Ces vérités qui coexistent

Récemment, j’ai lu un livre dans lequel j’ai eu un mal fou à avancer. Chapitre par chapitre, j’ai sillonné l’errance du personnage, perdu dans les affres d’une rupture qu’il avait pourtant voulue.

Ma mémoire me fait un poil défaut (peut-être parce que j’ai mis des semaines à le lire) mais l’héroïne, qui approche de la trentaine, a des parents divorcés. Et elle considère son père comme responsable de ce divorce. Il est parti avec quelqu’un, il n’était jamais là, etc. Un jour, dans l’espoir de lui faire péter les plombs, elle lui dit “ce divorce, c’est de ta faute”, et à sa grande surprise, il lui dit qu’elle a raison. Il ajoute qu’il s’est effectivement mal comporté avec sa mère, il évoque les torts qu’il a eus. Et puis, il lui partage son point de vue. Comment lui se sentait à ce moment-là, et ce qui l’a conduit, lui, à s’éloigner et finalement divorcer. La protagoniste finit par douter et se demander si elle s’est trompée de cible, si c’était sa mère la fautive, tout ce temps. Mais son père secoue la tête et dit quelque chose comme “tu ne comprends pas, il n’y a pas qu’une seule vérité. Chaque personne a sa propre vision. Il y a plusieurs versions qui coexistent, et ce sont toutes des vérités à leur manière ». 

C’est une explication qui n’est pas sans rappeler “Quatre saisons”, la série de Netflix récemment visionnée et très appréciée de notre côté.

Je trouve que cette idée de versions et de vérités, c’est un apprentissage de la vie que l’on fait souvent sur le tard. Je crois que c’est parce qu’enfant, nous nous construisons autour d’un schéma bidimensionnel de bien et de mal, et que ce n’est que plus tard que nous faisons l’appréhension des zones grises. Et au-delà des torts bien souvent partagés, c’est plutôt drôle de constater qu’une même scène pourra graver un souvenir très différent selon les personnes. Une phrase, anecdotique pour 99% des gens assis dans une salle, pourra marquer durablement le 1% restant. Un moment vécu comme honteux par une personne pourra n’avoir laissé qu’un amusement fugace aux spectateurs de la scène, alors même que la personne concernée portera le moment vécu comme une croix, parfois pendant des années. 

Il y a 15 ans, j’ai assisté à un moment que j’ai souvent raconté par la suite, parce qu’il témoignait d’une erreur professionnelle qu’on est tous susceptible de commettre : une erreur de destinataire. Je le prends souvent pour exemple, parce qu’il me permet de dédramatiser certaines fautes de mes collègues. Je le raconte toujours de la même manière : j’échangeais souvent avec un collègue – tous les midis, on refaisait le monde et il laissait aller son sens du sarcasme sur tout ce que la boîte comptait d’incompétents (je cite). Un jour, il venait d’apprendre un truc indécent et trop content de me partager l’info croustillante, il m’a tapé son message via la plateforme de messagerie interne et l’a finalement envoyé… à la personne concernée. La suite, vous la devinez : éclats de voix, menaces de démissions, etc. Par la suite, j’ai débriefé le truc avec lui des jours durant, quelques collègues et moi avons joué les médiateurs pour améliorer la relation et les choses se sont tassées. 15 années passent et je recroise un jour ce collègue. On prend un verre, on se donne des nouvelles et puis on écluse les questions habituelles du type “et machine, tu sais ce qu’elle est devenue?”. Alors tout de go il me raconte : “tu sais qu’un jour je lui ai envoyé un message par erreur? Je sais plus à qui je le destinais mais ça s’est super mal passé, j’ai passé mille ans dans le bureau du patron avec elle, et d’autres collègues ont dû intercéder en ma faveur. Je sais même pas si t’étais encore dans l’entreprise toi à ce moment là…?” Deux salles, deux ambiances. J’avais passé quinze ans à raconter une histoire pour laquelle j’aurais pu décrocher l’Oscar de la meilleure actrice dans un rôle secondaire et, à l’entendre, il ne se souvenait même pas si j’étais au générique. 

Ceci m’amène une autre réflexion. Combien de personnes qui polluent encore nos pensées n’en ont pas eu une seule pour nous ces 20 dernières années ? Et à la clôture de la séance, au moment de la standing ovation, lorsque les noms défileront sur une bande son choisie avec soin, qui sont les réalisateurs qui auront vraiment fait de nous les acteurs incontournables de leur vie ?

-Lexie Swing-

Photo : Sabine van Erp

Routine

Mille ans depuis le dernier message. Ce n’est plus une absence, c’est un tome oublié dans une cave poussiéreuse. Pour une raison que j’ignore, ne plus avoir d’ordinateur portable sur lequel écrire mal installée sur le canapé du salon, a entraîné le blogue dans un état comateux avancé, quoique confortable. La vie et ses aléas (l’hiver, les activités variées, les jours de tempête, la fracture de la clavicule de la grande…) ont eu raison du reste.

En parallèle, mue par une motivation soudaine, j’ai créé un nouveau blogue. Je voulais m’autoriser un espace plus public et moins exposé, au gré duquel partager nos découvertes de balades et voyages. Loin des vicissitudes de Gwen Stefani, je l’ai nommé Such a sweet escape. J’en fait peu la promotion, le site étant encore en construction, mais j’y relaie déjà quelques (= trois, à l’heure où nous nous parlons) aventures.

Les idées peinent à se mettre en mots, rapport au fait que la vie est remplie à ras bord de choses variées, potentiellement engageantes (mes sorties de course à pied) mais pas toujours (le gros des journées). J’ai passé la trentaine indifférente aux heures passées à travailler, parcourant mes journées à grands pas, entre deux trains lancés à grande vitesse. La fin de cette décennie me rattrape pourtant : est-ce vraiment comme ça que nous allons passer nos vies ? Je sais que non : un jour les « mamans » résonnent moins, les absences se cumulent et le temps pour soi revient, peut-être pas comme on l’aurait voulu mais quand même.

La vie grignote notre nécessaire besoin de solitude. Je m’en rends compte lorsque je me stationne devant chez moi, et que je mets quelques minutes à sortir de ma voiture. Quelques minutes, juste quelques minutes de plus, à écouter la fin d’un podcast, les notes d’un refrain ou juste le silence.

La charge mentale est lourde, c’est un sujet éculé mais jamais réellement solutionné. Le chemin est désormais identifié, balisé, mais il est sans issue. La charge est féminine, sans que l’on sache vraiment comment, ou pourquoi. Ça n’a pas rapport qu’à une répartition des tâches, une autre dimension semble entrer en jeu, un véritable fonctionnement mental. Qu’est-ce qui explique que mon collègue papa divorcé ne se préoccupe du contenu du souper qu’à 18h, quand mon esprit planifie la durée de cuisson des pâtes et le détour par le supermarché pour cause d’absence de fromage râpé depuis 14h ? Je n’ai pas de réponse à ce phénomène, si ce n’est qu’il est monnaie courante pour la plupart de mes copines, et nettement moins pour mes copains (pas de généralité, mais quand même).

Récemment, je me désolais de manquer d’énergie pour la course, réfléchissant au passage aux types de repas que je devrais préparer pour être mieux armée face à la dépense énergétique. Mon amoureux m’a alors mentionné une spécialiste en nutrition que j’avais déjà rencontrée quelque temps auparavant. « Elle t’avait fait une liste des aliments intéressants », m’a-t-il rappelé. Liste que j’avais laissée de côté presqu’aussitôt. La raison ? Plutôt simple : les aliments se succédaient sur la liste, sans mention de repas à composer. Et j’ai alors réalisé mon enjeu : je n’avais plus d’espace mental disponible pour devoir réfléchir à de nouveaux repas, de nouvelles façons de faire. Je voulais « bien » faire, mais si ce n’était pas servi sur un plateau d’argent avec cuillère assortie, il n’y avait aucune chance que je me rende jusque là.

La charge mentale est devenue telle que chaque effort supplémentaire a un coût conséquent. Ça ne m’étonne pas que les systèmes de planification automatiques, ou même l’IA, puissent rencontrer un tel succès. Souvent, dans mon travail, des collègues (ou moi-même) me disent qu’ils sont bookés « mur à mur », signifiant par là que leur agenda est plein à craquer. C’est un peu l’effet que me fait mon cerveau, il est booké mur à mur, paroi à paroi, plein comme un oeuf, et la soupape n’en peut plus de siffler.

Trois semaines plus tard…

Repousser le temps d’écriture est décidément devenu habitude. Trois semaines ont passé, trois semaines durant lesquels le poids de la charge mentale est devenu écrasant. Cela faisait quelque temps que j’avais le sentiment d’oublier des petites choses. J’aurais juré que j’avais pourtant quelque chose à l’agenda. Ou qu’il y avait un produit supplémentaire à acheter au supermarché. Je l’avais sur le bout de la langue. J’ai toujours eu un cerveau capable d’emmagasiner un lot important de détails et depuis quelque temps, je sens qu’il me trahit. Le plus grand éclat s’est produit un samedi, lorsqu’à l’heure du lunch je me suis rendue compte que nous avions oublié un atelier auquel étaient inscrites nos filles depuis des semaines. J’avais pourtant répété plusieurs fois depuis la fin du mois d’avril : « que quelqu’un prépare l’agenda du mois de mai sur le frigo, j’ai le sentiment qu’il y a beaucoup de choses et que nous allons en échapper ». J’avais été visionnaire mais pas assez proactive, visiblement.

Et en fait de choses, elles n’en peuvent plus de s’accumuler : des déplacements professionnels, aux répétitions de danse, en passant par les réparations de la voiture, les rendez-vous dentaires et médicaux, les vaccins du chien et les innombrables festivités de fin d’année à l’école, nous croulons sous les injonctions calendaires. Je ne sais plus comment je m’appelle mais je dois me souvenir que jeudi sera journée « engins roulants, n’oubliez pas les casques des enfants ». Ça fait trois semaines que j’oublie de passer à la pharmacie mais je ne dois pas perdre la petite étiquette fournie par l’école de danse identifiant l’ordre de passage de mon enfant pour les deux répétitions générales à venir et le spectacle de danse. J’ai annulé par erreur un rendez-vous médical parce que je pensais qu’il tombait en même temps que la sortie de classe des 6e années, mais mardi je dois prévoir d’aller récupérer le chandail du centre équestre entre 18h et 18h17.

Récemment, pour plaisanter, une collègue m’a demandé si à ma prochaine évaluation j’allais demander des vacances en plus ou une augmentation, j’ai répondu : « un(e) adjoint(e) ». Je rêve d’une personne me chuchotant à l’oreille ce qui s’en vient, ce que j’oublie, ce qui arrivera demain, la semaine prochaine. Qui me rappelle de prendre le beurre, parce que j’en aurais besoin dans trois jours ou qui me retient avant que j’arrive aux caisses, parce que j’ai tout pris sauf les pastilles pour le lave-vaisselle, raison initiale de ma venue au supermarché. Qui me donne mes créneaux de disponibilités en confrontant nos trois calendriers, ainsi que l’horaire des enfants, pour que j’évite de rappeler trois fois la secrétaire du dentiste en m’excusant parce que je n’avais pas pris en compte le déplacement professionnel de mon conjoint ou la rétrogradation de Mercure.

Cependant, depuis quelques jours, une vague de renouveau semble venir mordre le sable mouillé de mon désarroi. Des soirées un peu plus longues, des parties de jeux de société entamées sitôt le souper fini, des sessions de lavage de linge qui se terminent assez tôt pour regarder le dernier épisode de notre série du moment… Moment passager ou révolution ? Est-ce que je posséderais enfin la clé de la sérénité ? Je vous tiens au courant.

-Lexie Swing-

Photo Efeyhan Zeytin

À cheval

Je pousse la porte de l’écurie comme celle de ma maison, biberonnée aux effluves qui en incommoderont plus d’un. La chaleur y est confortable et les hennissements doux. C’est un monde qui m’est tendre et cher parce que j’y ai grandi droite, à l’abri. C’était mon refuge et comme tous les refuges d’enfance, on y revient avec la nostalgie de ce qui n’est plus, mais le cœur battant.

C’est un monde qui a longtemps fait partie du passé, pour moi. Un jour j’ai eu mon propre cheval et j’ai délaissé les centres équestres. J’ai compris trop tard que c’était un tout qui me tenait debout, le cheval comme le rythme particulier de ces endroits bétonnés. J’en aimais les animaux, les rites, les rires, les cours de saut, les poneys fous qui ruaient dans le fond du manège, les parents tapageurs, les chansons scandées lors des concours ratés, la liste de nos noms auxquels les chevaux du jour étaient associés, le gâteau que l’on amenait à chaque chute, les joies, les déceptions et les amis précieux.

C’était une passion de chaque saison, une double vie qui sentait le foin et les souliers crottés. C’était des affaires sales amassées dans l’entrée et une voiture condamnée à sentir la litière. C’était des matinées de classe où l’on portait des pantalons d’équitation, pour mieux se rendre ensuite à nos répétitions. C’était les allées du supermarché tout proche, où nous déambulions le menton haut, fières de nos habits plein de poils et de sueur. C’était des réveils aux aurores et des samedis sans fin. C’était des vacances qui auront pour toujours le goût de l’enfance.

Je suis partie longtemps et je suis revenue, poussée malgré moi par une enfant qui a vu en l’équitation un loisir salutaire. Chaque mardi, elle s’y accomplit avec cette grâce propre à ceux qui semblent nés pour chevaucher un tel animal. Elle a comme cavalière une assurance que nous ne lui avons jamais connue, juchée sur ses deux pieds.

C’est un peu l’histoire qui se répète et l’enfance qui ne s’en va pas tout à fait. C’est mon amie que je texte, en lui envoyant des photos d’un poney ombrageux, et qui me renvoie des vidéos de la mini monture qui a élu domicile dans sa vie. Et nous parlons d’allures comme nous le faisions jadis, assises au bord du champ, au bord du cross, dans les tribunes, sur le support de voltige ou sur un réservoir en mouvement.

Joyeux anniversaire mon amie – 32 bougies depuis nos premières chutes communes et autant de gâteaux confectionnés pour la peine.

-Lexie Swing-

Janvier 2025 : quart de siècle

J’écris ça et je ne m’en étais même pas rendue compte avant. Nous sommes au quart du siècle, assez fou non ? Ça l’est encore plus de se souvenir (péniblement) du moment où l’on a fêté mon quart de siècle. C’était à la fois follement excitant et terriblement jeune (25 ans!), autant dire que c’était il y a longtemps.

J’ai un souvenir précis de l’année 2000, rapport au fait que j’ai changé de ville, d’établissement scolaire (deux fois dans l’année), et qu’elle a marqué le début de la plupart des amitiés que j’ai forgées depuis. D’ailleurs, c’est aussi cette année-là que j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari. Si un jour une historienne se plonge dans l’histoire oubliée des auteurs de blogues méconnus, elle soulignera peut-être que ma vie a vraiment commencé au XXIe siècle. Elle va vraisemblablement s’y terminer également, rapport au fait que je n’ai pas la génétique de Jeanne Calment. Si tu ne sais pas qui est Jeanne Calment, le siècle dernier t’a épargné.

Je n’ai pas écrit depuis longtemps. Il y a un an l’enfance est partie. On ne sait jamais trop quand ça va arriver, je m’en rends compte aujourd’hui. On croit que l’enfance part quand l’âge adulte arrive mais c’est faux. Nous restons enfant aussi longtemps que ceux qui nous ont tenu la main continuent à le faire. Il a suffi d’une carte pour que le château s’écroule. L’enfant en moi a eu peur et elle est partie. Et comme c’est elle qui a commencé à écrire il y a plus de 30 ans je n’ai plus vraiment su quoi faire.

Alors j’ai écrit un livre pour enfants. J’y ai mis du Roald Dahl dedans, un peu de Petit Nicolas et un paon, aussi. J’y ai mis une fille aux cheveux bouclés et beaucoup d’ironie. J’y ai mis une grand-mère aventurière. J’y ai mis mon humour et mon cœur et l’enfant est revenue. Elle ne sera plus jamais la même, elle sait désormais que sous le château il n’y a qu’un gouffre vertigineux. Mais elle se tient en équilibre sur les ruines et elle danse. Parce que le château a sombré mais que l’amour flotte. Et que ses souvenirs auront toujours le goût des gâteaux du Carmel, au bout de la rue.

Je suis désolée d’être partie si longtemps. J’ai continué à lire ceux qui publient, et à échanger avec ceux qui partagent sur les réseaux sociaux. Je suis chanceuse car je suis bien entourée.

J’ai lu sans cesse et partout combien 2024 avait été une année éprouvante, et si je connaissais quelque chose aux astres, j’y verrais peut être la rétrogradation sibylline d’une planète tumultueuse. 2025 sera différente. Je vous souhaite en tout cas qu’elle vous donne le courage de vous accomplir.

À bientôt

-Lexie Swing-

Back to school

Les images d’enfants solidement arnachés fleurissent sur les murs de mes réseaux sociaux. Aucun doute possible, après les copains des États-Unis, puis du Québec, c’est au tour de mes neveux, filleuls et enfants chéris de mes amis de faire leur rentrée. Chez nous, le tout s’est déroulé sans accroc (exception faite de l’heure, que j’avais mal lue), avec des profs connues ou rapidement apprivoisées, selon le cas. C’est aussi une rentrée au goût particulier puisque c’est la dernière pour ma grande B., au primaire. Au Québec, pour rappel, la 6e année fait partie du bloc primaire. Le grand saut vers le secondaire se fera donc l’an prochain pour nous. En attendant, elle rejoint la cour des plus grands et elle savoure.

Ce mois-ci commence aussi la course officielle aux écoles secondaires. Celle où l’enfant doit décider de l’école qui l’intéresse pour la suite. On est moins dans une logique de secteur et plus dans un principe de programme, ou de niveau. Depuis nos premiers questionnements, nous avons visité plusieurs écoles, autant publiques que privées, et B. oscille désormais entre un privé, au sein duquel elle a été admise, et un public, pour lequel elle saura cet automne si elle est retenue (après étude de son bulletin de 5e année). Nous recommençons ce mois-ci le bal des visites pour ces deux écoles, pour tenter de trancher une fois pour toutes (si le choix se présente pour de bon, le cas échéant).

Septembre amène aussi son lot habituel de nouvelles activités et l’horaire se charge désormais de multiples cours de danse, Tempête ayant rejoint la troupe compétitive de son école. Cette année, nous avons réussi à faire tenir l’ensemble des activités entre le lundi et le vendredi, se dégageant du même coup du temps le week-end et des (possibilités de) grasses matinées. L’avenir nous dira si le rythme est soutenable (et l’expérience parentale me fait dire qu’aucune solution n’est jamais la meilleure).

Je vous souhaite une belle rentrée (plusieurs de mes petits choux rentrent seulement ce mardi), sous le soleil si possible, et avec légèreté, surtout. Que cette fin d’été vous soit douce.

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry pour Burst Shopify

Bulle (au cerveau)

Un après-midi, à l’heure du goûter, j’ai proposé aux filles de s’arrêter dans une pâtisserie. L’une d’elle hésitait sur le choix du gâteau, la deuxième avait choisi mais trépignait à l’idée de se rendre à l’étape suivante : la librairie-magasin de jouets. Je tentais d’aider la première à faire un choix pas trop gros (en termes de taille comme de prix), tout en tempérant l’enthousiasme de sa sœur, qui venait de découvrir un livre qu’il lui fallait absolument. Nous avons finalement passé le goûter dans une discussion autour de ce livre, qu’il fallait à tout prix, le gâteau, mangé trop vite, et les repas de la semaine, que je tentais de planifier dans ma tête pour pouvoir mener à bien mon passage au supermarché. Au moment de quitter la pâtisserie, la vendeuse me fait discrètement signe : « je crois que vous oubliez le gâteau pour votre conjoint ». C’était un fait, j’avais abandonné sur la table la boîte du dernier gâteau que je souhaitais ramener. Je la remercie, et la boîte dans la main, je donne mes consignes. On n’achète pas de jouets, on reste ensemble et on me retrouve au supermarché dans vingt minutes. Sur ces entrefaites, nous nous séparons. Sur la route du supermarché, je fais un arrêt chez le fromager. J’hésite entre deux produits, compare les prix au poids, envisage les recettes à venir, puis me décide finalement. Je paie et je quitte. Au supermarché, je parcours les allées, remplissant le chariot à mesure. Je négocie avec moi-même, établissant les priorités et laissant de côté le superflu. Je garde les yeux sur ma montre. A quelle heure les filles m’ont-elles quittée ? Je n’ai pas le temps de m’inquiéter très longtemps, les voilà qui arrivent. La grande fait la tête, rapport au livre qu’elle n’a pas trouvé. La petite fait des pirouettes, rapport au sucre qu’elle a ingéré. Je les pousse vers les caisses, leur demande de l’aide, joue à Tétris dans les sacs de courses. J’empoigne le chariot trop lourd et les enfants trop lents. Au moment de passer la porte, mes yeux tombent sur mes poings serrés. Où est passée la boîte ?

Je regarde dans le chariot, commence à vider fébrilement un sac, interpelle les enfants. Avez-vous vu la boîte les filles ? Elles font signe que non, me demandent où je l’avais posée. Et là, la réponse me cloue au sol : la vérité est que je n’en sais rien. Entre le moment où la vendeuse m’a interpelée une heure plus tôt, et maintenant, j’ai un blanc. J’ai la boîte dans les mains, et puis plus rien. Je ne la pose pas, je ne la jette pas, je ne la range pas. Mon cerveau semble incapable de faire la moindre connexion.

Alors je rembobine. Il est 17h01 et en ce samedi, les magasins ferment déjà. Nous repartons en courant sur nos pas. Rien sur les bancs, rien dans la poubelle, rien chez le pâtissier. Où t’es-tu arrêtée ?, me demande la plus jeune. Ensemble, nous nous avançons chez le fromager. « Juste à temps, me dit la jeune vendeuse. J’espérais que vous reveniez ! » Alors, cérémonieusement, elle ouvre la porte de leur immense frigo. Perchée sur une meule, ma boîte m’attend. Je l’ai posée près de la caisse, en payant, et puis laissée là, abandonnée à son sort par mon esprit surchargé.

C’est le quotidien des parents embourbés dans les tâches du quotidien, ceux qui portent la charge mentale comme un bandeau trop serré, qui donne des maux de tête et altère les sens.

J’ai acheté des bâtonnets pour les oreilles il y a peu. Enfin je pense. Je me souviens avoir regardé les différents modèles et m’être demandé pourquoi certains étaient colorés. J’ai vérifié le prix et j’ai pris les blancs. Je crois. Je crois parce que je n’ai pas pris le reçu et que trois semaines après, je m’aperçois que je ne les ai jamais rangés, ces bâtonnets. Par contre je me souviens bien que nous étions dans un magasin santé-jouets et que les enfants ont brandi sous mon nez tout ce que la terre porte de dernières découvertes en termes de jouets bobo-écolo-bio. Je me souviens que nous n’avons pas pris l’insectarium. Ni les tatouages temporaires qui s’amoncellent inévitablement dans le tiroir du bas. Je pensais que nous avions pris les bâtonnets pour les oreilles. Mais d’eux, il n’y a pas trace.

Vous connaissez le principe de l’oubli, ou de l’absence ? Vous partez avec quelque chose dans la main et lorsque vous arrivez à votre destination (la salle de bain, par exemple), vous ne l’avez plus. Vous retournez sur vos pas : rien. Vous avez l’habitude, c’est le privilège des oublieux. Alors vous refaites les gestes que vous aviez accomplis, vous retracez vos pas, dansant le bal de votre quotidien. Les bras plein d’une brassée de linge, le pied qui évite le jouet du petit dernier, le panier opportunément abandonné sur la table du dîner, le lait délaissé sur le comptoir qu’on s’empresse de glisser dans le frigo. Et puis le voilà, l’objet convoité.

Entre le beurre et le fromage râpé gît une brosse à cheveux.

-Lexie Swing-

Le sens de la fête

Vacances J+1. À 11h tapantes, condamnée par les grands principes éducatifs parentaux à se trouver « une autre occupation que les écrans, ça suffit maintenant », Tempête a déclaré que nous allions organiser une fête pour célébrer les vacances.

Il faut dire que nous avions loupé le coche, la veille au soir, quand la poutine de célébration de fin des classes m’a retourné l’estomac à 19h21 (sans signe annonciateur) et que j’ai quitté la soirée télé avant même que celle-ci ait pu commencer. Rattrapage oblige, elle a donc annoncé que samedi était jour de fête, et a entrepris de monter un plan en toute simplicité. Les mains serrées sur son cahier, elle a songé à ce qu’elle entrevoyait pour sa soirée, tout en caressant du bout des doigts la couverture aux sequins magiques. Lorsqu’ils furent tout retournés, elle a pris une inspiration, débouché son stylo sirène et commencé sa liste. Elle a écrit « guirlandes », et puis « fleurs de papier », et « boule disco ». Elle m’a demandé si on pouvait en acheter une et j’ai dit non. Alors elle a tracé une parenthèse et écrit « aluminum ». Sa sœur a demandé ce qu’on allait manger alors elle a ajouté « popcorn » et puis « chips ». Elle a rebouché son stylo et m’a annoncé qu’elle allait se mettre au travail. « Est-ce que tu as hâte à ce soir? m’a-t-elle demandé. As-tu hâte de danser? » J’ai dit oui, en pensant que non, parce que ce soir était encore loin et qu’il y avait l’ensemble des vêtements d’hiver à remiser et l’épicerie hebdomadaire à acheter.

Et puis les heures ont défilé. À 15h, ses guirlandes de fortune habillaient les murs et la banderole d’anniversaire trônait au-dessus de la télévision. Au plafond, une boule d’aluminium tourbillonnait, éclairée par une lampe de bureau. Elle a ouvert à la dame qui vient nous livrer nos œufs en lui expliquant qu’elle préparait une boum pour fêter les vacances. « Ça me plaît comme idée, lui a-t-elle répondu. La prochaine fois, envoie-moi un message, je te prêterai ma boule disco. »

J’ai quitté le champ de bataille pour faire les courses avant la fermeture des magasins. Lorsque je suis revenue avec mes sacs à 17h55, Tempête m’attendait de pied ferme, vêtue de la robe brillante qu’elle arborait au nouvel an et d’un pompon de sac cadeau collé sur une épingle à broche. « Dépêche-toi, m’a-t-elle pressée. La fête commence à 18h15. » J’ai négocié 18h30 et je me suis engouffrée dans la cuisine. À 18h25, elle m’a poussé dans la chambre pour me faire choisir une robe, puis remorquée jusqu’à la salle de bain. « Assieds-toi sur le banc », m’a-t-elle intimé. Alors je me suis assise sur leur petit marchepied d’enfant, les jambes jointes sous ma robe longue. Elle a tiré la langue pour m’appliquer du fard à paupières, son souffle au jus tropical glissant sur ma peau. J’ai ouvert les yeux devant le miroir sale, maquillée comme une voiture tunée. Elle a battu des mains en me suppliant d’ajouter du rouge à lèvres. J’ai obtempéré.

À 18h30, mon amoureux m’a servi du jus tropical qui avait le goût de l’âge adulte. On a sorti des restes de pop corn et puis Tempête a mis de la musique. Alors on a dansé, entre le chien qui nous dévisageait, l’air vaguement inquiet, et le lapin qui attendait plus de salade. Elle m’a déposé un chapeau de bonne année sur le crâne et nous avons trinqué. Plus tard, quand le repas s’est terminé et que nous avons laissé nos guimauves griller dans les dernières flammes du barbecue, on leur a proposé de faire un vœu. Elles ont parlé de chevaux, et puis de figurines, et de boule disco. On leur a dit que ça ne se disait pas à haute voix, les vœux, sinon ça ne se réalisait pas. Alors j’ai fermé les yeux, j’ai souri aux étoiles et j’ai laissé la guimauve fondre sur ma langue. Je ne dirai rien de mon vœu mais il a le goût de l’enfance et l’odeur du jus tropical. Il porte un chapeau de fête et il chante des paroles approximatives sur des musiques rythmées. Il est une sensation d’éternité, à l’aube des vacances d’été.

-Lexie Swing-

Vie parallèle

Rendez-vous chez ma masso (attendu comme le Messie, c’est peu dire), nous échangeons quelques nouvelles. Nous ne nous sommes pas croisées depuis des mois alors nous partageons les banalités d’usage. Elle me confie qu’elle m’aperçoit parfois promener mon chien. Je lui dis que ça ne m’étonne guère, vu que j’habite au coin de la rue. Elle ajoute qu’elle voit aussi souvent Nicolas, mon mari, attendre les enfants à l’arrêt d’autobus. Et là je retiens mon souffle.

Mon mari ne s’appelle pas Nicolas, et nos enfants ne prennent pas l’autobus.

Je n’ose pas la détromper, j’adresse un sourire mi-courtois, mi-gêné, et je change de sujet. Puis le massage démarre et comme toujours, mon esprit dérape. Qui est ce Nicolas qu’elle pense être mon mari ? Qui sont ses enfants qui ne sont pas les miens ? Plus le massage avance, plus je songe à cette vie que son imagination a créé en parallèle de la réalité, avançant dans un quotidien sûrement proche du mien.

Ce quiproquo me fait penser à ces inconnus dont on ne connaît parfois que la voix et à qui on dessine une existence. Ou à ces collègues d’amis, dont on entend parler sans cesse, et qu’on rencontre un jour. Ils sont souvent à des années lumière de la vie qu’on leur avait construite. La blonde achalante qui ponctue toutes ses phrases de superlatifs et semble vivre plus d’aventures que le hashtag « travel » sur Instagram est en fait une brunette au quotidien bien ordonné entre son tricot et ses trois chats. Le monsieur débonnaire à la cinquantaine avancée qui dîne chaque jour seul à la cafétéria est un runner aguerri, père de trois enfants, président de trois conseils d’administration et marié à une ancienne miss météo.

En dehors de ces vies qu’on prête aux autres, et souvent à tort, la confusion initiale m’a fait réfléchir à l’ensemble des possibles qui s’ouvrait devant nous. Peut être pas maintenant, mais quand nous avions davantage de cartes en main. Ce matin un candidat dans la finance m’a dit que si c’était à refaire, il referait exactement le même choix de carrière. Est-ce que c’est vrai pour tout, et pour nous tous ? Vous êtes-vous déjà demandé si vous auriez pu prendre un chemin de traverse ou juste un croisement différent ? Aurait-on atterri au même endroit, attiré malgré nous par la voie que nous devions mener, ou aurait-on pu devenir quelqu’un de tout à fait différent ? Qu’est-ce qui nous détermine, et avec quoi naissons-nous ? Les dés sont-ils pipés ou nous avons un jeu de cartes suffisant pour mener à bien la réussite de notre vie ? J’ai autant de questions sans réponses que de secondes qui s’égrènent en attendant le sommeil. La poésie d’un recommencement s’abîme dans l’illusion d’une connaissance. On ferait des choix différents en connaissance de cause. Mais c’est là où le bât blesse : nous ne connaissons guère les causes, et encore moins les conséquences. Nous jouons avec l’espoir de faire les meilleurs choix possibles, ou les moins pires. Si nous devions réellement recommencer, alors nous serions aussi frais et naïfs qu’au premier jour, pétris de certitudes et bourrés de méconnaissances. Nous ferions des choix peut-être différents mais qui peut vraiment dire qu’ils seraient meilleurs ?

-Lexie Swing- (emportée par le sommeil)

Crédit photo : Lexie Swing

À l’Ouest de notre nombril (rien de nouveau)

Demain, nous serons le 15 mai. Cela veut dire que mon poney, mon tout petit poney arrivé dans ma vie durant mon adolescence, fêtera ses 28 ans. Cela veut aussi dire que le milieu du mois aura sonné et avec lui, l’échéance que je m’étais fixée. A-t-elle été respectée ? Oui, mille fois oui. Hier, j’ai posé le point final à 93 000 signes et des brouettes. Le chiffre grossira peut-être après la première relecture mais en attendant, c’est tout un travail qui s’achève. De la première à la dernière page, je tiens un projet nourri, construit. B., ma seule relectrice actuelle, n’a eu de cesse de me demander si on était encore dans l’élément déclencheur, ou si c’était maintenant, les péripéties. Et puis le dénouement, c’était quoi, c’était quand ? Je me suis vue comparée aux meilleurs auteurs jeunesse du Québec et force est de constater que je n’ai pas leur structure mais elle est convaincue que peut-être, quand même, j’ai leur talent. Prochaine étape : la première relecture.

Sinon, la semaine dernière, B., son amie et moi nous sommes rendues à une activité organisée par le parc proche de chez nous. L’objectif : observer les chouettes et hiboux en pleine nuit. La rencontre n’était pas garantie mais parcourir le parc à la nuit tombée semblait déjà toute une épopée. Déposées par mon conjoint qui emportait la voiture et notre plus jeune fille vers une toute autre aventure (le bowling), nous avons rejoint à pied le petit groupe qui attendait les explications du guide.

La présentation est instructive (longue diront les enfants) et termine par ces mots : « Nous allons donc chacun aller récupérer notre voiture et nous nous suivrons dans le parc pour nous rendre d’un endroit à l’autre ». Les filles me jettent un regard inquiet : nous n’avons pas de voiture, et notre chauffeur est désormais loin. Dans une autre vie, j’étais la personne qui se terrait pour se faire oublier, quitte à ne pas prendre part à des activités. Dans celle-ci, je suis mère, et l’adulte. Alors je fais un pas en avant et prends la parole pour expliquer la situation. Le guide a l’air perdu et m’indique qu’il n’a pas de places arrières dans son véhicule. « Peut être que l’une des personnes présentes a de la place ? » Ma voix est solide. J’ai repéré plusieurs duos dans l’assistance, impossible qu’ils soient tous venus en voiture commerciale. Les secondes qui s’écoulent sont longues et finalement rompues par deux amies qui se dévouent. « Bien sûr, vous pouvez monter avec nous ». Je les remercie chaleureusement, j’appuie mes intonations avec l’impression de vivre dans un roman de gare. Tout sonne faux dans cette ambiance joviale de cour de récré. En marchant derrière nos sauveuses, les filles louent la gentillesse de celles qui nous ont ouvert leurs portières. J’appuie leurs dires, je veux qu’elles retiennent les actes de gentillesse, qu’elles s’inspirent de ceux qui s’ouvrent aux autres. Tandis qu’elles se concentrent sur le bon, dans mon for intérieur je compte les voitures, celles qui auraient pu et qui n’ont rien dit. Je mesure l’entre-soi. Quatre voitures. Quatre autres voitures auraient pu nous accueillir sans que nul ne lève la main.

Les filles s’extasient sur la forêt plongée dans le noir, nos conductrices échangent sur l’activité en cours et je rumine. Je soupèse cet individualisme qui s’installe, insidieux, dans nos rapports humains. Ces mains que l’on enfonce au fond de nos poches plutôt que de les tendre à notre prochain. Cette aide que l’on réserve à quelques clics sur un écran, à notre numéro de carte bancaire rentré à la hâte pour une campagne de don, à notre signature sur une pétition que l’on aura pas lue mais maintes fois partagée. Ce sont ces comment vas-tu que l’on jette sans attendre la réponse.

On soupèse nos gestes, le temps que l’on donne, l’attention que l’on accorde. Et je ne dis pas que je fais mieux, ou même que je fais différemment. Mais je me demande comment nous en sommes arrivés là, à n’apercevoir que notre nombril à l’horizon de nos souhaits. Nous rêvons d’un monde où les autres se tiennent à distance et dont nos seuls échanges seraient virtuels, réduits à une portion congrue et délimitée, du sur-mesure qui n’entraverait pas notre propre liberté, jamais.

Je suis sur Instagram un compte qui relaie les mercis. Merci à cet inconnu qui m’a tenu la porte alors que je luttais pour passer avec ma poussette. Merci à cette inconnue qui m’a tendue un mouchoir et ses bras alors que je sanglotais sur le quai d’une gare. Merci à toi qui m’a tendu des pièces pour m’offrir mon seul repas de la journée. Merci à elle qui m’a souri, sans rien attendre en retour. Je trouve ça doux et triste à la fois. On rend exceptionnel ce qui devrait être la normalité, ce qui – je crois – était la normalité, dans un monde révolu qui mettait la communauté au centre des vies.

J’aime à croire que nos enfants s’accrocheront aux gestes forts, copieront ceux qui se lèvent pour dire je suis là, je peux t’aider, je t’emmène, tu ne me dois rien. J’ai confiance en eux. Nous avons besoin que ce monde change.

-Lexie Swing-

Dernières nouvelles de ce côté-ci du monde

59560 caractères et des brouettes pour ma petite histoire. Les délais que je m’impose moi-même sont tenus pour le moment mais le temps pour écrire ici est inversement proportionnel à celui que j’investis pour venir à bout de mon ouvrage, donc presque nul. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne se passe rien, la vie est toujours aussi trépidante, enfin autant que peut l’être la routine bien huilée d’une famille de six incluant deux individus plus poilus que la moyenne.

Parlant de poilu, Poppy fête cette semaine ses 5 ans, ce qui signifie qu’elle en a déjà passé quatre auprès de nous. Il y a des décisions qu’on se réjouit longtemps d’avoir prise et son adoption est de celle-là. Je ne regrette pas d’avoir attendu longtemps pour la trouver et d’avoir insisté pour adopter un chien dans le besoin. De sa première photo, à quelques mois, à celle que j’ai prise aujourd’hui, pour ses 5 ans, elle est toujours aussi cute, aussi drôle, aussi timide et finalement aussi sauvage, quelque part. Parfois je me dis que c’est elle, qui nous a adoptés alors merci Poppy d’avoir fait de nous ta famille.

Sans transition, cette semaine est aussi celle où la B. que vous avez vue grandir et qui, il y a 12 ans, au lancement de ce blog, était un petit pois dans un sac de couchage de luxe (aka, mon utérus), passe un examen d’entrée pour une école secondaire privée. Depuis septembre, nous avons réduit nos choix à sa portion congrue : un public et un privé. Parmi les meilleurs forcément, puisque nous sommes des parents raisonnés (non) et que c’est notre premier enfant et qu’il faut bien tester sur elle nos principes éducatifs (sinon sur qui ? L’ouragan qui traverse chaque jour la maison à 15h40?). En parents mesurés, nous ne lui mettons pas la pression, seulement une trentaine d’exercices chaque soir, pour maintenir son niveau c’est tout. Bref, rdv samedi pour le test. Ou pour le burn-out de l’enfant.

Parlant de principes éducatifs, j’ai désigné cette semaine comme celle de l’abolition temporaire du sucre. C’est important d’avoir du leadership dans la vie, même si ça se confine aux quatre murs de sa maison. Nous avons l’habitude de faire la plupart de nos collations et goûters « maison », mais même en remplaçant le sucre en poudre par des incantations, il reste trop présent dans nos journées. On a donc lancé un challenge de collations non sucrées, avec comme récompense un dessert de pâtisserie de notre choix ce vendredi. Comme les enfants ne sont jamais à une contradiction près, Tempête a sauté à pieds joints dans le défi (elle a l’esprit de compet’) mais la rébellion est venue telle un vent du nord de notre enfant sage, notre grande B. Celle-ci a déclaré séance tenante que puisque nous désertions les fourneaux au profit du trio biscotte-pinottes-compote, elle allait réaliser ses propres collations. Au début, je ne l’ai pas trop prise au sérieux. On parle quand même de l’enfant qui a la proactivité de la reine Cléopâtre en fin de banquet. Mais elle est aussitôt partie à l’assaut des pages cuisine de ses magazines et force est de constater qu’elle a su user des plaques vitro et de la cuillère en bois, sans rien faire brûler et sans trop de vaisselle. On n’a pas supprimé le sucre mais on a révélé l’autonomie, que demander de plus ?

Côté collations, on a par ailleurs eu la surprise de voir revenir notre cadette un brin déconfite de l’école. Ses pop-corn, bio sans sel au beurre ghee à 50 calories la tasse étaient interdits. On s’est dit que c’était probablement normal, après tout des pop-corn, c’est un peu un biscuit apéro, comme les chips. Ah ben non, a coupé la grande, parce que les chips on a le droit. Donnez-moi un ficelo que je flagelle quelqu’un.

Sinon, les impôts sont finis (grâce à Dieu) (à mon mari je veux dire), il est donc temps pour moi de me plonger dans des projets qui m’intéressent, comme réserver mes prochaines vacances. Comme ni les dates, ni le lieu ne sont vraiment déterminés, je pose des colles à AirBnB pour voir le champ des possibles. J’ai des besoins peu complexes du type « 5 étoiles, en pleine nature avec spa, pour douze personnes et une autruche, à moins de 150 dollars la nuit ». Curieusement, il ne trouve pas, mais je ne perds pas espoir.

Enfin, nous sommes en avril, mais plus pour longtemps. J’allais dire « on dirait novembre » pour faire référence à Léo Ferré (Nino en fait – merci Zhu) mais lui disait « on dirait le sud » et non « on dirait avril ». Ça s’est plutôt pour la fille d’avril de Cabrel (de Voulzy me dit ma mère – ok ne m’appelez jamais pour un blind-test musical). Bref, on dirait pas le sud non plus. Plutôt le nord en novembre (ou toute l’année en fait) (oh ça va, on ne peut pas sortir les mouflets, faut bien rigoler).

Alors, comment ça va vous sinon ?

-Lexie Swing-