Une belle âme

Old man./ Photo bkang83

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Ce matin, des copines débattaient. Les bébés voient-ils les esprits? Je suivais la conversation de loin. Force est de constater que, si je pense croire qu’il existe quelques esprits quelque part, le sujet ne me préoccupe guère. Tout au plus ai-je déclaré à haute voix un jour où j’entendais des bruits suspects « si c’est toi papi j’en suis très heureuse mais s’il te plaît reste bien caché ». Lol. Le courage n’est pas ma première vertu.
Quelqu’un, quelqu’une plutôt, a dit alors que, comme sa gamine souriait, ce devait être des êtres bienveillants. J’ai repensé à Papi. Il y a une dizaine d’années, quand je lisais un texte sirupeux hommage à un grand-parent décédé, j’avais des haut-le-cœur, rapport à ma grande sensibilité. Je comprenais qu’on puisse s’épancher ainsi sur la disparition d’un père ou d’une mère, alors parti trop tôt puisque nous avions 20 ans, mais un grand-parent, la douleur me paraissait suspecte. Dans mon esprit, c’était l’ordre des choses, et les gens en faisaient bien trop de cas. Et puis un jour de mars j’ai perdu Papi. Vu l’appellation, vous vous doutez qu’il ne s’agissait pas de mon labrador mais bien de mon grand père maternel. Qui aurait adoré se réincarner en labrador d’ailleurs.
A son enterrement, je souriais, persuadée qu’il aurait ironisé devant tout cet épanchement servi juste pour lui. Même si au fond il en aurait été ému. Papi était de ceux que l’on appelle une belle âme. Mes premiers souvenirs de lui remontent à des trajets en voiture où, collé aux fesses de la voiture de devant, il montrait un poing vengeur tout en injuriant le conducteur. Il avait les dents serrés et se frottait nerveusement l’arrière de la tête. Dans mes souvenirs suivants, j’ai dix ans et cet homme que je pensais bourru me sourit et m’appelle « ma chérie ». Aucun ma chérie n’a plus compté dans ma vie que celui-ci. Ce fut le début d’une valse que je danse désormais seule. Une valse à trois temps qu’il m’enseignait, entre la table de l’entrée et le radiateur, dans le hall de son appartement.
Il était énervée, facilement agacé, et je pense bagarreur. Il était entêté. Jeune, il avait la main leste et la gifle facile. En vieillissant, il est devenu celui qu’il était intimement. Une belle âme. Un homme sensé, ouvert, qui souffrait sans broncher, et aimait sans compter, à commencer par ma grand-mère dont il a servi le petit déjeuner durant toute leur vie. Et les autres repas aussi. Un homme dont la nervosité se devinait encore dans sa main qui grattait frénétiquement l’oreille de ses chiens mais qui avait remisé ses velléités au placard. Il était de ceux qui ont donné à l’expression « mais le silence est d’or » ses lettres de noblesse, s’agitant, les sourcils froncés mais le sourire aux lèvres derrière ses fourneaux pour nourrir les estomacs familiaux, qu’il voulait plein puisque c’était un gage de bonheur.
J’espère qu’il est parti apaisé, en se rendant compte que malgré ses échecs, il avait accompli de grandes choses. Il m’a montré ce que l’être humain a de meilleur : l’humilité et le recul sur sa propre vie. Je pense à lui ajourd’hui, devinant son sang bouillonnant dans les veines de ma petite mandarine, aussi nerveuse, aussi têtue, et aussi stoïque par moment. Capable de s’agripper avec l’énergie du désespoir, puis de relâcher toute pression minuit venu, pour se pelotonner dans les bras du sommeil.
Si j’ai la foi, ce serait en lui. Si je crois aux esprits, c’est le sien que je veux sentir par dessus mon épaule. Ce sera forcément un esprit bienveillant. Puisque son âme était belle.

Et vous, qui a changé votre vision de la vie?

-Lexie Swing-

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4 réflexions sur “Une belle âme

  1. Zhu dit :

    Qui… pas facile comme question. Je suis entourée de gens bien. Non, sérieux! Chaque aîné que je connais a sa part de sagesse, un regard sur la vie.

  2. Marie Kléber dit :

    Une de mes amies me disaient la même chose, que les enfants voient les morts, qu’ils peuvent entrer en contact avec eux. Fort possible.
    La personne qui a changé ma vie est partie trop tôt. Mon grand-père paternel. C’était « une belle âme », comme le tien, un homme sincère et humain, qui avait la foi et jamais un mot plus haut que l’autre ne sortait de sa bouche.
    Il m’a profondément manqué pendant longtemps. Et puis quelque part je sais qu’il n’est pas loin. Je lui parle parfois.
    Mon autre grand-père j’ai profité pleinement de lui, jusqu’au bout de la maladie qui l’a emporté. Et son départ a été plus facile à gérer. Parce que nous nous étions dit les choses, nous avions eu assez de temps pour nous préparer à vivre l’un sans l’autre.
    Bises Lexie.

  3. Sophie dit :

    On dit que les nouveaux nés sourient aux anges…j’aime croire que c’est vrai. J’ai perdu ma grand mere maternelle 1 mois avant la naissance de mon premier enfant, ça aurait été son premier arriere petit fils…ça a été tres dur surtout que je n’ai pas pu assister aux obseques car j’etais trop loin on m’a dit de ne pas prendre de risque…elle etait ma deuxieme mere. Mon grand pere maternel est decede l’année derniere, lui n’aura pas connu son 2eme arriere petit enfant…et je n’ai pas pu assister aux obseques non plus, la distance etant plus grande encore puisque nous sommes venus ici entre temps. Dans un coin de ma tete je me dit que mon grand pere a pu faire un compte rendu à ma grand mere sur le petit fils qu’elle n’aura pas connu et j’espere qu’ils sont fiers de nous et qu’il veille sur nous de la haut ❤️

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