale. Je m’échoue plus que je ne m’assoie sur le siège passager, aussitôt apostrophée par les exclamations et questions de mes enfants. Pourtant dans mon esprit c’est le silence qui se fait : qu’ai-je fait de mon sac de magasin, rempli de cadeaux, matériel d’art et dans lequel j’ai aussi fourré au dernier moment des papiers personnels confidentiels?

L’amoureux met les gaz et j’enclenche l’application de suivi des transports qui permet de géolocaliser les trajets en cours. L’autobus se trouve déjà à une dizaine de kilomètres. Tandis que mon conjoint se lance à sa poursuite, je tente de trouver un numéro de téléphone actif, une aiguille dans une botte de foin bien serrée un vendredi soir. Une dame me répond que si mon sac est retrouvé il sera probablement aux objets perdus lundi matin. Je sais ce que ce « si » signifie, j’ai un paquet de choses qui ont trouvé meilleur acquéreur après les avoir oubliées dans des endroits publics. Je ne peux pas prendre la chance de laisser mes documents et les cadeaux sont pour un anniversaire qui a lieu le lendemain. Au bord de l’apoplexie, je tente un nouvel appel. « Les autobus reviennent au terminus ensuite s’ils ont fini leurs parcours ». Un seul autobus de la ligne reste encore à partir, quelque 20 minutes plus tard, soit le minimum pour nous pour rejoindre ledit terminus.

Demi-tour serré et pied au plancher, l’amoureux met le cap vers la ville d’où j’ai embarqué. « Ça va Maman? », demande ma grande fille à l’arrière devant mon teint livide. « J’ai encore espoir », je lui promets.

Au terminus, il reste une minute avant le départ du dernier bus. Je me jette hors de la voiture, pense à féliciter le hasard qui a passé le feu piéton au vert quelques secondes avant mon arrivée, et me jette sur le chauffeur. Ce n’est pas lui.

Il ne peut pas entrer en contact avec les autres chauffeurs, il ne sait même pas qui était dans les autres autobus ce soir là. « Il peut avoir fini ou avoir changé de ligne », m’explique-t-il. Le désespoir commence à me gagner. « Adressez-vous à l’agent ici », me propose-t-il en désignant un homme sur le quai.

Cet homme – je rompts le suspense ici – sera celui de la Providence. Devant mon air déconfit, il appelle « le terminal », m’indiquant au passage qu’une partie des autobus de cette ligne sont ramenés dans une autre ville. Ils ont l’heure du départ mais pas le numéro du bus. Il me fait saisir un numéro de téléphone – celui de son chef, qui pourra me contacter lundi matin pour me remettre mes affaires si elles ont été retrouvées. Je trépigne. J’insiste. Ne rien lâcher surtout. Il me dévisage. « Je rentre au terminal bientôt de toute façon. Si quelque chose a été retrouvé, je vous appelle ce soir. Sans faute. Donnez-moi une heure. »

54 minutes plus tard, mon téléphone sonne. « J’ai une bonne nouvelle », dit-il. Il a le sac en sa possession, je pourrais le récupérer en début de semaine puisque le terminal est désormais fermé. Mais je ne peux lâcher si prêt du but. « Je peux être là dans dix minutes ». Je n’y serais jamais en si peu de temps. « 15 plutôt », je me corrige. « Ok, je vous attend dans la ville voisine, j’aurais ma voiture privée, attendez-moi sur les quais de débarquement ».

Lorsque je descends de ma voiture, 15 minutes plus tard, j’ai dans mes mains une boîte de chocolats, récupéré à l’épicerie un peu plus tôt. J’ai surtout, au bout des lèvres, une reconnaissance énorme. Il dit « je pars en vacances la semaine prochaine », et puis « fallait pas pour les chocolats ». Et même si je me sens coupable de lui avoir fait faire tout ça, je garde en tête qu’on se sent toujours un peu plus heureux après un beau geste ou une bonne action.

Alors j’espère qu’il est parti aujourd’hui en congés le cœur plus léger parce que de mon côté, c’est un sacré poids qu’il a enlevé de mes épaules ce soir là.

-Lexie Swing-

En otage

img_4599École, garderie, travail, école, garderie, maison. Le chemin est long, le quotidien rythmé. La vie de tous les jours consiste à se demander ce qui vient après, et les gestes sont automatiques. Le bain, les devoirs, le repas, la vaisselle, la lecture, le coucher, la télé si on est chanceux. Pas le temps de relever la tête, aucune chance de souffler. La roue tourne, inarétable.

Depuis quelques jours, sur notre ligne de train, des manifestants bloquent les rails. Sur une autre ligne de banlieue, ils sont là depuis plus longtemps encore. Mercredi, lorsqu’ils ont posé les bases de la révolte, nous étions en milieu de journée, les fesses ferrées dans nos sièges de bureau, les enfants à l’école et la voiture à la gare. Il a fallu quitter le travail plus tôt, piétiner devant un autobus bondé, choisir finalement l’option du métro pour échouer dans un Uber. 30 dollars et une heure plus tard, nous avons récupéré notre voiture et retrouvé nos enfants. Au jour 2, l’autobus du matin était plein et les voyageurs debout. La gymnastique commençait alors : déposer les enfants, et revenir se stationner proche de l’autobus. Écourter sa journée de travail et faire le chemin inverse. Croiser les doigts pour que le trafic permette d’arriver avant la fermeture. Récupérer des enfants bien trop longtemps après les avoir déposés le matin. Et puis recommencer encore.

L’impatience commence à se faire sentir, la fatigue embarque, les familles s’emportent. Nous sommes tous au maximum de la flexibilité et la corde est prête à rompre. Nos vies sont minutées, nos loisirs sacrifiés. Nous partons à l’heure pour épargner nos enfants, nous rapportons du travail à la maison pour faire honneur à nos responsabilités. Nous faisons des compromis, nous nous commettons, nous distribuons l’empathie et la compréhension comme autant de confettis sur les pavés de la mairie. Nous excusons les retards, jonglons avec les journées pédagogiques ou les vacances à répétition. Nous nous absentons pour des maladies que nous n’avons pas et nous entêtons à travailler alors que nous sommes au fond du trou.

Alors que des agents tentaient de diriger des usagers vers des trains affrétés pour l’occasion, j’ai vu un homme s’emporter. « Comment ça je n’attends pas pour le bon autobus ? Il s’arrête à ma gare d’habitude celui ci monsieur ! J’ai raté le départ de l’autre autobus, je fais quoi maintenant ?Vous vous rendez compte que ça fait plusieurs jours que j’arrive en retard pour récupérer mes enfants ? Je vais leur dire quoi à mes enfants moi Monsieur? »

On sait qu’il est inutile de tirer sur le messager. Mais ce n’est pas de la colère que les familles déversent, c’est de l’inquiétude, c’est de la fatigue, c’est la corde que les imprévus grignotent et qui va finir par lâcher.

Ce soir, les barricades ont été levées. Elles restent présentes sur les autres secteurs, laissant peser la menace d’une nouvelle semaine « d’arrangements » pour les familles concernées.

De mon côté, j’espère reprendre notre rythme déjà serré et ne plus perdre deux heures dans les transports parce que j’ai oublié un document personnel sur un banc d’autobus… bref, je vous raconterai !

Bon week end!

-Lexie Swing-

Pour une part de pizza

img_3990Depuis une semaine à peine, l’immeuble où je travaille s’est vu adjoindre un nouveau food-court. Food-court, c’est le nom qu’on donne à ces espaces de restauration plus ou moins rapides qui fleurissent ici, en Amérique du Nord. Ils sont souvent situés proches des immeubles de bureaux ou au sous-sol des centres commerciaux. Je me souviens encore de notre première visite à Toronto, alors que nous n’étions encore que des touristes au Canada. Impossible de trouver un endroit décent où manger. Nous tournions autour du centre commercial le plus central, nous demandant où les professionnels du coin pouvaient bien se sustenter midi venu. Si nous avions su! Un monde de restauration immense se trouvait là, juste sous nos pieds.

À l’affût donc d’un repas pour mon lunch, j’arpente le nouveau food-court. Mes pas me mènent là où mon appétit les dirige : à la pizzeria. Je trépigne d’envie d’essayer, depuis que mon estomac et moi avons croisé un homme pourvu d’une boîte en carton dans l’ascenseur, boîte dont le contenu encore fumant embaumait les quelques mètres carrés.

Je m’arrête devant le restaurant libanais. Jette un œil aux soupes et salades du comptoir santé. Les végétariens mangent bien ça, des chilis végés et des lentilles épicées, non? Impossible de m’y engager aujourd’hui, mon estomac demande autre chose. La pizza n’est pas loin. Peut-on manger une pizza seul? Devrais-je demander une assiette ou une boîte à emporter pour dévorer mon précieux à l’abri des regards.

Machinalement, je passe ma main sur ma taille pleine. Celle-là même qui refuse obstinément de s’affiner, depuis que les Fêtes ont renfloué ses aplombs. C’est dur de perdre du poids après 30 ans, tout le monde vous le dira.

Peut-on manger de la pizza, avec un tour de taille comme ça?

C’est étrange cette idée du quand-dira-t-on. On ne peut pas manger gras si l’on a pas le tour de taille adéquat. On s’en convainc en tout cas, certain de voir dans le regard des autres le reflet de notre culpabilité.

Je ne me rappelle pas comment était le monsieur de l’ascenseur, celui avec la pizza. Je ne sais pas s’il avait le cou fin et la peau pleine d’éclat. Mais il tenait en ses bras un mets qui racontait le monde. L’appétit, l’enthousiasme, le plaisir, tout à la fois. Alors je me suis dit que je pouvais faire ça, moi aussi.

J’ai ramené ma pizza au bureau. J’ai oublié de me demander si l’on accuserait ma gourmandise pour justifier mon tour de taille. J’ai croisé l’une de mes collègues, une fan de pizzas comme moi. Elle avait l’air épuisé, et puis elle m’a avisé. «Est-ce que je peux la voir?», a-t-elle demandé en pressant ses mains l’une contre l’autre.  La boîte à peine ouverte, elle a lancé : «Je vais aller m’en chercher une de suite, merci beaucoup… C’est sans te mentir la meilleure chose de ma journée pour le moment…»

On s’inquiète tant des pensées prétendues que l’on oublie l’impact, le vrai. Celui qui fait qu’on peut embellir momentanément la journée de quelqu’un en dévoilant le croustillant d’une pizza. Ou qui conduit à débattre la verve haute avec un collègue affamé de la meilleure garniture qui soit. Ou simplement qui procure ce sentiment de plaisir inégalé de dévorer une pizza goûteuse, derrière sa porte de bureau fermée, les yeux rivés sur une série télé dont on a rarement le temps de profiter.

Au diable la culpabilité, tant qu’il y a le plaisir.

-Lexie Swing-

La sortie en forêt

Figés sur papier glacé, dans la blancheur de la neige. Ces derniers temps, la neige tombe sans fin et le froid se fait plus mordant. Les activités hivernales gagnent du terrain, au gré du bon vouloir parental et de la nécessité, surtout, de faire se dépenser les enfants excités.

Et puis ça rend bien, les manteaux d’enfants colorés, au milieu de toute cette neige.

C’est ce que je me dis, en découvrant les photos qui abondent sur les réseaux sociaux. Ces mines réjouies dans ce blanc sans fausse note. Il n’y a pas le son, bien sûr. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs, qu’on les photographie plutôt qu’on ne les filme.

Parce qu’on sait tous, ce que ça prend de photographier des enfants, ça se plaint avant, ça grimace après, et puis ça se précipite sur toi sitôt le son de l’appareil entendu pour découvrir son visage ainsi immortalisé.

J’y étais, moi, dans la neige ce week-end. J’avais envie de me perdre dans la forêt avec mon chien. Comme il fallait aussi aérer les enfants, j’ai fait d’une pierre deux coups et j’ai mis tout le monde dans la voiture.

Bien sûr, j’ai été accueillie par des plaintes féroces. Il allait faire froid. Il fallait enfiler les habits de neige. Les bas de ski ne rentraient pas dans les bottes… Ça prend beaucoup de volonté dans la vie d’être parent, quand chacune de tes propositions est accueillie par un torrent de complaintes.

Bref, j’ai mis tout ce beau monde dans la voiture, agrémentant l’opération de quelques invitations joyeuses : «On pourra faire un bonhomme!», «Il y aura peut-être des cerfs!», «Crois-tu que le chien aimera se rouler dans la neige avec nous?».

Ambiance éducation bienveillante.

Je vous rassure, ça n’a pas duré. L’une des deux a dit «t’es méchante de nous faire sortir dans le froid», et j’ai perdu les pédales, hurlant, la tête à moitié passée dans l’habitacle que oui, j’étais méchante, que j’étais la mère, je faisais ce que je voulais et qu’elle allait aller marcher dans la neige non mais oh.

Et que je ne voulais plus l’entendre dire un mot.

Mais soyons franc, ça, ça ne marche jamais.

J’ai débarqué chien et enfants sur le stationnement tout proche de la balade, et admiré en passant une autre mère solitaire qui enfilait des raquettes aux pieds de sa fille aînée tout en maintenant un porte-bébé sur son dos pour son plus jeune. La mère était calme, l’enfant était calme. J’ai eu un sourire d’admiration, mais peut-être en pensait-elle autant après tout, moi qui, à défaut de raquettes, avait jugé bon d’emmener un gros chien en balade en plus de mes deux enfants.

J’adore les balades en forêt, le calme que cela procure, l’apaisement qui me gagne immédiatement, comme si le cœur retrouvait son origine.

Mais forcément, c’est moins vrai avec des enfants.

«Remets tes gants!»

– Lâche le chien

– Par par là!

– Attention tu vas tomber du pont!

– Ne mange pas cette neige, le chien a fait pipi dessus!

– Mets toi sur le côté, tu gênes les gens qui veulent passer!

La vie avec les enfants est faite de découvertes, et je me plais à croire que nous les amenons à en faire, que nous les enjoignons à regarder, à toucher, à goûter, que nous mettons à leur portée les belles choses de l’existence pour les enrichir. Que nous nous agenouillons pour voir le monde avec leurs yeux et les portons sur nos épaules pour qu’ils le voient avec les nôtres. Que nous tendons le doigt vers la cîme des arbres et l’aplomb des rochers pour leur montrer ce que la nature a de plus précieux.

Mais des fois non, des fois ça ne marche pas. Des fois, c’est une sortie ratée, une occasion manquée. Ça s’instagrame à peine, ça ne se youtube définitivement pas. Ça s’oublie, ça oui. En espérant qu’on fera mieux, la prochaine fois.

– Lexie Swing-

Bribes de passage

On s’est assis là, face-à-face. Minuit venait juste de tourner, emportant dans son sillage l’année écoulée. On s’est demandé ce qu’on attendait de l’année à venir, ce qu’on espérait accomplir. Et pour la première fois, de ma vie entière, les premières secondes de la nouvelle année ont vraiment semblé marquer le début d’un chemin.

Le 31 décembre m’a longtemps laissée indifférente. Je ressentais malgré moi une pression pour célébrer, une course aux mots les mieux trouvés. Après la vingtaine, sitôt minuit passé, nous nous ruions tous sur nos téléphones, pour envoyer à d’autres les mots que l’on n’avait même pas su se dire en face.

On se targuait d’écrire les plus belles envolées, riches en verbes bien maitrisés mais souvent vides de sens. Les téléphones vibraient à intervalles réguliers, dévoilant parfois les mots de ceux qui n’avaient même pas pris la peine : pire que le silence, le couplet faussement enjoué envoyé à tout son répertoire.

Nous avons évoqué ça, ces 31 décembre passés, ceux qui nous avaient marqués et ceux que l’on aurait préféré oublier. Ceux aussi, dont malgré tous nos efforts nous n’avons jamais pu nous rappeler. Et puis celui où je me suis endormie avant minuit parce que j’étais bien trop fatiguée.

Je me souviens du tout premier en revanche. Pas le tout premier premier, mais le premier dont j’ai pu me rappeler. C’est aussi celui dont j’ai les souvenirs les plus vifs, curieusement. Je me souviens de la robe que je portais, et de ce tissu légèrement crissant sous les doigts. Robe choisie par mes soins, loin de ce que je portais alors, étrangère à tout ce que j’ai porté depuis.

Je me souviens de l’odeur du champagne dans les verres des adultes, cette sensation légèrement piquante dans les narines, et des voix qui éclosent alors que les verres s’enchaînent.

Je me souviens de la chambre du fond, du matelas mou et de nos pieds d’enfants qui rebondissaient.

Au fond de mon cœur, dans le recoin de sa mémoire, il y a des voix qui scandent : «On est en 1992, on est en 1992», et j’ai 5 ans pour toujours.

28 ans plus tard, 2020. J’aime ce chiffre, rond et doux. Twenty-twenty. Ici, au Québec, où l’on a parfois la traduction anglais-français rapide, j’entends déjà murmurer : «Bienvenue en vingt-vingt».

Je déteste.

«Bienvenue dans les années 20», s’est finalement repris quelqu’un devant ma mine déconfite. Les années 20… tant de promesses dans ces mots-là. Mes arrières grands-parents vivaient dans ces années-là. La grand-mère de mon conjoint était à peine plus jeune que nous. Amusant (effrayant?) de se dire qu’un siècle nous sépare.

Beaucoup de choses ont été achevées pour nous ces dernières années, un regard en arrière sur nos dix dernières années nous en a facilement convaincu. J’aimerais que ces années 20 se fassent désormais sous le signe du plaisir. J’aimerais profiter. De mon salon bien meublé, de mes enfants capables de se faire elle-mêmes leur petit déjeuner, de nos (rares) soirées en amoureux, de notre stabilité.

Et je vous souhaite la même chose… car que serait la vie, sans le plaisir?

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry (as usual) for Burst

Cheveux de soie

Les vacances sont faites pour abattre toutes ces choses que l’on repousse en temps ordinaire : ranger les papiers, payer le déneigement, enlever le vernis écaillé que je ne me donne même plus la peine de cacher, passer saluer le coiffeur, envoyer le chien chez le toiletteur… Parmi les choses que je repousse sans cesse, il y a donc le coiffeur – un an qu’il ne m’a pas vue – et la teinture pour mes cheveux. Je dépense volontiers pour de la bonne nourriture mais je suis très cheap quand il s’agit de soins. Manucure, pédicure, coiffure, name it… je ne mets jamais les pieds chez Sephora, ma trousse de maquillage contient en tout et pour tout des crayons khôl noirs et du mascara, et j’évite comme la peste toute conseillère beauté. Je ne sais pas ce que c’est qu’une « base », je n’ai jamais acheté de ma vie une quelconque « crème de nuit » et c’est mon mec qui me fait mes ongles parce que ça le turlupine plus que moi.

J’étais de fait mal partie pour changer la donne, bien plus intéressée par l’avancement de mon manuscrit et mes projets de couture que par une quelconque mise à jour « beauté ». Et puis, à la faveur d’une séance de brossage de cheveux – mon péché mignon – père et filles m’ont laissé entendre que mes cheveux « étaient un peu moches quand même ».

Je ne peux pas le nier. Mes cheveux sont ternes et le froid de l’hiver les rend encore plus capricieux. Farfouillant dans un carton de la salle de bain que l’on tarde à déballer – encore une autre tâche repoussée – j’ai sorti triomphalement une teinture végétale flambant neuve, achetée dans un moment d’ambitieuse transformation… ambition certainement reléguée au rang des non priorités sitôt la porte passée.

Forte de mon savoir faire – je me teins les cheveux une fois tous les deux ans, j’ai couché les enfants et je me suis mise au travail. Shampooing. Eau en bouteille chauffée à 60 degrés. Mélange dans un bol-surtout-pas-en-métal. Dénichage d’une serviette à sacrifier. Première couche : la texture « yogourt » recherchée coule allègrement sur le cheveu lisse. Emplâtrant ma masse altière par poignées, je repeins au passage la salle de bain neuve de l’été, en sacrant voluptueusement. Le liquide marronâtre s’encanaille, se répandant par giclées sur les miroirs. Le bol vidé, je sculpte une montagne sur le haut de ma tête et y enfourche une charlotte en plastique qui ne ferait pas rougir ma grand-mère.

Tandis que je nettoie la salle de bains en pestant contre le rapport résultat obtenu – efforts déployés, la teinture commence son insupportable bal de coulures, celles-ci s’échappant de la charlotte comme dans un mauvais film policier dont la scène de la salle de bains aurait mal tourné.

Dix-huit allers retours à la salle de bain et un rouleau d’essuie-tout plus tard, je coupe court à la mascarade et arrache la charlotte d’un geste rageur en jurant mes grands dieux que l’on ne m’y reprendra plus. Je passe 20 minutes la tête penchée dans la baignoire à tenter d’apercevoir la clarté de l’eau à travers les gouttes qui s’infiltrent entre mes cils.

Les cheveux enfin rincés, je passe à la dernière étape : le séchage. Dans le miroir, mes cheveux apparaissent soudainement épais, joyeux. J’ai fait du ton sur ton. C’est moi, mais en mieux. Il n’y a que le marketing beauté pour vendre un tel concept.

Je me sens comme un petit poney. J’ai le poil soyeux, doux et je sens le foin.

Une vraie femme fatale.

-Lexie Swing-

Les vacances commencent!

Nous sommes le 23 décembre et je travaille ce matin. Il me manquait une demi-journée pour atteindre le Graal des deux semaines complètes de congé et j’avais le choix entre télétravailler ou rentrer au bureau. J’ai fait le choix réfléchi de tout parent qui doit travailler alors que les enfants sont en vacances : j’ai mis le réveil aux aurores et j’ai sacré mon camp (comme on dit en bon québécois).

Si l’on met de côté les deux fillettes surexcitées qui partagent ma demeure, les vacances ont cependant bien commencé : grasse matinée deux matins de suite jusqu’à 9h et des interrogations quotidiennes aussi poussées que «coquillettes ou tagliatelles» ? Ou encore «dois-je mettre mon pantalon de neige pour sortir faire de la luge?» Ces deux premiers jours se sont donc déroulées sur un rythme lent, oscillant doucement entre dessins animés, jeux de société, ménage, cuisine et soupers de grands, volés à la barbe des enfants («Non… on n’a pas oublié de vous dire qu’on mangeait, on attendait que ça refroidisse. On a goûté un peu pour voir si c’était encore chaud voilà tout»).

Tempête et sa grande soeur ont profité du dimanche pour vivre la grande aventure dans notre petite baignoire, notre petite dernière plongeant allégrement dans les vagues incontrôlables tandis que son aînée, assise sur le rebord, lui tendait un anneau de plastique en criant «Tiens bon, je vais te ramener jusqu’à la rive!», et je me suis longuement demandée à quel moment moi, j’avais arrêté de vivre de telles aventures dans ma baignoire et j’ai décidé d’y remédier pendant mes vacances.

Ces deux semaines s’annoncent douces, rapport au fait qu’en dehors des Fêtes de Noël et d’une pré-soirée de jour de l’an, nous n’avons rien à l’horaire. J’ai mis le nez dans mes bouquins de cuisine, imprimé quelques patrons, regardé des bandes-annonces de film et englouti quelques chapitres des livres que j’ai récemment reçus. Mon conjoint et moi nous glissons déjà à l’oreille quelques propositions alléchantes, comme «allons faire un tour chez Ikea» ou «réinstallons le sous-sol» : la vie tranquille à son meilleur.

Je n’ai toujours pas emballé les cadeaux, que nous avons par ailleurs disséminés dans toute la maison au fur et à mesure de leur arrivée. Peu de chances que les enfants tombent malencontreusement sur «le coffre dans lequel Papa et Maman planquaient tous les cadeaux» comme les copains rendus grands le racontent quelquefois. Chez nous, le Père Noël doit être un peu bourré parce qu’il les a cachés partout et il n’est désormais plus certain de tous les retrouver.

Au rayon des cadeaux justement, nous les avons finalement tous reçus ou presque – miracle de Postes Canada. Reste une peluche. Celle-là même que ma grande fille avait mentionnée sur sa liste écrite avec l’école. Celle-là même au sujet de laquelle le Père Noël – moi – a envoyé une prometteuse réponse : «j’ai bien noté que tu voulais la peluche de…». Réponse que ma fille, en revenant vendredi de l’école, m’a brandie sous le nez en s’exclamant : «Tu vois le Père Noël il a dit que j’aurais ma peluche!»

Peluche que j’ai oubliée de commander, vous l’aurez compris.

J’ai bien essayé de jouer sur les mots. Le Père Noël avait écrit qu’il «espérait qu’elle aurait» et non qu’il promettait quoi que ce soit. Mais autant crier dans l’oreille d’un phoque enrhumé : bouchée de chez bouchée.

Bref, samedi, j’ai donc commandé ladite peluche en urgence. J’ai demandé à la ramasser en magasin, pour ne pas avoir à attendre un nouveau miracle des Postes. J’ai reçu un courriel aujourd’hui m’indiquant qu’elle devrait arriver en succursale demain. Le 24 décembre, j’irais donc me stationner tout près d’un des plus grands centres commerciaux des environs, pour plonger au coeur du magasin de jouets installés en son coeur.

L’amour confine parfois à l’abnégation.

Encore de Joyeuses Fêtes à tous, qu’elles soient douces avec chacun de vous!

-Lexie Swing-

 

Photo : Matthew Henry

Christmas Craziness

Décembre touche à sa fin et les vacances de Noël sont bientôt là. On croit (à tort) que décembre sera une promenade de santé sur la côte basque : aérée et sans un chat à l’horizon. C’était compter sans la masse de travailleurs tout aussi à la ramasse que moi qui ont vu arriver le 15 décembre avec l’inquiétude d’une biche traquée. On aurait dû savoir pourtant… la folie de Noël avait commencé tôt, dès les premières requêtes grand-parentales «pour savoir c’est quoi qu’il veut le petit». Je parle pour les autres bien entendu, mes parents ne parlent pas comme ça, ils font des phrases construites et complètes. T’inquiète pas Papa, tu peux fermer l’article c’est bon, l’honneur est sauf. (Je sais déjà que mon père s’apprête à répondre : « De toute façon tu sais bien que ce n’est pas moi qui m’occupe des cadeaux»).

Bref, il a donc fallu faire une liste fissa. Sans catalogues – le Dieu du zéro-déchet et de la parentalité avisée remerciera ici les autorités locales qui interdisent la distribution desdits catalogues : moins de jouets visualisés signifie moins de jouets non-nécessaires (communément appelés «p***** ta mère et ses idées à la con» chez tous les couples de ce monde) (ma famille n’est pas visée ici, celle de la femme que j’ai entendue se morfondre à ce sujet dans le train oui par contre). Sans catalogues disais-je, nous avons fait une liste rapide basée sur les jouets des amis + les jouets entraperçus au magasin + les dessins animés récemment visionnés – l’obligatoire amendement parental + les ajouts réputés pédagogiques (aka, les puzzles), et nous avons divisé le tout par le nombre de membres de la famille.

En parallèle, les bureaux ont commencé à se remplir de décorations à moindre sou et de chocolats Ferrero. Les courriels saisonniers sont arrivés, ponctués d’exclamations retentissantes et de souhaits en tout genre, visant à soutirer la moitié de ton treizième mois pour une aubaine dont tu ne savais même pas avoir besoin. Les repas de Fêtes du boulot se sont enchainés, les échanges de cadeaux ont été orchestrés, et les chandails hideux portés.

Le calendrier de l’école est arrivé sur ces entrefaites. Lundi, accessoires de Noël, mardi, échange de livre, mercredi spectacle, jeudi pique nique… Celui de la garderie y a fait immédiatement écho : Pyjama, père Noël, dessins animés, re-pyjamas, petit déjeuner…

Le dimanche venu je harcelais déjà mes copines : c’est quoi déjà demain? Et mercredi? Non mais pour l’école ok, mais pour la garderie? Attends, la petite dit qu’ils se sont trompés, que la peluche, c’est mercredi qu’il faut l’amener?

La perspective de la dernière semaine avant les congés m’a rappelé que nous n’avions pas témoigné de notre gratitude à toutes les profs et éducatrices qui s’occupent de nos chères filles. Je passe outre le débat «faut-il faire un cadeau aux maîtresses?» ici, parce que vous faites bien comme vous voulez honnêtement, mais mon âme à moi ne se sent légère qu’une fois son éternelle reconnaissance envers les susmentionnées établie. Ainsi, les filles et moi avons pris soin – avec le soin dont sait faire preuve un enfant de 4 ans on s’entend – de réaliser des tablettes de chocolat maison qu’elles ont ensuite distribuées à leurs destinataires. Moins l’une d’elle, qui n’en verra probablement jamais la couleur parce que tu comprends : elle est entourée d’autres enfants, je vais pas la déranger, je l’ai oublié dans mon casier, etc.

À quelques jours de Noël, je me sens désormais encore plus épuisée que durant mes mois de travail les plus occupés. Les cadeaux sont presque bouclés, la liste d’épicerie bien engagée, restera donc – je l’espère – à seulement profiter.

Alors, à tous ceux qui courent encore, à ceux qui devront se taper les magasins de jouets le 24 au matin, à ceux qui ne savent pas s’ils auront un train, à ceux qui seront bientôt dans l’avion, à ceux qui reçoivent et à ceux qui apportent, à ceux qui cuisineront, à ceux qui emballeront, à ceux qui soutiendront, à ceux qui supporteront (le vieil oncle raciste, macho et goguenard), à ceux qui dormiront peu et stresseront beaucoup, n’oubliez pas de prendre un instant pour vous arrêter. Posez vos appareils photos, saisissez votre verre de vin (oui c’est le matin, mais il faut bien fêter la naissance de ce môme dans sa grange), et prenez le temps d’embrasser la scène. Respirez profondément, notez mentalement chaque détail, car c’est de ça dont vos souvenirs, loin des objets depuis longtemps remisés, seront faits.

Bonnes Fêtes à tous!

-Lexie Swing-

 

Photo : Nicole De Khors