Enfants
Solitude
Les enfants, ce sont ces êtres lumineux qui chamboulent toute sa vie avec joie et fracas. Ils construisent, ils fracassent, ils imaginent, ils dansent, ils crient, ils font des crises de bacon et des cours de claquettes à 2h du matin sur le parquet du salon. Ils sont adorables et insolents, bavards, parfois survoltés, jamais à court d’idées. Ce joyeux manège a illuminé ma vie, il me pousse à me lever le matin, il m’oblige à sortir l’après-midi, il m’enjoint à quitter mon costume rigide d’adulte pour retrouver souplesse, sens du rythme et fausses notes au gré de Petit bateau sur l’eau et Il était un petit navire que je braille dans la voiture pour divertir ma progéniture.
Mais ce joyeux boucan me fatigue parfois, souvent, dépendamment des horaires de travail et de l’éloignement des vacances. Plus il prend de l’ampleur, plus je m’agrippe aux moments de solitude. Une virée au magasin de bricolage, un trajet en train, un bain qui s’éternise alors que je devrais être couchée depuis des lustres, sont autant de moments où je tente par tous les moyens de m’échapper.
Je lis souvent des témoignages de parents qui rêvent parfois des jeunes années. Celles où l’on était insouciants, où l’on soupait au restaurant sur un coup de tête, où l’on pouvait se permettre de dîner d’un bol de céréales puisque l’on était seuls. Je crois que ça ne m’a jamais manqué. J’aimais ça, sortir au restaurant ou partir en week-end sur une simple envie, mais avoir des enfants ne m’a pas fait me sentir moins libre. Moins seule par contre, oui. Ce qui a des bons et des mauvais côtés.
Et oui j’aimerais tellement ça, des fois, connaître le silence du matin et dormir jusqu’à 11 tapantes. Ou chiller devant la télé jusqu’à potron-minet. Ou bien m’abîmer dans la lecture des romans et l’étrenner jusqu’à la toute dernière page puisque rien d’obligatoire ne m’attend.
Alors je la chéris, cette solitude, lorsque la nuit tombe, ou lorsque je suis malade et que je profite de la maison pour moi seule. Ce sont des parenthèses. On ne se rend pas compte, avant d’avoir des enfants, à quel point ces moments sont précieux, à quel point ils ressourcent, et combien on a besoin parfois, d’être seul avec soi-même.
On trouve la maison trop vide, on rêverait d’y entendre des rires d’enfants, jusqu’à ce qu’ils arrivent, qu’ils soient partout, alors seulement, on comprend, et l’on embrasse le silence lorsqu’il se présente à la nuit tombée.
-Lexie Swing-
Tes petites origines
C’est l’heure de jouer et Tempête danse. Tempête danse tout le temps. Un air improvisé à la guitare, une chanson bafouillée par sa grande sœur, une musique de fond à la radio, et voilà son bassin qui s’anime, ses hanches comme muent d’un besoin irrépressible de se balancer.
Ça me fait rire, ce sens du rythme. Hier j’ai pensé à une amie congolaise qui m’assurait avec un dédain rieur que dans son pays, la danse était dans les gènes.
As-tu un ancêtre congolais Tempête? Je lui ai demandé ce qu’elle en pensait, en la faisant danser encore. Elle s’est contentée de rire en tournoyant sur elle-même.
J’ai pensé à ses origines. Je ne m’étais jamais représenté ses origines. Les miennes oui. Celle de son papa aussi. Mais elle?
Elle. Elles d’ailleurs. Sont altiligériennes (de la Haute-Loire) et ligériennes (de la Loire). Elles sont aussi, comme beaucoup de Français, métissées. D’Andalousie. D’Italie. Elles ont des ancêtres espagnols partis puis revenus d’Algérie.
Elles sont tout ça. Et bien plus encore, certainement.
De qui ont-elle pris leurs traits de caractère ? Comment se sont façonnés leurs visages? Comment diable se peut-il qu’un enfant ressemble tellement à son arrière-grande-tante ou au petit cousin d’une autre branche ?
De qui Tempête tire-t-elle son sens du rythme? De qui son père a-t-il hérité son goût pour la musique ? Et son père avant lui?
J’aimerais une longue vue pour observer le passé par la petite lucarne. Voir cette aïeule qui esquissait quelque pas de danse dans sa cuisine au moment du souper.
Sait-on jamais. Peut être était elle Congolaise…
-Lexie Swing-
Crédit photo : Dilan K
Une mauvaise journée…
Une mauvaise journée est une journée qui commence par un réveil trop brusque. Réveil en fanfare aux sons des pleurs de faim du bébé, réveil en trombe pressé par l’aiguille qui tourne trop vite… Il y a mille choses qui peuvent annoncer une mauvaise journée. La preuve par 15.
1- Le verre de lait est jaune.
2- La couette ne recouvrait pas nos deux pieds au réveil.
3- Le lait au chocolat était trop chaud.
4- Le lait au chocolat était trop froid.
5- Il n’y avait plus de lait au chocolat.
6- Il y avait un truc très suspect – une noix – dans le muffin.
7- La couture des chaussettes ne se mettait pas bien droite sur le bout du pied.
8- La culotte avec les chevaux dessus était au sale.
9- Il n’y avait plus de dentifrice à la fraise.
10- Il faisait trop froid pour mettre le chandail pingouin.
11- Un bobo de la circonférence d’un cheveu de nouveau né a fait son apparition sur notre pied droit et cela fait aussi mal que le jour où Hugo a fait mine de nous pousser du petit doigt de la main gauche à la récréation.
12- Le lait au chocolat a fait une tâche sur le pyjama.
13- Le pied ne rentre pas dans la mauvaise chaussure alors que ça semblait beaucoup mieux de les porter comme ça.
14- Il y avait une feuille d’érable sur le chemin mais le bébé l’a eu en premier et l’a déchirée.
15- La peluche est restée sur le banc de l’entrée, à la maison.
Il y a tant de choses qui peuvent te gâcher une journée, quand tu vas avoir 4 ans…
-Lexie Swing-
Les douze petites phrases qui ponctuent nos matins
Chaque matin, c’est le même rituel. Lever à 5h45, lever des enfants à 6h20, petit-déjeuner à 6h30. Et tout, mêmes nos réflexions, semble routinier. Il y a douze phrases que l’on dit souvent…
« Arrête de geindre, je t’avais dit d’arrêter de sauter sur ton lit et de dormir hier soir! »
« On est heureux, on est conteeents, aujourd’hui c’est garderiiiie, youpiiii (on essaye de motiver les troupes). Non, c’est pas encore la fin de semaine chérie. Non, pas demain. Bientôt. Vendredi. Non, c’est pas demain vendredi. »
« Finis ta tartine. Si, tu finis ta tartine, tu l’as voulue. Si, je me souviens bien, tu m’as dit ‘je veux une tartine de confiture’ alors tu la manges »
« Aujourd’hui, tu as le bol orange, c’est comme ça. Demain ce sera toi qui aura le bleu. Si, on PAR-TAGE, c’est chacune son tour »
« Reste ici, on a pas mis les chaussettes. Reste iciiiiii, je n’arrive pas à fermer les boutons du body. Bon sang il faut que je te ligote ou quoi? »
« T’as oublié de mettre ta culotte. Ah ben c’est facile, tu enlèves le pantalon et tu recommences. En mettant d’abord la culotte. Ok, tu peux mettre la grosse culotte si tu veux (le shorty) »
« Il est 7h12, dans 7 minutes tout le monde doit être dans la voiture! »
« Où est ta tuque? Où sont les mitaines? Pourquoi il n’y a plus qu’une mitaine? »
« Tu as fait pipi? »
« J’ai fait les lunchs. Oui, j’ai mis un fruit. Et un gâteau. J’ai pas fait mon café. T’as fait mon café? Il va jamais tenir dans mon sac à lunch. (Arrivés à la gare) J’ai oublié mon café. »
« On a sorti le chien? Il a mangé? Il a de l’eau? Les lumières sont éteintes? Le four? T’es sûr que t’as vérifié le four? «
(Une fois dans la voiture) « M****, on a oublié le doudou/toutou, tu feras sans hein aujourd’hui chérie? Ok, gare le char, je vais chercher le toutou. Comment ça c’est pas le bon toutou? Si c’est un ours. Regarde, il a une tête d’ours. C’est pas l’OURS ok, pas celui que tu voulais. Tu voulais le bleu. Ça m’étonne pas. Je t’aurais ramené le bleu t’aurais voulu le petit moche et blanc. Non ok il est pas moche j’ai rien dit. «
Et chez vous, quelles sont les phrases cultes du matin?
-Lexie Swing-
Crédit photo : No film
Immigration : quelle place pour les grands-parents?
Vous noterez la formalité du titre, nous allons parler d’un sujet qui fâche… Non en fait, pas pantoute, les mots-clés sont les amis du référencement, c’est tout ;)
En partant de France, nous avons laissé derrière nous une maison en pleine cambrousse, des jobs que nous ne regrettons pas, des amis avec qui nous tentons de garder le contact et… la famille. Lorsque l’on part vivre à l’étranger avec ses enfants ou que l’on voit naître sa progéniture sur une terre éloignée, se pose presque toujours la question de la famille.
C’est cet aspect qui est le moteur de bien des retours au pays, le point noir de toute immigration. Aussi grandiose soit la vie que l’on a trouvée à l’étranger, l’ombre qu’elle projette n’est pas complète. Il manque un bout du puzzle et le morceau manquant est perdu quelque part sous le canapé du salon. On le réassemble à l’occasion, pour Noël, pour des vacances trop courtes, pour un mariage de quelques jours… et puis la pièce nous échappe de nouveau.
Pour ne pas l’oublier, ne pas la perdre, il faut l’encadrer cette pièce, la mettre sous verre au milieu du couloir. Elle ne fitte pas avec les autres, elle est un puzzle à part, à qui il manque également un morceau, laissé quelque part à l’autre bout du monde.
De notre côté, nous sommes chanceux. Depuis trois ans, mes parents sont venus environ deux fois par année. Ils nous ont gardé les filles pendant les périodes de congé. Ils ont répondu présents pour veiller sur B., à la naissance de la petite dernière. Et ils étaient aux premières loges, lors de son arrivée. Mes beaux parents viennent avec une régularité métronomique, en partie conditionnée par le marathon de Montréal, profiter des beaux jours de septembre.
Miss Swing ne les a jamais oubliés. Ni les uns, ni les autres. Ils ont une place importante dans sa vie. Elle projette leur existence dans la sienne puisqu’ils s’y tiennent souvent, plusieurs fois par an. Tempête oublie probablement mais leur fait rapidement fête, on ne renie pas des gens toujours prêts pour jouer, offrir des jouets ou faire des câlins.
Est-ce qu’ils en profitent?
Oui, du côté des filles, j’en suis sûre. Du côté des grands-parents, je crois aussi, sauf quand le bébé refile la gastro à tout le monde pendant une semaine. Lorsque nous sommes partis, les vacances ont fait partie de nos arguments de vente (autrement appelés arguments-qui-font-passer-la-pilule), ce 24h sur 24, ce temps suspendu, ça nous paraissait intense mais appréciable. Nous passions des week-ends au milieu de leur quotidien, toujours bienvenus mais pas forcément prioritaires, puisqu’ils se répétaient, puisqu’il y aurait d’autres week-ends et que l’on se reverrait dans quelques semaines.
Désormais, il n’y a plus quelques semaines. On ne se revoit pas dans quelques jours. Au mieux dans trois ou six mois, parfois dans 18 mois ou deux ans. Il faut en profiter maintenant. Faire des choses folles comme un road-trip aux États Unis ou un plongeon dans un spa par -30 degrés un soir de réveillon. On mène la vie de château, on sort les grands plats et on allonge les notes.
Nos parents ne remettent pas à plus tard le temps passé avec nos enfants parce qu’ils n’ont rien de mieux à faire, là, tout de suite. Il n’y a pas de factures qui attendent sur le bureau, pas de collègue qui appelle pour rapporter un problème au boulot. Il n’y a que du temps pour rire, pour jouer, pour se disputer.
Est-ce que c’est dur?
Bien sûr que c’est dur. Je ne suis pas certaine que l’humain soit programmé pour profiter à fond de moments dédiés. Miss Swing réalise de plus en plus leur absence et souffre de leur départ. Elle voudrait voir de ses yeux plus souvent ce qui fait le quotidien de ses grands-parents. Et puis il y a les autres, sa tante, son oncle, leurs enfants respectifs, sa grande-tante et le reste de la famille, ainsi que son parrain et sa marraine, qui sont loin et sont tributaires de nos rares retours au pays.
Alors comment on fait?
On en parle, on les inclut, on les appelle. FaceTime est devenu notre meilleur allié, et permet, à défaut d’une conversation (chez nous, avoir une conversation avec les filles est mission impossible), de se voir, de s’observer, de montrer les dernières pirouettes apprises et de refuser de chanter une chanson. On envoie des photos, on multiplie les vidéos. On installe une mappemonde pour comprendre où chacun vit, et on créé un livre photo à garder dans la petite bibliothèque des enfants. On les affiche, les photos, partout où leur regard pourrait se poser. On s’envoie des dessins, des petits colis. On garde le lien, parce que non, ce n’est pas vain.
La distance change les relations, elle ne les éteint pas forcément. Cela prend des efforts supplémentaires peut-être, mais ce qui en ressort est parfois plus fort encore.
-Lexie Swing-
Crédit photo : Conor Ogle
Genetics or not?
J’ai toujours pensé qu’il y avait une part de génétique dans le fait d’apprendre à marcher. Quand on voit Miss Swing s’emmêler les pieds on pense immédiatement à son oncle (coucou frangin), et quand elle a atteint les 17 mois sans se lancer pour faire un pas, on s’est dit que décidément, elle avait même battu son père et sa mère.
J’étais confortable avec l’idée que ca allait prendre du temps pour Tempête. 18 mois ça me semblait un poil long, mais j’étais prête, quand même. Elle ne s’était tournée du dos au ventre qu’à 6 mois, on était en bonne voie. Ça prend des nerfs de résister aux assauts du club des bébés-qui-ont-le-même-âge-que-le-tien-mais-sont-plus-en-avance et autres persifleurs qui lancent « t’es sûre au moins qu’elle n’a pas un problème? » (Si si j’y ai eu droit et plus trash que ça même!)
Quand elle a commencé à se mettre debout vers 10 mois et demi, on s’est dit qu’elle ne traînait pas. A 12 mois tassés, sa sœur n’avait même pas encore essayé. Et puis elle s’est lancée, un bel après-midi. Elle a marché vers sa grand-mère qui passait avec elle quelques dernières minutes, avant de reprendre son avion. C’est peu dire que Tempête a le sens des grandes occasions.
Bye bye la génétique, ma cadette a marché à 13 mois. Son goût pour l’aventure et son sens aigu de l’équilibre ont eu raison de toutes mes prédictions. Que fera-t-elle désormais de différent? Aura-t-elle une belle maîtrise de la grammaire et le sens de la formule, comme sa sœur? Ou sera-t-elle pourvue plutôt d’un vrai talent artistique, comme sa grand-mère?
Et à quel point sommes-nous réellement déterminés par la génétique? Quid de la place de notre caractère et de notre environnement sur notre développement?
-Lexie Swing-
Crédit photo : Ly Thien Hoang
Le (manque de) sommeil
6 heures. C’est mon nombre moyen d’heures de sommeil depuis un an. Elles sont souvent entrecoupées, parfois sauvagement, aux dix minutes pendant deux heures, parfois savamment, avec une régularité de métronome. Des réveils brutaux, des réveils difficiles, des réveils à-peine-endormie, des réveils à l’orée du jour, des réveils dix-minutes-avant-la-sonnerie-du-cellulaire. Et, alors qu’on engueulait frère, parents et jours venteux quand le réveil venait frapper à notre porte avant 11 heures le samedi, on se lève avec (plus ou moins bonne) grâce, pour nourrir , réconforter, apaiser (ou disputer, ça arrive aussi).
Comme beaucoup, j’étais du genre à penser qu’un bon parent a un enfant au sommeil complet et discret. Je n’ai pas failli entre mes deux enfants mais visiblement ma bonne parentalité a pris le bord. Car si le sommeil de Miss Swing reste agréable et lourd, celui de sa soeur est équivalent à celui d’un pois sauteur endormi sur le dos d’un hérisson remuant. Chaque soubresaut, chaque souffle de vent, sont autant de bonnes raisons de vagir en pleine nuit. Avec force et détermination. Quitte à se rendormir en catimini quand tout le monde est fermement réveillé. Il n’y a pas de petits plaisirs.
Et puis il y a les heures. Tous les réveils ne sont pas équivalents. Ceux de beuverie ou de somnifère sont bien plus pesants que les autres. Ceux des journées de dure labeur et de retour de vacances aussi. Il y a les narquois, qui te guettent à une heure du matin lorsque tu as traîné devant une énième série jusqu’à minuit. Et les roublards, qui anticipent la sonnerie du réveil de quelques minutes à peine, te laissant échevelée et de mauvaise humeur. Il y a les ponctuels, toutes les nuits à deux heures, sauf le jeudi. Et les économiquement durables, un réveil équivalant à une heure de pleurs, histoire de ne pas s’être levé pour rien. Il y a les brefs, le pied à peine posé hors du lit, l’enfant s’est rendormi. Et les brefs-mais-fourbes, qui attendent que tu te sois cogné contre trois pieds de lit et une commode pour rejeter le bébé dans les bras de ce bon vieux Morphée. Il y a même les doux, quand tu n’es pas encore couché et que l’enfant se réveille, les yeux pleins de sommeil et le sourire aux lèvres, juste le temps de sniffer ton pli du cou et de se rendormir béat.
Il y a mille réveils et parfois pas un seul. Mais les jours passent, l’année s’allonge et tu ne sais plus très bien comment c’était avant, sans pleurs, sans réveils. Comment c’était de s’endormir au coeur de la nuit et de se réveiller à peine avant midi. Et tu te surprends à avancer, jour après jour, avec dans ta besace quelques heures rares de sommeil et la conviction inébranlable et nécessaire que ce soir, c’est la bonne. Tu dormiras.
-Lexie Swing-
Nos adultes de demain

.Photo Bass_nroll
Elle est brutale, il parle sans discontinuer, elle est introvertie, il est timide, elle est jusqu’auboutiste, il est trop câlin, elle est trop calme, il court tout le temps… Nos enfants sont bien mais trop. Ils ont ces caractéristiques qui nous plaisent parce qu’elles correspondent au standard des livres ou qu’elles nous ressemblent, et ces autres qui nous plaisent moins, parce qu’elles débordent du cadre ou peinent à le remplir.
Mon aînée est calme. C’était tellement chouette d’avoir un bébé calme. Au resto, en avion, chez des amis, elle restait droite et immobile, alerte et silencieuse, assise sur nos genoux, sans un regard pour les enfants qui couraient entre les sièges ou autour des tables. Facile, toujours. Elle a trois ans et demi. Elle reste toujours droite et immobile, assise sur nos genoux. Mais voilà que ça nous dérange. Pourquoi tu ne vas pas jouer avec les autres enfants?, l’implorons-nous. Elle reste silencieuse.
Ce qui plaît à 12 mois ne colle pas aux standards de la prématernelle, ni à ceux du secondaire (du collège) ou de l’âge adulte. Quelle est cette norme que nous avons figée au point de la rendre étriquée? La preuve de son incohérence c’est sa non résistance à l’épreuve du temps.
J’ai lu un article qui louait – finalement – le fait que les enfants «répondent» à leurs parents, preuve de leur volonté de prendre leur vie en main, et de remettre en cause le monde et la société, les normes qui leur sont imposées. Mais à quatre ans, nous leur lançons «on ne répond pas à son père!», quand à 20 on les implorera de faire des choix et de penser un peu par eux mêmes au lieu de suivre comme des moutons les goûts de leur troupeau d’amis tout en végétant au fond de notre salon-sous-sol, incapable de voir le monde autrement qu’à travers nos yeux.
On ne fait pas toujours les mêmes erreurs plusieurs fois. Je dois le reconnaître, nous sommes sacrément plus bienveillants avec notre numéro 2. Elle court partout? La vivacité et la sportivité sont de belles qualités. Elle grimpe sur tout et met ses doigts dans les prises? C’est bien d’avoir le goût du challenge et du risque. Elle est froide de prime abord? C’est une bonne chose de savoir être sur ses gardes…
On devrait être plus indulgents. Avec eux. Avec nous aussi. Mon bébé immobile et ses grands yeux fixes ont mangé le monde et si elle reste souvent dans son coin, c’est pour mieux l’appréhender et le savourer. Cela lui a forgé un sens de l’observation incroyable et une mémoire qui me rend envieuse. Dans tout enfant il y a des qualités insoupçonnées, des superpouvoirs que l’on prend parfois pour des retards ou des incohérences. Il y a la norme, et il y a le reste. La vie, en fait.
-Lexie Swing-
Mon bébé intolérant

Un biberon et trois kilomètres de cils./ Photo Kris Kesiak
Je l’ai glissé de temps en temps : «intolérante», «éviction des PLV», sans vraiment y revenir. Tempête est notre deuxième bébé. Quand on a découvert son intolérance, nous n’avons ressenti aucun coup de massue, aucune panique. On a appelé des copains concernés. On est revenu avec eux sur le je peux donner / je ne peux pas. On est passé une fois sur la liste de mots à traquer dans les ingrédients. Et puis on s’est lancé.
C’est l’effet deuxième enfant, probablement. C’est aussi dû au fait que le résultat n’est pas tombé comme un cheveu sur la soupe après une prise de sang. Aucun résultat n’est jamais tombé, d’ailleurs.
L’histoire de Tempête le bébé no PLV, c’est celle d’un bébé de deux mois qui éructe sans vomir, qui ne peut dormir que le torse relevé, un bébé un peu grognon, un peu énervé. C’est aussi celle d’un bébé de cinq mois qui est toujours malade, qui fait une otite, puis une rhinite, puis une otite de nouveau. Un bébé qui, rendu à 8 mois, avait pris des antibiotiques au moins deux semaines sur 4 pendant la moitié de sa vie. C’est aussi celle d’un bébé qui, a 6 mois, s’est mis cette fois à rejeter. Un peu, souvent, tout le temps. Des petites quantités, des plus grosses.
Bébé, nous lui avons donné du lait épaissi, pour bloquer ce que nous avions fini par identifier comme un RGO interne (allo médecin m’entends-tu?) (Ceux qui ont eu un bébé avec un RGO interne savent à quel point on se heurte à l’incompréhension des médecins dans ce cas). Puis nous avons cessé sur les coups de 4 mois. Elle est tombée souvent malade mais cela semblait moins la gêner. Et puis elle s’est mise à vomir pour de vrai et là nous avons forcé la main du médecin.
Oui c’est vrai. Pour la cinquième fois depuis la naissance de Tempête, on a dit «ce n’est pas normal». Pour la cinquième fois on m’a répondu «mais tous les bébés régurgitent c’est une histoire de clapet». C’était la fois de trop, il y avait eu trop de vomissements, trop de médicaments, trop de bébé barbouillé qui ne dormait que surelevé. J’ai demandé si c’était dangereux de donner du lait avec des protéines hydrolisées à un bébé peut-être pas intolérant. On m’a dit non, non mais c’est cher par contre, et c’est pas bon.
On a pris le pari. Elle a fait la gueule au premier biberon. Elle a englouti le deuxième. Et tous ceux qu’elle prend depuis 4 mois. Le lait était cher. Mais pas plus que celui qu’on achetait déjà, parce qu’on a des goûts de luxe. Maintenant, il nous est remboursé. Parce que… oui, le médecin a dû se rendre à l’évidence : au bout de trois semaines (on dit que c’est environ le temps pour que les PLV soient évacués du corps), elle n’était plus malade, elle ne vomissait plus et elle dormait à plat.
Il y a quelques jours, elle s’est remise à vomir en revenant de la garderie. Qu’avez-vous changé? Vous n’aviez pas cette compote là avant si? Lexie inspectrice au rapport. «On repasse aux préparations maison». Retour en arrière.
Tempête était au lait maternisé alors la transition a finalement été simple. On a supprimé le beurre, on n’a jamais commencé les yogourts comme le faisaient les amis du même âge, on a oublié le fromage. Peu à peu, on a introduit le soja, et puis les fromages de brebis et chèvre. Pas de problème.
La prochaine étape, c’est la visite des un an, et la réintroduction lente, en espérant que ça disparaisse tranquillement. En attendant, on mijote des recettes véganes et on cuisine aux laits végétaux. Elle a mangé son premier gâteau, fait maison. Et pour la maman d’un bébé intolérant… c’est un grand moment.
-Lexie Swing-
