Quel genre de famille est-on?

image_3b13e643-317a-4ea1-8a3d-8b235d0c0355.img_2058Toutes les familles ont des spécificités, et pas seulement dans leurs modèles – de plus en plus diversifiés aujourd’hui – mais aussi dans leurs goûts, leur quotidien, leurs façons de vivre. On peut avoir les moyens de se faire dorer la pilule tous les hivers à St-Barth, et préférer les road-trip dans l’ouest américain. On peut avoir de toutes petites économies, et les mettre toutes dans des sorties familiales au cinéma – parce qu’on adore ça. On peut aimer les beaux restaurants, ou préférer les sorties fast-food; ne jurer que par les musées, ou par les balades en pleine nature; faire des jeux de société tous les vendredis, ou se replier chacun dans sa chambre, pour savourer un peu de solitude.

On a tous nos petites habitudes, qui ne sont pas meilleures que celles des voisins. Ce sont de petites traditions, un quotidien qu’on se créé, et qui au-delà du nom peut-être, de l’adresse commune et du compte en banque partagé parfois, font de nous une famille particulière. Si vous avez envie, je vous propose donc de reprendre l’idée à votre compte et de raconter ce qui fait de vous cette famille-ci, celle que vous aimez et que vous avez créée.

Six à la maison

On est une «famille de six» selon mes enfants. Pour deviner pourquoi, on se met en forme avec une petite équation. Si X est le nombre de mes enfants, Y le nombre de mes chiens et Z le nombre de parents dans la maison, et que X=Y=Z, et que X+Y+Z = 6, combien ai-je d’enfants et de chiens? Bref, on est six et dans notre petite maison, ça fait du monde!

Immigrants toujours

Nous sommes une famille d’ailleurs. Ou partie ailleurs, selon l’endroit d’où l’on se place. Et qu’importe les copains, les évolutions de langage, les impôts que l’on paye et le temps qui passe, nous serons toujours une famille immigrée. Ce n’est ni un défaut, ni une qualité, mais une spécificité. Nous n’avons pas forcément les mêmes habitudes, notre nom sonne différemment, nous sommes perdus par rapport à certaines spécificités administratives et les grands noms québécois nous sont encore parfois étrangers. C’est désormais une composante à part entière de notre identité, autant ici au Québec, qu’en France.

Les écrans de la fin de semaine

Je planque ça un peu au milieu, comme ça, pas pour donner du grain à moudre au débat « pour ou contre les écrans en bas de dix ans » mais plutôt parce que ça fait partie des spécificités de toutes les familles. De tout temps il y a eu les amis qui regardaient la télé avant l’école, ceux qui n’y avaient droit qu’au retour, ceux chez qui elle était allumée en continu, telle une toile de fond mouvante, et puis ceux chez qui elle était juste proscrite, quoi qu’il arrive. Chez nous, aujourd’hui, elle est au sous-sol, ce qui limite son utilisation. L’une de nos filles est relativement indifférente aux écrans, la seconde pourrait rester devant des heures durant, et nous en réclamer encore «juste un épisode de plus, promis après j’arrête». Du plaisir à la décadence, il n’y a qu’un pas, nous avons donc décidé de limiter la télévision aux week-ends. Point de console, pas de tablette, mais des livres en abondance, en espérant repousser les écueils de la surconsommation d’écrans.

L’absence de télécommande

Il y a quelques années, le fils d’une amie a brisé la télécommande de l’Apple TV. En attendant d’en racheter une, nous avions téléchargé des applications «Remote» sur nos téléphones. Cet «en attendant» dure depuis plusieurs années. Un coup on se dit que ça rendrait les filles plus autonomes (et nos samedis matins plus tranquilles), un coup on se console en se disant qu’on garde le contrôle de la télévision (cf point précédent). On est en tout cas passé maître dans l’art de changer de dessin animé sans être dans la pièce «Maman, à gauche, en bas, encore en bas, à droite maintenant, à droite j’ai dit, non t’es allée trop loin!, moins vite, reviens…».

Manger «maison», et de la pizza le vendredi

Ce n’est plus un secret pour personne : j’adore cuisiner! Après une première année de couple passée entre les croq’ je ne sais quoi du supermarché et les légumes déjà coupés, mon amoureux et moi avons commencé à cuisiner nos propres plats. C’était une activité agréable, conviviale, et qui servait l’un de nos plaisirs premiers : manger! Après avoir eu des enfants, nous avons graduellement changé nos habitudes de consommation. De l’agriculture raisonnée, nous sommes passées au bio, puis au bio et local-au-maximum. Nous avons délaissé les plats tout faits, qui bios ou pas sont surchargés en sel, sucre et additifs, pour le fait maison, impliquant au passage nos enfants pour qui manger est devenue synonyme de cuisiner d’abord. Je suis aussi devenue végétarienne, emportant partiellement ma famille dans mon sillage, même si tout ceci reste encore au choix de chacun. La semaine dernière, ma fille aînée a ainsi demandé «un sandwich au jambon». Ai-je dit oui? Absolument! Ai-je légérement triomphé intérieurement lorsqu’elle a dit que décidément, ce n’était vraiment pas bon? À peine! Comme toutes les familles, nous avons aussi nos jours, nos habitudes, comme la soupe plusieurs soirs par semaine, la pizza maison du vendredi, les crêpes du samedi et le brunch – quand on peut – le dimanche.

Les amis à domicile

Ce n’est pas encore complètement vrai mais ça le devient. Avoir grandi dans des maisons où les amis étaient les bienvenus nous a rendus heureux. Et voir les amis de mes enfants (ou les enfants de mes amis, ça marche aussi) prendre leurs marques chez nous me rend heureuse à nouveau. J’aime l’idée d’avoir été moi-même tellement intégrée au sein des familles de certains de mes amis que leurs parents sont aujourd’hui des personnes dont je suis restée proche. Par ailleurs, la distance avec la France nous a poussé à créer des liens familiaux avec des amis proches, et si leurs enfants ne sont pas mes neveux et nièces au sens propre du terme, j’aime à penser que l’on invente (nous, immigrés) une réalité différente du schéma traditionnel.

Le double nom

Nous ne sommes pas mariés et quand ne le serons, chacun gardera son nom. Aucun de nous ne souhaitait imposer son nom, alors aucun des deux n’y a renoncé. Nos enfants portent désormais les deux noms et ont ainsi donné à notre famille, officieusement, ce double nom, qui commence d’ailleurs par le mien.

Le plein air

Il fut un temps où je vivais terrée dans ma chambre. J’aimais lire… et puis lire, et puis c’est à peu près tout, et j’engloutissais des romans à la tonne. J’ai d’ailleurs souvent été fascinée par les possesseurs de « piles de livres » qui en faisaient l’énumération sur les réseaux sociaux. Chez moi, point de pile, que des lignes ingurgitées sitôt le livre acheté ou emprunté. Et puis j’ai eu des enfants, les livres sont restés mais le temps s’est amoindri. Mes besoins personnels sont devenus secondaires et j’ai affronté des matinées de week-ends et de vacances en me disant «il faut vraiment que je leur fasse faire quelque chose». Le besoin d’extérieur est né de cette inquiétude là. Désormais, pas un week-end sans sortie, sans projet. Je ne conçois plus de laisser le temps filer entre mes doigts, lovée sur mon canapé. J’ai le sentiment urgent d’avoir besoin de rendre ces journées-là significatives. Je les veux dans les bois, dans la neige ou sous le soleil d’automne. Je les projette à la patinoire, au milieu des jeux d’eaux ou dans la cour des amis. Rien ne me donne autant le sentiment d’une journée accomplie que celle qui a été ponctuée de sorties. La paresse de la vingtaine a laissé place aussi à un besoin fort de faire du sport, besoin dans lequel nous entrainons nos enfants. J’aurais ri si l’on m’avait dit que nous serions un jour de ces familles à participer à des X-kilomètres. Et pourtant… la prochaine course a lieu en juin.

Les road-trips

On a grandi dans des familles avides de découvertes, qui ne passaient jamais deux années de vacances au même endroit. On a reproduit le schéma. Nous sommes ainsi partis deux fois en road-trips depuis la naissance de Tempête et avons beaucoup, vraiment beaucoup de projets de voyages pour la suite. Seulement 18 étés à vraiment profiter – comme disait mon amie Déborah – et avec un peu de chance quelques-uns de plus. Même si pour être honnête, je n’aurais pas assez d’une vie pour leur faire partager tous les endroits que je rêve de leur faire découvrir.

Et vous, qu’est-ce qui fait que votre famille est spéciale?

-Lexie Swing-

Trois questions à poser à ses enfants

Souper à trois. Les filles sur les côtés et moi au milieu. C’est notre organisation, nos habitudes en trio lorsque Papa découche.

La dynamique est différente, plus enfant-centrée. Plus besoin d’écouter les conversations d’adultes, les échanges professionnels, les ritournelles parentales. Les questions sont à sens unique et les mots enfantins.

De ces soupers nous créons des confidences, nous inventons des compromis. Nous troquons le poivron contre trois petits pois. Nous promettons la crème glacée et peut-être le dessin animé, même si en semaine, vous savez bien, normalement on n’a pas le droit.

Mais on dira que c’est spécial, que c’est différent, que c’est un peu congé, finalement.

Je prends à cœur de leur poser des questions, de rebondir sur les menus détails. Je passe en revue dans ma tête les interrogations pertinentes. Celles qui ne se répondent pas par oui ou par non et qui m’en apprendront un peu plus que le sempiternel «Est-ce que vous avez passé une bonne journée?».

De notre dernier souper en trio, je garde en mémoire trois questions, et leurs surprenantes réponses. La toute première que j’ai voulu poser était avant tout une vérification.

«En dehors de (insérer ici le nom du meilleur ami / de la meilleure amie), avec quel(le) ami(e) aimes-tu passer du temps, et pourquoi?»

J’aime cette question, qui me permet de savoir qui sont leurs ami(e)s, en dehors de celles et ceux dont j’entends toujours le nom. Ce sont les amis plus discrets, ceux sur qui on peut compter et qui sauront rassurer notre enfant si d’aventure il devait se retrouver dans une classe différente. Je la rends parfois plus spécifique, précisant : «Avec quel ami qui n’est pas dans ta classe aimes-tu particulièrement jouer?». J’ai ainsi découvert que mon aînée passait ses heures au service de garde en compagnie d’enfants plus grands, qu’elle avait connus dans une précédente garderie. Ma toute petite, quant à elle, s’est avérée jouer avec l’enfant de nos amis, qu’elle connaît de longue date mais mentionne rarement puisqu’il est dans un autre groupe. Curieuse d’en savoir plus, j’ai par la suite interrogé les éducatrices qui m’ont confirmé que «ces deux-là passent beaucoup de temps ensemble» (et apparemment, surtout pour faire des bêtises :)).

J’apprécie aussi le pendant de cette question, celle qui interroge : «Quel enfant n’apprécies-tu pas du tout, avec qui tu n’aimes pas être lorsqu’il s’agit de jouer ou travailler en groupe?» C’est une question somme toute anodine, dont la réponse l’est généralement tout autant : «Je l’aime pas parce qu’il fait tout le temps des grimaces», «Il m’énerve car il veut jamais aider»; mais qui peut se révéler riche en enseignements : «Je l’aime pas parce qu’il porte des barrettes et un garçon ça porte pas de barrettes», «sa peau a une couleur bizarre». L’occasion de noter les petits réajustements nécessaires à faire en termes d’ouverture aux autres et de tolérance. Cette question, enfin, peut-être l’occasion d’apprendre que votre enfant n’a pas forcément une scolarité sereine, avec une réponse comme : «Je l’aime pas parce qu’il me pique toujours mon goûter/ parce qu’elle m’a enfermée dans une toilette/ parce qu’il me dit des vilains mots/ parce qu’elle me touche toujours alors que je lui dis que je n’aime pas ça…» Un bon point de départ pour une résolution de problèmes.

Finis les menus détails, j’avais envie de rêver un peu. Attaquant le fromage, j’ai demandé : «Ça serait quoi votre parfaite journée? On ferait quoi? On irait où?». Sans surprise, ma cadette voulait aller au cinéma (les écrans et le pop-corn, c’est la vie). Mon aînée, elle, avait une idée précise : elle voulait partir au Nouveau-Brunswick, comme lors de nos précédentes vacances. Alors que je cherchais à savoir si elle aimerait essayer d’autres endroits, elle a répondu : «N’importe où, avec une plage j’aimerais. On se dirait qu’on prend la voiture et on s’en va où on veut». Cet esprit d’aventures me fascine et me donne envie de les emmener sur un coup de tête au bout du monde. Nul doute que je le ferai un jour. Peut-être pas au bout du monde, mais au bout du Maine, certainement.

J’avais prévu des glaces pour le dessert. Parce que souper spécial, souvenez-vous. Je les avais voulues incroyables, «cochonnes» comme on dit ici au Québec, stupéfiantes pour les yeux. J’ai donc surmonté ma glace Coaticook au caramel fudge de morceaux de chocolat, de mini-guimauves et de Dulce de leche. La vie est courte les amis, il faut en profiter.

La première bouchée de ce décadent dessert m’a soufflée ma meilleure idée. «Une dernière question», j’ai annoncé. Et devant mon public très attentif (et surtout occupé à gober des mini-guimauves arrosées de caramel), j’ai lancé : «Où vous vous voyez, dans 25 ans?»

Et puis comme mes enfants ont seulement 3 et 6 ans et que «dans 1 an» est déjà un futur lointain, j’ai précisé : «Dans 25 ans, vous aurez l’âge de Maman environ (presque, on va pas chipoter), comment vous vous imaginez? Que ferez-vous comme métier? Vivrez-vous dans une maison, un appartement, une caravane toujours sur les routes? Est-ce que vous vivrez seule, avec quelqu’un, avec un amoureux, avec une amoureuse, avec des amis? Aurez-vous des enfants? Aurez-vous des animaux?»

J’ai adoré cette question, car je n’avais pas la moindre idée des réponses.

Ma 3 ans (qui répond toujours plus vite que son ombre) : Mon travail ce sera d’aller dans un bureau comme toi et de travailler sur l’ordinateur, ou de faire du soccer. Je vivrais dans une maison à Saint-Bruno (ndla : notre ville) avec (insérer le nom d’un garçon de son groupe), ce sera mon amoureux et on aura des enfants. Et puis j’aurais Loulou avec moi.

Loulou notre chien, ou son arrière-petit-fils, rendu 25 ans plus tard.

Ma 6 ans (qui prend toujours le temps de réfléchir) : Je serai inventeure mécanicienne, et je construirais des voitures et des bateaux. Je vivrais dans un appartement à Montréal avec mon chat, ou peut-être dans la maison là (indiquant d’un geste du bras la maison à côté de la nôtre), pas loin de vous. Je vivrais avec (insérer le nom d’un ami de la classe) et on aura deux bébés, un garçon et une fille. Mais c’est pas moi qui vais porter les bébés, ce sera mon amie (insérer ici le nom de sa meilleure amie).

On est sur une constante ici, ma grande ayant mentionné depuis des années son refus d’être un jour enceinte. L’indication d’un garçon comme amoureux est nouvelle, ma fille ayant par le passé toujours dit vouloir vivre avec une fille. Convention sociale ou évolution naturelle de l’identité? Je l’ignore encore, mais j’ai bien hâte de reposer cette question dans quelques mois.

Et vous, quelles sont les questions qui ont produit les réponses les plus intéressantes?

-Lexie Swing-

Les astuces zéro-déchet qui simplifient la vie

Je ne suis pas vraiment partie, mais quand même un peu. Je m’étais perdue entre mes compotes zéro-déchet et mon implication professionnelle. Bien sûr, mon amie la culpabilité maternelle me tenait compagnie, avec sa copine l’amoureuse nostalgique (l’adepte du «c’était bien avant hein? Quand on avait du temps pour nous deux»), et je ne vous parle même pas de l’email-pro addict, celle qui réserve des salles de conférence depuis le resto, à 19h.

En parallèle, je continue mon cheminement vers le «moins tu as de déchets, mieux tu te portes». Mon chum fait un peu la sourde oreille (ça doit être depuis que je rationne les coton-tiges jetables), et pourtant il n’y a pas que des efforts incommensurables, en bout de ligne. Il y a aussi des aspects positifs, outre le salut de ton âme, s’entend.

Les poubelles

C’est mon aspect préféré. Une fois vides, mes bocaux repartent dans leur placard, parfois après un détour par le lave-vaisselle. Il n’y a pas de cartons de coquillettes à recycler, pas de plastique souillé dont je ne sais que faire, pas même de pot de yaourts géants que j’empile une fois rincés dans l’espoir de leur offrir un jour une vie meilleure. Ma poubelle de recyclage est assez petite, comparativement à la place prise par trois boites de céréales empilées par-dessus deux cartons de mouchoirs en papier. Les allers-retours quotidiens ne sont (presque) plus un cauchemar. Maintenant, ce sont les 10 dessins quotidiennement ramenés du service de garde de l’école qui la remplissent. On ne peut pas gagner partout!

Les mouchoirs

À la fin de l’été, j’ai lancé un grand appel familial, invoquant partage, trousseau, dot et héritage au besoin, pour récupérer les mouchoirs de nos aïeuls. Exit les mouchoirs en papier – sauf pour le nez fin de vous-avez-compris-qui – un lot conséquent (quoique jamais suffisant, rapport à l’hiver qui a fait son entrée en grandes pompes la semaine dernière, neige et rhume inclus) a donc rejoint nos tiroirs. Plus de petites choses tristement fripées sur le sol des chambres, fini les bouloches sur les vêtements après un malheureux oublié dans une poche de pantalon avant lavage : une fois utilisés, les mouchoirs en tissu familiaux rejoignent la panière de linge sale. J’en glisse dans les poches des manteaux (plus facile de se frotter le nez – on est tous d’accord pour dire qu’en bas de 6 ans, les enfants ne se mouchent pas vraiment, en tout cas pas sans son parent qui s’époumone à ses côtés «mais souuuuffle bon sang, Mamie ne t’a pas entendu de l’autre côté de l’Atlantique»), j’en laisse dans les tiroirs et sous les oreillers, j’en utilise même pour emballer une madeleine ou un morceau de pain.

Les boites à lunch

Ici, au Québec, ma fille amène chaque jour son lunch à l’école. Pâtes ou soupe dans un Thermos, sandwich dans une poche en tissu dédié, compote dans une gourde réutilisable, eau dans une bouteille également Thermos. Les idées de repas manquent parfois mais les contenants jamais. Grâce à ça, j’évite la perte des cuillères, malencontreusement jetées avec les contenants de yaourts, je n’ai pas non plus de maudit sachet qui s’ébroue l’aluminium en déversant leurs restants de miettes à l’intérieur du sac de lunch, ni d’opercule de yaourt se séchant la couenne dans un recoin de la boite à collation. La consigne ici est «ne jette rien», même dans le doute. Certes, je récupère des gourdes jetables mal rebouchées – j’ai pas dit qu’on était parfait – mais c’est un moindre mal, n’est-ce pas?

Les serviettes de table

Le grand appel familial susmentionné à porter ses fruits en matière de serviettes de table en tissu également – c’est qu’on était écolo dans le temps! Elles ont rejoint le lot de serviettes mignonettes achetées à une couturière du coin. Le sopalin/scott towel mène désormais une vie de patate de sofa. Il peut garder ses feuilles plus longtemps qu’un palmier en Floride et c’est un grand pas pour l’humanité de trois ans qui déroule habituellement le sopalin avec un peu trop d’enthousiasme. La serviette peut se réutiliser plusieurs fois, dans tous les coins, et elle est une nouvelle raison parfaite de dispute fraternelle. Vous pensiez vos serviettes parfaitement similaires, et bien non! Là maman tu vois il y a un renard à vélo, et bien sur celle-là le renard on le voit pas son vélo. Voilà, bien fait pour toi maman, t’avais qu’à y penser aussi.

-Lexie Swing-

Avoir un petit troisième

Autour de moi, tel un printemps de ventres ronds, les bébés ont recommencé à fleurir. J’aime les bébés, leur peau délicate, leurs poings qui serrent fort, leurs rires en cascade. Il y a cette connaissance, presqu’un ami, qui attend son petit troisième, qui l’a peut-être même déjà accueilli, à l’heure qu’il est. «Un jour, nous avons regardé le salon, mon fils qui empilait des cubes, sa sœur qui faisait s’effondrer la tour, et les deux qui riaient aux éclats. On les a regardés, et on s’est dit qu’il manquait quelque chose, un autre enfant.»

J’ai regardé mes enfants des heures durant. Dans la voiture, dans le salon, au restaurant, sous les jeux d’eau… Et il n’a jamais manqué personne. J’ai serré mes mains sur les leurs, j’ai replié mes bras sur leurs corps chauds, j’ai saisi des peluches et des couvertures, des verres de jus et des assiettes à peine touchées. Et j’avais les mains pleines de leur existence.

Une fois, j’ai lu une femme qui demandait : «Quand sent-on que l’on n’en veut plus d’autre?» Et je pense, sans certitude, que l’on ne le sent jamais. Mais on le sait. Mon corps reste prêt, il l’est depuis longtemps. Il a voulu viscéralement ces deux enfants, impérativement. L’attente était impatiente, les tests fébriles. L’anglais rend plus facilement justice à mon ressenti : I miss those days, je manque de ces jours passés, de ces étapes. Le test positif, l’annonce, la rencontre de la première échographie, la découverte du sexe, la recherche du prénom, et l’autre rencontre, le face-à-face. Je m’imagine parfois avec un bébé dans les bras, mais c’est un passé que je revis et non un futur que j’augure.

J’ai toujours aimé les grandes familles, j’ai aimé les observer, j’ai aimé les côtoyer. J’aurais aimé être une des leurs, et j’ai longtemps pensé qu’à défaut d’en être une sœur, j’aurais pu en être la mère. Mais je ne suis pas une mère de grande famille. Nous sommes tous quelque chose, nous sommes faits pour aimer, pour élever, un ou plusieurs enfants, peut-être aucun. Notre réalité ne rencontre pas toujours nos souhaits. Mais je ne suis pas faite pour être une mère de grande famille. Dans la grande pièce de la maternité, ce rôle sera dévolu à quelqu’un d’autre et je l’observerai à distance, avec la tendresse qui nous emporte devant les jolis films et les belles histoires.

Mes filles grandissent, s’épanouissent. Il n’est déjà plus question de couches ou de portage. Les poussettes s’empoussièrent dans la remise du jardin et les biberons se sont faits rares dans le vaisselier. Je deviens une mère d’écolières, je ne les pousse plus, les porte à peine mais marche à leurs côtés. Elles rêveraient d’un petit frère, surtout la grande, pour qui sa petite sœur a grandi trop vite. Elle le demande pour Noël, elle le voudrait pour demain. Il est dans les ventres pleins des autres mamans, les mamans neuves, les mamans tierces aussi. Et son désir se fait alors plus ardent. J’ai l’éducation honnête, je la prends dans mes bras et lui confesse que je ne veux pas d’autres enfants, que je suis complète avec les deux que j’ai. Elle se fait pleine d’espoir : «Tu ne voudrais pas en faire un autre pour moi?» Alors je lui explique ce que j’ai eu longtemps de la peine à comprendre : « Il n’y a que ton papa et moi qui pouvons décider de vouloir d’autres bébés, on décide d’avoir des enfants parce que l’on se veut parent, on ne peut pas faire des enfants pour faire plaisir à quelqu’un, même si on l’aime très fort.» Et je renchéris, forte de ma leçon : «Toi seule, et la personne que tu aimeras, pourrez décider si vous voulez des enfants, personne ne devra jamais décider pour toi.»

On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Je sais ce que l’on dit. Qu’arriverait-il si la possibilité d’un autre futur s’invitait un jour, en déjouant les barrières? La vérité est que je ne sais pas. Ce que je sais, en revanche, c’est que nous aurons le choix. Et que c’est ce choix-là qui pourra faire d’une grossesse surprise un enfant désiré.

Mon cœur est grand ouvert, baigné de leur enfance. Mes bras serreront d’autres bébés, ils les attendent impatiemment. Ils ne seront pas miens, ils sont le futur de quelqu’un d’autre. Je quitte la danse.

-Lexie Swing-

Road-trip en famille au Nouveau Brunswick

Ces dernières semaines, c’était silence radio. Et pour cause! Nous nous trouvions loin de notre « ici », à un souffle de l’océan. Depuis que je suis arrivée au Canada il y a – bientôt – 5 ans, j’ai toujours voulu explorer ces provinces que l’on appelle Les Maritimes. Nous souhaitions un lieu accessible facilement en voiture, avec un maximum de deux jours de voyage. Le Nouveau-Brunswick s’est imposé de lui-même, après avoir parcouru quelques articles, notamment celui du BestJobersblog et celui de la très regrettée Julie de Carnets de Traverse.

A mon tour, alors, de vous conter ces lieux qui nous ont enchantés. De Edmunston à Saint-John, de Saint-John à Shédiac, de Shédiac à Kouchibouguac, nous avons parcouru la moitié sud de cette province, je crois, assez méconnue, où l’on parle français avec un accent différent de tout ce que l’on a pu entendre auparavant. Les paysages y sont spectaculaires, les routes vallonnées, la nature est partout et l’océan est à portée de cils. C’est un royaume majestueux pour qui apprécie les grands espaces et les sports d’extérieurs.

Coucher de soleil

Mais reprenons au commencement: ce voyage était mon bébé. Pour des raisons de calendrier surchargé du côté de mon amoureux, je l’ai organisé majoritairement seule. Nous nous étions cependant accordés sur les détails pratiques. Forts de notre premier road-trip en famille, nous avions quelques impératifs : pas plus de dix heures de voyage pour se rendre sur place, pas de location pour une seule nuit (sauf pour couper le trajet) et une alternance entre les visites et les moments de jeux/ de balade. Aidée des blogs susmentionnés et de discussions sur la page Facebook « Voyager en famille », j’ai élaboré un trajet qui me paraissait adapté. Un peu plus de 5h de route pour se rendre à Edmunston, puis 3h40 de route pour se rendre à Saint-John où nous passions trois nuits. De Saint-John, nous avons ensuite rejoint Cap-Pelé, proche de Shédiac, sur la côte Atlantique, où nous avons logé durant quatre nuits dans une maisonnette avec accès privé à la plage. Notre dernière étape nous a conduit à Saint-Louis-de-Kent, aux abords du parc Kouchibouguac, pour deux nouvelles nuits. Au retour, nous nous sommes arrêtés une nouvelle fois à Edmunston (même hôtel!) et puis nous sommes rentrés.

Pour chaque étape, j’avais préparé une liste d’activités possibles et une proposition d’agenda. A mes filles, j’avais remis un petit document créé par mes soins avec les différentes étapes et des photos, à la fois des lieux où nous résidions et des choses que nous allions peut-être voir. Une idée en passant qui s’est trouvée être un incontournable à chaque nouvelle étape, B. se référant aux photos pendant que sa cadette apprenait par coeur le nom du prochain lieu tout en proclamant « Mais je croyais qu’on allait chez John! », et puis « C’est qui John? ». Par ailleurs, passer quelques jours au bord de la plage était aussi leur choix, un choix que je leur avais laissé faire en leur proposant de passer quelques jours à Moncton (la plus grande ville du NB) ou de passer quelques jours à la plage. Elles ont opté avec joie pour la plage et n’ont eu de cesse de s’y rendre tout le long des vacances.

Plage Nouveau Brunswick

Il faut que je vous raconte, le probable et le surréel. Le carré aux dattes sucré-salé croqué à Edmunston, l’arrêt à Frédéricton, Saint-Andrews et l’amoureux qui ne voulait plus partir, le type saoul qui a frappé à notre porte à 6h du matin pour qu’on lui prête un téléphone, l’entrée que l’on veut payer au parc de Fundy et les insectes fous qui envahissent d’un coup l’habitacle, provoquant une hystérie collective. L’espèce de minibus qui nous a emmené en 5 minutes à la porte des Hopewell Rocks et a fait notre journée, la voiture qui flambe dans Moncton et nos fenêtres qui surchauffent alors que nous la contournons, l’océan qui nous happe et le temps qui s’arrête, les filles qui dansent lors d’un souper-concert, la salle de jeux qui sauve notre après-midi pluvieuse, le temps qui s’arrête encore une fois, à Kouchibouguac, et le chaton qui danse dans l’herbe haute.

Si la vie est un voyage, alors les road-trips en famille sont probablement cette sortie en kayak sur le fleuve. Tantôt tumultueux, tantôt apaisés, toujours fascinant. Ce sont des voyages qui rapprochent, qui font grandir. On découvre un peu plus l’autre, un peu plus ses enfants. On se découvre un peu plus soi-même également.

Et à les observer, couchées ce soir dans le même lit au sous-sol pour cause de canicule, ou jouant en se tenant la main dans les jeux d’eaux cet après-midi, je crois avoir trouvé la réponse à ma question : « Comment leur apprendre à être des soeurs qui s’aiment?« . En vivant des aventures, probablement.

De Saint-Bruno à Saint-John

Au matin du jour 1, je suis bien occupée. Le chien a rejoint la veille sa demeure de vacances, et je m’active désormais pour plier les dernières affaires et faire du ménage. Alors que j’espère faire profiter les filles de quelques jeux en extérieur avant les nombreuses heures de voiture, une pluie torrentielle s’abat. La détente en extérieur se transforme en gym intérieur et je charge le coffre la voiture enfoncée à mi-chemin dans le garage. Finalement, nous sommes prêtes à partir! Les filles découvrent leur sac de voyage, contenant jeux de voiture, carnet de coloriage et de devinettes, photos du voyage et … un sac de bonbons chacune. Miss Swing a l’esprit pratique et me serine « tu aurais pu te contenter du sac de bonbons finalement, c’est ce qu’on aime le plus ». Je souris (jaune) et prends la direction de Longueuil pour récupérer mon partenaire (de vie et de voyage) qui revient d’un examen. Il monte en voiture, la pluie se dissipe, les vacances peuvent commencer!

A mi-parcours, la pluie se réinvite, et nous parcourons 250 km sous le déluge, une habitude dans nos voyages. Après un arrêt à Rivière-du-Loup, un souper au restaurant et nos mines béates devant le superbe coucher de soleil sur le Saint-Laurent, nous reprenons la route en direction d’Edmunston. J’y ai réservé le Four Points, via Hotwire. Le personnel est accueillant, les lits sont confortables et les filles s’endorment pour leur première nuit dans un lit commun. Au réveil, nous grignotons des barres de céréales et filons essayer la piscine. Nous avons au passage changé d’heure, à ma grande surprise (+1h). A 11h, nous prenons enfin la route, passons acheter cafés et carrés aux dattes (à tomber!), et des sandwichs aux oeufs pour le lunch. Notre tentative de repas dans la voiture se solde par notre premier (et dernier heureusement) vomi du voyage, Tempête engouffrant la nourriture comme un chiot ses premières croquettes. Il est 16h lorsque nous arrivons dans la capitale du Nouveau-Brunswick, Fredericton. Les rues Queen et King – deux appellations qui seront présentes dans la plupart des villes – semblent les principales. Aussitôt stationnés, nous lorgnons du côté des boutiques qui ont le charme des petits magasins indépendants. Un magasin de musiques, une vitrine pleine de jolies robes, des jouets attirants qui débordent des étals, une boutique de santé bio, des meubles de décoration scandinave… Je sais à peine où donner de la tête. Après un tour sur le pont pour cyclistes qui enjambe le fleuve Saint-Jean, nous nous promenons du côté des ateliers d’artistes ouverts sur la rue. Nos ventres sont vides et nos enfants affamés, il est temps pour nous de s’arrêter dans un restaurant végé / galerie qui partage l’espace avec une cidrerie. Lorsque nous arrivons à Saint-John, après une heure de route, il fait nuit. Le GPS nous mène au bord de l’autoroute, dans un quartier délabré, devant une bicoque posée au bout d’un grand stationnement. La surprise est grande et l’inquiétude plus encore. Au volant, Mr Swing ne s’arrête pas. Après quelques respirations et une relecture de l’annonce Air BnB, nous faisons demi-tour et retournons nous garer devant la petite maison du bord de l’autoroute. La porte poussée, nous entrons dans le lieu promis : confortable, bien pensé et plein de petites attentions laissées par la propriétaire. N’eut été le quartier – c’est dans cet appartement qu’un type saoul a débarqué dès potron-minet pour réclamer un téléphone – l’appartement aurait mérité 5 belles étoiles.

Saint-John

Ville Nouveau Brunswick

Nous sommes restés 3 nuits à Saint-John. La première journée sur place a été dévolue à l’ouest, à savoir Saint-Andrews. Ville au bord de l’eau, Saint-Andrews est une véritable carte postale de vacances. Après un tour sur le ponton, nous avons rejoint un phare aperçu au loin. Surpris par la marée, nous avons dû rapidement plié bagages, sous les cris ravis des filles qui découvraient leurs premiers coquillages. Après le goûter, et une heure de jeux au parc proche de l’école (les jeux sont un indispensable, je trouve, lorsqu’on voyage avec des jeunes enfants) nous avons roulé plus loin, jusqu’à Saint-Stephen, réputée être la capitale du chocolat. Ville sans beaucoup de charme à mon goût, sinon celui d’être une porte sur les Etats-Unis (littéralement, nous sommes passés à quelques mètres du poste frontière), Saint-Stephen nous a laissés indifférents et c’est sans tarder que nous avons rejoint nos pénates à Saint-John.

La deuxième journée sur place a été consacrée à l’Irving Nature Park. Le pique-nique dans les sacs à dos, nous avons commencé l’ascension du chemin Ecureuil, le chemin familial. Aux alentours de midi, avisant une table à l’ombre, nous avons sorti le pique-nique et … fait face à un écureuil un peu trop volontaire. Devant la tournure prise par les événements – nos tentatives désespérées pour l’éloigner, ses cris perçants et son galop rageur sur la tôle au dessus de la table – nous avons pris la poudre d’escampette et terminé notre repas plus loin! Le Irving Nature Parc est sublime, et les différents chemins permettent des balades tout autant en sentier que sur des routes goudronnées plus larges qui seront adaptées aux vélos et aux petites jambes qui maitrisent mal le passage des grosses racines. Après l’effort, le réconfort : en contrebas, la plage nous attendait!

Fin de journée à Saint-John. Un goûter pris d’abord dans un délicieux café indépendant, puis une balade dans les rues avant un passage aux jeux (nouvelle édition!). Saint-John a un charme très à l’européenne avec de belles maisons victoriennes qui rappellent certaines de nos balades dans Londres.

Le troisième jour dans le Sud fut celui du départ. Prenant la direction de l’Est, cette fois-ci, nous avons conduit jusqu’au Parc Littoral de la Baie de Fundy. Alors que mon amoureux baisse sa vitre pour payer l’entrée, les moustiques et autres insectes volants entrent en grande pompe dans la voiture, provoquant des cris perçants (les miens, j’haïs les insectes!). Nous renonçons finalement à une balade en forêt pour privilégier un pique-nique avec vue sur le littoral…

Vue sur Alma

Passage par Alma (RAS), puis nous arrivons à hauteur des Hopewell Rocks vers 15h. Le plan initial était d’y revenir en faisant la route depuis Shediac mais nous décidons finalement d’y aller en passant. Une excellente décision, qui nous vaut de découvrir l’endroit avec peu de monde, considérant l’heure un peu avancée. Pour le grand plaisir des filles, nous achetons des jetons pour prendre le minibus, une sorte d’automobile à 8 places entièrement ouverte qui dévale en tressautant les sentiers jusqu’à l’escalier qui mène aux Hopewell Rocks. Ce lieu, un incontournable du NB, est réellement surprenant. On serpente entre les rochers façonnés par l’océan, tentant d’imaginer que, quelques heures plus tard, à marée haute, le site sera recouvert d’eau. Le billet d’entrée permet d’ailleurs de revenir le lendemain. Le chemin du retour se fera au milieu des arbres, sur des sentiers parfaitement aménagés. A noter que la boutique du site est parfaitement achalandée. Si vous avez le projet de ramener des souvenirs thématiques, c’est le moment.

La route vers Shédiac se déroule sans heurts, à l’exception d’une voiture en flammes dans un quartier résidentiel que nous devrons contourner un peu trop près à mon goût. Après un arrêt au restaurant à Shédiac pour un souper-concert impromptu durant lequel les filles transforment le restaurant en une piste de danse improvisée, nous rejoignons notre nouvelle demeure : une maisonnette au bord de l’océan.

Shédiac et Moncton

Quatre jours à la plage, ce sont les filles et mon amoureux qui avaient tranché. Les deux premières journées y ont donc été consacrées, les plages des environs offrant cette particularité d’avoir pied très longtemps. Des îlots de sable se forment au gré de la marée et donnent l’impression d’avoir atteint le bout du monde. L’eau y est, dit-on, parmi les plus chaudes de la côte.

Eaux chaudes du Nouveau Brunswick

Au matin du troisième jour sur place, il a fallu se rendre à l’évidence, la météo avait vu juste. Réveillés par et sous le déluge, nous avons pris la décision de nous rendre à Moncton en espérant que la ville nous permettrait quelques visites. Rappelés à l’ordre par le besoin de sieste de la plus petite, nous avons finalement repris la route jusqu’à la ville à majorité francophone de Dieppe où nous avons échoué sur un stationnement… pour une sieste collective bien méritée! La pluie ne faiblissant pas mais les enfants ayant retrouvé leur pleine énergie, nous avons eu la chance de tomber sur une salle de jeux intérieure plus que digne de mention : Hop! Skip! Jump!, une enseigne présente au NB et en Nouvelle-Ecosse. L’espace est parfaitement pensé, avec une partie réservée aux plus petits vraiment riche en jeux et ateliers (dont une glissade réservée, ce qui n’est pas si courant!) et une partie pour les plus grands suffisamment sécuritaire pour laisser des plus petits s’y aventurer.

Coucher de soleil Nouveau Brunswick

D’autres activités étaient prévues, telle que la place Resurgo et les marchés du samedi matin à Moncton et à Dieppe mais nous avons préféré profiter de la plage et se relaxer. Un minimum pour des vacances non? Le lendemain matin, avant de repartir, nous avons fait un détour par l’Ecomusée dédié au homard dont les explications très précises et la rencontre avec le homard bleu a fait passer l’envie à mes amoureux des produits de la mer d’en déguster pendant les jours qui ont suivi!

Parc National de Kouchibouguac

Pas de surprise pour la location : nous avons eu le coup de coeur pour L’Ancrage, cette même place testée par Julie et les BestJobers. Ils n’avaient déjà plus de chambres disponibles pour nous, mais nous ont proposé un cottage qui était juste parfait pour nous quatre. Depuis le lit de la chambre je voyais le canapé du salon, la cuisine était grande et parfaitement équipée, les enfants pouvaient jouer sans fin dans l’immense espace herbeux devant les cottages, et je me souviens m’être dit que je pourrais probablement rester là pour l’éternité.

Dès la première soirée, nous avons traversé les longs ponts suspendus du Parc National de Kouchibouguac pour rejoindre la plage Kelly, la plus connue du parc, où les eaux sont chaudes (pour le lieu). Le lendemain, point de répit pour les braves! Mon amoureux est parti à la fraîche essayer le « fatbike », ce vélo à grosses roues roi des sentiers. Une heure et demi de plaisir au milieu de la forêt, à passer dans des sentiers étroits et des passerelles au-dessus de l’eau, croisant les doigts pour ne pas croiser d’ours!

Dès son retour, nous avons repris le chemin du parc pour tester la balade familiale proche de la plage des Callenders. Un trente minutes à grands pas au milieu des moustiques, suffisantes pour tester le parc sans finir piquer de la tête aux pieds! Puis direction la plage des Callenders, au bord de la lagune, où la faible profondeur de l’eau a permis de nombreux jeux!

Parc National de Kouchibouguac

Une nuit et c’était déjà la fin du voyage. Nous avons repris la route d’Edmunston, puis celle de Saint-Bruno, le lendemain matin. Sur la route, un arrêt parfait à Beaumont, proche de Lévis, où des tables de pique-nique côtoient des jeux pour enfants de toute sorte. De quoi se défouler sur le retour d’un long voyage en voiture…

-Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing

Visite surprise

«Vous voudriez venir avec moi à l’aéroport demain matin? Je dois aller chercher une collègue qui rentre de voyage!»

Sourires ravis dans l’assistance. «Quelle collègue?», demande B. qui les connaît toutes. «Oui, quelle collègue au fait?», ai-je murmuré à mon amoureux, assis sur le bord du lit. «Caroline», a-t-il lancé, dans un élan dont l’esprit a le secret. (Je découvrirai bien assez tôt si seule Madame Ingalls a insufflé cette impulsion).

Après les débats vestimentaires de rigueur, nous grimpons dans la voiture et prenons la direction de l’aéroport. Nous sommes en avance, désormais coutumiers de cette attente. Nous sommes arrivées en retard les deux dernières fois, alors que l’ordinaire délai de une-heure-après-l’atterrissage s’était réduit à 30 minutes. Tant mieux pour nos familles mais quel dommage pour nous, qui ne pouvions que saisir nos invités au vol, après de courtes embrassades et des valises jetées dans le coffre, sous la pression des moteurs des voitures en attente et des regards courroucés de fatigue des conducteurs venus récupérer, eux aussi, leur famille.

Sitôt la voiture garée, j’ai saisi Tempête sur une hanche – elle craint le bruit grouillant des aéroports – et Miss Swing par la main. Traversant cahin-caha le passage piétonnier, puis le sas tournant, nous avons franchi les portes au moment même où nos invités nous prévenaient que si les nouvelles bornes avaient extraordinairement facilité leur passage à la douane, le tapis des bagages restait pour sa part aussi désespérément immobile qu’une heure de collège en cours d’espagnol.

Les minutes se sont alors allongées, au rythme tranquille des passagers qui surgissaient par vague derrière la porte automatique. À chaque nouvelle femme, Miss Swing demandait «Est-ce elle?», avant de secouer la tête «Non bien sûr je sais qui c’est Caroline, je l’ai vue plein de fois».

Il faudra vraiment que je demande qui est cette Caroline.

Je vous passe les seize Souris Verte et les trois Crocrocro. Toutes les fois où j’ai dansé la Polka même si papa ne voulait pas, accompagnée de Petrouchka et de ses nattes blondes. Je vous passe la chute soudaine de Tempête, qui s’est retrouvée coincée, cuisses sur le banc et tête en bas, parce qu’elle avait voulu s’appuyer sur le ruban qui délimite la sortie des passagers. Et mon fou rire, à la fois honteux et amusé, parce que mes yeux rivés sur mon téléphone m’avaient empêché d’éviter la chute, et parce que la proximité du banc avec le couloir de ruban m’empêchait de la saisir pour la remonter convenablement.

Je peux vous décrire ma fébrilité, lorsque j’ai su que les bagages étaient enfin arrivés. Le visage incrédule de Miss Swing, lorsque nos invités sont apparus. Sa petite voix qui interrogeait : «Mais je ne comprends pas, où est Caroline?», et moi qui répondait bêtement «Caroline, c’est tes grands-parents!». Et Tempête qui sautait de joie, parce qu’elle n’avait rien pigé à cette affaire de collègue, et que la seule perspective d’une attente à l’aéroport était une joie suffisante pour elle.

Les voilà donc. Ils ont fait bon voyage, merci. Mes parents sont de retour pour une semaine, après être venus au mois de mars, profitant des rabais de la fin du printemps.

Comme immigrants, nous profitons de chaque instant ainsi grapillé, de chaque moment volé. Nous inventons une vie, où les vacances se font en banlieue de Montréal, plutôt que dans le sud de la France. Visiter la famille prend désormais 7h de vol plutôt que 5h de train. Et nous ne sommes pas les seuls. Mes amis sont partout dans ce monde, sur tous les fuseaux horaires. Je suis admirative de cette facilité avec laquelle nous avons construit nos existences sur d’autres terres, tout en gardant ce lien fort avec le pays qui nous a vus naître. Et je suis fière de nos familles, qui n’ont pas eu le choix, certes, mais ont changé leur perspective, faisant de la cabane au Canada une maison secondaire de choix.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Journal de famille pour mamy esseulée : on a testé Neveo

Quand Simon m’a proposé de tester Neveo, j’étais un peu agacée. Je suis vieille ok, j’ai trente ans, mais la personne dans le fauteuil qui feuillette le petit journal photos de sa famille en radotant sur comment c’était avant…? Bon ok, c’est un peu moi quand même, surtout quand je m’avachis (ma mère dit que je vais finir bossue). Après, j’ai compris que je n’étais pas la clientèle visée. La clientèle, c’était Mamy. Et Mamy, pour le coup, elle allait kiffer le cadeau.

Non, Mamy ne sait pas ce que kiffer veut dire. C’est parce que je suis une jeunesse de 30 ans moi Monsieur. Madame. Vous êtes surtout des dames non?

Avec Neveo, Mamy allait avoir la possibilité de recevoir chaque mois un journal papier, textes et photos (photos légendées disons) de mon quotidien. C’est devenu encore plus sympathique à mes yeux quand j’ai su que je pouvais inclure toute ma famille dans le projet.

La mienne s’est limitée à mes parents et à mon frère, je me suis chargée de faire le lien avec ma cousine qui n’avait qu’un accès modéré à Internet. Quant à nous, il nous a suffi de télécharger la nouvelle application Neveo sur nos téléphones pour pouvoir ajouter directement nos photos.

Les pipelettes dans la neige? Hop, une photo légendée. Les pancakes du samedi matin? Hop, une photo légendée. Ma magnifique robe rouge de Noël? Hop, une photo légendée (chuuut, c’est encore un secret).

Comment ça marche ? Il suffit de télécharger l’application gratuite Neveo, de créer votre compte, de rentrer vos infos et celles de Mamy (Papy ça marche aussi) et c’est parti. Vous n’avez qu’à «peser» (québécois inside) sur le petit plus pour ajouter vos photos, une par une, ou dix par dix si ça vous chante. Vous pouvez aussi aller dans «inviter ma famille» et envoyer le lien à vos 200 cousins. Selon le plan que vous avez choisi, vous êtes limité à 50 ou 100 photos par mois.

Est-ce que c’est cool? Oui, vraiment! Mon frère et moi sommes expatriés, mes parents habitent loin de ma grand-mère, dans une maison où elle n’aura probablement plus jamais la chance de se rendre… Je trouve que c’est vraiment une belle façon de lui faire partager notre quotidien. Souvent j’envoie des photos que ma tante imprime, mais il n’y a pas de textes, ou bien je raconte des choses au téléphone que Mamy ne peut pas voir… C’est un peu le meilleur des deux mondes, et en version papier, ce qui est parfait pour quelqu’un comme ma grand-mère qui est particulièrement hermétique aux nouvelles technologies.

Les inconvénients? Ils viennent de l’application elle-même, qui est toute récente et probablement encore en rodage. Pour faire court, nous nous sommes arrachés les cheveux pour comprendre pourquoi l’application fonctionnait parfaitement pour mon frère et moi, mais pas du tout pour mes parents. Pourtant eux et moi avons le même modèle d’iPhone, et j’ai le même iOs que l’un des deux. À date, nous n’avons pas déjoué le mystère. Il est cependant possible d’utiliser l’interface internet.

Est-ce que je peux essayer? Oui! Et pas n’importe comment ma chère (sérieusement, y a-t-il un gars par ici?). Neveo organise un concours. Chaque participant gagne les deux premiers mois à 0,99 euros (contre 6,99 euros par mois normalement pour un journal de 50 photos). Mais surtout, 10 gagnants remporteront 1 an d’abonnement gratuit à Neveo (un journal de 50 photos pendant 12 mois). Pour participer, il te suffit de suivre le lien : https://goo.gl/pCuqeZ

Et si tu veux voir la réception du journal par une grand-mère en action, c’est par ici : https://drive.google.com/drive/folders/1QVFl4weMXxtfLtofxET1cYe7KfNLggs1?usp=sharing

La mienne, elle, le découvrira demain, le secrétariat de la maison de retraite ayant «oublié» de distribuer le courrier (on en parle, du fonctionnement des maisons de retraite?).

-Lexie Swing-

Cet article a été réalisé en partenariat avec Neveo

Elle grandit loin de moi

J’ai voulu la soulever et ce n’était plus possible. Elle avait désormais la carrure d’une adulte, à peine quelques centimètres de moins que moi. Ça aurait pu vouloir dire que j’étais rendue trop faible. Mais il était plus probable que la distance et les années l’ai rendue plus grande et plus forte que mon esprit voulait bien l’accepter. 
C’était il y a un instant à peine, pourtant, que ma nièce, la toute première, reposait là dans le moïse blanc. Celui qui avait accueilli sa mère et son oncle, celui qui bercerait le reste de sa fratrie et sa cousine, plus tard. Avant que l’on s’échappe à l’autre bout du monde et que le berceau de famille ne puisse nous suivre pour accueillir en son sein la petite dernière, née canadienne.
L. a été longtemps la première. Et la seule. Elle était le joli poupon que l’on portait sans cesse. La petite fille qui marchait en tenant nos mains, sous le soleil marocain. Elle a égayé nos jours certains mois de tempête et s’est prise d’affection pour ce chiot blanc et poilu qui avait peur de tout.
Ce même chiot qui aura 8 ans cet automne.
Ma nièce, elle, aura dix ans en janvier. Et ça fait des années que je dois faire un effort pour me souvenir qu’elle n’est plus la toute petite fille que l’on a laissée. Qu’elle est une personne qui raisonne, une personne d’opinion.
La distance et l’absence ont effacé la rupture du temps. Dans ma mémoire, tout se mélange. Malgré nos quelques retours ces dernières années, elle paraît n’avoir jamais eu 6 ou 8 ans. Un jour 5 et puis maintenant bientôt dix. 
Elle entre en CM2 avec un an d’avance. L’an prochain ce sera le collège. L’adolescence. Des préoccupations bien secondaires, bien loin de ce toutou qu’il fallait toujours penser à prendre et de ces nuits où elle ne dormait pas. 
Il nous faut désormais tout réapprendre, tout redécouvrir. Et accepter que dans quelques semaines, sa vie redeviendra en partie, un mystère.
-Lexie Swing-

Crédit photos : Lexie Swing