Parents : du temps pour soi

J’adore coudre. J’aime le principe même de créer quelque chose. J’ai longtemps créé des phrases, des envolées poétiques, des histoires que je dévoilais à voix haute, après m’être éclaircie la gorge. J’aime la fabrication de quelque chose qui vient de soi, une étiquette invisible, un filament d’âme sur un morceau d’étoffe.

J’adore aussi lire. Des piles entières que je dévore, comme une faim sourde et irrationnelle. Au creux du ventre, tapie. Une faim de mots, d’idées, d’espoirs. Une faim d’ailleurs, aussi.

Je connais le besoin de faire du sport, de se dépasser, de s’exalter pour un record battu, un défi lancé à soi-même comme une perche tendue à son courage.

Ça prend du temps pour soi, d’être heureux. Mais ce n’est pas aussi évident que l’idée le prétend.

Il s’agit presque d’une consigne, désormais. Être un parent présent. Être un parent bienveillant. Être un parent qui prend du temps pour lui. Il faut être tout ça en même temps, mais ne surtout pas être stressé. C’est une injonction. Soyez bien avec vous-même pour être un bon parent.

C’est votre faute, si vous ne prenez pas de temps pour vous. Personne ne vous dira jamais que c’est la faute au petit dernier qui préfère hurler à la lune (même pas pleine) que de dormir la nuit. Nul ne reportera la faute sur votre aînée, qui prend deux mi-temps pour manger trois bouchées. Le monde niera en bloc les matinées courses à pied et le tunnel de la fin de journée.

Après tout, c’est toi qui l’a voulu.

Reste que, entre nous, on se le dit, on se le chuchote : on aimerait bien ça, du temps pour nous. Laisser tomber le souper pour lire quelques pages en grignotant des céréales ou partir courir dans le soleil qui se couche, en faisant fi des tâches et des obligations.

J’aimerais ça, que mon projet couture ne soit pas une comédie en trois actes mal ficelés. Que la découpe du patron ne se fasse pas avant Noël pour espérer que les pantalons soient cousus à Pâques. Que l’achat du tissu ne soit pas un casse-tête mathématiques avec soustraction des activités sportives enfantines, et horaire du magasin en retenue.

Je rêverais, que mes virées à la bibliothèque ne se transforment pas en épopée fantastique, où Tempête, l’aventurière escalade tables et étagères dans une chasse aux trésors aussi fébrile qu’épuisante. Et qui, le moment venu, la transforme en chat de canapé qu’il faut porter sur le retour à pieds.

Je l’ai fait. Fermer le lave-vaisselle et enfiler mes gants (de boxe). Filer à l’anglaise sitôt les enfants couchés. Embrasser leur père, se dire qu’on se verra un autre soir, une autre fois. Et partir s’entraîner.

Parce que oui, c’est important, le temps pour soi. Exister au-delà de sa parentalité. Être nous-même, être n’importe qui. Des individus qui dansent, qui courent, qui virevoltent, qui boxent l’air à poings serrés, le cœur léger.

Un temps gagné au profit de notre âme et au détriment, probablement, du reste. De l’autre. Quand l’aventure de nos vies se résume à des mots mal écrits sur le papier plastifié du calendrier familial. Boxe. Tennis. Piscine. Karaté. Danse. Comme autant de sauts de puce. Autant d’existences parallèles.

Autant de points gagnés, peut-être aussi, sur notre bonne santé mentale.

Même si, c’est clair… le lave vaisselle ne se videra pas tout seul!

 

-Lexie Swing-

Photo : Andrew Rashotte 

Connaissez-vous Passe-Partout?

Moi, la première fois qu’on m’a parlé de Passe-Partout, ici au Québec, j’ai cru qu’on mentionnait le monsieur qui porte toujours un immense jeu de vieilles clés, dans Fort-Boyard. Je me suis demandée où ils le mettaient, leur fort, sur le Saint-Laurent. Mais ça ne m’a pas émue plus que ça.

Et puis, en début d’année, de nouveaux épisodes de «Passe-Partout» ont été tournés, provoquant une marée de commentaires enthousiastes de la part des parents québécois, eux-mêmes issus de ce que l’on a appelé ici «la génération Passe Partout».

C’est le moment où je n’ai pas pu m’empêcher de demander : «Mais p***** c’est qui Passe-Partout?». Comme je suis polie et que les enfants ont toujours les oreilles qui trainent, j’ai plutôt dit «Qui est ce fameux Passe-Partout dont le monde (québécois) entier a le nom sur les lèvres?»

Bref, il s’avère que Passe-Partout est une fille (et toc). Elle partage la vedette de l’émission avec Passe-Carreau et Passe-Montagne – respectivement une fille et un garçon. D’autres personnages sont également présents, tels que Fardoche, Julie et André, ainsi que la famille de marionnettes qui reproduisent des saynettes de la vie quotidienne.

L’émission a été diffusée de 1977 à 1991, puis remisée, jusqu’au tournage de nouveaux épisodes l’an dernier.

Ça ressemble-tu aux Minikeums?

Nope. Les Minikeums, qui d’ailleurs ont correspondu à la génération suivante – ils sont apparus en 1993 – étaient bien des marionnettes, mais elles avaient été créées à l’effigie de personnes célèbres en France : Antoine de Caunes, Vanessa Paradis, la chanteuse Elsa, Mc’Solaar… Personnellement, et mise à part «Vaness’», je n’avais aucune idée à l’époque qu’ils étaient censés représenter des personnes réelles. Les saynettes qu’ils reproduisaient étaient plus des copies d’émissions existant sur les ondes («Question pour un lampion», «Taratatouille»…) que des saynettes de la vie courante.

Le concept de Passe-Partout est pour sa part moins un divertissement qu’un outil pédagogique télévisuel. L’enfant se retrouve dans les saynettes, il apprend des mots, des concepts, des façons d’agir aussi.

Et pis, t’as aimé ça, la première saison de Passe-Partout?

On n’a pas la télé ici, et j’ai toujours eu l’impression de passer à côté d’une certaine forme de culture québécoise. Quelle que soit l’idée que l’on se fait de la culture télévisuelle, je trouve qu’elle peut être une forme de découverte et d’apprentissage lorsqu’on immigre dans un nouveau pays.

Passe-Partout était pour moi une belle façon de découvrir un concept qui avait bercé l’enfance de mes amis, et qui s’apprêtait à accompagner mes petites Québécoises dans les prochaines années. Si l’émission se poursuit, elles feront directement partie de la nouvelle génération Passe-Partout, une belle forme de ralliement.

En janvier dernier, j’ai donc téléchargé l’application de Télé-Québec, j’ai lancé le premier épisode et… je suis allée me servir un verre de vin. Je n’étais clairement pas assez alcoolisée pour apprécier le concept. L’épisode s’ouvrait sur la marionnette Cannelle, la fille de la famille, et si mes souvenirs sont bons elle parlait à son phoque en peluche. J’étais tassée au fond de mon sofa, roulant des yeux. Je pense que je manque de sensibilité à l’égard des marionnettes.

Mais vous savez qui a directement accroché à l’émission? Mes filles. Tandis que je regardais d’un œil torve, B. a levé la main pour répondre à une question posée face caméra par Passe-Partout. Je me suis rassise plus droite. Passe-Montagne et Passe-Carreau ont proposé une série de mouvements pour se défouler. Tempête s’est levée d’un bond et j’ai repris une gorgée. Les protagonistes ont entamé une chanson. Et les filles ont repris en chœur tandis que je murmurais l’air entêtant. Et puis un enfant – un vrai enfant – est apparu sur l’écran. «C’est un ami de ma classe», a crié B. J’ai laissé échapper un sourire.

La vérité, c’est que je n’irais pas me farcir Passe-Partout en proie à une vaine solitude. Mais comme parent… bon sang que c’est sain. Ça fait tellement du bien, de voir une émission proposée aux enfants qui soit aussi saine. Qui montre aux enfants comment exprimer leurs sentiments. Qui leur apprend le nom des oiseaux et le cycle des saisons. Qui soit aussi interactive, les enjoignant à chanter, à s’exprimer et à bouger.

Pour vous donner un exemple, la photo d’illustration montre l’épisode que les filles ont regardé ce matin, tandis que je finissais de me préparer. À l’image – petite et flou, j’en conviens – Passe-Montagne et Passe-Carreau, qui rencontrent le chien de Fardoche. Passe-Montagne a peur des chiens. Passe-Carreau, qui est le personnage énergique et «physique» (au sens d’exercices physiques) de l’émission, lui répond : «Tu sais, il y a une façon d’aborder les chiens si tu en croises un. Déjà, tu commences toujours par demander au maître du chien si son animal est gentil et si tu peux le caresser. Ensuite…»

Vous voyez l’idée? Vous croyez que ça n’a pas d’impact? Détrompez-vous! Au premier chien que nous avons croisé, Tempête s’est précipitée, et B. est intervenue : «Souviens-toi, tu dois d’abord demander…»

Je vous encourage à découvrir l’émission, juste pour le fun, juste pour voir. Avec votre âme de parent, en laissant le sarcasme au vestiaire. Parce que oui, la première fois que Passe-Montagne a raconté une histoire courte en s’appuyant sur des illustrations au mur, puis qu’il a ensuite repris l’histoire une nouvelle fois depuis le début, j’ai cru faire une crise d’apoplexie. Et puis il a dit «mmmh rappelez-moi, il se passait quoi, à ce moment-là, déjà?» et mes filles ont répondu en criant et riant, ravies d’avoir tout retenu. J’ai su à cet instant que le plaisir du divertissement me resterait inaccessible. Me reste donc celui de bouquiner en toute tranquillité pendant 23 minutes en sachant mes enfants absorbés par une émission de valeur.

Et ça, je vote pour.

-Lexie Swing-

Pour découvrir l’émission, rendez-vous sur Coucou Télé Québec.

Crédit photo : Lexie Swing

Maladie infantile vs obligations professionnelles : le casse-tête parental

Je sors de deux semaines intenses professionnellement. Les dates étaient notées dans le calendrier familial, le rythme orchestré et les arrangements prévus. Tout était en ordre pour un déroulement parfait des choses. C’était sans compter la maladie soudaine de la petite dernière.

Car ta vie personnelle se fout de tes obligations professionnelles (et c’est là chose bien connue).

Alors que se profilait le repos bien mérité de la première mi-temps – aka, le week-end entre les deux semaines très chargées – Tempête a déclaré une fièvre aussi forte que soudaine. 40.3 au compteur et les yeux aussi vitreux qu’une bille Agathe abandonnée à l’ombre de la cour de récré. L’amoureux a pris en charge le petit pyjama frissonnant pendant que je fuyais vers le centre-ville et la journée s’est déroulée sans encombres (mais à grands renforts de Tylenol).

La nuit de vendredi à samedi défiant de nouveau la chaleur des tropiques, nous avons demandé un rendez-vous à notre médecin de famille de toute urgence – magie de la technologie – pour le lendemain matin même. Déjà, se profilait dans nos têtes la perspective du lundi. Ce lundi sacré. Celui-là même qui devait voir partir l’amoureux pour un déplacement avant de prendre le premier train de l’après-midi pour récupérer les filles, leur mère étant astreinte à résidence professionnelle par la tenue d’un événement de première importance.

Le lundi est arrivé et – oh miracle! – point de fièvre à l’horizon.

Le parent coupable est un parent prévoyant. Nous avons croisé les doigts et répété des prières à Mère Nature, sacrifiant quelques tomates sur l’autel du compost. Fatiguée mais non fiévreuse, Tempête est allée rejoindre les rangs de ses pairs à la garderie. Elle a tenu bon jusqu’à 17h, heure à laquelle son père l’a récupérée, somnolente mais toujours blagueuse.

La fièvre est revenue tel un boomerang durant la nuit – à croire que Mère Nature n’avait guère été convaincue par nos prières. Le lendemain matin, ce fut donc mon tour de prendre en charge l’enfant malade (l’égalité des sexes, toussa…). Ma boite courriels ne dérougissait pas, mais l’ensemble des manœuvres restait possible à distance. Babysittée par les PJ Masks, tenue en haleine par Masha et Mishka, Tempête a absorbé plus d’heures de télévision en 24h que durant l’année écoulée (#parenting101). Le soir même, nous étions de retour chez le médecin où l’enfant a piqué du nez dès la salle d’attente, peu émue de ma lecture enjouée de Maman Ours. Le diagnostic s’orienta cette fois du côté de l’otite. L’enfant fut mis sous antibiotiques avant de reprendre le chemin de son lit, sa mère filant à 21h faire le pied de grue dans une pharmacie aussi bondée qu’un Tim Hortons un soir de match.

Retour à la garderie le lendemain (l’inconscience et la perséverance font parfois bon ménage) de l’enfant sans fièvre et sous antibiotiques. Jusqu’à 11h et l’appel de l’éducatrice plaidant l’importance de rester à la maison pour l’enfant fatigué. L’amoureux annula donc son rendez-vous du midi pour aller chercher notre Tempête, devenue le temps d’une maladie une simple brise marine sur le port de Cassis.

Retour à la case départ. Le lit donc. Jusqu’au réveil de la sieste, à 16h. Sieste qui sonna le glas de la maladie, le retour du diable de Tasmanie et la fin de l’errance parentale. Si jeudi fut un point d’interrogation – la sieste emportera-t-elle un épisode fiévreux dans ses bagages? – vendredi fut un retour aux sources. C’était soccer et journée des jouets de maison. Il y avait des joggings à enfiler, une poupée à emmener, une moto à retrouver, et une grande sœur à embêter. La vie, en somme.

Questionnement mathématique

Depuis la maladie de Tempête, je m’interroge. Quid de l’équation enfant malade + obligations professionnelles? (Condition : si et seulement si aucune famille n’habite à proximité pour garder l’enfant).

Enfant A, Père B, Mère C

Si A est malade. Considérant que B et C ont des obligations qui nécessitent leur presence physique à un endroit L.

En admettant que B et C ont chacun pris une journée pour garder l’enfant.

Ajoutant à l’équation l’exaspération des collègues, d’une part, et les inquietudes des éducatrices, d’autre part.

N’oubliant pas, cela va sans dire, une culpabilité, parentale, pour commencer, et professionnelle bien évidemment.

Quel résultat?

(La fatigue, les amis, la fatigue)

-Lexie Swing-

6 années de toi

Il y a six ans, c’était un dimanche déjà. Au lendemain d’une nouvelle lune, sous une pluie timide et un ciel de plomb, nous avons roulé – une heure durant – vers notre rencontre. Tu es née à l’heure du brunch. À l’heure du brunch un dimanche, tu avais bien saisi l’importance du moment. C’est ton histoire, celle que je te répète chaque année. Comme mes parents avant moi, comme tous les parents de ce monde, je crois, j’annonce «tu n’étais pas encore née, pas encore, pas encore… Ça y’est, tu étais née, tu es née… joyeux anniversaire…» Je fais fi du décalage horaire, fi de ta naissance sur un autre continent, qui fait qu’hier à l’heure du brunch tu étais déjà née depuis bien longtemps.

Je t’ai dit que j’étais fière de toi. Je t’ai répété ce mantra quotidien : «Tu es intelligente, tu es forte, tu es capable». Cette phrase que je te murmure à l’oreille chaque matin, avant que tu ne t’échappes vers le couloir. Celui qui te mène vers la salle du service de garde. Celui qui te mène aux amis. Celui qui te fait toujours un peu peur, aussi.

Tu es intelligente. Tu es forte. Tu es capable. Je n’en ai jamais été aussi convaincue qu’hier, en te regardant rire, jouer, serrer tes amis dans tes bras. Tu étais présente, entièrement présente, dévouée au moment. Et parce que ça n’a pas toujours été le cas, j’ai mesuré le chemin parcouru. Je l’ai mesuré dans ce saut de chat, cet élan vers l’avant indicible qui t’a fait traverser le fameux couloir ce matin. Un saut qui disait «je suis capable». Cette conviction intérieure que nous passons toute notre vie à chercher.

C’est drôle, ce temps qui file à vive allure. Ce temps qui nous fait dire : «6 ans déjà, mais elle est pourtant née hier». Ce n’est pas vrai. Tu es née il y a bien longtemps déjà. Tu es née dans notre cœur en premier, et dans ce monde en deuxième. Tu as vécu une vie riche et bien remplie, du haut de tes 6 années. Tu dis «ça devait être il y a très longtemps, car c’était avant ma naissance, et moi je suis vieille j’ai déjà 6 ans».

J’ai aimé ma vie avant toi. Je l’aime encore plus avec toi. Comme si à l’échelle de cette vie, tu m’avait donnée cette note impossible. Ce 21/20 insaisissable.

Tu es mon point bonus.

Je t’aime ma B.

 

-Lexie Swing-, maman

Plaidoyer en faveur des jouets pour tous

Noël d’entreprise. Cadeau spécial 3 ans. Pâte à modeler. Un gros succès auprès de Tempête. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelle pâte à modeler. Celle-ci vient en kit avec des princesses en robe longue et des diamants colorés. De la pâte à modeler “spécial fille” dois-je rapidement en conclure, en lorgnant du côté des garçons de trois ans dont la pâte à modeler est d’une couleur résolument différente. “C’est quoi ça?”, demande ma douce et décidée Tempête en enfonçant vigoureusement les faux diamants dans la pâte molle. L’enfer est pavé de bonnes intentions.
La société a fait son oeuvre. Ma grande fille choisit les Kinder Surprise rouges en se targuant de préférer «Les Kinder de garcons». Là où hier nous répétions inlassablement «il n’y a pas de couleur de filles et de couleur de garcons, et il n’y a pas non plus de jouets de filles et de jouets de garcons», nous sommes passés à une autre étape. Les menaces. (Non, je plaisante). Nous sommes passés aux interrogations. Pourquoi le rose est-il une couleur de fille? Tu en penses quoi, toi, d’un garcon qui joue à la Barbie? Est-ce qu’on peut aimer Spiderman quand on est une fille? On fait remarquer l’évidence. Tu utilises quoi, toi, pour jouer à la poupée? Tes mains? Ok. Est-ce qu’un garcon ça a des mains? («La plupart du temps mais pas toujours», parfait :)) Est-ce qu’un garcon ça a des bras pour faire un câlin à la poupée? Est-ce que tu penses qu’un garcon ça peut pousser une poussette? Est-ce que, quand tu vois un papa avec son bébé tu te dis qu’il devrait le laisser car les bébés ce n’est pas fait pour les papas ? («Non mais c’est la maman qui porte le bébé dans son ventre») («On s’égare, Jacqueline»). 
Ensuite, on enfonce le clou. T’aimerais ça, toi, qu’on te dise que t’as pas le droit d’avoir les jouets cools du Kinder rouge parce que tu es une fille? Voudrais-tu qu’on t’empêche de monter sur la balançoire parce que tu es une fille? («C’est pour tout le monde, la balançoire»). Tout est pour tout le monde, ma chérie. Il suffit d’avoir des doigts pour jouer aux billes, des poings pour tirer un cerf-volant, des bras pour bercer une poupée, des pieds pour taper dans un ballon. Il faut des mains pour conduire, des mains pour cuisiner, des mains pour dessiner. Notre envie, ma chérie, c’est la seule variable valable. 
Cette leçon, je la voudrais universelle. Je voudrais que les cadeaux spécifiques soient offerts dans l’intimité d’un foyer, qu’ils soient le fruit de l’amour parental qui connait ses enfants et leur goût et cherchent à les satisfaire. Je voudrais que la société ne s’en mêle pas, qu’elle ne dise pas à mes filles qu’elles doivent porter du rose et bercer des bébés, qu’elles ne cherchent pas à les convaincre que jouer à la guerre et construire des tours incroyables sont des affaires de garcons. Je voudrais que les petits garcons qui m’entourent se sentent autorisés à empoigner une poupée ou une casserole. Je voudrais qu’ils arborent – aussi – du rose, des paillettes, des licornes et des volants, parce que si c’est pimpant, si ça rend heureux, alors ça devrait être le cas pour tous. Qui a dit qu’un garcon devait se coltiner des teintes marronnasses et des chandails dinos?
Ma petite fille, ma toute petite, aime le rose. Je suis fière de pouvoir dire qu’elle aime vraiment le rose. Pas parce que sa garde-robe en est garnie, pas parce que ses poussettes et poupées et Barbies l’ont aveuglée, pas non plus parce que l’ensemble du monde cherche à lui faire voir la vie en rose pailletté. Je suis fière de dire qu’elle aime le rose, pour des raisons qui lui sont propres. Parce qu’il est lumineux à son regard, parce qu’il est invitant, parce qu’il est chatoyant. 
Et je suis contente d’ajouter qu’elle aime cette couleur qui fut il y a longtemps réservée aux élites masculines, même si elle est une fille…
-Lexie Swing-

L’intrépide

Une seconde et elle a disparu. Je suis debout dans un rayon, les bras chargés. J’entends ma grande fille chantonner dans le rayon d’à côté, celui des céréales. Mais de Tempête, plus une trace. Je marche vite, à sa recherche. Pas le temps d’imaginer le pire, j’œuvre méthodiquement. Un rayon après l’autre, un coup à droite, un coup à gauche, ondulant dans l’allée centrale. Le temps s’étire, mais je la retrouve enfin, les bras chargés de gourdes de compotes et le nez levé, détaillant les sucettes pour bébé, qu’elle devra bientôt laisser – c’est la dentiste qui l’a dit. Je lui demande de revenir, ne pense même pas à la gronder. Ce serait les battements de mon cœur qui rythmeraient mes mots, mais il n’a pas battu plus vite, et il n’a pas battu plus fort. Il n’a pas eu peur, pas encore. Alors je lui demande de se coller à moi, et je lui adjoins sa grande sœur, qui pépie toujours, à quelques mètres à peine. Un pas de côté, et elle est repartie. Vers les caisses automatiques cette fois, où à genoux sur la tablette, elle s’escrime à marteler l’écran tactile pour lancer le processus et scanner ses articles. Sa grande sœur, avec toute l’autorité que lui confère son droit d’aînesse, la ramène en la traînant par le manteau. « T’as pas le droit », lui rappelle-t-elle sans ciller, avant de quémander des pâtes à lettres pour le repas du soir. Passage en caisse, tentative maternelle pour accélérer la cadence. Je détourne le regard vers le lecteur de carte bancaire. Trois secondes. La mèche que je relève de mes yeux me révèle Tempête, debout sur un marchepied, pianotant sur l’ordinateur à la caisse dédiée aux retours d’articles. La vie est une aventure. Surtout avec elle.

Je n’ai pas eu peur quand elle a disparu. C’est plus tard, bien plus tard, en la revoyant traverser le magasin de son pas assuré, que j’ai mesuré son absence. Elle serait partie. Ne me trouvant pas, elle aurait passé la caisse et serait probablement retournée à la voiture, sur le stationnement enneigé, à la nuit tombée.

Elle est mon intrépide. Celle qui enfonce les portes et réclame ses dûs. Il n’y a pas de situation dont elle ressorte les yeux mouillés et les lèvres tremblantes. Elle met le monde à sa hauteur, c’est à dire à genoux. Elle prend, insiste, quémande, revient, rassure, et argumente. 

Fête d’enfants, le sous-sol est envahi par les plus grands. Elle est là, au milieu. Trois ans de vie, des années d’expérience. On l’entend qui insiste “donne moi la manette, s’il te plaît”. La politesse, toujours. On lui refuse l’objet convoité. Elle revient à la charge. Encore. Elle attend. Les autres ont cinq ans de plus. Elle ne se démonte pas. La manette est délaissée, faute de batterie. On la met sur son socle. La lumière passe au vert. Elle est prête, elle est là, elle saisit l’objet avant que les grands ne s’y opposent. “Maintenant, c’est à moi”.

Elle n’aura pas besoin de nous pour lui ouvrir les portes. Je gage qu’elle aura trouvé ses propres marchepieds. Il nous faut simplement l’y conduire. Lui tenir la main en lui rappelant les règles. Assurer ses arrières, pour qu’elle puisse courir loin devant. Elle nous essouffle, nous étourdit, nous rend aphones à force de l’appeler. Mais dans mon lit, ma tête répond aux battements de mon cœur: il faut sécuriser le chemin, la course sera la sienne. 

-Lexie Swing-

« J’ai pas de plan »

Le plan de naissance, vous connaissez cette idée? C’est un plan, écrit ou oral, que vous pensez, rédigez et communiquez aux médecins, aux sage-femmes, à votre mère (qui en critiquera la moitié) et qui donne vos préférences quant à l’accouchement : pour ou contre l’épisio, épi(péri)durale* ou non, allaitement au sein ou au biberon, permission de griffer le conjoint s’il continue à dire en regardant le moniteur des contractions «oh la la, celle-ci elle va être grosse» comme un surfer sur la plage de Seignosse un soir de tempête.

A quelques semaines de l’accouchement de ma première à naître, j’avais lu des tas de choses sur les plans de naissance, mais je n’avais encore rien prévu. Plus encore que l’envie, je n’en ressentais pas le besoin. La planète entière savait que je ne voulais pas allaiter – à commencer par ma sage-femme à qui je l’avais mentionné en introduction, drette après mon prénom – et c’était à peu près la seule chose qui m’intéressait. À la sage-femme qui s’interrogeait, j’ai répondu «non, je n’ai pas de plan» et elle a eu ces mots «ne pas avoir de plan, c’est encore le meilleur plan possible». J’avais une vague idée de ce qu’elle voulait dire, j’avais lu ces futures mamans, terrifiées de voir leur accouchement leur échapper, ces héroïnes montées au combat parce qu’on tentait de raisonner leurs souhaits, à tort ou à raison. J’ai lu mille témoignages, a posteriori, de femmes qui avaient dû accoucher par césarienne plutôt que par voie basse et qui se sentaient lésées, volées, qui se sentaient fautives même, de ne pas avoir su donner la vie comme elles pensaient qu’on le devait. Ça me rendait triste pour elles. Pourquoi se flageller ainsi devant une situation généralement imprévue et incontrôlable? Que pouvons-nous prévoir de cela, et qu’y faire?

J’ai répété «non, je n’ai pas de plan» et j’ai demandé à ce que, quand même, elle nous explique comment faire si je n’arrivais pas à temps à l’hôpital. Nous aurions une heure de route pour nous y rendre et je voulais parer à l’éventualité d’un accouchement en cours de route. J’avais totalement confiance en la capacité de mon amoureux à accoucher notre premier enfant (lui beaucoup moins). Il avait une seule consigne : passer le panneau Toulouse. Je voulais qu’elle naisse dans une grande ville. J’étais snob. J’étais prête à accoucher sur le stationnement du Carrefour pour ça. (Depuis j’ai changé) (Je suis prête maintenant à accoucher avec les biches).

Quand la sage-femme – j’ai accouché avec des sage-femmes seulement – m’a demandé de me mettre sur les genoux et a installé une affaire pour que je m’y accroche, je crevais d’envie qu’elle aille se faire f***** parce que j’avais une contraction folle et l’envie de mourir. Elle a dit «vous me faites confiance?» et j’ai dit oui. Parce que je leur faisais confiance. Parce que c’était leur job. Parce que je sais que quand on fait confiance aux gens et qu’on le leur dit, ils font un meilleur boulot. Et que vu où elle avait ses mains, ce n’était pas le moment de lui faire passer un bilan de compétences.

Quand l’anesthésiste est venu me saluer, m’a expliqué la procédure et a ajouté « quand vous avez besoin de moi, faites moi signe », j’ai répondu « j’ai besoin de vous maintenant ». Je n’avais aucun défi personnel à relever face à la douleur et mon col était suffisamment ouvert. J’aurais pu attendre, j’imagine. Mais il était là et il serait probablement introuvable au moment où j’aurais besoin de lui (qui a dit « comme tous les hommes? »), alors j’ai décidé que c’était le bon moment.

Ne pas avoir de plan, c’est devenu un leitmotiv. Pour accoucher comme dans la vie en général. Se laisser porter. Tout prévoir, et puis rien du tout aussi. Ça devrait être le crédo de tous ceux qui, comme moi, stressent devant l’imprévu. Parce que sortir du cadre n’est plus un stress quand il n’y a pas de cadre. Et que l’on croit à tort que tout planifier diluera l’anxiété, ce qui est faux. Tout planifier, c’est mettre des barrières occultantes en carton-pâte. Des barrières fixes d’apparence mais qui s’effondreront au moindre imprévu, brisant du même fait le carcan de nos certitudes.

Pour vivre sereins, vivons libres donc. Que l’impossible soit notre seul horizon.

Surfons ces vagues, aussi hautes soient-elles. Il y aura bien quelques mains à griffer, s’il le faut.

-Lexie Swing-

*La péridurale en France se nomme l’épidurale au Québec

La bonne différence d’âge entre deux enfants

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai lu de nombreux articles sur le sujet. Et la conclusion était toujours, toujours la même : il n’y a pas de différence d’âge idéal. En résumé : deux pages de lecture pour n’être aucunement avancé!

Je plaisante, bien sûr, car c’est certainement là une vérité importante : il n’y a pas d’écart d’âge idéal. Il y a autant de possibilités qu’il existe de familles, et chaque famille a sa propre vérité. Mais il est faux de dire que tous les écarts d’âge se valent. Voici pourquoi.

2-3 ans – l’écart idéal, mais pas tout le temps

Mes filles ont deux ans et demi d’écart. 2-3 ans, voire 4 ans, c’est ce que nous considérions comme le bon écart d’âge. Nous avons la grande (grande) chance d’avoir des facilités de conception et ainsi d’avoir pu, en quelque sorte, décider de cet écart d’âge.

Ndla : Nous portons tous un jugement sur les autres, et l’écart d’âge entre deux enfants fait partie des choses «jugeables» facilement. Pour autant, dans la grande majorité des cas, ce n’est pas quelque chose que l’on décide. Les 7 ans d’écart que vous décriez auprès de votre amie sont possiblement le résultat d’une difficulté à concevoir, tout comme des enfants d’âge très rapprochés peuvent être le résultat d’un échec de contraception et/ou d’une hyperfertilité. Nous avons tous un jugement mais il n’est que rarement nécessaire de le partager.

Ndla(bis) : Décider d’attendre 7 ans avant de concevoir un second ou troisième enfant, ou souhaiter avoir plusieurs enfants très rapprochés, est aussi un choix personnel. Votre jugement n’est toujours pas attendu dans ce cas non plus.

2-3 ans est un bon écart d’âge… mais pas toujours au début. Selon le sexe des enfants, la maturité du premier, la facilité du deuxième et votre état de fatigue, cela peut même se révéler être le cocktail explosif idéal. L’enfant de 18 mois – 2 ans et demi a, comme chacun sait, une tendance aux débordements. Ses émotions sont aussi fortes qu’un tour dans le Rock’n’Roll Coaster à 9h du matin après une nuit trop courte (le vécu…). Ajoutez-y des parents à partager, un nouveau-né couvert de cadeaux, des hormones maternelles bouillonnantes et changeantes qu’il ressent instinctivement, un tout-petit poussé dans un statut de grand réputé autonome alors qu’il porte encore des couches, et vous devinerez la difficulté que peut représenter la transition.

3 ans, c’est peut-être un bon écart d’âge mais c’est le temps qui nous a été nécessaire pour remonter la pente. 3 ans pour tempérer les jalousies, 3 ans pour apprendre à être quatre, 3 ans pour redormir correctement la nuit (et encore, je fais fi de toutes les nuits où nous nous levons encore), 3 ans pour apprendre à jouer ensemble sans s’empoigner à tout bout de champ.

Alors est-ce que ça vaut vraiment la peine, 2-3 ans d’écart?

Oui, je le pense sincèrement. Du point de vue des enfants, et à compter de 2 ans et demi – 3 ans environ (pour le plus petit), c’est un frère ou une sœur avec qui partager ses jeux, avec qui discuter, avec qui regarder la télévision, etc. En France, c’est aussi le moment où les deux enfants vont commencer à aller à l’école en même temps.

De façon concrète, nos filles peuvent aujourd’hui jouer ensemble au Memory, à un jeu de bataille, à la poupée, aux voitures, aux légos (même si la petite essaye encore d’avaler les petites pièces…). La plus grande est désormais suffisamment autonome pour préparer des choses pour sa cadette, comme le petit déjeuner, pour l’aider à faire ses lacets ou remonter sa fermeture éclair.

Du côté des parents, 3 ans, et en admettant qu’on ne veuille pas d’autres enfants, c’est l’assurance de régler toute la partie «bébé», puis «jeunes enfants», puis «enfants», etc., au même moment. B. était déjà propre à la naissance de sa sœur, mais pas depuis assez longtemps pour que nous ayons perdu la main. Les biberons étaient encore dans le placard, la poussette encore utilisée, le porte-bébé encore réglé. Cet écart a permis le transfert facile de certaines choses : siège-auto, vêtements, etc. Aujourd’hui, leurs tailles se rapprochent même suffisamment pour que je transfère directement les vêtements d’une garde-robe à une autre, sans passer par la case stockage. J’ai dit récemment que je ne pensais pas avoir d’autres enfants et cette dimension fait partie de ce qui motive notre décision. Nous n’avons pas le goût de replonger, maintenant que nos enfants ont gagné en autonomie.

5 ans et + – l’écart parfait, sauf au milieu

Après les errements de notre première année de vie à 4, je me suis mise à penser que nous aurions dû attendre. Récemment encore, B. me demandait d’avoir un bébé frère ou sœur, et alors que je rétorquais qu’elle avait déjà eu un bébé sœur, elle m’a répondu «je m’en suis pas rendue compte, et maintenant elle est plus bébé».

Et ça, c’est la vérité toute nue des aînés. B. était trop petite à deux ans et demi pour prendre vraiment du plaisir à son statut de grande sœur d’un bébé. Celles et ceux qui se sont retrouvés aînés à 5-6 ans, voire plus, se souviennent souvent avec bonheur du tout petit dont ils avaient désormais «la responsabilité». À cet âge, l’enfant est plus construit. Il connaît bien des inquiétudes mais les choses mises en jeu par l’arrivée d’un nouvel enfant, comme l’attachement, sont plus ancrées qu’à deux ou trois ans. C’est un âge où l’enfant a besoin d’être responsabiliser, ce qui tombe – il faut le dire – parfaitement avec le fait de devenir grand frère ou grande sœur.

Les difficultés surviennent souvent plus tard, quand l’aîné entre dans la préadolescence, au secondaire ou au collège, alors que son cadet est encore chez les petits du primaire. Tout sexe confondu, la configuration devient souvent ennuyeuse pour le plus grand, et difficile pour le plus petit qui perd parfois son compagnon de jeu. Vient ensuite l’autre moment difficile : le départ de l’aîné(e) de la maison, qui se produit dans tous les cas dans une fratrie (dans un sens ou d’un autre, ce n’est pas toujours l’aîné qui part le premier), mais est parfois vraiment marqué temporellement dans la vie du cadet qui n’est alors qu’au collège ou au début du secondaire. Le salut de ce type de fratrie, c’est l’âge adulte. Je pense connaître plus de frères et sœurs avec un écart d’âge important qui sont très proches aujourd’hui, que de frères et sœurs qui sont pourtant proches en âge. Je ne compte pas le nombre de fois où un ami m’a dit «j’ai seulement 18 mois de différence avec mon frère/ma sœur et on ne se parle jamais, on ne peut pas faire plus différents que nous deux!».

La différence de caractère

Il y a un autre point qui m’intéresse et m’interpelle de plus en plus. Je serais curieuse de savoir si vous avez fait les mêmes observations : dans une fratrie, a fortiori proche en âge, les traits de caractère semblent se répartir. Il n’est pas rare d’avoir un premier enfant très nerveux, et le second très calme, un aîné fort en dessin, un cadet fort en sport, un grand très indépendant, un petit toujours entouré d’amis, etc. En observant mes propres enfants – l’échantillon d’études est un peu court j’en conviens – je me suis posée la question suivante :

– Le caractère de Tempête s’est-il forgé au contact de celui de sa sœur?

Comme si, pour certains traits de caractère, le deuxième enfant prenait ce qui est disponible dans la palette des possibles.

Cette différence de caractère qui se retrouve quand même dans beaucoup de fratries peut engendrer autant d’amour que de rancœur. Différence peut vouloir dire autant complémentarité qu’opposition, et selon le sexe des enfants, leur âge et l’éducation reçue des parents, il peut osciller plus d’un bord que d’un autre.

La différence d’âge, côté parents

Si je devais répondre à la question initiale «C’est quoi le bon écart d’âge», je dirais que c’est celui dans lequel se reconnaissent les parents, celui qu’ils sont prêts à vivre. Il y a les avantages des enfants rapprochés, en mode «on donne un bon coup de collier et dans 5 ans c’est derrière nous». Les enfants deviennent autonomes à peu près en même temps, ils peuvent véritablement être des compagnons de jeux, pour peu qu’ils parviennent à s’entendre. Le pendant, c’est que chaque période difficile l’est deux fois plus : petite enfance, adolescence.

Il y a ceux qui préfèreront aller au bout de l’histoire avec leur premier enfant, avant de recommencer avec un deuxième. Accompagner le premier jusqu’à ce qu’il soit capable de voleter, avant de faire de même avec l’enfant suivant.

Avant d’être une question de personnalité des enfants, je pense qu’il s’agit donc avant tout de la personnalité des parents, de ce qu’ils sont prêts à porter, et comment.

Alors, je ne vous demanderai pas «c’est quoi selon vous le bon écart d’âge?», je vous propose plutôt qu’on compte les points de ceux qui ont le plus tapé sur leurs frères et sœurs. Quelle est la pire bêtise que vous leur ayez mise sur le dos? La pire phrase jamais dite? Qu’est-ce qui vous fait toujours penser à lui/elle/eux?

Bref, comme me le dit chaque soir, le «monsieur de la guérite» à l’entrée de la garderie «on lâche pas, la vie est belle».

-Lexie Swing-

La ferme Guyon et le Garde-Manger de François

L’absence d’articles ne reflètent pas l’absence d’aventures, bien au contraire. Mais si peu de moments figés sur écran pour tant d’instants vécus … La vie s’est faite pleine, tellement pleine, mon amoureux devant filer soudainement pour la France, croisant sa maman à l’aéroport de Lyon, en partance pour Montréal. Les allers-retours à Dorval, pour déposer les uns et récupérer les autres, le désormais habituel trajet école – garderie – train, et puis train – garderie – école. Le karaté que l’une ne fait plus, faute de fatigue écolière et de piscine le samedi. Le karaté que l’autre fait toujours, et nos moments désormais en tête-à-tête, juste avant le cours qui est désormais le sien.

Et puis les aventures du week-end donc, qui nous ont conduit à Chambly samedi, à la Ferme Guyon.

Le programme était simple : ferme pédagogique, papillons en liberté et marché couvert avec des produits locaux et bios, entre autres.

Nous sommes arrivés peu de temps après l’ouverture et avons ainsi bénéficié du privilège de ceux qui se lèvent tôt – aka les parents de jeunes enfants : une ferme presque vide de monde.

A l’intérieur de la ferme pédagogique, nous avons déambulé au milieu des stalles, caressant les deux chèvres laissées en liberté, recevant les explications de l’une des soignantes, qui tenait dans ses bras une poule qu’elle flattait comme un petit chien. Nous sommes entrés dans l’espace réservé aux lapins, à quelques canards et poules. Et nous avons observé les canetons jusqu’à ce que Tempête obtienne le privilège d’en tenir un. Un bébé dans les mains d’un bébé…

Comme nous étions peu nombreux, les filles ont pu nourrir les cochons de morceaux de tomates maladroitement jetés dans la souillure – ils ne leur en ont pas tenu rigueur !

Elles ont été aussi aux premières loges pour découvrir les poussins nouveaux-nés serrés sous leurs lampes chauffantes ou pour flatter les moutons, bêlant en ligne pour attirer leur attention.

La visite terminée, et après un détour par la ruche (à mon corps défendant), nous avons marché jusqu’à la serre abritant les papillons. Ils voletaient, magnifiques, dans une serre bien chauffée. Il n’y avait que nous cinq et des dizaines de papillons se perchant sur nos tuques d’automne et nos sacs à dos. Une belle découverte à peine altérée par les cris d’orfraie poussée par ma petite dernière, peur des insectes oblige.

Un détour par le marché couvert, écourté par l’impatience enfantine à l’approche du repas, mais définitivement à redécouvrir : envoyant les enfants à la voiture avec leur père et grand-mère, j’ai bénéficié de quelques minutes pour acheter plusieurs fromages, des œufs frais et un yaourt de ferme…

Nous avons choisi de nous arrêter à la boulangerie le Garde-Manger de François pour le lunch. Une boulangerie installée depuis plus d’un siècle, et qui recèle de trésors, à l’image de son pain curry-noix-érable, que nous dénichons habituellement au marché de Longueuil. Point de photos ici, tout a été dévoré bien trop vite, mais les options végétariennes ne manquaient pas, comme mon sandwich aux légumes grillés agrémenté d’une mayonnaise épicée, ou le sandwich au pâté de lentilles de mon conjoint, qui ressemblait à s’y méprendre à des rillettes. Une superbe adresse !

Tarifs de la ferme : 12 dollars duo adulte (ferme + papillonnerie) et 6 dollars le duo enfant (gratuit pour les 3 ans et moins.

-Lexie Swing-

Le défi de saison : ranger les vêtements d’été

Au changement de saison s’est imposée l’urgence du tri des commodes. Si je fais fi du ménage de printemps et des vide-greniers estivaux, je ne peux décemment pas ignorer les piles de pulls qui débordent des commodes l’hiver fini, ni les mains bleuies de mes enfants une fois l’automne installé. Ayant affronté avec commisération la vision des enfants dûment gantés et chapeautés dans la cour d’école il y a quelques jours – tandis que ma propre fille tentait tant bien que mal de retenir sa capuche tout en gardant ses mains au chaud dans les poches de son imperméable – je suis passée à la vitesse supérieure et ait attaqué le rangement des placards à vêtements.

Je déteste trier les commodes. Je ne sais que faire des vêtements trop petits, j’en ai trop pour tous les stocker et oublie fréquemment de les porter à un repreneur quelconque. Je fais des sacs de jolies choses pour les enfants plus petits de mes amis, que j’oublie de leur donner. L’hiver est à l’horizon et les sacs abritent encore des shorts souples et des t-shirts manches courtes. Tempête étant plus grande que sa grande sœur au même âge, et les filles ayant seulement deux ans et demi de différence, je transvase désormais avec une joie non feinte les vêtements d’une commode à l’autre. Restent les affaires hors-saison et tout le trop-petit.

Les piles, finalement, s’ordonnent. Jeans et leggings en deux tas alignés, t-shirts manches longues, jouxtant les t-shirts manches courtes, jupes et robes suspendues dans la penderie et pulls maladroitement pliés. Je savoure un instant ce tableau cubique.

Il ne durera qu’un instant, justement.

Mon tableau cubique est devenu une peinture baroque. Il s’en est suffi d’une journée, et d’un habillage matinal pour que les piles soient retournées. Je suis toujours fascinée par cette facilité déconcertante qu’ont les enfants de jeter un vêtement froissé au milieu d’un tiroir, sans un atermoiement sur l’impossibilité subséquente à trouver un vêtement à porter. «J’ai rien à me mettre», se plaint l’adolescente accro au shopping en lorgnant sur votre porte-monnaie. «Commence par ranger ta commode», ai-je envie de rétorquer.

Cela fait quelques jours à peine, et les tas sont sens dessus dessous. Les culottes prises dans les cols des chandails, les gilets dissimulés sous les pantalons. Le tiroir des chaussettes est une masse informe de cœurs solitaires et ma fille porte avec bonheur des couples dépareillés (mais unanimement rayés, parce que j’achète des amoureux en série).

Le placard de sa petite sœur, pourtant plus récemment trié, n’est d’aucun secours. Si seules les cases les plus basses – pyjamas et sous-vêtements – lui étaient initialement accessibles, son penchant pour les hauteurs, et l’escalade des meubles en tout genre, a eu raison des cases «t-shirts» et «pantalons», qui tombent dans la panière de linge sale en fonction de ses dédains.

Et sinon, est-ce nécessaire d’épiloguer sur les 90% de vêtements de leur garde-robe qu’elles ne porteront jamais parce que «c’est moche», «ça gratte» et «c’est trop serré»?

Bref, je me retiens de tout brûler. Mais je sais qu’il y a parmi vous des ordonnés compulsifs. Alors dites-moi tout : quel est votre secret?

-Lexie Swing-