Ces choses infimes que l’on partage

Dans le bus, il y a beaucoup d’échanges, de partage. Entre personnes qui se connaissent, qui ne se sont pas croisées depuis longtemps et vont débiter les événements des cinq années passées en 20 minutes de trajet.

Mais des échanges, il y en a aussi entre tous ces voyageurs qui se ne connaissent pas. Souvent, ils partagent sans le savoir, ils communient ensemble, sourient d’une même blague, s’épongent le front d’un même geste, froncent les sourcils devant la même information.

D'un même mouvement./ Photo Pulbic Places

D’un même mouvement./ Photo Public Places

C’est ce type qui découvre les chiffres de la bourse sur la page du journal que tient son voisin. Quand celui-ci se lèvera pour descendre du bus, il laissera négligemment le journal sur son siège, grand ouvert à la page partagée.

C’est cette fille qui suit l’intrigue d’un roman par dessus l’épaule de sa voisine. Elle plisse le nez, perdue par les éléments des premières pages qu’elle n’a pas lues, s’émeut face aux dialogues poignants, soupire en silence quand la lectrice tourne la page avant qu’elle l’ait terminée.

Ce sont ces deux gars qui rigolent en coeur, inconscients de rire ensemble. L’un regarde la vidéo d’un bêtisier sur son cellulaire grand format. L’autre, debout dans son dos, s’esclaffe à chaque chute grotesque et autres pitreries de chat.

C’est cette jeune femme qui est devenue mon interlocutrice privilégiée pendant 5 minutes. Qui m’a confié qu’elle espérait que sa fille marcherait pour Noël. Que tous les soirs, elle la faisait marcher en poussant son trotteur. Qu’elle s’appelait E. Que son père était Français, « comme vous ». C’est cette jeune femme à qui j’ai confié que j’espérais que ma fille ferait bientôt du quatre pattes. A qui j’ai répondu que moi, la mienne, je la plaçais au milieu du salon et que je tapais ensuite dans mes mains pour la faire venir, lui agitant sous le nez sa paire de Robeez fourrées auxquelles elle voue une véritable passion culinaire (oui, quand on essaye de tremper sa bottine dans sa compote, j’appelle ça une passion culinaire). A qui j’ai dévoilé le nom de Miss Swing.

Ce sont des moments qui peuvent rallumer le spot après une journée à broyer du noir. Ce sont des moments riches et courts, à prendre comme ils viennent, dans leur insouciance, dans leur spontanéité. De chouettes instants.

-Lexie Swing-

Doigts de fée

Ils tournent, ils virevoltent. Indifférents aux secousses du bus, ils créent un monde doux et chaud. Je suis fascinée par ce jeu de symétrie, obnubilée par cette danse dont je ne maîtrise même pas le premier pas. Il y a de tout dans un bus. Des bibliophiles, des mélomanes, des bavards, des couples qui se chicanent, des ados qui rigolent, des bébés qui gazouillent. Et puis il y a cette chorégraphie sous mes yeux. Un arrêt brusque et la fille de devant échappe de peu à une blessure certaine. Mais ils reprennent leur vol, imperturbables.

Une, deux, puis deux et une. Ça monte, ça descend, ça virevolte. A l’envers, à l’endroit. L’autobus tressaute au gré d’une route bardée de trous et les faux pas s’amoncellent. Patiemment, ils prennent du recul et recommencent leur nage synchronisée.

Et moi, de l’autre côté de l’allée, les yeux rivés sur ces doigts qui s’agitent, je me demande combien de trajets il faudra pour que cette écharpe en laine rouge vif soit terminée avant que l’hiver ne s’en mêle.

-Lexie Swing (pour qui l’art du tricot reste un mystère)-

Au fond du bus

Quand j’étais ado, le fond du bus, ces fameux cinq sièges arrimés ensemble, étaient toujours occupés par les rebelles, les hype, les populaires. Le bus – ou plutôt le car- était la traduction quasi parfaite de la pyramide de popularité que l’on retrouve dans le secondaire américain : la reine, le roi et leurs trois meilleurs amis très cools eux aussi. Juste devant, assises de travers, dévorant des yeux leur généralement blonde souveraine : les copines (entendez par là « faire valoir ») de la reine. Puis les autres, les sympas, les blagueurs, le groupe populaire mais pas trop. Et les esseulés, tout devant, qui noyaient leur solitude en ingérant un monologue maintes fois subi au sujet des victoires napoléoniennes avec le prof  d’histoire.  De tout temps, cette place a également été celle, encore moins enviable, des gromisseurs (comme on dit dans notre famille).
Au fond du bus, il se passait des trucs louches, des langues collées, des chewing-gum salivement échangés, des soutiens-gorge déboutonnés et de l’herbe savamment roulée. Enfin c’est ce qu’on dit…

Inside bus./ Photo Daniil Vasiliev

Inside bus./ Photo Daniil Vasiliev

Dix (15) ans après, le fond du bus a pris quelques rides. La reine a enquillé 70 balais dans le cornet, elle discute tricots et nappes à carreaux avec sa voisine de droite. Chaque soir, elle prend le bus au même arrêt que moi. Me précédant de quelques pas – âge oblige – elle salue sa cour en entrant. Ce bus, c’est l’extension de sa maison, de son quartier. Assise au fond, avec son habituelle copine, elle refait le monde telle qu’il aurait pu être (si les jeunes n’étaient pas si impolis, s’il ne pleuvait pas aujourd’hui, si la courge poivrée n’avait pas augmenté…). Non loin d’elle, à l’autre extrémité de cette rangée symbolique, il y a Monsieur. Un drôle de bonhomme, la petite cinquantaine, le rire gras mais le coeur léger. A ses côtés, deux femmes à peine plus jeunes que lui. Royal, il trône toujours entre elles deux. Jamais sur la droite, jamais sur la gauche, toujours la place centrale, en vieux roi à peine ébranlé.

Le fond du bus a bien changé mais il reste un domaine réservé, où les critiques sont légion et les rires trop forcés. Il s’agit d’être bien vu, du fond du bus…

-Lexie Swing-

Faisant fi de l’âge

Grand-père et petite-fille./ Photo Dirty S.

Grand-père et petite-fille./ Photo Dirty S.

Bus 51 Ouest, direction Notre-Dame-de-Grâce (NDG). 50 minutes que je suis assise. Ca aurait dû faire 20, mais j’ai commencé par prendre le bus dans le mauvais sens.

Debouts à mes côtés, deux hommes. Un jeune et un vieux. Un just-twelve et un over-sixty. A un virage, le vieux tombe sur le jeune. Extrait.

– Pardon, sorry, je suis tombé à cause de l’autobus. (un silence) Tu comprends le francais? (ndla : à NDG, la majorité est anglophone).

– Oui, je parle les deux langues, répond fièrement le gamin. Le français et l’anglais!

– Mmmmh je sens une petite hésitation quand tu parles en français. D’où viens-tu?

– Je suis né ici… mais mes parents sont de Bulgarie. Avec maman, je parle français et bulgare. Avec papa, je parle anglais et bulgare.

– C’est où la Bulgarie?

– En Europe (le gamin cherche dans ses souvenirs de vacances). Vers la mer Noire. A côté de la Roumanie.

– Mes grands-parents étaient roumains, souligne le vieux.

– Alors on presque voisins! s’exclame le jeune, tout content.

(Le vieux doit sourire, je le sens dans mon dos)

-Lexie Swing-

Guenon… avec deux « u » ou un seul?

Ce matin, vers 8 heures, je me suis retrouvée à taper Guenon dans Google. J’ai tapé avec un « u » puis avec deux, et force est de constater que mon ami le moteur de recherche était aussi peu réveillé que moi puisque un « u » ou deux, ça lui allait, il voulait bien me donner l’info que je voulais, à savoir : « quelle est la conne de Française qui me fait honte à l’autre bout de la planète? »

Jeu de peau./ Photo Roberto Ferrari

Jeu de peau./ Photo Roberto Ferrari

Conne. Oui, là, je suis polie. Filez moi deux mules et une casquette de charretier et vous verrez comment j’étais polie, avant.

Il y avait deux infos françaises dans les journaux montréalais ce matin. La première, c’était sur l’expulsion de la famille Rom. La seconde, sur le FN qui portait plainte contre Christine Taubira. Là, déjà, ça vous pose une actualité.

A côté des mots FN et Taubira, il y avait bébé guenon, qui s’écrit donc avec un seul « u ».

Je ne vais pas vous raconter cette histoire que vous connaissez déjà. Sur ce montage photo, sur la réponse de Taubira, sur le renvoi de l’auteure du montage, ou sur la réplique du FN. Non, je vais vous dire ce que j’ai trouvé comme commentaires aux articles qui relataient les faits.

« Ce montage, c’est surtout méchant pour le bébé guenon. »

Voilà, aujourd’hui la France est tellement ancrée dans le mépris, la différence, la critique et le repli sur soi que la seule réponse qui vient aux esprits des mignons internautes bien au chaud le cul dans leur canapé, c’est de blaguer sur la guenon. Personne pour s’étonner, personne pour monter au front, personne pour dire combien c’est honteux, combien c’est petit.

Combien c’est raciste.

J’aimerais que ces internautes là, ces facétieux commentateurs, ces trous-du-cul bien lotis, prononcent juste une fois, juste pour voir, le mot nègre à voix haute, dans un métro bondé par exemple. Avec le sourire, avec les vannes qui vont bien, avec l’aplomb qu’ils ont, assis derrière leur laptop, en parfaits anonymes.

-Lexie Swing-

Forum : être un troll crédible

Chaque semaine, sur les forums, des trolls se font dénoncer. Vous savez, les trolls, ces gens qui s’inventent délibérément une vie au bénéfice de leurs amis virtuels. Le mensonge dure un jour souvent, parfois 5 ou 10 ans. Mais au bout du compte, un jour ou l’autre, à cause d’un mensonge mal maîtrisé, le masque tombe. Comment ne pas se faire repérer?

Ne s'invente pas une nouvelle identité qui veut./

Ne s’invente pas une nouvelle identité qui veut./

1) Le nom qui sonne juste. Marie Dupont c’est too much. Ça fait premier de la classe chez Google référencement. Pour troller en sécurité, on choisit un nom qui colle avec sa génération, une fille qui se coltinait douze homonymes par classe. Julie par exemple (je suis née dans les années 80, si vous m’avez devancée sur cette planète, vous pouvez tenter Sabine ou Sylvie).

2) Les photos d’enfants raccord. On peut faire des montages, mais on évite ceux d’enfants connus. Evitez les petits Pitt-Jolie, beaucoup trop exposés, ou la petite Giulia S., à moins d’avoir du temps à perdre au tribunal. Préférez des inconnus, de jolies photos Flikr libres de droit par exemple.

3) La connexion partielle. On ne passe pas sa vie sur le forum malheureux! Vous êtes censé avoir une vie en dehors du forum alors évitez la connexion perpétuelle. Choisissez vos moments : sieste présumée du petit dernier, insomnies de grossesse, café du matin en revenant de l’école… Postez régulièrement pour ne pas qu’on vous oublie, mais mettez quelques heures à répondre, pour bien montrer que vous étiez occupé ailleurs.

4) Les positions modérées. Outre les filles qui racontent des aventures extraordinairement douteuses, les moi-je-sais-tout et autre je-critique-donc-je-suis ont facilement tendance à se faire taxer de trolls. Pour passer entre les gouttes, adoptez une position modérée. Riez aux blagues, félicitez les jeunes mamans et surtout, soyez d’accord. Sur tout.

5) Une petite aventure vaut mieux qu’un grand voyage. Le mauvais troll se repère à ses histoires farfelues. Il part en voyage au fin fond du Cambodge mais trouve une connexion internet depuis sa pirogue. Il se dit Russe mais bloque au premier « Da » venu. Il photographie des impalas en Australie. Préférez de petits mensonges, un Château Margaux à la place d’un Côte-du-Rhône, un week-end à Rome plutôt qu’à Palavas-les-Flots, une job de pilote de ligne plutôt que de conducteur de train.

Bref, travaillez vos mensonges, renseignez-vous sur la faune des pays que vous évoquez, soyez incollable sur les coutumes, l’actualité, la société. Et n’oubliez jamais qu’un bon troll est un troll curieux.

-Lexie Swing-

Possible interdiction des concours de mini-miss en France

Jeudi. 8h04 heure locale (comment ça j’étais en retard?), je tourne une nouvelle page de mon journal tout en faisant un pas de côté pour esquiver le rétroviseur du bus qui tente de me mettre une baffe. Je vais trébucher lorsque j’aperçois un article titré (en substance) : « France: les concours de mini-miss interdits« .

Wow.

Aux USA, les mini-miss ont leur propre télé réalité./ Photo Szapucki

Aux USA, les mini-miss ont leur propre télé réalité./ Photo Szapucki

Je pense à toutes ces princesses qui vont devoir replier leur jupon et ranger leurs couronnes. Je songe à toutes ces Belle au bois dormant qui vont devenir un peu plus Rebelle. Je me rappelle ce procès civil à Auch, lorsque la mairie, recevant les foudres du Planning familial local, avait refusé de prêter sa salle municipal à un concours de mini-miss. Je me dis « on est capable finalement ».

Capable de conjurer les mauvais sorts, de se battre pour des causes évidentes, de faire un pied de nez aux coutumes américaines qui s’abattent sur nous comme une chape de plomb dont on peine à se défaire.

Au Sénat – et avec tout mon respect – j’ai envie de dire… Bien joué les gars!

-Lexie Swing-

J’ai le gène de la couche sale, c’est Pécresse qui l’a dit

J’avais entendu un entrefilet à la radio. J’avais lu les commentaires déchainés de mes ami(e)s sur Facebook et Twitter. J’ai attendu pour comprendre. Pas pour comprendre s’il y avait une vérité derrière ces propos. Non, ça, définitivement, non. Mais pour comprendre comment de tels propos pouvaient être tenus aujourd’hui.

"Les pères préfereront s'occuper de problèmes plus compliqués (que de changer des couches)"./ Photo ThepeachPeddler

« Les pères préfèreront s’occuper de problèmes plus compliqués (que de changer des couches) »./ Photo ThepeachPeddler

Vous avez deviné… Je parle de ces quelques mots, jetés avec indifférence dans la mare de l’égalité hommes-femmes, par l’ancienne ministre Valérie Pécresse. « Pensez-vous que le plus grand nombre sont les pères qui ont envie de changer des couches ? Si on veut rééquilibrer les responsabilités des pères et des mères dans l’éducation, il faut certes inciter les pères à prendre un congé, mais ils le prendront d’autant plus volontiers avec un enfant un peu plus âgé, et cela sera socialement mieux vécu par les entreprises de voir les pères s’impliquer dans des problèmes un peu plus compliqués », a déclaré Valérie Pécresse, sur le site du Journal des Femmes.

Pour rappel, Valérie Pécresse réagissait à l’annonce de la loi du 3 juillet 2013, proposée par la ministre Najat Vallaud-Belkacem, qui prévoit notamment de réserver 6 mois du congé parental de trois ans au second parent (le papa est bien entendu directement visé). Ça fout la famille dans la mouise (je traduis) parce que les papas n’aiment pas quand l’enfant ne sait pas encore faire les divisions à huit chiffres et conjuguer le verbe « absoudre » au passé simple. Je sais c’est moche, mais c’est une réalité: en dessous de 3 ans, l’enfant préfère Popi à Proust. Mais comme, si on suit l’idée diablement sexuée de V. Pécresse, l’homme préfère le magazine Auto Plus à Sartre, ils peuvent peut-être se rejoindre. Y’a pas mal d’images dans les deux.

Non, sans rire. Les couches de caca, ça ne fait rêver personne. Ni la maman, ni le papa. Le chien si, mais il préfère manger la sale que d’en remettre une propre, du coup c’est compliqué. Nous on compte: « une couche pour toi, une couche pour moi ». Des fois, on en fait deux de suite mais on prévient: « Si bébé se réveille cette nuit, c’est pour ta pomme ». On est sympa, mais faut pas nous conter du Prévert non plus. On a jamais vu un porte-plume se transformer en oiseau. Et contrairement à ce qu’on raconte à nos charmants bambins, non, la jolie princesse joufflue ne fait pas que des pétales de roses. Donc on partage, c’est ça l’égalité des sexes. Et ses neurones sont tout aussi qualifiés que les miens pour savoir qu’il faut sortir les-petites-ailettes-sous-les-cuisses-sinon-ta-couche-elle-fuit.

Emma Defaud, de mauvaisemère.fr, explique en quoi les propos de Valérie Pécresse sont une insulte pour elle, et pour les mères en général. J’en profiterais pour ajouter qu’ils sont une insulte pour nous tous, pères compris. Ces mères à qui l’ont dit sans cesse qu’elles ne sont bonnes qu’à changer des couches et à cuisiner des petits pots. Ces pères à qui l’on assène sans remords qu’ils n’ont pas les couilles, les gènes pardon, pour s’occuper d’un enfant en bas âge. Comme me l’a dit un ingénieur et super-papa rencontré il y a quelque temps: « L’âge, le métier, le sexe, tout ça est secondaire. A vrai dire, on a tous la même sale tête quand on est planté dans la cuisine, à 4h du matin, en train de faire chauffer le biberon du petit dernier. »

-Lexie Swing-

Education fille/garçon: mixte ou genrée?

Je reçois régulièrement la newsletter du site Infobébés, un site plutôt bien fait et fourni sur la santé et l’éducation des enfants. L’autre jour, un test retient mon attention: « Donnez-vous la même éducation aux filles et aux garçons? »

Je n’ai qu’une fille, que j’éduque depuis… oulala, bien 4 mois… mais bon, on peut imaginer. Imaginons donc Miss Swing dans dix ans, grande soeur d’un petit Damoiseau Swing, sixantroismoisdeuxsemainestoutça. Seraient-ils éduqués de la même manière ? Dans mon idéal, oui. Si je raisonne trois minutes de plus, je sais déjà que non, parce que c’est utopique.

Soccer girl./ Photo Paul Falardeau

Une « soccer girl » (je retire ce que j’ai dit, c’est assez classe en fait, et au moins elles ne s’arrachent pas les oreilles)./ Photo Paul Falardeau

Je suis le genre de mère à taper du poing sur la table en râlant « je vais offrir à ma fille un ballon de foot pour Noël, comme ça, ça em**** (bêtera) les bien-pensant(e)s ». Mais est-ce vraiment ce que je veux pour elle, moi qui déteste le foot ? En typique habitante du Sud-Ouest, je chéris le rugby, mais est-ce pour autant un sport que je l’imagine pratiquer, alors qu’elle me reviendrait toute emmaselée ? Sauf que. Sauf que ce n’est pas non plus ce que je veux pour mon fils. Sauf que, pour l’un comme pour l’autre, j’accepterais le rugby, le foot, le hockey, la danse classique (je fais volontairement dans le cliché), la cuisine ou le tricot, si c’est une envie réelle et raisonnée.

Le risque, à être dans les clichés (« les petites filles aiment les poupées, les petits garçons aiment les outils »), ou à trop lutter contre (« Tiens chérie, cette Barbie fera un excellent marteau »), c’est d’oublier de faire ce qui est le mieux pour nos enfants: s’adapter à leur personnalité. Rassurer l’enfant anxieux, poser un cadre à l’enfant tête brûlée. Leur donner des limites, des responsabilités, et des libertés. Les pousser à se dépasser. Les laisser trébucher, et se relever, savoir se débrouiller seuls, sans nous, et leur tendre la main pour les remettre debout.

Finalement, le plus important à mes yeux, ce n’est pas ce qu’ils feront, mais qui ils seront. Qu’ils soient respectueux et tolérants, fiers de ce qu’ils sont. Et qu’ils aient le choix d’être qui ils veulent. Et puis qu’ils sachent tous, grands et (pas trop) petits, filles et garçons: cuisiner, repasser, faire le ménage, lire, calculer, écrire sans fautes d’orthographe, courir, sauter, faire du vélo, nager, monter à cheval, aimer, présenter des excuses, pardonner et profiter des petits instants comme des grands…

-Lexie Swing-

Mariage pour tous : on écrit l’Histoire

L’Histoire de France telle qu’on l’apprend aujourd’hui sur les bancs de l’école est en marche. Les écoliers français de 2100 et des brouettes apprendront ainsi que le 29 mai 2012 (au siècle dernier donc), le maire de Montpellier a célébré le premier mariage homosexuel du pays. Dans les petites lignes qui suivront, ils apprendront que les heureux élus s’appelaient Vincent Autin et Bruno Boileau, que de nombreux policiers avaient été appelés en renfort, peut-être même que la porte-parole du gouvernement d’alors, Najat Vallaud-Belkacem, était présente au mariage.

L'Hôtel de Ville de Montpellier imaginé par Jean Nouvel./

L’Hôtel de Ville de Montpellier imaginé par Jean Nouvel./

Pour écrire la suite de l’Histoire, il faudrait connaître l’avenir. A l’heure où moi j’écris, le champ des possibles est encore vaste. Je croise les doigts pour que le petit chiffre, à gauche, celui qui met en exergue un événement particulier, évoque le nombre de mariages gays qui ont été célébrés depuis lors et non le nombre de personnes mises en garde à vue ce jour-là. J’invoque les étoiles pour que le Nota Bene, tout en bas, n’explique pas que ce mariage fut le début de longues manifestations qui plongèrent la France dans le chaos, juste parce que certains Français auraient préféré que leurs concitoyens ne se voient pas attribuer les mêmes droits qu’eux.

Si j’ai de la chance, et si les Français sont plus tolérants et ouverts que les médias le laissent à penser, la photo de gauche montrera une foule en liesse, la grande de droite des visages heureux. Et en petit, tout en haut, on verra un arbre généalogique. Avec des tas de branches. A l’intérieur, il y aura des noms d’hommes, des noms de femmes, des gens qui ont réussi, d’autres qui se sont perdus, des bons, des lâches… Et tout en haut de cet arbre, il y aura deux noms: Autin-Boileau.

Et si le futur m’exauce, alors le professeur demandera « qui dans cette classe a des arrières grands parents, des grands-parents, des grands-oncles ou des grandes-tantes, qui se sont mariés avec quelqu’un du même sexe? » Et plusieurs enfants, un quart, la moitié ou même tous, lèveront la main. Non pas honteux, mais ravis au contraire, comme peuvent l’être les enfants qui sont contents quand leur histoire, la petite, la leur, s’inscrit dans l’Histoire, avec un grand H.

-Lexie Swing-