Ces histoires de tolérance

Caribou vous présente sa sélection de livres sur la tolérance./ Photo DR Lexie Swing

Caribou vous présente sa sélection de livres sur la tolérance./ Photo DR Lexie Swing

Quand la marraine de ma fille m’a demandé quel genre de bouquins j’avais envie que Miss Swing lise, elle connaissait déjà un peu la réponse. Parce que c’était tout à fait le style de livres qu’elle aurait eu envie de lire aux siens. Ce qu’on voulait, c’était des livres qui parlent de tolérance, de vies différentes, d’amours sans barrières. Elle en a choisi trois, on les a découvert ensemble, je n’aurais pu rêver mieux, moi qui avait envie d’ouvrir ma fille à des horizons différents. Les voici.

Cristelle et Crioline, de Muriel Douru

Cristelle est une princesse, une princesse grenouille désormais en âge de se marier. Ses parents lui demandent de choisir l’heureux élu. A cette annonce, les prétendants se pressent aux portes du château. Oui mais voilà, aucun crapaud ne trouve grâce à ses yeux. Où sont les papillons dans le ventre, les battements de coeur ? Cristelle se croit condamnée à épouser un mal aimé lorsqu’une jolie créature, aux yeux de velours, se retrouve devant elle. De part et d’autre, c’est le coup de foudre. Oui mais voilà… Crioline est une fille! Que va dire le roi?

On a aimé : cette histoire qui reprend la bonne vieille histoire de princesse loin des clichés habituels, et l’esthétisme des dessins de l’illustratrice, qui rend facétieuses et attachantes ces drôles de grenouilles aux longs cils.

Camille veut une nouvelle famille, de Yann Walcker

Camille est un hérisson qui en a ras le grillon de sa famille. Sa soeur lui met les nerfs en boule (c’est drôle pour un hérisson non?) et sa mère le câline de trop (c’est bien connu, les enfants sont toujours très reconnaissants). Il décide donc de se trouver une autre famille. En chemin, il rencontre des enfants, issus de familles toutes différentes : homoparentale, monoparentale, recomposée, avec enfants adoptés, etc. Un sacré voyage!

On a aimé : que l’auteur ne s’attache pas simplement à faire découvrir la famille homoparentale ou l’adoption, mais qu’il cherche à mettre sur le même plan toutes les familles qui sortent un tant soit peu du schéma traditionnel. Un régal qui devrait permettre aux enfants de comprendre que chaque famille se vaut, du moment qu’il y a un gros lot d’amour à partager.

Elmer, de David McKee

Elmer est un éléphant. Et un éléphant, comme chacun sait, ça trompe énormément (oui je suis en forme aujourd’hui). Elmer, qui n’assume pas du tout son pelage bariolé, décide de tromper son monde et de s’enduire d’un mélange de raisins et de terre pour donner à sa robe colorée une apparence plus commune. Mais voilà l’orage qui s’annonce, comment Elmer va-t-il faire ?

On a aimé : cette histoire que tout le monde connaît, et qui évoque la différence. La marraine de ma fille l’a acheté plus pour le clin d’oeil fait à notre propre enfance que pour le message qu’il véhiculait. Mais on a dû se rendre à l’évidence : c’est un vrai message de tolérance et d’acceptation de soi que David McKee proposait déjà en 1968, année de première sortie des aventures d’Elmer. Il méritait cette place dans cette liste.

Et vous, en connaissez vous d’autres ?

-Lexie Swing-

Cinq livres sinon rien!

Bibliothèque mobile à Richmond, Canada, 1959./ Archives nationales

Bibliothèque mobile à Richmond, Canada, 1959./ Archives nationales

Il y a un petit truc qui passe sur Facebook (l’un des nombreux): citer dix livres qui vous ont marqué, plu, que vous avez détestés, qui ont changé votre vie. Camus, Zola et leurs confrères n’ont jamais eu autant de succès, Marc Levy et Valérie Trierweiler pourront aller se rhabiller, même s’ils sont en rupture de stock partout. On se demande bien pourquoi hein… Ça m’a donné l’idée d’un petit « tag » sur le thème, parce que je sais que mes copines sont souvent de grandes lectrices. Alors…

1) Le livre qui a marqué mon enfance : Le nounours de Tom, l’histoire d’un ours infortuné qui tombe dans un pot de chambre. Des dessins et une histoire à croquer, il dort chez mes parents, tout prêt à être lu par ma jolie Miss Swing à Noël.

2) La collection que j’ai dévorée : Le club des 5, à 7 ans, puis le Clan des 7, Alice, la Bande de la Croix-Rousse (vous vous souvenez du titre?), l’ensemble de l’oeuvre de la Comtesse de Ségur… le tout décollé, rafistolé, issu de l’époque où mes parents étaient eux-même enfants, avec des petites dédicaces sur la page de garde adressées à ma mère qui dévorait les bouquins comme d’autres le Nutella.

3) Le bouquin que j’ai offert plusieurs fois : L’éducation d’une fée, de Didier Van Cauwelaert. Je ne lis jamais aucun bouquin de cet auteur, qui s’est spécialisé dans le dialogue avec les morts et le paranormal, mais ce petit roman n’a rien à voir. Il est léger, drôle, vecteur d’espoir. Il parle de la vie, de ses aléas, professionnels, familiaux ou amoureux. Il est facile et rapide à lire, et en même temps abouti, pour ne pas frustrer les gros lecteurs.

4) Le classique que j’ai apprécié : Les classiques, on y a tous eu droit, lycée oblige. La liste était longue et les descriptions de texte le samedi matin douloureuses. Si certains classiques sont pour moi imbitables (Marcel, si tu me lis), d’autres ont trouvé leur place dans mon imaginaire. Si je devais n’en citer qu’un, ce serait Le rouge et le noir, de Stendhal, ou l’histoire d’amour interdite entre Julien Sorel et Madame de Renal.

5) Mon petit dernier que j’ai tant aimé : Je lis plus ou moins selon les périodes, mais la période où je reviens de la bibliothèque est souvent assez intense. et j’enchaîne les livres vite et tard. Pour autant, ce n’est pas la bibliothèque mais bien mon amie M. qui m’a remis un jour Un été avec Louise, de Laura Moriarty, me confiant que « j’allais adoré ». Je l’ai dévoré. Ce livre raconte l’histoire de Cora, une dame du Kansas, chargée d’être le chaperon de Louise Brooks, future star du cinéma muet, alors tout juste sortie de l’adolescence et lâchée dans les rues de NY. Il faut dire que Cora a une bonne raison de se rendre dans la Grosse Pomme… Ce livre mêle histoire et Histoire, évoquant, au détour des aventures et des rebondissements, les années 20 aux Etats-Unis, entre ségrégation, prohibition et autres interdictions.

Et vous, amoureuses et amoureux des livres, lecteurs du dimanche ou passionnés au quotidien, quels sont les cinq livres qui vous ont marqués?

-Lexie Swing-

Onze minutes, de Paolo Coelho

paulo coelhoOnze minutes. Onze minutes de quoi? De silence? D’absence? D’amour? Non : de sexe.

J’ai mis 2 jours à le lire et il y avait tant de fois des citations à noter que je n’en ai notée aucune.

Je vous dirais « ben c’est un Coelho quoi », mais en fait c’est le premier que je lis.

Vous, vous en avez déjà lu d’autres, sûrement, alors je vous le dis « c’est un Coelho quoi ».

Extrait : « Un être qui vit intensément jouit tout le temps, le sexe ne lui manque pas. S’il a un rapport sexuel, c’est parce qu’il y a profusion, que son verre est tellement plein qu’il déborde, que c’est inévitable, qu’il accepte l’appel de la vie, qu’à ce moment, à ce moment seulement, il parvient à perdre le contrôle. »

Extrait 2 : « Vous savez où se trouve le point G? » La femme rougit, toussota, mais s’enhardit à répondre : « En entrant, au premier étage, fenêtre du fond. »

 

-Lexie Swing-

 

 

Muchachas 2, de Katherine Pancol

Muchachas 2./ Photo DR Lexie Swing

Muchachas 2./ Photo DR Lexie Swing

Hortense. Ce personnage si intrépide, cette fille si indépendante, qu’on déteste tout autant qu’elle nous fascine, est de retour dans le deuxième volet de Muchachas, de Katherine Pancol. On suit sa recherche acharnée de la pièce qui changera tout, on réprouve ce dédain pour Gary, son amoureux, si convaincue qu’ils forment un tout indissociable qu’elle pourrait le perdre. On s’éprend d’une virtuose violoniste au minois de souris, au même rythme que Gary, confus devant ses sentiments. On oublie les premières muchachas qu’on avait accompagnées, mais elles reviendront. La trame est là, le dénouement est proche. Où est le troisième ?

J’ai gardé la couverture bleue pour la photo, mais pour de vrai, je l’ai enlevée dès les premières lignes. Le livre s’est révélé authentique, tout nu, sans artifices. Notre tête-à-tête pouvait enfin commencer! Contrairement au précédent que j’avais emprunté, celui-là m’appartient bel et bien (c’est même un Ontarien), alors si mes copines montréalaises le veulent, il est dispo pour un empruntage massif et organisé :)

-Lexie Swing-

Muchachas, de Katherine Pancol

Muchachas./ Photo Laeti

Muchachas./ Photo Laeti

Je n’étais pas partie pour l’aimer. J’avais lu ses trois précédents opus (plus quatre autres plus anciens) et j’avais sautillé entre les pages, attrapant au vol quelques lignes pour connaître le fin mot de l’histoire sans avoir à me plonger dedans.

J’étais d’autant moins partie pour l’aimer que le premier contact que j’avais eu avec ce livre était un article dans lequel Pancol expliquait qu’elle avait saisi l’inspiration après avoir assisté à une scène de violence conjugale dans le Gers. Le Gers d’où je viens. « Merci de ton aide Katherine, on va encore passer pour des bouseux sans éducation », a donc été ma première réaction.

Mais Muchachas est quand même arrivé jusqu’à moi, par la voie des airs, bien rangé au fond de la valise de Belle-maman, qui le tenait elle-même de D., ma belle-soeur. Qui l’avait acheté… Pourquoi l’as-tu acheté d’ailleurs D.? Bref, je l’ai saisi et je l’ai emporté dans ma chambre. Je suis pire qu’un écureuil avec des noisettes fraîches au début de l’automne quand il s’agit de bouquins. Je les vois, je les convoite, je les empoigne et je les cache dans ma tanière.

Je l’ai donc lu, zappant parfois quelques passages pour échapper aux circonvolutions que je jugeais inutiles. J’ai tenu la main de Stella, l’héroïne, comme je le ferais pour une bonne copine. J’ai serré les dents quand sa mère se faisait cogner, enragée comme à chaque fois que j’entends parler de violence conjugale, et j’ai souri à la fin. Je l’ai quitté le coeur léger, nourrie d’une bonne histoire et d’un bon shot d’espoir. Avec des questions aussi, des tas, des pourquoi et des « j’imagine qu’on en saura plus au prochain opus ». C’est un peu un contrat forcé d’acheter le bouquin suivant mais tant pis, Stella vaut bien ça.

Je regrette simplement certaines pistes jetées en début de bouquin et jamais retrouvées, comme la dispute de Gary et Hortense ou les amours de Joséphine en Italie.  J’accuse toujours un peu la profusion de détails, de lieux et surtout de personnages qui noient systématiquement les Pancol et me fait me demander toutes les dix pages « Attends, c’est qui lui déjà? »

Mais je loue ses personnages principaux, toujours attachants, qui donnent envie d’aller plus loin dans le bouquin. Et je lui montre tout mon respect pour avoir osé aborder, elle qui a d’habitude le scénario assez léger, un thème aussi lourd et nécessaire que les violences conjugales.

Pour une autre critique et des extraits, rendez-vous chez Mes bulles d’air à qui j’ai piqué la photo.

-Lexie Swing-

Guess how much I love you, par Sam Mc Bratney

Guess how much I love you./

Guess how much I love you./

Je cherchais ma fameuse histoire de chenille pour la petite O. quand je suis tombée sur ce petit livre cartonné, joliment illustré et tout en anglais. Après un rapide coup d’oeil, j’ai considéré que mon fluent english et moi pourrions comprendre cette histoire pour les toddlers. J’ai donc acheté Guess how much I love you pour Miss Swing.

Bien m’en a pris! Passée la première lecture à voix haute où nous accrochions sur les noms Little Nutbrown Hare et Big Nutbrown Hare, Mister Swing et moi avons commencé à parfaitement maîtriser l’histoire. Et à l’aimer! Au point que le jour où je lui ai proposé de séparer la lecture de l’histoire sur deux soirs, il a fait la moue avant de répondre: «Mais le meilleur est à la fin!»

Il a raison. C’est la première histoire pour tout-petits où je lis une chute aussi délicieuse. C’est aussi la seule histoire dont les mots tournent dans mon esprit comme un poème appris par coeur. Ils surgissent dans ma mémoire quand je découpe des carottes, je les murmure en prenant le bus, je les déclame sans même baisser les yeux sur les pages en carton quand vient l’heure de lire l’histoire du soir.

Ce n’est ni sirupeux, ni chichiteux, ni sexiste. Il n’y a pas de princesses, pas de robots, pas de mollesse. C’est juste de l’amour, entre un papa lièvre et son levraut. Juste de l’amour. Et c’est déjà tant…

Extrait : – I love you all the way done the lane as far as the river, cried Little Nutbrown Hair.

– I love you across the river, and over the hills, said Big Nutbrown Hair.

-Lexie Swing-

La chenille qui fait des trous, d’Eric Carle

En déco.../ Photo DR Lexie Swing

En déco…/ Photo DR Lexie Swing

Il a une place spéciale dans la chambre de Miss Swing. Posé sur les genoux de l’ours, il décore la pièce comme un tableau. Un tableau que l’on plie, que l’on griffe, que l’on redécouvre chaque semaine. La chenille qui fait des trous, d’Eric Carle, (The very hungry caterpillar, dans sa version anglaise) est un livre superbe. Il est tendre, drôle et l’écriture est suffisamment rythmée pour que le parent prenne du plaisir à le lire à haute voix. L’histoire est celle, bien connue, de la chenille qui devient papillon. Sauf que cette chenille-là est incroyablement gloutonne!

Les pages intérieures sont découpées de façon surprenante et les dessins sortent de l’ordinaire. En bonus, l’enfant y découvre les jours de la semaine, quelques fruits et les premiers nombres… Bref, Miss Swing je n’sais pas, mais moi, c’est assurément mon histoire préférée du moment !

Je ne suis certainement pas la seule, puisqu’il a été traduit en 45 langues et vendu à près de 29 millions d’exemplaires.

Extrait : Lundi, elle croque dans une pomme, elle y fait un trou mais elle a encore faim. Mardi, elle croque dans deux poires, elle y fait deux trous mais elle a encore faim…

Abonnée à la 4ème place

Je vous parlais il y a quelques semaines d’un concours de nouvelles. J’ai omis de vous dire que j’ai fait partie, ensuite, des 7 finalistes désignés par la rédaction d’Aufeminin.com (avec les sélections par les votes des électeurs Facebook, nous étions donc 14). Hier a eu lieu la remise des prix, à laquelle je n’étais pas puisque je n’ai pas gagné.

En même temps, ce n’est pas un mal, j’aurais été bien en peine d’y être dans tous les cas.

Peut être qu’ils auraient mis un écran et qu’ils m’auraient skyper à travers l’Atlantique.

Ou que mes parents auraient pris le train cet après-midi pour Paris.

Mais bon, je n’ai pas eu besoin d’y réfléchir puisque je ne fais pas partie des trois gagnantes. (Aparté : allez lire la première nouvelle, je l’avais désignée comme étant la meilleure à mes yeux et j’ai eu du flair, elle est juste parfaite).

C’est d’ailleurs une habitude. Et puisque là où vous vous dites tous “ooooh” en me prenant en pitié, je vous arrête. Je participe à des concours de nouvelles depuis l’adolescence et je n’ai jamais gagné (oooh). Par contre je fais toujours partie des finalistes. Toujours. Il y a eu parfois 30 sélectionnés, parfois 10, parfois 5. Sur 300, 400, voire plus de candidats. Et je fais toujours partie de la sélection. Si j’étais dans Top Chef, je gagnerais les épreuves du public mais jamais celles des chefs.

Il y a quelques années encore, ça m’affectait beaucoup. J’annonçais, ravie, ma pré-sélection, avant de devoir affronter le cuisant échec quelques semaines plus tard. Au début, on vous dit “C’est pas grave, tu débutes”, mais au bout de trois ou quatre expériences du genre, vos proches gardent le silence. D’autant qu’ils apprécient, eux, vos histoires et votre plume.

Je suis abonnée à la 4ème place (ou à la 5e, 6e, 7e…), elle n’est pas très confortable mais j’ai fini par l’arranger. Je suis adossée au podium, assise contre la marche la plus haute. J’y ai installé un petit coussin en tissu liberty, un gros mug de café chaud, mes livres préférés et mon Macbook pour tout noter. C’est de cette place que je tape mon roman, le premier. Il n’aura pas de jury à convaincre, juste un ou deux éditeurs et surtout des tas, des tas de lecteurs.

A tous ceux qui, comme moi, ont pris un abonnement près du sol, félicitations! Choyez cette place si près des étoiles, et n’oubliez pas que si trois personnes vous narguent, des centaines d’autres vous envient.

-Lexie Swing-

PS Merci à la talentueuse Ginie (dont j’envie les milliers de followers, faut qu’elle me donne son secret), également finaliste et qui vient de me dire « On se disait justement avec Chut! Maman bavarde que c’est toi qui aurait du être 3e ».

Le docteur Pascal, d’Emile Zola

Zola. Zola le pointilleux. Zola qui, en six lignes, vous décrit une demeure du second empire dans sa plus pure architecture. Et vous dépeint ses occupants jusque dans le souffle ténu d’un cœur au crépuscule de son existence.

Pascal et Clotilde.

Pascal et Clotilde.

Zola, l’un des premiers humanistes comme il est souvent désigné, est un passage. Un rite. J’ai repoussé longtemps sa découverte. Trop de classique, trop de célébrité, trop partagé. Quand ma mère l’avait dévoré à 12 ans, je ne me sentais pas de taille, la vingtaine avançant, à me plonger dans ses pages. Et puis, dans une boîte qui bordait l’avenue Monkland – ces boîtes qui abritent des livres à partager nonchalamment empilés – j’ai saisi le premier de la pile. « Le docteur Pascal » affichait la couverture vieillie. Ici commence le complexe de l’étranger. Lire Zola en terre gauloise avait quelque chose de studieux, d’ennuyeux. Le découvrir en pays québécois, dans ces lieux qui chérissent la francophonie, c’était parfait. Bien sûr, j’ignorais que je commençais par la fin.

Entre ces pages qui sentaient divinement le vieux livre longtemps oublié dans une bibliothèque – la page de garde était annoté d’un nom et de l’année 1971 – j’ai fait la rencontre de Clotilde, tantôt très femme et pleine de caractère, tantôt follement dévote ; de l’acariâtre Martine, servante dans les tréfonds de l’âme et jalouse au delà des mots ; et puis « de ce bon docteur Pascal », le dévoué. Le docteur Pascal qui, en fin généalogiste, scrute au microscope cinq générations de Rougon-Macquart, les livrant en pâture aux lecteurs. Et conclut ainsi les vingt ouvrages que contient la collection.

Ce roman, et a fortiori l’ensemble des Rougon-Macquart, pourrait n’être qu’une jolie histoire, juste un classique à disséquer sur un tableau noir. Mais loin de ces belles fictions, qui transportent sur l’instant et s’évaporent ensuite des mémoires, les Zola s’installent confortablement, prennent leurs aises, posent des questions. Montrent surtout que l’on est jamais complètement blanc. Ou complètement noir. A l’image de cette pensée, émise par l’un des protagonistes (je n’ai pas noté les mots exacts) : « Il aura pu être le pire des tueurs, et faire quand même le bonheur de quelqu’un, être le plus doux des agneaux avec la personne qu’il chérissait ».

Et vous, Zola ? Fin humaniste ou classique parmi les classiques, paresseusement jeté au fond d’un sac d’écolier ?

-Lexie Swing-

Le Libraire, de Régis de Sa Moreira

Lui aussi traînait sur le coin d’une table en bois, dans la même petite librairie toulousaine où j’ai déniché « Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire« . Lui, c’est « Le Libraire », de Régis de Sa Moreira. Un bijou.

Je l’ai saisi parce que les librairies me fascinent. Je l’ai acheté pour la petite phrase de Bernard Plessy inscrite en quatrième de couverture: « Ne pas lire trop vite, pour faire durer le plaisir. » Ca m’a donné envie de le découvrir.

Le Libraire, de Régis de Sa Moreira

Le Libraire, de Régis de Sa Moreira

J’ai attaqué le premier chapitre, pleine de bonnes intentions. Et puis j’ai dû me rendre à l’évidence: ça ne me plaisait pas. Déçue, je l’ai reposée. Il a traîné dans le casier « bouquins à lire » de ma bibliothèque, le seul qui soit rangé à la verticale. Quelques semaines après, ayant terminé « The Mystery of Mercy Close« , de Marian Keyes, je l’ai repris. Un chapitre, puis deux. J’ai souri devant certaines phrases joliment écrites, jusqu’à tomber sur un passage qui disait: Poudoupoudoupoudou, Dieu revenait. « Ah, fit le libraire. Sa Majesté a fini de bouder ». Poudoupoudoupoudou, Dieu repartit.

J’ai coché la page. Et puis me rappelant le conseil de Bernard Plessy, j’ai reposé « Le Libraire ». Jusqu’au lendemain. Et au fil des jours, au rythme de quelques pages à la fois, j’ai parcouru le livre. Et j’ai coché des pages, plein de pages, tout en lisant à voix haute à mes proches les passages qui me touchaient le plus. A la fin, j’en lisais ainsi des pages entières.

Ce livre est exactement comme le décrivait le critique: un plaisir à goûter par petites doses. Non pas par crainte de l’indigestion mais parce qu’il est meilleur ainsi, et qu’on peut en garder pour plus tard. J’ai ouvert un livre qui m’a laissée indifférente et refermé un chef-d’oeuvre de poésie et de mots justes. A garder tout près de soi, tout en haut de la pile « à lire » du casier rangé à la verticale.

-Lexie Swing-