Journal d’un confinement – Semaine 2

Le confinement se poursuit. Même si ici, au Québec, il n’est toujours pas acté comme tel, mais plutôt comme une forte incitation à rester à son domicile. Les accès à de nombreux magasins sont devenus restrictifs, on se lave les mains à des lavabos temporaires à l’entrée des supermarchés et les caissiers sont désormais protégés par des parois en plexiglass. Le monde continue de tourner,  lentement, mais sans certitude aucune quant au moment où la vie reprendra son cours normal.

Et c’est probablement ce qui a rendu cette deuxième semaine si compliquée. L’incertitude, le travail, les cours à donner, la pluie qui s’invite, les enfants qui tournent… comme un mardi d’automne finalement.

Humeur : changeante. Les demandes répétées des enfants, conjuguées à un pic d’activité dans mon travail à distance, cumulés à un temps incertain, ont rendu les choses… conflictuelles!

Organisation : fluctuante. Mais une chose est certaine, le lâcher prise ne fonctionne pas chez nous. Nos enfants de 4 et 7 ans nécessitent un minimum de routine pour que les journées se passent au mieux. Même elles préfèrent finalement enchaîner des cours de français et de maths plutôt que de s’entendre répéter « mais trouve de quoi jouer » toutes les dix minutes.

On en parle d’ailleurs de ce concept de « il faut laisser les enfants s’ennuyer », et puis « les enfants, de mon temps… », parce qu’il y a deux types d’enfants : ceux qui savent s’ennuyer et ceux qui savent VOUS ennuyer. Question d’âge ou de personnalité, difficile à dire, mais une chose est certaine : ma fille de 4 ans est revenue me dire 6 fois qu’elle ne « savait pas quoi faire » depuis le début de cet article.

Couple : toujours ok. C’est intéressant de voir que nous sommes finalement capables de passer tant de temps côte-à-côte sans s’étriper.

Point d’orgue : j’ai fait découvrir à B. le principe du poème, à lire, comprendre et mémoriser. Un type d’apprentissage qui n’existe pas, a priori, dans notre système scolaire. Au programme : La page d’écriture, de Prévert. Alors que B. commençait à réciter le poème, sa jeune soeur a comblé son hésitation. Par acquis de conscience, je lui ai proposé de le réciter à son tour… Et ça m’a ravie, je dois être honnête, de m’apercevoir que cette petite boule d’énergie, bien qu’occupée dans tout un tas d’extravagantes aventures, avait retenu chaque strophe du poème déclamé par sa soeur…

À la télé : on a découvert Le Parc des Merveilles, fait voir Monstres et Cie à nos filles, et puis suivi Top Chef, bien sûr…

Vague à l’âme : l’inquiétude quant à tout ce qu’on apprend aujourd’hui qu’on ne savait pas hier. Et pour tout ce que l’on apprendra demain.

Point bonus : la maison qui se range petit à petit, et les « il faudra que » enfin cochés.

Les bonnes idées de la semaine : l’application Slice Fractions et la page Facebook de Pandacraft qui propose des nouvelles activités tous les jours.

J’espère que vous allez bien et que vous avez du plaisir à être ensemble malgré tout. Je me dis que ça pourrait être pire, on pourrait être enfermés avec des inconnus. Là, au moins, il s’agit de gens qui ont l’habitude de nous côtoyer, en pyjama et avec une haleine douteuse. Ça ne peut pas aller foncièrement mal.

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 1

Nous sommes à la maison depuis une semaine aujourd’hui. De nombreuses écoles au Québec ont été fermées vendredi dernier « le temps de s’organiser », organisation qui a conduit à tout fermer dès le lundi suivant. Restés à la maison pour gérer les moutards, « le temps de nous organiser » nous aussi, nous n’avons pas remis les pieds au bureau depuis.

Humeur : bonne. Miraculeusement bonne. Qui aurait crû que de ne plus être pris dans une course effrénée consistant à jeter ses enfants à l’école puis à courir jusqu’au boulot nous apporterait l’apaisement nécessaire. Hein? Qui l’aurait crû?

Organisation : militaire et tripartite. Une heure de cours donnés par Papa, une heure de cours donnés par Maman, une heure d’activités décidées par les mouflet(te)s et on recommence l’après-midi.

Couple : solide. L’amabilité est de mise. On se refile le mouflet à heure fixe et on s’arroge du temps de travail efficace musique vissée aux oreilles. Les parents que nous sommes se découvrent des trésors de pédagogie dans leur matière respective, et même dans d’autres matières inusitées (la physique des solides niveau CP). Faudrait pas que ça dure trop non plus quand même.

Point d’orgue : le replay de Top Chef, lancé dès 19h, pour la première fois visionné en famille. Depuis mon mini-chef de 4 ans me demande des Gyozis, « regarde comme ils ont l’air contents les enfants quand on leur fait de la bonne nourriture ».

Vague à l’âme : l’incertitude. C’est le fun, mais c’est parce que c’est anormal. Une nouvelle normalité? Au secours!

Point bonus : l’écologie. Savoir que les eaux de Venise sont plus propres ou que la pollution de l’air en Chine s’améliore, ça me met le coeur en joie!

Les bonnes idées de la semaine : les histoires en musique d’Elodie Fondacci et la page Youtube de Force4, pour faire bouger les enfants. À compter de la semaine prochaine, l’équipe proposera tous les matins à 10h (heure du Québec) une petite séance d’exercices sur la page Facebook du Défi Pierre Lavoie.

Le Québec se prépare à perpétuer les recommandations du confinement encore quelques semaines, comme la France. À la différence de la France, cependant, il s’agit de recommandations et non d’obligations, qui semblent malgré tout être bien suivies par la population.

Bon week-end les amis, on rejoue en semaine 2!

-Lexie Swing-

Découvrez : les terrariums de l’Atelier Eyssard à Toulouse

Tout a commencé par une publication de Baptiste Beaulieu, médecin et écrivain que vous ne manquez certainement pas de connaître. Résident de Toulouse, il n’a pas hésité à partager un jour son coup de coeur pour une jolie boutique du centre-ville, l’Atelier Eyssart. En dépit de sa spontanéité sans fards, un tel partage était suffisamment rare de sa part pour retenir mon attention, et je suis bien certaine que malgré lui, il a entraîné une vague de visites vers la boutique.

Je n’étais pas sur place et rien n’indiquait sur le site que je pouvais faire un achat à distance. J’ai pris la liberté de contacter le propriétaire, Pierre, par Instagram, prête à essuyer un refus ou, au mieux, du détachement. La réponse a été rapide, et elle était positive. Quel que soit mon souhait, il allait être possible de m’accommoder à distance.


Le terrarium est le cadeau parfait pour ceux qui ne savent jamais quoi faire de leurs plantes et les arrosent comme on noie son chagrin dans une mauvaise bouteille – moi par exemple. Ainsi mises sous verre les plantes se suffisent partiellement à elles-mêmes, aidées en cela par la lumière quotidienne et un arrosage ponctuel restreint. C’est à la fois fascinant et poétique.

Au fil des semaines – j’avais du temps devant moi – nous avons évoqué les différentes possibilités de plantes, échangé sur les modèles de terrariums et la verrerie disponible. Il y avait des modèles incroyables, des plantes qui illuminent un intérieur par leur seule présence. Il y avait des arbres rois en leur domaine, et des forêts miniatures, comme autant de mondes sous verre.

J’en ai choisi un petit, arrondi, «avec un arbuste au milieu» ai-je dit. Pierre s’est chargé du reste. Il a immortalisé le terrarium fini, dressé au milieu de la terre éparpillée et c’est un peu comme si j’étais là, malgré tout.

Je n’avais pas dit à ma mère ce qu’elle devait aller chercher ni ce qu’elle était susceptible de trouver à l’adresse indiquée, et elle a joué le jeu.

Si j’avais été présente à Toulouse et non pas assise dans mon bureau de l’autre côté de l’Atlantique, c’est un atelier que je lui aurais offert. Pierre en propose chaque vendredi à 19h30 et permet ainsi de réaliser de bout en bout son propre terrarium.

J’en profite pour glisser que, pour le remercier, je lui ai transmis une carte achetée ici-même, au Québec. Une carte réalisée… par une Française, et que je savais spéciale : faite de papier compostable et de graines de tournesol, elle se plante une fois reçue (et lue). Quoi de mieux pour quelqu’un qui nourrit un vrai amour pour les plantes?

Ces cartes-ci, de la compagnie FlowerInk, sont distribuées dans différents endroits au Québec dont vous trouverez la liste ici.

Quant aux terrariums de Pierre, vous les trouverez au 52 Rue de Résumat, non loin de la place du Capitole, à Toulouse. Et pour plus d’infos, rendez-vous sur le site internet de l’Atelier Eyssard.

-Lexie Swing-

Photos : Atelier Eyssart et Lexie Swing

Quel genre de famille est-on?

image_3b13e643-317a-4ea1-8a3d-8b235d0c0355.img_2058Toutes les familles ont des spécificités, et pas seulement dans leurs modèles – de plus en plus diversifiés aujourd’hui – mais aussi dans leurs goûts, leur quotidien, leurs façons de vivre. On peut avoir les moyens de se faire dorer la pilule tous les hivers à St-Barth, et préférer les road-trip dans l’ouest américain. On peut avoir de toutes petites économies, et les mettre toutes dans des sorties familiales au cinéma – parce qu’on adore ça. On peut aimer les beaux restaurants, ou préférer les sorties fast-food; ne jurer que par les musées, ou par les balades en pleine nature; faire des jeux de société tous les vendredis, ou se replier chacun dans sa chambre, pour savourer un peu de solitude.

On a tous nos petites habitudes, qui ne sont pas meilleures que celles des voisins. Ce sont de petites traditions, un quotidien qu’on se créé, et qui au-delà du nom peut-être, de l’adresse commune et du compte en banque partagé parfois, font de nous une famille particulière. Si vous avez envie, je vous propose donc de reprendre l’idée à votre compte et de raconter ce qui fait de vous cette famille-ci, celle que vous aimez et que vous avez créée.

Six à la maison

On est une «famille de six» selon mes enfants. Pour deviner pourquoi, on se met en forme avec une petite équation. Si X est le nombre de mes enfants, Y le nombre de mes chiens et Z le nombre de parents dans la maison, et que X=Y=Z, et que X+Y+Z = 6, combien ai-je d’enfants et de chiens? Bref, on est six et dans notre petite maison, ça fait du monde!

Immigrants toujours

Nous sommes une famille d’ailleurs. Ou partie ailleurs, selon l’endroit d’où l’on se place. Et qu’importe les copains, les évolutions de langage, les impôts que l’on paye et le temps qui passe, nous serons toujours une famille immigrée. Ce n’est ni un défaut, ni une qualité, mais une spécificité. Nous n’avons pas forcément les mêmes habitudes, notre nom sonne différemment, nous sommes perdus par rapport à certaines spécificités administratives et les grands noms québécois nous sont encore parfois étrangers. C’est désormais une composante à part entière de notre identité, autant ici au Québec, qu’en France.

Les écrans de la fin de semaine

Je planque ça un peu au milieu, comme ça, pas pour donner du grain à moudre au débat « pour ou contre les écrans en bas de dix ans » mais plutôt parce que ça fait partie des spécificités de toutes les familles. De tout temps il y a eu les amis qui regardaient la télé avant l’école, ceux qui n’y avaient droit qu’au retour, ceux chez qui elle était allumée en continu, telle une toile de fond mouvante, et puis ceux chez qui elle était juste proscrite, quoi qu’il arrive. Chez nous, aujourd’hui, elle est au sous-sol, ce qui limite son utilisation. L’une de nos filles est relativement indifférente aux écrans, la seconde pourrait rester devant des heures durant, et nous en réclamer encore «juste un épisode de plus, promis après j’arrête». Du plaisir à la décadence, il n’y a qu’un pas, nous avons donc décidé de limiter la télévision aux week-ends. Point de console, pas de tablette, mais des livres en abondance, en espérant repousser les écueils de la surconsommation d’écrans.

L’absence de télécommande

Il y a quelques années, le fils d’une amie a brisé la télécommande de l’Apple TV. En attendant d’en racheter une, nous avions téléchargé des applications «Remote» sur nos téléphones. Cet «en attendant» dure depuis plusieurs années. Un coup on se dit que ça rendrait les filles plus autonomes (et nos samedis matins plus tranquilles), un coup on se console en se disant qu’on garde le contrôle de la télévision (cf point précédent). On est en tout cas passé maître dans l’art de changer de dessin animé sans être dans la pièce «Maman, à gauche, en bas, encore en bas, à droite maintenant, à droite j’ai dit, non t’es allée trop loin!, moins vite, reviens…».

Manger «maison», et de la pizza le vendredi

Ce n’est plus un secret pour personne : j’adore cuisiner! Après une première année de couple passée entre les croq’ je ne sais quoi du supermarché et les légumes déjà coupés, mon amoureux et moi avons commencé à cuisiner nos propres plats. C’était une activité agréable, conviviale, et qui servait l’un de nos plaisirs premiers : manger! Après avoir eu des enfants, nous avons graduellement changé nos habitudes de consommation. De l’agriculture raisonnée, nous sommes passées au bio, puis au bio et local-au-maximum. Nous avons délaissé les plats tout faits, qui bios ou pas sont surchargés en sel, sucre et additifs, pour le fait maison, impliquant au passage nos enfants pour qui manger est devenue synonyme de cuisiner d’abord. Je suis aussi devenue végétarienne, emportant partiellement ma famille dans mon sillage, même si tout ceci reste encore au choix de chacun. La semaine dernière, ma fille aînée a ainsi demandé «un sandwich au jambon». Ai-je dit oui? Absolument! Ai-je légérement triomphé intérieurement lorsqu’elle a dit que décidément, ce n’était vraiment pas bon? À peine! Comme toutes les familles, nous avons aussi nos jours, nos habitudes, comme la soupe plusieurs soirs par semaine, la pizza maison du vendredi, les crêpes du samedi et le brunch – quand on peut – le dimanche.

Les amis à domicile

Ce n’est pas encore complètement vrai mais ça le devient. Avoir grandi dans des maisons où les amis étaient les bienvenus nous a rendus heureux. Et voir les amis de mes enfants (ou les enfants de mes amis, ça marche aussi) prendre leurs marques chez nous me rend heureuse à nouveau. J’aime l’idée d’avoir été moi-même tellement intégrée au sein des familles de certains de mes amis que leurs parents sont aujourd’hui des personnes dont je suis restée proche. Par ailleurs, la distance avec la France nous a poussé à créer des liens familiaux avec des amis proches, et si leurs enfants ne sont pas mes neveux et nièces au sens propre du terme, j’aime à penser que l’on invente (nous, immigrés) une réalité différente du schéma traditionnel.

Le double nom

Nous ne sommes pas mariés et quand ne le serons, chacun gardera son nom. Aucun de nous ne souhaitait imposer son nom, alors aucun des deux n’y a renoncé. Nos enfants portent désormais les deux noms et ont ainsi donné à notre famille, officieusement, ce double nom, qui commence d’ailleurs par le mien.

Le plein air

Il fut un temps où je vivais terrée dans ma chambre. J’aimais lire… et puis lire, et puis c’est à peu près tout, et j’engloutissais des romans à la tonne. J’ai d’ailleurs souvent été fascinée par les possesseurs de « piles de livres » qui en faisaient l’énumération sur les réseaux sociaux. Chez moi, point de pile, que des lignes ingurgitées sitôt le livre acheté ou emprunté. Et puis j’ai eu des enfants, les livres sont restés mais le temps s’est amoindri. Mes besoins personnels sont devenus secondaires et j’ai affronté des matinées de week-ends et de vacances en me disant «il faut vraiment que je leur fasse faire quelque chose». Le besoin d’extérieur est né de cette inquiétude là. Désormais, pas un week-end sans sortie, sans projet. Je ne conçois plus de laisser le temps filer entre mes doigts, lovée sur mon canapé. J’ai le sentiment urgent d’avoir besoin de rendre ces journées-là significatives. Je les veux dans les bois, dans la neige ou sous le soleil d’automne. Je les projette à la patinoire, au milieu des jeux d’eaux ou dans la cour des amis. Rien ne me donne autant le sentiment d’une journée accomplie que celle qui a été ponctuée de sorties. La paresse de la vingtaine a laissé place aussi à un besoin fort de faire du sport, besoin dans lequel nous entrainons nos enfants. J’aurais ri si l’on m’avait dit que nous serions un jour de ces familles à participer à des X-kilomètres. Et pourtant… la prochaine course a lieu en juin.

Les road-trips

On a grandi dans des familles avides de découvertes, qui ne passaient jamais deux années de vacances au même endroit. On a reproduit le schéma. Nous sommes ainsi partis deux fois en road-trips depuis la naissance de Tempête et avons beaucoup, vraiment beaucoup de projets de voyages pour la suite. Seulement 18 étés à vraiment profiter – comme disait mon amie Déborah – et avec un peu de chance quelques-uns de plus. Même si pour être honnête, je n’aurais pas assez d’une vie pour leur faire partager tous les endroits que je rêve de leur faire découvrir.

Et vous, qu’est-ce qui fait que votre famille est spéciale?

-Lexie Swing-

La petite histoire du sac oublié sur un banc d’autobus

img_4664Deux heures à perdre pour rentrer chez soi… c’est l’histoire d’une drôle d’aventure. Vendredi soir, au 3e jour à jongler avec l’absence de train, je me suis glissée dans la ligne de bus express recommandée par une amie. Partie tôt du bureau, je suis arrivée sur le fil, suffisamment en avance pour faire partie de la soixantaine de chanceux à embarquer. Décontraction musculaire et abandon de mes multiples sacs sur le sol du véhicule – le vendredi est de ces jours où la pression retombe comme un soufflé mal cuit.

17 minutes plus tard – le trajet a été rapide et la soirée s’annonce prometteuse – je texte mon amoureux qui m’attend déjà au stationnement de l’arrêt du bus, une étape rendue obligatoire par la situation exceptionnelle des derniers jours. L’arrêt s’annonce, la personne à côté de moi fait mine d’ignorer mes signes, pour finalement se jeter dehors sitôt l’autobus arrêté. Je la suis cahin-caha en la maudissant quelque peu, traverse le carrefour hyper achalandé et rejoint la voiture familiale. Je m’échoue plus que je ne m’assoie sur le siège passager, aussitôt apostrophée par les exclamations et questions de mes enfants. Pourtant dans mon esprit c’est le silence qui se fait : qu’ai-je fait de mon sac de magasin, rempli de cadeaux, matériel d’art et dans lequel j’ai aussi fourré au dernier moment des papiers personnels confidentiels?

L’amoureux met les gaz et j’enclenche l’application de suivi des transports qui permet de géolocaliser les trajets en cours. L’autobus se trouve déjà à une dizaine de kilomètres. Tandis que mon conjoint se lance à sa poursuite, je tente de trouver un numéro de téléphone actif, une aiguille dans une botte de foin bien serrée un vendredi soir. Une dame me répond que si mon sac est retrouvé il sera probablement aux objets perdus lundi matin. Je sais ce que ce « si » signifie, j’ai un paquet de choses qui ont trouvé meilleur acquéreur après les avoir oubliées dans des endroits publics. Je ne peux pas prendre la chance de laisser mes documents et les cadeaux sont pour un anniversaire qui a lieu le lendemain. Au bord de l’apoplexie, je tente un nouvel appel. « Les autobus reviennent au terminus ensuite s’ils ont fini leurs parcours ». Un seul autobus de la ligne reste encore à partir, quelque 20 minutes plus tard, soit le minimum pour nous pour rejoindre ledit terminus.

Demi-tour serré et pied au plancher, l’amoureux met le cap vers la ville d’où j’ai embarqué. « Ça va Maman? », demande ma grande fille à l’arrière devant mon teint livide. « J’ai encore espoir », je lui promets.

Au terminus, il reste une minute avant le départ du dernier bus. Je me jette hors de la voiture, pense à féliciter le hasard qui a passé le feu piéton au vert quelques secondes avant mon arrivée, et me jette sur le chauffeur. Ce n’est pas lui.

Il ne peut pas entrer en contact avec les autres chauffeurs, il ne sait même pas qui était dans les autres autobus ce soir là. « Il peut avoir fini ou avoir changé de ligne », m’explique-t-il. Le désespoir commence à me gagner. « Adressez-vous à l’agent ici », me propose-t-il en désignant un homme sur le quai.

Cet homme – je rompts le suspense ici – sera celui de la Providence. Devant mon air déconfit, il appelle « le terminal », m’indiquant au passage qu’une partie des autobus de cette ligne sont ramenés dans une autre ville. Ils ont l’heure du départ mais pas le numéro du bus. Il me fait saisir un numéro de téléphone – celui de son chef, qui pourra me contacter lundi matin pour me remettre mes affaires si elles ont été retrouvées. Je trépigne. J’insiste. Ne rien lâcher surtout. Il me dévisage. « Je rentre au terminal bientôt de toute façon. Si quelque chose a été retrouvé, je vous appelle ce soir. Sans faute. Donnez-moi une heure. »

54 minutes plus tard, mon téléphone sonne. « J’ai une bonne nouvelle », dit-il. Il a le sac en sa possession, je pourrais le récupérer en début de semaine puisque le terminal est désormais fermé. Mais je ne peux lâcher si prêt du but. « Je peux être là dans dix minutes ». Je n’y serais jamais en si peu de temps. « 15 plutôt », je me corrige. « Ok, je vous attend dans la ville voisine, j’aurais ma voiture privée, attendez-moi sur les quais de débarquement ».

Lorsque je descends de ma voiture, 15 minutes plus tard, j’ai dans mes mains une boîte de chocolats, récupéré à l’épicerie un peu plus tôt. J’ai surtout, au bout des lèvres, une reconnaissance énorme. Il dit « je pars en vacances la semaine prochaine », et puis « fallait pas pour les chocolats ». Et même si je me sens coupable de lui avoir fait faire tout ça, je garde en tête qu’on se sent toujours un peu plus heureux après un beau geste ou une bonne action.

Alors j’espère qu’il est parti aujourd’hui en congés le cœur plus léger parce que de mon côté, c’est un sacré poids qu’il a enlevé de mes épaules ce soir là.

-Lexie Swing-

En otage

img_4599École, garderie, travail, école, garderie, maison. Le chemin est long, le quotidien rythmé. La vie de tous les jours consiste à se demander ce qui vient après, et les gestes sont automatiques. Le bain, les devoirs, le repas, la vaisselle, la lecture, le coucher, la télé si on est chanceux. Pas le temps de relever la tête, aucune chance de souffler. La roue tourne, inarétable.

Depuis quelques jours, sur notre ligne de train, des manifestants bloquent les rails. Sur une autre ligne de banlieue, ils sont là depuis plus longtemps encore. Mercredi, lorsqu’ils ont posé les bases de la révolte, nous étions en milieu de journée, les fesses ferrées dans nos sièges de bureau, les enfants à l’école et la voiture à la gare. Il a fallu quitter le travail plus tôt, piétiner devant un autobus bondé, choisir finalement l’option du métro pour échouer dans un Uber. 30 dollars et une heure plus tard, nous avons récupéré notre voiture et retrouvé nos enfants. Au jour 2, l’autobus du matin était plein et les voyageurs debout. La gymnastique commençait alors : déposer les enfants, et revenir se stationner proche de l’autobus. Écourter sa journée de travail et faire le chemin inverse. Croiser les doigts pour que le trafic permette d’arriver avant la fermeture. Récupérer des enfants bien trop longtemps après les avoir déposés le matin. Et puis recommencer encore.

L’impatience commence à se faire sentir, la fatigue embarque, les familles s’emportent. Nous sommes tous au maximum de la flexibilité et la corde est prête à rompre. Nos vies sont minutées, nos loisirs sacrifiés. Nous partons à l’heure pour épargner nos enfants, nous rapportons du travail à la maison pour faire honneur à nos responsabilités. Nous faisons des compromis, nous nous commettons, nous distribuons l’empathie et la compréhension comme autant de confettis sur les pavés de la mairie. Nous excusons les retards, jonglons avec les journées pédagogiques ou les vacances à répétition. Nous nous absentons pour des maladies que nous n’avons pas et nous entêtons à travailler alors que nous sommes au fond du trou.

Alors que des agents tentaient de diriger des usagers vers des trains affrétés pour l’occasion, j’ai vu un homme s’emporter. « Comment ça je n’attends pas pour le bon autobus ? Il s’arrête à ma gare d’habitude celui ci monsieur ! J’ai raté le départ de l’autre autobus, je fais quoi maintenant ?Vous vous rendez compte que ça fait plusieurs jours que j’arrive en retard pour récupérer mes enfants ? Je vais leur dire quoi à mes enfants moi Monsieur? »

On sait qu’il est inutile de tirer sur le messager. Mais ce n’est pas de la colère que les familles déversent, c’est de l’inquiétude, c’est de la fatigue, c’est la corde que les imprévus grignotent et qui va finir par lâcher.

Ce soir, les barricades ont été levées. Elles restent présentes sur les autres secteurs, laissant peser la menace d’une nouvelle semaine « d’arrangements » pour les familles concernées.

De mon côté, j’espère reprendre notre rythme déjà serré et ne plus perdre deux heures dans les transports parce que j’ai oublié un document personnel sur un banc d’autobus… bref, je vous raconterai !

Bon week end!

-Lexie Swing-

L’âge de raison

img_4058Il y a un instant à peine, nous t’accueillions parmi nous. Dans mes souvenirs, se mêlent les chuchotements des sage-femmes, la tendresse de ton père, et puis tes pleurs, soudains, qui déchirent le silence.

La suite de notre aventure est un enchevêtrement d’instants et de ponctualité photographiée. Notre retour à la maison avec Led Zep en fond sonore. Notre aller retour à Bordeaux pour la visite médicale qui allait te permettre de partir au Canada – déjà. Mes tentatives pour te faire asseoir, alors que tu te retenais maladroitement sur tes poings. Nos premières vacances. Notre vol Toulouse-Montréal, en tête à tête, et ton calme olympien.

Ton histoire est celle du premier enfant, de la première née. Celle pour laquelle je posais tant de questions et souffrais de comparaison. Étais-tu en retard pour la marche ? Que penser de ta dextérité précoce avec les puzzles ? Aurais-tu dû connaître ton alphabet à 3 ans ? Est-ce tous les enfants qui comprennent si vite les calculs ?

Je me souviens du bébé que tu fus, de la petite fille que tu es devenue. De ce temps où l’orage grondait tellement dans ton cœur que je pensais que jamais plus je ne nous retrouverais, ensemble.

Je me suis trompée mon ange.

À tes maux, nous avons offert nos bras, et d’autres t’ont ouvert leur porte. Tu y as déposé ton bagage, tu y as livré tes douleurs. Pour repartir plus légère. Alors, nous t’avons retrouvée.

Tu as 7 ans et tu es incroyable. Ton intelligence est vive, ton sens du sarcasme infini. Ta sensibilité est à fleur de peau, tellement connectée aux autres que tu te fermes parfois à leur présence, comme pour te protéger. Je te l’ai dit hier, je me sens chanceuse de t’accompagner dans cette aventure. Ça ne sera pas la plus facile, nous le savons toutes les deux.

Il y aura des obstacles, il y aura des cris. On se plantera de chemin. C’est certain, tu le sais. Tu me le dis souvent. « Maman, tu t’es trompée de route ». Et tu sais ce que je te réponds toujours ? « Mais non, je sais où je vais ».

Je sais où je vais. Je ne sais pas encore comment. Mais je suis avec toi. Nous sommes avec toi.

-Lexie Swing-

Faire voyager son enfant par avion

airplane-195062_1920Cet été, pour la seconde fois, B. prendra l’avion pour aller passer ses vacances en France. Nous sommes très chanceux que ses grands-parents et sa tante puissent ainsi la recevoir et lui offrir de vraies vacances. L’an dernier, plage et piscine étaient au programme. Un été riche en souvenirs pour elle, qui a pu partager des jeux avec ses cousins et apprendre les prémices de la nage.

L’an prochain, c’est avec sa soeur que nous espérons l’envoyer, pour leur éviter ainsi quelques semaines de camps d’été et nous offrir une pause bien méritée. Être parent lorsque l’on est immigré ou expatrié représente souvent une job à temps plein et les pauses sont rares! À nous les restos, le cinéma et surtout la débauche ultime : aucun lunch à préparer pour le camp d’été ou l’école.

Reste que la procédure peut paraître floue. À 7 ans, B. ne peut guère voyager seule. Pas même avec l’assistance offerte par les compagnies aériennes, service offert généralement à partir de 8 ans. Comme nous n’allons pas en France cet été, il nous a donc fallu trouver des accompagnants. Sa grand-mère viendra ainsi nous rendre visite deux semaines en juillet, puis repartira avec notre grande. Trois semaines plus tard, ce sont mes parents qui l’embarqueront dans leurs bagages, direction Montréal d’où ils partiront ensuite visiter la Gaspésie avant de passer du temps avec nous.

Un seul enfant mais des accompagnants différents, c’est là où le casse-tête commence. Nous aurons désormais fait le test avec Air Transat puis cette année avec Air Canada. Grâce à Delphine, j’avais pu commencer à démêler l’écheveau l’an dernier. Forte de ces dernières expériences, dont une réservation toute récente, voici un bref pas-à-pas.

1) Soyez sûr de vos dates. La partie la plus longue est certainement celle qui consiste à constituer le calendrier de l’été en jonglant entre vos vacances, les camps d’été et les disponibilités des accompagnants. Vérifiez les dates des camps, synchronisez-vous avec les parents des amis de vos enfants, vérifiez les disponibilités de la famille ou des proches qui accueilleront vos enfants, ainsi que leurs projets pour l’été à venir. Solliciter ainsi les gens en décembre pour l’été suivant parait un peu contre nature mais à l’ouverture des camps – dès janvier ici pour certains – tout le monde sera content d’avoir anticipé.

2) Demandez aux accompagnants de prendre leurs billets. C’est la base de tout. Si vous n’avez pas les billets des personnes qui accompagneront votre enfant, vous ne pouvez pas prendre son propre billet, puisqu’un enfant ne peut voyager seul. Assurez-vous qu’ils voyageront tous avec la même compagnie (ça aide!).

3) Une fois que les accompagnants vous ont transmis leurs billets, appelez la compagnie aérienne. Choisissez le service de réservation simple et expliquez que vous appelez pour réserver le billet d’un enfant. Vous aurez besoin du nom des personnes avec qui votre enfant va voyager, de leurs numéros de réservation, des dates et heures de vol des segments sur lesquels ils accompagneront votre enfant; ainsi que de leurs numéros de siège, s’ils les ont choisis. Si vous voyagez avec Air Transat, pensez à indiquer que votre enfant fait partie du Club Air Transat (ou inscrivez-le au Club si vous ne l’avez pas encore fait, c’est gratuit!).

4) Demandez à recevoir par courriel la confirmation avant de raccrocher. Et soyez vigilant! Si vous pouvez faire relire une tierce personne en même temps que vous c’est l’idéal. À titre personnel, j’ai toujours connu des erreurs dans les premières versions des réservations. Notre enfant à un nom de famille difficile à écrire, un prénom un peu original, et il est normal – en tout cas pas du tout inconcevable – que l’agent qui saisit le nom puisse faire des erreurs. Quant aux dates, heures de vol… elles devraient être préservées des incohérences, l’agent jumelant le vol de votre enfant avec une réservation déjà existante, mais si l’accompagnant est quelqu’un qui confond souvent les dates (moi par exemple), prenez soin de bien tout vérifier deux fois.

5) Vérifiez les passeports, demandez éventuellement des visas et rédigez des autorisations de sorties du territoire. Selon le pays dont partira votre enfant, celui dont il est originaire, celui à travers lequel il transite, etc, vous pourriez avoir besoin de fournir des documents supplémentaires. N’hésitez pas à vous y prendre tôt!

C’est fait? Respirez… appréciez… Dans quelques mois, votre enfant partira vivre des vacances bien méritées… pendant que vous profiterez des vôtres (si si, le boulot aussi ça peut être des vacances, surtout quand on peut prendre son temps pour rentrer le soir). Vous avez peur de sa réaction? Vous ne savez pas comment bien le préparer au voyage? On s’en reparle bientôt!

-Lexie Swing-

Pour une part de pizza

img_3990Depuis une semaine à peine, l’immeuble où je travaille s’est vu adjoindre un nouveau food-court. Food-court, c’est le nom qu’on donne à ces espaces de restauration plus ou moins rapides qui fleurissent ici, en Amérique du Nord. Ils sont souvent situés proches des immeubles de bureaux ou au sous-sol des centres commerciaux. Je me souviens encore de notre première visite à Toronto, alors que nous n’étions encore que des touristes au Canada. Impossible de trouver un endroit décent où manger. Nous tournions autour du centre commercial le plus central, nous demandant où les professionnels du coin pouvaient bien se sustenter midi venu. Si nous avions su! Un monde de restauration immense se trouvait là, juste sous nos pieds.

À l’affût donc d’un repas pour mon lunch, j’arpente le nouveau food-court. Mes pas me mènent là où mon appétit les dirige : à la pizzeria. Je trépigne d’envie d’essayer, depuis que mon estomac et moi avons croisé un homme pourvu d’une boîte en carton dans l’ascenseur, boîte dont le contenu encore fumant embaumait les quelques mètres carrés.

Je m’arrête devant le restaurant libanais. Jette un œil aux soupes et salades du comptoir santé. Les végétariens mangent bien ça, des chilis végés et des lentilles épicées, non? Impossible de m’y engager aujourd’hui, mon estomac demande autre chose. La pizza n’est pas loin. Peut-on manger une pizza seul? Devrais-je demander une assiette ou une boîte à emporter pour dévorer mon précieux à l’abri des regards.

Machinalement, je passe ma main sur ma taille pleine. Celle-là même qui refuse obstinément de s’affiner, depuis que les Fêtes ont renfloué ses aplombs. C’est dur de perdre du poids après 30 ans, tout le monde vous le dira.

Peut-on manger de la pizza, avec un tour de taille comme ça?

C’est étrange cette idée du quand-dira-t-on. On ne peut pas manger gras si l’on a pas le tour de taille adéquat. On s’en convainc en tout cas, certain de voir dans le regard des autres le reflet de notre culpabilité.

Je ne me rappelle pas comment était le monsieur de l’ascenseur, celui avec la pizza. Je ne sais pas s’il avait le cou fin et la peau pleine d’éclat. Mais il tenait en ses bras un mets qui racontait le monde. L’appétit, l’enthousiasme, le plaisir, tout à la fois. Alors je me suis dit que je pouvais faire ça, moi aussi.

J’ai ramené ma pizza au bureau. J’ai oublié de me demander si l’on accuserait ma gourmandise pour justifier mon tour de taille. J’ai croisé l’une de mes collègues, une fan de pizzas comme moi. Elle avait l’air épuisé, et puis elle m’a avisé. «Est-ce que je peux la voir?», a-t-elle demandé en pressant ses mains l’une contre l’autre.  La boîte à peine ouverte, elle a lancé : «Je vais aller m’en chercher une de suite, merci beaucoup… C’est sans te mentir la meilleure chose de ma journée pour le moment…»

On s’inquiète tant des pensées prétendues que l’on oublie l’impact, le vrai. Celui qui fait qu’on peut embellir momentanément la journée de quelqu’un en dévoilant le croustillant d’une pizza. Ou qui conduit à débattre la verve haute avec un collègue affamé de la meilleure garniture qui soit. Ou simplement qui procure ce sentiment de plaisir inégalé de dévorer une pizza goûteuse, derrière sa porte de bureau fermée, les yeux rivés sur une série télé dont on a rarement le temps de profiter.

Au diable la culpabilité, tant qu’il y a le plaisir.

-Lexie Swing-

La sortie en forêt

Figés sur papier glacé, dans la blancheur de la neige. Ces derniers temps, la neige tombe sans fin et le froid se fait plus mordant. Les activités hivernales gagnent du terrain, au gré du bon vouloir parental et de la nécessité, surtout, de faire se dépenser les enfants excités.

Et puis ça rend bien, les manteaux d’enfants colorés, au milieu de toute cette neige.

C’est ce que je me dis, en découvrant les photos qui abondent sur les réseaux sociaux. Ces mines réjouies dans ce blanc sans fausse note. Il n’y a pas le son, bien sûr. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs, qu’on les photographie plutôt qu’on ne les filme.

Parce qu’on sait tous, ce que ça prend de photographier des enfants, ça se plaint avant, ça grimace après, et puis ça se précipite sur toi sitôt le son de l’appareil entendu pour découvrir son visage ainsi immortalisé.

J’y étais, moi, dans la neige ce week-end. J’avais envie de me perdre dans la forêt avec mon chien. Comme il fallait aussi aérer les enfants, j’ai fait d’une pierre deux coups et j’ai mis tout le monde dans la voiture.

Bien sûr, j’ai été accueillie par des plaintes féroces. Il allait faire froid. Il fallait enfiler les habits de neige. Les bas de ski ne rentraient pas dans les bottes… Ça prend beaucoup de volonté dans la vie d’être parent, quand chacune de tes propositions est accueillie par un torrent de complaintes.

Bref, j’ai mis tout ce beau monde dans la voiture, agrémentant l’opération de quelques invitations joyeuses : «On pourra faire un bonhomme!», «Il y aura peut-être des cerfs!», «Crois-tu que le chien aimera se rouler dans la neige avec nous?».

Ambiance éducation bienveillante.

Je vous rassure, ça n’a pas duré. L’une des deux a dit «t’es méchante de nous faire sortir dans le froid», et j’ai perdu les pédales, hurlant, la tête à moitié passée dans l’habitacle que oui, j’étais méchante, que j’étais la mère, je faisais ce que je voulais et qu’elle allait aller marcher dans la neige non mais oh.

Et que je ne voulais plus l’entendre dire un mot.

Mais soyons franc, ça, ça ne marche jamais.

J’ai débarqué chien et enfants sur le stationnement tout proche de la balade, et admiré en passant une autre mère solitaire qui enfilait des raquettes aux pieds de sa fille aînée tout en maintenant un porte-bébé sur son dos pour son plus jeune. La mère était calme, l’enfant était calme. J’ai eu un sourire d’admiration, mais peut-être en pensait-elle autant après tout, moi qui, à défaut de raquettes, avait jugé bon d’emmener un gros chien en balade en plus de mes deux enfants.

J’adore les balades en forêt, le calme que cela procure, l’apaisement qui me gagne immédiatement, comme si le cœur retrouvait son origine.

Mais forcément, c’est moins vrai avec des enfants.

«Remets tes gants!»

– Lâche le chien

– Par par là!

– Attention tu vas tomber du pont!

– Ne mange pas cette neige, le chien a fait pipi dessus!

– Mets toi sur le côté, tu gênes les gens qui veulent passer!

La vie avec les enfants est faite de découvertes, et je me plais à croire que nous les amenons à en faire, que nous les enjoignons à regarder, à toucher, à goûter, que nous mettons à leur portée les belles choses de l’existence pour les enrichir. Que nous nous agenouillons pour voir le monde avec leurs yeux et les portons sur nos épaules pour qu’ils le voient avec les nôtres. Que nous tendons le doigt vers la cîme des arbres et l’aplomb des rochers pour leur montrer ce que la nature a de plus précieux.

Mais des fois non, des fois ça ne marche pas. Des fois, c’est une sortie ratée, une occasion manquée. Ça s’instagrame à peine, ça ne se youtube définitivement pas. Ça s’oublie, ça oui. En espérant qu’on fera mieux, la prochaine fois.

– Lexie Swing-