
On est samedi, il est 9h et je suis au café. J’ai décidé de mettre le mois dans le titre pour retrouver plus facilement d’anciens articles. Une vie après l’autre, ça veut dire ce temps qui passe et ne s’arrête pas. Ce sont des enfants qui sont nés il y a une heure mais qui entrent au secondaire demain. C’est un titre comme on en voit mille sur les rayons des librairies. Aparté – j’ai une petite dent contre les éditeurs qui publient des livres d’un même auteur sous des titres très similaires. Souvent, c’est un package : le titre est semblable, la couverture est proche et si l’auteur(rice) est constant(e), les histoires le sont aussi. Je cherche des titres et butte sur les mots. Était-ce « La librairie des mots cachés? », « La bibliothèque des âmes perdues? », « Le café des souvenirs enfouis? ». J’aime les titres autant que les couvertures. Si je dois choisir un livre dont je n’ai jamais entendu parler, d’un auteur ou d’une autrice que je n’ai jamais lu(e), la singularité d’un titre et le graphisme d’une couverture font 80% de la job au moment du choix. La 4e de couverture et quelques pages lues au hasard font le reste.
Fin de l’aparté. Plusieurs d’entre vous ont gentiment répondu à mon dernier article en me donnant des nouvelles, et en me racontant ce qui s’était passé pour eux ces dernières années. La vie avance et l’histoire se déroule, inexorable. Inarrêtable, surtout. Les vies se succèdent, au rythme des enfants qui grandissent, des projets qui changent, des opportunités que l’on saisit et des drames qui jonchent, malheureusement, le chemin. Par rapport au début de ce blog, nous sommes dans la vie d’après, celle où nous sommes parents de grands enfants. Cette semaine a été rythmée par les visites d’écoles secondaires. C’est la 4e fois que l’on s’y colle, les visites se faisant dès la 5e année ici, puis de nouveau en 6e année pour confirmer les choix pour l’année suivante. Être le deuxième enfant, et probablement encore plus le 3e ou 4e, représente son lot d’aléas (tout autant que de bénéfices, cela va sans dire) et parmi eux, l’enthousiasme parental qui s’érode au fur et à mesure des étapes. Je me sens coupable de ne pas ressentir le même entrain que lors des premières visites de ma fille aînée. Et en même temps, il y a la doublure d’Emma Thompson dans Peter’s Friends qui me murmure à l’oreille : « Mais c’est tellement normal, Peter ». Et même si je ne m’appelle pas Peter et que le sujet était bien plus dramatique, je me console en me disant que oui, c’est tellement normal. Le plus dur, en dépit du stress de la nouveauté, c’est généralement la suite, le soufflé qui retombe et notre capacité à prendre le collier, encore et encore, pour répondre aux besoins et jouer notre rôle de parent. C’est un peu comme avec la course à pied : il faut cesser de chercher la motivation, mais plutôt enfiler ses baskets, prendre la route et mettre un pied devant l’autre en accélérant l’allure. La motivation me rattrapera au moment où je découvrirai que l’école offre des cafés gratuits aux parents désœuvrés qui, un plan à la main, cherche le local d’anglais ou la bibliothèque.
Parlant de course, nous sommes à un mois de notre prochain trail, B. et moi. Elle qui avait la taille d’une croquette, il y a quelques articles de ça, possède désormais des jambes assez longues pour courir dans la montagne. C’est notre troisième trail ensemble, les deux premiers ont été une expérience incroyable. Par contre nous détestons nous entraîner toutes les deux. Je trouve qu’elle s’écoute trop et elle me trouve chiante, je la trouve inconstante et elle me trouve lente, bref l’entraînement fait ressortir le pire de nous deux et le mieux que l’on ait trouvé est de s’entraîner séparément. Il s’agit plus de mon idée que de la sienne. À son âge, elle aimerait que je fasse un effort, me plie à ses exigences et me tienne coite en courant à ses côtés. Pour le moment, hors jour de la course où je deviens sa meilleure supporter, je n’en suis pas capable. Comme mon entrainement se fait en parallèle du sien, ça me coûte de devoir subir son allure ou ses brusques arrêts. Mais je sais que c’est une vérité tout autant qu’une excuse car il y a quelque chose de plus profond : j’ai beaucoup de mal à agir comme spectatrice lors qu’elle est impliquée dans une activité, notamment sportive. Son attitude, que je résumerai en disant qu’elle a souvent le pied sur la pédale de frein, vient chercher quelque chose chez moi d’un peu animal, qui doit remonter à l’enfance. Je n’aime pas non plus assister au cours de ma cadette mais pour une raison que j’arrive facilement à identifier : elle n’écoute pas, ou je la vois s’agacer sur les autres, et j’ai le sentiment que ça remet en cause l’éducation que j’ai pu lui donner. Mais pour B., c’est autre chose. Je sais que j’étais moi aussi une enfant un peu en retrait, jamais la première à se lancer. Je garde en mémoire une phrase d’une monitrice d’équitation dont j’ai oubliée la teneur exacte mais qui en substance montrait sa déception face au fait que je ne voulais pas prendre de risques et qu’il fallait toujours me pousser à me dépasser. J’enviais ceux qui tentaient, qui ne se posaient pas de questions et ne se projetaient pas dans l’après. Mais, à la différence – je crois – de ma fille, ça n’a jamais été la peur du danger mais celle d’échouer qui me poursuivait alors.
Pour le moment, je dis la vérité à ma fille : que ça vient me chercher comme personne et que je préfère qu’elle me raconte son cours ou sa course plutôt que d’y assister. Je sais qu’elle aimerait que je sois davantage présente. Doit-on toujours faire contre mauvaise fortune bon coeur? Museler sa nature profonde pour le bien de ses enfants? Est-ce qu’il y a une balance que l’on est en droit de trouver? Comment faites-vous, vous?
Il est 10h15, Tempête est arrivée. Elle est échevelée mais ravie, comme souvent lorsqu’elle sort de son entraînement de danse. Il fait un temps magnifique et le coffee shop vibre au rythme des conversations du week-end. Mon mal de tête a presque disparu et mon café est froid mais je voudrais embouteiller ces moments, ce sentiment d’être assise sur la bonne chaise, au bon moment, avec le cœur en équilibre.
Alors ce serait peut-être ça, le titre, sur la première de couverture. Le coeur en équilibre.
-Lexie Swing-
PS : cette semaine j’ai pris une journée off et je suis allée voir l’exposition World Press, en photojournalisme. Je vous la conseille si vous êtes à Montréal.
PPS: j’ai attaqué le dernier Sophie Astrabie, « Selon Barbara« , binge watché « Crew Girl » sur Netflix et écouté l’épisode de Thomas Pesquet dans Small Talk de Konbini.
« la singularité d’un titre et le graphisme d’une couverture font 80% de la job au moment du choix. »
Dans les foires aux vins aussi le graphisme de l’étiquette et le nom du vin doivent facilement représenter plus de la moitié de l’acte d’achat …ainsi va la vie !
Pour les bières de micro-brasserie, ça s’est beaucoup développé aussi. Je pense que ça a une importance réelle pour ce type de produits.
pour certains auteurs j’achète les yeux fermés ( je les ouvre pour lire rassurez vous !). Sinon oui la couverture peut attirer effectivement. Je lis bien sûr la 4eme de couverture et si je ne connais pas j’aime bien aussi lire quelques lignes. Depuis que je suis en retraite je n’achète plus beaucoup de livres. Dommage pour les auteurs. Ou alors je privilégie les formats poche. Mais je suis une abonnée assidue de la médiathèque. J’ai une amie qui y travaille et je lui soumet très souvent des titres à acheter quand je flâne dans les librairies.
Je fais la même chose ! Quand j’ai vraiment beaucoup aimé un livre, je m’étonne toujours de ne pas le trouver en bibliothèque, comme s’il y avait une évidence à travers ça. J’en achète peu aussi, au final, et j’en emprunte vraiment beaucoup.
Je préfère leur faire comprendre que chacun a ses besoins propres plutôt que de changer ma façon d’être pour eux. C’est le clé du savoir vivre en société.
Par ailleurs, je n’assiste pas à leurs entraînements (et peu à leurs compétitions). Comme ils n’assistent pas à mes entraînements :) Chacun sa bulle, son élément et personne ne se force.
J’aime ta façon de penser ! Tu ne trouves pas que dans la société actuelle, on nous demande d’être toujours plus présents ?
Si bien sûr et j’ai évidemment essayé de suivre au début.
Mais une fois face à une situation intenable (avec mon travail, le boulot de JB qui fait que je suis régulièrement seule avec les garçons, les tâches de la vie courante), il a bien fallu que je lève la tête et que je choisisse mes priorités !
En tout cas, j’aime comme vous vous êtes trouvé une activité commune avec B. Et encore plus que vous vous laissiez vous préparer chacune à votre rythme.
J’aime bien aussi être intriguée/interpellée par un titre de livre pour le choisir.
Rester ou pas aux entrainements de nos enfants – LA grande question. Ma fille aime que nous restions. Personnellement, j’ai toujours peur de gêner un peu le professeur et je me cale sur les autres parents. Si tout le monde reste, alors je reste… mais c’est vrai que je dois parfois mordre ma langue pour ne pas lui dire de se tenir tranquille, d’écouter,… Et je n’oserais pas sortir mon livre, j’aurais trop peur de passer pour un parent indigne. Pour le moment elle a presque 7 ans et ça se justifie de rester. On verra avec les années comment ça évolue.
7 ans c’est parfait, c’est encore important pour eux qu’on reste je pense. On voit leur évolution, c’est gratifiant. Pour B. on a décidé que je viendrais tous les 10 cours, pour mesurer le changement 😅
C’est un compromis pas mal en effet de venir à intervalles réguliers. J’y penserai à l’avenir :-)