Rentrée 2023

La rentrée a sonné ! Ce lundi, pendant que les écoliers français faisaient – pour beaucoup si j’en crois mon fil Facebook – leur grande rentrée, les nôtres se la coulaient douce, profitant de la Fête du travail. Chaque année, dans notre commission scolaire, le programme est le même : jeudi de rentrée, vendredi d’organisation, week-end de trois jours pour se remettre.

À l’âge qu’ont les filles, nous sommes des habitués de la rentrée, des vétérans même devrais-je dire, et c’est pour ça que sans surprise, la rentrée a été une épreuve. On s’était pourtant préparé en amont – je suis de ces fanatiques de la rentrée qui en parlent un mois en avance et mettent à jour la page internet de l’école de manière compulsive. Mais le secret des Dieux a été gardé jusqu’au bout et rien n’a filtré : ni l’organisation des classes, ni le nom des professeurs. Tout juste avons-nous reçu un courriel nous demandant de nous présenter dans la cour de l’école le matin du jour J.

Le moment venu, nous étions donc là, pimpants comme un premier jour d’école (enfin moi surtout, histoire de faire forte impression aux professeurs présents – les filles avaient pour leur part opté pour un pratique ensemble short – t-shirt, parées à l’épreuve des récréations caniculaires). Dans la cour, la masse informe s’est rapidement transformée en cohue, alors que les professeurs s’avançaient en tenant dans leurs bras des listes et de maigres panneaux de papier indiquant le niveau. Impossible de distinguer les écriteaux dans la foule, il a donc fallu se résoudre à fendre le groupe, l’enfant arrimé au poignet. Et contrairement à Moïse domptant les eaux, les personnes présentes n’ont eu que dédain pour notre tentative pour traverser de manière civilisée. Quelques épaules démises plus tard (au bas mot), nous avons fini par repérer le niveau de notre cadette, la 3e année, mais c’était sans compter sur l’entêtement de cette dernière à ne pas participer à l’engouement général. « J’aimerais autant rentrer à la maison », a-t-elle annoncé, terrifiée, devant la foule, et cela en dit long sur la bataille qui a dû se livrer ensuite entre le poids de son refus – celui d’un âne obèse face à une falaise – et la volonté de son père.

Deux prises de judo plus tard, on a pu récupérer sa petite étiquette, ainsi que celle de sa grande soeur. À ce stade, on ne connaissait toujours pas le nom des professeurs ni la composition des groupes. C’est que l’équipe-école est joueuse et aime user de son répertoire de mimes et autres devinettes la première matinée pour faire deviner aux élèves encore étourdis par le retour à la réalité le nom de leurs camarades et l’identité de leur instituteur.

Les professeurs se sont ensuite rangés en rang d’oignons et ont salué la foule à l’appel de leur nom – un moment que j’adore car il permet de voir l’ensemble de l’équipe, intervenants inclus. Ovation des enfants à l’appel de la prof de théâtre, on voit tout de suite les préférences de chacun pour l’étude poussée des verbes transitifs. Les profs ont entamé une chanson de rentrée et les gamins étaient en transe, surtout notre cadette, momentanément sortie de son état catatonique, qui a entamé une danse rythmée au milieu de la cour. Et puis on a sifflé la fin du temps, des vacances et du chaos. Les élèves ont été appelés par niveau, et on n’entendait pas tout à fait. Il a fallu pousser notre deuxième née dans le rang, tandis qu’elle jouait ses derniers jetons de résistance, le poids du sac de rentrée sur ses petites épaules. La grande avait disparu de longue date avec ses copines de toujours, prête à l’éternel recommencement des années qui se succèdent.

Alors nous voici, en 3e et 5e année, équivalent du CE2 et du CM2. Il y aura une dernière année du primaire pour notre grande B., celui-ci se terminant avec la 6e année dans le système québécois. Mais cette 5e année sera l’année décisive, celle des notes qui comptent pour le secondaire et des choix à faire. Pour la petite, rien de très compliqué, juste notre quotidien habituel : la gestion des amitiés difficiles qui se nouent et se dénouent au rythme des intrigues journalières. « Plus belle la vie » n’a rien inventé, elle est venue se servir dans le coin de cour des élèves de 8 ans, se susurrant des BFF à l’oreille avant de reprendre leurs bracelets d’amitié à grands cris.

Mais amitiés volages et décisions cruciales ne nous arrêteront pas, année 2023-2024, nous voilà !

Et pour vous, comment s’est passée la rentrée ?

-Lexie Swing-

Photo Sarah Pflug

Et puis coincher

Nous avons tous des souvenirs différents des moments partagés avec nos grands-parents : des parties de pêche, des randonnées en forêt, des bugnes dorées, des jeux de petits chevaux. Mes souvenirs d’enfance à moi, ce sont beaucoup de choses mais surtout des parties de belote.

Là d’où je viens, on joue à une version plus avancée de la belote, qu’on appelle la coinche. Comme j’avais un grand frère et qu’il manquait un joueur à la table, j’ai été initiée jeune, vers 5 ou 6 ans, et ma partenaire de jeu devant l’éternel fut toujours ma grand-mère.

J’ai toujours aimé ce jeu qui me permettait de m’asseoir à la table des grands. Plus que tout, j’aimais décrocher ce que j’estimais être de grandes victoires. « Les femmes gagnent », clamait alors ma grand-mère et c’était doux dans mon esprit de fillette, cette supériorité féminine et cette sororité.

Avant chaque partie, je sortais du petit meuble du salon le grand tapis et la longue boite. En l’ouvrant précautionneusement, je découvrais les jetons servant à marquer les points, les cartes presque cornées à force d’avoir été jouées et le cube de bois qui affichait l’atout en cours.

Cet été, mes enfants se sont mises à jouer à leur tour. A la belote d’abord, à la belote de comptoir ensuite, qu’elles pouvaient jouer à deux, et puis finalement à la coinche. Elles font des paris osés, annoncent un 95 avec un valet et la belote, font fi de toute prudence et conservent jalousement leurs as. Elles s’extasient devant les dix de der, assurent qu’elles ont une tierce quand ils leur manquent quelques cartes cruciales et enragent de se faire couper leurs têtes préférées.

J’assiste à ces échanges, empreinte d’une nostalgie que je pensais ne jamais vraiment connaître. Il n’y a rien qui nous transporte dans nos souvenirs comme un enfant qui revêt un instant le costume de notre passé. L’espace d’un moment, je suis de retour à la table. Le dos légèrement courbé, les sourcils froncés, la langue tirée. « Allez la Marie », m’invective mon grand-père, abusant de ce nom fourre-tout qu’il utilise pour désigner ses petites-filles. J’abats ma carte. Il renifle de dépit. “On est maîtres”. Je prends le monde à témoin et ma grand-mère pour complice. Dans la vie, je suis une ombre. Mais à la table, je mène le jeu.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

10 ans au Canada

Cette semaine, cela fait dix ans que ma fille et moi avons posé le pied sur le sol canadien. Si vous vous souvenez bien, mon conjoint était arrivé quelques jours avant pour trouver une voiture et aménager l’appartement prêté par un ami. C’est donc seule avec ma fille de six mois et mon chien de 40 kilos que j’ai pris l’avion. C’était déjà une aventure.

Rien ne me faisait vraiment peur. Ni le fait de mettre l’ensemble de nos vies dans deux grosses valises et quelques malles. Ni celui d’emmener mon bébé de l’autre côté de l’Atlantique. Ni même l’idée de tout recommencer. L’immigration m’a rendue invincible, convaincue que j’étais de faire le bon choix pour le bon endroit, et pour la vie que je voulais vivre.

Quelque temps après mon arrivée revenaient souvent dans les journaux les mots « Eldorado » et « paradis déchu », arguant que les Français repartaient déçus de ce qu’ils avaient cru être la possibilité d’une vie meilleure.

Pourtant aujourd’hui, lorsque ma fille aînée me demande pourquoi nous sommes partis, et pourquoi nous avons immigré ici, au Canada, c’est la raison que nous lui donnons. Pour une vie meilleure. Pour nous, mais pour elles aussi. Celle qui était et celle qui serait. Le monde change vite et ce ne sera peut-être pas vrai toujours. Quel sera l’Eldorado de demain ? Et est-il seulement le même pour tous ?

Mais, à notre échelle, nous nous sommes offerts cette vie meilleure. Nos perspectives de carrière ont bondi, notre niveau de vie aussi et notre quotidien est devenu plus serein. J’ai cessé d’avoir peur quand je sortais la nuit, j’ai croisé des hommes qui ne m’ont pas interpellée et j’ai élevé des filles sans arrière pensée. J’ai vieilli et je me suis mise à arpenter la nature, comme si elle était venue à moi soudainement. J’ai traversé un pays de plus de 5000 km.

Je suis devenue citoyenne de ce pays qui m’avait accueillie et c’est un sentiment incroyable. On ne connaît pas la chance que l’on a d’être citoyen d’un pays tant que l’on n’a pas vécu dans un endroit où l’on n’a pas les mêmes droits que les autres. Aujourd’hui, je suis franco-canadienne, et je trouve ça extraordinaire.

Je me suis imprégnée de la culture québécoise et canadienne, je suis devenue un mélange, un fourre-tout d’expressions, de plats et d’habitudes. Je suis devenue une girouette, ajoutant des heures, mélangeant des expressions et confondant des lieux.

Je suis un puzzle d’enfant. De ceux dont on aurait mélangé les pièces. Je suis deux boites qui n’ont rien à voir, une image de chatons potelés et le pan d’une ville sous la neige. Mon image à moi est de guingois, morcelée, incomplète, mais lorsqu’on recule un peu, on y découvre un autre paysage, une réalité nouvelle, un monde créé en marge des possibles. Je suis une boîte de 1042 pièces, 10 ans et +, et les morceaux gondolent depuis qu’un lapin gris et patachon y a fait ses dents. Je suis une immigrée française, devenue canadienne, dans mon entre-deux mondes depuis dix ans.

-Lexie Swing-

Sur les routes de Gaspésie

Quand nos filles avaient 3 et 5 ans, nous avons pris la route pour ce qui fut l’un de nos plus jolis voyages à date, destination : le Nouveau-Brunswick. Nous avions alors roulé, entre falaises, océans et vastes plaines.

Cinq ans plus tard, l’aventure a recommencé. Cette fois-ci, dans la voiture, il y avait deux habitants de plus : le chien et le lapin, et la destination choisie était voisine de la première. Après six heures de route, nous avons fait étape dans un motel aux portes de la Gaspésie, à Rimouski. J’adore les motels, ces petites chambres devant lesquelles on se stationne sans avoir à emprunter mille couloirs avec sa valise. L’inconvénient, c’est qu’au total de ceux auxquels nous nous sommes arrêtés dans nos différents périples, le ménage était presque toujours minimal et la localisation laissait souvent à désirer. Mon meilleur souvenir ? Un motel rénové à l’ouest de la région de Boston, proche du musée Norman Rockwell.

Mais revenons à la Gaspésie. Dès le lendemain, nous avons repris la route, direction Gaspé, une ville côtière plein Est. Nous avons traversé la région en empruntant la 132 au Nord, le long de l’eau. Une route magnifique ! Arrivés à bon port dans la soirée, nous avons établi notre camp dans notre chalet et trinqué à nos vacances avec une bière locale. Océan et bière blonde, le meilleur des mondes.

Les vacances se sont enchaînées au rythme de la pluie. Si la première journée sur place nous a permis de partir à la découverte des phoques en kayak et d’aller “au bout du monde”, en traversant le parc Forillon, le reste de la semaine n’a pas été aussi clément. Entre la pluie battante du mercredi qui a triplé les visites du musée de la Gaspésie (très chouette musée par ailleurs!), les vents forts du jeudi annulant toute possibilité de visiter l’Ile Bonaventure et la pluie orageuse du vendredi nous conduisant à rebrousser chemin avant d’arriver à la tour d’observation (l’endroit parfait pour être pris pour cible par l’orage), le mauvais temps ne nous a guère laissé de répit. Heureusement, la Colombie-Britannique d’avril et ses huit jours de pluie nous avait préparés psychologiquement et nous avons été capables de tirer le meilleur de notre séjour. Les enfants ont découvert que le vent fort était le meilleur partenaire des vagues et que le soleil après la pluie apportait son inévitable arc-en-ciel. La dernière journée était ensoleillée et nous a permis d’aller profiter de l’océan mais aussi d’observer les étoiles filantes, en pleine nuit sur une plage déserte – un moment magique.

Nous avons repris la route de la maison après une semaine passée en Gaspésie. Nous avions prévu une étape supplémentaire plus au nord afin de randonner dans le parc national de la Gaspésie mais la pluie annoncée nous a conduit à changer nos plans. Il y a mille choses que nous n’avons pas pu faire, soit par manque de temps, soit en raison de la météo, alors c’est certain que nous reviendrons. Même endroit, mêmes personnes, mais avec une météo plus clémente, si possible.

Parmi ce qui nous a plu et que nous recommanderions :

– La sortie kayak avec Cap-Aventure, à Gaspé. J’ai pu avancer d’une journée notre sortie en kayak et j’ai eu du flair : nous avons eu un temps magnifique ce jour-là et de la pluie tous les jours après ça ! J’ai trouvé le kayak de mer assez physique mais la sortie est belle et permet d’apercevoir des phoques d’assez près. Notre guide de Cap-Aventure était très respectueuse des phoques et nous a même conduit un peu plus loin lorsqu’elle a distingué des signes de stress des animaux qui commençaient à retourner à l’eau pour s’éloigner de nous.

– Le musée de la Gaspésie. On y a rejoint l’ensemble des vacanciers des environs le mercredi, en plein cœur des 30h d’une pluie battante et sans interruption qui s’est abattue sur nous. Le musée est vraiment riche et bien fait : une grande exposition interactive sur la découverte de la Gaspésie, le peuple Micmac et le développement de la région, plusieurs expositions temporaires et une session en réalité virtuelle pour découvrir la vie à bord d’un morutier.

– L’accès Nord du Parc Forillon via Rivière-au-Renard. Pour accéder à l’entrée nord depuis le centre de Gaspé, le plus court est de longer par l’Ouest puis de tourner un peu après Penouille. M’étant trompée à un embranchement, je nous ai rajouté 20 km au compteur mais aussi un paysage incroyable en rejoignant l’entrée Nord par Rivière-au-Renard. La côte est encore plus majestueuse et sauvage, et l’eau s’y scinde entre différentes teintes de bleu. C’est à cet endroit que nous avons découvert la plage de Cap-des-Rosiers depuis laquelle nous avons observé les Perséides.

– Le Café de la Traverse. Ce petit café, qui fait aussi auberge, était situé tout proche de notre chalet. Entièrement faite maison, la nourriture y est absolument délicieuse et les propriétaires ultra sympathiques.

– Les chalets de la Bernache. Au nombre de deux, les chalets sont situés entre le centre-ville de Gaspé et le Parc Forillon. La propriétaire est prévenante, disponible et les chalets sont magnifiques. Leur gros plus, selon moi, c’est la présence d’une laveuse et d’une sécheuse, un indispensable quand tu as réduit le nombre de tes vêtements et que tu randonnes tous les jours sous la pluie.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Fragments

Je voulais vivre. Intensément, frivolement. Je voulais fouler les pavés à grande vitesse et parcourir des paradis à ciel ouvert où j’aurais tournoyé avant que demain soit. J’aurais tournoyé vite pour ralentir le monde, pour ralentir le temps et le cueillir comme un fruit juste à point. Je faisais des plans sur la comète et des listes à rallonges, je griffonnais des poèmes pour dessiner le monde, à ma façon. J’étais naïve, de cette naïveté insolente qui croit tout, qui veut tout, qui attend qu’on lui donne parce que pourquoi pas ? Nous avions tant fait, de travail, d’études, de monde refait à la lueur des cigarettes qui ponctuaient nos souffles. Nos respirations profondes et ces lueurs, comme des braseros d’inspiration. Nous débattions de demain, nous établissions des politiques, critiquions l’éducation, jugions à langue amère la motivation perdue de nos professeurs. Nous avions le savoir consumé de ceux qui ne savent encore rien et créént leurs certitudes sur les chimères de leur enfance. Bientôt, bientôt celles-ci seraient réduites en cendres. Nous réaliserions, au miroir de notre propre vie d’adulte, que les leçons apprises n’étaient que la répétition maladroite de croyances vaines. Et alors, il faudrait tout recommencer, tout réapprendre. On oublierait la politique, chérirait l’éducation et aurait une pensée pleine de compassion pour ceux qui nous avaient montré le chemin après s’être perdus eux-mêmes. Mais pas tout de suite. Pour le moment, nous créions demain comme s’il n’existait pas encore, comme s’il était encore possible, comme s’il suffisait de vouloir pour pouvoir. Nous faisions fi des obstacles, nous faisions nôtres les préoccupations collectives, nous disions « c’est injuste » la bouche pleine de notre cuillère d’argent, en ayant le leurre de croire. On s’aimait pour de bon, pour toujours, jusqu’à ce que des matins de juin annoncent les trèves estivales. On était éperdu, d’amour, de tendresse, de douleur, comme si le corps ne savait être qu’une émotion franche et passagère. Nous n’avions pas de mots comme nous en avions mille, que nous scandions à la vitesse des pouces courant sur un clavier que l’on connaissait par coeur. Nous buvions du vin aromatisé avant l’âge et descendions des avenues le pas décidé, sûrs du chemin. Il n’y avait pas d’erreur de destination possible, seulement des carrefours de possibilités, des projets d’aventure. Il n’y avait que des pavés, des paradis à ciel ouvert et des cigarettes rougeoyantes dans la lueur du soir.

-Lexie Swing-

Photo Rahul Pandit

De l’importance de cloisonner ses vies

Je suis toujours surprise de réaliser que la pandémie nous est tombée dessus il y a trois ans. Trois ans seulement ou trois ans déjà, dépendamment de la façon dont on se place et de ce à quoi on se réfère. Je relis parfois des écrits de cette période chaotique intervenue juste après la fermeture massive des emplois, écoles et autres services en mars 2020, et je me rends compte à quel point j’ai oublié ce sentiment, cette perception et surtout ce quotidien qui fut le nôtre pendant quelques mois. Les horaires journaliers créés pour les filles pour ne pas qu’elles passent leurs journées devant la télé, les leçons qu’on improvisait, les cours de sport diffusés à la télé, les pâtisseries du goûter, les premières réunions en Teams, les tentatives de créer une synergie d’équipe et les déséquilibres nés des conditions si différentes entre les employés d’une même entreprise.

On se réfère à la pandémie comme à une année 0, un avant et un après, un point de bascule. Cette vie particulière sur quelques mois, ce condensé de vie même, a comme créé une discordance dans le vortex du temps. Ce qui nous paraissait hier se trouve à des années lumières et les cheveux blanchissants des amis éloignés nous font réaliser que les mois écoulés se trouvent être des années. Je dis souvent « on l’a vu(e) il y un an à peine » ou « nous y sommes allés l’été dernier », et puis on calcule et on se souvient, et l’un de nous dit « ça fait plus de temps que ça, c’était avant la pandémie », alors ça veut dire que ça fait au moins 3 ans, et peut-être 4, et tout à coup ce n’est plus un bébé joufflu mais un enfant qui a bientôt fini la garderie, et alors ce n’est plus du tout la même histoire.

C’est avec la pandémie qu’a commencé pour moi le télétravail. J’ai changé deux fois d’emploi depuis mais j’ai gardé cette nouvelle composante qui – on ne va pas se mentir – m’arrange bien : je télétravaille plusieurs jours par semaine. J’en profite pour mélanger allégramment vie professionnelle et obligations personnelles, créant des bulles de temps dans un agenda rempli pour pouvoir mener mes enfants à leurs activités ou assurer ma présence à un rendez-vous médical, travaillant toujours plus tard pour rattraper les heures perdues. Mais ce tango n’a pas toujours eu la synchronicité qu’il mérite et plus d’une fois la pression a eu raison de mon esprit. Les demandes s’ammoncellaient, les clients vitupéraient, les courriels rentraient tardivement, les enfants arrivaient en criant, le goûter n’était pas prêt, la préparation du repas attendait et au milieu de ce chaos, je me liquéfiais.

Lorsque j’ai dû me retrouver un emploi, le télétravail était une obligation mais la possibilité de retourner en présentiel était une requête, un besoin devenu vital. J’avais besoin d’un échappatoire, d’un bureau tangible hors de mes murs, d’une vie professionnelle que l’on cloisonne et que l’on laisse derrière soi, l’heure venue. J’avais besoin de distinction pour retrouver mon discernement, je voulais que la voix de mes enfants ne soit plus un écho de celle de mes collègues, et que les appels de candidats n’interrompent plus un rendez-vous médical. Je voulais une île et puis la paix surtout.

Aujourd’hui, je mène ma vie différemment. J’ai créé des parois aussi étanches que possibles. Mes enfants sont redevenus des photos sur un fond d’écran et non des figures mouvantes d’une réunion virtuelle tardive. Mon téléphone professionnel est éteint lorsque je referme mon ordinateur. Mes rendez-vous personnels ne sont pas l’occasion de rédiger des notes d’entrevues ou de mettre à jour des documents. Je me suis rendue la liberté.

-Lexie Swing-

Photo Sarah Pflug

On ne se voit pas vieillir

Ma nièce m’appelle, elle veut me montrer quelque chose sur son téléphone. Je suis dans le couloir et je m’approche. « Viens, allez… » insiste ma fille à ses côtés. Il est 20h, je suis entre le bain et le repas, pas tout à fait là. Je jette un oeil distrait sur l’écran. Tiens, c’est marrant, je me dis, j’ai vraiment l’air fatigué. Je m’approche encore. Je ne savais pas que j’avais tant de rides. Un pas de plus. Le choc. J’ai 85 ans, peut-être plus. Mon visage est un parchemin et le trésor est bien caché. Je mets un millième de seconde de trop à réaliser et ma nièce est hilare. Derrière ce voyage dans le futur, la nouvelle application de son téléphone et son option de vieillissement instantané.

La vérité, c’est qu’on ne se voit pas vieillir. Je me suis souvent demandé si un jour on se réveillait adulte. La vérité est qu’on dépasse peu le stade adolescent ou jeune adulte. Notre sagesse s’installe avec l’expérience, tout comme notre capacité à prendre des responsabilités. Mais on ne se voit guère vieillir, on a longtemps la prétention de penser que l’on fait encore partie des jeunes de la gang.

L’autre jour, je passe à la caisse avec en main une salade (pour Chester), du gruau (pour Tempête) et une caisse de bières (pour beau-papa) (si si). La caissière scanne la bière, me dévisage, inspire et s’apprête à formuler sa question. La main sur mon portefeuille, je suis prête à dégainer. J’ai mon permis, ma carte d’assurance maladie, ma carte d’hôpital, et toutes trois l’attestent : je suis majeure. Elle exhale. « Visa ou Mastercard? » Je soupire, vaguement insultée. Bien sûr que j’ai passé l’âge. À mes yeux pourtant, je suis encore la fille un peu plus jeune que les autres, qui attendait que ses copains fassent la queue avec les bouteilles faute de pouvoir prétendre à la majorité désinhibée. Mais pour le regard extérieur, il n’y a plus de doute désormais.

On ne se voit pas vieillir. On vit comme un choc le premier « Pardon, Madame » pourtant prononcé par une jeune voix bien intentionnée. On a 25 ans, 30 peut-être si l’on a réussi à prétendre assez longtemps. On a toute la vie devant nous mais ces quelques mots nous propulsent déjà dans un sérieux que l’on éviterait volontiers.

Les années passent, on pense à des moments vécus il y a 30 ans et dont on se rappelle. On débat des nouvelles modalités du bac, on dit « ça a tellement changé en peu de temps » et puis on réalise que c’était il y a 20 ans. Nos enfants disent « à votre époque » comme ils diraient « jadis » et les coins tordus des photos jaunis sont autant de preuve que le temps a filé. Comme une persécution suprême, l’un d’eux ouvre un album de notre enfance et au hasard d’une page demande si l’on vivait en demi-teinte.

Je monte à cheval – première fois depuis douze ans. J’enjambe souplement. Ma fille me demande gentiment si je vais me souvenir. C’est comme le vélo, je clame, même si elle ne voit pas le rapport. Ma position est belle, ma confiance intact. On prend le galop et je me mets en suspension. Et puis ma cheville se dérobe. Juste là, sous moi. Une patte folle qui m’oblige à m’asseoir. J’ai monté 15 ans sans le moindre questionnement, sans la moindre faiblesse d’un corps dont je ne faisais pourtant pas grand cas. En silence, je le vis comme une trahison. Je passerais la balade entière sans étriers, faute de pouvoir y laisser mes pieds. Vous avez une sacrée assiette, sourit la monitrice au bout du quatrième temps de galop au milieu des bois.

On ne vieillit pas pour tout, heureusement.

-Lexie Swing-

Photo : Brodie

Éloge de la lenteur

J’avais oublié à quoi ressemblait ma ville en été. Les gens qui s’entassent devant la crèmerie, le Mont pris d’assaut dès les petites heures du jour, la piscine municipale qui ne désemplit pas. J’avais oublié cet air de vacances, cette insolence des minutes qui s’égrènent à reculons, faisant fi des impératifs professionnels. Le monde appartient à ceux qui se promènent, à ceux qui s’installent sur les terrasses des deux petits cafés qui ponctuent la grand’rue. La place du village accueille le marché du samedi, les spectacles estivaux et les rires des enfants, tandis que les familles soupent à l’abri des parasols de fortune.

Ce soir, on s’est retrouvé sur une passerelle de bois, proche du lac. Un promontoir avait été construit pour l’occasion. Le micro bien ajusté et le bandeau serré derrière les oreilles, les filles de la zumba ont pris place. Devant elles, une foule dense. Que des femmes, quelques fillettes, trois hommes incertains et un chien accroché à l’ombre d’un arbre. Les animatrices ont rythmé la cadence, sourire aux lèvres, indifférentes à nos mouvements désordonnés. Dans l’herbe alentour, une troupe d’enfants – dont Tempête – avait abandonné la piste et faisait la course dans les derniers rayons de soleil. Lorsqu’une brise a soufflé à mi-session, les corps se sont redressés pour profiter de la fraicheur passagère et c’est toute la spontanéité de l’été qui s’est engouffré dans cet instant.

Pour la première fois depuis des lunes, nous passons l’été chez nous. À l’exception d’une dizaine de jours en road-trip en Gaspésie tous les six, les filles expérimentent leurs premières vacances d’été à la maison, de celles qui étirent les secondes et réduisent les attentes. Il n’y a presque plus d’horaire, beaucoup moins d’obligations. Les levers se font de plus en plus tardifs, à mesure que les journées s’allongent. Sur la table, les légumes sont colorés. J’aime l’été pour la ferveur de ses marchés et la douceur de ses promenades au crépuscule. J’aime la chaleur qui ne s’en va jamais tout à fait et cet air de vacances même si les miennes sont plus tard. Je les vois hésiter entre deux activités, entre deux films, trainant sans fin en bas de pyjama sur le canapé du salon. Je me rappelle de l’indolence de ces étés, ceux dont on ne voit pas vraiment la fin, parce que le temps semble suspendu, et je mesure la chance qu’elles ont de passer leurs vacances ainsi. À l’heure où nos semainiers sont divisés en dix-huit couleurs numérotées, je suis heureuse que nous puissions leur offrir une page blanche, et la place pour l’imaginer.

-Lexie Swing-

Tout est affaire de contexte

Récemment, j’écoutais un podcast que j’aime bien : ReThinking, par Adam Grant. L’auteur du podcast, un psychologue organisationnel (je n’avais jamais entendu ce terme avant) réfléchit, avec ses invités, aux façons dont nous percevons le quotidien, les événements et le passé, pour leur apporter une lumière nouvelle. Dans son plus récent épisode, Grant rencontrait Margot Lee Shetterly, l’autrice de Hidden Figures. Vous ne connaissez pas ? Mais si, j’en suis certaine. Le livre (un bijou) a été adapté à l’écran. Il évoque l’histoire de ces femmes scientifiques noires qui ont contribué à plusieurs avancées de la Nasa. Taraji Henson, Janelle Monaé et la très connue Octavia Spencer y tiennent les rôles principaux.

Dans son livre, Margot Lee Shetterly dépeint le quotidien de ces femmes. Elle raconte à Grant deux choses que j’ai trouvées profondément intéressantes. La première est que, son père étant lui-même un homme noir, travaillant à la Nasa, elle a toujours eu connaissance de ce récit (multiple), cela faisait partie de l’histoire locale, dirais-je, et elle croisait fréquemment avec son père des femmes qui y avaient travaillé à cette époque-là. Jusqu’à quelque temps avant la rédaction de son livre, Shetterly ne s’était jamais interrogée sur cette histoire. C’est en la contant un jour à son mari et en réalisant sa surprise que Shetterly en a réalisé le contexte et l’impact sociétal. Le psychologue Karl Weick appelle ça le « vujá de moment », soit l’inverse du déjà-vu. C’est une histoire que l’on connait par coeur, que l’on raconte mille fois, et un puis un jour, parce que quelqu’un nous en souligne le caractère extraordinaire, incohérent, malaisant ou simplement différent, notre regard change sur ce récit.

Cela m’a fait m’interroger sur le contexte des faits que l’on nous rapporte, sur ce qui entoure les histoires que l’on lit. Ainsi, dans une émission ancienne d’un autre podcast que j’écoutais aujourd’hui, le fameux « C’est plus compliqué que ça » de Jean-Christophe Piot, qui décrypte certains mythes historiques pour en souligner les incohérences, l’auteur évoquait le cas connu d’Orson Welles adaptant La Guerre des Mondes d’HG Wells, dans une oeuvre fictionnelle diffusée à la radio. L’histoire a retenu que cette diffusion aurait terrifié les Américains. Ceux qui auraient pris l’émission en route auraient alors penser entendre de véritables nouvelles et se seraient imaginés que la Terre était cernée par des envahisseurs venus de l’espace. L’incrédulité aurait rapidement laissé la place à la panique, les auditeurs quittant leur maison pour fuir une mort certaine, prenant d’assaut les hôpitaux, les gares, etc. Welles a été accusé par les journaux de l’époque d’avoir été irresponsable, et deux ans plus tard, une étude scientifique estimait que près d’un million d’Américains avaient paniqué en entendant le récit. Piot va à l’encontre de cette histoire, qui a pourtant continué à être rapportée jusqu’à nos jours comme un fait avéré, en expliquant par exemple qu’aucun chroniqueur ou observateur de l’époque n’a rapporté de mouvements de foule ce soir-là ou les jours qui ont suivi; que Welles a effectivement été critiqué par une partie des Américains, mais majoritairement à la suite des articles de journaux rapportant les propos tenus durant l’émission, et non à l’écoute de l’émission elle-même, et que les hôpitaux, pourtant interrogés dans le cadre de l’étude, ont dit avoir connu un achalandage similaire aux autres jours. Plus intéressant encore : un sondage téléphonique réalisé à l’époque par une entité ayant pour but de relever les tendances d’écoute a montré que l’émission était plutôt un flop, les auditeurs ayant privilégié d’autres émissions, notamment un rendez-vous humoristique diffusé sur une autre station. L’impact n’a donc pu qu’être dérisoire. Alors pourquoi les journaux se sont-ils attaqués dès le lendemain à l’émission de Welles ? Aujourd’hui, les historiens pensent que la méfiance forte que ressentaient les journaux à l’égard de la radio (nous sommes en 1936) et la crainte de voir les stations détourner les clients friands d’informations de la presse écrite, conduisaient ceux-ci à dénigrer fréquemment les émissions radiophoniques pour les discréditer.

Un autre exemple ? Un récent épisode du bien connu podcast Transfert donne la parole à une jeune femme qui, alors qu’elle vit à Berlin depuis quelques mois, a soudain l’impression que quelqu’un, et peut-être plusieurs personnes, cherche à lui faire du mal. Sans vouloir trop vous spolier, elle évoque entre autres que la lecture d’un livre sur la psychologie l’a conduite à appréhender le monde d’une certaine manière, en lui donnant l’impression que les gens comme elles (hypersensibles ou super-efficients, dans son cas) étaient des victimes faciles qui manquaient de jugement et devaient se méfier des autres personnes. Au terme de l’épisode, elle explique qu’un ami l’a aidé à remettre en cause sa lecture, en lui démontrant notamment qu’avec quelques recherches, elle se serait rendue compte que l’ouvrage n’avait pas de fondement scientifique, que l’étude n’avait pas la rigueur demandée et que l’autrice ne possédait aucun diplôme en lien avec la psychologie. C’est un peu le mal de notre siècle, toutes ces théories et idées sans fondement, avancées par des gens sans bagage autre que leur seul vécu et s’appuyant sur celui-ci pour faire de leur expérience propre une vérité universelle.

Connaître le contexte, s’interroger sur les sources, se demander toujours à qui l’on donne la parole et quelle est l’histoire de cette personne, permet toujours de nuancer un propos. Sans sombrer dans la paranoïa, ou pire, le complotisme, garder en tête qu’il n’y a pas de neutralité parfaite est déjà une façon ouverte de se positionner face aux informations que l’on reçoit.

Et quelle était, finalement, la deuxième chose que l’autrice d’Hidden Figures racontait et qui m’a fait m’interroger ? Adam Grant lui demande « Mais pourquoi n’avait-on jamais entendu cette histoire avant ? », et Margot Lee Shatterley lui explique qu’une des femmes concernées a répondu à cette question en déclarant qu’elles n’avaient pas conscience que c’était « une histoire » : « Nous n’avions pas conscience que nous étions cachées », du moins dans l’impact réel qu’elles avaient au niveau des avancées scientifiques. Parce qu’elles faisaient un travail remarquable, dont elles étaient fières, mais aussi parce qu’elles vivaient avec leur temps, et étaient déjà victimes de ségrégation, la séparation physique était quelque chose d’ordinaire pour elles, malgré le travail extraordinaire qu’elles accomplissaient. Cette idée m’a fait longuement réfléchir sur les petites et grandes histoires, sur notre cheminement individuel au sein du cheminement collectif, et sur le contexte qui nous accompagne, surtout.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Pour retrouver le transcript (en anglais) de l’émission d’Adam Grant, rendez-vous sur ted.com.

-Lexie Swing-

Cette famille si loin

En ce moment, nous avons plusieurs membres de notre famille qui nous rendent visite. Nos filles s’accrochent à leur cousine comme des bigorneaux à leur rocher, échafaudent mille plans pour l’été et nous demandent plus souvent qu’à l’accoutumée « mais pourquoi donc avez-vous choisi de vivre dans un autre pays ». Ma grande entrevoit volontiers les balades à cheval qu’elle ferait en compagnie de sa famille, la petite table sur les sorties entre cousines, tandis que nous réfléchissons à la meilleure façon de faire venir la famille au grand complet pour les Fêtes. L’immense majorité des immigrés et expatriés vous le diront : le nerf de la guerre, ce sont les proches et la famille que l’on a laissés dans notre patrie d’origine.

Émigrer, c’est laisser bien plus qu’un pays derrière soi. Ce sont des habitudes, des repères, que l’on laisse. Et avec eux, l’instantanéité de liens créés avec nos proches. J’ai souvent dit à mon amoureux que le plus dur, dans cet éloignement, est la disparition des moments spontanés. Tous ces instants créés sur un coup de tête, ces visites imprévues, ces moments aussi brefs qu’intenses. La vérité est que lorsque l’on vit dans la proximité, on en ignore le bénéfice, on n’a guère conscience des liens invisibles qui se tissent par delà les relations même.

Mais l’immigration est, pour certains d’entre nous, une porte qui se referme à demi. J’ai vu l’herbe ailleurs et je l’ai trouvée bien plus verte. Comment pourrais-je revenir ? Mon monde est voué à s’épancher en demi-teinte, telle une photo jaunie par le temps. L’immigration a inventé la nostalgie d’un temps futur, quand la construction d’un avenir se joue entre l’espoir de devenir et le regret de ce qui ne sera jamais. Malgré tous mes efforts, il n’y aura pas de conjugaison plurielle de mon avenir québécois. En déplaçant ma petite famille dans un autre espace géographique, j’ai choisi une vie à laquelle j’ai soustrait certains membres. Choisir, c’est renoncer dit-on. Et en choisissant, j’ai renoncé à ces relations de proximité que j’aimais tant.

Et régulièrement, mes enfants prennent le pouls : « Pourquoi est-on parti, déjà? ». Mais déjà, elles se confrontent au choix impossible : renoncer à leur école adorée, à leurs amis chéris, à la ville qui les a vues grandir, pour se rapprocher des leurs. Elles soupèsent, elles disent : « on pourrait tous les faire venir !  » et puis « Pourquoi ils ne vivent pas ici avec nous ? ». Elle se demandent si elles pourraient aimer la France, s’exclament qu’elles ne changeraient de ville pour rien au monde, anticipent leur prochain retour estival mais s’inquiètent de ne pas pouvoir partir ailleurs en vacances.

Elles sont déjà dans cet entre-deux, dans ce demi-soi, enfants d’une traversée océanique, s’interrogeant sans cesse de l’heure qu’il est ailleurs. Ma grande parle parfois d’un futur où, adulte, elle s’installerait en France. « Viendras-tu avec moi ? », me demande-t-elle. Alors je lui souris, et je la nourris de ma seule certitude : notre épanouissement se joue par-delà nos racines, par-delà nos familles, et elle sera là où son coeur la guidera, avec nous, mais surtout, malgré nous.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing