#Blacklivesmatter : dénaturons-nous le combat?

Je devine que je vais déclencher l’ire des foules.

En partant, je ne suis pas légitime dans le combat des #blacklivesmatter. Je suis blanche, je vis dans un pays à majorité blanche, je n’ai jamais été traitée différemment pour ma couleur de peau.

J’ai été élevée avec l’idée que chaque personne était égale à une autre, quel que soit son sexe, sa couleur de peau, sa religion, son orientation sexuelle, sa classe sociale. Ma principale réponse au racisme était que moi, je ne voyais pas de différences entre les gens. Et si c’est une belle idée, en théorie, l’âge adulte m’a confronté à d’autres visions. J’ai cessé de m’intéresser à la voix des Blancs qui soutenaient les Noirs, pour m’intéresser à celles des Noirs eux-mêmes. J’y ai ainsi appris bien des choses, mais notamment que faire comme si « tout le monde était pareil » revenait à nier les différences, et donc à nier les inégalités. À nier le racisme, par exemple. Si tout le monde est pareil, alors le racisme est un mensonge. Cela revenait à nier les groupes dans leurs spécificités, et à nier par exemple que les personnes noires sont maltraitées, rejetées, discriminées, en raison de leur couleur de peau.

Lentement (mais sûrement), j’ai changé. Je ne voulais pas m’emparer de voix qui n’étaient pas la mienne, alors je les ai relayées. Je voulais comprendre, alors j’ai lu, beaucoup. Je voulais faire ma part, alors j’ai fait ce qui était le plus à ma portée : j’ai transmis ce que je savais à mes enfants. J’ai acheté des livres avec des personnages noirs, plein, pour que ça devienne une réalité, pour que leur monde ne s’arrête pas à la blancheur de leur peau, pour que dans leur monde, il soit possible, aussi, d’être noir. Ça, c’était la base. Une fois que j’ai estimé que le processus de (dé)construction était bien entamé, je me suis attelée à la prise de conscience. Je leur ai parlé de l’histoire des Noirs, et je leur ai parlé de leur quotidien. Je leur ai montré cette vidéo, celle dans laquelle des parents noirs enseignent à leurs enfants comment se comporter s’ils font face à la police. Elles ne comprenaient pas bien les mots employés, mais elles ont compris les visages, elles ont compris les pleurs, elles ont compris la peur aussi. Quand la plus petite a finalement dit « Mais je ne comprends pas, elle est noire ma meilleure amie, et c’est ma meilleure amie, et c’est la plus gentille fille que je connaisse. Si quelqu’un un jour lui fait du mal je lui mettrais un coup de poing », j’ai su que l’on s’engageait sur le bon chemin.

Lorsque George Floyd a été assassiné par ce policier, alors que les États-Unis se sont embrasés, les réseaux sociaux ont été pris d’assaut par les déclarations de soutien aux personnes noires. Rapidement, d’autres messages s’y sont opposés, venant cette fois-ci de militants noirs eux-mêmes, qui dénonçaient cette mobilisation sur les réseaux sociaux qu’ils estimaient être une sorte de faux soutien, et qui dissimulaient le vrai message, la véritable lutte.

Est-ce le cas? Je pense que oui, partiellement en tout cas. Je fais partie de ceux qui ont peint de noir leur profil en soutien. Je fais partie de ceux qui parlent de ce qui se passe et affichent des messages d’encouragement. Est-ce une manière de récupérer l’attention?

Je crois que lorsqu’on soutient un combat, il faut avoir l’humilité d’écouter ceux que l’on soutient. Alors je suis allée lire encore, et j’ai relayé des mots sans les reformuler. Je voulais porter la parole sans jamais la dénaturer.

Mais je refuse de plaider coupable. Vous savez, il y a cette phrase qui commence par « ça partait d’une bonne intention ». La suite de cette phrase, c’est l’explication de l’erreur. Je refuse de croire que c’est se tromper que d’afficher un soutien (sauf quand on utilise le mauvais hashtag et qu’on noie le message, j’ai compris la leçon). Pour moi, ce n’est pas hypocrite, ce n’est pas « je fais juste ça, et puis ça suffit ». C’est une ouverture au dialogue, un premier pas vers l’apprentissage. C’est une façon de dire qu’on prend conscience.

J’ai déjà vu avec d’autres combats le lynchage qui ne manque pas d’accompagner toute réaction de masse. « Vous dites ça aujourd’hui mais demain vous oublierez », « ce n’est pas votre combat », « ne ramenez pas tout à vous ». Rappelez-vous, on le disait aux hommes lorsqu’ils parlaient des violences faites aux femmes. Et après on leur a dit « ça serait bien que vous souteniez les femmes ».

On ne laisse pas aux gens la chance de changer. Or dans le lot des gens qui affichent leur soutien pour la première fois, quel est le pourcentage réel de ceux qui se diront « c’est bien assez comme ça »? Pour combien cela représentera-t-il plutôt « un premier pas »?

Moi, ce matin, j’ai vu mes réseaux devenir noir, amplement noir, et ça m’a apporté un peu de bonheur. J’y ai vu un support.

Maintenant, il va falloir agir.

-Lexie Swing-

PS Je suis ouverte aux débats, éduquez-moi.

 

11 réflexions sur “#Blacklivesmatter : dénaturons-nous le combat?

  1. J’ai essayé plusieurs fois, quand l’occasion s’y prêtait, d’avoir une discussion avec Mark sur le racisme. Mais, il semble complètement imperméable à l’idée de couleur de peau. « Avantage » d’un couple mixte? Peut-être! Sérieusement, ça ne lui parle absolument pas. Genre, je lui demande si le papa de son ami est chinois, il me répond « aucune idée, comment veux-tu que je le sache? » :lol:

    Je ne sais pas comment apporter mon soutien dans le cadre de cette affaire, et plus généralement du racisme ambiant. La seule chose que je me sens « qualifiée » pour faire, c’est de m’intéresser aux différences culturelles et sociologiques MAIS de ne faire aucune différence quand il s’agit de couleur de peau (c’est pas un effort que je fais, hein, ça me semble logique). Pour moi, culturellement, un noir américain et un blanc américain sont tous deux d’abord des Américains. Donc partant de ce principe, je ne comprends même pas comment certains membres de la police peuvent faire preuve de racisme et surtout, que ça soit acceptée, défendable ou excusé. Genre, les gars… vous venez de tuer une personne!

    • Moi non plus, j’ai vu passer un article à ce sujet sur le monde qu’il faut que je lise. Sur comment la société a pu déraper à ce point, et comment ce racisme là est inscrit au sein de la société américaine, au point que pour certains groupes de la population américaine ce crime soit considéré comme acceptable. Même pas acceptable, mais plutôt « futile ». Les filles sont réceptives, on en a parlé très très tôt, mais elles sont plus sensibles à la différence nette de couleur de peau, qu’à certains traits par exemple.

    • L’esclavage a laissé des traces terribles dans la société américaine. je ne sais pas si vous avez vu « 12 years a slave ». Je l’ai regardé récemment, et je pense vraiment qu’il est extrêmement difficile pour une société de se remettre d’un événement aussi tragique, cruel et atroce. De là vient le gros problème qu’ont les américains envers les afro-américains, à mon avis. Il y a une telle charge émotionnelle de haine et de mépris entre noirs et blancs, depuis tant de générations, qu’il n’est pas très étonnant qu’il y ait une résurgence chez certains individus.

      • Si on y réfléchit, ça représente un tel poids sur les épaules de tout un peuple. C’est comme s’ils avaient vécu une guerre degueulasse et qu’on leur avait tout à coup demandé de faire la paix. Le lieu est resté le même, les protagonistes sont les héritiers des précédents, mais ils doivent tous faire tout à coup comme si tout ça n’avait jamais existé.

  2. Je rejoins ta réflexion, même si je suis à côté de la plaque concernant les réactions associées sur les réseaux (et bien contente de me contenter de vraies analyses comme la tienne, et d’articles étayés, plutôt que des réactions épidermiques habituelles des uns et des autres). Mon mari n’étant pas de la bonne couleur ni de la bonne religion, j’ai été très tôt confrontée au racisme, ça a d’ailleurs été très violent pour moi, avant que mon mari ne rentre dans ma vie je vivais un peu au pays des bisounours. D’ailleurs la France semble elle aussi vivre au pays des Bisounours sur le sujet. Il suffit de lire les déclarations officielles, en totale contradiction avec le dernier rapport indépendant de J.Toubon, et qui font preuve d’un déni total de la réalité du racisme en France aujourd’hui. Quand un arabe ou un noir meurt, ou est blessé dans ce genre de circonstances, c’est toujours « parce qu’il l’avait bien cherché ». Alors que faire? Éduquer, éduquer, éduquer, comme tu dis si bien, à notre échelle, ce sera déjà beaucoup.

    • Je suis navrée que toi, et lui, vous ayez dû y être confrontés. Même si c’est la réalité d’aujourd’hui (et d’hier), ça ne devrait pas être « un baptême du feu », un passage obligé. On a été biberonné avec certains concepts, et c’est correct, dans le sens où l’on ne peut pas être tenu responsable de l’éducation qu’on a reçue. Mais par contre, on l’est quand on refuse d’ouvrir les yeux, de faire preuve d’humilité et de vouloir changer. J’ai confiance que le monde change, que nos générations et les suivantes progressent… Ce que je remarque le plus aujourd’hui, c’est moins des attaques frontales et racistes (genre « rien à battre, telle couleur de peau est de toute façon inférieure ») qu’un repli sur soi. À la moindre interjection du type « les Blancs (les hommes/ les hétéros / etc.) doivent changer leur regard sur ce qui se passe », le groupe ainsi mentionné se hâte de commenter avec des « mais tout le monde n’est pas comme ça », « il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier », en ramenant une nouvelle fois la couverture à eux.

  3. Ton article est très intéressant.
    Personnellement je ne suis pas les « diktats » des réseaux sociaux qui pour moi sont davantage une volonté de montrer que l’on se sent concerné, et une réaction émotionnelle qu’une vraie réflexion de fond (comme applaudir aux balcons, etc). J’ai sans doute tort, mais je ne crois pas à l’efficacité de l’émotionnel pour changer le regard.
    En revanche je crois comme toi à la déconstruction des préconçus qui nous marquent forcément, par la lecture, y compris d’opinions très éloignées de la mienne, par l’ouverture à des cultures différentes. Et il se trouve que ce sont des romancières soit africaines, soit parlant de l’Afrique ou de la condition des noirs, qui m’ont fait le plus évoluer sur ce sujet. Nous sommes terriblement marqués par le colonialisme, ce sentiment de peuple supérieur qui apporte la culture à l’homme nomade et sauvage, et c’est facile d’en rester à ce niveau.

    • Pareil, ce sont vraiment des romancières africaines et afro-américaines qui m’ont aidé à vraiment plonger dedans. Je me souviens encore de mon étonnement, et de mon intérêt grandissant, quand Chimamanda Ngozi Adichi évoquait cette idée qu’une personne noire africaine se sentait parfois très éloignée d’une Afro-Américaine, les cultures étant complètement différentes. C’était évident bien entendu, mais je n’avais jamais eu l’opportunité de le réaliser.

  4. Je fais partie de celles qui ont beaucoup hésité avant de mettre un profil noir sur Instagram. Je ne me sens pas légitime en tant que « blanche » de parler du racisme puisque je ne le vis pas directement. Et puis j’ai réfléchi, je ne suis pas raciste et je ne cautionne pas ceux qui le sont. Alors pourquoi garder le silence ? Après, de part mon métier, (enseignante) je peux avoir une vraie action auprès de mes élèves de 8 ans. Je me rappelle de cet élève qui claironnait « Je suis Africain ».
    Es-tu né en Afrique ? Non
    Es-tu déjà allé au Cameroun ? Non
    Parles-tu la langue du Cameroun ? Non
    Tu es plus français alors, tu es né en France, tu parles le français et tu vas à l’école en France. Mais il est vrai que tes parents sont d’origine Camerounaise.
    Et je me souviens des années après car je crois que c’est la première fois de sa vie que quelqu’un le considérait comme un français « ordinaire ».
    Je ne sais pas si j’ai bien fait de lui dire ça ou non.
    Dans une classe et dans la vie, je ne vois jamais la couleur de peau des autres. je vois une personne avec un prénom et c’est tout. Mais une fois on m’a dit que je niais la réalité. A mon sens non, je m’attache à une personne pas à ses origines.
    Le sujet demande tellement de réfléxion

    • J’ai compris à force de lire et de discuter avec des personnes ravisées que leurs origines et leur histoire sont très importantes. Comme je suis désormais immigrée, je crois que je comprends ce sentiment. Il ne peut pas y avoir d’acculturation totale, tu es forcément un mélange d’origines qui font ta singularité. Si tu y ajoutes la discrimination relative aux couleurs de peaux et l’histoire («Histoire ») difficile qui est celle des Noirs par exemple, tu comprends qu’il est nécessaire qu’on la regarde en face, qu’on la porte au grand jour et pas qu’on l’enterre. C’est encore plus vrai à l’école je pense car les enfants, s’ils ne font pas de différences en termes d’égalité, voient quand même les singularités. Parfois ce n’est pas la couleur de peau de quelqu’un qu’ils vont remarquer mais d’autres petites différences. Par exemple ma fille se fait parfois chahuter par rapport à son nom de famille (un double nom espagnol et italien qui n’est pas forcément fréquent ici). Son camarade portugais d’origine se fait parfois embêter à cause de l’odeur de la nourriture de sa boîte à lunch, etc..

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