Suspendu. C’est le mot qui sied le mieux au temps, ces jours-ci. Il s’écoule avec une infinie lenteur, larvé dans une maison en pierres, sous le soleil de Provence. Les minutes s’égrènent avec hésitation. Les groupes se dispersent. Qui pique une tête dans la piscine, qui complote en observant les fourmis au bout du jardin, qui lit à l’ombre du toit de bois, dans le salon d’été, qui rebondit sur le trampoline, au bout du petit chemin, et qui tape au loin, défendant avec acharnement son jeu au tennis, sous un soleil de plomb.
Il y a bien longtemps que nous n’avons pas franchi les limites de la propriété. Qu’elle se suffit. Qu’elle nous suffit. Microcosme dissimulée dans la végétation provençale.
Bientôt, pourtant, on reprend la route. Le temps d’embrasser encore mon amie et sœur que j’aime de tout mon cœur. Les grands-parents. Les oncles et tantes. On fait un crochet par nos terres stéphanoises. Un autre par celles, au milieu des volcans, qui nous ont vus grandir. Et puis on rejoint notre Sud-Ouest d’adultes. Notre premier appartement. Notre deuxième. Notre première maison. Nos allers-retours dans la région montalbanaise. La maison aux volets bleus de mes parents. Les bordures qui sentent la menthe fraîche. L’immense jardin que je tonds. Les chevaux que l’on nourrit, la main bien à plat, et les « tiens donne-leur toi maman ». Le beau Gibbs blanc et noir. Le chat que j’évite. La balade en péniche à l’ombre des platanes et les écluses qui n’en finissent plus de s’ouvrir. La visite à Toulouse pour voir les amis et s’inviter dans les lieux de nos premières amours. Notre crêperie. Notre papeterie. Saluer la fac. Se demander si le sens de la rue a encore changé. S’étonner du nombre de commerces qui ont fleuri depuis notre dernière visite. Visiter des amis à Bordeaux. Rencontrer pour la première fois un grand bébé de trois ans. Se rendre compte que l’enfant qu’on a connu minuscule va entrer au CP. Et que notre grande fille n’était alors qu’un bébé.
Alors les vacances s’achèvent, on remplit les sacs en faisant des piles un peu partout sur le sol de la chambre. Les tas sont énormes, les sacs débordent, et l’on ouvre les boîtes de cadeaux pour y loger d’autres petites choses, le nougat entre deux livres et les carnets glissés entre deux morceaux de puzzle 4 ans et + phosphorescent. Les souvenirs s’imbriquent, le temps s’accélère, il est temps de partir. A 4h le réveil sonne. La nuit aura duré le temps d’un battement de paupières, à peine. Voiture, débarquement, aux revoirs, contrôle, douanes, embarquement, longues heures de vol, et puis Montréal, en dessous de nous. Montréal au bout de la piste. Montréal, qui brunche, entre deux averses. Et notre amie qui nous attend, debout à côté de la voiture. Les bagages que l’on jette dans le coffre, le chien que bientôt on récupère, les vêtements et les objets que l’on range, les jouets que l’on ressort. Et la vie, que l’on reprend. Montréal, nous revoilà.
-Lexie Swing-
Crédit photo : DR Lexie Swing











