Trois questions à poser à ses enfants

Souper à trois. Les filles sur les côtés et moi au milieu. C’est notre organisation, nos habitudes en trio lorsque Papa découche.

La dynamique est différente, plus enfant-centrée. Plus besoin d’écouter les conversations d’adultes, les échanges professionnels, les ritournelles parentales. Les questions sont à sens unique et les mots enfantins.

De ces soupers nous créons des confidences, nous inventons des compromis. Nous troquons le poivron contre trois petits pois. Nous promettons la crème glacée et peut-être le dessin animé, même si en semaine, vous savez bien, normalement on n’a pas le droit.

Mais on dira que c’est spécial, que c’est différent, que c’est un peu congé, finalement.

Je prends à cœur de leur poser des questions, de rebondir sur les menus détails. Je passe en revue dans ma tête les interrogations pertinentes. Celles qui ne se répondent pas par oui ou par non et qui m’en apprendront un peu plus que le sempiternel «Est-ce que vous avez passé une bonne journée?».

De notre dernier souper en trio, je garde en mémoire trois questions, et leurs surprenantes réponses. La toute première que j’ai voulu poser était avant tout une vérification.

«En dehors de (insérer ici le nom du meilleur ami / de la meilleure amie), avec quel(le) ami(e) aimes-tu passer du temps, et pourquoi?»

J’aime cette question, qui me permet de savoir qui sont leurs ami(e)s, en dehors de celles et ceux dont j’entends toujours le nom. Ce sont les amis plus discrets, ceux sur qui on peut compter et qui sauront rassurer notre enfant si d’aventure il devait se retrouver dans une classe différente. Je la rends parfois plus spécifique, précisant : «Avec quel ami qui n’est pas dans ta classe aimes-tu particulièrement jouer?». J’ai ainsi découvert que mon aînée passait ses heures au service de garde en compagnie d’enfants plus grands, qu’elle avait connus dans une précédente garderie. Ma toute petite, quant à elle, s’est avérée jouer avec l’enfant de nos amis, qu’elle connaît de longue date mais mentionne rarement puisqu’il est dans un autre groupe. Curieuse d’en savoir plus, j’ai par la suite interrogé les éducatrices qui m’ont confirmé que «ces deux-là passent beaucoup de temps ensemble» (et apparemment, surtout pour faire des bêtises :)).

J’apprécie aussi le pendant de cette question, celle qui interroge : «Quel enfant n’apprécies-tu pas du tout, avec qui tu n’aimes pas être lorsqu’il s’agit de jouer ou travailler en groupe?» C’est une question somme toute anodine, dont la réponse l’est généralement tout autant : «Je l’aime pas parce qu’il fait tout le temps des grimaces», «Il m’énerve car il veut jamais aider»; mais qui peut se révéler riche en enseignements : «Je l’aime pas parce qu’il porte des barrettes et un garçon ça porte pas de barrettes», «sa peau a une couleur bizarre». L’occasion de noter les petits réajustements nécessaires à faire en termes d’ouverture aux autres et de tolérance. Cette question, enfin, peut-être l’occasion d’apprendre que votre enfant n’a pas forcément une scolarité sereine, avec une réponse comme : «Je l’aime pas parce qu’il me pique toujours mon goûter/ parce qu’elle m’a enfermée dans une toilette/ parce qu’il me dit des vilains mots/ parce qu’elle me touche toujours alors que je lui dis que je n’aime pas ça…» Un bon point de départ pour une résolution de problèmes.

Finis les menus détails, j’avais envie de rêver un peu. Attaquant le fromage, j’ai demandé : «Ça serait quoi votre parfaite journée? On ferait quoi? On irait où?». Sans surprise, ma cadette voulait aller au cinéma (les écrans et le pop-corn, c’est la vie). Mon aînée, elle, avait une idée précise : elle voulait partir au Nouveau-Brunswick, comme lors de nos précédentes vacances. Alors que je cherchais à savoir si elle aimerait essayer d’autres endroits, elle a répondu : «N’importe où, avec une plage j’aimerais. On se dirait qu’on prend la voiture et on s’en va où on veut». Cet esprit d’aventures me fascine et me donne envie de les emmener sur un coup de tête au bout du monde. Nul doute que je le ferai un jour. Peut-être pas au bout du monde, mais au bout du Maine, certainement.

J’avais prévu des glaces pour le dessert. Parce que souper spécial, souvenez-vous. Je les avais voulues incroyables, «cochonnes» comme on dit ici au Québec, stupéfiantes pour les yeux. J’ai donc surmonté ma glace Coaticook au caramel fudge de morceaux de chocolat, de mini-guimauves et de Dulce de leche. La vie est courte les amis, il faut en profiter.

La première bouchée de ce décadent dessert m’a soufflée ma meilleure idée. «Une dernière question», j’ai annoncé. Et devant mon public très attentif (et surtout occupé à gober des mini-guimauves arrosées de caramel), j’ai lancé : «Où vous vous voyez, dans 25 ans?»

Et puis comme mes enfants ont seulement 3 et 6 ans et que «dans 1 an» est déjà un futur lointain, j’ai précisé : «Dans 25 ans, vous aurez l’âge de Maman environ (presque, on va pas chipoter), comment vous vous imaginez? Que ferez-vous comme métier? Vivrez-vous dans une maison, un appartement, une caravane toujours sur les routes? Est-ce que vous vivrez seule, avec quelqu’un, avec un amoureux, avec une amoureuse, avec des amis? Aurez-vous des enfants? Aurez-vous des animaux?»

J’ai adoré cette question, car je n’avais pas la moindre idée des réponses.

Ma 3 ans (qui répond toujours plus vite que son ombre) : Mon travail ce sera d’aller dans un bureau comme toi et de travailler sur l’ordinateur, ou de faire du soccer. Je vivrais dans une maison à Saint-Bruno (ndla : notre ville) avec (insérer le nom d’un garçon de son groupe), ce sera mon amoureux et on aura des enfants. Et puis j’aurais Loulou avec moi.

Loulou notre chien, ou son arrière-petit-fils, rendu 25 ans plus tard.

Ma 6 ans (qui prend toujours le temps de réfléchir) : Je serai inventeure mécanicienne, et je construirais des voitures et des bateaux. Je vivrais dans un appartement à Montréal avec mon chat, ou peut-être dans la maison là (indiquant d’un geste du bras la maison à côté de la nôtre), pas loin de vous. Je vivrais avec (insérer le nom d’un ami de la classe) et on aura deux bébés, un garçon et une fille. Mais c’est pas moi qui vais porter les bébés, ce sera mon amie (insérer ici le nom de sa meilleure amie).

On est sur une constante ici, ma grande ayant mentionné depuis des années son refus d’être un jour enceinte. L’indication d’un garçon comme amoureux est nouvelle, ma fille ayant par le passé toujours dit vouloir vivre avec une fille. Convention sociale ou évolution naturelle de l’identité? Je l’ignore encore, mais j’ai bien hâte de reposer cette question dans quelques mois.

Et vous, quelles sont les questions qui ont produit les réponses les plus intéressantes?

-Lexie Swing-

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15 réflexions sur « Trois questions à poser à ses enfants »

  1. Des enfants très intéressants – leur maman aussi – Bises

    1. Leur maman aimerait bien faire écrivain elle quand elle sera grande ;p

      1. J’espère que tu pourras réaliser ce rêve car j’ai beaucoup de plaisir à te lire.

  2. Des questions originales qui permettent d’en savoir plus sur ses enfants. Mention spéciale pour ta fille de 3 ans qui a deux visions diamétralement opposées de sa future carrière : j’a-do-re !
    J’aime beaucoup cette idée et en plus, ça permet d’animer de jolis temps de partage et de créer des souvenirs … <3

    1. Oui :) et ça permet je trouve d’en apprendre plus sur leur personnalité et ce qui les anime

  3. Elles sont géniales ces questions! et les réponses magiques! Je lui demande souvent au moment du coucher (bon c’est un peu risqué niveau timing!) ou pendant le trajet voiture retour à la maison « qu’est ce qui t’as fait plaisir aujourd’hui? » et « qu’est ce que tu as moins aimé ». C’est en général assez surprenant et du coup c’est chouette d’avoir un avis non orienté. plutôt que « c’était génial le poney non? ». Le dit jour où on a été au poney par exemple, ce qu’il a préféré de la journée c’est « quand tu m’as acheté une bouteille d’eau » (pauvre enfant traumatisé par les gourdes chaudes de sa mère!). J’ai hâte de tester tes questions et de voir l’évolution des réponses avec le temps. « quand je serai grand je serai un parent, et toi une mamie » #CQFD

    1. Ouiii c’est exactement le genre de réponses qu’on a souvent. D’ailleurs souvent, quand elles ont une journée à l’extérieur, avec l’école ou à la garderie, ce qu’elles préfèrent – si tu leur demandes – c’est les chips du pique-nique 😂

  4. Ah, je suis la reine des questions! Autant je me sens nulle dès que tu publies un post cuisine/écolo, autant là je te suis :lol: Je trouve ça super important de poser des « grandes » questions aux enfants. Ce sont des personnes, quoi, ils ont des idées, des envies et tout!

    Mark répond en général quelques jours plus tard. Je suis habituée, la question fait son chemin, il pèse le pour et le contre, puis il revient avec des réponses qui m’impressionnent souvent. J’aime ce dialogue!

    1. Ça me plaît ! Est ce que tu as des questions qui ont donné des réponses particulièrement intéressantes ?

  5. Ma grande de presque 9 ans dit vouloir retourner au Canada (Montréal) parce qu´on y parle français (on vit maintenant en Autriche) et il y a beaucoup de neige. On verra si elle y retournera ;-)

      1. Oui, à part l´allemand ;-)

  6. Super chouettes ces questions et leurs réponses !

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