Quand l’anglais bloque…

Au Québec, à Montréal du moins, tout le monde parle peu ou prou anglais. Au moins un peu. Contrairement à la France, il est rare de commencer une phrase par «Hey, can I ask you…» et de se retrouver face à une personne montrant une incompréhension totale. Suivant le niveau de la conversation, il est possible que l’on vous réponde en français, mais la compréhension orale est bonne. Le quotidien, les publicités, la radio, la télévision et le reste ont largement contribué à cet état de fait.

Alors quand on arrive au Québec, on réalise vite qu’il va falloir maîtriser aussi l’anglais, au moins un petit peu. Lorsque l’on travaille dans les services, ou en contact avec la clientèle, il est (selon moi) indispensable d’être capable d’interagir dans les deux langues, dans le cadre d’une conversation basique au moins. Et surtout, surtout, d’être capable de comprendre son interlocuteur.

Travaillant pour un média francophone, j’ai passé les trois premières années dans un confortable déni de mon piètre niveau. Je m’y suis trouvée confrontée, à de rares moments, lors d’entrevues avec des anglophones, mais la honte du moment était vite oubliée.

Peu à peu, parce que l’on reprenait et synthétisait des articles de médias anglophones, ma compréhension s’est améliorée. Reste que je me retrouvais incapable d’aligner deux mots.

J’ai pourtant passé quelques mois en Irlande, mois dont je suis revenue avec un anglais courant, à défaut d’être fluent. Mais face à la concurrence environnante, et cette aisance à changer de langue au fil d’une même conversation, ma capacité à m’exprimer en anglais s’est comme atrophiée. Je me suis mise à bafouiller, à dire des do quand il fallait dire does, et des is quand j’aurais dû dire was. Mon accent, qui de façon surprenante était relativement correct pour une Française; mon accent est devenu indéchiffrable, incompréhensible. Un yaourt semblait habiter ma bouche. Une patate brûlante.

J’ai changé de travail et j’ai commencé à devoir échanger avec des Anglophones. À l’écrit, à l’oral. Au fil des réunions, ma compréhension devenait quasiment parfaite. Mais lorsqu’il s’agissait de s’exprimer, m’agrippant au principe de la province francophone, je me rabattais sur le français. Toujours. Si je devais écrire un courriel en anglais, je vérifiais la moitié des mots sur Linguee et ne mettait personne en CC.

Et puis un beau jour on m’a proposé des cours d’anglais. Pas parce que mon niveau était atroce mais parce que cela se faisait, dans mon entreprise. Je me suis donc retrouvée face à elle, ma prof. Une Anglophone de Montréal au rire sans fin et au verbe pointu. Une fille passionnante, avec qui j’ai commencé à échanger sur toutes sortes de sujets, faisant fi de cette langue que je ne maîtrisais plus.

Quand elle m’a demandé «Que souhaites-tu retirer de ce cours, pour quelle raison es-tu là?», j’ai mentionné mon envie de dépasser mes peurs. Peu importait que je fasse des fautes, je voulais être capable de parler, juste ça, parler.

Trois heures par semaine ont eu raison de mes appréhensions. Tout à coup le barrage a lâché. Tout à coup ma parole s’est libérée. J’ai cessé de tout regarder sur Linguee. Je me suis fait confiance, puisqu’elle semblait me comprendre.

Trois semaines après mes débuts, mon accent était revenu, normal, habituel. Pas parfait mais compréhensible. Et pour la première fois, cette semaine, j’ai mis une collègue en CC. Sans relire dix fois. Juste comme ça. Parce que maintenant je sais, je suis capable, et demain sûrement je saurais encore mieux.

Ce que je fais pour améliorer mon anglais au quotidien:

  • Je lis de la chick-lit. Je sens que là je vous fais rêver… Je suis incapable de lire Bridget Jones et autres comédies romantiques du genre, sauf en anglais! En anglais je n’ai pas conscience du style, ni de l’incohérence de l’histoire. Les histoires sont gentillettes. Parfaites pour lire sans se prendre la tête en butant sur les mots. S’il y en a un que je ne saisis pas, ce n’est pas grave, ça ne devrait pas me faire perdre le fil de l’histoire… Dans le même genre, une amie m’a confiée avoir lu Fifty Shades of Grey dans la langue de Shakespeare. Et puis c’est facile, martinet se dit martinet, en anglais.
  • Je parcours des articles. Je lis Courrier International depuis des années… La distance fait que, désormais, je le lis en priorité sur Internet. Alors quand la version originale est anglophone, je n’hésite plus, je me plonge dans l’article en VO. Et si à la fin j’ai un doute de compréhension, je peux toujours relire la traduction de Courrier International, histoire de…
  • Netfliiiix. A notre arrivée au Canada, nous avons dédaigné la télévision pour investir dans ce qui n’existait alors pas en France : Netflix. Si j’imagine que dans l’Hexagone les films et séries proposés sont traduits en français, il n’en est pas de même ici. Certains sous-titres sont parfois disponibles, mais pas partout, et pas tout le temps. Et puis on s’habitue vite à la vraie voix de Chandler ou de Monica (vous vous rappelez lorsque le doublage changeait soudainement au milieu d’une saison? Affreux!). Désormais, on ne cherche plus. On écoute les films en anglais, sous-titrés en anglais au besoin. Et on imaginerait plus les regarder autrement!
  • J’écoute des podcasts! C’est assez récent, ça a commencé lorsque J. a abordé le sujet de ses podcasts préférés sur son blogue. J’ai notamment commencé à écouter « Terrible, thanks for asking« . Nira McInerny a une histoire difficile mais une voix incroyable. J’adore l’entendre. Plus récemment, je me suis lancée dans « Stuff Mum Never Told You« , un podcast animé par deux Américaines et qui traite de sujets sur les femmes / le féminisme. Je les écoute pendant ma pause lunch au boulot ou dans le train. Je sais que J. écoute plutôt lorsqu’elle marche dans la rue. Chacun ses habitudes, l’important est d’habituer son oreille et d’entrainer sa compréhension orale!

Et vous, parlez-vous bien anglais? Au boulot? Dans la vie de tous les jours? Comment faites-vous pour vous entraîner?

-Lexie Swing-

 

7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Paddy dit :

    Des idées excellentes .. y a plus qu’à et là il faut se faire un peu violence pour se lancer

    1. lexieswing dit :

      Quand passes tu ton examen ?

  2. Contente que tu aimes TTFA! Je vais d’ailleurs écrire un nouvel article sur les podcasts de l’automne…

    Je ne parlais pas du tout anglais quand je suis arrivée. Ben oui, j’ai fait chinois en LV1 et en LV2 (cherche pas, c’était une classe pilote…). Bon, je connaissais les bases, j’ai quand même passé une partie de mon adolescence à essayer de comprendre Kurt Cobain.

    Ça a été assez dur au début. Avec le recul, j’aurais dû prendre des cours… quelle nouille! Mais je me suis débrouillée comme toi, avec de la chick lit (connais-tu Marian Keyes? C’est super dans le genre, j’avais commencé avec ça en anglais!), les rediffs des Simpsons et de Friends et puis la pratique. Ça a commencé à venir très vite quand j’ai eu mon premier job bilingue dans un centre d’appel, puis après quand j’ai enseigné le français.

    Ceci dit, maîtriser une langue prend du temps. Je me souviens, j’avais demandé à Feng combien de temps ça lui avait pris, à l’époque, quand je l’ai connu. « Oh… cinq ou six ans » il m’a répondu. J’étais effarée, genre « ah oui, quand même… » Avec le recul, il avait raison. Survivre en anglais, ça va vite. Maîtriser la langue, ça prend des années. Ça me fait toujours marrer les gens qui partent deux semaines dans un pays anglo et en « reviennent bilingues »…!

    Oh, by the way, you could have added reading blogs in English to your list ;-)

    1. lexieswing dit :

      C’est drôle ton commentaire, pour deux raisons : je me suis dit que j’aurais dû ajouter « lire des blogues en anglais » (et je vais probablement le faire) et effectivement je lis principalement … Marian Keyes lol! Parce que ses histoires se passent souvent à Dublin :)

  3. J’adore parler angais mais ça ne m’arrive presque jamais puisque je vis en France, donc j’ai tendance à bafouiller et faire des fautes énormes.
    Je regarde toujours les films ou les séries en VO, depuis très longtemps, bien avant l’arrivée de Netflix donc j’ai une très bonne compréhension.
    Je rêve de faire un long séjour en immersion dans un pays anglophone mais il y 0 chance pour que ça m’arrive actuellement !

  4. Je pense que j’ai exactement le même souci que toi. Je comprends l’anglais mais j’ai du mal à bien m’exprimer. Je ne peux en revanche pas regarder une série américaine ou un film en français sachant qu’ils sont anglophones ! J’adore écouter cette langue. Pour m’améliorer je me suis abonnée au magasine English now. C’est super sympa et on apprend beaucoup de vocabulaire. Le prochain numéro est sur la vie au Canada ;) Belle journée !

    1. lexieswing dit :

      Je crois que la dernière étape quand on veut améliorer son niveau, c’est de se donner une chance de parler. Cours de conversation peut être ?

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