Deux ans

Tes cheveux en bataille, que seule ton éducatrice parvient à dompter

Miss Swing./ Photo DR Lexie Swing

Miss Swing./ Photo DR Lexie Swing

Ton accent mi-anglais mi-créole

Tes yeux immenses

Ton goût pour les fruits

Ton ventre tout rond

Ta litanie « Pour Papa, pour Maman, pour Loulou, pour Talou, pour Mamie… » quand on te brosse les dents.

Ta passion des chaussures

Ton incroyable souplesse

Tes pieds qui ont pris deux tailles en deux mois après avoir stagné pendant un an

Ton amour des animaux. Tous les animaux.

Ta précision

Ta dextérité pour mettre des chaussettes

Tes câlins brefs

Ton nombril que l’on devine sous ton chandail

Ton pouce que tu ne lâches pas

Tes « palons » que tu réclames sans cesse, et que tu refuses de nommer correctement.

Tes phrases de plus en plus construites, et de plus en plus justes.

Tes deux ans avec nous, joyeux, bordéliques, inspirants, parfois épuisants, enthousiasmants, sans regrets, sans aucun regret.

 

Et notre vie que tu as changé pour toujours.

 

Joyeux anniversaire ma toute petite.

 

-Lexie Swing-

 

 

J’aurais aimé être à sa place

Pause lecture./ Photo Daniele Zanni

Pause lecture./ Photo Daniele Zanni

Il est assis là, sur la banquette en faux cuir élimé d’un food court quelconque. Il a jeté son manteau en vrac à ses côtés mais gardé son bonnet sur son front plissé. Je le dévisage sans qu’il ne prenne un instant conscience de ma présence, plongé comme il l’est dans sa lecture. Plongé dans sa lecture… Son abandon fait envie, me fait envie, tandis que je cours prendre mon train. Je descendrai, courrai le long du quai, sauterai dans l’autobus puis partirai faire quelques courses. Il y aura le repas, les jeux, le bain, la vaisselle, le coucher, et peut être un peu de lecture quand même ensuite si le moment s’y prête et que la fatigue ne m’est pas tombée dessus avant.

Il y a quelques mois, au détour de l’été, j’avais dit à Mr Swing combien je voulais prendre un moment, combien j’avais besoin de temps pour moi. « Ok, m’avait-il dit, tu veux faire quoi? Un sport? De la musique? » « Je veux lire dans un café », lui avais-je répondu. Ça sonnait féerique, inaccessible, terriblement restreint aux jeunes étudiants qui étudiaient chaque samedi dans le Starbucks de mon quartier.

Je ne l’ai jamais fait.

Depuis nous avons déménagé et Mr Swing est celui qui rêve d’avoir une fois, rien qu’une fois, un moment en sortant du boulot pour aller arpenter les rayons du disquaire sans traîner derrière lui son enfant complaisante mais affamée, qui parsèmerait les allées de miettes de gâteaux tel un Petit Poucet en vadrouille. Un Petit Poucet qu’il faut moucher, rattraper et empêcher de jouer avec les piles savamment dessinées des derniers albums à la mode. Être parent, c’est savoir que l’on ne sera plus jamais seul. Une idée terriblement réconfortante et aussi relativement angoissante, finalement.

Rien à voir mais un jour, à Dublin, j’observais trois filles à une table. L’une d’elle semblait triste, le regard perdu dans le vague. Sa copine de droite lui tenait la main, tout en lisant un livre de l’autre, et la dernière tapait furieusement un texto sur son cellulaire. Me sentant l’âme critique, je me suis penchée vers l’amie qui m’accompagnait : « tu parles d’une bande d’amies, elles ne se parlent même pas! » Elle a tenu à me contredire :  » au contraire, je trouve que c’est ça l’amitié, être capable de chiller ensemble et de se sentir bien, même quand on a rien à se dire de particulier. Moi je faisais ça avec mes amies en Suisse: on était 5, on s’asseyait dans un café, parfois on débattait pendant des heures mais à d’autres moments, le seul truc important était d’être physiquement ensemble. On vaquait chacune à notre loisir, à notre occupation de l’instant, et c’était bien comme ça! » J’ai gardé ce goût de vivre ça un jour : prendre plaisir à être ensemble sans s’inquiéter que la conversation tourne court. Voir mon amie sortir un bouquin et ne pas me dire que c’est parce qu’elle s’ennuie, plutôt prendre conscience qu’elle est suffisamment bien avec moi pour profiter de l’instant pour prendre un moment pour elle. Et vous, qu’en pensez vous?

-Lexie Swing-

L’emmener au musée

Bébés au musée./ Photo Les musées de la civilisation

Bébés au musée./ Photo Les musées de la civilisation

Hier, à peine le boulot fini, Mr Swing est passé prendre la diablotine à la sortie de la garderie pendant que j’achetais des sandwichs. À 18h15, après plusieurs tours de pâté de maison, nous avons réussi à nous garer et à nous rendre jusqu’au musée des beaux-arts. C’est un peu un challenge d’emmener un enfant de deux ans voir une expo de peinture. Surtout à l’heure du souper, la dernière semaine avant la fermeture de l’expo, lorsqu’il faut faire près d’une heure de file pour acheter des billets.

Heureusement, j’avais payé mes billets en ligne (la file aperçue le dimanche précédent nous avait découragés) et nous avons donc traversé la masse de gens sans nous retourner. Le contrôle passé, nous avons fait ce que tout parent qui se respecte fait pour qu’une visite au musée se passe dans de bonnes conditions : faire faire pipi, donner à manger. C’est donc armée de son sandwich au jambon que la miss et son carrosse ont pénétré dans la première salle… Avant d’être brusquement stoppés par la foule amassée devant les tableaux.

Je vous passe la visite au pas de course, non pas en raison d’un môme hurlant mais bien parce que le monde ne nous permettait guère d’approcher des œuvres. À noter aussi que pourr la première fois depuis que l’on est ici, j’ai vu des gens brusques, agacés, fatigués… Et donc désagréables. Mais je les comprends!

La bonne nouvelle, c’est que Miss Swing a été une visiteuse exemplaire. Elle n’a jeté de morceaux de sandwichs sur personne, s’est contentée d’un « aaah » gutural après avoir bu son jus de pomme et n’a jamais hurlé. À peine a-t-elle crié « papa, t’es où papa? » lorsque celui ci s’est éloigné pour s’approcher d’une œuvre.

Quand l’enfant ne se roule pas par terre et ne prend pas les salles pour un terrain olympique, je trouve que les visites de musée peuvent être vraiment sympas. Le regard de l’enfant est amusé, différent. « Oh le beau chapeau », « tout nu la dame », « un chien maman!! » (Ah mais oui c’est donc ça qu’a voulu peindre Kandinsky!). Les œuvres les plus célèbres deviennent de banales images, à peine plus cool qu’un énième tome de Petit Ours Brun. Fascinant !

Et vous? Vous les emmenez ?

-Lexie Swing-

Nouvelle lecture : « Demain est un autre jour »

Demain est un autre jour./

Demain est un autre jour./

Vendredi, 16h30, je passe faire un tour à Renaud-Bray avant de prendre le train. Je soulève un Modiano, souris devant le coffret des trois Muchachas, me tourne vers les romans de poche. Mes yeux s’arrêtent sur la couverture de « Demain est un autre jour », de Lori Nelson Spielman. Je me rappelle du titre, croisé à la page Livres d’un Cosmo. Dans mon souvenir, le magazine décrivait ce livre comme « une jolie histoire positive qui met du baume au coeur » ou une idée du genre. J’empoigne et je pars avec, ce sera parfait pour m’accompagner dans le train la semaine prochaine.

17h, dans le train, je lis un passage du bouquin sur l’éducation que j’ai également acheté, et puis je lis la quatrième de couverture de « Demain est un autre jour ». En attendant ma gare, j’attaque le premier chapitre. Arrivée à Saint-Bruno, j’en ai déjà lu trois. J’enfourne mon précieux dans mon sac et pars rejoindre mon petit monde. Le souper avalé, l’enfant couché, je me glisse dans le lit pour lire « encore quelques pages ». À minuit 30, j’éteins. Bouquin fini.
Il y a des histoires subjuguantes, incroyablement bien écrites et dans lesquelles le talent de l’auteur laisse pantois. Et puis il y a ces autres histoires, ces jolies histoires, qui nous embarquent d’un bout à l’autre du roman. Ce ne sont pas les mieux écrites, ce ne sont pas les plus intenses, ni les plus riches intellectuellement parlant. Mais ce sont de belles histoires, qui laissent un petit goût doux dans la bouche, comme si une bonne amie nous avait conté à l’oreille une aventure sympathique qui lui était arrivée.
Le pitch : Brett, 34 ans, perd sa maman d’une maladie rapide et douloureuse. Sa maman qui est aussi la présidente d’une importante entreprise de cosmétiques. Brett, agent marketing au sein de l’entreprise, se prépare depuis l’annonce de la maladie à succéder à sa mère, dont elle est très proche. L’ouverture du testament arrive, ses deux grands frères reçoivent leur part du butin. Et Brett ? Brett reçoit comme seul héritage une liste de rêves. Cette liste même qu’elle avait rédigé à l’adolescence et que sa mère a précieusement gardée. « Réalise les dix rêves aux côtés desquels j’ai mis un astérisque », l’enjoint sa mère dans sa lettre d’adieu. « Alors tu auras droit à ton héritage ». 
Un seul mot : réjouissant.
-Lexie Swing-

10 photos le 10 du mois

Je connais ce concept des dix photos le dix du mois depuis longtemps. Véritable fenêtre sur le quotidien des blogueurs, il a été repris en ce début d’année par l’auteure du chouette blogue irlandais « J’habite à Waterford ». La consigne est simple : publier 10 photos prises en 10h le 10 du mois. Heureusement pour les retardataires comme moi la règle est souple : on peut publier jusqu’au 16 du mois. Le thème proposé ce mois-ci était « papier ». La mise en page laisse encore à désirer, j’ai dû bidouiller dans le code pour que tout s’affiche à la suite.

1) Pile de livres lus ou à lire sur la table de chevet.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2) Depuis que je suis mère, les stylos ont disparu en hauteur, bien cachés à l’abri des petites mains. Seuls traînent sur la table d’inoffensifs crayons gras. « Vous avez de quoi noter votre numéro de dossier? ». Pas de problème…

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3) On s’est enfin décidé à déneiger les escaliers et voilà : le facteur a bien voulu déposer notre courrier dans la boîte. Sur certains, il avait griffonné « neige », preuve que tant que le chemin n’était pas visible, notre brave facteur ne comptait pas traverser notre terrain à l’aveuglette pour déposer nos missives.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4) Le livre chéri de Miss Swing

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5) Il y a quelques jours c’était la fête (française, la Saint…) de Miss Swing, elle a reçu une adorable carte de ses arrières grands parents.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6) Mes idées d’articles pour le blogue, sur un support créé par Vie de Miettes.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7) Ma liste de boulot estampillée « All good things are wild and free ». Achetée d’abord pour deux copines, très wild and free elles aussi :)

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8) J’adore les accessoires(f)utiles. Photographie d’un super bloc post-it (oui oui cette pomme s’effeuille) dénichée pour un article.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9) Miss Swing voue un culte aux mouchoirs, si possible sortis un à un de leur boîte et empilés dans les poils du chien.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10) Lecture (en retard) du soir… Un article de Courrier International.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà! Challenge completed! Rendez-vous le mois prochain pour dix nouvelles photos d’une inénarrable qualité :) Les autres participations sont recensées sur le blogue de J’habite à Waterford.

 

-Lexie Swing-

Charlie au bout du monde

Photo Canoe

Photo Canoe

Nous sommes Français. Autant dire que, comme tous les Français, le drame qui s’est joué il y a moins d’une semaine nous a touchés de plein fouet. Parce qu’il s’agissait du territoire qui nous a vus naître, parce qu’il s’agissait de figures de notre adolescence et de notre vie d’adulte, parce que l’union et les réunions, les marches et les manifestations, c’était celles des « nôtres ».

Nous sommes Français, mais de l’étranger, et cette situation a ce de particulier que tous les gens qui nous côtoient nous ont considérés comme endeuillés. Chaque courriel professionnel se terminait par un « je suis désolé(e) de ces difficiles événements que vous vivez ». Chaque message plus personnel se demandait « comment vivez-vous ce qui vous arrive? ». Et les parents de la garderie, jugeant de notre nationalité au troisième mot prononcé, demandait « Mais que s’est-il passé, je ne comprends pas ? ».

On nous parlait « du drame », on s’exclamait « pauvres vous! », et de suite il était évident qu’ils évoquaient « notre perte », comme si chacun d’eux avait su que nous avions perdus un être cher dans des circonstances atroces. C’était tout à la fois sympathique et inquiétant. Car si nous étions ça, nous ne sommes rapidement devenus « que » ça. On me disait « je ne t’embête pas avec ça cette semaine tu as autre chose à penser » ou on passait une conversation professionnelle entière à m’interroger sur ce drame que je vivais.

Cependant (heureusement ?), l’humain a la mémoire courte. On a compté jusqu’à 5 (jours) et jugé qu’il était bien temps qu’on se remette au boulot. Tunem’aspasencoreréponduqu’estcequetufous était donc une question en vogue ce matin. Et chez vous, Français de l’étranger, solidarité ou indifférence ?

 

-Lexie Swing-

I wish you…

Mila à la plage./ Photo Boudewijn Berends

Mila à la plage./ Photo Boudewijn Berends

J’ai parcouru des tas de billets qui souhaitaient la nouvelle année. Ça m’a un peu ennuyé. Déjà, aussi loin que je me souvienne, le Nouvel An a toujours été une fête barbante. Si ma maturité d’adolescente n’était guère remarquable, j’ai très tôt pris conscience que les moments heureux se situeraient plus autour d’une partie de Time’s up impromptu qu’à attendre minuit un 31 décembre pour embrasser des inconnus. Depuis dix ans, j’ai été malade deux fois ce jour-là, me suis endormie deux fois avant le coup de minuit parce que j’avais trop bu, ai passé la plupart avec ma famille plutôt que dans une grande fête impersonnelle où je ne connaissais personne. Le seul qui m’est marqué date de l’an dernier : un bain à une heure du matin dans un spa extérieur par -30 degrés. À courir sur la glace pieds nus et en maillot.

Je n’aime pas vraiment les festivités convenues, les échanges de politesse, les questions préparées, les discours habituels. J’aime l’originalité, l’extraordinaire. J’ai aimé l’hiver de mes 7 ou 8 ans, quand mes parents ont fait un pied de nez à la famille pour partir passer Noël à Disneyland, just the four of us. J’ai aimé passer Noël avec des amis l’an dernier. Et que mon grand-père dispute une partie de Wii avec nous l’hiver avant qu’il s’en aille pour toujours. J’aime quand mes collègues ou amis me racontent leur périple au soleil pendant les Fêtes. Ou que M. fête la nouvelle année assise sur une plage à l’autre bout du monde.

Je voudrais que Mamie se lève et danse sur du Beyoncé. Que l’on serve de la poutine à Noël et des knackis au Nouvel An. Je voudrais offrir mes cadeaux en août et camper dans le jardin pour compter les étoiles filantes. Qu’on se penche sur le bon goût du jus de pomme plutôt que de faire claquer nos langues en simili connaisseurs de vins. Je voudrais que les enfants n’accaparent pas toujours l’attention, qu’ils soient possible de tenir une conversation sensée sans pencher la tête pour écouter d’une oreille les jérémiades du petit dernier. Je voudrais que leur point de vue compte aussi, et qu’ils aient le droit de s’enfiler des nuggets le 31 si c’est leur plaisir. Ou seulement le dessert. Je voudrais qu’on arrête de me dire que la bûche glacée c’est mieux parce qu’après un gros repas comme ça, ça coule tout seul. Et qu’on décore le sapin du jardin plutôt que d’encombrer le salon chaque année.

Je le disais au début, j’ai parcouru de nombreux billets souhaitant à tous une merveilleuse année. Je m’y associe. Je vous souhaite à tous une excellente année 2015, un chiffre que je trouve particulièrement réjouissant. Avoir 15 ans, obtenir un 15 sur 20. C’est l’insouciance, la réussite discrète, l’assurance de bien faire tout en gardant du temps pour le meilleur. C’est trois fois mes cinq doigts. Même ma fille sait faire.

1) Je souhaite à mes amies enceintes de belles grossesses.

2) A mes ami(e)s célibataires de belles rencontres.

3) A tous de beaux voyages, des découvertes, même au bout de la rue.

4) A mes amis parents de belles nuits.

5) A ceux qui voudraient le devenir, un + sur un bâtonnet plein de pipi.

6) A tous, de la réussite au travail ou comme parent à la maison.

7) Et de la patience.

8) À chacun, une santé pas trop précaire, de bons examens, du psychotage « pour de rien », des médecins compréhensifs.

9) Des sous, bordel, des sous.

10) Des oeufs bénédictines (ok ça c’est pour moi).

11) De l’amour, à donner et à recevoir.

12) De bonnes surprises.

13) Du soutien.

14) De l’improvisation, des week-ends sur un coup de tête, des levers du soleil, des fous-rires, des jeux affalés sur le parquet du salon, des je t’aime et des tu me manques.

15) Et surtout, surtout… de la poutine pour Noël.

-Lexie Swing-

De retour

Waiting./ Photo Samson Benjamin

Waiting./ Photo Samson Benjamin

Quand on est partis, les amis montréalais, le sourire au coin, nous avait prévenus : vous reviendrez épuisés. On est revenu pires que ça : malades. Malades, mais heureux. Dans l’avion qui plongeait sur l’aéroport de Montréal, baigné de lumière dans le soleil couchant, l’hôtesse penchée à notre hublot trépignait : que c’est beau toute cette neige! Vous venez en vacances ? Ça va être un beau séjour. C’est effectivement un beau séjour. Il dure depuis un an et demi. Mais là, on rentre juste à la maison.

En France, au milieu des rires, des cadeaux et de la fête trônaient toujours nos valises, béantes et débordantes. Combien de matins s’est-on levés en se demandant s’il nous restait assez de t-shirts ? Je suis presque sûre d’avoir porté les mêmes chaussettes deux jours de suite. Et que dire de notre grand absent : notre gros chien blanc, resté au bercail pour lui éviter les déboires d’un nouveau voyage en avion.

Nous n’étions qu’en transit, minutés, prêts à repartir, à sauter dans la voiture, à programmer le gps. Prochaine destination ? À quelle heure repart-on? Le rythme était donné, tambourinant.

Grâce au décalage horaire, nous avons fait traîner les soirées, et puis les grasses matinées. Même l’enfant s’y est mis, oubliant tous ses principes de lever aux aurores.

Vendredi, on a regroupé toutes nos fringues égarées dans la valise, retrouvant au passage quelques t-shirts disparus. On a compressé, pesé, laissé, repesé et réuni les cadeaux (90% pr Miss Swing) dans une seule grosse valise, débordante. Le vol a duré 8h, la faute aux vents tourbillonnants qui ont contraint l’équipage a monté plus au nord. Et puis nous avons atterri. Il était 17h, je me serais bien couchée là, en petite boule sur le tapis des bagages, pour commencer ma nuit, mais des responsabilités nous attendaient encore. Mister S. a conduit. Je me suis plaint pendant une heure. Il est allé chercher le chien. Je lui ai dit que j’allais sûrement mourir de fatigue. Il est rentré dans le garage. Je lui ai dit que j’allais me coucher, merci chéri, peux-tu t’occuper du chien/enfant/bagage/repas éventuels ?

 

C’était vraiment épuisant.

 

-Lexie Swing-

 

L’accident

Accident./ Archives de Seattle

Accident./ Archives de Seattle

On est aux premières loges. Depuis le quai de notre petite gare de campagne, seuls les rails et un fossé profond nous séparent de la scène. Les lumières clignotent en tout sens sur le toit des véhicules garés. Seule une voiture n’a pas droit à son gyrophare. Celle qui a castagné, qui a pris un mauvais quart, évité un écureuil, mal jugé de l’angle du virage. Elle se tient droite sur ses roues, immobile. Autour d’elle, pompiers et policiers forment un cercle. Aucun ne se penche. Ils échangent au dessus du front plat de taule. La voiture demeure muette. Nous sommes au balcon, sans les jumelles. Pourquoi personne ne se penche ? “Ça va aller, on va vous tirer de là”. C’est ce qu’ils disent toujours dans les films. Le conducteur peut-il l’entendre ? Est-il conscient ? Est-il blessé ? Les urgentistes préparent d’un geste sûr et maîtrisé leur matériel. Nous voyons tout. Nous ne le voyons pas lui. Ou elle. Ou eux. Il doit avoir froid. On a toujours froid quand on a mal. Les couvertures seront-elles assez chaudes ? J’aurais envie de couvertures chaudes si je me retrouvais inconsciente dans ma voiture accidentée par -10 degrés. Et d’un café. Ou alors d’une licorne qui roterait en alexandrins. Qui peut bien savoir ce dont on a envie avec les tripes à l’envers et les dents plantées dans le volant ? Nous assistons à tout, malgré nous, impuissants derrière notre fossé et nos rails enneigés. Le train arrivera, la vie continuera. Et puis toi ?

-Lexie Swing-

Derrière la porte

New Home./ Photo Vincent

New Home./ Photo Vincent

Les chaussettes sont dans la chambre du bas, les céréales dans le 8e sac de courses. On a perdu une chaussure et j’ai vu des morceaux de la tablette à dessiner coincés dans le canapé. On a mangé du traiteur pour souper et du fromage prédécoupé. Les couverts sont dans un sac en plastique et le paquet de verres en polystyrène fait bon usage.

J’ai l’impression d’être en voyage. Je mange dans des assiettes en carton et fouille dans des caisses mal défaites pour retrouver notre vie éparpillée. Les culottes traînent toujours dans le sac de voyage et la plupart des t-shirts ont disparu.

Toi tu souris. Tu écrases ton nez sur le miroir de la chambre, impressionnée de découvrir ton reflet en pied. Tu te tiens bien droite sur la machine à laver, juchée ainsi pour mieux enfiler ton chandail, assise en tailleur sur le plastique gris comme si tu t’étais toujours tenue là.

Tu as compris que sous le parquet grinçant il n’y a désormais plus personne, et tu t’en donnes à coeur joie, rebondissant, courant et jetant par terre tes jouets sans que personne ne te murmure “chuuuut moins fort chérie”.

Bientôt sur les murs il y a aura ces petits traits caractéristiques des enfants qui grandissent. Il y aura la trace de tes doigts crasseux sur la peinture et celle de tes baisers sur le miroir de notre chambre. On croisera peut-être une marque plus foncée que les autres, datée du jour où tu te seras énervée.

C’est ta troisième maison, notre énième. Mais pour la première fois, nous pourrons choisir la couleur des murs, tu pourras coller des stickers et je ne m’inquiéterais pas du “qu’en dira la propriétaire” en voyant un coup de crayon gras à hauteur de tes petits bras.

Bienvenue chez toi Miss Swing.

 

-Lexie Swing-