Maladresse

Il y a des gens dans la vie qui sont plus maladroits que d’autres. Il y a ceux à qui on ne confie jamais la soupière parce qu’ils ont les mains comme des savonnettes. Leur donner un verre revient à les voir exécuter un numéro de jonglerie, grand écart compris. Les jours de chance, ils récupèrent le verre à quelques millimètres du sol. Les mauvais jours, le verre s’explose en micro-particules et il contenait du sirop. Beaucoup de sirop.

Il y a ceux que Mère Nature a doté de deux mains fonctionnelles mais qui sont maladroits dans l’âme. Les gaffeurs nés. Moi, genre.

Si vous venez de faire une gaffe monstrueuse, passez-moi un message. J’ai sûrement fait tout autant un jour. Et je vais vous confier un secret : un jour, on en rit.

Pas sur le moment non, jamais. Sur le moment, on a cette sensation très particulière d’un courant d’air dans la poitrine. Comme si, l’espace d’un instant, le corps entier se vidait de sa substance. Je connais tellement bien cette sensation que comme je suis hypersensible, je la ressens aussi quand les autres font une gaffe.

Mon plus vieux souvenir en la matière remonte à mes 11 ou 12 ans. Après avoir passé un camp d’été avec deux copines rencontrés là-bas, j’ai voulu entretenir les bonnes relations ainsi créées en envoyant deux lettres. A la première, je demandais des nouvelles polies. A la seconde, je donnais toute mon amitié et en profitait pour critiquer la première. Le comble aurait bien sûr été d’intervertir les lettres … le karma, mes amis, le karma. L’histoire dit que depuis, les deux filles sont devenues bonnes amies. Moi, en revanche, je ne fais plus partie du décor.

J’ai reproduit l’expérience des dizaines de fois : mots de colère envoyés à la mauvaise personne, textos osés qui se sont trompés de destinataire, jusqu’à mon plus grand éclat : alors que je voulais quitter un emploi que je ne supportais plus, j’ai fait un « répondre à tous » à un message visant à organiser le repas de Noël de l’équipe avec les mots « pas question que j’y aille, je ne les supporte plus tous ces cons ».

Oui, j’ai un très bon karma dans la vie.

En vrai, l’expérience m’a appris à tenir ma langue : pas de critiques, pas de problème.

Pourquoi je vous parle de tout ça alors ? Parce que j’ai fait récemment une gaffe vraiment drôle, quoique franchement limite selon la pudeur de la personne victime de ma gaffe. Et je m’excuse par avance si je choque quelqu’un.

Récemment, alors que je faisais la file pour sortir du train, j’ai voulu attraper quelque chose dans mon sac à dos. Mon sac à dos qui était déjà sur mon dos. Alors je tends les bras derrière moi, j’empoigne la petite poche à deux mains, que je tâte vigoureusement pour voir si elle contient ce que je cherche.

Et puis la poche s’est mise à parler. Elle a dit « mmmh excusez moi, mais c’est mon sein ça ».

En fait de poche, je tâtais vigoureusement la poitrine de la personne suivante. Preuve que j’avais les mains trop haut d’ailleurs.

La bonne nouvelle, c’est que le cramoisi ça ne se voit pas de dos.

Sur ces bons mots … ;)

-Lexie Swing-

PS Et vous, vos plus belles hontes ?

Mon enfant dort mal, que faire?

Sous ce titre digne du meilleur magazine de parentalité éclairée, se cache une réalité sournoise : celle du parent qui ne dort pas. Car si vous êtes arrivé jusqu’ici en googlant avec férocité « sommeil enfant solutions », nous savons vous et moi que ce n’est pas le sommeil de l’enfant que vous voulez sauver, c’est le vôtre. Et c’est normal. Et c’est sain. Et personne ne vous jugera pour ça. Parce que l’enfant a encore ses siestes pour récupérer mais vous, vous avez un 9h-17h à accomplir et un open-space qui ne vous laisse guère fermer l’oeil. Vous avez sommeil, et faire dormir l’enfant est votre solution. C’est un pari risqué, l’enfant est un allié fourbe, mais vous n’avez guère le choix.

Pourquoi me faire confiance à moi, alors qu’il est de notoriété désormais publique – si mes cernes n’avaient pas vendu la mèche depuis 4 ans – que mon enfant dort mal? Parce que nous, parents d’enfants insomniaques, nous avons de l’expérience. Que sait le parent d’un enfant qui dort? Rien, c’est un parent qui n’a pas vécu, un parent qui n’a pas souffert (vous l’entendez, la voix d’Édouard Baer là-dedans?). C’est un parent chanceux voilà tout! Je le sais, j’ai fait partie de la gang. Je claironnais, cheveux au vent et yeux reposés, que mon premier enfant avait fait ses nuits dès l’âge d’un mois et demi. Officiellement, je me taxais de chanceuse. Officieusement, je mentionnais volontiers mon talent de nouveau parent qui avait tout compris au fonctionnement nocturne du nourrisson.

Ô combien étais-je naïve.

J’ai eu un deuxième enfant, qui a fait ses nuits à un mois. Un mois, Mesdames et Messieurs, ceci confirmait mes capacités hors du commun en tant que mère. A deux mois, les reflux ont commencé à se faire douloureux et la douleur a emporté dans sa poche nos si belles nuits. Lait adapté, lit surélevé, l’enfant a grandi, les douleurs ont fait place aux cauchemars, les cauchemars aux terreurs nocturnes, les terreurs nocturnes aux réveils fréquents et à l’agitation. Ces temps-ci, ma cadette crie sans se réveiller. Et dans mon malheur, c’est mon nom qu’elle hurle toujours en premier, comme si, au fond de sa mémoire ensommeillée, elle connaissait déjà la profondeur du sommeil de son père. Bref, 4 ans de recherches, d’observation vaillante à 2h du matin, de dosage d’homéopathie et d’incantations chimériques pour produire des résultats invérifiables. Voyons voir…

« Il faut laisser du temps au temps » : ta copine qui ne sait pas ce que c’est que d’avoir un gamin qui ne dort pas parce que le sien roupille de 19h à 7h du matin, 3h de sieste et une grasse mat’ le dimanche.

Laisser du temps au temps, comme son nom l’indique, est un procédé qui demande de la patience et du renoncement. Tout ce dont dispose un parent qui n’a pas dormi depuis des mois et tient debout grâce à huit cafés bien serrés et la menace de perdre son emploi. C’est une forme de deuil, celle du sommeil donc, dans sa dernière phase : celle de l’acceptation. Vous avez accepté que vous ne dormirez jamais plus. Adieu, donc.

« Fais lui sauter la sieste » : ton bon copain qui n’a pas de gamin et donc une logique encore intacte

Comme 2+2 font 4, ton bon copain suit une idée logique : si ton enfant ne dort pas, c’est qu’il n’est pas fatigué. Arrête de le faire dormir la journée et il dormira en soirée. C’est une idée qui n’est d’ailleurs pas inintéressante, surtout si l’enfant a surtout de la peine à s’endormir le soir. Une difficulté que l’on expérimente à loisir par chez nous, avec nos garderies jusqu’à 5 ans accompagnées de leurs siestes obligatoires. Cependant, le jeune enfant qui ne dort pas la journée n’est pas forcément celui qui dormira la nuit. Aucune garantie, ni repris, ni échangé. L’enfant ainsi vicié est un enfant double peine : il s’endort mais se réveille au pire moment, celui où l’on commence tout juste à se pelotonner entre ses draps. Pas de répit pour les braves. Et si en plus il est sujet aux terreurs nocturnes et que vous l’avez couché trop fatigué, vous touchez le jackpot.

« Essayez l’homéopathie » : ton pharmacien qui ne veut pas que tu files un somnifère à ton enfant derrière son dos

L’homéopathie, ça ne marche pas (disent les chercheurs), mais ça ne coûte rien d’essayer (dit la pharmacienne qui a oublié que les précieuses pilules se vendent 10 dollars le tube dans nos contrées). Ça a surtout un merveilleux effet placebo, notre cadette faisant « de tellement beaux dodos » (selon ses mots) depuis qu’elle en prend. Après un mois de traitement, nous arrivons donc en phase de désintoxication, une pilule à la fois. La nuit dernière a connu son lot d’appels à l’aide, course effrénée dans le lit et requêtes pleurnichantes. Le sevrage sera rude.

« Fais-la dormir avec toi » : ta soeur qui en a élevé 5 et apprit à dormir sur un rectangle de 2 (mètres) * 15 (centimètres).

Passées la toute petite enfance et la crainte d’écraser son poupon tout neuf, on peut choisir d’allonger les nuits en partageant son lit. Nul doute que celles du bambin seront allongées, royal qu’il sera à cheval sur vos deux oreillers. En témoigne ce choix éclairé fait par Tempête pas plus tard qu’hier soir : alors que nous lui proposions de se remettre de son cauchemar dans notre lit (où nous n’étions pas encore), mon conjoint lui a demandé si elle voulait être « du côté de papa ou de celui de maman ». « Entre vous », a-t-elle répondu sans hésitation. Car l’enfant qui maudit vos nuits est un enfant qui sait ce qu’il veut. Votre lit, entouré de corps qu’il pourra labourer comme bon lui semble.

 « Fais le 5-10-15 » : une inconnue sur Doctissimo

Le 5-10-15, qui se compte en minutes et pas en secondes comme certaines mères qui ont un peu trop le doigt sur la gâchette, que dis-je, la poignée de la porte, semblent l’ignorer. 5-10-15 minutes donc, qui correspondent au laps de temps que tu laisses entre chaque moment où tu entres dans la chambre pour parler-sans-le-regarder-mais-avec-bienveillance-surtout à ton enfant. Ça c’est la loterie. Soit tu as un enfant qui se lasse vite, soit tu as un monstre qui devient hystérique et n’hésite pas à tambouriner sur le mur pour finalement sortir de sa chambre, les poings sur les hanches, pour t’haranguer tel un pilier de bar après la quatrième tournée : « Ben là, ça fait dix minutes que j’t’appelle! ». Je vous laisse deviner quelle version j’ai enfanté.

« Crie-lui « mais tu vas la fermer bon sang » : mon système lymbique après 4 ans d’insomnies.

Ça défoule. Mais ça ne marche pas. Pire : ça les amuse. Vous voulez d’un perroquet qui répète « mais tu vas la fermer bon sang » pendant une heure au milieu de votre nuit? N’hésitez plus !

Alors on fait quoi? Vous, je ne sais pas mais moi j’attends le début de l’école, l’année prochaine, avec une ferveur toute naïve. Je mise tout sur les récrés à rallonges et l’absence de siestes.

A l’année prochaine (et bonne insomnie à tous!)

-Lexie Swing-

 

Nouvelles du front

Depuis quelques semaines, je suis prise dans un tourbillon boulot-enfants-dodo. Les journées de travail sont pleines à craquer, et la routine s’installe dès la porte de l’école passée. Mes seuls moments de pause sont les trajets de train, quand je ne passe pas ceux-ci à faire mon épicerie en ligne ou à commander des bottes de neige pour la petite dernière.

Dire que je rêve d’écrire et que l’application Notes de mon téléphone ne désemplit pas des idées foisonnantes que j’ai pour le blog serait vous mentir. Ma jauge d’inspiration est inversement proportionnelle au taux de remplissage de mes journées actuelles : proche de zéro.

Alors, parce qu’on se connait depuis déjà 7 ans (pour certains), et que j’ai horreur de ces pages abandonnées qui trainent comme des zombies mal suturés sur la Toile, j’ai pris le parti – à défaut d’un article structuré – de vous donner des nouvelles.

1)    Numéro 1, ma grande fille de 6 ans et demi, est d’une humeur particulièrement joviale ces jours-ci. Hier j’ai dit «tu peux aller prendre ta douche s’il te plait?», et elle a répondu «bien sûr Maman, j’y vais tout de suite et je viendrai finir mes devoirs après». C’est bien simple, il y a encore une version fantomatique de moi, bouche bée au milieu de la cuisine, qui ne s’est pas encore remise de cet échange.

2)    Il y a un principe (pseudo) scientifique selon lequel : si et seulement si l’enfant numéro 1 s’assagit brusquement, alors son cadet prendra sa place comme maître des enfers. J’ai pour projet de faire floquer un chandail taille 4 ans «Here comes Trouble» (« les ennuis arrivent »). Elle qui avait traversé le Terrible two et le Threenager avec la grâce d’une colombe à l’Armistice se borne désormais à rouler sur le chemin de la vie comme un automobiliste saoul : elle engueule les autres et s’entête à prendre les chemins de traverse, même s’ils sont recouverts de moquette et qu’elle porte des bottes de neige souillées. Elle ne veut que l’assiette rose, les vitamines rouges, les t-shirts avec un bonhomme au milieu, deux tresses et pas une, et surtout pas de légumes. Bref, c’est un charme.

3)    La neige est arrivée mardi – pour une fois Météo Média ne s’était pas trompé. Depuis c’est la file chez le garagiste, nos sacs de feuilles minutieusement ramassés dimanche sont sous 15 centimètres de poudreuse et il a fallu acheter des bottes de neige aux enfants en urgence parce que les anciennes étaient deux pointures trop petites.

4)    On a fêté la Saint de mon prénom, provoquant au passage l’incompréhension de mes amis et collègues. Ici l’anniversaire se dit la Fête, et les fêtes ne se fêtent pas. Autant dire que fêter ma fête à l’automne alors que je suis née au printemps paraissait peu opportun. Finalement, nous nous sommes tous accordés pour dire qu’avoir deux journées à soi au lieu d’une est une richesse que nul ne devrait laisser passer. J’en ai profité pour raconter à mes filles d’un ton énamouré comment, dans mon enfance, la dame de la météo annonçait chaque soir le nom des personnes qu’on allait fêter le lendemain. Leur désintérêt a été aussi vif que ma nostalgie!

5)    Notre fille de 4 ans (la Trouble susmentionnée) (prononcée Troubeul, parce que c’est en anglais) ne semble toujours pas décidée à passer des nuits apaisées. Elle attend systématiquement que j’ai éteint ma propre lumière – s’accordant à l’heure à laquelle je décide de le faire, elle n’est pas difficile – pour hurler mon nom dans son sommeil, réduisant à néant mes efforts dantesques pour repousser mon schéma d’organisation mentale visant à optimiser la réalisation du ménage et l’abaissement de la note d’épicerie. Sommeil : 0; organisation du ménage : 1 (Trouble : en forme, mais cernée).

6)    Lassée de dévouer nos (courts) week-ends au ménage, j’ai créé un schéma (mental donc) de réalisation hebdomadaire. Samedi dernier, j’ai ainsi pu enfiler mes pantoufles et attraper un livre avec la paresse d’un chat sous valériane. Après 7 années à attraper l’aspirateur de bon matin le samedi, je n’en reviens tout simplement pas.

7)    Je regarde présentement pour faire évoluer mes compétences en effectuant ce qu’on appelle ici un certificat (30 crédits). Après 8 ans d’études, j’ai longtemps dit «plus jamais», mais mon changement de carrière il y a trois ans m’a forcé à reconsidérer les choses. Gestion des ressources humaines, gestion de projets, management… les possibilités ne manquent pas, seul le temps (et l’argent) reste un potentiel obstacle. J’avoue avoir peut-être aussi envie de me confronter aux études avec un œil nouveau et une autre maturité, ayant passé l’essentiel de mes études post-bac à attendre d’arriver au bout sans jamais voir l’intérêt des connaissances apprises et du chemin parcouru.

Sur ces 7 points pas nains, je vous laisse. Et vous connaissez la formule : dans l’attente de vos nouvelles, je reste à votre disposition pour de plus amples informations.

Si vous me cherchez, je serais sous mon plaid. Il fait -12 degrés, ressentis – 22, et mes sourcils vont probablement tomber.

-Lexie Swing-

On a oublié la journée pyjama

On avait tout pourtant. Le jouet de la maison, le livre pour l’histoire, les bottes pour la pluie. Au premier pyjama aperçu, on a cru à une renonciation parentale, au deuxième, à un pari perdu, au troisième, on a senti qu’on avait loupé une info. « Il y avait marqué quelque part qu’il fallait venir en pyjama? », ai-je glissé à l’éducatrice de ma fille. « Oui, m’a-t-elle confirmé avec un sourire contrit. C’était dans le courriel de lundi. » Pas de jugement de son bord – elle sait bien que nous jonglons tous avec différentes priorités – mais notre toute petite n’avait pas la même perspective de vie et avait amorcé la bouderie dès le passage de la porte d’entrée, pressentant comme nous qu’une chose fondamentale (pour elle) nous avait échappée. Nous avions oublié la journée pyjama.

Ça n’est pas la seule chose que l’on a oublié cette semaine. Hier, affublée du costume d’Halloween et pourvu des cupcakes réalisés pour l’école, ma grande et moi avions passé la porte en réalisant notre oubli de la commande – l’énième – du jour : l’apport d’un livre de maison et d’une lampe de poche. La demande avait été inscrite dans le courriel hebdomadaire du vendredi précédent.

« C’est pas comme si on recevait un seul courriel par jour », a résumé mon conjoint. Je ne sais pas comment font les autres parents. Chez nous la liste des choses dont on se rappelle est longue : le cahier de dictée à signer, le jouet du vendredi à apporter, le rendez-vous avec l’instit à booker, les photos de classe à commander, la participation à la fête d’anniversaire que l’on doit confirmer, la nourriture pour animaux à acheter pour la collecte du refuge, la tirelire à monter pour une oeuvre de charité, les kilomètres à parcourir pour le défi santé de l’école… pas un jour sans que les communications scolaires n’apportent leur lot de requêtes.

Et s’il n’y avait que l’école. Qui d’entre nous ne s’est jamais fait alpaguer sitôt après avoir passé la porte du bureau pour accomplir une tâche urgente ou dénouer un conflit miné? Qui n’a jamais rallumer son téléphone professionnel dès l’enfant déposé pour se retrouver assailli d’une horde de courriels pressants ?

Les tâches s’amoncellent de toute part comme autant de piles qu’il faudra bien finir par pelleter. « Jolis cupcakes, m’écrivait ma mère hier, en recevant la photo de mes précieux accomplis une fois les enfants couchés. N’oublie quand même pas de prendre du temps pour toi. »

« Je ne suis pas sûre que je puisse dans cette vie », lui ai-je répondu. Mais je l’espère, ça oui. J’y travaille, j’en ressens l’importance, et je noie la culpabilité des tâches que j’ai faillies dans du café déjà froid et des sourires forcés.

Et puis j’attaque le vendredi en robe très courte, et blouson quechua, je marche en chantonnant et tient des portes trop longtemps à des gens qui rient franchement de se voir ainsi attendus. Et c’est le plus près que je fasse de prendre du temps pour moi.

M’autoriser l’insouciance.

-Lexie Swing-

Dans cinq années de ça

Cet été, notre location de voiture touchait à sa fin, l’occasion pour nous de magasiner une nouvelle voiture. Nous avons finalement échangé notre Subaru Forester contre une Golf, renonçant à la capacité du coffre et des sièges arrières pour quelque chose de plus compact. Les voitures que l’on choisit sont à l’image de la vie que l’on mène. Elles doivent pouvoir embarquer le bon nombre d’enfants – sièges autos compris, les poussettes, le stock de couches, les courses pour 4 ou 5. Et puis, le temps aidant, les préoccupations se déplacent. Les sièges autos se font plus petits, les enfants s’attachent désormais seuls. On a abandonné la poussette au profit de la trottinette et relégué les biberons au rayon des regrets.

La durée des locations est aussi un miroir de la vie qui change. Lorsque nous avons souscrit notre premier contrat, il y a 4 ans, notre vieille auto tombait en ruine et nous avons alors opté pour une solution courante ici, la location, les six mois d’hiver ayant cette fâcheuse tendance à faire passer la moindre voiture neuve de vie à trépas en quelques mois.

Il y a 4 ans, j’étais enceinte de notre deuxième fille, à l’aube d’une vie dont je ne soupçonnais rien encore. Cette vie épuisante, mais pleine, entière. La Subaru fut la première voiture dans laquelle nous avons attaché le siège auto, c’est la voiture qui l’a ramenée à la maison. C’est celle qui nous a conduit jusqu’en Floride, et de l’autre côté, jusqu’au Nouveau-Brunswick. Elle a abrité bien des rires, bien des disputes, bien des siestes d’après-midi et des débuts de nuits. Elle reste marquée de l’empreinte des sièges autos et de celle, moins attendue, de la gourde de compote échappée dans un virage près de Fredericton.

Lorsque nous avons choisi notre nouvelle voiture, nous l’avons voulue rouge, et nous nous répétitions en boucle combien notre cadette serait contente, elle qui ne jure que par cette couleur. Elle qui allait justement fêter ses 4 ans, s’était débarrassée de ses couches et de ses babillages, pour devenir cette petite chose solide, bien campée sur ses deux pieds, qui a voulu monter derrière le volant dès qu’elle a vu la voiture arriver. Nous avons profité du changement de véhicule pour mettre à jour les sièges autos, B. étant désormais en âge et taille d’avoir un simple rehausseur et de s’attacher seule.

Je ne savais pas, il y a 4 ans, que je roulerais avec un enfant déchiffrant les messages de la console centrale par dessus mon épaule. Ni que nous laverions notre voiture au son de la chanson « Envoyez la mousse », scandée par la cadette tel un pilier de bar après la troisième tournée. J’ignorais que les voyages seraient ponctués de remarques fauniques ou ornithologiques, ou parfois scatologiques, les enfants tentant de deviner quel oiseau avait bien pu ainsi se répandre sur le toit vitré de notre nouvelle Golf.

Lorsque nous avons loué notre dernière voiture, les filles ont voulu savoir quand nous allions la rendre. Toujours un coup d’avance, les enfants. « 5 ans », on a dit. « 5 ans ça fait quoi? », a demandé Tempête. « Ça fait que tu auras 9 ans, et ta grande sœur 11 ». Et puis on a ajouté, pour nous mêmes : « Tu seras au milieu du primaire, et ta sœur à l’aube du secondaire ». Et c’était tout un monde qui se profilait. Un monde qui n’avait même pas encore commencé. B. n’avait pas encore mis les pieds au primaire, E. même pas encore à la maternelle. Dans 5 ans de ça, elles seraient des écolières bien avancées, dans des routines installées.

On ne réalise pas à quel point la vie passe, ce qui viendra demain, ce qui ne sera plus. Ce soir là j’ai ouvert le livre d’histoires en réalisant qu’un jour, je n’aurais plus à en lire. Comme j’ai un jour préparé un dernier biberon ou changé une dernière couche.

Mais nous serons aux prémices de nouvelles aventures, les dernières fois s’entremêlant au cœur de premières fois toutes neuves. Et à cet instant, refermant mon livre d’histoire, j’ai laissé glisser le flot ininterrompu de cette vie, et j’ai juste souhaité, de toutes mes forces, être là pour en témoigner.

-Lexie Swing-

Maman a la migraine

On dirait la fin abrupte d’un film réputé érotique. Maman a la migraine alors Papa peut aller se rhabiller. En vrai, la migraine parentale, c’est bien plus dérangeant que de siffler la fin de la partie de jeu. C’est être assis sur le banc des remplaçants, et assister, impuissant(e), au match en cours.

Je n’ai connu mes premières migraines qu’à l’âge avancé de 30 ans, mais j’ai grandi avec une mère pour qui la migraine a toujours été une partenaire de vie. Fêtes, week-ends, événements professionnels et jours fériés, la migraine ne connaissait aucun repos, et n’en laissait guère plus.

Il est souvent difficile d’en trouver la cause, et donc d’en faire un problème curable à long terme. Le quotidien devient donc un jeu de chat et de souris, où l’on tente, autant que faire se peut, de déjouer les pièges et d’échapper aux griffes. Car quand celles-ci se referment, le bal commence, avec des symptômes variés selon les participants. Certaines migraines s’annoncent par des nausées, d’autres attaquent sans préambule par de violents maux de tête. La plupart ne trouve du repos que dans des chambres plongées dans le noir et le silence du milieu de journée. Une gageure lorsque l’on héberge sous son toit des enfants de moins de dix ans.

Techniquement, être parent et migraineux c’est :

– Avoir un enfant qui passe la tête par la porte dix fois en demandant : « Ça y’est, tu vas mieux? »

– Avoir un autre enfant (ou le même) qui entre toutes les 5 minutes en disant : « Je ne te dérange pas longtemps c’est promis juste deux minutes je voulais te montrer le nouveau dessin / le dernier pas de danse / le jeu à la mode / ma liste au Père Noël »

– Entendre dans un demi-sommeil son conjoint chuchoter « chuuuuut tu vas réveiller maman »

– Se faire effectivement réveiller par « juste un bisou »

– Se lever en titubant, découvrir l’état du couloir et du salon et refermer la porte

– Se faire servir au lit

– Se sentir finalement mieux mais traîner encore un peu, parce que c’est pas si souvent qu’on a une bonne excuse pour rester au lit.

La course prend un handicap supplémentaire lorsque se retrouve seul(e) avec ses enfants et que personne ne peut intervenir en back-up. On légume (du verbe légumer, comme chacun sait) sur le canapé du salon, aussi flétrie qu’une aubergine d’automne oubliée sur le comptoir de la cuisine. La télé devient alors une gardienne fidèle et les bols de céréales la pitance quotidienne. « Oui oui je te regarde », dis-je cachée derrière mon bandeau de nuit. Les parents sont doués d’un don de vue exceptionnel.

Au bout d’un temps, certain ou incertain mais toujours d’une durée proportionnelle au nombre de jours de vacances en cours, durée calculée selon la loi de l’emmerdement maximum, la migraine disparaît. Elle laisse derrière elle son lot de pots de médicaments dégoupillés et de tâches inachevées. Jusqu’à la prochaine fois.

On oublie volontiers que nous sommes tous susceptibles de souffrir un jour ou l’autre de maux plus ou moins chroniques qui handicapent un quotidien déjà prenant et la maladie fait partie de ces aspects qu’on n’omet lorsqu’on se projette dans la parentalité, jusqu’à ce qu’ils nous rattrapent.

Et vous, souffrez-vous de maux qui handicapent parfois votre quotidien de parents ?

-Lexie Swing-

Photo Matthew Henry for Burst

Rive-Sud : la Halte 24-7, pour co-worker et trinquer

Endroit cosy, bar fourni et gens amènes, que demander de mieux pour un jeudi soir? C’est ce que mon amie et moi nous sommes demandées, alors que nous devisions au dessus d’un verre de blanc, trempant généreusement nos pitas dans un hummus à rendre fou, chillant à la Halte 24-7, nouvellement installée à Longueuil.

Quelques tables, un sofa, des miroirs anciens, l’endroit est épuré, accueillant comme un salon d’ami, et la bouffe y est, de fait, délicieuse. Venus tout droit du Tricot principal, du chef Martin Juneau, les bouchées servies méritent à elles seules le détour. Le hummus précité est incontournable (honnêtement), le Muhammara est vraiment à découvrir et la burrata a tenu ses promesses en coulant tranquillement dans l’assiette tel un chat paresseux un matin d’été (la faim me rend lyrique).

La carte est joliment fournie en vins, y compris pour ceux qui auraient une préférence pour le vin biologique ou cultivé en biodynamie. Côté cocktails, on nous a gratifié du mélange signature de la maison, délicieusement surprenant : Double dose d’espresso, vodka – kahlúa au shaker.

La Halte 24-7 est l’endroit qui manquait, dans le paysage longueillois. Une place où travailler, se restaurer mais aussi se retrouver pour un 5@7, le jeudi soir. Pour des gens qui, comme moi, travaillent à la journée longue en entreprise, c’est un lieu idéal de rencontres. Pour ceux qui, comme mon amie, travaillent de la maison, c’est un endroit approprié pour une rencontre professionnelle, un cocktail de réseautage, etc.

En arrivant, nous avons eu la surprise de découvrir la Halte à un endroit de Longueuil où les cafés et restos se font rares. Olivier Berthiaume et Philippe Tremblay, les co-fondateurs, font ici un pari. Un beau pari, pour ce lieu qui a beaucoup à offrir. Son homologue montréalais, installé depuis 5 ans, a déjà convaincu les professionnels des environs. À noter que la Halte 24-7 offre un format café-salon de thé en journée, avec sandwichs et viennoiseries servis sur fond de jazz.

Copains de la Rive-Sud, parents en besoin intense de décompression, foodies avisés, si vous ne savez pas quoi faire le jeudi… pensez à moi ;)

L’adresse à noter : Halte 24-7 Longueuil, 1490 Chemin de Chambly, Longueuil, QC J4J 3X3, 450-332-1411; http://haltecafe.com/.

-Lexie Swing-

Le goût de l’effort

Dimanche, il faisait encore nuit quand nous nous sommes levés. L’aube était sereine, comme seules les aubes savent l’être, alors que le jour porte encore des lueurs d’espoir. On s’est dit que c’était trop tôt, pour un dimanche. Un dimanche qui concluait une semaine riche en activités et faible en sommeil. On s’est dit qu’on aurait pas dû s’imposer ça, on aurait dû savoir que la reprise serait difficile et que l’automne nous grugerait notre énergie quotidienne. Mais il est des choses, bien des choses, qui se réservent à l’avance et se doivent d’être honorées, quoi qu’il en coûte. 

Leur inculquer le goût de l’effort et le respect des engagements a commencé ici, dans ce dimanche d’octobre ensommeillé. «On s’est inscrit, leur a-t-on rappelé. Tu étais d’accord, tu t’es engagée.» Après, quand on a 6 et 4 ans, l’engagement reste quand même une notion assez floue alors on a édulcoré : «Si tu passes la ligne d’arrivée, tu auras une médaille!»

Déjeuner avalé, vêtements de sport enfilés, on prend la route du semi-marathon de Granby et de ses courses multi-niveaux. Sur la route, la clarté du jour reste timide derrière les nuages. Pour réveiller la foule endormie, on propose le jeu du «partage la chanson que tu aimes». À tour de rôle, chacun choisit la chanson qu’il veut écouter. Ainsi défilent le John Butler Trio, Nick Cave, la chanson des Trolls, Goldman et puis Elsa Esnoult. À nos titres précis succèdent les appellations hésitantes : «la préférée de ma cousine»; «Celle qui dit que les étoiles brillent», «Un, deux, trois, Rock’n’Roll», «Celle que papa il jouait à la guitare quand j’étais bébé sur le canapé». Les meilleurs titres sont ceux des souvenirs.

Arrivée sur le site, stationnement lointain, pas hâtif pour rejoindre le stand de distribution des dossards. À la vue du sien, B. se plaint que le dossard de sa sœur a un chiffre plus grand qu’elle. Malgré l’argument de l’évidence : son nom a été enregistré en premier et son chiffre est donc plus haut sur la liste, rien n’y fait. Entre frère et sœur, la jalousie revêt parfois un costume inattendu.

Retour au parcours. L’amoureux enjambe les fils de sécurité pour rejoindre la foule du dix kilomètres, au son de sa cadette qui scande «Go, Papa, Go». À l’avant, des entraîneurs font monter l’excitation, enchainant course sur place et ronds de jambes sur une musique endiablée.

Départ de la course et quelques larmes. La sensibilité exacerbée de mon aînée lui fait oublier un instant le but de l’exercice. «Je ne voulais pas laisser Papa», balbutie-t-elle. Rassurée finalement de savoir que dix kilomètres et un tour de lac plus tard, son père sera de retour, elle part rejoindre sa sœur aux jeux, opportunément installés à proximité. Le parc est grand, bien aménagé, de quoi occuper des enfants une heure durant, malgré le froid saisissant de ce début d’automne.

50 minutes et un passage périlleux aux toilettes sèches, nous voilà de retour dans le public de l’arrivée, Tempête ayant retrouvé son refrain d’encouragement. Quelques foulées derrière le «lapin des 60 minutes» – je ne me lasse pas de l’appellation – l’amoureux apparaît, provoquant le bonheur des demoiselles et leurs applaudissements. La vue de la médaille paternelle fait monter leur enthousiasme et c’est en trépignant qu’elles prennent à leur tour le début de leur course, une heure plus tard.

1 kilomètre à peine, mais tout un kilomètre. C’est long lorsque l’on fait tout juste 1 mètre de haut. Tempête, qui a pris un départ lent, part à toutes jambes pour retrouver sa sœur qui l’attend devant (en l’engueulant). Après quelques réajustements chaotiques, leur père – qui les accompagne, s’ajoutant au passage un 11e kilomètre dans les jambes – parvient à rassembler son monde et à relancer la cadence. À l’arrivée, une animatrice de course annonce le nom des participants qui passent à sa hauteur. Un moment qui restera marqué dans l’esprit de ma toute-petite, qui le répétera à l’envi par la suite. N’est-ce pas la marque des grands champions que d’entendre son nom lancé dans les haut-parleurs?

Quelques photos et deux médailles : nous sommes prêts à prendre le chemin du retour. L’arrêt à la boulangerie Canaël est bienvenu et le brunch servi toujours délicieux. Dimanche nous offre encore tout un après-midi, mais l’on pourra d’ores et déjà dire que les enfants ont pris le frais!

-Lexie Swing-

Vent d’automne

feuilles mortesC’est officiel, l’automne est là. Nous l’avons appris à la dure hier, après avoir fait l’expérience parentale commune des trottoirs inondés, des baskets trempés, des cheveux dégoulinants et des cahiers mouillés dans les sacs mal imperméabilisés.

J’adore l’automne, plus belle saison selon moi (et la plupart des Québécois) mais force est de constater que je vivrais mieux sans la pluie torrentielle qui s’invite ces jours-ci. «Les plantes ont besoin d’eau», justifie-je à mes filles à tout bout de champ, alors que l’on se noie déjà dans les feuilles mortes. Le cycle de la nature a ses mystères et je suis bien trop occupée à écoper pour creuser.

Les températures matinales – 4 degrés au plus froid de la semaine dernière – nous ont forcé à tirer de leur sommeil mitaines, cache-cou, tuques et autres pulls épais. Ils sont sortis, mais guère portés, soucieux que nous sommes de ce je ne sais quoi qui nous freine. Ce même je ne sais quoi qui fait se geler les populations occidentales dans leurs maisons humides parce qu’on «ne va pas quand même pas allumer le chauffage en septembre!»

Septembre a d’ailleurs été clément avec nous, apportant avec lui températures douces et belle-maman, qui s’est chargée de la maison et des enfants, nous permettant ainsi un week-end (de mariage) en amoureux, le premier en 4 ans, et même un concert à Montréal. J’y ai posé une question au chanteur, en anglais, devant 2000 personnes. La fille qui restait derrière les portes aime ça sauter du grand plongeoir.

Sans surprise, septembre a amené avec lui la rentrée des classes, et notamment en première année (CP) pour ma grande, la petite débutant sa dernière année de garderie avec une transition effectuée dès le mois de juillet. Ce fut donc le retour du double dépôt, Numéro 8 (ma cadette) comme elle aime s’appeler elle-même, courant entre les grands enfants tandis que nous tentons un dépôt rapide de l’enfant anxieux de son nouveau statut d’enfant de primaire. Puis un deuxième dépôt d’une deuxième enfant passablement mouillée après avoir bu à tous les abreuvoirs de l’école tandis que les négociations s’annonçaient serrées avec sa grande sœur.

Les temps furent durs mais octobre semble avoir apaisé les velléités. Dépôt et ramassage se déroulent désormais avec plus d’apaisement. Sauf quand la pluie se mêle de partie et oblige tout le monde à courir sous l’eau ruisselante.

Ce fut aussi le retour des activités extra-scolaires pour lesquelles j’ai toujours plus d’idées que de temps. Je suis déjà dépassée par la perspective du double cours de tennis du samedi, et du cours de piscine le dimanche, et tandis que j’envisage le processus, je me rappelle que j’ai accepté de leur faire suivre un cours gratuit de karaté ce soir et que je les ai inscrites à une course à pied ce dimanche avec leur père. Achevez-moi.

Côté routine, les devoirs apportent leur lot de frustrations. Ceinturer Numéro 8 tandis que sa sœur déchiffre ses nouveaux mots relève souvent de la gageure. Le cahier de vacances à terminer semble pour le moment être une astuce appropriée pour ma petite qui a bien hâte d’être à l’école. Pour les repas, le batch-cooking nous sauve la vie depuis la rentrée. Aussitôt rentrés, aussitôt enfourné. Cela me laisse le temps de les envoyer au bain, faire une machine et d’abattre les devoirs, sans avoir à jongler avec une casserole de pâtes ou une soupe à mixer.

J’ai hâte désormais que le beau temps nous revienne, pour pouvoir apprécier les couleurs de l’automne dans mes lieux favoris. Si vous en avez à conseiller, n’hésitez pas! Nous sommes toujours preneurs de belles activités.

-Lexie Swing-

 

Crédit photo : Matthew Henry

Le temps des pommes à l’Ile Saint-Bernard

On ne m’offre pas des pommes pour vous parler encore de l’Ile Saint-Bernard mais force est de constater que quand on aime, on ne compte pas. Et moi j’aime cet endroit. Il m’a suffi de descendre le long du chemin et d’apercevoir le fleuve pour m’en souvenir.

C’est le temps des pommes, ici au Québec. Cette période tellement agréable – quoique courte – où les Québécois profitent de la fin de semaine pour rejoindre leurs places d’autocueillette préférées. Le principe est simple : on paie une certaine somme pour récupérer un sac fourni par la ferme, et on parcourt ensuite les champs pour cueillir soi-même les fruits que l’on souhaite, et remplir ainsi le sac.

Il y a deux ans, alors que mes parents nous rendaient visite, j’avais déniché l’adresse de l’Ile Saint-Bernard dans la liste des vergers biologiques certifiés par Ecocert. Ils avaient aimé l’endroit, le lieu à taille humaine, le caractère bucolique et les jolis paysages. Après avoir découvert moi-même l’Ile Saint-Bernard cet été, il m’a semblé tout naturel d’y retourner.

Les sacs de pommes se vendent au prix de 7, 13 ou 22 dollars, selon la quantité de pommes que l’on souhaite ramasser. Armés d’un sac de dix livres – on a souvent les yeux plus grands que notre capacité à cuisiner nos pommes et j’ai désormais le recul de quelques années à tenter de refiler mes fruits flétris à tout le voisinage faute de temps – nous avons pris connaissance du plan à l’entrée puis arpenté le verger à la recherche des meilleures variétés de «pommes pour compote».

Notre récolte faite, nous avons traversé le petit cimetière qui abrite les Soeurs décédées de la communauté, dans lequel B. a découvert une coccinelle, puis nous avons tranquillement descendu le chemin vers le fleuve. Entendant des cris d’excitation en contrebas, mes filles ont choisi de suivre le mouvement enfantin générale et de se lancer dans la pente en roulé-boulé, récoltant au passage leur lot de feuilles mortes et branchages. Qui n’a jamais vu un tel attirail s’accrocher dans un chignon ignore à quel point cela peut-être seyant!

Après un détour par le café de l’île, ses produits délicieux, ses lourdes tasses et ses jeux de société à partager, nous avons pris le chemin du retour, non sans avoir dû user de quelques serviettes en papier et d’une serpillère après qu’un enchainement malheureux entre une bêtise enfantine et une montée de stress parentale ait conduit à la chute d’une tasse semi-pleine de café sur la table en bois.

Le verger est encore ouvert pour une semaine, peut-être plus selon ce qui restera sur les pommiers. Ne manquez pas d’y faire un tour cette semaine!

-Lexie Swing-