Le temps des pommes à l’Ile Saint-Bernard

On ne m’offre pas des pommes pour vous parler encore de l’Ile Saint-Bernard mais force est de constater que quand on aime, on ne compte pas. Et moi j’aime cet endroit. Il m’a suffi de descendre le long du chemin et d’apercevoir le fleuve pour m’en souvenir.

C’est le temps des pommes, ici au Québec. Cette période tellement agréable – quoique courte – où les Québécois profitent de la fin de semaine pour rejoindre leurs places d’autocueillette préférées. Le principe est simple : on paie une certaine somme pour récupérer un sac fourni par la ferme, et on parcourt ensuite les champs pour cueillir soi-même les fruits que l’on souhaite, et remplir ainsi le sac.

Il y a deux ans, alors que mes parents nous rendaient visite, j’avais déniché l’adresse de l’Ile Saint-Bernard dans la liste des vergers biologiques certifiés par Ecocert. Ils avaient aimé l’endroit, le lieu à taille humaine, le caractère bucolique et les jolis paysages. Après avoir découvert moi-même l’Ile Saint-Bernard cet été, il m’a semblé tout naturel d’y retourner.

Les sacs de pommes se vendent au prix de 7, 13 ou 22 dollars, selon la quantité de pommes que l’on souhaite ramasser. Armés d’un sac de dix livres – on a souvent les yeux plus grands que notre capacité à cuisiner nos pommes et j’ai désormais le recul de quelques années à tenter de refiler mes fruits flétris à tout le voisinage faute de temps – nous avons pris connaissance du plan à l’entrée puis arpenté le verger à la recherche des meilleures variétés de «pommes pour compote».

Notre récolte faite, nous avons traversé le petit cimetière qui abrite les Soeurs décédées de la communauté, dans lequel B. a découvert une coccinelle, puis nous avons tranquillement descendu le chemin vers le fleuve. Entendant des cris d’excitation en contrebas, mes filles ont choisi de suivre le mouvement enfantin générale et de se lancer dans la pente en roulé-boulé, récoltant au passage leur lot de feuilles mortes et branchages. Qui n’a jamais vu un tel attirail s’accrocher dans un chignon ignore à quel point cela peut-être seyant!

Après un détour par le café de l’île, ses produits délicieux, ses lourdes tasses et ses jeux de société à partager, nous avons pris le chemin du retour, non sans avoir dû user de quelques serviettes en papier et d’une serpillère après qu’un enchainement malheureux entre une bêtise enfantine et une montée de stress parentale ait conduit à la chute d’une tasse semi-pleine de café sur la table en bois.

Le verger est encore ouvert pour une semaine, peut-être plus selon ce qui restera sur les pommiers. Ne manquez pas d’y faire un tour cette semaine!

-Lexie Swing-

 

Découvrez l’ambiance apaisante de l’Ile Saint-Bernard

Avant la bucket list, relativement inatteignable selon les cas, il y a la to-do list. Celle des bons plans pas loin de chez toi, celle des endroits qui feraient comme des vacances pour quelques heures. Tu les notes précieusement et tu les rends réalité de temps en temps.

C’est comme ça que nous avons atterri à l’Ile Saint-Bernard.

J’avais découvert l’endroit il y a deux ans, à la faveur d’une recherche de «vergers bios sur la Rive-Sud». Mes parents s’y étaient alors rendus avec les deux mouflettes. «A peine le temps de ramasser une pomme qu’on retrouvait Tempête juchée en haut de l’échelle» m’a confié mon père. La bougresse avait deux ans. Imaginez ce dont elle est capable deux ans plus tard…

C’est sous un soleil tonitruant que nous y sommes allés le week-end dernier. L’île Saint-Bernard, nichée au bord du Saint-Laurent, non loin de Châteauguay, est un havre. De paix, de tranquillité, et de joie aussi. On a pique-niqué au bord de l’eau, l’air chaud rendu respirable par une douce brise venue du fleuve. Les moustiques n’étaient pas légion, malgré la proximité de l’eau, et je n’ai presque pas eu à bondir sur mes pieds pour éviter les vilains insectes dont j’ai la phobie (tout ce qui vole et surtout vrombit).

La recherche des toilettes publiques m’a ramenée au pavillon d’accueil, où j’ai découvert un joli espace où se sustenter. Des tartes sucrées et salées de chez Carrément tarte, des sandwichs gourmets, de délicieux cookies (oui j’ai testé, il le fallait bien), des sorbets aux mélanges surprenants : le meilleur du repas sur le pouce de la région semblait réuni derrière la petite vitre réfrigérante. Mieux : pour s’inscrire dans le zéro-déchet, l’endroit ne propose plus de bouteilles d’eau en plastique. Mais une fontaine permet de remplir sa gourde, ou de boire sur place, grâce aux verres offerts à côté. Notez qu’il est également possible de manger au Bistro La Traite, également sur l’Ile.

Après un café – offert dans de gros mugs comme à la maison – et plusieurs jeux de société (une grande bibliothèque en est remplie), nous avons repris le chemin de l’eau, pour explorer un peu plus l’île.

Au gré du chemin, vous découvrirez cette partie que l’on appelle le Tertre de l’île, qui fut la propriété des Sœurs grises durant plus de deux siècles, avant d’être racheté par la Ville de Chateauguay en 2011.

La majeure partie de l’Île, que nous n’avons pas encore eu le temps de découvrir, correspond au refuge faunique Marguerite-d’Youville, paradis des oiseaux. On dit que de nombreux animaux y sont également visibles, à commencer par le cerf de Virginie. Le refuge abrite 8 km de sentiers pédestres, serpentant entre marais, friches, chênaies et même érablières.

De multiples activités sont proposées tout au long de l’année, comme des visites guidées, du yoga, un éco-marché, une vente annuelle de plants bios, l’autocueillette à l’automne, la location de matériel nautique l’été, le ski de fond l’hiver, etc.

À noter qu’une navette fluviale est en service de fin juin à mi-septembre, et rallie Lachine à l’Ile Saint-Bernard.

Je reviendrai bientôt, pour tout ce que je n’ai pas vu encore. Pour le refuge, pour les paddle-boards, pour les bateaux, pour la petite tortue dont j’ai dû attendre la traversée avant de pouvoir repartir, et pour l’impression irréelle d’être un peu hors du temps.

-Lexie Swing-

Île Saint-Bernard, Châteaugay. Accès gratuit au tertre de l’île. Refuge faunique, 5$ adulte, 3,5$ enfant, 13.30$ pour les familles.

Crédit photo : Lexie Swing

L’école au Québec : tout ce que j’aurais voulu savoir avant

Au Québec, l’école commence à 5 ans. Les enfants entrent alors en maternelle, dans un niveau qui correspond globalement à la grande section, en France. L’enjeu y est d’apprendre les lettres, les chiffres, mais surtout – et avant tout – d’adopter une routine et une capacité à suivre des consignes, rester assis en écoutant un professeur, travailler en groupe.

Au moment d’entrer à l’école, les niveaux des enfants sont souvent inégaux, autant en termes de connaissances que d’apprentissage purement social. Certains arrivent de CPE, d’autres de prématernelle axée sur l’apprentissage théorique qui souvent couvre déjà une partie du programme de maternelle. Il y a des enfants issus de garderies qu’on dit familiales – souvent 6-7 enfants entre 6 mois et 5 ans, gardés par une seule personne à son domicile. D’autres, enfin, ont été gardés à la maison par une mère ou un père en congé parental.

Avant l’entrée à l’école, en août dernier, j’avais mille questions, que je posais régulièrement aux parents avec plus d’ancienneté et à mes amis qui avaient grandi à l’école québécoise. Depuis, j’ai obtenu quelques réponses, que je vous livre ici.

L’école finit tôt… mais il y a un service de garde

L’école a lieu de 8h15 – 14h30 (en maternelle) ou 15h30 par la suite. Je me demandais comment faisait le commun des parents mortels pour rentrer à la maison aussi tôt. Et si les enfants pouvaient rester le soir, était-ce une étude? Tous assis pendant 3h de temps? Finalement, j’ai découvert le service de garde, ouvert à compter de 7h, et jusqu’à 18h. Autant dire que de notre côté, nous l’utilisons à son plein potentiel. B. a le choix entre la salle de dessins et jeux, et le gymnase (le matin). Le soir, elle commence par une récréation, avant de passer du temps dans la salle dédiée aux jeux puis de se rendre au gymnase. Le vendredi, elle revient toujours (magnifiquement) maquillée. Sa classe possède une éducatrice dédiée, qui est présente pour eux le matin, le midi et le soir.

Est-ce que c’est vrai qu’ils mangent dans leurs salles de classe et qu’il n’y a pas de micro-ondes?

Dans son école, oui. Dans d’autres écoles il y a des micro-ondes et/ou une salle spécifique pour les repas. Mon conjoint a déjà travaillé dans un gymnase où, quelques minutes avant midi, le personnel dépliait de grandes tables pour permettre aux enfants de manger. Pour nous, c’est donc dans la salle de classe et l’enfant apporte sa boite à lunch. Un service traiteur est également disponible, si besoin est, mais il doit être commandé à l’avance (impossible de se rendre compte le matin même qu’on n’a pas de quoi nourrir son précieux).

Je n’imagine pas ce qu’on peut bien mettre dans une boite à lunch…

Chaque midi, mon conjoint et moi apportons nos boites à lunch au bureau, et B. mange globalement la même chose. Elle a parfois un plat chaud – placé dans un Thermos pour le garder chaud – et parfois un ensemble de petites choses froides. Ce midi, c’était quiche, légumes, chips tortilla et trempette au yogourt. Demain, couscous (en Thermos, donc). Selon les écoles, on peut être plus ou moins surveillé concernant ce qu’on met dans les boites à lunch. Les bonbons sont interdits de notre côté, mais les cupcakes pour le goûter sont autorisés. Dans d’autres écoles, des parents ont déjà reçu une note concernant le chocolat ou les chips. Et pour tous, les précautions prévalent généralement, avec une interdiction assez généralisée de tout ce qui contient des noix. Côté collation, il y en a deux à prévoir : une le matin qui doit être composée de legumes, fruits, yogourt… et une le soir, qui peut être toutes sortes de choses. Généralement je glisse à B. un muffin ou un cookie que j’ai cuit le matin. Sa boîte à lunch est entièrement zero déchet, au depart parce que j’avais peur qu’elle jette les ustensiles (couverts) avec le papier du gâteau ou la gourde de compote, et désormais par conviction.

C’est quoi, une journée pédagogique?

À ma connaissance, c’est une journée où les professeurs sont en formation. De fait, il n’y a pas cours, mais il est possible d’emmener les enfants à l’école. Certaines fois, une sortie est prévue – moyennant finances. D’autres fois, des activités sont organisées à l’école, suivant un thème défini. À date, B. est allée aux quilles (au bowling), au zoo, et au centre d’amusement. Elle a passé plusieurs journées pédagogiques à l’école également, revenant généralement maquillée et fatiguée! Les journées pédagogiques ont lieu au moins une fois par mois. Sont également prévues au calendrier des journées tempête, donc des journées de force majeure où l’école pourrait être fermée (pour cause de tempête). Elles sont affichées généralement assez tard dans la saison, en mars par exemple. À titre d’exemple, notre école a été fermée une journée en janvier pour cause de tempête, la journée de force majeure prévue est mars est donc devenue une journée travaillée normale.

Il y a vraiment si peu de vacances?

Si peu, ça dépend comment on se place, mais il y a 3 semaines de vacances durant l’année scolaire : deux à Noël et une fin février/début mars. À titre de comparaison, les écoliers français ont 8 semaines de congés durant l’année – si je compte bien (Toussaint, Noël, Hiver et Pâques). Globalement, nous trouvons quand même le rythme appréciable. Les jours sont tous pareils (pas de semaine de 4 jours ou 4 jours et demi) et globalement courts (8h15-15h30, comme écrit précédemment). Les enfants sont fatigués en ce moment, mais c’est une fatigue assez répandu au Québec par les temps qui courent, l’hiver de six mois raréfiant notre exposition au soleil et nos sorties. Bref, le printemps gagne du terrain et on saute tous de joie!

Est-ce qu’il y a des devoirs?

Chez nous, oui. Même si B. n’est qu’en maternelle. Lors de notre première réunion, les institutrices ont tout de suite précisé qu’elles n’en avaient pas donné pendant longtemps, mais qu’elles avaient changé leurs fusils d’épaules après que les enfants ont exprimé l’envie de rapporter quelques devoirs pour montrer à leurs parents leurs apprentissages et leurs progrès. On en a donc, mais avec parcimonie!

En quoi c’est différent de l’école en France?

En France, lorsque les enfants arrivent en grande section, ils ont – la plupart du temps – passé déjà deux ans à l’école. Ils ont acquis une certaine routine, ils connaissent les locaux, etc. Au Québec, lorsqu’ils arrivent en maternelle à 5 ans, tout est nouveau (sauf prématernelle 4 ans, comme il en existe dans certaines écoles) et tout est donc à acquérir. Comme nous sommes un groupe d’amies avec des enfants nés au même moment, à cheval sur la France et le Québec, j’ai pu comparer les expériences, y compris avec les souvenirs conservés de ma propre enfance. À mi-parcours, je me suis interrogée. Était-ce normal qu’elle n’apprenne pas encore vraiment l’écriture? À déchiffrer ses premiers mots? À compter jusqu’à 100? À côté de ça, j’ai vu se développer chez elle une capacité à travailler en équipe et une plus grande maîtrise de l’expression orale. Elle a aussi développé des connaissances pointues sur les thèmes abordés mensuellement, à l’instar des dinosaures. Sa photo et son nom ont également été affichés sur le tableau d’honneur de l’école pour son application – et implication – dans ses travaux. Le tableau d’honneur célèbre ainsi chaque mois un enfant par classe, dans tous les niveaux, sur un thème donné. Par exemple, le thème de janvier ou février était «j’apporte mon aide à mes camarades» et la mention au tableau d’honneur semble récompenser l’enfant qui a fourni un effort sur ce thème précis plutôt que celui qui a un don particulier en la matière. Si un instant je me suis interrogée quant à l’apprentissage théorique, je m’aperçois aujourd’hui que l’école telle que ma fille en fait l’expérience lui a offert d’ores et déjà des bases solides en termes de confiance en soi et d’implication au sein de l’école. Le mentorat entre les élèves plus âgés et les maternelles a aussi conduit à une meilleure intégration des plus petits, qui comptent désormais des alliés parmi les grands. J’ai hâte maintenant de voir ce que l’école primaire nous offrira, et à quel point l’éducation scolaire à la québécoise aura un impact sur le développement de ma fille, et sur celui de sa sœur, plus tard.

 

-Lexie Swing-

 

Photos : Matthew Henry (Burst)

Connaissez-vous Passe-Partout?

Moi, la première fois qu’on m’a parlé de Passe-Partout, ici au Québec, j’ai cru qu’on mentionnait le monsieur qui porte toujours un immense jeu de vieilles clés, dans Fort-Boyard. Je me suis demandée où ils le mettaient, leur fort, sur le Saint-Laurent. Mais ça ne m’a pas émue plus que ça.

Et puis, en début d’année, de nouveaux épisodes de «Passe-Partout» ont été tournés, provoquant une marée de commentaires enthousiastes de la part des parents québécois, eux-mêmes issus de ce que l’on a appelé ici «la génération Passe Partout».

C’est le moment où je n’ai pas pu m’empêcher de demander : «Mais p***** c’est qui Passe-Partout?». Comme je suis polie et que les enfants ont toujours les oreilles qui trainent, j’ai plutôt dit «Qui est ce fameux Passe-Partout dont le monde (québécois) entier a le nom sur les lèvres?»

Bref, il s’avère que Passe-Partout est une fille (et toc). Elle partage la vedette de l’émission avec Passe-Carreau et Passe-Montagne – respectivement une fille et un garçon. D’autres personnages sont également présents, tels que Fardoche, Julie et André, ainsi que la famille de marionnettes qui reproduisent des saynettes de la vie quotidienne.

L’émission a été diffusée de 1977 à 1991, puis remisée, jusqu’au tournage de nouveaux épisodes l’an dernier.

Ça ressemble-tu aux Minikeums?

Nope. Les Minikeums, qui d’ailleurs ont correspondu à la génération suivante – ils sont apparus en 1993 – étaient bien des marionnettes, mais elles avaient été créées à l’effigie de personnes célèbres en France : Antoine de Caunes, Vanessa Paradis, la chanteuse Elsa, Mc’Solaar… Personnellement, et mise à part «Vaness’», je n’avais aucune idée à l’époque qu’ils étaient censés représenter des personnes réelles. Les saynettes qu’ils reproduisaient étaient plus des copies d’émissions existant sur les ondes («Question pour un lampion», «Taratatouille»…) que des saynettes de la vie courante.

Le concept de Passe-Partout est pour sa part moins un divertissement qu’un outil pédagogique télévisuel. L’enfant se retrouve dans les saynettes, il apprend des mots, des concepts, des façons d’agir aussi.

Et pis, t’as aimé ça, la première saison de Passe-Partout?

On n’a pas la télé ici, et j’ai toujours eu l’impression de passer à côté d’une certaine forme de culture québécoise. Quelle que soit l’idée que l’on se fait de la culture télévisuelle, je trouve qu’elle peut être une forme de découverte et d’apprentissage lorsqu’on immigre dans un nouveau pays.

Passe-Partout était pour moi une belle façon de découvrir un concept qui avait bercé l’enfance de mes amis, et qui s’apprêtait à accompagner mes petites Québécoises dans les prochaines années. Si l’émission se poursuit, elles feront directement partie de la nouvelle génération Passe-Partout, une belle forme de ralliement.

En janvier dernier, j’ai donc téléchargé l’application de Télé-Québec, j’ai lancé le premier épisode et… je suis allée me servir un verre de vin. Je n’étais clairement pas assez alcoolisée pour apprécier le concept. L’épisode s’ouvrait sur la marionnette Cannelle, la fille de la famille, et si mes souvenirs sont bons elle parlait à son phoque en peluche. J’étais tassée au fond de mon sofa, roulant des yeux. Je pense que je manque de sensibilité à l’égard des marionnettes.

Mais vous savez qui a directement accroché à l’émission? Mes filles. Tandis que je regardais d’un œil torve, B. a levé la main pour répondre à une question posée face caméra par Passe-Partout. Je me suis rassise plus droite. Passe-Montagne et Passe-Carreau ont proposé une série de mouvements pour se défouler. Tempête s’est levée d’un bond et j’ai repris une gorgée. Les protagonistes ont entamé une chanson. Et les filles ont repris en chœur tandis que je murmurais l’air entêtant. Et puis un enfant – un vrai enfant – est apparu sur l’écran. «C’est un ami de ma classe», a crié B. J’ai laissé échapper un sourire.

La vérité, c’est que je n’irais pas me farcir Passe-Partout en proie à une vaine solitude. Mais comme parent… bon sang que c’est sain. Ça fait tellement du bien, de voir une émission proposée aux enfants qui soit aussi saine. Qui montre aux enfants comment exprimer leurs sentiments. Qui leur apprend le nom des oiseaux et le cycle des saisons. Qui soit aussi interactive, les enjoignant à chanter, à s’exprimer et à bouger.

Pour vous donner un exemple, la photo d’illustration montre l’épisode que les filles ont regardé ce matin, tandis que je finissais de me préparer. À l’image – petite et flou, j’en conviens – Passe-Montagne et Passe-Carreau, qui rencontrent le chien de Fardoche. Passe-Montagne a peur des chiens. Passe-Carreau, qui est le personnage énergique et «physique» (au sens d’exercices physiques) de l’émission, lui répond : «Tu sais, il y a une façon d’aborder les chiens si tu en croises un. Déjà, tu commences toujours par demander au maître du chien si son animal est gentil et si tu peux le caresser. Ensuite…»

Vous voyez l’idée? Vous croyez que ça n’a pas d’impact? Détrompez-vous! Au premier chien que nous avons croisé, Tempête s’est précipitée, et B. est intervenue : «Souviens-toi, tu dois d’abord demander…»

Je vous encourage à découvrir l’émission, juste pour le fun, juste pour voir. Avec votre âme de parent, en laissant le sarcasme au vestiaire. Parce que oui, la première fois que Passe-Montagne a raconté une histoire courte en s’appuyant sur des illustrations au mur, puis qu’il a ensuite repris l’histoire une nouvelle fois depuis le début, j’ai cru faire une crise d’apoplexie. Et puis il a dit «mmmh rappelez-moi, il se passait quoi, à ce moment-là, déjà?» et mes filles ont répondu en criant et riant, ravies d’avoir tout retenu. J’ai su à cet instant que le plaisir du divertissement me resterait inaccessible. Me reste donc celui de bouquiner en toute tranquillité pendant 23 minutes en sachant mes enfants absorbés par une émission de valeur.

Et ça, je vote pour.

-Lexie Swing-

Pour découvrir l’émission, rendez-vous sur Coucou Télé Québec.

Crédit photo : Lexie Swing

Dans mes bottes d’hiver

On lit beaucoup de choses quand on immigre au Canada. On apprend l’été indien, on s’interroge devant les expressions, on s’impatiente devant l’incroyable nature. On ne sait pas vraiment, en revanche, le quotidien. Ça ne peut pas vraiment se raconter, le quotidien, ça ne peut pas vraiment se décrire. Surtout le quotidien d’hiver. Cette saison qui commence parfois dès novembre et s’attarde jusqu’en avril. Ces mois passés bottes de neige aux pieds et manteau de ski long sur le dos. Six mois durant, la masse est faite de silhouettes vaguement informes, épaissement vêtues et coiffées de bonnets sombres. Au diable l’accoutrement, le but est de survivre face à un ressenti -30 au petit matin sur le quai d’une gare de banlieue. Un quai de plein pied, ouvert aux quatre vents, parfaitement bucolique, cruellement froid. 

6 mois où la neige ne quitte plus le jardin, où l’herbe s’endort sous son chaud manteau. 6 mois où l’on paie le déneigement après avoir difficilement tenté de le faire soi-même et avoir renoncé à la 18ème tempête de neige de janvier, quand il n’est plus possible  de dépasser l’entrée du garage parce que la neige s’en vient jusqu’à la taille. 

Des semaines à patiner sur le lac, à descendre les cotes des parcs en luge, ou même l’allée du garage ! Des week-ends à sortir les raquettes, les fatbikes et les skis. Une vie à mi-chemin entre la ville où nous travaillons et les pistes de ski du mont qui surplombe la maison. 

Le matin, droite dans mes bottes, et frissonnant dans mes collants, je ferme les yeux. La lumière, cette  luminosité incroyable propre au grand froid, baigne nos visages endormis. Sur le quai de la gare, luttant contre le vent, je fais des ronds blancs de froid dans l’air qui se blanchit. Respirer chaque seconde, pour ne jamais oublier sa chance de se trouver ici. Il faut la mesurer, sa chance. Elle nous tiendra chaud cette semaine : les -20 s’annoncent déjà. 

-Lexie Swing-

Sa petite rentrée au Canada

Demain, c’est le jour tant attendu : Miss Swing rentre à l’école. C’est réellement un nouveau chapitre dans notre livre familial. Plus que n’importe quel anniversaire, plus que certains acquis essentiels, cette étape-ci, franche et datable, marque un tournant. En dehors de sa conscience propre d’enfant qui grandit, je me sens moi aussi une mère qui grandit. Je deviendrai demain une mère d’écolière. Mon emprise se relâche, et ma confiance devra s’agrandir pour laisser mon oisillon voler au sein de ces groupes plus larges, dans ces lieux inconnus, au milieu de ces visages nouveaux. Mais qu’est-ce que ça fait, concrètement, de rentrer à l’école au Canada?

Au Québec, on entre à l’école à 5 ans

Tous ceux qui s’interrogeaient déjà sur un retard seront rassurés : ici on entre à l’école à 5 ans, sauf exception d’une pré-maternelle à 4 ans. Ma B., pleine de ses 5 ans et demi, est donc parfaitement dans les clous. Avec elle, il y aura des enfants nés du 1er octobre 2012 au 30 septembre 2013. Des presque 6 ans, et des tout juste 5 ans. Est-ce mieux de couper en octobre ou moins bien qu’ailleurs? Difficile à juger, mais comme le dit la réponse généralement formulée, «il fallait bien couper quelque part».

En pratique, cela signifie aussi que l’enfant n’est pas dans le même état d’esprit, la même maturité, que s’il commençait l’école à trois ans. Il comprend parfaitement ce que l’idée d’école signifie, il a notion des enjeux, il a saisi que l’an prochain serait celui de la grande école et des apprentissages de la lecture et du calcul. Il comprend plus, appréhende plus parfois aussi. Mais il est aussi très impatient. Pour un parent, les laisser s’envoler à 5 ans est rassurant. Et je peux comparer facilement : mes filles ont 5 et 3 ans, ce qui signifie qu’en France, Tempête pourrait entrer à l’école cette année. Serait-elle prête? Oui, pourquoi pas? Est-ce que je la vois mieux rester deux années de plus à la garderie, les cheveux au vent sur son tricycle, s’épanouissant au milieu de son petit groupe, dans son petit local? Absolument.

Je n’ai pas tout compris à la liste de fournitures

Je crois que l’incompréhension face aux listes de fournitures est universelle, mais lorsque s’y ajoutent des termes différents parce que propres au pays ou à la région où l’on a immigré, les choses se corsent! Je sais maintenant ce qu’est un duo-tang et j’ai déduit facilement que la boite de douze marqueurs était une boite de feutres et non de surligneurs. Mes quelques années déjà passées ici m’avaient préparée au cartable (qui est un classeur) et à l’efface (qui est une gomme). Bon, il y a deux-trois affaires pour lesquelles j’ai rendu les armes, appelant au secours amies et vendeur bien intentionné.

Le midi, c’est boîte à lunch

Dans nos écoles, point de cantine. Le midi, les enfants apportent généralement leur contenant type Tupperware®, ou des versions plus élaborées de boites compartimentées. Dans notre école, il n’y a pas non plus de micro-ondes (personnellement je préfère, qui sait ce que les gamins seraient susceptibles d’y mettre?). Petits sandwichs, quiches, légumes variés, muffins salés, œufs durs et bâtonnets de fromage seront donc au programme. Pour les plats chauds, nous avons investi dans un contenant Thermos. De notre côté, tout a été prévu pour limiter les déchets. Pour l’environnement, bien entendu, mais aussi pour éviter que partent à la poubelle des contenants qui n’y étaient pas destinés. Rien à jeter, rien à perdre donc.

Comme la plupart des écoles – je pense – un service de traiteur est possible. Ma fille pouvant être très picky, je ne suis pas certaine de l’employer de sitôt!

Il y a un service d’autobus scolaire

Les autobus scolaires, les fameux bus jaunes des films, on les trouve ici aussi. Il est possible de les prendre dès la maternelle. En pratique, en dessous d’une certaine distance, l’enfant n’y a pas droit car il est réputé pouvoir marcher jusqu’à l’école. C’est notre cas. En pratique également, l’autobus vient chercher les enfants proches de l’heure de début de l’école, et les ramène drette après la fin des classes. Comme nous partons trop tôt et revenons trop tard pour attendre avec notre fille l’arrivée de l’autobus et pour l’accueillir à son retour, ça n’aurait pas été non plus envisageable. De notre côté, elle ira donc à la garde le matin et le soir.

Les jours sont courts et les vacances peu nombreuses

En maternelle, B. sera en classe de 8h15 à 14h32 (précisément) avec un peu plus d’une heure pour manger. À compter de la primaire, elle finira une heure plus tard. Les horaires sont les mêmes chaque jour de la semaine d’école. Elle aura des vacances à Noël et une semaine fin février ou début mars. En complément, des journées qualifiées de pédagogiques sont prévues chaque mois. L’enfant peut être en congé ou venir à la garde de l’école et profiter de l’activité organisée ce jour-là (parfois il s’agit d’une sortie). Pour les professeurs, les journées pédagogiques sont des journées de formation. Il existe bien sûr des congés pour jours fériés mais également 3 journées de congé pour force majeure. À ma connaissance, ils visent à couvrir la possibilité d’école fermée en raison d’une tempête de neige ou de verglas, par exemple.

Mes filles iront à l’école publique francophone

Notre ville compte 3 écoles maternelles et primaires publiques francophones. Dès lors que nous avons choisi de les envoyer à l’école publique, nous avions l’obligation – n’y voyez aucune critique – en tant qu’immigrants issus d’un pays francophone et ayant fait leurs études en français, d’envoyer nos enfants à l’école francophone. (Je crois que la loi est différente pour les personnes sous visa de travail temporaire). Des amis ont inscrit leur enfant à l’école anglophone, après avoir prouvé que l’un des parents au moins avait étudié en anglais. Il existe également des écoles spécialisées, qui peuvent être publiques (alternatives) ou privées (arts-études, Montessori, écoles internationales…). Et des écoles privées, dont les coûts diffèrent et qui ne sont pas liées à une confession (elles peuvent l’être mais ce n’est pas la majorité, je le précise ici car en France on voit souvent les écoles privées comme confessionnelles, bien qu’à ma connaissance ce ne soit pas nécessairement le cas.Toute précision sera bienvenue ici).

Tout ça, ce sont les grandes lignes. En pratique, l’école est certainement bien différente. Elle est connue pour être notamment plus à l’écoute des individualités et pour encourager les enfants dans leurs réussites plutôt que de pointer du doigt leurs faiblesses. On a bien hâte, en tout cas, d’en faire la découverte. Première réunion des parents ce soir, rentrée demain, à nous l’école!

Bonne rentrée à tous!

-Lexie Swing-

PS Sentez-vous libres de corriger les affirmations ci-dessus, c’est ma première fois à l’école québécoise, je ne suis pas l’abri d’une erreur!

Une main toute entière {Immigration}

Dans quelques jours, j’entrerai dans la cour des grands. Je serai un 5 ans et +, comme dirait ma fille. J’aurai, à mon actif, 5 ans d’immigration. 5 ans, une main toute entière. À mon échelle, c’est une poignée d’années. À celle de mon aînée, une existence entière.

Nous avons basculé, inexorablement, vers l’inertie du quotidien, l’habitude. Je ne questionne plus – pour autant que je l’ai jamais fait – je parcours, je vis, j’oscille dans cette continuité apaisée. Nous y avons nos repères, géographiques et sentimentaux. Nous avons vécu des premières fois, des deuxièmes, des dizaines et centaines. Nous avons déménagé à l’intérieur de ce même pays, de cette même province. Nous sommes passés de la ville à la banlieue, de un à deux enfants, d’un appartement à une maison avec jardin, d’un job à l’autre.

Et c’est peut-être ça qui marque un changement. Grandir à l’intérieur de son immigration, s’y installer, y faire son nid. Accepter une nouvelle réalité, et la transformer à son image. La faire sienne.

Nous aurions, probablement, fait tout cela. Nous aurions eu deux enfants, nous aurions acheté une maison, nous aurions évolué professionnellement, nous serions partis en vacances. Mais nous l’avons fait dans une autre dimension et à un autre niveau. Au sein de traditions et de paysages différents.

Nous avons construit le nid et sommes partis à l’aventure. Nous sommes désormais sereins. Les aventures elles-mêmes ont pris une autre mesure et s’inscrivent dans des frontières géographiques dont nous n’osions pas rêver. Nous planifions des voyages en Gaspésie, aux Iles-de-la-Madeleine, en Nouvelle-Écosse, en Colombie-Britannique… Nous revenons du Nouveau-Brunswick et avons passé plus d’une fois la frontière avec les États-Unis. Nous avons été à de nombreuses reprises vers l’Ouest, visitant l’Ontario. Et nos souhaits nous amènent à Hawaï (qui se prononce Hawaiii), à Seattle ou San Francisco, en Amérique Latine. Sur ce même continent.

La vie est-elle si différente ici ? Non. Les pas que l’on fait sont les mêmes, seul le chemin est différent. Ici, il est sec en été, lumineux et enneigé en hiver. Il est ruisselant au printemps et se couvre de feuilles écarlates l’automne venu.

L’important, finalement, est d’y être bien. Que l’horizon soit lumineux et la route pas trop sinueuse. Depuis 5 ans, et pour longtemps, je suis ici, et j’y suis bien.

-Lexie Swing-

Pédiatre : notre première visite au Canada

Miss Swing ayant fêté ses 9 mois dimanche dernier, il était temps de faire un coucou au pédiatre pour la visite de routine. Direction le club Tiny Tots, sur Décarie, où nous avons rendez-vous. GPS de l’iPhone en main, nous faisons le tour du quartier avant de nous garer… devant un centre commercial (Tadam!). Oui la clinique est située tout au fond, en haut, après Winners, Homesense et autres boutiques du genre. A mes amis canadiens je précise que trouver une clinique dans un tel endroit est assez dépaysant pour un Français!

Teddy bear doctor./ Photo Christiaan Triebert

Teddy bear doctor./ Photo Christiaan Triebert

On grimpe donc jusqu’au 3e étage, où une porte vitrée nous dévoile un hall propre, un large comptoir et une fresque où deux personnages en blouse blanche sont dessinés. On s’enregistre, on paye (il s’agit d’une clinique privée, on règle donc une cotisation à l’année de 40 dollars, les visites elles-mêmes sont prises en charge par la Ramq) et on patiente. On patiente dix minutes montre en main avant qu’une demoiselle nous ouvre la porte de la salle 2. Elle est l’assistante de la pédiatre et elle va faire le premier check-up. Matricule, taille, poids, elle remplit la fiche de Mlle Swing, pose quelques questions d’usage, la pèse, la mesure, avant de nous demander si on a des questions précises à poser au docteur. Ma parole, à croire qu’elle potasse ses réponses dans la pièce à côté!

Elle nous demande de garder Miss Swing en l’état (c’est-à-dire en couche). Les minutes sont longues (une urgence peut-être, une pause pipi qui a mal tourné, que sais-je…), le gnome tout nu en profite pour jeter son jean par dessus sa tête et lécher ses chaussures. Finalement, la voilà. Une jeune doctoresse, le sourire aux lèvres, commence par répondre aux quelques questions que l’on a soumises à son assistante avant d’ausculter le bébé. Hurlements de rigueur, l’auscultation est le talon d’Achille de Miss Swing, traumatisée par les médecins depuis un vaccin un peu trop rude au 2e mois.

On nous a prévenu : au Canada les visites, c’est deux minutes chrono! Alors on se tient prêt à dégager le plancher, notre fillette en couches sous le bras. Mais la pédiatre prend son temps, vérifie les réflexes de Miss Swing, son maintien assis et debout, ses quenottes. Nous demande comment elle mange, boit, dort, joue, parle. Détaille les aliments qu’elle peut manger, les choses qu’on peut lui apprendre. Vérifie ses vaccins français et précise ceux qu’il nous faudra faire pour rattraper le calendrier vaccinal canadien. Et puis, la traditionnelle interrogation de fin de visite tombe, celle durant laquelle notre pédiatre précédente avait déjà rangé le carnet de santé et annoncé le montant de son chèque : « Vous avez des questions? » Elle est là, elle attend, elle sourit à la petite qui fait la moue (elle lui a regardé les yeux et les oreilles, elle est un poil rancunière). On est pris de court, habitués à ne rien demander. Alors elle finit par nous laisser, nous donnant rendez-vous dans trois mois.

D’ici là, on aura rendu visite au CLSC, pour bénéficier de la gratuité des vaccins de Miss Swing. On vous racontera…

-Lexie Swing-