
La rentrée a sonné ! Ce lundi, pendant que les écoliers français faisaient – pour beaucoup si j’en crois mon fil Facebook – leur grande rentrée, les nôtres se la coulaient douce, profitant de la Fête du travail. Chaque année, dans notre commission scolaire, le programme est le même : jeudi de rentrée, vendredi d’organisation, week-end de trois jours pour se remettre.
À l’âge qu’ont les filles, nous sommes des habitués de la rentrée, des vétérans même devrais-je dire, et c’est pour ça que sans surprise, la rentrée a été une épreuve. On s’était pourtant préparé en amont – je suis de ces fanatiques de la rentrée qui en parlent un mois en avance et mettent à jour la page internet de l’école de manière compulsive. Mais le secret des Dieux a été gardé jusqu’au bout et rien n’a filtré : ni l’organisation des classes, ni le nom des professeurs. Tout juste avons-nous reçu un courriel nous demandant de nous présenter dans la cour de l’école le matin du jour J.
Le moment venu, nous étions donc là, pimpants comme un premier jour d’école (enfin moi surtout, histoire de faire forte impression aux professeurs présents – les filles avaient pour leur part opté pour un pratique ensemble short – t-shirt, parées à l’épreuve des récréations caniculaires). Dans la cour, la masse informe s’est rapidement transformée en cohue, alors que les professeurs s’avançaient en tenant dans leurs bras des listes et de maigres panneaux de papier indiquant le niveau. Impossible de distinguer les écriteaux dans la foule, il a donc fallu se résoudre à fendre le groupe, l’enfant arrimé au poignet. Et contrairement à Moïse domptant les eaux, les personnes présentes n’ont eu que dédain pour notre tentative pour traverser de manière civilisée. Quelques épaules démises plus tard (au bas mot), nous avons fini par repérer le niveau de notre cadette, la 3e année, mais c’était sans compter sur l’entêtement de cette dernière à ne pas participer à l’engouement général. « J’aimerais autant rentrer à la maison », a-t-elle annoncé, terrifiée, devant la foule, et cela en dit long sur la bataille qui a dû se livrer ensuite entre le poids de son refus – celui d’un âne obèse face à une falaise – et la volonté de son père.
Deux prises de judo plus tard, on a pu récupérer sa petite étiquette, ainsi que celle de sa grande soeur. À ce stade, on ne connaissait toujours pas le nom des professeurs ni la composition des groupes. C’est que l’équipe-école est joueuse et aime user de son répertoire de mimes et autres devinettes la première matinée pour faire deviner aux élèves encore étourdis par le retour à la réalité le nom de leurs camarades et l’identité de leur instituteur.
Les professeurs se sont ensuite rangés en rang d’oignons et ont salué la foule à l’appel de leur nom – un moment que j’adore car il permet de voir l’ensemble de l’équipe, intervenants inclus. Ovation des enfants à l’appel de la prof de théâtre, on voit tout de suite les préférences de chacun pour l’étude poussée des verbes transitifs. Les profs ont entamé une chanson de rentrée et les gamins étaient en transe, surtout notre cadette, momentanément sortie de son état catatonique, qui a entamé une danse rythmée au milieu de la cour. Et puis on a sifflé la fin du temps, des vacances et du chaos. Les élèves ont été appelés par niveau, et on n’entendait pas tout à fait. Il a fallu pousser notre deuxième née dans le rang, tandis qu’elle jouait ses derniers jetons de résistance, le poids du sac de rentrée sur ses petites épaules. La grande avait disparu de longue date avec ses copines de toujours, prête à l’éternel recommencement des années qui se succèdent.
Alors nous voici, en 3e et 5e année, équivalent du CE2 et du CM2. Il y aura une dernière année du primaire pour notre grande B., celui-ci se terminant avec la 6e année dans le système québécois. Mais cette 5e année sera l’année décisive, celle des notes qui comptent pour le secondaire et des choix à faire. Pour la petite, rien de très compliqué, juste notre quotidien habituel : la gestion des amitiés difficiles qui se nouent et se dénouent au rythme des intrigues journalières. « Plus belle la vie » n’a rien inventé, elle est venue se servir dans le coin de cour des élèves de 8 ans, se susurrant des BFF à l’oreille avant de reprendre leurs bracelets d’amitié à grands cris.
Mais amitiés volages et décisions cruciales ne nous arrêteront pas, année 2023-2024, nous voilà !
Et pour vous, comment s’est passée la rentrée ?
-Lexie Swing-
Photo Sarah Pflug



























