Ton petit titre (ou le Miroir aux alouettes)

imageDans ma vie d’avant, l’année dernière quoi, j’étais journaliste. C’est chouette journaliste. Les tapis rouges, les gens célèbres – Brad Pitt at least, Bruno Solo à tout le moins – les invitations, les déjeuners de presse aux petits oignons, les articles inspirés, les scoops et les récompenses.

Vous vous en doutez, je crois, ou j’espère, ce n’est pas la réalité. C’est la réalité de certains, une poignée, et seulement une part de la réalité. La mienne, c’était : beaucoup de remplissage, des brèves pas folichonnes, des articles sur le loto de Saint-Jean-les-Alouettes, quelques stars inabordables parce qu’accaparées aussitôt par les vieux briscards de la rédaction, des politiques machos, des horaires à rallonge et beaucoup de faits divers pas ragoûtants. Il y avait du bon aussi, des articles où j’ai pu laisser aller ma plume sans qu’on me censure. Mais la raison en était moins l’appréciation de mon bon travail que le fait que l’article n’allait être vu que par une poignée de personnes qui, après avoir lu seulement le titre et la légende, allaient s’en servir comme support pour ramasser les épluchures des patates le dimanche suivant.
J’avais le titre. Journaliste. J’ai même été rédactrice en chef. For real. J’étais pas mal la seule rédactrice en fait, mais ça le titre ne le dit pas.

Car justement, le titre, ça ne dit pas grand chose. Ca ne dit pas que tu te tournes les pouces depuis deux heures faute de travail à accomplir. Ça ne dit pas non plus que tu abats plus de travail à toi seule que les trois bonhommes pour lesquels tu œuvres. Ça ne dit pas que tu écris des discours que d’autres lisent à voix haute. Ça ne dit pas que tu prêtes ta plume à quelque célébrité qui signera l’ouvrage de son seul nom. Ça dit rarement les responsabilités que tu prends et le travail dont tu as la charge. Ça révèle encore plus rarement la vacuité de ton poste, le grand titre pour des prunes, le titre qu’on t’a donné pour te contenter, pour enjoliver l’organigramme et rallonger ta carte de visite…

J’ai découvert le métier d’adjointe en travaillant sur un média qui leur était consacré et je n’ai jamais été autant surprise des tâches qu’elles abattaient, des connaissances qu’elles avaient, de leur méticulosité et de leur professionnalisme, le tout pesant finalement peu face au maigre salaire. Ceux qui les connaissent savent qu’ils ou elles ont réponses à (presque) tout, maîtrisent certains dossiers aussi bien que leurs auteurs, pour les avoir rédigé, amendé et relu mille fois, à défaut de les avoir signé. Ils savent qu’elles sont les gardiens du temps et qu’elles ont toutes les clés. Le tout pour un maigre titre : « adjointe », voire « adjointe exécutive ou de direction » pour les plus cotées. Le bon patron les désignera en disant « ma collaboratrice » quand le mauvais dira, d’un air gourmand et propriétaire, « ma secrétaire ». Mais aucun ne révélera finalement l’étendue de leurs connaissances…

On dit souvent qu’il n’y a pas de sous métier, il y en a d’autant moins qu’on ne sait jamais ce qu’un poste renferme et ce qu’un titre honore.

Laissons leur chance à tous.

-Lexie Swing-

PS j’ai vraiment interviewé Bruno S. ;)

Crédit photo : Tom Hussey

7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. c’est toujours interessant de voir l’arriere de la medaille :) A une epoque je voulais etre journaliste, mais je me suis vite rendue compte que les chances de couvrir l’actualite internationale seraient moindres….
    J’aime bien Bruno S, j’espere qu’il est sympa en vrai ;)

    1. lexieswing dit :

      Well… Pas pire :)

  2. Un instant je me suis dis waw! Elle était vraiment « ce genre » de journaliste?! Le miroir aux alouettes… c’est complètement ça! Moi aussi c’était ma vie d’avant… mais j’ai tenu le coup moins longtemps que toi ;) Malgré les quelques ITW très sympathiques qu’il m’a été donné de faire! ;) Bisous

    1. lexieswing dit :

      Heeey non. Peut que les journalistes de la presse nationale culture sont dans ce cas ?

      Étais tu en presse quotidienne ou spécialisée?

      1. lexieswing dit :

        On se comprend alors

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