Journal d’un confinement – Semaine 7

Je sors du week-end plus fatiguée que je n’y suis entrée. Tempête a jugé bon de se réveiller un peu près 5 fois (ressenti : 1000) dans la nuit de samedi à dimanche, faisant passer mon temps de sommeil espéré au temps de sommeil réel de 8h à 5h. Alors que je m’étais endormie à ses côtés, les jambes repliées (son lit est relativement large mais particulièrement court), sa grande soeur m’a soudainement appelée pour me préciser que la porte de sa chambre était fermée et qu’elle apprécierait que je la réouvre. J’en ai profité pour me recoucher dans un lit digne de ce nom – le mien. Il était 4h. J’aurais dû me douter que la soirée était mal engagée lorsque ma tentative d’épilation de la demi-jambe droite s’est soldée par un échec. Le combo cire + rasoir m’ayant fait perdre un (certes petit) morceau de peau, cela a pris les soins de mon conjoint, et son assurance – je lui ai fait promettre – que je n’allais pas me vider de mon sang durant la nuit, pour que je puisse enfin remarcher. Si j’avais su que j’aurais l’occasion de mettre mon pansement de fortune à l’épreuve quelques heures plus tard…

Humeur : consternée. Je ne suis pas certaine qu’une humeur puisse être consternée mais la consternation m’habite certainement. Nous profitons pleinement de ce huis clos en famille, nous n’avons jamais été aussi sereins, détendus et accomplis – familialement parlant- que ces jours-ci. Nos filles se sont davantage rapprochées, nos projets avancent, nos boulots respectifs nous laissent du temps, la belle saison arrive et nous autorise du temps en extérieur. Malgré tout, je suis consternée par le monde extérieur, cette impression d’immobilisme. J’ai eu vent toute la semaine des protocoles qui allaient être mis en place dans les écoles de ce monde dans les prochaines semaines et moins que la peur de la maladie, c’est la crainte d’un monde anxiogène qui me rattrape désormais. J’accepte volontiers de me plier à toutes les règles en place, à la distanciation, au lavage de mains à répétition de magasin en magasin, au port du masque pour protéger les autres. Découvrir que nos enfants devraient cohabiter en tout temps à X mètres les uns des autres, rester dans la même salle tout le long de la journée durant, qu’ils ne pourraient jouer qu’avec leurs propres jeux, et jamais ensemble, qu’ils n’auraient plus ni cours de musique, ni cours de sport, ni cours d’informatique, fut pour mon humeur une toute autre histoire, dont je peine, je crois, à me remettre.

Organisation : toujours bonne. Nous avions prévu cette semaine une « journée pédagogique », donc une journée de congé puisque j’avais moi-même congé. Je profiterai certainement des prochaines pour proposer quelque chose de spécial à mes filles, un peu à l’image des journées à thèmes de Deborah. Mais en attendant, nous en avons profité pour passer du temps dans le jardin, grâce à une météo particulièrement ensoleillée, et c’était déjà une bonne entrée en matière avec la belle saison.

Couple : uni. Je dois dire que l’on se sent chanceux de pouvoir compter l’un sur l’autre en cette période compliquée.

Point d’orgue : notre commande Décat’ est enfin arrivée, deux semaines après son avis d’expédition. Un panier de basket trône désormais dans notre cours, pour le plus grand plaisir des enfants. Nous y avons ajouté un hula-hoop et une corde à sauter, avons ressorti pour l’occasion les ballons de soccer et les frisbees. Tout pour s’occuper en attendant d’être déconfinés.

A la télé : on a fait découvrir à nos filles le dessin animé Pixar « Là-Haut » (Up). Elles étaient déjà très émues devant l’histoire accélérée du protagoniste et de sa femme. Sans surprise, j’ai enfanté des hypersensibles (comme moi).

Sous mes yeux : j’ai fait de la boulimie de lecture cette semaine, en commençant par J’aurais aimé être comme vous, d’Anne Bezon, suivi d’un autre Cecelia Ahern : How to fall in Love. J’ai terminé par un roman retrouvé dans ma bibliothèque et que je n’avais pas encore lu : Loin, d’Alexis Michalik (que j’ai adoré).

Vague à l’âme : tarifs exorbitants, fermetures des frontières… à l’heure du coronavirus, l’immigration prend tout son sens. On est celui qui est loin, et qui ne pourra pas passer « faire un coucou » lorsque le confinement sera terminé.

Point bonus : la météo de cette fin de semaine, qui apporte un peu de douceur à ces moments particuliers.

Les bonnes idées de la semaine : réduire sa consommation de l’actualité au strict minimum.

À l’aube de la semaine 8, nous avons déjà confirmé – via sondage – que notre fille aînée ne retournera pas à l’école le 19 mai. Du même fait, il est probable que sa soeur ne reprendra pas la garderie. Si l’ainée semble avoir adopté ce mode de vie un peu particulier, sa jeune soeur se plaint de plus en plus fréquemment de ne plus voir ses amis. Et si nous tâchons de lui promettre de faire notre possible pour qu’elle les retrouve avant de commencer la maternelle, l’incertitude quant à une date officielle de retour et, plus encore peut-être, l’inquiétude qui entoure les conditions dans lesquelles se feront ce retour, commencent à nous peser.

Je vous souhaite une belle 8ème semaine, puisse-t-elle nous apporter des réponses, des projets, ou quelques fou-rires, à tout le moins.

-Lexie Swing-

Yesterday

(J’ai écrit ce texte alors que je venais de terminer un livre en anglais. Sans être parfaitement fluent en anglais, j’ai une bonne compréhension générale et lorsque je lis ou regarde un film en anglais, mon esprit se met généralement à réfléchir dans cette langue. Vous trouverez à la suite la traduction en français)

Yesterday was a difficult day. It began with a rough night, filled with the nightmares of Tempête and our sudden wakes throughout the night. When the alarm clock went off at 7 a.m., I felt like I hadn’t slept at all. B. had been awake for about 30 minutes and burst into our room as soon as she heard the alarm clock, too happy to tell us that she had waited « that long » and had almost « not slept at all during the night » as she likes to tell us these days, apparently unaware of the deep sleep she has had since she was born.

Outside, the weather was terrible, as only spring can be here in Quebec. Rainy and greyish, as if the sky itself was in a bad mood. Maybe because it was a Thursday, and Thursday is not a Friday. Thursday is the day when you have to work harder because the weekend is coming up and you don’t want a Friday to look like a Monday. Am I having it right ?

I spent the whole day working from the living room. A terrible idea, because my daughters felt allowed to talk to me whenever an idea crossed their minds, whether it was to talk about the animal shelter where my father is a volunteer – B’s favourite. – or to sing me a Legofriends song. I was tired, trying to juggle between the e-mails I had to write in the appropriate language and the countless names B. had thought of for all the dogs she was planning to have. Her sister kept stealing things, just to be annoying like little children like to be when they want your attention while you keep pushing them away.

The day was exhausting, the cake the girls wanted me to bake with them was a disaster, the laundry was left unfolded and the only tour the dogs had was a little walk in the backyard. I was almost grateful when it came time to put the girls to bed.

I read a whole book during the evening, keeping my mind busy, away from all the news that is constantly flooding my social media accounts, listing either the number of deaths in my area, or the risks to children sent to school, or the unknown sides of the virus. I went back to my room around 11.30 pm, to find a dog in my bed, a toy that had been left here when they were playing at the « shelter ». I looked at the drawings left on my desk. And the little notes they had given me to tell me how sorry they were for spilling milk on the floor or spreading chocolate on my beloved couch. I remembered how full my life was and how it could have been quiet without them. And at that very moment, I recognized the truth: in my life, silence is made of gold because it is rare, because I earned it after long days of running, rushing, laughing and even shouting. In itself, silence is nothing, it is not an opposite, it is not a success, it is a component of a chosen world, and of a chosen life. But it is not mine.

Sometimes I have wishes or dreams, but I can’t have regrets. An office without their drawings, a house without their laughter, a morning without their words (more or less) whispered in my ear would not be, for me, a quiet life. It would be an empty life.

That’s why, in my house, I have three special rooms: a garage, a laundry room and a bathroom. Three rooms where I can lock myself in, put on my headphones and blow until the wind changes.

En français…

La journée d’hier a été difficile. Elle a commencé par une nuit compliquée, remplie des cauchemars de Tempête et de nos réveils soudains tout au long de la nuit. Lorsque le réveil a sonné à 7 heures du matin, j’ai eu l’impression de ne pas avoir dormi du tout. B. était réveillée depuis environ 30 minutes et a fait irruption dans notre chambre dès qu’elle a entendu le réveil, trop heureuse de nous dire qu’elle avait attendu « aussi longtemps » et qu’elle n’avait presque « pas dormi du tout pendant la nuit » comme elle aime à nous le dire ces jours-ci, apparemment sans se rendre compte du sommeil profond qu’elle a depuis sa naissance.

Dehors, le temps était terrible, comme seul le printemps peut l’être ici au Québec. Pluvieux et grisâtre, comme si le ciel lui-même était de mauvaise humeur. Peut-être parce que c’était un jeudi, et le jeudi n’est pas un vendredi. Le jeudi est le jour où il faut travailler plus dur parce que le week-end arrive et qu’on ne veut pas qu’un vendredi ressemble à un lundi. Ai-je raison ?

J’ai passé toute la journée à travailler depuis le salon. Une idée terrible, car mes filles se sentaient autorisées à me parler chaque fois qu’une idée leur traversait l’esprit, que ce soit pour parler du refuge où mon père est bénévole – le préféré de B. – ou pour me chanter une chanson de Legofriends. J’étais fatiguée, essayant de jongler entre les courriels que je devais écrire dans la langue appropriée et les innombrables noms auxquels B. avait pensé pour tous les chiens qu’elle prévoyait d’avoir. Sa soeur continuait à voler des objets, juste pour être ennuyeuse comme les petits enfants aiment l’être quand ils veulent avoir votre attention alors que vous continuez à les repousser.

La journée était épuisante, le gâteau que les filles voulaient que je prépare avec elles était un désastre, le linge est resté déplié et la seule promenade des chiens a été une petite balade dans le jardin. J’étais presque reconnaissante quand le moment est venu de mettre les filles au lit.

J’ai lu un livre entier pendant la soirée, en me gardant l’esprit occupé, loin de toutes les nouvelles qui déferlent en permanence sur mes comptes de médias sociaux, qui font la liste, soit du nombre de morts dans ma région, soit des risques encourus par les enfants envoyés à l’école, soit des côtés inconnus du virus. Je suis retourné dans ma chambre vers 23h30, pour trouver dans mon lit un chien, un jouet qui avait été oublié ici lorsqu’elles jouaient au « refuge ». J’ai pris connaissance des dessins, laissés sur mon bureau. Et des petites notes qu’elles m’avaient données pour me dire combien elles étaient désolées d’avoir renversé le lait sur le sol ou étalé du chocolat sur mon canapé adoré. Je me suis souvenue que ma vie était bien remplie et qu’elle aurait pu être plus calme sans elles. Et, à ce moment précis, j’ai reconnu la vérité : dans ma vie, le silence est fait d’or parce qu’il est rare, parce que je l’ai gagné après de longues journées à courir, à me presser, à rire et même à crier. En lui-même, le silence n’est rien, ce n’est pas un contraire, ce n’est pas une réussite, c’est une composante d’un monde choisi, et d’une vie choisie. Mais ce n’est pas la mienne.

J’ai parfois des souhaits ou des rêves, mais je ne peux pas avoir de regrets. Un bureau sans leurs dessins, une maison sans leurs rires, un matin sans leurs mots (plus ou moins) murmurés à mon oreille ne seraient pas, pour moi, une vie tranquille. Ce serait une vie vide.

C’est pourquoi, dans ma maison, j’ai trois pièces spéciales : un garage, une buanderie et une salle de bain. Trois pièces où je peux m’enfermer, mettre mes écouteurs et souffler jusqu’à ce que le vent tourne.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lerone Pieters for Burst

Journal d’un confinement – Semaine 6

Six semaines d’écoulées. Mon chum se demandait justement combien de semaines nous avions déjà passées ainsi confinés… Deux de plus et nous aurons fait l’équivalent des grandes vacances. Si l’on m’avait dit un jour que je travaillerais à la maison, tout en faisant des leçons et en proposant des activités à mes enfants, le tout en restant principalement chez moi, durant deux mois (et plus), j’aurais ri. Le cauchemar s’est avéré réalité et finalement il n’était pas si pire que ça.

Humeur : bonne. Sauf que j’ai pris (encore) un kilo. La faute à toutes ces recettes que je teste, juste pour vous préparer un article récapitulatif. « Juste » pour ça.

Organisation : avec le temps qui s’adoucit (ça arrive tard ici au Québec), les récréations se font désormais dehors. Elles s’allongent à mesure que notre avis de « faire cours » se réduit. Les devoirs à rallonge comme ont à gérer certaines de mes amies en France est une galère sans nom, mais le « pas de devoirs » quand tu veux que ton enfant garde un peu le niveau est difficile aussi. Bref, #jamaiscontents.

Couple : on a réparti aussi la préparation des repas et ça c’est le bonheur.

Point d’orgue : l’un de nos restos préférés – le Charlotte – a rouvert ses portes la semaine dernière pour permettre les commandes à emporter. On a soupé d’un fish & chips (ce n’est pas du tout végé j’en conviens), d’un aligot (oui oui ici au Québec) et d’une poêlée de légumes, et c’était (presque) doux comme une sortie de couple un soir d’été.

À la télé : deux de mes séries ont sorti des nouvelles saisons, soit Brooklyn 99 et After Life. On a commencé avec After Life parce que l’humour anglais m’émeut. On s’en est tenu à « seulement » deux épisodes et la scène entre Ricky Gervais et son amie prostituée autour d’un plat de pâtes (dégueulasse, apparemment) était juste parfaite de spontanéité. Insolemment juste, malgré le contexte improbable. J’ai aimé aussi le film Love the Coopers qui a récemment rejoint Netflix Canada. Le scénario est gentillet, mais ce sont surtout les scènes d’Olivia Wilde, absolument sarcastique, qui sont savoureuses.

Sous mes yeux : j’avais besoin d’une lecture douce, j’ai cherché un bon Cecelia Ahern, une romancière irlandaise (type Chick Lit) que j’aime beaucoup. J’ai donc choisi « Thanks for the memories » – je la lis en VO – et c’était juste parfait.

Vague à l’âme : j’ai lu un titre du Monde qui disait quelque chose comme « Foie, reins, etc. que touche la Covid-19? » et j’ai fermé l’ordinateur pour ne pas savoir.

Point bonus : j’ai une journée de congé cette semaine… je pense partir en voyage dans mon jardin, bien au fond. Là où je ne suis jamais allée.

Les bonnes idées de la semaine : mon futur article sur les bonnes recettes à tester, qui s’en vient, bientôt!

Au Québec, une reprise des écoles à compter du 11 mai, pour les régions, et du 19 mai pour la grande région de Montréal, vient d’être annoncée. Base volontaire, par petits groupes. On attend d’en savoir plus pour décider ce que l’on fera. Et de votre côté, qu’est-ce qui est prévu? Et que prévoyez-vous faire?

-Lexie Swing-

Journal d’un confinement – Semaine 5

Cinquième semaine et ils sont encore 4! Personne n’a été éliminé! Les votes du public sont unanimes et nous sommes dus pour rester. Impossible de savoir combien de temps cela durera, c’est le jeu le plus long de l’histoire de la télé.

Humeur : top shape! On a trouvé une vitesse de croisière. Plus rien n’est en vue : ni la Terre de départ, ni le lieu d’arrivée. En pleine mer, nous profitons du voyage. La houle est forte par moment mais puisqu’il n’y a pas d’issue, nous apprenons à composer avec le moment. J’ai du mal à m’imaginer reprendre là, demain. Je ne suis plus sûre de comment je faisais avant et pas certaine de comment je vais faire après. J’ai enfin atteint l’état d’acceptation (avant la tempête bien sûr, celle où l’on m’annoncera que je suis coincée avec les mouflets jusqu’en septembre).

Organisation : peaufinée. Désormais, je fais avec les enfants le shift 8h30 – 10h et mon chum le 11h-12h30 (repas inclus). Entre les deux, elles font du sport et jouent. Un appel? On lance une comptine éducative (et un peu neuneu) type « Petit Ours Brun apprend à faire ses lacets ». L’après-midi, on a convaincu notre cadette que la sieste était bonne pour elle, elle fait donc semblant, dans l’espoir de pouvoir regarder « un petit dessin animé en fin de journée ». Je m’en occupe le temps d’un bricolage ou d’une recette, elles sortent avec leur père pour un match de basket ou un entrainement des chiens (occuper les enfants en les faisant s’occuper des chiens, c’est vraiment le concept gagnant-gagnant chez nous), et le soir, quand il fait beau, on enfourche les vélos.

Couple : à l’unisson.

Point d’orgue : on parle peu de l’effet que ce confinement a chez nos enfants. Ils n’ont pas d’autre choix que de subir – comme nous, mais avec encore moins de contrôle sur la situation – et il est clair que ça ne se passe pas au mieux chez tout le monde, si j’en crois les interventions sur certains groupes que je suis. La grande gagnante de ce confinement est sans conteste ma fille aînée. L’anxiété a été divisée par trois, sa gestion des émotions est excellente et elle trouve beaucoup d’apaisement à la présence de ses chiens en permanence autour d’elle. Elle s’occupe de la nourriture des animaux, met la table du petit déjeuner, fait ses devoirs sans rechigner, s’occupe de sa petite soeur et fait des kilomètres à vélo sans se plaindre. Elle fait aussi le pitre et rit à l’unisson avec la famille. Bref, ce n’est plus le même enfant!

À la télé : c’est la dèche! J’ai épuisé ma liste de films pour enfants hypersensibles. Des idées?

Sous mes yeux : Le discours, de Fabrice Caro

Vague à l’âme : comment va -t-on faire pour reprendre une vie normale après tout ça?

Point bonus : les gozlems que j’ai cuisinés hier soir et pour lesquels ma fille a dit « Maman fait les meilleurs du monde ». Elle n’a pas de point de comparaison bien entendu, mais j’aime l’idée que mes enfants pensent qu’il y a des choses que leur mère fait mieux que personne.

Les bonnes idées de la semaine : le site éducatif ortholud.com, qui regorge d’idées d’exercices et l’utilisation des Smart Games pour le cours de maths.

Partout, la vie semble être entrée dans une certaine routine. Les initiatives éclosent moins, pour laisser la place à une sorte de normalité temporaire. C’est à la fois dommage et rassurant.

En France, certains ont pris la décision de suivre le calendrier scolaire et ainsi de passer en mode « vacances ». Il n’y a pas de vacances prévues ici entre mars et l’été, et je ne me sens pas prête à laisser aller notre précieuse routine. Nos week-ends sont pour moi les plus déroutants, et me demandent déjà à chaque fois une sorte d’ajustement. Et vous, qu’avez-vous prévu sous votre toit?

-Lexie Swing-

Parentalité : et parfois se choisir

Semaine 4 – la semaine dernière donc – j’ai commencé à éprouver physiquement les plaisirs du confinement : chaise mal ajustée et rares sorties. Mes muscles se dérobaient à mesure que mon dos se courbait. Laissez-moi enfermée un mois de plus et j’aurais pris dix ans.

A ceci s’est ajouté un ras-le-bol général de la maisonnée alors que mes filles ont commencé à se taper sur le ciboulot (littéralement), que la météo était maussade et les informations inquiétantes.

Est arrivé ce jour particulier où j’ai commencé à ne plus pouvoir maîtriser le volume de ma voix. J’ai lu quelque part que la rage maternelle existe, et je peux vous confirmer que c’est le cas. À chaque nouvelle bêtise, mes lèvres se mettaient à trembler et mes ongles à empaler mes paumes. Éducation bienveillante? Quel est ce mot? Il n’était même plus question d’éducation mais de contention. De mon énervement latent. Prêt à exploser.

Il y a dû y avoir un sifflement de trop car tout à coup, mon amoureux a réuni la petite troupe et il a poussé tout le monde vers la voiture. « Allons faire un tour », a-t-il dit. Et puis : « Maman a besoin d’être seule ». Les enfants se sont accrochés à moi, dans une confusion toute enfantine dans laquelle se mêlaient les « Excuse-moi maman », les « Mais je veux rester avec Maman », et les « Maman je ne veux pas partir sans toi ».

La culpabilité a embarqué. Je les mettais de côté, je leur refusais mes bras, je me choisissais moi.

Et puis, profitant du calme retrouvé, je me suis rendue compte que j’avais le droit, de me choisir parfois. Que leur avoir donné la vie me rendait responsable, mais pas redevable. Que notre génération de parents a bien compris que les enfants devaient être traités comme des individus, mais que la génération de nos enfants semble oublier que nous sommes, nous aussi, des individus, avec nos occupations, nos envies et nos humeurs. Que ce ne sont « que des enfants », mais qu’il n’y a pas d’âge pour inculquer le respect de l’autre. Et qu’il est inacceptable de déclarer « t’es méchante tu veux jamais rien faire avec moi » à sa mère qui se lève pour vérifier un courriel après avoir passé 45 minutes à découper des coeurs, coller des étoiles et gérer la colle scintillante. On a le droit d’être déçu mais pas désagréable, ni impoli. Et ça, c’est un apprentissage qui leur servira toute leur vie car on sait – ô combien le sait-on – que ça manque encore à certains.

Les profs sont unanimes : « Pas besoin de faire trop de travail scolaire, les petites choses de votre quotidien seront déjà une belle forme d’apprentissage ». C’est bien noté, je vais aller prendre un bouquin, faire couler un bain, fermer la porte à clé et les laisser apprécier cette leçon : « Dans la vie, il faut aussi savoir se choisir quand le besoin s’en fait sentir ».

-Lexie Swing-

Crédit photo : Sarah Pflug

Journal d’un confinement – Semaine 4

Je commence à me demander de combien de semaines sera fait ce journal… S’arrêtera-t-on à 9? À 11? Verra-t-on le soleil baigner les fenêtres d’une chaude lumière d’été sans possibilité de courir se rafraîchir au parc? Ma belle-mère pourra-t-elle venir passer quelques semaines chez nous en juillet? B. voyagera-t-elle vers la France? Mes parents seront-ils présents fin août pour la rentrée en maternelle de Tempête?

Le plus effrayant, dans ces pas que nous faisons, c’est la Terre que nous ne voyons pas. Nous sommes des explorateurs qui naviguons depuis bien trop de jours déjà en direction d’une terre promise que nous n’en finissons plus d’espérer. En haut du mât, ceux qui guettent à la longue vue sont aussi perdus que ceux qui gèrent la carte, depuis les tréfonds du bateau, les pieds glissés sous leur bureau. Le brouillard est épais et nous sommes aveuglés.

Humeur : en yo-yo. Un coup ça va, un coup ça va moins. Je menace de quitter le navire et puis la minute suivante, je pars en exploration au grand air, chiens et enfants sur les talons, et je m’apaise de nouveau. Pour tenir, je jalonne mes journées d’attentes et de petits accomplissements. Je me berce dans les livres, ponctue mes soirées de films et séries, plonge mes mains dans la pâte à pain et cuis bien trop de gâteaux.

Organisation : meilleure. Rédiger « mes cours » et réfléchir aux activités la veille fait diminuer le stress et améliore la routine. Au Québec, nous n’avons pas de devoirs fournis, mais des ressources diverses sont partagées régulièrement. Notre horaire est désormais bien établi et je crois que j’en viens à préférer la régularité d’une journée de semaine au gouffre à remplir d’un week-end de confinement.

Couple : amoureux, toujours, mais envisage de vendre les enfants.

Point d’orgue : toute cette nourriture que je façonne et dans laquelle je me plonge comme un doudou.

À la télé : le Retour de Mary Poppins! De quoi donner envie à ma belle Tempête de chanter la plupart de ces questions, après ça. Et pour les grands, « La vie scolaire », film français, est arrivé hier sur Netflix, j’ai adoré!

Sous mes yeux : La vie qui m’attendait de Julien Sandrel et Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson. Pas la même ambiance, clairement…

Vague à l’âme : mes enfants sont relous. Je ne dis pas qu’elles n’ont pas de bonnes raisons de l’être, que la situation n’est pas en train de leur monter à la tête, que si elles pouvaient elles n’écriraient pas leur propre journal de confinement qu’elles nourriraient de critiques à notre égard, ou même qu’elles ne sont pas seulement le digne reflet de leurs parents. Mais elles sont super pénibles depuis quelques jours. Elles se battent. Avec les poings. Elles se plaignent sans cesse l’une de l’autre. Elles emm****** les chiens. Elles retournent la maison sitôt les pièces rangées. Elles mettent de la terre sur le plancher et des poils de chiens sur leurs draps. Elles m’appellent TOUT LE TEMPS. « Maman » est le mot qui résonne le plus dans la maison. Je suis sûre que même les chiens m’appellent comme ça maintenant. On joue à « Achève-moi si tu peux » et comme la petite est en train de gagner, la grande s’est lancée dans une contre-offensive en règle : elle ne m’appelle plus « Maman » mais par mon prénom. Ça me donne carrément envie de la mordre. Devant ma colère, elle m’a même demandé si elle pouvait au moins m’appeler par la première lettre de mon prénom seulement (NON). Elle s’essaye donc avec « T. » : « Dis T., on mange quoi? », « Téééééé., ma soeur vient de jeter mon jeu de cartes dans l’escalier », « Dis donc, T., t’avais pas dit que tu ferais des pâtes? ». Bref, elles vont probablement me rendre dingo.

Point bonus : nous avons un projet qui avance! C’est important de faire avancer des choses dans le futur, ça permet de se tenir debout dans le présent.

Les bonnes idées de la semaine : le Xanax? ;) Le petit site des Explorateurs, qui fait de la vulgarisation scientifique.

J’ai bon espoir que le temps avançant, nous tombions dans une habitude agréable et apprenions à mieux vivre ensemble. À force de me demander quand la vie reprendra pour de bon, je ne parviens plus à accepter comme je le faisais au début l’état actuel des choses. Peut-être devrais-je travailler à accepter, à ne plus voir le déconfinement comme une ligne d’arrivée. Et vous, comment le vivez-vous?

-Lexie Swing-

34 printemps

Je vous dirais bien ce que ça m’invoque, d’avoir 34 ans, mais la vérité est que ça ne transporte aucun élan.  J’ignore si c’est la faute à la pluie, ou au confinement, à ce temps qui semble comme suspendu ou seulement à cet âge sans couleur, ni une moitié, ni un début. Un âge pair en plus, moi qui ait toujours préféré les autres, les 1 et 5 et 7.

Je ne sais pas me retourner et observer le temps écoulé. J’ai une nature à courir toujours vers la suite, et je me force maintenant à marcher dans le présent. Le passé, lui, m’est étranger.

Pourtant, plus le temps passe et plus les chiffres me donnent le vertige. 30 ans que je la connais, 19 ans depuis la naissance de plusieurs de mes plus belles amitiés, 13 ans depuis notre premier baiser, 8 ans depuis le premier message Whatsapp, échangé avec mon groupe de futures mamans, 5 ans bientôt qu’elles sont deux…. Il y en a tant de chiffres qui marquent nos existences… Ce blog même est né il y a bientôt 8 ans, alors que j’attendais mon tout premier enfant. 8 ans à laisser des traces, à décrire des envies, étaler des projets, raconter un quotidien et formuler des opinions. 8 ans à grandir aussi. Le tout premier article était celui-ci : Un blog, pour quoi faire? À l’époque déjà, je savais certainement qu’il me serait impossible d’être exhaustive, de me cantonner à quelques sujets. J’aurais été bien en peine de tenir un blog cuisine ou littérature.

Dans mon deuxième article, je parlais du magazine 6mois, déjà! Preuve que j’ai une certaine loyauté. J’ai toujours été bouleversée par la photographie. Je suis une excellente spectatrice, à défaut d’avoir un quelconque talent de photographe, et je peux passer des heures à parcourir un recueil de photos ou une exposition.

Dans le troisième article, il est question du manque de représentation féminine parmi les réalisatrices mises en avant lors du festival de Cannes. Un article d’opinion. Il faut savoir que pendant quelque temps, j’ai écrit à titre purement anonyme, refusant obstinément que quiconque me connaissait puisse avoir accès à mes écrits. J’ai longtemps été incapable de formuler une opinion en mon nom, aussi sensée soit-elle. J’étais vide d’arguments, muette et incapable de défendre une prise de position. Ça a changé brusquement, mais uniquement pour des sujets qui me tenaient à coeur : la place des femmes dans la société, la maltraitance animale, le traitement réservé à autrui par une bande (le harcèlement)… De muette, je devenais enflammée. Ce n’était plus une opinion, c’était une déclaration de guerre. Je n’ai jamais su faire dans la demi-mesure.

J’ai écrit des articles sur plein de sujets, sur des bouquins, sur des séries, sur des choses entendues. J’avais une écriture assez immature, et à voir les sujets que je traitais, j’étais plus draînée par le souhait de montrer l’image d’une journaliste ouverte sur le monde que par une volonté de partager qui j’étais vraiment. En 2012, je m’insurgeais pour la première fois contre le traitement accordé au mariage gay par l’opinion publique. Aujourd’hui encore, je ne sais pas de quel côté se situait la majorité, mais les anti… bon sang qu’est-ce qu’on les entendait! Ce climat-là est l’une des raisons qui nous ont poussé dehors. J’étais alors enceinte de mon premier enfant et je n’imaginais pas la faire grandir dans cette intolérance à laquelle je ne comprenais rien. Je n’ai jamais rien compris à ceux qui jugent l’homosexualité. Je ne suis pas une sainte, je suis – comme tout le monde – pleine de jugements, qui heureusement évoluent. Mais, sûrement grâce à mon éducation, j’ai grandi avec l’idée que l’on pouvait avoir différentes orientations sexuelles, et qu’aucune n’était supérieure à l’autre. Et même si j’avais conscience que les gens pensaient parfois différemment, je pense que je n’en avais jamais pris la mesure… jusqu’à cette année-là.

Si je devais réfléchir à mes 34 ans, et boucler cet article qui n’en finit plus, je dirais que cette année fut celle de l’introspection. Depuis quelque temps, j’accepte enfin de regarder en arrière. Je démêle, je soupèse, j’évalue. Je me fais aider pour connaître les racines et les trajectoires. J’apprends enfin d’où je viens, en espérant accepter ainsi où tout ceci me mènera.

-Lexie Swing-

 

Journal d’un confinement – Semaine 3

Cette semaine-ci a été bien meilleure que la précédente, on sent qu’on commence à prendre le rythme. La patience va fluctuante – en témoigne notre retour précipité dans la maison en fin d’après-midi alors que je glissais à mon conjoint « je les rentre maintenant parce que je commence à avoir quelques pensées criminelles ». Notre sortie au jardin avait débuté sous les meilleurs auspices – un ciel bleu azur – mais c’était sans compter la Chouineuse, notre numéro 1, qui avait décidé que rien n’allait, ni le poids du ballon, ni le panier de basket improvisé, ni la boue du jardin (ils étaient, dans l’ordre, « trop lourd, trop facile, trop collante »). Après une remise aux ordres (« je compte jusqu’à 3, si tu te plains encore, tu rentres dans ta chambre et t’y passes l’après-midi » – l’éducation bienveillante à son meilleur), tout aurait pu s’arranger. Mais la Casse-Pieds, notre numéro 2, en avait décidé autrement. Elle a ainsi choisi de laisser libre-court à sa nature d’enquiquineuse en chef en volant le ballon de sa soeur, renversant le panier improvisé et s’étalant dans la boue. En résumé, « une douce après-midi de printemps », comme le décrirait une influenceuse sur Instagram. Et encore, je n’en ai que deux, des enfants. Les parents d’enfants nombreux devraient être sanctifiés…

Humeur : confuse. Il y a des moments réellement difficiles, comme lorsque ma cadette réclame en pleurant ses amis, parce qu’elle ne parvient pas réellement à comprendre pourquoi elle ne peut plus retourner à la garderie et qu’elle s’inquiète de commencer l’école en septembre sans avoir pu les revoir. A côté de ça, nous profitons de plus en plus de ce quotidien apaisé que nous avons, sans course folle pour arriver à l’heure partout où l’on nous attend, quotidiennement.

Organisation : en marche. La troisième semaine nous a amenés une certaine forme de routine. On fait les cours le matin et des activités manuelles l’après-midi, et lorsque l’on doit se concentrer sur un appel ou un travail particulier, on fait parfois intervenir le Dieu télé. On a décidé à l’unanimité de nos deux voix de sucrer les dessins animés parce que Tempête, accro aux écrans, devenait surexcitée. On les utilise désormais pour retransmettre un cours de sport pour enfants, un documentaire animalier ou un cours d’anglais; ou on branche les casques sur un podcast en plusieurs chapitres, et on est tranquilles quelque temps (pas trop non plus) (tu sais jamais à quel moment l’un des enfants va décider que les podcasts, c’est nul, mais que s’enfiler une prise mini-jack dans le nez, c’est mieux).

Couple : amoureux. Si si. Il a fait le souper et je suis partie faire du vélo. S.E.U.L.E. Si c’est pas de l’amour, ça.

Point d’orgue : le vélo justement. Au Québec, nous ne sommes pas (encore) confinés. Nous avons donc le droit de sortir pour une balade (pas trop non plus), en gardant une distance avec les autres. Si on est en couple, on peut se tenir la main par contre (vous y croyez, vous, que notre premier ministre québécois a dû répondre à cette interrogation, PARCE QUE DES GENS SE POSAIENT LA QUESTION…?). On a donc sorti les vélos plusieurs fois cette semaine. Souvent, je suis en course à pieds, Tempête ayant la fâcheuse habitude d’abandonner soudainement sa trottinette au milieu de la rue et de partir en courant de toutes ses petites jambes derrière son père et sa soeur. Mais course ou vélo, dans tous les cas, ces sorties nous ont fait un bien fou. Je ne veux en aucun cas narguer ici ceux qui n’ont pas la possibilité de sortir. Mais je me rends compte à quel point ce que l’on prenait pour acquis devient important lorsque limité (ou interdit).

À la télé : les Croods! Absolument fabuleux.

Vague à l’âme : les questionnements. À trop lire les nouvelles, je m’interroge beaucoup : si l’on doit atteindre un pic d’immunisation alors que l’on est tous confiné pour ne pas avoir le virus, ressortira-t-on un jour? Je sais que des gens espèrent encore pouvoir ressortir le 15 avril, et que la plupart d’entre nous comptent sur début mai; mais j’avoue aujourd’hui espérer surtout que mes enfants puissent passer au moins quelques jours avec leur classe actuelle à la fin de l’année. Oui, j’en suis rendue là, et je ne crois pas que l’on « nous ment » en parlant de début mai, mais je crois par contre que l’on nous ménage…

Point bonus : tous ces messages, appels audios et appels Facetime que l’on partage avec notre famille et nos amis!

Les bonnes idées de la semaine : les idées d’ateliers du blogue Les mercredis sous la pluie et les ressources québécoises de l’École Ouverte.

La semaine 3 se termine et c’est quand même une bonne chose. Rendu à trois, on peut se dire « qu’on tient le bon bout ». Je vous souhaite une belle nouvelle semaine, avec du soleil surtout. On dirait que c’est toujours plus facile au soleil (la misère…).

Des bises!

-Lexie Swing-

Cookies véganes faciles

Voici une petite recette spéciale confinement, quand il faut occuper les mouflets alors que la moitié du pays a décidé d’acheter des oeufs et du beurre en même temps. J’ai découvert cette recette de la célèbre blogueuse cuisinière végane d’ Au vert avec Lili alors que le rayon d’oeufs bios de mon supermarché peinait à se réapprovisionner.

Je l’ai adaptée au contenu de mes placards et au talent de mes enfants. Et à J18 aujourd’hui, nous l’avons fait 5 fois. Vous retrouverez l’original sur la page de Lili. Je vous mets pour ma part notre version préférée : les cookies véganes à l’amande, deux chocolats et caramel. Ma fille de 7 ans l’a réalisée de A à Z, pesées comprises.

Côté ingrédients, nous avons utilisé:

  • 2 CàS de poudre d’amandes
  • 1 CàS de cacao
  • 3 CàS d’eau
  • 5 CàS de lait
  • 1 CàS de vinaigre de cidre ou blanc
  • 60 grammes d’huile
  • Quelques gouttes de vanille liquide
  • 100 grammes de sucre
  • Une demi cuillère à café de levure
  • 200 grammes de farine
  • Des pépites de chocolat blanc, noir et de caramel

Cette recette est très maléable. Dans la version originale, Lili utilise ainsi de la fécule de maïs, que je n’avais pas, et que j’ai donc remplacée par de la poudre d’amandes et du cacao. J’ai aussi mis plus de lait, car je trouvais la pâte trop friable. N’hésitez pas à ajuster en fonction de la farine que vous utilisez. Enfin, notez que le vinaigre peut-être remplacé par du jus de citron, et l’huile par un poids équivalent de beurre.

La recette :

– Préchauffez le four à 180 degrés Celsius ou 350 degrés Fahrenheit.

– Mélangez l’eau, la poudre d’amandes et le cacao.

– Ajoutez l’huile, le lait, le vinaigre et la vanille. Mélangez, puis ajoutez le sucre et battez une bonne minute.

– Ajoutez la farine et la levure. Mélangez de nouveau avant d’ajouter les pépites de chocolat et de caramel.

– À l’aide d’une cuillère à glace, ou à la main, façonnez 10 cookies environ que vous déposez sur une plaque recouverte de papier sulfurisé (parchemin). Notez que les cookies ne s’étaleront pas trop.

– Enfournez pour 15 minutes. Sortez-les du four même s’ils ne vous paraissent pas complètement cuits, les cookies ont cette particularité de finir de prendre à l’air ambiant.

Nous avons essayé différentes versions de ces cookies, dont amandes et pépites de chocolat (sans cacao), tout caramel ou framboises et noix de coco. La version donnée est notre préférée mais vous avez des possibilités infinies de déclinaisons… et il semblerait que l’on ait quelques semaines devant nous pour en tester un bon nombre. Alors à vos fourneaux!

-Lexie Swing-

 

 

Poppy

Poppy. Ça fait deux mois, déjà, que tu as rejoint notre famille. On dit que ça prend trois mois, pour un chien comme toi, pour trouver son chez soi. Au nombre de chaussettes que t’as mangées, on dirait que t’es bien installée pourtant.

Poppy, je t’ai cherchée longtemps, sur tous les sites de ce monde. Je m’étais mise en tête d’avoir un deuxième chien, un chien sauvé, un chien qui ne l’avait pas eu facile. Je ne voulais pas entrer dans le système, contribuer à une business quelconque quand tant de chiens croupissaient derrière des barreaux. Aux bons soins de soignants, toujours et heureusement, mais en attente d’autre chose. Un foyer, un coussin chaud et le silence apaisant d’une maison endormie.

Ce n’était pas facile, comme recherches. Au Québec, on ne confie pas tant ces chiens là à de familles avec de jeunes enfants comme la nôtre. Alors j’ai commencé à sonder ailleurs, dans la province voisine. Je suis tombée sur une association qui sauvait des chiens errants des îles. Des chiens d’une race que je n’avais jamais entendue, moi qui baigne pourtant depuis ma prime enfance dans les connaissances canines.

Potcake. C’est un drôle de nom pour une race de chien. Un nom qui symbolise je crois le fond du bol d’une préparation locale dont la communauté autour de laquelle vous évoluez vous gratifie parfois, vous les chiens errants.

Poppy, tu viens d’Antigua. Je ne sais rien de comment tu es née. Je ne sais pas pourquoi tu errais, et comment on t’a attrapée. Je sais seulement que tu as été recueillie à trois mois par une aidante locale, que tu as vécue en troupeau avec d’autres potcakes comme toi. Et puis que, grâce à la gentillesse d’un passager quelconque, tu as été expatriée au Canada, tout près d’Ottawa.

C’est là que nous sommes allés te chercher. Tu avais 9 mois et l’air joyeux. Mes enfants piétinaient, tu étais impressionnée mais tu agitais la queue. Quand un gros chien a aboyé en direction de ma plus jeune, tu t’es placée en écran, l’échine dressée et les dents découvertes.

La première nuit, l’amoureux l’a passé dans le salon avec toi. Tu étais terrifiée à l’idée de faire tes besoins dehors. Et une fois lâchée, nous ne pouvions plus te rattraper. Jamais encore je n’avais été confrontée à cet état sauvage. Nous n’étions rien pour toi. Pire que des étrangers : une espèce que tu craignais. Il a  fallu te piéger pour te rattraper ce soir-là.

Les jours ont passé. Tu mangeais toujours en regardant par dessus ton épaule. Très tôt, nous nous sommes tenus proches de ta gamelle, dont nous prenions avec patience quelques croquettes. Les chiens comme toi n’aiment guère qu’on leur vole leur nourriture et la faim est telle parmi les tiens qu’elle fait presque partie de ta génétique; nous ne voulions risquer qu’un enfant mal avisé reçoive un coup de dent bien placé.

Eleven est devenu ton guide fidèle. Lui qui m’avait toujours semblé d’une maladresse enfantine, qui n’osait rien et s’entêtait pour tout, s’est découvert du plaisir à jouer les professeurs. Il a dissimulé sa peur de l’extérieur derrière un pas flegmatique, a retrouvé une énergie de jeune chien à batailler avec toi dans la neige de février. En fin stratège, il sait désormais que tu cours plus vite mais qu’il est plus patient, et après tes dix tours de jardin à fond de train, il profite de ta baisse de régime pour te saisir au vol d’une foulée et te faire rouler sur le sol. Tu le pervertis, lui qui vole maintenant les tuteurs de mes plantations comme tu lui as appris.

Poppy, ça fait deux mois que tu vis avec nous. Tu as mangé mes murs, quelques jouets et beaucoup, beaucoup de chaussettes. Tu as fait pipi dans le salon, caca dans ma chambre. Tu as refusé obstinément mille fois de passer la porte du jardin. Tu as couiné pour sortir, tu as chassé les écureuils, tu as sauté dans mes plates-bandes. Tu m’as obligée toutes les balades à m’arrêter pour sortir de ta gueule le morceau de plastique que tu réussis toujours à trouver sur la route.

Tu as égayé chaque heure de la vie de mes enfants depuis deux mois, tu as été d’une patience infinie et d’une résilience sans bornes, dans leur apprentissage de maîtresses d’un chien. Tu acceptes qu’elles prennent tes pattes et t’enserrent, en attendant qu’on te délivre et leur fasse répéter dix fois au coin « je n’attraperai plus Poppy par le cou ». Tu regardes encore souvent par dessus ton épaule, mais tu t’enfuis un peu moins vite lorsque tu entends nos pas derrière toi. Tu viens quand on t’appelle, tu agites la queue quand tu nous vois et lances des coups de pattes depuis le haut de l’escalier pour montrer ton impatience.

Le premier soir du premier jour, j’ai dit à mon amoureux « je n’y arriverai jamais ». Je l’ai repensé plusieurs fois par la suite. Pire que les murs que tu mangeais ou les portes que tu refusais de passer, c’était l’absence de lien, la distance que tu gardais toujours, qui était difficile. Personne ne vous prépare jamais à ce que votre compagnon de vie vous traite toujours comme un étranger.

Je ne suis peut-être pas encore ta maîtresse, mais peu à peu j’oublie que tu n’as pas toujours été ici. Et toi aussi. Je le sais quand tu m’attends, pour partir en balade. Quand tu m’accueilles au matin, en te trémoussant. Je le sais quand tu t’enroules autour de mes pieds, quand je travaille, et quand tu accordes ton pas au mien, sur le chemin.

On dit que les potcakes baissent vraiment la garde le jour où ils comprennent que quelqu’un d’autre est prêt à se battre pour eux. Sache que nous sommes prêts à toutes les batailles, Poppy.

-Lexie Swing-