Zéro-déchet : tout ce que tu peux éviter d’acheter au supermarché

Ceci n’est pas une leçon, ni une injonction. C’est une proposition. Parce que parfois je n’ai pas le temps et que je file au supermarché, parfois j’ai la flemme et je file au supermarché, parfois il me manque un truc et… oui, je file au supermarché. Et lorsque je dois y faire mes courses entières de la semaine, je suis désemparée de ramener autant de plastique, autant de cartons, et de voir ma poubelle de recyclage se remplir à mesure que je défais mes courses. Je reste persuadée que le meilleur allié de celui qui veut aller vers le zéro-déchet, c’est l’anticipation. Quand on sait ce qu’on veut cuisiner, quand on connaît ses habitudes, quand on prévoit son agenda, on sait quoi acheter. Même les cravings s’anticipent, et même les soirs de flemme intense, quand on serait bien tenté de se faire une pizza surgelée pour dépanner.

J’achète majoritairement des produits en vrac. Mais le magasin le plus fourni des environs reste loin de chez moi. J’ai pris l’habitude de m’y rendre seulement aux deux semaines – moins de temps investi et d’essence qui pollue – et de remplir ainsi deux fois plus de pots. Restent les impondérables, ce qui vient parfois à manquer et qui oblige à courir au supermarché du coin. Sans parler des courses de frais, qui nous poussent également à nous y rendre au moins une fois par semaine.

Chaque fois que je me rends chez IGA ou Provigo, nos supermarchés locaux, je pâlis un peu devant les légumes emballés individuellement dans du film plastique, les gourdes de compote non recyclables et les paquets de gâteaux en format individuel. Pourtant, presque tout à son équivalent en vrac. Petit tour de piste.

Fruits et légumes

La plupart des supermarchés proposent les légumes en vrac. Laissez de côté les petits sachets plastiques, vous n’en avez pas besoin. Au mieux, vous avez investi dans 5 ou 6 petits sacs fins et transparents en tissu, qui permettent au caissier d’identifier vos achats sans sortir les produits de leurs sacs. Au pire, vous les mettez en vrac dans votre panier. Si, si. Personne n’a écrit nulle part que vous deviez forcément les grouper dans des sacs individuels. Une astuce : groupez-les par contre sur le tapis roulant de la caisse, ils seront ainsi plus faciles à identifier et à peser pour la personne en face de vous.

Pâtisseries, pain, viennoiseries et autres

Dans mon supermarché, le pain et ses dérivés arrivent tout de suite après. Il est très rare que j’y prenne quelque chose, autant pour des considérations purement alimentaires (sucre raffiné, farine non bio, arômes et colorants ajoutés…) que pour les boites plastiques qui les entourent. Comme il fait 30 degrés et que je n’ai pas la clim, j’ai opté pour les petits délices de la boulangerie/pâtisserie. Le pain trouve sa place dans mon sac dédié (et j’ai même droit à un petit rabais pour ça) et les gâteaux logent dans des sacs à collation ou des tupperwares. La part de gâteau Reine Elizabeth que l’on aime se partager tous les 4 semble faite pour mon précieux contenant en verre rectangulaire, d’où la nécessité impérieuse d’en racheter chaque semaine…

Pâtes fraiches et gnocchis

Il n’y a rien de goûteux comme un gnocchi à poêler du supermarché. Mes préférés ? Ceux qui sont remplis de fromage. Ils sont un plat facile, avec une petite salade de tomates et basilic du jardin. Cependant, ils ont des équivalents meilleurs et moins polluants (que je ne choisis pas toujours, donc). Ainsi, mon épicerie zéro-déchet propose des gnocchis en vrac. Mieux encore : certains traiteurs italiens offrent des pâtes fraîches, et donc des gnocchis, que vous pouvez facilement ramener dans un contenant. Le top reste encore de les faire soi-même, voire de laisser les enfants le faire. Ma fille aînée loue souvent «les gnocchis de Maman» (que j’ai dû faire deux fois, pour être honnête). Le petit roulage, la marque de la fourchette sur le dessus… Je me dis qu’elle en sait désormais plus sur la provenance des aliments que moi au même âge.

Céréales, pâte à tartiner, biscottes

Je n’ai pas de solution pour les biscottes. As-tu une solution pour les biscottes? Ma solution est «oublie les biscottes, mange du pain», mais bon. Reste que les céréales et la pâte à tartiner sont deux choses que je n’ai pas acheté depuis des lunes, parce que c’est incroyablement facile à faire, que l’on peut – dans le cas des céréales – leur donner exactement le goût qu’on aime, et aussi parce que ce sont deux produits typiquement remplis de tout un tas de trucs que vous préféreriez ne pas avaler, en vrai. Ma recette préférée de pâte à tartiner reste celle que j’utilise depuis longtemps. Quant aux recettes de granola, vous en trouverez treize à la douzaine sur tous les moteurs de recherche de ce monde (en ligne), mais la base est simple : des flocons d’avoine, un produit sucrant type sirop d’érable et de l’huile.

Yaourts/yogourts, crème, lait, œufs et fromage

Pour les yaourts, deux options : je trouve ici (pas souvent) des pots en verre consignés. Mais plus souvent qu’autrement, je le fais moi-même avec l’Instant Pot. Je ne tire pas moi-même le lait du pis de la vache, on s’entend, mais je l’achète en bouteilles consignées. Au final, une batch de yogourt tient chez nous la semaine entière, pour un prix défiant toute concurrence. Ça goûte pas comme le petit suisse, diront probablement vos enfants. Ils ont raison : ça goûte meilleur. 

Vous aurez compris que le lait se trouve ici en bouteilles consignées. C’est aussi le cas de certaines crèmes, quoique le choix reste trop restreint à mon goût. Les œufs sont probablement l’une des choses les plus faciles à trouver en vrac : dans les magasins de vrac ou les magasins bios, pour les rats des villes; chez le fermier du coin ou au marché, pour les rats des champs. Certains élèvent même des poules chez eux, on peut difficilement faire plus circuit court que ça.

Le fromage se trouve également de plus en plus facilement en zéro-déchet. Plusieurs magasins de vrac des environs en proposent. Les fromagers semblent également s’y mettre, alors n’hésitez pas à vous renseigner auprès de vos commerces locaux. Un fromager qui propose de mettre ses fromages directement dans vos plats pourrait facilement devenir votre meilleur ami (ce serait le mien, en tout cas).

Et le reste?

Le reste, vous le savez déjà, se trouve facilement en vrac : légumineuses, pâtes et riz, huiles ou même café. L’important est de trouver un fonctionnement en adéquation avec son quotidien et avoir sur soi le nécessaire pour ne pas avoir à opter pour une option jetable : grands sacs à collation, sac à pain, boites réutilisables, boites à œufs, sacs fins pour les légumes, etc… Parfois aussi, la meilleure option reste de se demander «en ai-je vraiment l’utilité? Est-ce que je pourrais plutôt opter pour quelque chose de plus simple, plus sain et de moins cher?».

Et vous, quel est le truc que vous achetez toujours au supermarché? Vos gnocchis au fromage à vous (c’est la version industrielle de la madeleine de Proust)?

 -Lexie Swing-

Famille : sur qui pèse le zéro-déchet?

Alors que j’échangeais avec Maylis sur la préparation des déjeuners quotidiens, mentionnant mes levers aux aurores et les gâteaux que j’enfournais dans la maison endormie, elle m’a dit «c’est super mais après il faut faire attention à ce que le zéro-déchet ne soit pas une composante de plus dans la charge mentale des mères, mais bien une façon de vivre partagée avec le papa».

Elle a raison bien sûr. Mais son propos m’a fait réfléchir à toutes ces initiatives que l’on prend car elles nous semblent les bonnes, et que l’on assume parfois seul(e) parce que ce sont les nôtres, et que l’on se sent mal à l’aise de les faire porter par autrui. Qu’il en aille de l’éducation des enfants, du régime alimentaire, en passant par un mode de vie, un choix d’épargne, une conscientisation qui nous fait réfléchir à deux fois à notre façon de consommer.

Celui qui décide est souvent celui qui assume. Il n’est guère évident de prendre une décision commune avec engagements égaux lorsqu’on sait que bien des prises de conscience se font à titre individuel. On ne réagit pas tous de la même façon au visionnage de documentaires, aux reportages parcourus et aux histoires racontées, sinon on aurait tous changé de la même manière notre façon de consommer aujourd’hui.

En termes de zéro-déchet, la prise en charge du compostage par notre ville a été un bon démarrage sur le plan commun. Pas de prise de conscience à avoir, une simple liste à suivre. Les règles sont les règles, n’est-ce pas? Plutôt facile pour mettre le pied à l’étrier de toute la famille.

Reste tout ce qu’il y a autour et tous les efforts individuels que nous sommes censés faire pour contribuer à la survie de notre planète. Cuisiner «maison», acheter des produits locaux et biologiques, privilégier le vrac, réduire notre consommation d’eau, penser à utiliser des contenants réutilisables pour les achats courants : le pain, le café à emporter, le cookie du goûter… et savoir y renoncer lorsque l’on n’a pas le matériel approprié.

À ce niveau, c’est souvent sur l’initiateur que repose le poids du zéro-déchet. Car oui, le zéro-déchet est paradoxalement un poids. Il impose un changement d’habitudes, il prend un temps supplémentaire (faire la cuisine, parcourir plusieurs épiceries pour trouver le nécessaire, planifier ses menus et ses achats), il demande un investissement personnel dans une vie où l’on peine à trouver du temps pour souffler. C’est la conscience qui fait le travail et supporte l’effort soumis.

Or, encore une fois, la prise de conscience ne se fait pas de la même façon et au même moment pour tout le monde. Et l’on se retrouve à secouer ses proches avec l’impression qu’ils refusent d’ouvrir les yeux. On est celui qui fait les courses un peu partout, celui qui se plie aux contraintes de la planification des menus. On est celui qui sonne le rappel des contenants, des sacs à pain, des poches à collation. On est celui, aussi, auprès duquel on s’excuse d’un café acheté à la va-vite sous son couvercle non-recyclable, ou de détritus oubliés dans la poubelle des déchets. Comme on s’excusait hier auprès de sa mère d’avoir traîné à débarrasser «son» lave-vaisselle. Comme on s’enthousiasmait encore, auprès d’elle, en s’exclamant «tu as vu, je t’ai plié le linge». Je l’ai fait pour toi. Parce que je sais que ça te fait plaisir. Parce que c’est ta tâche, ton idée de comment la maison doit être rangée et la vie se dérouler.

Quand on est une famille, quand on est un couple, on doit savoir faire deux choses pour fonctionner. Lâcher prise et prendre l’ownership. Lâcher prise, c’est pour celui qui instigue, celui qui répète, celui qui s’émeut. Ce n’est pas toujours le même. Nos consciences ont des géométries variables et des préoccupations parfois divergentes. On note le désordre quand l’autre tique sur le ménage. On s’inquiète des repas quand l’autre planifie les travaux. On vit à court-terme quand l’autre se projette. On lâche prise et on accorde nos violons, c’est ainsi que l’on avance. Et on prend l’ownership. C’est quelque chose que j’entends souvent dans mon boulot – bilinguisme oblige – et qui me parle. Prendre l’ownership, donc la propriété de quelque chose, c’est intégrer le souhait, la décision de quelqu’un (le mandat donné, dans une job) et le prendre en charge comme si c’était notre décision, notre projet. Pas pour faire plaisir à l’autre mais au nom du bien commun. Parce que l’on est autonome, mature et conscient. Parce que refuser un projet, une décision, c’est possible et souhaitable si ce projet va à l’encontre de ses valeurs. Mais que l’on ne peut pas rester simplement passif, attendant que l’autre prenne en charge et que la vie se passe. On ne peut pas, dans une maison, faire juste pour l’autre, qu’il s’agisse de l’éducation des enfants, du ménage, des travaux, des papiers, et de la charge mentale en général. En devenant conjoint et peut-être parent, on accepte de faire partie d’une équipe, de travailler à efforts égaux à son bien commun, même si ce sont sur des aspects différents. Ce qui devrait être exclu, en tout temps, c’est la passivité.

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry

Les astuces zéro-déchet qui simplifient la vie

Je ne suis pas vraiment partie, mais quand même un peu. Je m’étais perdue entre mes compotes zéro-déchet et mon implication professionnelle. Bien sûr, mon amie la culpabilité maternelle me tenait compagnie, avec sa copine l’amoureuse nostalgique (l’adepte du «c’était bien avant hein? Quand on avait du temps pour nous deux»), et je ne vous parle même pas de l’email-pro addict, celle qui réserve des salles de conférence depuis le resto, à 19h.

En parallèle, je continue mon cheminement vers le «moins tu as de déchets, mieux tu te portes». Mon chum fait un peu la sourde oreille (ça doit être depuis que je rationne les coton-tiges jetables), et pourtant il n’y a pas que des efforts incommensurables, en bout de ligne. Il y a aussi des aspects positifs, outre le salut de ton âme, s’entend.

Les poubelles

C’est mon aspect préféré. Une fois vides, mes bocaux repartent dans leur placard, parfois après un détour par le lave-vaisselle. Il n’y a pas de cartons de coquillettes à recycler, pas de plastique souillé dont je ne sais que faire, pas même de pot de yaourts géants que j’empile une fois rincés dans l’espoir de leur offrir un jour une vie meilleure. Ma poubelle de recyclage est assez petite, comparativement à la place prise par trois boites de céréales empilées par-dessus deux cartons de mouchoirs en papier. Les allers-retours quotidiens ne sont (presque) plus un cauchemar. Maintenant, ce sont les 10 dessins quotidiennement ramenés du service de garde de l’école qui la remplissent. On ne peut pas gagner partout!

Les mouchoirs

À la fin de l’été, j’ai lancé un grand appel familial, invoquant partage, trousseau, dot et héritage au besoin, pour récupérer les mouchoirs de nos aïeuls. Exit les mouchoirs en papier – sauf pour le nez fin de vous-avez-compris-qui – un lot conséquent (quoique jamais suffisant, rapport à l’hiver qui a fait son entrée en grandes pompes la semaine dernière, neige et rhume inclus) a donc rejoint nos tiroirs. Plus de petites choses tristement fripées sur le sol des chambres, fini les bouloches sur les vêtements après un malheureux oublié dans une poche de pantalon avant lavage : une fois utilisés, les mouchoirs en tissu familiaux rejoignent la panière de linge sale. J’en glisse dans les poches des manteaux (plus facile de se frotter le nez – on est tous d’accord pour dire qu’en bas de 6 ans, les enfants ne se mouchent pas vraiment, en tout cas pas sans son parent qui s’époumone à ses côtés «mais souuuuffle bon sang, Mamie ne t’a pas entendu de l’autre côté de l’Atlantique»), j’en laisse dans les tiroirs et sous les oreillers, j’en utilise même pour emballer une madeleine ou un morceau de pain.

Les boites à lunch

Ici, au Québec, ma fille amène chaque jour son lunch à l’école. Pâtes ou soupe dans un Thermos, sandwich dans une poche en tissu dédié, compote dans une gourde réutilisable, eau dans une bouteille également Thermos. Les idées de repas manquent parfois mais les contenants jamais. Grâce à ça, j’évite la perte des cuillères, malencontreusement jetées avec les contenants de yaourts, je n’ai pas non plus de maudit sachet qui s’ébroue l’aluminium en déversant leurs restants de miettes à l’intérieur du sac de lunch, ni d’opercule de yaourt se séchant la couenne dans un recoin de la boite à collation. La consigne ici est «ne jette rien», même dans le doute. Certes, je récupère des gourdes jetables mal rebouchées – j’ai pas dit qu’on était parfait – mais c’est un moindre mal, n’est-ce pas?

Les serviettes de table

Le grand appel familial susmentionné à porter ses fruits en matière de serviettes de table en tissu également – c’est qu’on était écolo dans le temps! Elles ont rejoint le lot de serviettes mignonettes achetées à une couturière du coin. Le sopalin/scott towel mène désormais une vie de patate de sofa. Il peut garder ses feuilles plus longtemps qu’un palmier en Floride et c’est un grand pas pour l’humanité de trois ans qui déroule habituellement le sopalin avec un peu trop d’enthousiasme. La serviette peut se réutiliser plusieurs fois, dans tous les coins, et elle est une nouvelle raison parfaite de dispute fraternelle. Vous pensiez vos serviettes parfaitement similaires, et bien non! Là maman tu vois il y a un renard à vélo, et bien sur celle-là le renard on le voit pas son vélo. Voilà, bien fait pour toi maman, t’avais qu’à y penser aussi.

-Lexie Swing-