Le coup de fil de la garderie

Vendredi après-midi. L’heure est à la détente, les courriels ont été mis à jour huit fois et les collègues ont pris d’assaut la machine à café sans que personne ne daigne regagner son poste après les trois minutes d’ordinaire small talk. Ça fait dix fois que j’entends qu’il fera -15 samedi – la chance d’avoir un bureau si près de la salle des repas – et personne ne semble être à court d’adjectifs pour qualifier cette température peu ordinaire alors même que chacun avait remisé son manteau après le 11 degrés du début de semaine.

De notre côté, la soirée s’annonce douce : la pâte à pizza est au frais, les légumes ne demandent qu’à être coupés et Netflix a récemment mis à jour sa banque de films. Tempête se gratte les oreilles depuis quelques jours et l’on s’interroge sur la pertinence de l’amener ou non chez le médecin samedi matin, mais rien que de très ordinaire finalement …

Il est 15h33 et le téléphone sonne. Je n’ai pas le temps de prendre l’appel mais c’est la garderie. Ce n’est jamais bon que la garderie appelle en après-midi. Ce n’est jamais bon que la garderie appelle tout court. Je rappelle mais le téléphone sonne occupé. Le numéro suivant, sur la liste des personnes à contacter, c’est celui du papa. J’enfile mon manteau et préviens que je pars. Je ne sais pas ce que c’est mais c’est forcément urgent. La garderie appelle rarement pour parler du temps, elle.

Dans l’escalator, le téléphone sonne de nouveau. Mr Swing a pris l’appel, il n’est pas inquiet, le pied de Miss Swing est seulement un peu enflé.
J’enrage un peu d’être partie si vite, pour un coup ou une foulure peut être, mais je n’ai guère le temps de m’interroger plus : le train démarre.

Quand j’arrive à la garderie, ma grande fille est debout, le pied droit nu. Elle claudique mais à peine. Le pied est gonflé, un peu dur, un peu bleu. Mais juste un peu.

Je la porte sur une chaise, l’habille, la laisse. Au signal, l’éducatrice de la cadette ouvre la porte du fauve, qui s’ébroue comme un petit cheval en courant pour ne pas mettre son manteau. Une Miss Swing sous le bras, une Tempête par la main – pas exactement le schéma habituel – nous rejoignons la voiture.

En attendant à la gare le train de l’amoureux, je me contorsionne depuis le siège avant en levant plus haut le pantalon de ma belle assise dans mon dos. Tandis que je la manipule, elle déclare soudain : « mon autre jambe pique maman ». Alors je soulève la jambe du pantalon. Dix tâches. Peut être plus. Je n’ose pas compter. Je bloque ma respiration. Déclare d’une voix que je veux enjouée qu’on va attendre Papa.

A la maison, on déshabille l’enfant et on compte les points. Un pour le pied enflé, deux pour l’hématome, cinq pour les tâches qui s’étendent de minute en minute. Dix sur dix pour l’angoisse.

Rapidement, la question des urgences n’est plus un « si » mais un « où ». La balance penche en faveur du Children’s. Neuf, dédié aux enfants, qualifié pour reconnaître les maladies purement infantiles, parmi les plus étranges. Je tremble beaucoup alors Papa se dévoue. En embrassant ma toute petite de 4 ans, je la regarde droit dans les yeux en m’imprégnant de la profondeur des siens. Je lui dis que tout va aller pour le mieux en faisant taire ma trouille qui me dit « et si tu te trompais? »

C’est la tempête dehors et ma cadette n’y est pour rien. Samedi sera bientôt là, la machine à café avait raison et le baromètre flirte déjà avec les -10. Coincé devant la pont Champlain, l’amoureux angoisse. A l’arrière, notre fille répond tout doucement, si doucement, qu’il se demande même parfois si elle répond vraiment.

Stationnement au Children’s, 20 dollars en moins sur le compte en banque – après une heure et demi, mais reste-t-on vraiment moins d’une heure et demi aux urgences ? Le sas, le premier guichet, le bracelet de l’hôpital – y compris pour le Loup – le deuxième guichet, le pré-triage. Rappel au pré triage, on l’envoie en zone jaune.

Ce sont les mots qui s’affichent de mon côté, sur le texto qu’il parvient à m’envoyer. Je suis déjà allée au Children’s, je suis toujours pognée dans la zone verte. Le jaune, c’est la chambre directe. Un monde jusqu’ici inconnu (sauf la fois où je me suis trompée dans la dose d’un médicament alors qu’elle était bébé). Aux urgences, ce soir-là, il est le seul papa « tout seul ».

De mon côté, je capote. Ces boutons, tous ces boutons. Une araignée ? Une colonie de fourmis? Les bibittes ont le don de me rendre dingue. Armée de l’aspirateur, et de javel, je passe au peigne fin la maison, et nettoie à fond sa chambre, sans succès.

Méningite, maladie de Lyme, l’interne égrène les possibilités et raye ses conclusions. Maladie de Schoenlein-Henoch. Ding ding ding, nous avons un gagnant.

Quelques examens plus tard et Schoenlein est désigné grand vainqueur. Entre temps, les membres inférieurs de Miss Swing ont viré au pourpre. Ça tombe bien, purpura rumathoide, c’est son deuxième nom, à cette maladie. Une réaction auto-immune du corps à la suite d’une maladie type otite, d’un vaccin, d’une prise d’antibiotiques.

A la maison, le cellulaire vibre au gré des amis prévenus qui s’inquiètent. A quelques rues de là, une amie maman me propose de poser Tempête. Une heure plus tard, elle me promet finalement de venir la garder à la maison si je décide de rejoindre le Children’s sur un coup de tête. Un soutien précieux, à cette heure et en ce lieu, quand la famille est à 6000 km de là et que l’angoisse nous étreint.

Un pipi dans le pot (et sur les doigts de Papa) et une prise de sang plus tard, Miss Swing s’est endormie. Il est plus de minuit. Ibuprofène sera son seul traitement, ainsi qu’une surveillance des reins et des selles pendant quelques mois.

Le lendemain, elle marche à peine. Quelques heures plus tard, elle claudique jusqu’au canapé, puis annonce après le dîner (de midi) son envie d’aller se promener. Elle aura gagné un chocolat chaud en tête à tête et un Rocky dont elle est ravie. Et son père toute ma fierté, pour être un roc aussi fort et avoir gardé le cap avec elle toute la nuit, même avec un début de grippe.

Je ne verrais plus jamais les vendredis soirs de la même façon…

Et vous, avez-vous passé un bon week end?

-Lexie Swing-

 

Credit photo : Lexie Swing

Monologue à ma fille

Regarde, chérie, regarde le monde. Un monde tout neuf, une vie à construire. Tu es une fille, tu es ma fille. Tu es mon royaume, et je t’aiderais à en construire un à ton image. La vie que tu mérites, sans barrières, et sans obstacles. Dussé-je les déchiqueter à mains nues, je ne laisserai personne intervenir pour te dire que tu ne peux pas, que tu ne sais pas, que ce n’est pas ta place. Tu porteras les vêtements qui te plaisent, tu joueras aux jeux qui t’amusent et tu auras les amis que tu veux. Tu feras le sport qui t’allume, l’activité qui te transporte. Tu étudieras ce qui t’intéresse et tu feras le métier que tu t’es choisie. Tu en changeras, tu te tromperas peut-être, tu avanceras, tu iras ailleurs, et personne ne te jugera pour ça. Tu vivras où tu veux. Tu vivras seule, ou avec une bande d’amis. Avec une amoureuse, un amoureux. Avec des gens que j’aurais le goût de connaître puisqu’ils seront importants pour toi. Tu pourras tout me dire, toutes tes joies, toutes tes peines, toutes tes erreurs, toutes tes errances.

Je te promets de ne pas juger, d’essayer de comprendre, d’essayer de t’aider. Je te promets de ne pas te changer, de ne pas te façonner et de te laisser être la personne que tu souhaites et non celle que j’espère. Je te promets aussi de te protéger, parce que toutes les erreurs ne méritent pas d’être commises, et que j’en ai commis aussi, pour que tu n’aies pas à les faire à ton tour. Je te promets de t’informer, de t’expliquer, pour que tu puisses faire chacun de tes choix en connaissance de cause. Et je te promets de te les laisser, ces choix. De te laisser les portes ouvertes. Toutes les portes.

Je continuerai à me battre, pour que tu les aies. Je continuerai à répondre vertement à ceux qui te minimisent parce que tu es une fille. Je continuerai à sourire lorsque tu affirmes à qui veut l’entendre que ta couleur préférée est le bleu, et que tu arbores fièrement, au milieu de tes amies en robes de princesse, une tunique noire, sur un legging noir, «parce que c’est beau le noir Maman». Je te laisserai être cette petite fille un peu gauche, mais tenace, et à applaudir tes exploits sur le trampoline, parce que je me souviens que ce qui est important ce n’est pas que tu sois la meilleure mais que tu donnes ton meilleur, et fasse un peu mieux, à chaque fois. Et quand on voudra te comparer, je garderai en tête qui tu es, que ce n’est pas parce qu’un domaine n’est pas ta force, qu’il est nécessairement une faiblesse, et que c’est la somme de tes faiblesses, ajoutées à celle de tes forces, qui ont construit la jeune femme que tu deviendras.

Je te promets de ne laisser personne me dire qui tu es. Si tu promets de ne laisser personne te dire qui tu es toi-même, même pas moi.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Le Grand Nord québécois, ça vous parle?

imageJe suis là, devant mon écran. Tour à tour je trépigne, je m’émeuts, je m’afflige, je note et j’interpelle ma collège : est-ce que tu savais que…?

Est ce que tu savais d’où venaient les premiers peuples qui se sont installés au Québec? Sais-tu à quoi ressemble la nature du secteur? As-tu entendu parler en détail de l’assimilation ? Ils ont tué leurs chiens. Oui, tous leurs chiens, ou presque. Alors que le chien était à la fois un moyen de transport et un membre de la communauté, de la famille, qui portait le nom d’une personne décédée récemment. Quelques tirs d’avion et il n’y avait plus rien que des cadavres… Est-ce que tu sais, aussi qu’on a déplacé plusieurs communautés ? Dont une tout au nord, tellement au nord que le nom était presque caché par le haut de l’écran. Un voyage en brise-glace, une séparation entre les familles, et hop, ils ont débarqué tout ce petit monde sur une plage déserte. Lost, mais en version polaire. Et par la grâce du seul gouvernement. En 1953, tu te rends compte? En 1953… C’était il y a un battement de cœur à peine.

Depuis quelques semaines, je suis un cours en ligne, un MOOC gratuit, sur le Grand Nord québécois. Ses origines, son histoire, etc. Proposé par l’Université Laval, il est l’un des mieux que j’ai pu suivre à date. De belles photos, des infographies, des vidéos, du multi-contenu interactif et des liens vers des articles ou vidéos supplémentaires, pour enrichir le cours et nos connaissances.

Chaque midi ou presque, je visionne, j’apprends, et je cherche à en savoir encore un peu plus. Aujourd’hui c’est le dernier jour où il est possible de vous inscrire pour le suivre. Vous venez?

https://www.ulaval.ca/les-etudes/mooc-formation-en-ligne-ouverte-a-tous/le-quebec-nordique-enjeux-espaces-et-cultures.html

-Lexie Swing-

PS en raison d’une grève du personnel de l’université, le module 4 n’est pas accessible et la formation durera donc un peu plus longtemps que prévu. De fait, il n’est pas impossible que des inscriptions soient encore possibles au cours de la semaine.

Ces commentaires dérangeants

Machine à ecrireIl y a longtemps, j’ai vu une blogueuse préciser qu’elle ne supprimait aucun commentaire par respect de la liberté d’expression. Et qu’elle répondait à tous, même aux trolls. Suivaient alors des débats sans fin avec des personnes conflictuelles dont les arguments solides du type « grosse salope mal baisée » et « connasse de féministe », deux expressions synonymes par ailleurs, intervenaient fréquemment.

Je me souviens m’être trouvée un peu poche, à l’époque, moi qui n’hésitais pas à supprimer les commentaires que je jugeais déviants, voire insultants.

Aujourd’hui, lorsque je vois trois chroniqueuses québécoises de renom abandonner certaines de leurs chroniques par fatigue des attaques répétées sur les réseaux sociaux, je réalise que je souhaitais seulement préserver mon espace vital.

Je suis journaliste de formation. La liberté d’expression est ma clé de voûte. Mais la liberté d’expression a, pour moi, un caractère noble. Elle a dans mon esprit – et peut être dans mon esprit seul – pour but premier d’être utilisée pour défendre la veuve, l’orphelin et l’opprimé. Dénoncer la puissance, souligner les incohérences d’un système qui nous écrase comme de vulgaires bibittes entre ses grosses mâchoires. La liberté d’expression, son concept, n’est pas à mes yeux un fourre-tout dans lequel devraient se côtoyer la dénonciation de la condition de vie des Syriens et le « grosse pute » adressé par un énervé du clavier à une jeune femme qui met à mal sa vision machiste de la société actuelle dans laquelle ses testicules et lui se sentaient jusqu’ici parfaitement à l’aise.

Chez moi donc, je supprime. Pas souvent, je n’ai probablement pas un ton assez polémique. Mais je supprime. Je supprime le type qui me dit que je rigolerais moins quand, avec mes histoires de poupées noires achetées à mes filles, je leur aurais donné le goût d’aller se marier au bled avec un Arabe (?!).

Je supprime quand une lectrice m’avise qu’à trop vouloir proposer des jouets non-genrés, je vais faire de mes filles des petites lesbiennes. Alors que rien ne dit que mes filles seront petites.

Je supprime quand on me traite de chialeuse de Française.

Je supprime quand on m’insulte. Je supprime quand on m’attaque gratuitement. Et plus que tout, je supprime quand on adopte sur ma page des propos sexistes ou racistes. C’est mon opinion à moi de considérer que le racisme et le sexisme ne sont pas des opinions. Et que je ne suis donc pas tenue de les respecter.

Je ne suis pas une personne de conflit. Ça me prend beaucoup de temps d’esprit d’argumenter valablement dans un débat. Mais il n’y a pas débat, pour moi, avec quelqu’un qui m’annonce d’emblée « ils sont tous tarés ces Chinetoques » ou « Allez, entre nous, admets qu’une lesbienne c’est juste une fille qui n’a jamais connu un vrai coup de bite? »

Oui je suis grossière. Et ce n’est pas seulement parce que je rêve d’attirer le gratin de la pornographie moderne sur mon blog grâce à quelques mots clés subtilement glissés. Les gens sont grossiers. Le monde est grossier. Caché derrière son écran, le monde oublie sa politesse, ses bonnes manières. Il s’exprime avec moult injures, et moult fautes souvent. Et au nom de quoi? On se le demande franchement. Pensent-ils changer la face du monde en exprimant des avis aussi solides ? Se couchent-ils plus détendus ? Plus heureux ? Racontent-ils leurs derniers mots mal orthographiés autour de la machine à café le lendemain matin?

Je refuse tout bonnement de changer le monde un abruti à la fois. Je ne peux pas. Je n’ai pas envie. Et ça ne sert à rien. On sent tout de suite, dans la vie, quand une conversation sera stérile et un débat sans fin. Je ne veux pas entrer dans ce jeu.

Je crois en un monde ouvert, de discussion. Je crois aussi fermement que les gens devraient être égaux, que la couleur de peau, les origines ou la religion sont seulement des caractéristiques, et que l’on peut être et aimer qui l’on veut. Si ces principes de base ne sont pas les tiens, passe ton chemin. J’ai la suppression facile.

-Lexie Swing-

J’ai un enfant préféré

monteregieJ’ai un enfant préféré. J’ai vu le sujet passer sur un blogue boutique et je me suis dit « pince moi dont ben fort si c’est pas vrai ». Un truc comme ça. Parce que c’est la vérité, j’ai un enfant préféré.

Là, tout de suite (20h), je les préfère pareil. Les deux. Parce qu’elles dorment. Les deux dorment, oui. Mais d’habitude, à c’t’heure, mon enfant préféré c’est le chien. Parce que quand je crie « MAIS VA TE COUCHER, BORDEL » c’est le seul qui m’obéit.

Bon en vrai je ne dis pas bordel devant mes enfants. Pas que je sois précieuse, non, mais si tu crois que c’est pas grave de dire des gros mots devant tes enfants, c’est que ta fille a jamais crié « hey maman, fais pas chien! » devant les autres parents de la garderie. Non pas chier, CHIEN. Moi non plus je sais pas d’où ça vient mais soit un de ces petits amis de la garderie est dyslexique, soit une des éducatrices a tenté de rattraper malencontreusement un gros mot qui lui avait échappé.

Fin de la parenthèse éducationnelle.

Je les aime donc autant, à défaut de les aimer pareil (vu qu’elles ne sont pas pareilles), mais je préfère l’une de mes filles à l’autre.

Pas toujours la même d’ailleurs.

Les jours de brunch, je préfère Miss Swing, parce qu’à quelques dérapages près – le verre de lait inexplicablement attiré par le tapis – elle sait se tenir convenablement pendant une heure 10. Tempête non. Tempête préfère prélever quelques fruits dans l’assiette de la petite vieille de la table à côté, pendant la diversion offerte par la serveuse. Avant de s’extirper avec force grognements de sa chaise haute et de filer à l’anglaise. Elle se ramasse généralement contre la vitre donnant sur l’exterieur, vitre qu’elle nettoie de part en part armée de sa seule langue. C’est aussi dégoûtant en vrai que dans le texte.

Les jours de gym, je préfère Tempête. Parce que Tempête est un vrai bonheur d’enfant toujours prête à voltiger et escalader le moindre obstacle. A l’entrée de la salle, elle est comme un cheval fou dont il faudrait bien tenir la bride. Heureusement, depuis qu’elle sait que le cours commence par une chanson avec des maracas à l’aide desquels on peut assommer sa mère, elle est nettement plus calme en entrant.

Miss Swing, elle, aime la gym. En théorie. Et lorsqu’elle en sort. C’est elle qui a choisi d’en faire d’ailleurs. Et elle a souvent envie d’en faire. Mais un autre jour. Pas aujourd’hui, voyez-vous? Pas le jour J de la gym. Non ce jour là, le short est trop petit, la culotte mal mise, il fait froid, les chaussettes grattent. Dans la voiture, elle tressaute d’impatience, raconte comme elle a été la première la dernière fois et tout ce qu’elle y fera. Et puis on arrive devant la salle et elle se contorsionne, suspendue à mon cou, pour que ses pieds ne touchent pas le sol. Les tapis lui font tout à coup nettement moins envie, et si l’on pouvait repartir là, maintenant, tout de suite, elle serait sage pour toute la journée elle le promet. Constance est son deuxième prénom.

Elles sont mes enfants préférées. Les miennes. Celles que j’aime plus que tout. Parfois je les préfère ensemble. Parfois à tour de rôle.

Souvent, quand même, mon enfant préféré reste le chien. Comprenez-moi… Il ne parle pas!

-Lexie Swing-

 

Crédit photo : Lexie Swing

Deux mois avec toi {Liseuse mon amour}

LiseuseJe ne pourrais jamais avoir de liseuse, j’aime trop les livres. J’aime les toucher, j’aime leur odeur, j’aime m’abîmer dans la contemplation de leurs couvertures et choisirent uniquement ceux dont les premières pages m’inspirent. J’aime l’objet, j’aime le corner, l’entasser, en faire des petits toits pointus qui jonchent mon parquet, à mesure que je les commence et les abandonne en chemin. Je n’aimerais pas ça avoir une liseuse. Mais je me trompais.

Il y a quelque temps, Hélène a mentionné en passant sa vieille Kobo. Hélène aime les livres. Hélène lit beaucoup. J’ai trouvé ca étonnant, que quelqu’un comme ça traine depuis des lustres un machin aussi terne qu’une liseuse. Alors pour la première fois je me suis posée vraiment la question : qu’est ce que ça pouvait m’apporter ?

Au Noël suivant, j’ai demandé à ma tante une Kobo. Une Kobo parce que je ne voulais pas faire d’Amazon mon fournisseur particulier. Le soir même, j’ai acheté le second livre de Baptiste Beaulieu « Et vous ne serez plus jamais triste ». Je n’avais jamais pris la peine de me l’offrir.

Je l’ai lu dans la nuit.

Alors le lendemain matin, depuis ma Kobo, une nouvelle fois, j’ai commandé un second livre, La vie secrète de Zelda Zonk. Et je l’ai égrené, chapitre par chapitre, au rythme de nos étapes dans les hôtels. La liseuse était là, dans son habit rouge offert par ma mère, glissée dans une petite poche.

Une fois à la maison, j’ai téléchargé les deux logiciels proposés par la bibliothèque (j’ai trouvé l’étape pénible – sincèrement il n’existe rien de plus pratique à date? – mais parfaitement expliquée avec captures d’écran à l’appui sur le site de la biblio de Montréal). Et là, j’ai eu accès au Saint-Graal. Des bouquins par centaines, à un clic de moi.

J’ai choisi les couvertures qui me plaisaient – on ne se refait pas – et téléchargé autant de bouquins qu’autorisés. J’en ai aussi réservé d’autres. J’en ai lu un cette nuit là. Attaqué un autre dans mon bain le matin suivant. Je suis passée à travers les trois tomes de Bébé-Boum en une semaine et j’ai accumulé en parallèle quelques bouquins plus sérieux sur l’histoire du Québec.

Contrainte par l’offre de la bibliothèque – majoritairement tournée vers les bouquins québécois, je me suis plongée dans les œuvres d’icitte, ce que je n’avais encore jamais vraiment daigné faire. Et j’ai adoré! Je me suis habituée au style, j’ai découvert des petits bijoux, des romans qui me parlent de rues que je connais et d’un quotidien que je vis.

J’ai emprunté des romans et des livres plus sérieux aussi, des retours historiques et des bouquins thématiques.

Plus encore que la diversité, j’aime la quantité que la liseuse me permet d’avoir. Pour moi qui consomme les livres avec l’engouffrement d’un buveur névrosé pogné dans une bachelorette party, c’est la panacée. Sitôt un roman fini, je peux en ouvrir un deuxième, que je sois dans le train ou au milieu de la brousse. Je les charge par cinq et m’empiffre comme si mon cerveau n’était jamais rassasié.

Je n’ai pas abandonné les livres papier pour autant. J’en achète toujours. J’en offre aussi, des bouquins que j’ai découvert sur liseuse et que j’ai eu envie d’offrir par la suite.

Dans quelques années, je m’offrirai un appareil plus perfectionné car le mien est encore un peu lent, pas toujours intuitif. Mais il est petit, confortable pour l’usage que j’en fais. Sa batterie tient suffisamment pour m’accompagner durant mes heures de lecture. Et je ne suis pas de ceux qui demandent à la technologie d’offrir toujours plus.

C’est une compagne précieuse que je transporte avec moi désormais, avec un monde des possibles quasiment inépuisable.

Et de votre côté ?

-Lexie Swing-

 

Credit photo : Lexie Swing

Regrets

imageDe la neige douce sous les pieds, un sac à dos rempli de courses et un bébé solidement arrimé sur ma poitrine. C’était moi, hier, quand Tempête s’est levée fiévreuse et qu’il a fallu agiter le drapeau blanc le temps de la requinquer. Parce que justement, elle se remonte en un tour de clé et que la musique est vite repartie, j’ai profité de cette journée off pour la sortir un peu. Fièvre oblige – oui, E. est de ces enfants que rien n’arrête, même 40 de fièvre – je l’ai transportée dans le porte bébé afin de lui épargner le chemin plein de la neige qui s’était amoncelée la veille (25 cm si j’en crois la météo).

Nous sommes parties, cahin caha, moi titubant un peu dans la neige, elle, la tête renversée en arrière, bouche ouverte, tentant d’attraper au vol les quelques flocons qui flottaient encore dans l’air. J’ai déambulé dans les différentes boutiques de Saint-Bruno auxquelles je projetais de me rendre. À l’épicerie, la caissière m’a écartée d’un geste et a rempli avec bienveillance mon sac à dos, le transportant jusqu’à mes épaules pour m’éviter une rotation compliquée. Ainsi chargée, je me suis alors dirigée vers ce petit café dont j’avais entendu parler sans jamais y mettre les pieds. J’y ai croisé la vie de Saint-Bruno, des clients visiblement fidèles, sinon habitués, qui sirotaient leur dose quotidienne. Des gens plongés dans leur journal, dans leur livre, sur leur cellulaire ou dans leur conversation. J’ai aimé ce monde là – et le café était délicieux, ce qui ne gâche rien. Je suis repartie mon gobelet à la main, les yeux perdus dans le ciel bleu.

Je ne suis pas fille à avoir des regrets. Pas même de la nostalgie. Comme si le temps s’évanouissait dès lors qu’il se conjugue au passé. Mais les pieds dans la neige et le cœur léger, j’ai regretté. Regretter les premiers mois de ma deuxième née où mon esprit fugitif avait pris la décision de saborder ma vie de mère. Où j’aurais tout donné pour sortir de cette routine, de cette ville, de cet hiver là, et me retrouver entre les quatre murs d’un bureau. Un bureau que j’ai détesté, sitôt retrouvé, parce que je n’avais toujours pas fait la paix, et que mon esprit, mon cœur et mon corps se livraient une lutte sans merci.

J’ai regretté parce que j’aurais pu profiter. Les conditions étaient réunies et la neige était bonne. On aurait pu s’en donner à cœur joie, elle et moi. On aurait marché dans la neige un café à la main. On aurait fait l’épicerie, en s’appuyant sur la bienveillance du genre humain. On aurait eu du fun.

Bien sûr, ce n’est pas mon tout petit bébé que je traînais hier. Ce bébé ci fait presque 10 kilos et il parle. Il m’invective et me poursuit dans la maison en criant « Papeauuu » ma tuque à la main lorsque j’oublie de me coiffer pour sortir. Il dit bye d’une voix caverneuse à la sortie de tous les magasins. Il me pince le nez quand je le porte dans le porte bébé, quand il n’essaie pas de visiter une de mes narines. Il tient debout devant la porte, tandis que je me déharnache. Et une fois à l’intérieur, il envoie valser ses bottes et court vite se jeter sur le sofa du salon.

C’est un autre hiver, un nouvel hiver. Et qu’importe le temps qu’il fait dehors, il fera toujours moins froid dans mon cœur que l’hiver dernier. Je regrette d’être passée à côté de ces moments mais je ne voudrais pas y revenir. Le présent est bien plus beau. Mon bébé est devenu lourd à porter mais mon cœur est tellement plus léger que mon corps à trouver son équilibre.

Et puis je n’oublie plus de mettre ma tuque en sortant.

-Lexie Swing-

Et de quatre!

imageIl y a 4 ans je chantais. C’était The Voice à la télé, l’amoureux avait sorti sa guitare et on a braillé des chansons bien après que les candidats d’un soir aient quitté le plateau. Je me souviens surtout de Skinny Love, de Bon Iver, remis au goût du jour par Birdy, et qu’on a entonné une nouvelle fois ce soir-là.
J’ai toujours pensé que la détente de mon corps, provoquée par les mélodies et le bonheur tranquille de cette nuit de février, avait précipité sa venue.

Elle est née dans la matinée, à l’heure de la collation, quand le soleil est suffisamment haut pour qu’on se dise qu’on a fait une bonne grasse matinée. Je n’en ai guère eu, ce 10 février là, de grasse matinée. Et plus jamais depuis.

Par contre cela fait 4 ans que la vie a pris un chemin différent, 4 ans que, où qu’elle soit, près ou loin de moi, je me lève en étant maman, que l’on se lève en étant parents.

Et oui, c’est parfait. Et oui, c’est difficile. Et non, il n’y a pas de réalité toute lisse et parfaite comme un salon Pinterest. Il y a beaucoup d’amour, beaucoup de rires, beaucoup de cris, et pas toujours des cris de joie. Il y a aussi des pleurs, des poings rageurs, des crises sans fin. Il y a de l’admiration, des définitions sans cesse revues, des contours que l’on croit avoir apprivoisés, mais qui ondoient au gré des chutes et des accomplissements. Il y a tout ce qu’on sait désormais d’elle, et tout ce qu’on sait aussi de nous, maintenant.

On connaît désormais la résilience. On a appris à épeler très vite les noms interdits, les noms croches, les noms des aliments qu’elle n’aime pas mais qu’on a caché dans la purée et le nom des surprises qu’on aimerait garder encore un peu. On sait quand la crise va arriver, on sait quand elle ne va pas vouloir, on sait quand elle va dire non, on ne sait pas toujours éviter l’affrontement, cependant. On a ressorti nos vieilles chansons d’enfant, on est traumatisé de comprendre désormais les paroles, et de l’entendre scander « pour savoir qui qui qui serait manger », sous prétexte que c’est sa chanson préférée. On connaît par cœur l’enfilade du pantalon de neige, même si une fois sur deux on enfile les bottes avant de se rendre compte qu’on l’a oublié. On sait qu’il faut mettre les gants avant le manteau, sinon ils ne vont pas bien comme il faut.

On a appris notre job de parents. Avec amour, avec patience, avec emportement, avec fatigue et avec obstination. On a lu des bouquins, consulté des sites, on a posé des questions, oublié d’écouter les réponses, on s’est planté souvent, on s’est excusé parfois mais on l’a aimé tellement que ce n’est pas si grave. C’est peut être même ce qu’on a appris de mieux, en quatre ans. Qu’on pouvait aimer quelqu’un pour la vie, avec certitude. Ce n’est pas un contrat, ce n’est pas une option, juste un état de fait.

Demain c’est ton anniversaire ma croquette. Je t’aime pour toujours, et chaque jour plus qu’avant.

-Maman-

Consentement : qui est responsable ?

imageSoir de pliage de linge, l’occasion rêvée de me mettre à jour sur ma série du moment : Switched at birth. Début d’épisode et une mention prévient le spectateur : on va aborder le sujet du consentement lors de la relation sexuelle (mon iPhone vient d’écrire religion sexuelle, ça me fait réfléchir lol).

La série ne donne pas trop dans la morale, mais les héroïnes sont deux étudiantes, alors… Je voulais aborder le sujet avec vous car je me suis aperçue, à ma grande surprise, que je n’étais pas d’accord avec cette idée de superpuissance du consentement féminin. Je vous raconte ? Vous me donnerez votre avis.

L’histoire : Bay, 19 ans, se réveille dans le lit d’un bon copain, qui est son ex d’ailleurs. Elle a déjà un amoureux. La veille, après une chicane avec ledit amoureux, elle a picolé avec l’ex et d’autres amis, fait la fête, rit, jusqu’à ce qu’elle demande à s’allonger un peu. Elle dit au gars de s’allonger à côté d’elle. Et là black out. Elle se réveille le matin avec le feeling qu’il y a « something wrong ». Sa mère, à qui elle en parle sous couvert de « il est arrivé quelque chose à une amie », lui dit que c’est un viol. Et la machine se met en marche.

L’idée véhiculée par la série est qu’il y a relation sans consentement car la fille était trop alcoolisée pour le donner. On a des flashs backs où elle embrasse le type etc, mais on apprend par la suite qu’elle ne se rappelle de rien. L’ex, qui est donc un bon ami, lui répète qu’il n’aurait rien fait si elle n’avait pas voulu. Qu’il avait beaucoup bu également. Dans les flashs, on voit que tout tourne également pour lui. Le père de la fille le tance d’un « peu importe que tu aies bu également, tu es plus grand, plus âgé, t’es le gars, t’aurais du arrêter en voyant qu’elle n’avait pas l’esprit clair ».

Ayoye. Je n’aime pas ces paroles. Je me suis rendue compte qu’à vouloir le consentement à tout prix, on déresponsabilise une nouvelle fois la femme. Elle était trop alcoolisée, elle n’avait pas la conscience claire. Tu étais alcoolisé également mais tu es l’homme, tu aurais dû tout arrêter. J’ai songé à toutes ces soirées trop alcoolisées qui ont tourné de même. A quel moment devient-on responsable du consentement de l’autre? Et quid de deux personnes alcoolisées? Qui doit s’assurer que l’autre veut bien? Pourquoi n’essaie-t-on pas d’en faire un objectif commun, encore une fois? Pourquoi tient-on le discours « toi femme tu dois donner un consentement clair, toi homme tu dois t’assurer qu’elle le donne ». Pour sûr un homme peut moins facilement se faire abuser par une femme que l’inverse. Quoique. Une fellation ? Dans ce cas il pourrait également se sentir abusé, ne pas avoir l’impression d’avoir donné son consentement. Alors je voudrais qu’on annote le présupposé précédent: « Avant de faire une fellation, toi homme donne ton consentement clair et précis (« oui je le veux »), toi, partenaire, vérifie que la personne n’a pas changé d’idée en chemin.

La seule chose que m’a fait ressentir l’épisode d’hier soir, c’est que l’on se trompe, au sujet du consentement. On déresponsabilise les jeunes femmes. Oui, il faut continuer à marteler que non, c’est non, et que le silence ne vaut pas (forcément) acceptation. Mais il faut surtout faire comprendre que l’envie doit être partagée. Et qu’il faut tenter d’envoyer des signaux clairs. Après tout les femmes sont pas mal les spécialistes des mixed feelings. C’est drôle d’ailleurs car en parallèle, et je ne suis pas certaine que les réalisateurs l’aient fait volontairement, la mère de l’héroïne fait justement vivre ça à l’un de ses proches : elle couche avec lui, puis le repousse en lui disant que ce n’était pas une bonne idée, pour finalement l’embrasser de nouveau quelques jours plus tard. En fait si, les réalisateurs en ont conscience puisqu’à cet instant, son chum demande : « es tu sûre que c’est ce que tu veux? »

Voilà comment est vu le consentement aujourd’hui : « une femme qui envoie un signal positif par ses actions et un homme contraint de demander, à haute et intelligible voix, si elle est bien sûr de son choix ».

Encore une fois on oppose les hommes aux femmes au lieu de créer un front commun de respect mutuel et de signaux clairs.

J’avoue que pour ma part, j’ai le goût d’apprendre un peu plus à mes filles. Que non, c’est non, mais qu’il faut respecter l’autre aussi, ne pas jouer avec ses sentiments. Que boire raisonnablement est la clé de bien des maux, y compris des maux de tête. Et que l’amour, comme le sexe, se fait à deux, en accord. Qu’il n’y a pas de toute puissance de la féminité, pas de toute puissance de la masculinité, et que l’écoute est à la base de tout.

Et vous qu’en pensez-vous?

-Lexie Swing-