On dit souvent que l’Ouest de Montréal est celui des Anglophones, et pour nous qui vivons à l’ouest de la 15 (Décarie), c’est une réalité. On préfère te dire « sorry » ou « how can I help you » qu’une phrase francophone. La presse-librairie n’affiche des magazines français qu’en vitrine et le rayon des bouquins pour enfants anglophones de la boutique de jouets est deux fois mieux achalandé que celui des livres francophones. C’est dans les paramètres; dans le quartier, l’anglais est la langue par défaut.
J’ai longtemps cru vivre au contact de quelques Canadiens anglos privilégiés (au vu des prix de l’immobilier), oscillant entre le dandy anglais et le pro-environnement de Seattle. Et puis je me suis mise à tendre l’oreille. Non pas au coeur de Monkland, où la population a la peau désespérément laiteuse et l’anglais châtié, mais dans le bus qui me conduit chaque jour un peu plus à l’ouest encore. J’y ai vu de toutes les couleurs, entendu des langues parfois inconnues, reconnu des signes d’autres langages sur des cellulaires dernier cri. A Montréal, en particulier à l’ouest, les communautés se mélangent, s’interpellant dans un anglais parfois hésitant. Mais toutes et tous, de la vieille dame équatorienne de 80 balais au p’tit cul originaire de Chine, ont conservé leur langue. Ils sont là, parfois, depuis trois générations, mais la technologie et les verbes qu’ils manient reflètent leur appartenance d’origine, quand parfois même leurs traits ne la montrent plus. Je trouve ça à la fois charmant, et perturbant. Comment cet ado Japonais que je croise parfois dans le bus, né au Canada de parents nés Canadiens, manie-t-il mieux la langue de ces ancêtres que celle du pays qui l’a vu naître? Comment conservent-ils tous si précieusement leur langue, quand le Québec peine à maintenir son français en l’état? Et comment font-ils pour cohabiter tous avec cette indifférence joyeuse, retrouvant dans l’anglais une langue de rassemblement (quoique souvent maltraitée) et de partage ?
Je vais continuer à creuser la question…
-Lexie Swing-








