Conversation à demi-mot

Cheminement./ Photo Nina Matthews

Cheminement./ Photo Nina Matthews

En quelques mois, Miss Swing a développé un vocabulaire incroyablement riche. A la visite des 18 mois, l’assistante de la pédiatre m’avait demandé si elle disait « 10 mots au moins ». C’était inscrit tel quel dans son petit carnet du « bébé idéal qui rentre dans des cases préformatées ». Bon elle disait 10 ou 11 mots, et elle marchait. Seulement depuis un mois, et avec un équilibre précaire, mais elle marchait. Par dessus l’épaule de l’assistante, j’ai pris connaissance des questions qu’on nous poserait à l’avenir. Dans la case deux ans était inscrit « 50 mots au moins ». Beau challenge, me suis-je dit. Parce que j’ignorais encore qu’on pouvait apprendre 40 mots en six mois, et plus vraisemblablement peut-être 70 ou 80.

Chaque jour voit se dessiner sur les lèvres de ma belle un nouveau mot. Il fait souvent deux syllabes, les trois syllabes et plus se trouvant réduits à leur portion congrue. Il y a d’abord eu le chien, le chat, la vache, le poisson, l’oiseau, et le mouton, les livres en pagaille de sa bibliothèque regorgeant de bêtes en tout genre. Et puis les autocollants ont laissé place au lion, à la « to’tue », à « l’éphan » (éléphant) et au « codile » (crocodile).

Bientôt, elle a commencé à se prénommer (tant mieux son prénom fait deux syllabes), à nommer ses amis (en boucle), ses grands-mères et sa tante (tant pis pour les autres), son chien, rebaptisé « Heaven » pour l’occasion (il n’en demandait pas tant) et ses nounous. Elle a décrit ce qu’elle faisait, parce qu’elle met ses chaussettes, sa culotte, son « palon » et ses chaussu’, avant d’aller (je cite) « aux toilettes », puis de « manger un gâteau », de boire « du lait » et « de l’eau », voire « du pain », du « cola » (chocolat). Elle a appris la politesse, distribuant « bonjour », « mici », « teplè » et surtout byebye à qui mieux mieux, surtout quand l’on tarde trop et qu’elle veut s’en aller.

Elle a 21 mois et qq brouettes. Et nos conversations s’enrichissent de jour en jour. Elle sait désormais nous dire qu’elle veut « un bisou », « s’asseoir ici », qu’il faut qu’on « se tou’ne » pour qu’elle nous coiffe « les sseveux » (cheveux). Elle résume mon « Papa est sorti, il viendra t’embrasser quand tu dormiras » par un « Papa bisou Bébé dodo? » et puis me demande, tandis que nous regardons sa nounou s’éloigner dans le 51 : « Mona pa’tie dans bus? »

Et chaque fois qu’elle me dit « bonjour maman » lorsque je la réveille le matin, chaque fois qu’elle me répond « ici maman » lorsque je sacre en me demandant où diable j’ai pu mettre mes clés, et chaque fois que je comprends une histoire qu’elle me raconte et que je reçois ainsi un petit bout de sa journée, je me demande où a filé la toute petite fille que je contemplais dans son berceau de plastique, paisiblement endormie à l’orée de sa vie.

-Lexie Swing-

10 choses que vous ignoriez sur moi

Sabine, de Sabine et associés, a réalisé son propre tag il y a peu. Largement repris puisqu’il joue sur la fibre narcissique de tous les blogueurs du comté. Son petit nom ? 10 choses que vous ignoriez sur moi. J’ai le nombril proéminent alors voilà.

1) How I met your mother est la série que j’ai le plus aimé, de toutes, au monde. Et puis j’ai vu le dernier épisode. Non seulement il m’a gâché quelques jours de ma vie mais je n’ai plus jamais pu revoir un seul épisode. Merci hein.

2) Je peux être d’une mauvaise foi crasse.

3) J’ai proposé d’appeler notre fille Mohini et Aelitha. Son père a tenté de comprendre mon engouement par un « c’t’une blague j’espère? »

4) J’ai fait 15 ans d’équitation. Le galop a bercé ma vie. Depuis 5 ans je n’ai pas (ou presque) remis les fesses sur un cheval. Et ça ne me manque pas.

5) Quand j’aime une expression je l’utilise pendant un mois non stop et après ça me passe.

6) Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans le regret, quand je pars d’un endroit j’oublie comment c’était pour me consacrer à l’endroit où je vis. Ce n’est pas une qualité particulière, mon esprit est ainsi. Je vis aussi beaucoup dans le futur potentiel, un temps propre aux rêveurs, ce qui est un autre problème :)

7) J’ai été saxophoniste quelque temps et j’ai même été la chanteuse d’un petit groupe improvisé. Je chantais avec mon saxophone accroché autour de mon cou.

8) Quand je parle j’ai besoin qu’on me regarde pour me faire signe qu’on m’a bien entendu. Je suis prête à reposer la même question 5 fois au besoin. Et à suivre mon interlocuteur jusqu’à la porte des toilettes s’il le faut.

9) J’ai un faible pour les hommes qui portent les cheveux longs.

10) Je ne donne jamais le vrai nom de ma fille, mais il n’est pas secret pour autant. Je trouve qu’à l’heure actuelle on ne sait pas quel impact auront les photos et les infos que l’on publie de nos enfants. Je ne veux pas qu’on puisse un jour la googler et tomber sur ce blogue qui parle d’elle. Pour revenir à son prénom, il est facile à deviner : c’est celui d’une chanteuse de jazz, de l’héroïne d’une chanson de M.Jackson, d’une joueuse de tennis américaine, c’est un prénom mixte, qui sonne très anglophone mais qui est, en réalité, d’origine allemande.

Bon… qui se prête au jeu?? Je laisse volontiers la place à tous ceux et celles qui voudraient participer, je suis d’une curiosité sans limite!!

-Lexie Swing-

Son père me manque

Dressage au crépuscule./ Photo   Edoardo Costa

Dressage au crépuscule./ Photo Edoardo Costa

Son père me manque. Il est parti il y a quelques années, alors que je n’étais plus dans les environs depuis longtemps. Mais je gardais, au fond de ma tête d’enfant, ses sourires un peu rares et ses mots d’encouragement. Il était à mes yeux de ces gens qui dispensent conseils et tendresse avec mesure, comme pour leur donner plus de poids.

De lui je n’ai conservé que des visions floues. Parce que j’avais 8 ans, 10 ans, 13 ans finalement, et que les grandes personnes n’avaient qu’un intérêt très relatif dans mon quotidien de pré-adolescente. Et l’impression que j’en ai gardée est teintée des remarques de ma mère, qui louait sa droiture et sa gentillesse.

Car il était ainsi, droit dans la vie comme sur un cheval. Aussi carré dans ses analyses que les pieds de sa monture à l’arrêt. Aussi posé qu’un appuyer. Aussi franc qu’un départ au galop en C. Aussi mesuré dans sa façon de me recadrer qu’un passage sur la diagonale.

Il était de ceux qu’on a connus enfant et perdus de vue, mais dont on se dit de temps en temps, « j’aurais aimé lui dire : tu avais raison d’avoir confiance en moi, ça a marché tu vois ». Ils sont un enseignant, un parent, un mentor de passage. Il était un peu tout ça, à la fois.

Doubler en A. Arrêt en X. Salut. Il a salué, et puis il est sorti. Quand je l’ai appris, la reprise était terminée depuis quelque temps déjà, et je n’ai pu accueillir la nouvelle que les bras ballants.

Son père me manque. Ton père me manque. Je crois que je ne te l’ai jamais dit, ou pas assez. Je pourrais te dire « c’était quelqu’un de bien », mais je dirais plutôt, et je serais alors plus juste, « c’était quelqu’un de rare ».

-Lexie Swing-

Et puis mon coeur va à l’Irlande

Irlande./ Photo Thomas Faivre-Duboz

Irlande./ Photo Thomas Faivre-Duboz

« Dans quel pays aurais-tu rêvé de de vivre? » C’est une question typique, un bouche-trou facile entre le fromage et le dessert quand les blancs sont plus nombreux que les miettes sur la table. Pas toujours facile d’y répondre. On pense à la Nouvelle-Zélande et à ses aventures sauvages, à New-York dont le coeur bat si vite qu’on y perd la notion du temps, au Cambodge et à son dépaysement, et puis à la neige de la Patagonie. On pense même à l’Islande, ses citoyennes si impliquées, ses maisons colorées et ses chevaux aux yeux tendres qui galopent en totale liberté. On en citerait mille sans en choisir un seul, parce qu’il est si dur de choisir un endroit, lorsqu’on voudrait tous les connaître.

Un matin d’août, je suis arrivée en Irlande. La fin de l’été faisait scintiller le ciel, de cette lumière si particulière, qui ne semble exister que dans cet endroit du monde. Les gouttelettes de la pluie, qui se termine et reviendra bientôt, habillent le bleu infini de vagues plus sombres. Le meilleur impressionniste n’en saisirait jamais toutes les nuances. On dit qu’il pleut beaucoup en Irlande, plusieurs fois par jour. On oublie de dire que le soleil revient aussi, plusieurs fois par jour. Et parce qu’il a plu, c’est à chaque fois le coeur plus léger que l’on écarte son parapluie pour laisser le soleil nous caresser le visage.

Lorsque j’ai traversé pour la première fois la rue qui borde la Liffey, à la hauteur de Temple Bar, je n’ai même pas marqué un temps d’arrêt. Mes pieds foulaient l’habitude. J’ai été Dublinoise dans une vie oubliée, j’ai déjà arpenté ces pavés, je me sens chez moi entre le ha’penny et Saint Stephen’s Green, résolument amoureuse du Sud où j’ai étudié. Mon coeur s’emballe quand je longe les quais vers l’Est, saluant au passage les personnages du Famine Memorial. Les bourrasques du vent provenant du port sont autant de souffles d’air supplémentaires dans mon corps.

J’ai souri sur tous les ponts, prenant des images qu’on ne qualifiait pas de « selfish » à l’époque. J’ai donné des rendez-vous sous la Spire, admiré les décorations de Noël sur Grafton Street. J’ai couru rencontrer Oscar Wilde, en statue, avant de parcourir la National Gallery. J’ai attendu l’aventure à Connolly Station. Et regretté mon départ au Dublin Airport.

Je suis partie. Je suis revenue. Et puis encore. J’ai aimé chaque rencontre, ri de tous les jeux de mots que je ne comprenais pas. J’ai commandé du cidre en pression, dépensé des milliers chez Avoca, lu tous les Marian Keyes que mon anglais me permettait. Je suis montée à la place du chauffeur, plusieurs fois. Même dans les taxis. J’ai pris le bus de nuit, ignorant l’étage et ses grabuges pour tenir le bras du conducteur, avec mon habituelle frousse des mauvaises rencontres. J’ai aidé à se relever des filles éméchées dont la taille des vêtements étaient inversement proportionnelle à la température extérieure. Et j’ai appris à commander au comptoir.

J’ai aimé démesurément ce pays aux chemins tortueux, dont l’exploration a eu raison de mon mal des transports. Et je cherche depuis cette lumière si particulière, qui baigne les champs vallonnés à l’heure où le coq songe à se coucher. J’ai eu la chance de connaître cet amour indicible pour un endroit et pour ses gens, un endroit refuge, un endroit souvenir, un endroit référence, un endroit au coeur duquel mon propre coeur, s’il s’affolait, retrouverait sa candeur.

J’aurais rêvé de vivre en Irlande, mais je me suis trouvée une autre maison, plus réaliste, plus accessible, plus accueillante sous bien des aspects. Aucun regret, juste de doux souvenirs.

-Lexie Swing-

Nos fantômes

Dancing./ Photo  Andrea Rose

Dancing./ Photo Andrea Rose

Un entrechat et deux sauts de côté, la cheville qui vacille et le souffle qui manque. Le temps de souffler j’échange un regard avec ma prof de sport, amusée. Et puis un flash. A ses yeux se superposent ceux d’une autre. Un regard plus sombre et un jugement sans retenue « Toi, tu ne seras jamais douée ».

Ces fantômes qui hantent notre mémoire sont autant de liens qui nous ramènent à nos faiblesses, à nos mauvais moments. Ils sont un garçon, ou une fille, qui dit non, non, toi et moi jamais. Ils sont un prof, qui murmure au parent fatigué, « son cas est désespéré », et qui rature, exaspéré, le carnet de notes de déceptions à peine voilées. Ils sont un ami qui ne donne plus de nouvelles. Et une copine partie hurler avec les loups. Ils sont un « je ne t’aime plus » et plusieurs « elle est mieux que toi ». Ils sont cet inconnu qui crie « bouge ton gros cul » et une voisine qui interroge « est-ce bien raisonnable de manger tout ce chocolat avec ton poids? »

Ils sont ces gens qui, d’une pichenette qu’ils oublieront à peine le doigt lancé, dégomment nos illusions, soufflant sur le château de cartes de notre estime. Ils sont ces fantômes, enfermés dans des boîtes à souvenirs, qui s’invitent dans notre esprit au détour d’un moment impromptu.

Ils sont ces fantômes qu’on devrait libérer, et de leur poids se décharger.

Ils sont ces fantômes que nous sommes tous aussi, pour quelqu’un d’autre.

Quelqu’un dont on ignore les appels

Quelqu’un dont on a refusé la tendresse

Quelqu’un qu’on a jugé

Quelqu’un à qui on a donné notre avis, même s’il ne voulait pas l’entendre

Quelqu’un qu’on a critiqué

Quelqu’un qu’on a méprisé

Quelqu’un qu’on a oublié,

Mais qui lui ne nous oublie pas, entre deux entrechats.

-Lexie Swing-

Pâtes ricotta, feta, noix et tomates confites au vinaigre balsamique

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Boum. Rien que l’énoncé est alléchant non? Je suis tombée la semaine passée sur cette recette de la déesse des créations gustatives qu’est la belle Marilou, Elle y mélangeait des cheveux d’ange, des noix de pins (pignons), des feuilles d’épinards ou encore de la ricotta. Ayant gardé l’idée mais n’ayant pas pris le temps de faire des courses, j’ai fait avec le contenu de mon placard qui s’est révélé suffisamment riche pour créer une recette goûteuse pour deux personnes.

Dans votre panier de courses, mettez un paquet de pâtes (linguine, cheveux d’ange ou autres selon votre goût), de la ricotta, de la feta, des petites tomates en grappe, du vinaigre balsamique et des noix de Grenoble hachées.

Préchauffez le four à 350 degrés F. ou 180 degrés C. Placez vos tomates entières et préalablement nettoyées dans un plat, saupoudrez d’un peu de fleur de sel et recouvrez à moitié d’huile d’olive. Ajoutez une cuillère à soupe de vinaigre balsamique. Enfournez jusqu’à ce qu’elles commencent à se fendiller, soit 15 à 20 minutes selon la grosseur de la bête.

Faites cuire vos pâtes. Moi j’avais réalisé mes pâtes maison qui cuisent en quelques minutes à peine.

Dans une poêle, faites fondre un beau morceau de beurre, puis versez une demi-tasse de ricotta, 2 cuillères à soupe d’huile végétale (colza ou olive), 1/4 de tasse de feta (une bonne poignée si vous avez envie de mettre la main aux morceaux), du sel et du poivre.

Mettez la poêle hors du feu, ajoutez une poignée de noix hachées, puis vos pâtes égouttées. Mélangez aussitôt et servez. Déposez sur le dessus une tomate confite, ou toute la grappe, si vous présentez vos pâtes dans un plat.

-Lexie Swing-

 

Lève ton voile

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Le loup est une brebis galeuse./

Je suis un peu à la bourre. La faute à nos multiples projets du moment. Il n’empêche que jeudi dernier, comme tous les Canadiens de nom ou d’adoption, je me suis endormie avec en tête les images d’un jeune militaire tué par un homme qui avait des pensées extrémistes. Ça, c’est la version courte. Mais comme c’est aussi la version que la plupart de mes concitoyens et moi-même retiendrons, prenons celle-ci.

Je me suis endormie sur ces images et réveillée avec une vague amertume. Et puis dans la brume matinale – la semaine dernière a eu son lot de pluie battante, on en a pris pour tout l’automne j’espère! – j’ai croisé une ado. Elle portait un slim, des boots et un sac à dos. Une ado comme tous les ados. Sauf qu’elle portait un voile. Elle regardait par terre et je parierais que c’est simplement parce qu’elle est timide. Parce que moi aussi je regardais souvent par terre en marchant dans la rue. N’empêche…. n’empêche j’ai eu un peu pitié. Car d’instinct j’ai su qu’elle, ou sa soeur, ou leurs copines d’école, seraient stigmatisées. Et qu’au moins l’une d’entre elles, ou l’un d’entre eux, serait pointé du doigt, ce jour-là, et tancé d’un « c’est de ta faute ». Comme si son voile était cousu de fils de culpabilité.

On dit que les gens comprennent, que les gens soutiennent, mais c’est faux. Il suffit de voir les regards courroucés et les accusations à peine dissimulées; il suffit de voir des femmes voilées courber l’échine, et leurs maris fuir les regards. Il suffit de voir les grossièretés qui surgissent sur la toile depuis que des Canadiens qui se revendiquaient de l’Islam s’en sont pris à des militaires. Comme s’il suffisait de lire le Coran pour cautionner les pires actions. Comme si moi, je donnais raison à n’importe quel comportement extrémiste lorsqu’il était commis par un Français.

Quand il s’agit de justifier ses actes, on se raccroche à l’idéologie en vogue, au courant de pensée ou à la religion qui fait la une des médias. Il y a 1000 ans, dans la folie des croisades, les extrémistes se disaient catholiques. Et puis il y a plus de 25 siècles de ça, on commettait les pires atrocités au nom de Zeus ou de Jupiter. Même les athées, comme moi, pourraient un jour se voir sacrifiés au nom d’une violence assumée.

Et comment nous identifiera-t-on alors? Serais-je un jour amenée à dire « Non, je ne suis pas cette athée-là » ou plus probablement : « je ne suis pas cette Française-là »? Devrais-je me mettre à nue sur la toile en brandissant un hashtag qui dit combien je me dissocie de cette folie répandue en mon nom? Ou est-il possible que les esprits changent et que le troupeau ne soit plus mis en danger par un loup déguisé en brebis galeuse ? Il ne suffit pas de revendiquer pour appartenir. Et à la communauté musulmane, clairement, ces loups-ci n’appartenaient pas.

-Lexie Swing-

Allo docteur

Le Jour ni l'Heure, d'Édouard Vuillard./

Le Docteur Louis Viau dans son cabinet, d’Édouard Vuillard./

Visite des 18 mois largement dépassés pour Miss Swing. La doc, qui est notre médecin de famille à tous les trois, lit à haute voix les caractéristiques et performances types d’un enfant de cet âge, validées haut la main par l’uluberlue, notamment grâce à ses 2 mois supplémentaires sur le programme :)

– Et toi ça va ?, me demande finalement la doc tout en retenant par le haut des bobettes le ver presque tout nu qui tente de l’étrangler avec son stéthoscope.

– Oui… Enfin j’ai des nausées permanentes depuis deux mois, c’est un peu ch…

– Quoi? FÉLICITATIONS! Tu m’avais pas dit!!

– Je t’avais pas dit pour les nausées?

– Tu m’avais pas dit que tu étais enceinte!!

– Je suis pas enceinte!

– Mais t’as des nausées ?

– Oui mais je suis pas enceinte.

– T’as fait un test ?

– À ce stade on peut dire que je suis passée actionnaire majoritaire chez Clearblue.

– Et t’as toujours ton stérilet ?

– Fidèle au poste.

– Ah…

– Alors, à ton avis, c’est quoi ?

– C’est quoi?

– Ben oui, c’est quoi les nausées?

– Aucune idée. (Silence) T’es sûre que t’es pas enceinte ?

 

– Lexie Swing- (Nauséeuse)

La liste de Rose

En dansant./ Photo Jane Rahman

En dansant./ Photo Jane Rahman

La liste de Rose, c’est cette toune qui tournait sur les ondes il y a sept ans. Sept ans, c’est l’âge de mon histoire d’amour. Alors il y a sept ans, je chantonnais cette rengaine facile les yeux dans les yeux avec le type qui a changé ma vie. La liste de Rose, ça aurait pu être celle de n’importe qui. Et comme je suis aussi n’importe qui, ça aurait pu être la mienne.

On est allés à des concerts, des tas,

Évitant de repeindre la chambre en vert, parce que tu n’aimes pas ça.

Boire de la vodka, c’est l’fun mais le vin c’est mieux,

Quant à Ikea, il a fait des heureux (notre salon de Saint Cyprien, notre salon de Ramonville, notre salon d’Orbessan, notre salon… ok, merci Ikea)

J’ai mis des décolletés, mais surtout dans le dos,

Jamais loué d’meublés, on est bien trop bobos!

Et puis tout massacrer, c’est un truc de friqués…

Et nous le fric, on n’avait pas vraiment ça, tu vois…

J’pleure souvent pour un rien, Rose ne m’a rien appris.

On a acheté un chien, bien mal nous en a pris!

Le jour où t’as eu mal tu faisais pas semblant,

Tu n’as pas mis les voiles, même si c’était tentant,

Et fumer beaucoup trop, ce n’est plus notre affaire.

Cet automne ça f’ra 5 ans qu’on respire mieux notre air.

Prendre le métro est devenu mon quotidien,

Et te prendre en photo, un truc que je fais bien.

Même que t’es affiché en grand chez ton père, et que c’est de ma main.

Après… après j’ai jamais su jouer de la guitare et t’as renoncé à m’apprendre,

Sortie de mon saxophone je ne savais plus rien comprendre

J’ai eu mon permis bien avant la chanson

Et remplir un caddy me met toujours en pamoison.

Je n’ai plus dansé sur un comptoir depuis le soir de notre bac

Quand nos yeux se sont croisés, le sourire saoul et l’air en vrac

Nous étions bien loin de savoir qu’un jour la vie nous réunirait

Et que l’on connaîtrait ce soir où l’on s’est dit que l’on s’aimait.

Il y a sept ans je fredonnais les envies de quelqu’un d’autre

Appuyant sans le savoir une réalité qui s’rait la nôtre

“Jouer de la guitare, danser sur un comptoir, remplir un caddy, avoir une p’tite fille…”

Ces mots ce sont les siens, ces mots ce sont les miens

Il y a sept ans, les yeux dans les yeux, nous avons formulé ce voeu.

Un voeu devenu réalité, qui dort dans son lit douillet.

Les poings fermés, la bouche rêveuse.

Le point d’exclamation d’une vie savoureuse.

 

-Lexie Swing-

 

 

 

 

Vice(s) de nounou

Lui lisent des histoires, souvent.../ Photo J. Seattle

Lui lisent des histoires, souvent…/ Photo J. Seattle

J’adore les nounous de Miss Swing, ce sont deux femmes très aimantes qui lui apportent le meilleur. Les gardiennes d’enfants – « ass mat » en France – ont ceci de merveilleux qu’elles éduquent, rassurent, apprennent et prennent notre relais. Sauf parfois. Parfois elles essayent plutôt de saborder notre beau projet éducatif ardemment mené depuis plusieurs mois, voire années. Par exemple, quand elles…

– Font des frites tous les midis en plus des légumes

– Mettent la télé pour endormir nos chères têtes blondes surexcitées après le rab’ de crème glacée du vendredi

– Décident de porter toute la journée dans leurs bras l’enfant que tu as mis 20 mois à rendre indépendant de ton propre corps

– Proposent du jus du raisin le jour où tu as jugé bon de mettre à ton deuzans un t-shirt blanc

– Lui font réaliser un dessin géant peuplé de paillettes qui collent mal

– L’habillent comme un oignon en plein été ou comme un plagiste en plein hiver, bref, se contrefichent du temps qu’il fait et du rhume qui pointe son nez

– Te soutiennent que cet unique bouton sur son bras c’est certainement la varicelle et qu’il faut que tu le ramènes chez toi illico presto

– Se trompent dans les biberons et te donnent l’embout de sein spécial pompe à lait maternel d’une maman dont tu ne croiseras plus jamais le regard

– Disent « oui » en se retournant quand mini-toi leur courent après en disant « maman? »

 

Ceci dit, ce n’est rien à côté de tout ce qu’elles font pour nos tout-petits, en leur offrant une découverte du monde et de la vie en toute sécurité. Genre quand elles…

– Lui font manger tous les midis féculents – viande – légumes, autorisant ainsi le parent à refiler à sa douce progéniture des crêpes surgelées en toute sérénité

– Lui apprennent à dire merci et à descendre du sofa sans se faire mal

– Prennent le relais pour la propreté, patiemment, même quand d’autres bébés hurlent à côté

– Prévoient du rab de bleuets pour ta toute-petite, parce qu’elles savent qu’elle y voue un amour sans faille

– Et pensent à lui offrir une mini fête d’anniversaire

– Donnent à tous leurs petits pensionnaires un petit déjeuner à leur arrivée au cas où ils n’aient pas mangé

– Font des photos et des vidéos régulièrement, qu’elles t’envoient pour partager avec toi ces moments précieux où tu n’es pas là

– Te racontent ce qu’il a fait dans la journée, du premier pipi à son score aux dominos, même si les autres parents trouvent ça idiot

– Te disent « Je l’aime drôlement tu sais »… et tu sais que c’est vrai.

 

-Lexie Swing-