Combien de fois peut-on écrire ça dans une vie ? Qu’est-on susceptible de commencer, encore une fois ? On change d’appart, de chum, de job, mais le renouveau se situe parfois dans des détails, dans un sentiment, dans une vie dont on reprend le contrôle ou une maladie qu’on laisse derrière soi. L’un des mots que je préfère dans la vie, avec « singulière », c’est « filigrane ». J’aime le discret, l’intangible, l’insoupçonnable, l’indéchiffrable, les jeux d’ombre et de lumière et puis les vérités nouvelles.
Mais ce n’est pas du tout ce que je voulais dire. Le titre est juste : j’attaque un nouveau chapitre de ma vie, bien tangible celui-ci : j’ai changé de job ! Je continue mon cheminement dans le milieu du recrutement en rejoignant à titre de conseillère en acquisition de talents une entreprise très implantée au Québec. Nous sommes d’ailleurs implantées au même endroit, dans ma ville, et pour la première fois, je travaille donc à quelques minutes de chez moi.
Lorsque j’ai réfléchi à rejoindre un nouvel emploi et que j’ai établi mes priorités, le fait de travailler à proximité de mon domicile arrivait dans le trio de tête. Après trois ans à travailler presqu’exclusivement à distance, j’ai réalisé à quel point le monde réel, au sens physique du terme, me manquait, et avec lui les conversations spontanées, les échanges instinctifs, où il n’est plus question de lever – virtuellement – la main pour prendre la parole.
Ayant joué un rôle de facilitatrice entre des entreprises et des candidats, j’avais envie d’agir désormais de l’intérieur, recruter pour « un seul », faire remonter aux entités dirigeantes la lenteur des processus, les incohérences des procédures, les manquements des systèmes, et surtout vanter les mérites d’une entreprise que je connais, que je côtoie et que je vis de l’intérieur.
J’ai dit à mes filles que j’avais été recrutée pour faire de l’acquisition de talents, la première a dit « quoi, tu changes encore ? », et la deuxième a demandé « félicitations, mais c’est quoi ton talent à toi ? Parce que moi, c’est la danse, tu veux voir ? ». Et après ça, la grande a voulu que je vérifie si l’entreprise était équipée d’une plastifieuse, et la petite a demandé à voir la salle de sports, alors je pense que ça y’est, elles sont prêtes pour ce nouveau chapitre elles aussi.
Bref, nous sommes le 26 juin, et j’ai commencé une nouvelle job.
Le printemps touche déjà à sa fin et l’été s’installe tranquillement. Les températures annoncées au Québec dès aujourd’hui sont d’ailleurs prometteuses et la petite troupe d’enfants de dix ans que j’ai accompagnée à la piscine hier n’a pas eu peur de sauter dans l’eau, malgré le fait qu’elle était à -1000 environ. A l’aube de cet été 2023, je voulais faire un petit retour sur les choses que j’avais particulièrement aimées, en ce quart d’année.
Une série : The Maid
J’ai découvert The Maid sur Netflix il y a un mois. La série, emmenée par la fabuleuse Margaret Qualley, construit l’histoire d’Alex et de sa fille, Maddy, à un tournant de leur vie. Victime d’abus de la part de son conjoint, Alex quitte leur mobilhome en pleine nuit, avec quelques affaires dans le coffre et sa fille sous le bras. D’hébergements temporaires en errances involontaires, de conseils inavisés en supports inattendus, Alex construit les bases d’une vie nouvelle. Mère en tout temps, elle est aussi « Maid », soit femme de ménage, et s’invite dans des vies autres que la sienne. Cette activité professionnelle lui offre le soutien financier nécessaire mais aussi la clé de sa nouvelle vie.
J’ai adoré cette mini-série, pour le jeu incroyable de l’actrice principale, pour celui toujours impeccable de sa mère, dans la série comme dans la vie, Andie McDowell, pour ce goût pour l’écriture que le personnage et moi avons en commun, et pour les paysages de l’Ile de Vancouver, où a été tournée la série. Un vrai coup de coeur !
Une balade : La marmite aux sorcières
Si vous vivez dans le Grand Montréal ou que vous prévoyez vous y rendre bientôt, j’ai une balade très chouette pour vous : la Marmite aux sorcières, à Sutton. Celle-ci est accessible gratuitement, et les chiens en laisse y sont les bienvenus. Nous en avions découvert la première moitié il y a quelques mois en rejoignant la balade depuis le village de Sutton. Cette fois-ci, c’est depuis le stationnement du Mont Sutton que nous avons débuté la balade, nous rendant dès le départ à la Marmite aux sorcières, avant de parcourir ensuite le reste du chemin. Ce circuit a tout pour plaire : un sentier bien aménagé, un cours d’eau qui serpente, une mini-cascade, de multiples endroits où pique-niquer, des petites plages de galets et un accès depuis le village.
Une recette : les baguettes de Chef Cuisto
Je vais souvent sur Chef Cuisto, un site québécois, lorsque je cherche une recette de base. Par exemple, des gaufres, ou bien des brioches à la cannelle. Mais ma recette préférée, c’est celle de leurs baguettes. Je fais souvent du pain mais je n’ai jamais eu la prétention de penser qu’il était à la hauteur de celui qu’on trouve dans de bonnes boulangeries : je n’utilise pas de levain et mon four n’a pas la puissance du leur. Cependant, le pain maison est une alternative économique et, tout juste sorti du four, il vaut généralement l’attente. Les baguettes de Chef Cuisto ont ceci de particulier qu’elles me rappellent ce pain très peu cuit que les parents de mes amies achetaient de temps en temps. En plus des baguettes traditionnelles, ils achetaient parfois cette baguette blanche, pleine de mie, presque sous-cuite. Cette recette de baguettes me fait voyager dans ce passé-là, à l’image d’une madeleine de Proust. C’est donc un peu la baguette de Lexie. Si vous voulez tester, voici la recette. Et si vous n’avez pas de tasses à mesurer, vous pouvez utiliser un verre doseur. Une tasse équivaut à 250 ml.
Une humoriste : Taylor Tomlinson
J’ai découvert Taylor Tomlinson grâce aux réseaux sociaux. Un jour, dans les vidéos proposées, j’ai vu apparaître un court extrait de ses sketchs. 30 secondes – c’est le temps que ça m’a pris pour devenir accro. Elle est tout ce dont j’ai besoin : vraie, sarcastique, vulnérable, féministe. Deux spectacles ont été mis en ligne sur Netflix : Quarter-Life Crisis et Look at You. Ses sujets de prédilection : le couple et la dynamique homme-femme, la société, la maladie mentale.
Une boutique : Do you speak Français
Je vous en ai peut-être déjà parlé mais Do You Speak Français est l’une de mes boutiques fétiches lorsque je veux faire un cadeau cute à un proche en France. Tenue par Gaëlle et Maxime, avec qui j’allais à Sciences-Po, cette boutique bordelaise est un bijou qui rassemble des produits uniquement français. Ils ont un talent fou pour dénicher de belles créations et offrir un service à la clientèle hors du commun. J’ai récemment commandé un carnet, une pochette et un bracelet. Les colis ont été expédiés dès le lendemain matin et chacun de mes proches a reçu un mot manuscrit transcrivant le message que j’avais tapé lors de ma commande. J’ai toujours envie de leur écrire pour les remercier de ce service impeccable qui me permet d’ajouter une petite touche personnelle malgré la distance alors merci (mille fois) et longue vie à votre jolie boutique ! Pour la découvrir, c’est sur leur site web ou 93 rue Notre-Dame, à Bordeaux.
Et vous, quelles découvertes avez-vous faites ce printemps ?
« Fais de ta passion ton métier et tu ne travailleras pas un seul jour dans ta vie ». Je suis certaine que vous avez déjà lu ces mots, probablement sur une publication de réseau social, avec en fond un pré de fleurs sauvages estivales. Les textes d’inspiration sont ainsi, ils se font le reflet du printemps, de l’été, du renouveau, de la sérénité des corps alanguis sous le soleil de juin, de la liberté surtout. Et j’en reviens ainsi à mes moutons, ceux qui paissent au milieu des prés en fleurs : est-ce que pour être comblé dans sa profession, il faut avoir choisi de faire de sa passion son métier ?
Comme beaucoup d’entre vous, j’ai eu quelques envies de futurs métiers, enfant. Je me voyais monitrice d’équitation, cavalière professionnelle. Pour construire le futur, je bâtissais sur mes fondations les plus solides : ma passion pour l’équitation. Étais-je trop lucide, ou pas assez naïve ? Ai-je simplement été le témoin auditif d’une conversation d’adultes ? Toujours est-il que rapidement, j’ai abandonné ce projet, en disant à une amie – et je m’en souviens encore – que si je faisais de ma passion mon métier, que ferais-je alors durant mes loisirs ?
Cette certitude m’a accompagnée durant toutes les années suivantes, ces années déterminantes qui nous mènent à choisir un métier, un premier métier au moins, celui pour lequel on chemine dans des études légèrement assommantes, selon le domaine. Autour de moi, les esprits étaient pratiques : certains voulaient l’argent, d’autres la sécurité, parfois les voyages, une certaine liberté, ou beaucoup d’avantages. Mais presque personne, autour de moi, n’a finalement choisi de faire de sa passion son métier (sauf un).
Pourtant nous en avions tous : il y avait les sportifs, les musiciens, les artistes peintres, les férus de théâtre. On traînait nos guêtres dans des compétitions dominicales, dans des représentations tardives, dans des concerts hésitants. On apprenait avec enthousiasme des nouveaux mouvements, de meilleures stratégies et des partitions toujours plus poussées. À nos corps défendants, nous reprenions la route des études ou du travail le lundi matin venu, impatients de voir revenir les soirs et les week-ends consacrés au loisir.
Aurions-nous dû faire d’autres choix ? Je me le suis parfois demandée, quand ma seule parenthèse dans des études de droit chaotiques était mon cours d’équitation du vendredi soir, qui s’étirait dans la nuit entre apéro généreux et fromages auvergnats. Que serait-il advenu de nous, si nos partitions, nos textes, nos baskets et nos pinceaux avaient été nos instruments du lundi matin. Aurions-nous été plus enjoués de voir la semaine recommencer ?
Plus tard dans ma vie, grâce à l’accès privilégié que m’a offert le fait d’être journaliste, j’ai rencontré des gens qui avaient fait de leur passion leur métier, souvent dans les arts ou les sports. Ils avaient autant de similarités que de dissemblances, mais tous avaient un point commun : une passion très forte alliée à une exigence de soi qui flirtait avec l’anxiété. Un comédien de théâtre a évoqué avec enthousiasme la pièce dans laquelle il jouait, avant de déclarer qu’il n’était plus capable d’être seulement spectateur. Un skateboarder semi-professionnel m’a raconté avec les yeux brillants l’endroit où il rêvait de compétitionner, en ajoutant à voix basse qu’il regrettait le temps où il roulait pour le seul plaisir de la sensation de liberté. Une ancienne artiste-peintre m’a dit qu’elle avait rangé ses pinceaux quelques années auparavant, alors qu’elle peignait depuis l’enfance, lorsqu’un galériste renommé dans le secteur lui avait passé le commentaire qu’elle n’était pas assez bonne pour prétendre vivre de son art.
Je suis effectivement persuadée que, pour bien vivre, certains d’entre nous ont besoin que l’emploi qu’ils occupent les passionnent. C’est ce qui a poussé, ces dernières années, un nombre assez notable de personnes à démissionner, pour se tourner vers un métier qui faisait davantage de sens pour eux. Cette grande démission a eu un résultat mitigé selon les articles qui fleurissent dans les pages lifestyle et emploi des magazines ces derniers temps, une partie des concernés regrettant, a posteriori, ce changement.
La vérité est qu’il faut toujours s’interroger sur ce que l’on attend d’un travail : qu’est-ce qui est primordial ? Sur quoi est-on prêt à faire des concessions ? Quelles sont les forces que l’on a et que l’on veut mettre en avant ? Et surtout, quelles valeurs veut-on retrouver ? Car, au delà du métier, et peut-être de la passion, il y a les valeurs, et lorsque l’on fait de sa passion son métier, on n’est d’autant plus à risque de devoir s’asseoir sur certaines valeurs, pour rester compétitif et financièrement stable, entre autres. On finira peut-être par produire des oeuvres pour répondre à une demande précise, on acceptera des conditions de travail discutables pour se faire connaître, on écartera le cheval qu’on a vu naître car il n’est pas assez bon.
Seule une poignée de personnes, finalement, feront véritablement de leur passion leur métier. Et une portion encore plus infime trouvera cela pleinement gratifiant. Pour les autres, dont je fais partie, je pense que l’important est de trouver un emploi qui met nos forces en valeur, et une entreprise où nos valeurs sont renforcées. Autant que faire se peut, nous devrions occuper des rôles pour lesquels nous avons un sentiment d’accomplissement, une impression – même fugace – de contribuer à quelque chose de plus grand que nous, et une reconnaissance véritable, par nos pairs, du travail que l’on accomplit. Le reste, pour moi, se joue en dehors de ces heures-là, sur un sentier de course, dans un cahier de notes, derrière les pages d’un roman. Mes passions s’intercalent, font de moi qui je suis sans être ce que je fais. Elles sont une respiration, parfois une échappatoire, toujours une nécessité, mais elles sont l’annexe A d’un dossier déjà bien rempli. Et c’est très bien ainsi.
En 37 ans, j’ai eu la chance de parcourir plusieurs grandes villes d’Europe : Dublin, Londres, Rome, Barcelone, Copenhague. Oslo n’en faisait pas partie. Même si j’ai toujours été attirée par les pays du Nord, l’émigration de l’autre côté de l’Atlantique a mis un vrai frein à notre découverte de l’Europe et bien des endroits resteront probablement inexplorés (par nous en tout cas) (pour le tout-Instagram, tout est encore possible).
J’avais l’espoir de partager plus d’articles sur les voyages. D’une, parce que c’est beau. De deux, parce que cela aurait signifié que l’on voyageait enfin. Nous avons fait la Colombie-Britannique et projetons la Gaspésie. Ma carrière de blogueuse voyage va donc s’arrêter rapidement.
Heureusement, en matière de voyages, je peux compter sur ceux qui m’ont vu naître et chérissent les découvertes autant que moi. Sous la plume de mon père et l’oeil de ma mère, je vous invite donc à découvrir Oslo, cette belle du Nord que j’aurais aimé découvrir, tant tout y semble apaisé.
ÉLECTRISANTE OSLO
Dès la descente de l’avion à l’aéroport de Gardermoen, le voyageur (surtout le français) entre dans un autre monde que celui auquel il est habitué. D’abord grâce à un accueil sympathique des personnels au sol qui va se prolonger plus tard avec la même sollicitude dans les commerces et restaurants de la capitale norvégienne.
Puis un train rapide (le Flytoget) vous emmène jusqu’à la gare centrale d’Oslo et là, le coup de foudre vous tombe dessus dans le plus parfait…silence, car les artères sont parcourues seulement par des moyens de transports électriques.
Oslo est en effet une élève modèle de l’écomobilité, depuis 2019 elle est classée capitale verte européenne: tramways, métros, bus, autos, vélos et trottinettes, tous les véhicules y circulent en silence ou presque.
L’hyper centre est en grande partie piétonnier et la ville se visite aisément à pied, en trottinette ou en vélo afin de profiter du charme de ses quartiers et de ses vastes parcs.
Pendant les longues soirées d’été, le soleil se couche (très) très tard et les habitants en font de même, surtout en fin de semaine.
En hiver la ville s’habille de blanc et ses habitants se réfugient dans leurs intérieurs cocoon. Mais comme les norvégiens sont sportifs, ils profitent aussi des pistes de ski de fond balisées et éclairées tous les soirs sur les collines qui entourent leur capitale et pratiquent assidûment l’art du sauna.
Une réelle qualité de vie entourée de beauté (non, je ne parle pas seulement de la population!).
Tout est douceur, design et convivialité architecturale, mariant avec harmonie l’ancien et le contemporain.
Malheureusement toute médaille a son revers et il faut le reconnaître la vie est (très) chère à Oslo, comme d’ailleurs dans le reste du pays, surtout en ce qui concerne la nourriture et l’hébergement. Par exemple plus de 8 € un grand café, 15€ pour une assiette de penne végétariens ou 12€ pour une pinte d’Amundsen Apocalyptic à la pression.
Par contre les tarifs des musées et des transports deviennent intéressants si vous achetez un forfait “Oslo Pass” pour une durée de 1 à 3 jours qui inclut les trajets et les entrées pour un tarif canon et même des réductions dans certains hôtels ou restaurants. Exemple : 895 Couronnes Norvégiennes soit 75€ pour 3 jours de transport et visites de musées. En plus, il est possible de bénéficier de tarifs réduits pour les 6-17 ans et les plus de 67 ans (âge de la retraite en Norvège).
Il est midi 30 mais chez lui le repas est passé. Je m’excuse de mâcher en l’écoutant, il me répond qu’il faudra que je parle, quand même. Il discourt sur le temps qu’il fait, en plein coeur du Brésil. Me loue les mérites de la paçoca – une friandise locale qu’il ingurgite au lever avant de partir courir. Parfois, son accent écossais reprend le dessus et ma compréhension s’effrite. Ensemble, nous débattons sur les fake news, la société occidentale, l’écologie. Nous partageons nos constatations d’immigrés, comparons nos vécus et protégeons la sphère de l’intime. Nos fonds d’écran sont neutres, nos familles anonymes, nos statuts implicites. Seul reste l’échange.
Cet interlocuteur, c’est mon prof. Un Écossais émigré au Brésil qui m’enseigne l’anglais à moi, une Française émigrée au Canada.
Il y a quelques mois, mon employeur nous a proposé de prendre en charge, à notre bénéfice, des cours d’anglais. Celles qui le souhaitaient pouvaient ainsi prétendre à se former hebdomadairement via une plateforme virtuelle. L’une de nous a testé plusieurs services pour ne retenir que celui qui cochait le plus de cases : complet, facile d’accès, individualisé. C’est la plateforme Preply qui a raflé la mise.
À mes débuts, j’ai eu la possibilité de tester différents profs. Je pouvais ainsi acheter un cours d’essai, le planifier, échanger durant une heure avec le professeur et passer au suivant. Certaines de mes collègues en ont essayé cinq ou six. L’avantage : cela permet de payer à l’unité quelques cours. L’inconvénient : il n’y a pas de continuité dans l’apprentissage, chaque prof tentant d’établir un début de collaboration.
Avant de tester le cours de mon professeur, j’ai commencé par remplir un test en ligne, assez détaillé, afin que la plateforme puisse établir mon niveau et ainsi transmettre au prof des activités et exercices en lien avec mes attentes, mes intérêts et mes capacités. Dans mon cas, j’étudie ainsi l’anglais des affaires et certains sujets plus généralistes, comme le fonctionnement neurologique ou l’évolution climatique.
Pour choisir mon prof, j’ai pu visionner des tas de biographies des professeurs proposés, écouter un enregistrement vidéo les mettant en scène, lire les commentaires (même si c’est subjectif, n’est-ce pas ?) rédigés par leurs étudiants, consulter leur tarif et voir d’où ils venaient. C’est finalement une collègue qui m’a recommandé l’un de ceux qu’elle avait testés, arguant qu’il avait « le même humour que moi ».
Depuis quelques mois, j’ai donc rendez-vous hebdomadairement avec ce professeur. J’ai choisi la formule la moins dispendieuse, soit un abonnement de 4 cours, renouvelable chaque mois. En tout, cela me coûte 60$ US. Certains profs sont moins chers, d’autres le sont beaucoup plus, dépendamment de leur expérience et de leurs études.
Les exercices sont fournis par la plateforme et servent de support à la leçon. Ils se divisent, pour ma part, entre la partie introductive d’un sujet, comme un texte à lire ou une vidéo à regarder, suivi d’une phase d’échange sur des points spécifiques du thème, avant de réaliser de courts exercices écrits, puis de clore par une discussion plus large sur une question ouverte. Pour moi, c’est une formule très gagnante : je peux dialoguer, confirmer la prononciation de certains mots, me faire expliquer des expressions ou des difficultés grammaticales et réviser des points précis. Selon certaines études, deux cours par semaine seraient nécessaires pour atteindre une certaine progression dans un délai raisonnable. Pour ma part, le ratio coût-bénéfice est suffisant ainsi. Et l’échange avec une personne d’une autre nationalité, vivant dans une autre réalité, habitée par son propre passé, mais avec lequel j’ai donc « un humour commun » (le sarcasme), ce n’est que du bonus.
Si jamais vous avez envie de tester Preply, sachez que la plateforme permet de partager des codes de parrainage offrant un rabais. C’est de cette façon que j’ai obtenu gratuitement mes premiers cours d’essai, alors ne vous privez pas, vous avez juste à suivre ce lien Preply. Si vous testez, donnez m’en des nouvelles ! Et notez que beaucoup d’autres cours de langues sont disponibles sur la plateforme.
Avez-vous déjà mis un commentaire à quelqu’un sur un site particulier ? Aujourd’hui, on est amené à le faire partout et pour tout. Le plus fréquent, de mon côté, c’est avec AirBnB; impossible de s’en sortir sans le sacrosaint commentaire. La plateforme envoie des rappels réguliers, pour finalement sortir son joker : votre hôte a écrit un avis vous concernant et vous ne pourrez y avoir accès qu’après l’avoir noté à votre tour.
Jusqu’à récemment, j’étais toujours dans la cour des commentateurs. J’étais de ceux qui ont sous leurs doigts le destin des autres, prêts à brandir leur pancarte en cas de salto mal exécuté. Généreux dans leurs points, irascibles dans leurs mots. Mon métier ne se prête guère aux notations et à l’exception du hunter, une discipline équestre dans laquelle j’ai excellé jusqu’à prendre un oxer à l’envers – la fin d’un règne, a minima – je n’ai jamais été soumise aux yeux scrutateurs de juges à l’air revêche et aux phrases ampoulées (j’aurais toute ma place dans ce jury).
Récemment, j’ai cependant commencé à promener des chiens et à m’occuper d’animaux chez eux durant l’absence de leur maître. Sur l’application que j’utilise, les gardiens sont répertoriés par secteur et affichent un nombre d’étoiles correspondant à la notation qui leur est donnée par les maîtres qui utilisent leur service. Dans ma zone géographique, la plupart des gardiens affichent fièrement leurs cinq étoiles. Sur cette plateforme comme ailleurs, les 4 étoiles et moins sont vus comme ceux qui ont failli et à qui l’on n’accorde qu’une attention secondaire. Qui voudrait pour ses animaux d’un gardien qui ne donne pas son 100%?
Ironiquement, dans mon secteur, celle qui n’a que 4 étoiles, c’est moi. Et la raison en est plutôt cocasse. Pendant longtemps, je n’ai guère eu de commentaires ou de notes. Mes clients m’envoyaient des messages de remerciements, mais rien de plus. Et puis récemment, j’ai eu un gardiennage plus massif à effectuer : de nombreux animaux et différentes choses à vérifier. Le temps passé sur place était plus long et j’ai fait du zèle, côté nettoyage, afin que ma cliente retrouve sa maison dans un état décent, après ses vacances. Pour la peine, la cliente a demandé à me verser un montant supérieur à celui que je demandais, arguant que ses animaux étaient plus nombreux que ceux d’un gardiennage normal.
À son retour, elle m’envoie un message enthousiaste, louant le travail effectué et la qualité du service. Et puis elle ajoute qu’elle va taper un petit commentaire à mon bénéfice sur la plateforme. Lorsque celui-ci arrive, je clique sur le lien, impatiente de découvre ses mots que je devine élogieux. Et ils le sont ! Et puis la notation s’affiche : 4 étoiles. J’affiche fébrilement le décompte et le couperet tombe : 1 sur 5 pour le ratio qualité-prix, 4 sur 5 pour la justesse de l’annonce. Les autres points affichent 5 étoiles mais le 1 sur 5 fait tomber ma note en conséquence. C’est la première fois que je suis notée depuis que je propose des services de gardiennage et j’affiche désormais un piteux 4 sur 5, reliquat honteux aux côtés des 5 sur 5 fièrement claironnés par mes pairs.
Aussitôt, je saisis mon téléphone et écris à la cliente concernée. Ai-je commis un impair? A-t-elle connu une insatisfaction dont elle ne m’a pas parlé ? Elle me dit ne pas comprendre alors je lui envoie les captures d’écran. À l’autre bout de la conversation, les messages se font le relais de son incompréhension. Elle n’est pas allée au bout de la jauge d’étoiles pour l’annonce, et n’a même pas vu la dernière question sur le prix. Et c’est ce dernier point qui fait chuter le tout : un clic trop rapide sur une confirmation standard. La note n’est pas le reflet de son avis réel et elle ne peut que s’excuser. A ses yeux, je suis une gardienne hors-pair, aux yeux des usagers, je suis désormais un second choix. Et si elle a, depuis, gentiment écrit à la plateforme pour tenter de rétablir la notation, rien n’indique que celle-ci pourrait changer. Qui leur dit, après tout, que je ne l’ai pas menacée ou tenté de la corrompre en échange de bons points ?
Cette chute (à l’arrière du peloton) m’a fait réfléchir à ce système d’avis que l’on laisse sur tout et n’importe quoi : un logement, un nouveau coiffeur, un restaurant de quartier, ou un oreiller dernier cri. On porte aux nues, on enterre sous les ronces, on élude, on s’interroge, on soupèse le prix payé et le service rendu, on mesure le sourire de la crémière et le caractère de son fromage, on se sent comme à la maison, on vitupère sur la lenteur d’un service, on applaudit la rapidité d’une exécution, on dit que c’est trop cher et rarement que ça ne l’est pas assez.
Je me suis interrogée sur ces avis que je parcours et ces services que je n’utilise pas car leur notation est trop faible à mon goût. J’ai pourtant été souvent surprise : des commentaires dithyrambiques à l’égard d’un restaurant dont les plats étaient servis tout juste dégelés. Ou une absence de notations pour un vétérinaire établi de longue date à qui j’aurais confié l’âme de mon chien. J’ai parfois été amusée de ce qui fâche les gens, de ce qui plaît, de ce qui irrite, de ce qu’ils concèdent. Je n’avais cependant jamais réalisé que parfois, il n’y a pas de véritable explication à une note moyenne, sauf des doigts trop pressés et un site mal fait.
Lors de notre dernier voyage, j’ai mis longtemps à rédiger un commentaire à l’égard de nos premiers hôtes AirBnB à Vancouver. L’appartement avait été nettoyé et décoré avec un soin rare, et les hôtes s’étaient montrés d’une disponibilité et gentillesse incomparables. Je voulais que mon commentaire reflète mon enthousiasme. Quelques jours plus tard, autre difficulté : le logement que nous quittons, dans un autre endroit de la Colombie-Britannique, est sale et mal équipé. Aucun commentaire précédent ne reflétait ce point, pourtant il est impossible de passer à côté de traces de crasses sur les murs et de l’épaisseur de saleté sous les meubles et le lit. Lorsque la plateforme me demande mon avis, je ne sais que faire : être honnête et porter atteinte à la réputation de ces hôtes ? Ou faire semblant de rien et continuer la salve de prétendues opinions positives qui s’accumulent sur la page du logement ? J’ai longtemps hésité et pris la décision de ne rien dire : j’ai affiché le strict minimum, remercié pour le séjour. Au moment de noter la propreté, j’ai douté et puis j’ai cliqué : 4 sur 5. Un petit rien du tout, juste au cas où.
Comment allez-vous ? Que vous a apporté ce mois de mai jusqu’ici ? Avant toute chose, je voudrais vous remercier pour tous les petits mots reçus après mon dernier article. Je vous sais désormais présents, même si vous ne partagez pas toujours vos points de vue avec moi, et ça me fait plaisir de savoir que vous êtes là, quelque part.
Il y a plusieurs choses qui me sont venues en tête cette semaine. A des moments inopportuns bien entendu, et j’ai donc perdu quelques sujets en route. Mais parmi eux voici ce qui m’a traversé l’esprit.
Brèves de course
Ça fait une vingtaine de mois que je cours. Si j’étais un bébé, je saurais marcher désormais. C’est dire si je suis une version évoluée de moi-même. Mon cheminement est en dents de scie : tantôt je file comme le vent et tantôt je me lamente au bout d’un kilomètre. J’ai quand même atteint il y a quelque temps une nouvelle étape, en terminant le 10 kilomètres de la Sun Run de Vancouver avec assez d’allant pour accélérer durant le dernier kilomètre.
Depuis, je me traîne. La chaleur qui a débarqué ces derniers jours à Montréal a raison de mon souffle, et la morosité qui plane sur ce printemps – à quelques égards – fait plier ma motivation. Une fois de plus, l’autre soir, je me suis retrouvée fatiguée au bout de deux kilomètres. Mon esprit bataillait contre mes jambes. Renoncer, et marcher ? Continuer mais à quel prix? Je songeais à mon application Strava qui enregistrait mon temps et à la distance envisagée qui réduisait à mesure que grandissait mon envie d’abandonner.
Il faisait soleil et l’air était doux. Tempête était à la danse et c’était un rare temps pour soi que je m’offrais. J’ai ralenti la cadence et coupé l’application. Et puis je me suis mise à marcher. J’ai pris la cote en direction du parc naturel qui borde notre ville. En chemin je me suis remise à courir. Et puis à marcher. Et lorsque j’ai atteint le sentier du parc, j’ai couru de nouveau. Je me suis arrêtée au bord du lac et j’ai observé le bal des outardes dans la sérénité du soir. Il n’y avait pas de montre à arrêter, pas de temps qui comptait. J’ai pris le chemin du retour et j’ai couru dans la pente. Ma queue de cheval rebondissait sous la pression de l’air et mes jambes étaient légères. J’ai longé le terrain de sport et balancé la tête au rythme des sifflements d’une arbitre et des encouragements de joueuses restées sur le banc.
Je suis revenue à la salle de danse. Je n’avais pas de temps, pas de course à partager. Mais l’espace d’un instant j’ai eu le monde sous mes pieds, bien ancrés. J’ai couru comme un enfant, pour le plaisir des pas qui rebondissent et du vent qui entraîne. Et ça m’a fait un bien fou.
La pause de midi
Parlons de spontanéité. La semaine dernière a été un peu éprouvante côté école. Des questions d’amitiés difficiles et de repas passés un peu trop seule. Vendredi est arrivé, portant en lui la promesse d’une journée ensoleillée. J’ai pris ma décision sur un coup de tête et j’ai écrit à l’école. Ce midi, mes filles seraient de sortie. A l’heure dite, nous les attendions. Sur le siège arrière, un pique-nique bien garni. Et dans le coffre, notre belle Poppy. On a embarqué notre petit monde vers un parc tout proche. Au menu, des sandwichs, des chips, des jeux et des courses folles avec la chienne.
Je me suis demandée quand, dans nos vies, nous nous autorisions vraiment à sortir du schéma établi, à déroger à l’horaire, à inventer un autre agenda, une nouvelle perspective.
Je me suis souvenue de chaque minute de ce moment. De la petite araignée, du soleil un peu chaud et du vent un peu froid. Du bruit des souliers dans le paillis. Du buisson dans lequel les filles s’étaient cachées. De Poppy à bout de souffle d’avoir trop couru. Des pierres sur lesquelles nous avons pique-niqué, faute d’avoir retrouvé la couverture. De la petite fille au chapeau oublié.
Et puis des tulipes
C’est anecdotique mais quand même. A l’automne dernier, j’ai acheté pour la première fois des bulbes de tulipes. J’aime bien les tulipes mais je n’aime pas tant les bouquets alors les voir pousser dans ma cour arrière me semblait une belle idée. Comme je n’aime pas trop le jardinage non plus, j’ai confié le sac à Tempête avec pour mission de planter les bulbes où bon lui semblait.
Depuis deux semaines, des tulipes fleurissent dans ma cour à des endroits impromptus et je trouve ça merveilleux. Je n’en attendais rien, j’ignorais où elles se trouvaient et je les découvre aujourd’hui avec le même plaisir que des fleurs sauvages qui auraient poussé à un endroit insolite.
Et je crois que c’est un peu ça, mes pensées du jour : s’autoriser de la spontanéité, déroger au cadre établi et trouver de quoi illuminer ses journées, une tulipe à la fois.
Mai est un mois qui sonne comme un renouveau. Il y a quelque chose de neuf, définitivement printanier, une odeur de promesses dans ce mois coloré. Les premières chaleurs sont là, mais elles restent ponctuelles, invitantes.
Je suis tombée enceinte de ma première fille en mai, il y a onze ans. Quelques jours avant, je lançais ce blogue. L’écriture et la maternité, deux beaux projets qui ne m’ont plus quitté. Deux projets qui se sont entrecroisés depuis, l’un inspirant l’autre, ou l’aspirant parfois, rapport à l’énergie que cela demande, d’être parent. Il y a quelque temps, l’enfant du premier projet a par ailleurs choisi le prénom d’un personnage pour mon projet numéro deux (un roman, pas un autre enfant) (j’ai déjà un autre enfant et ce projet-ci a fermé boutique), preuve qu’ils sont liés à jamais.
Je voulais profiter de l’arrivée des beaux jours pour faire le point. En janvier dernier, je vous proposais une nouvelle danse, une dernière danse, une valse interminable d’une année entière où chaque mardi, j’allais vous proposer un article. Pas de thème imposé, pas de structure précise, seulement une seule règle : publier à jour fixe. Parfois j’ai dû limiter les caractères pour ne pas vous perdre, parfois j’ai eu l’inspiration d’un escargot desséché par l’été, souvent des textes entiers me sont venus tandis que je prenais ma douche, conduisais ou courais, preuve s’il en fallait que mon esprit aime bien se moquer de moi. Sachez donc qu’il y a des textes entiers écrits seulement dans ma tête que vous ne lirez jamais, des phrases bien rythmées, des expressions fines, des images atypiques. Dans ma tête je suis Ronsard, sous mes doigts je suis juste moi.
J’ai parfois cru que personne ne me lisait, faute d’interactions. Mon anniversaire m’a prouvé que vous étiez bien là, en sourdine, prêts à prendre le clavier pour célébrer avec moi – merci pour ça ! Depuis six mois, vous avez été réguliers, une trentaine de personnes tout au plus par jour. Sauf le 2 mai, là vous avez été 866. La source en est Instagram, l’origine est probablement l’un(e) d’entre vous – merci encore une fois.
Je me suis souvent demandée si l’on devait respecter un certain créneau pour fidéliser des lecteurs. Aurais-je dû parler uniquement de parentalité ? De petits plats ? De bouquins ? La vérité est que j’aurais certainement pu développer davantage le blogue ainsi mais je n’aurais pas tenu 11 ans. J’aurais tenu deux minutes parce que mes sujets sont le miroir de ce qui se passe dans ma tête : un joyeux bordel.
Quand j’étais journaliste, j’étais généraliste, et des généralistes comme nous, on disait qu’ils savaient un peu sur beaucoup de sujets, à l’inverse des spécialistes qui savent beaucoup sur un nombre plus restreint de domaines. Je suis une généraliste dans l’âme, par peur de l’ennui et aussi parce que je nourris un syndrome de l’imposteur très fort. J’ai souvent un doute avant de répondre à une question dont je devrais maîtriser parfaitement la réponse. Et si celle-ci n’était plus vraie ? Et si un facteur avait changé ? Il n’y a que dans ma propre parentalité que je ne nourris pas de doute, ce qui est surprenant, quand on y pense.
Ce blogue s’est construit au fil de nos échanges. Il est à l’image des conversations que je pourrais avoir avec vous, à l’image de celles que j’ai avec mes amis proches. Lorsque nous parlons d’enfants, de courses à pied, d’un chouette bouquin, d’un nouveau podcast, de nos dernières vacances, d’un service que j’ai essayé, d’un magasin que j’ai bien aimé, etc.
Mais je voulais quand même vous posez la question : qu’est-ce que vous vous attendiez à trouver en venant jusqu’ici ? Et quelle conversation aurions-nous vous et moi si nous nous retrouvions demain à la terrasse d’un café ? J’espère en tout cas qu’il ferait beau. On serait assis loin des fleurs parce que j’ai peur des abeilles, je serais probablement un peu en retard, même si j’habite à côté (surtout si j’habite à côté), je prendrais probablement un café sans-rien-dedans-oui-noir-s’il-vous-plaît, j’aurais déjà regardé le menu avant de venir et la première chose qu’il me resterait pour toujours de vous serait votre voix. Pour le sujet de conversation, c’est vous qui décidez !
Tous les parents connaissent le tunnel du soir. C’est celui qui s’étire du retour des enfants à la maison au fameux coucher. Plus les années passent, plus celui-ci peut devenir difficile. On est moins complaisant face aux demandes de son « grand » de 8 ans que pour les caprices de son deux-ans. On a des attentes plus grandes, aussi, par rapport à leur autonomie et à leur apprentissage. Quand il faut répéter à son enfant de dix ans de cracher dans le lavabo et pas sur le miroir, ou quand l’enfant de 7 ans fait la sourde oreille quand on lui demande pour la 5e fois d’aller se doucher, c’est tannant. Quand ça fait 6 ans que tu répètes qu’il faut séparer les culottes des pantalons avant de les mettre au sale, ou que l’enfant oublie un jour sur deux de débarrasser son assiette en sortant de table, ça te hérisse le poil. Quand le 11 ans se rend toujours compte à l’heure du coucher qu’il a un devoir à rendre pour le lendemain, ou que ta 9 ans a encore oublié sa gourde à l’école, ça n’en prendrait pas beaucoup plus pour que l’on parte en claquant la porte. Ça fait des années que je réfléchis à la meilleure façon que tout le monde survive au tunnel du soir, et voici mes recommandations.
Sois dans l’action
Se reposer sur un fauteuil à 18h? Pour le bien de ta santé mentale, oublie ça tout de suite. Il n’y a rien de pire que de devoir pousser des enfants à agir depuis son canapé. Ils vont, viennent, ignorent les suppliques parentales. En étant allongé sur le canapé, on se prive de la possibilité d’agir, du contact oculaire et la frustration va grandissante à mesure que disparait la possibilité d’obtenir quelques minutes de précieux répit. Alors quitte à s’agiter, autant le faire pour de bon : lançons le souper en même temps que les devoirs, trions le linge sale en même temps que le bain et faisons réviser les leçons entre deux bouchées. Le canapé sera toujours là à 20h, et avec un peu de chance, le silence aussi.
Anticipe
Rien de pire dans la vie parentale que de se retrouver pris au dépourvu : plus de patates pour épaissir la soupe, pas de justaucorps propre pour le cours de danse, aucune pancarte 2*3 pour coller les feuilles de l’exposé pour le lendemain. Le tunnel du soir, pour peu que tu le fasses seul(e), a vite fait de tourner à la débâcle s’il manque un élément majeur. Alors avant de rejoindre ton canapé (voir point précédent) la veille, passe rapidement en revue la journée et soirée prochaine, et anticipe souper, sorties et autres devoirs dont on ne t’a pas encore parlé.
Mets le travail sur pause
Que tu prévois réouvrir ton ordinateur en soirée ou que ta journée se soit terminée pour de bon à 17h, ferme à double tour la porte de ton bureau et mets toute ton énergie à ressortir du tunnel dans lequel tu t’es engouffré. Vouloir jongler entre les devoirs et les courriels du bureau, c’est la recette parfaite pour une catastrophe. Soit l’enfant, laissée sans surveillance, aura repeint le mur de l’entrée en trois façons (mûres – framboises – substance non identifiée), soit un collègue, leurré par le Teams affichant « disponible » t’aura appelé en plein combat de coquillettes et tu lui répondras avec toute la dignité possible (aucune). Si tu ne veux pas commencer à dire à ton enfant qu’il doit finir ses petits pois « avant la deadline », sinon ça va être un « deal-breaker » et tu vas « shooter un email au Père-Noël », décroche.
Se connaître
Des enfants fatigués + des parents surmenés, c’est le cocktail explosif parfait. Pour limiter les risques, apprends à repérer ce qui vient te chercher davantage. Est-ce les bruits, les interpellations incessantes? Est-ce les répétitions, les demandes jamais honorées, les bains qui débordent et les sols qui se salissent? Quand on grandit, comme parent, on se rend compte que certaines choses nous atteignent plus que d’autres. Le bruit, pour moi, est l’une d’elles. Les enfants sortent de l’école, ils sont surexcités, ils veulent raconter leur journée, parlent les uns par dessus les autres, etc. J’ai longtemps cru que je pouvais contenir ce flot de paroles, mais c’est vain car le besoin est là, et je me rappelle encore l’empressement que j’avais, après certaines journées d’école, à raconter ma journée. Alors depuis, je me cherche des alternatives, pour accueillir leur enthousiasme sans que cela devienne chaotique : une balade avec le chien s’il fait beau où la rue dilue le volume sonore, un retour un peu plus long en voiture le temps que chacune raconte sa journée, un moment seul à seul pendant qu’un des enfants regarde quelques minutes de télévision, etc. J’ai lu que 15 minutes étaient suffisantes pour que l’enfant se sente délesté de sa journée et prêt à passer à autre chose. Autant l’accorder une bonne fois que de tenter une écoute en pointillés qui ne satisfait personne. Et lorsque le moment semble passé, je m’autorise à renvoyer tout le monde à ses menues activités et à glisser un peu de musique dans mes oreilles, pour faire écran.
Je vous raconterai bientôt la suite de nos aventures en Colombie-Britannique. Après Vancouver, nous avons pris le ferry et découvert de nouvelles contrées. Spoiler : il a plu. En attendant, pendant la traversée, j’ai attaqué un tout nouvel ouvrage, dont je vous reparlerai bientôt, sur les investissements. Dans le livre, qui a vocation à expliquer comment mettre de l’argent de côté dans le but de l’investir ensuite, l’autrice raconte comment l’un de ses amis a acheté une voiture de luxe pour se faire plaisir. Elle lui a alors demandé s’il aurait dépensé cette somme-ci pour cette voiture-ci, si personne n’avait pu la voir. Et il a finalement admis que non. Cette question, c’est la fameuse interrogation des achats un peu impulsifs, qu’on aurait potentiellement pu éviter. De ceux que l’on fait pour afficher un certain niveau de vie, ou pour suivre ceux de nos amis. Ou pour imiter les gens que l’on suit sur les réseaux sociaux et qui vantent le dernier accessoire indispensable à la mode. Et c’est la question, plus large, de ce dont on a besoin pour vivre selon nos souhaits.
De combien avez-vous vraiment besoin pour être heureux? Est-ce que vous vous êtes déjà posé cette question? Quand on est arrivés au Québec il y a dix ans, on gagnait moitié moins que ce que l’on perçoit aujourd’hui. Nous avons ajouté un enfant à l’équation, certes, mais nos salaires ont donc doublé, et nous n’avons toujours pas franchement plus d’argent de côté. Parmi les personnes avec lesquelles je collabore dans mon travail, certaines d’entre elles ont des salaires conséquents, des salaires bien supérieurs à tous ceux que je pourrais imaginer. Or quand je leur demande leurs attentes salariales et leur flexibilité, plusieurs reconnaissent qu’ils ne peuvent guère se permettre un salaire en-deçà. En-deçà de 200 000 dollars, par exemple. Or on parle de gens qui ont débuté leur vie et leur carrière en bas de 80 000 dollars. Comment se rend-on à ce train de vie-ci? À quelle moment décide-t-on que la petite maison de banlieue n’est plus assez grande? Que la voiture n’est plus assez luxueuse? Que l’hôtel n’offre pas assez de services?
Il a été déterminé que cela prend un certain montant pour être confortable dans sa vie, et heureux. Mais il a aussi été montré qu’au delà d’un seuil, une insatisfaction s’installe, et ultimement un désarroi, lié directement aux responsabilités et heures qui vont de pair avec les emplois les plus rémunérateurs. Vous-êtes vous déjà arrêtés pour vous demander, entre deux réunions, si tout cela avait un sens? Si vous ne seriez pas plus heureux, entre deux vaches et une petite rivière, à cultiver un lopin de terre en auto-subsistance? Moi si, parfois. J’aurais des Highlands même, parce que ce sont les plus belles vaches du monde. Quand mes enfants me poseraient des questions, je les regarderai dans les yeux, parce que je n’aurais pas un courriel qui vient de rentrer dans ma boite. Et au bout de la journée, j’aurais la fatigue de ceux qui se reposent peu et non la lassitude de ceux qui s’assoient trop.
La vérité, c’est qu’on est retenu dans notre élan, épinglé dans notre envie d’une vie plus simple parce qu’un emploi moins bien payé aurait un impact direct sur notre capacité à honorer financièrement la vie qu’on s’est créée. Et l’on est tenu par ce boulet que l’on s’est nous-mêmes accrochés à la cheville.
Alors tenez, je vous pose la question : si vous n’aviez pas de charge particulière, disons la frugalité d’un moine dans vos dépenses et pas de mouflets à nourrir, que feriez-vous? Quel emploi occuperiez-vous? Dans quel logement vivriez-vous? Et dans quoi vous déplaceriez-vous?