Quelle définition donneriez-vous de vous-même?

«Il est métis, d’origine indienne et homosexuel». Je me souviens encore des mots qui ont accompagné les portraits de Leo Varadkar, alors qu’il devenait le Premier Ministre de l’Irlande, puis, plus récemment, lorsqu’il a fait campagne en faveur d’une révision de l’amendement de la Constitution irlandaise qui limitait le recours à l’IVG.

Métis, d’origine indienne et homosexuel. Je sais que ces trois mots pour le décrire n’avaient pour but principal que de souligner la progression des mentalités au sein d’une société longtemps traditionnaliste. Je sais aussi que le bon titre fait le bon clic. Je me suis interrogée cependant sur l’ordre des mots, et leur utilité. Bon nombre de journaux ont laissé de côté le terme «d’origine indienne» (certains ont écrit simplement «indien», car au diable le fait que sa mère soit Irlandaise, qui peut bien être intéressé par la vérité?). Métis et homosexuel, cela suffit pour convaincre n’est-ce pas? Mais considérant le but, à savoir trancher dans le lard de la tradition… Sur quoi aiguiser son couteau (je file la métaphore) : la couleur de peau ou l’orientation sexuelle?

J’ai délaissé cette question pour m’en poser une autre, poussée par le nombre de descriptions qui me sautaient désormais aux yeux : «Mère de famille nombreuse, dirigeante d’entreprise et auteure», «Mère célibataire, musulmane voilée et femme politique»… Dans l’opinion publique, nous sommes mères, puis nous possédons un autre attribut plus ou moins intéressant (homosexuelle/d’une confession particulière/d’un handicap particulier/d’une taille ou d’un poids spécifique), puis nous sommes des professionnelles. Bref, dans mon cas, je serais décrite comme «Mère et professionnelle». Je suis suffisamment socialement typique pour évincer les autres caractéristiques, même si mon statut d’immigrée pourrait me valoir le terme de Française immigrée. Il se placerait dans ce cas après le terme mère, probablement. Je n’ai pas assez d’enfants pour être étiquetée, je les élève en couple, avec un homme, je suis blanche, je suis athée, j’affiche une taille et une corpulence basique (même si j’aimerais que mes jambes soient plus longues!).

Cependant, nous ne ressemblons en rien à ce que les mots qui nous décrivent semblent dire de nous. Avez-vous déjà fait l’exercice de vous décrire? Quel est le mot qui intervient en premier? Mère? Femme? Votre profession? Nous ne mettons jamais en premier ce qui nous semble anecdotique, même si cette caractéristique intervient en filigrane de toute notre existence : lectrice passionnée, botaniste avertie, végétarienne… Nous sommes des coches dans le tableau Excel de cette société, portant en nous les cases que nous n’avons pas su remplir : la maternité, la profession, l’argent parfois. Un lot de caractéristiques communes, dans lequel nos spécificités n’entrent pas. Ce sont pourtant ces spécificités qui font tenir le monde debout, chacun apportant ses connaissances, ses compétences, sa note à l’hymne et son instrument à l’orchestre, tout autant créateur qu’acteur.

Mais pour autant, je ne sais toujours pas. Qu’est-ce qui me définit? Suis-je une chose plus qu’une autre? J’existais bien avant de devenir une mère, mais leur présence ponctue de nombreux aspects de ma vie actuelle. J’ai été apprentie toute ma vie : j’ai appris à respirer, à me mouvoir. J’ai appris à émettre des sons, à en faire des mots. J’ai appris à lire, à écrire, à compter. J’ai appris chaque jour, et je continue. Je suis une apprentie, c’est définitif. Mais pour le reste?

Je suis apprentie, auteure, femme, conjointe, mère et professionnelle, lectrice passionnée, cuisinière gourmande et végétarienne, en mouvements. Ça vient d’un jet, c’est drôle. L’idée d’auteure intervient chez moi avant le reste, car tout passe par les mots. Je les apprends, je les écris, je les transmets, je les féconds, je les abrite (et ils m’habitent).

Surprenant exercice… À quoi ressemblerait-il pour vous?

-Lexie Swing-

Visite surprise

«Vous voudriez venir avec moi à l’aéroport demain matin? Je dois aller chercher une collègue qui rentre de voyage!»

Sourires ravis dans l’assistance. «Quelle collègue?», demande B. qui les connaît toutes. «Oui, quelle collègue au fait?», ai-je murmuré à mon amoureux, assis sur le bord du lit. «Caroline», a-t-il lancé, dans un élan dont l’esprit a le secret. (Je découvrirai bien assez tôt si seule Madame Ingalls a insufflé cette impulsion).

Après les débats vestimentaires de rigueur, nous grimpons dans la voiture et prenons la direction de l’aéroport. Nous sommes en avance, désormais coutumiers de cette attente. Nous sommes arrivées en retard les deux dernières fois, alors que l’ordinaire délai de une-heure-après-l’atterrissage s’était réduit à 30 minutes. Tant mieux pour nos familles mais quel dommage pour nous, qui ne pouvions que saisir nos invités au vol, après de courtes embrassades et des valises jetées dans le coffre, sous la pression des moteurs des voitures en attente et des regards courroucés de fatigue des conducteurs venus récupérer, eux aussi, leur famille.

Sitôt la voiture garée, j’ai saisi Tempête sur une hanche – elle craint le bruit grouillant des aéroports – et Miss Swing par la main. Traversant cahin-caha le passage piétonnier, puis le sas tournant, nous avons franchi les portes au moment même où nos invités nous prévenaient que si les nouvelles bornes avaient extraordinairement facilité leur passage à la douane, le tapis des bagages restait pour sa part aussi désespérément immobile qu’une heure de collège en cours d’espagnol.

Les minutes se sont alors allongées, au rythme tranquille des passagers qui surgissaient par vague derrière la porte automatique. À chaque nouvelle femme, Miss Swing demandait «Est-ce elle?», avant de secouer la tête «Non bien sûr je sais qui c’est Caroline, je l’ai vue plein de fois».

Il faudra vraiment que je demande qui est cette Caroline.

Je vous passe les seize Souris Verte et les trois Crocrocro. Toutes les fois où j’ai dansé la Polka même si papa ne voulait pas, accompagnée de Petrouchka et de ses nattes blondes. Je vous passe la chute soudaine de Tempête, qui s’est retrouvée coincée, cuisses sur le banc et tête en bas, parce qu’elle avait voulu s’appuyer sur le ruban qui délimite la sortie des passagers. Et mon fou rire, à la fois honteux et amusé, parce que mes yeux rivés sur mon téléphone m’avaient empêché d’éviter la chute, et parce que la proximité du banc avec le couloir de ruban m’empêchait de la saisir pour la remonter convenablement.

Je peux vous décrire ma fébrilité, lorsque j’ai su que les bagages étaient enfin arrivés. Le visage incrédule de Miss Swing, lorsque nos invités sont apparus. Sa petite voix qui interrogeait : «Mais je ne comprends pas, où est Caroline?», et moi qui répondait bêtement «Caroline, c’est tes grands-parents!». Et Tempête qui sautait de joie, parce qu’elle n’avait rien pigé à cette affaire de collègue, et que la seule perspective d’une attente à l’aéroport était une joie suffisante pour elle.

Les voilà donc. Ils ont fait bon voyage, merci. Mes parents sont de retour pour une semaine, après être venus au mois de mars, profitant des rabais de la fin du printemps.

Comme immigrants, nous profitons de chaque instant ainsi grapillé, de chaque moment volé. Nous inventons une vie, où les vacances se font en banlieue de Montréal, plutôt que dans le sud de la France. Visiter la famille prend désormais 7h de vol plutôt que 5h de train. Et nous ne sommes pas les seuls. Mes amis sont partout dans ce monde, sur tous les fuseaux horaires. Je suis admirative de cette facilité avec laquelle nous avons construit nos existences sur d’autres terres, tout en gardant ce lien fort avec le pays qui nous a vus naître. Et je suis fière de nos familles, qui n’ont pas eu le choix, certes, mais ont changé leur perspective, faisant de la cabane au Canada une maison secondaire de choix.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing

Droite comme un i

A la sortie des toilettes, jouxtant la porte automatique, le miroir en pied défie chacun et chacune du regard. Notre regard. Tantôt acerbe, tantôt méprisant, tantôt content, à défaut d’être fier. Car qui est vraiment fier de son enveloppe corporelle, sa jeunesse passée ?

Deux pas et je m’avance, les sourcils vaguement froncés, traquant une rougeur égarée ou un morceau de peau perdu. Tête droite, pendentif au baiser des clavicules, je lisse ma robe qui ondoie sur mes hanches. Sa forme évasée laisse deviner des enfants que j’ai portés autrefois et dont j’ai gardé la trace, comme un vieux ballon fatigué.

J’aime les corps habillés, la justesse d’un pli, l’éclat d’une teinte, la douceur d’une étoffe. L’âge adulte m’a délivré des jugements corporels, révélant à mon âme la richesse née de la diversité des corpulences. Je m’extasie devant une superbe robe à fleurs, aux fleurs rougeoyant comme un soleil couchant. Quand je demande le nom du magasin, ma collègue s’esclaffe: « Il n’y aurait rien pour toi là-dedans, avec ton petit tour de taille! ».

Je me suis souvent demandée où était née cette hiérarchie des corps. Dans quel esprit malsain s’était forgée la conviction que quelques centimètres en moins étaient autant d’échelons de gravis, dans la hiérarchie sociale du monde occidental. Que la confiance que l’on accorde allait de pair avec le creux d’une joue ou la longueur d’une jambe. Que l’on était condamné, dès le départ, à vivre son corps comme une prison. Coupable dès l’enfance d’être trop gros, ou trop maigre, trop grand, ou trop petit. Une loterie sans gagnants, avec seulement quelques survivants.

Le corps à la fois juste une enveloppe, et tout un monde. Son extérieur raconte une histoire : le soleil des vacances, les stigmates d’un accident, les marques de la vie portée… Il raconte mille vies, mille époques. L’enfance ensoleillée, l’adolescence ténébreuse, la vie adulte nerveuse. Les repas de famille, les beuveries entre amis, les régimes, la boulimie, les casse-croûtes des insomnies…

Son intérieur est un trésor. Ceux qui pratiquent le yoga, l’escalade ou encore la danse le savent bien : le corps est un merveilleux compagnon. Il nous porte, nous soulève, nous transporte d’un lieu à l’autre. A pas rapides, en course lente, en sautillant, à reculons. Il est le premier à nous rappeler à l’ordre lorsque nous laissons la vie nous défaire et le stress nous dévorer. Nous lui demandons tant ! De grandir, de maigrir, de grossir, d’accepter nos excès, d’accompagner nos courses. Nous le tançons quand il se fatigue, nous l’exécrons, face au miroir. Je n’ai jamais rien haï de plus que mon reflet dans le miroir, à 15 ans, alors que la pilule avait insufflé en mon corps le poids des hormones de régulation.

J’ai 32 ans, j’ai le corps lourd mais le cœur léger. Quand j’agite la main, ma peau du bras remue. Quand je saute dans les airs, mon ventre et ma poitrine réinventent leur propre gravité. La fatigue et les inquiétudes ont fait disparaître mes joues enfantines. Mes jambes montrent les premiers signes d’une circulation sanguine capricieuse, mes cuisses et mes genoux portent les traces de mes errances nocturnes, quand je marche en aveugle vers les pleurs des enfants.

Mais quand je danse, c’est tout mon corps qui m’accompagne. Ma tête compte les temps et mon corps s’y plie, sans caprices. Nous bondissons ensemble, au troisième mouvement. Mes chevilles crient un peu, mes genoux font la moue, mais c’est mon corps entier qui s’envole, héroïque.

Nous nous disons souvent « Profitons-en, nous n’aurons qu’une seule vie ». Oui profitons-en, nous n’aurons qu’un seul corps …

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry

Le bien-être passe (aussi) par les accomplissements

C’est un bout de tissu jaune, un peu rabougri. La couture danse, le morceau est doux mais trop petit pour son usage. Dans une autre vie, il était un morceau de drap de berceau. Les enfants ont poussé et le drap s’est trouvé remisé. Sa seconde vie, c’est ça : une panoplie de mouchoirs en tissu, destinés aux nez enrhumés de mes filles chéries. Et puis un pyjama pour poupon, cousu de guingois, à la va-vite, parce que B. et moi avions hâte de voir le résultat.

Dans ma cuisine, il y a des pots de fortune, plein de plantes fragiles. Et des plats de biscuits, préparés par six mains fébriles et cuits tous en même temps. Mon congélateur déborde des idées du week-end, et des fournées de pain. Mes bocaux de verre regorgent de légumes coupés à la main, des tomates, des poivrons, des concombres, des champignons même; des préparations en devenir, des crudités pour patienter, de la couleur pour égayer.

Sur mon téléphone, un résultat de course à pied. Un premier parcours, un temps défini. Une fatigue au bout des jambes, une satisfaction palpable, aussi. La preuve des minutes enchaînées, la promesse d’un dépassement de soi.

Cachées dans mon ordinateur, des pages de textes. Des chapitres interrompus, des histoires par dizaines, des mots qui sonnent juste, pour moi. De nouvelles histoires, de nouvelles idées, ça et là jetées.

Le bien-être passe par mille choses : le temps pour soi, la réalisation de ses plus grands projets, les fous rires et les confidences, les moments nus de fioritures excessives. Pour moi, il passe aussi par des accomplissements minuscules. Chaque création, cousue ou cuisinée, chaque course effectuée, chaque texte écrit, est comme une pierre de plus, dans la tour de mon bien-être personnel.

À l’inverse, et sans surprise, l’éphémérité d’un instant, la ponctualité d’un échange internet, le sourire né d’une vidéo amusante, s’évanouissent dans l’espace, insaisissables. J’en conserve parfois quelques traces joyeuses, et des idées de discussions. Ces incontournables prémices de conversations, nommant une auteure inconnue ou décrivant un moment enfui. Mais ils n’ont rien de tangible. Or rien ne me rassure comme le tangible. Mon bien-être se raccroche à des madeleines au chocolat craquant dans le petit matin.

Parfois j’oublie. Je cours de mon lit à la gare, du wagon au bureau, de ma chaise au magasin de chaussures. Je parcours les instants sans en saisir aucun. Et je me couche le soir avec cette amertume au bord des lèvres, cette impression d’avoir manqué quelque chose et raté le départ. La journée passe, je suis partout et nulle part, larguée sur un quai de gare.

Il suffit pourtant d’un tissu mal cousu, de ma tête penchée sur la machine qui s’affole et de mes yeux plissés dans mon salon mal éclairé. Je me lèverai alors, le cœur un peu plus léger, tâtonnant dans le brouillard du réveil à la recherche de ce qui fut hier et qui m’a contenté. J’aurai des mots pour décrire ma journée, et des idées pour l’améliorer.

Et si vous, vous en manquez, en voici quelques-unes qui me réussissent :

– Cuisiner autant de pâtes à gâteaux que de moules dans les placards, et profiter du four chaud pour enfourner à tire-larigot. Congeler le surplus en prévision des matins difficiles.

– Assembler de beaux papiers pour faire de jolies enveloppes, des morceaux de tissus pour le plaisir de s’essuyer la bouche avec une serviette en tissu, ou cerner quelques mots choisis de masking-tape coloré, pour le plaisir des yeux.

– Planter des graines et regarder la vie pousser.

– Écrire quelques paroles, inventer un refrain, et s’étonner d’y trouver un sens,

– Imprimer des photos, les glisser dans l’album et cocher enfin cette tâche listée depuis la nuit des temps sur la note des choses à faire.

– Coller un écusson sur un vêtement trop sérieux.

– Composer une assiette colorée, et la dévorer…

Et vous, qu’est-ce qui vous fait vous sentir bien, au quotidien?

-Lexie Swing-

Regarder grandir ses jeunes pousses

Depuis une semaine, je regarde avec fascination grandir mes jeunes pousses. Et ce n’est pas une métaphore pour souligner le temps de contemplation que je m’accorde devant les jeux de mes enfants. Ce sont, en vérité, des pousses. De tomates, de concombres, de poivrons, de cantaloupe, pour celles qui sont déjà sorties de terre.

Le week-end dernier, nous avons traversé Montréal, et beaucoup de ponts, pour rejoindre la Rive-Nord. La tempête de la veille avait causé des dommages à la maison de nos amis mais leurs plants, à l’abri dans la serre en construction, avaient résisté aux assauts du vent. Sous le soleil de l’après-midi, chaud pour un mois d’avril au Québec, nous avons trié, rempoté, ajouté du compost et un peu plus de terre. Notre ami secouait ses sachets, ses graines récoltées de légumes anciennement cultivés, estampillés parfois à la va-vite. Des trésors qu’il nous a offerts, en murmurant « j’ai tendance à toutes les garder ». C’était autant d’espoir, ces graines-ci. Autant de vies, et autant de surprises.

Nous les avons ramenés chez nous. Les petits plants rempotés et les bouteilles de plastiques bien scellées dans lesquelles de nouvelles graines avaient été plantées. Je m’étais débarrassée de la culture calculée (celles des multiples visites sur des sites internets, à l’affût de conseils similaires mais tous différents), pour appliquer religieusement les consignes données par l’ami cultivateur. Sur leur plateau de fortune – une plaque de cuisson – les petits plants, et les petites bouteilles, ont cueilli la lumière du matin. Par le temps que l’on revienne le soir, des pousses étaient apparues, autour des plants de poivrons. Des résidus fragiles, mais vifs, du compost maison. Du concombre?, demandai-je alors par message. Des tomates peut-être, nous avons mangé des tomates récemment, me répondait-on.

J’adore les surprises. Je n’ai pas été déçue. Mon oeil averti a découvert une pousse, encore partiellement dissimulée sous la terre, dans un coin d’une bouteille. Le lendemain matin, une poignée d’heures plus tard donc, elles étaient cinq, grandes et droites. Le surlendemain, il nous a fallu retirer le chapeau de fortune de la bouteille et autoriser les jeunes pousses de concombres à sortir, pressées qu’elles étaient de saluer le monde.

C’est une naissance que je vous raconte. Une histoire un peu folle. C’est de la magie, de la stupéfaction aussi. C’est moi qui contemple mes pots de longue minute, tandis qu’ils baignent dans leur plat rempli d’eau, à la tombée du jour. Moi qui glapis : « C’est pas possible, il a pris deux centimètres dans la nuit ». Ce sont ces moments si simples, de plaisir pur, parce que sans fioritures. Cette vie paisible, sur le rebord d’un comptoir. Comme autant de promesses.

-Lexie Swing-

Credit photo : Lexie Swing

Combat de femmes

Elle a osé. C’est quoi cette blague. Elle a bu ou quoi? Et puis t’as vu…

Autour de moi, les remarques ont sifflé, les langues engourdies par l’hiver se sont déliées. Après tout ça, après ces scandales, ces échanges, les prises de position vigoureuses sur les réseaux sociaux… Après, surtout, cet accord au féminin, cette cacophonie de voix devenue une chorale parfaite. Plus soprano que ténor, certes, mais définitivement collégiale.

Après tout cela, voilà qu’une tribune importune vient rompre l’harmonie. Et plus que sur le contenu, je me suis interrogée sur le pourquoi. Grand bien leur fasse de penser ce qu’elles pensent, Catherine(s) et consorts, mais quel est le but de ce partage? N’y a-t-il aucune cause qui mérite plus d’être défendue que la liberté d’importuner (b****** de m**** la liberté d’importuner?). Est-ce que cela méritait une tribune?

“Je pense et ai soupesé chaque mot pour lequel j’ai signé”, ont juré devant le grand public – ce Dieu moderne -les 100 signataires de l’article. Force est de constater que l’on peut signer n’importe quoi et que la balance de valeur qu’on attribue à nos propos n’engage que nous. Car ce manifeste, si elles le pouvaient, elles l’élèveraient au rang de celui qui fut jadis auréolé pour son courage, et pour les 343 signataires qui l’avaient ainsi porté. Preuve si l’en fallait que le terme de salope connaît plus d’une vérité. Nous aurons eu divers combats pour accéder à l’égalité : l’accès au travail, l’égalité salariale, le droit à disposer de son corps. S’y ajoute donc désormais la liberté d’importuner, et j’en rirais bien si cela ne me donnait pas tant le goût d’en pleurer.

Mon père arborait il y a longtemps un t-shirt qui scandait que l’homme est un loup pour l’homme. Les récents scandales ont galvanisé l’idée que l’homme est surtout un loup pour la femme. Mais ma plus ancienne analyse, du haut de mes presque 32 ans, est que la femme est surtout un ennemi pour la femme elle-même. Et je n’utiliserai point le mot loup, ou louve, car l’animal est noble et il n’attaque que par nécessité, quand les femmes (et les hommes) attaquent par orgueil. Manquait-il des feux de ce côté-là de la rampe? Les fauves tournaient-ils en rond au point de manquer de proies? Pauvreté, violence et  faim dans le monde devaient manquer de saveur.

J’ai appris cette fin de semaine – par un chum dopé aux nouvelles du matin – que le troupeau avait choisi de se désolidariser de la brebis galeuse. Celle-là même qui a jugé opportun d’accoler viol et jouir, dans la même expression. Pour sa défense j’ai été journaliste et je dois reconnaître qu’il n’y a certainement pas plus putaclic comme titre. Niveau SR, 10 sur 10. Niveau notoriété, 10 sur 10 également. Brigitte est certainement en passe de devenir le nom le plus googlé de l’année 2018 (pour quelqu’un qui était passablement inconnue au Nouvel An, on peut tout de même évoquer une célébrité fulgurante).

Niveau bienséance, intelligence et empathie, on repassera en revanche. A peine la moyenne. “A force de voler au raz des pâquerettes, on finit le nez sur le bitume” ironisait mon prof de physique, non sans une certaine poésie.

Cependant, loin de m’emballer pour si peu – nous sommes au XXIe siècle et on peut dire que la vie nous choie en termes de commentaires dégueulasses et d’idées paranos véhiculées sur les Internet – je me suis surtout amusée de ce soudain retournement de situation. Oubliées les défenseures des dragueurs importuns, sus à Brigitte, l’outrageante, la débauchée, la vile capable de réunir jouissance et violence, quand d’autres défendent harcèlement et agression.

Au royaume des aveugles, celle qui psalmodie le plus fort est une cible parfaite. On oubliera le manifeste, la position plus que contestable, le combat indécent mené par des femmes, contre les femmes. Mais au bénéfice des hommes.

Restera la brebis. Qui n’éveille ni ma pitié ni même mon intérêt. Mais qui a eu le mérite de me sortir de ma torpeur face à toute cette débâcle de mauvais goût. Faisons pire que les autres, et voyons où ça nous mène.

Et comme l’écrivait finalement mon professeur, de ses pattes de mouches illisibles : “Pauvre petite, elle est drôle quand même, dommage qu’on ne puisse plus rien faire pour elle”;

-Lexie Swing-

Photo : Ian Schneider

Mère (très) active

Avoir une activité à soi est primordial. Encore plus quand on est en couple. Encore plus quand on est parent. Tous les magazines vous le diront. Votre horloge interne, elle, vous dira que vous n’allez certainement pas aller taper la baballe alors qu’il y a trois machines de linge à plier et que vous avez 1201 heures de sommeil à rattraper depuis la naissance de votre deuxième marmot. Comme toute femme du monde moderne, j’ai décidé que les magazines détenaient la clé de mon bonheur. J’ai donc dit merde au sommeil, fermé les yeux sur le linge et j’ai révolutionné mon emploi du temps. Explications:

J’avais toujours rêvé d’apprendre la langue des signes. Pourquoi? Aucune idée. Mais comme la question m’est posée quotidiennement, il serait temps que je trouve une réponse plus fournie que « beeeeuah ché pa, comme ça ». Reste que, je voulais tellement en faire que j’ai demandé à mes parents d’investir dans mon futur en m’offrant des cours de LSQ pour mon anniversaire. En avril donc. Après, j’ai réalisé que je n’avais pas le temps de m’inscrire, ma volonté est donc restée lettre morte, jusqu’à août, au moment où telle la cigale je me suis réveillée. J’avais bien chanté tout l’été, il était temps d’apprendre à signer.

Au même moment, une alerte judicieusement placée par la moi de juin 2017 sur mon calendrier Outlook a rappelé à la moi de fin août 2017 (édition limitée) qu’il était temps de s’inscrire au sport si je voulais profiter d’un remboursement partiel de mon entreprise. Je n’allais pas passer à côté d’une telle opportunité alors que mon porte monnaie ET mon tour de taille post-grossesse me pressaient de me bouger la couenne. J’avais déjà investigué la question quelques mois avant et me suis donc inscrite à une session de pilates sur table à l’école de danse contemporaine, chaque jeudi midi.

Ça, c’était juste avant que l’on me rappelle que je m’étais portée volontaire pour des cours d’anglais. Deux midis par semaine.

C’est ainsi que la chrysalide (que dis-je, la larve) roulée en boule sur son canapé, entre deux piles de linge à plier, est devenue un papillon de compétition. Une espèce courbaturée, à l’esprit encore plus chargé, avec une tonne de linge à plier (je pense qu’il se reproduit), mais avec un je-ne-sais-quoi de plus, une nouvelle corde (pas pour se prendre, mauvaise langue) à son arc, un surplus de liberté.

J’étais devenue pas mal juste une amoureuse, juste une travailleuse, et surtout juste une mère. Maintenant je suis pas mal plus. Un peu trop peut être. Tout est une question d’équilibre… J’avais prévu de le retrouver, mais avec ma folie des grandeurs habituelle, je me suis déjà réinscrite pour le trio infernal, tout en m’interrogeant: est-ce que j’aimerais la chorale ? Mon accent français m’empêcherait-il de faire du théâtre ? Où puis-je louer des skis ? Et le quotidien : Chéri, comment règles-tu le vélo d’appartement ?

Bref, on n’est pas couché.

Et vous?

-Lexie Swing-

Le harcèlement est-il l’apanage des hommes?

Il y a peu, j’ai publié cet article dans lequel je partageais un de ces Ted Talks dont je suis désormais fan et reprenais une idée que j’ai faite mienne : le harcèlement est avant tout le problème des hommes. Par cette idée, je voulais signifier deux choses : que les victimes (les femmes dans mon article) arrêtent de porter sur leurs épaules la responsabilité d’un acte qu’elles avaient subi; et que les hommes, comme groupe identifié, prennent position en s’opposant aux gestes et comportements commis par d’autres hommes, au lieu de se contenter de hausser les épaules en se targuant de «n’avoir jamais eu un tel comportement».

Lorsque les nombreuses affaires (Weinstein, Rozon, Salvail, maintenant Spacey, Archambault…) de harcèlement, voire d’agressions, sont ressorties, le comportement des hommes dans leur ensemble a commencé à être discuté, débattu partout. Et certains hommes, ceux qui nous entourent, nos amis, nos collègues, nos amoureux, nos frères, cousins et pères, ont alors commencé à s’interroger : avaient-ils déjà eu, malgré eux, un comportement indésirable ?

Cependant, c’est à l’occasion d’un échange de courriels avec une connaissance (homme) que j’ai commencé à me poser moi-même des questions. Mon ton était-il correct? Est-ce que je faisais des remarques, voire des blagues, qui pouvaient l’indisposer? J’avais dans ce cas «l’avantage» de l’âge et j’étais en position d’autorité. Dans le doute, j’ai jugulé mon instinct prompt à blaguer sur tout, et j’ai mesuré mes propos. Mais cette prise de conscience m’a amené à une autre introspection. Avais-je déjà mis mal à l’aise quelqu’un par mes propos ou mes gestes ?

De fait, on se déresponsabilise parfois de certaines choses, à commencer par la manière dont on agit avec l’autre sexe. Parce qu’il est vu justement comme le sexe fort. Mais fort ne veut pas dire que l’on ne peut pas être impacté psychologiquement par le comportement de quelqu’un. Cela ne veut pas dire non plus que l’on est indifférent aux mécanismes supérieure/subalterne. L’accession (Dieu merci) croissante des femmes aux postes à responsabilités tend à changer la donne.

Depuis que je suis plus grande (qui a dit âgée?), je prête de plus en plus attention à ce que je dis ou aux gestes que je pose. En y réfléchissant, et même si je ne crois pas avoir eu jamais un geste ou une parole déplacé(e) avec un collègue, je me suis toujours déresponsabilisée vis à vis de ce type d’attitude. Et je suis même assez certaine qu’adolescente, un comportement insistant, qui me serait apparu comme proche du harcèlement chez un gars, me serait apparu comme naturel chez moi. Because it’s what men want, right?

Je trouve que le sujet mérite réflexion. À côté de cela, pour aborder un autre angle du problème, j’ai commencé à regarder les comédies romantiques avec plus d’attention. J’avais lu que c’est un cadre dans lequel on prône typiquement une forme de harcèlement (mais qui finit toujours bien). Et c’est vrai ! J’ai été étonnée de constater ça. L’insistance, la personne qui n’en a cure des refus, d’être repoussée, est vu finalement comme quelque chose de positif. C’est la forme relationnelle du « ne te laisse jamais décourager par un non » tel qu’on le voit en business. Dans le monde des affaires, être celui ou celle qui ne prend jamais un « non » pour acquis est une qualité. Dans les relations sociales, le point de vue est tout autre. Pas évident de faire la différence lorsque l’on baigne dans certains milieux…

Et vous, qu’en pensez-vous? Il y a matière à débats, n’est-ce pas ?

Au terme de toute cette réflexion, je me suis finalement sentie très fatiguée. Dommage que l’on ait atteint un point où il est devenu si difficile d’interagir avec les autres. Nous n’avons jamais eu autant d’informations sur nos sociétés et n’avons pourtant jamais été aussi perdus qu’aujourd’hui.

-Lexie Swing-

ps: Svp relisez plusieurs fois si vous êtes en colère à la fin de cet article. Je ne dis pas, à aucun moment, que les femmes victimes sont responsables de ce qui leur arrive. Absolument pas, je n’évoque même pas ce sujet là. Je m’exprine seulement en tant qu’individu qui ne s’est jamais demandé si elle avait toujours eu un comportement adéquat et qui réalise qu’elle a probablement empiété sur la bulle d’autrui en étant parfois trop insistante. 

 

La violence faite aux femmes devrait avant tout être le problème des hommes

J’ai écrit deux articles, j’ai lu, coupé puis laissé de côté. Les hashtag d’expériences d’harcèlement ou d’agressions sexuelles sont une déferlante à laquelle je m’identifie sans souhaiter y prendre part afin de ne pas altérer la puissance de certains témoignages par les miens.

Si j’avais deux choses à dire, la première serait que j’ai été étonnée de constater, en en discutant avec des amies ou connaissances, combien de femmes ont intégré des comportements de défense comme s’ils étaient gravés dans leur ADN. Nous savons toutes comment feindre l’indifférence, hâter le pas, esquiver, ignorer les avances à peine dissimulées, se cacher sous de grands capuchons et des hauts informes le soir venu, et dissimuler dans nos sacs nos hauts talons. Nous avons appris à repérer les ruelles problématiques, les groupes arrogants, les pervers gouailleurs. Nous avons l’instinct sûr mais nous sommes parfois en mal de force, en mal de mots et en mal de possibilités pour éviter l’impensable. L’impensable se produit tout le temps, partout, dans toutes les sphères de la vie, dans tous les domaines de métiers. Nous subissons, nous ironisons, nous plaisantons, nous crions, nous pleurons, nous nous plaignons, nous partageons, mais à la fin nous sommes seules.

La deuxième chose que je voudrais souligner c’est que nous ne voulons plus être seules. Vous le savez, je crois fermement à l’égalité. Je crois qu’on ne peut changer le monde que si tous les acteurs de celui-ci marchent ensemble. Je crois que le harcèlement, les agressions, sont avant tout la résultante d’abus de pouvoir, d’un problème de limites sociétales et de complaisance dans l’éducation donnée aux garçons pendant trop longtemps. Je crois aussi que les hommes devraient en avoir marre. Parce que ceux et celles qui vous excusent vous disent que vous êtes trop cons pour connaître les limites, trop bestiaux pour retenir vos bas instincts. Ils vous privent de vos capacités humaines de conscience et d’empathie.

J’ai déniché cette vidéo dans les Ted Talks et elle m’a fait le plus grand bien. Elle était la lettre manquante à mon équation compliquée. Elle a répondu à la question « quels rôles peuvent jouer les hommes ? »

Cette vidéo vous dit notamment ceci (de mémoire):

  • La violence faite aux femmes est en premier lieu un problème d’hommes. Pas de femmes. D’hommes. L’agresseur est responsable de ses actes. Pas la victime, pas ce qu’elle portait, ni la couleur de son rouge à lèvres.
  • Fermer les yeux, hurler avec les loups, et rire avec les hyènes, c’est faire preuve de complicité. Lorsque vous laissez votre ami mettre une main aux fesses de la serveuse sans intervenir, vous êtes complice. Ne faites pas semblant que le harcèlement et les agressions ne sont pas votre problème parce que vous n’avez jamais harcelé ou agressé quelqu’un.
  • Vous pouvez changer les choses. C’est parce que des hommes s’opposeront à d’autres hommes que les choses changeront. Nous ne pouvons changer les choses et la société seules. Nous avons besoin qu’au quotidien, en notre absence, dans la communauté masculine, vous refusiez que les femmes et n’importe quelle autre personne, soient maltraitées. Vous vous offusqueriez d’un commentaire raciste, vous interpelleriez une personne extrémiste, alors prenez votre place d’homme et refusez le sexisme ordinaire.

Ça fera de vous des leaders. Et si vous ne me croyez pas, regardez ceci :

Je mets volontairement l’accent ici sur une opposition : violence sur les femmes perpétrées par des hommes. Nous savons tous que les agressions sexuelles ne sont pas perpétrées seulement par des hommes, ni seulement sur les femmes. Cela n’enlève rien aux victimes, quelles que soient leur âge ou leur sexe. Cependant, cela n’enlève rien au problème non plus. Merci de ne pas vous insurger dans les commentaires que l’ensemble de la planète ne soit pas mentionnée, soupesée et accentuée ici, dans l’ensemble de ces possibilités, états et sexualités.

-Lexie Swing-

S’improviser blogueuse beauté

Il y a des sujets de blogues qui m’ont toujours échappé. Certains parce que je n’y connais rien (le cinéma), et d’autres parce que je les trouve réduits au point de me demander comment les gens qui les rédigent arrivent encore à se renouveler et à trouver un intérêt à leurs articles.
La beauté fait partie de ce domaine. Je m’excuse d’avance auprès des blogueurs/blogueuses concerné(e)s.

Je sais que les enfants/la famille, sont aussi un sujet mortellement ennuyeux pour nombre de personnes. Surtout ceux qui n’en ont pas, ou ont refermé joyeusement la porte lorsque le petit dernier de 31 ans s’est enfin décidé à quitter les pénates familiales. Mais les enfants, lorsqu’on en a, prennent une place si importante dans nos vies, et de manière si particulière et inattendue, chamboulant tout à la fois nos conceptions, notre quotidien et ce que nous croyons savoir de nous-mêmes, qu’un seul article ne pourrait suffire à tout dire.

Mais les produits de beauté?

J’ai toujours eu un rapport assez distancié à la beauté. Je suis affreusement rapiat lorsqu’il s’agit de dépenser plus de 15 dollars pour une crème et plus de 10 pour un mascara. Je me maquille de la même façon depuis 15 ans et j’ai découvert le fond de teint sur le tard. Je manque tourner de l’œil quand je lis (parce que des fois j’en lis, certaines blogueuses ont un vrai talent d’écriture et de l’humour, même pour faire la promotion d’un fer à lisser) des articles intitulés «routine minimaliste» ou «routine relaxe du dimanche matin» et que ladite routine comprend 5 fois plus de produits que ma propre «routine» quotidienne visant un ravalement intégral pour circonstances professionnelles.

Pourtant j’ai une peau terrible. J’ai hérité de mon père problèmes cutanés et brillance disco. Le terme «peau mixte à tendance grasse» a été inventé pour moi. J’ai toujours fait avec, aidée par la pilule dès l’âge de 15 ans, et par quelques dermatos, sans jamais beaucoup de succès. Il y a quelques années, dix peut-être, j’ai commencé à utiliser une crème de jour pourvue d’un écran solaire. Et comme je crains le soleil, le cancer de la peau et les rides bien plus que l’acné, je l’ai adoptée. Ma loyauté est à la hauteur de mon désintérêt, je ne me suis jamais dit qu’elle pouvait contribuer au problème.

Et puis j’ai eu deux enfants et j’ai basculé vers une contraception sans hormones. Mon cycle est redevenu joyeusement naturel, et le naturel n’est pas toujours synonyme de bonne santé, quoique mon côté grano en pense. Vicelard comme pas deux, changeant d’idée comme d’ovaires à secouer, distribuant maux divers et éruptions variées. Quatre saisons en 28 jours. 24 les mois impairs. Sauf si c’est un dimanche.

Ma peau y est donc allée de son propre discours. Vivant la vie rêvée des peaux libérées d’hormones et luisant comme un ver sous la nuit étoilée. N’ayant plus de défis à relever, ma vie professionnelle étant bien réglée, mes enfants s’élevant désormais presque seuls (mais criant toujours à 22h34 alertés par le chuchotement du drap sur lequel je viens généralement de m’allonger), et les repas se contentant de crudités pitchés dans un plat commun (#teamvégé), je me suis réveillée de mes quinze ans de coma esthétique pour m’intéresser à ce que le monde de la beauté avait à m’offrir : une crème matifiante.

Matifiante. Oui ça existe. Avec ou sans protection solaire. Avec hydratation légère. Tenue 6-heures-efficacité-prouvée-panel-représentatif. Avec fragrance ou sans odeurs. Avec ou sans produits chimiques.

C’est bien connu que les produits chimiques sont à la beauté ce que la bombe nucléaire a été à la guerre. Tu te félicites de la disparition soudaine de tes problèmes avant de te demander deux jours plus tard pourquoi tout tombe en ruines.

J’ai donc retourné le web à la recherche de la perle rare. À date je la cherche encore, mais plusieurs sont sur ma liste : Neostrata et Caudalie en tête. Depuis, mon intérêt se réveille. Je tape des mots inconnus dans ma barre de recherche Google : « peau neuve », « cache cernes », « exfoliant ». 

Pire: au hasard d’un passage chez Winners (S. je fais comme toi ;)), farfouillant dans les produits bios, j’ai déniché un antirides Avalon Organics. Le mot Q10 y était inscrit en gros. Comme j’ai 31 ans et que je ne dors pas, j’ai décidé que j’allais me rajeunir la face. 

À ce propos, on m’a toujours dit que les problèmes de puberté terminaient… après la puberté. Certains avaient connu le pire : des boutons jusqu’à – oulala – 25 ans. Ce qu’on avait bien sûr omis de me dire, c’est que les hormones de grossesse, elles-mêmes déréglées par des années de pilule, prendraient la relève. Que l’absence de contraception hormonale mènerait ma peau à une rébellion. Et que oui, je me réveillerais un matin avec des boutons ET des rides. Plus Benjamin Button que Beyoncé, pour selon que j’ai eu un jour l’espoir de ressembler à Beyoncé.

Alors voilà, depuis quelques semaines je redensifie, exfolie, hydrate, et soigne. Je conjugue des verbes et emploie des termes que j’ai longtemps ignoré dans les magazines féminins, incapable de lire un article de 3000 signes sur la pertinence de l’emploi du chou rouge dans les nouvelles crèmes à la mode. 

Je suis une autre femme. 

Enfin pas tant que ça. Il y a une semaine j’ai retiré le vernis de mon gros orteil gauche. Ça partait mal. J’ai plié devant l’effort et remis le boulot au lendemain pour les 9 orteils restants. Ça fait une semaine, et je cache ma paresse dans des chaussures fermées malgré les 28 degrés de cet automne exceptionnel.

Une flemme authentique, toujours.

-Lexie Swing-

Crédit photo : Lexie Swing