La posologie se relit toujours deux fois

Crying./ Photo Jack Fussell

Crying./ Photo Jack Fussell

Hier, je m’ennuyais ferme. L’évier débordait de vaisselle, j’avais un article à écrire et dormi 12 heures en trois jours. Pimpante et relaxée, nonchalamment assise au bord de la baignoire dans laquelle l’extension de moi-même jouait à m’éclabousser, j’ai finalement décidé d’appeler Mister Swing pour lui proposer une petite sortie originale.

« Allo chéri? Ça te dit qu’on aille à l’hôpital pour enfants? »

Bon ok, ça a plutôt donné « Chéri? T’es où? Les urgences, MAINT’NANT! » Et le ton était légèrement, très légèrement plus angoissé. Retour en arrière.

17h Miss Swing, supportant tant bien que mal l’antibio que le médecin lui a prescrit samedi pour une otite, otite qu’elle a potentiellement contractée en se rendant à sa visite de routine chez sa pédiatre trois jours plus tôt, réclame chaque soir à cor et à cri (à pleurs et à cris plutôt) les toilettes une heure chaque soir. Je fais donc un crochet par la pharmacie et furète au rayon enfants à la recherche d’un pansement gastrique.

17h30 Revenues à la maison, je lui donne le médicament. 2 cuillères à soupe selon la ligne 12+ sur la posologie.

17h35 Deux cuillères à soupe à un enfant de 20 mois, c’est dur à donner quand même, et puis des cuillères à soupe, pour des bébés? Je jette de nouveau un oeil à la posologie. Et là : horreur. Sur une ligne un peu plus haut, j’aperçois la mention « years ». 0-3-6-12, tel qu’indiqués, ne sont pas des mois, mais bien des années. De 0 à 3 ans? « Jamais sans l’avis d’un médecin ».

17h40 Je ne panique pas du tout et appelle donc Mister Swing qui peine à comprendre mes paroles tant mon calme est palpable. Nous choisissons de surveiller notre petite malade, qui est en train de vider l’intégralité de ses puzzles sur le plancher du salon.

18h C’est l’heure du bain, je plonge le homard dans l’eau tiède. Je crois avoir la berlue mais non : son dos et son ventre sont recouverts de plaques rouges.

18h02 Je rappelle Mister Swing avec le calme que l’on sait, il me conseille d’appeler les « infirmières machin chose ».

18h05 J’appelle les infirmières précitées au 811. Au Québec, ce service te permet d’obtenir des conseils de santé lorsque tu as un doute dans une situation non urgente. La petite musique d’attente est charmante, j’échange des textos amusés avec le papa pas du tout stressé, se relaxant dans les bouchons, et me demandant si j’ai quelques nouvelles concernant la situation. Finalement, une infirmière répond. Au vu du problème, elle me conseille d’appeler le pharmacien qui m’a vendu ce délicieux produit.

18h15 La pharmacienne décroche, et pas alarmiste le moins du monde, m’explique que « ce médicament est hautement toxique pour les enfants de moins de 3 ans et qu’il ne faut surtout pas lui donner ça ». « Et si je lui en ai déjà donné? », je lui réponds. « Et bien, il ne faut pas ». « OUI MAIS C’EST FAIT ET EN SURDOSE EN PLUS » Je hurle parce que je commence à penser que son téléphone capte mal. « Il faut aller voir un médecin d’urgence alors, on ne doit jamais… » Elle m’a sûrement donné encore quelques précieux conseils concernant ce médicament toxique pour les bébés en vente libre au rayon enfant de sa pharmacie, mais je n’ai guère eu le temps de les noter étant donné que je devais passer un appel urgent…

Alors que nous pensions attendre deux heures au Children’s nous avons été immédiatement pris en charge par les médecins, tous très sympas. Et cette fois-ci je ne rigole plus. Ils ont ausculté plusieurs fois la miss sans qu’elle ne râle – la force de l’habitude après trois passages dans la semaine chez le médecin – puis ont décidé d’appeler le centre anti-poison (ça fait toujours chic et pas du tout peur comme nom). Finalement, nous sommes ressortis avec la bénédiction du médecin, sans lavage d’estomac, sans sermon, après avoir discrètement rangé les flacons et pansements que Miss Swing avait vidés sur le sol. Le corps de la caille avait assimilé le produit, et les boutons commençaient à disparaître. Le médecin en a profité pour vérifier l’otite et confirmé que celle-ci avait disparu, et que l’on pouvait arrêter l’antibio plus vite que prévu.

Je pense que je vais faire de la soupe avec l’antibio qui reste. Histoire de mettre un peu de piment dans notre prochaine soirée.

-Lexie Swing-

Petits pains pour la semaine

Pain tout juste sorti du four./ Photo DR Lexie Swing

Pain tout juste sorti du four./ Photo DR Lexie Swing

Au Québec, et un peu partout dans le monde d’ailleurs, il y a ces Français qui abandonnent le pain pour le tromper avec des naans indiens, des bagels ou du pain de mie blanc. Et puis il y a les irréductibles, qui achètent en soupirant des baguettes deux fois plus chères qu’en France. Difficile de renoncer lorsqu’on a grandi avec un pain tranché dans la panière et que l’on comptait chaque dimanche ses piécettes pour acheter une baguette blanche et molle à tartiner de toutes sortes de friandises hautement dangereuses caloriquement parlant, comme le Kiri, le beurre ou le Nutella.

Depuis un an, nous passions donc près de 20 dollars par semaine pour s’acheter notre dope croustillante, qui n’a même pas la vertu d’être « vraiment bonne ». C’en était trop! Moi et Fred, mon Kitchen Aid (toute volonté de faire rimer le nom et l’engin serait purement fortuite) avons donc décidé de mettre le crochet à la pâte. La recette qui suit est testée, approuvée et refaite chaque semaine. J’utilise de la farine blanche, mais il existe de multiples choix et possibilités, que je n’hésiterais pas à tester dès que l’envie de passer plus de 3 minutes 30 à faire du pain (moi je pèse, je verse, et Fred s’occupe du reste).

Pour six petits pains bien joufflus, comptez :

– 500g de farine (au total, mais vous pouvez par exemple essayer 450g de farine T50 et 50g de farine complète)

– 5 g de levure sèche

– 390ml d’eau tiède (30 degrés environ)

– 5 g de sel

Versez vos 5g de levure et vos 390 ml eau tiède au fond du bol, et laissez la magie opérer dix minutes. Ajoutez les 500g de farine et les 5g de sel, tout en haut de votre monticule de farine afin que le sel et la levure ne se rencontrent pas tout de suite (ils sont timides). C’est là que Fred entre en scène. Pétrissez au crochet (ou à la main si vous êtes joueur) 10 minutes en vitesse 1. Profitez-en pour lancer Breaking Bad, si comme moi, vous avez 5 saisons de retard.  Laissez reposer 5 minutes votre pâte, et remettez à pétrir 10 minutes.

Faites glisser votre pâte légèrement coulante dans un bol à fond plat. Laissez reposer 20 minutes et remettez un épisode de Breaking Bad. A l’aide d’un découpe-pâte ou d’une maryse si vous êtes aussi bien équipé que moi, rabattez les bords de la pâte vers le centre. Elle ne va pas rester ainsi en place, il s’agit simplement d’exécuter le mouvement. Le site easy-cooking, à qui j’ai piqué la recette, en fait la démonstration en vidéo. Laissez reposer 20 minutes, rabattez au découpe-pâte de nouveau. Recommencez encore deux fois ces étapes.

C’est le moment de former vos petits pains, vos baguettes ou n’importe quelle forme que vous auriez envie de donner à votre pain (faites-moi rêver). Farinez votre plan de travail, vos mains, la pâte, et c’est parti. Il faut dix doigts, Fred et son crochet unique ne le feront pas pour vous. Couvrez d’un linge humide et laissez gonfler 30 minutes. Préchauffez votre four à 410°F ou 210°C en plaçant un ramequin d’eau sur un côté.

Enfournez vos pains pour 30 minutes environ. Ils sont cuits lorsque tapoter sur leur base produit un son creux.

Alors, alors, alors?

 

-Lexie Swing-

 

 

Stop à la sexualisation des enfants!

2 ans./

2 ans./

Mardi, j’étais chez la pédiatre (avec qui j’ai eu cette sympathique conversation), et je m’ennuyais ferme en l’attendant. Son assistante m’avait déjà fait mettre Miss Swing en culotte pour pouvoir la peser et la mesurer, et celle-ci, insensible au petit courant d’air froid (ai-je déduit lorsqu’elle m’a jetée au visage la veste que j’avais osé poser sur ses épaules) buvait sa brique de lait à la paille assise sur le petit matelas réservé aux auscultations.

Je l’observais donc, et j’ai dégainé mon portable, toujours à l’affût d’une belle photo de ma progéniture. Ladite photo est parfaite de « mignonnité » : ma belle est perdue dans ses pensées, assise en culotte sur le matelas froid, les lèvres pincées autour de la petite paille de sa briquette. Sur son ventre, un filet de lait échappé de la bataille dégouline. J’ai envoyé cette photo à son papa. Et puis à ses grands-parents. J’ai pensé à sa tante, et puis à mon amie A. avec qui j’échange souvent des photos de nos bébés respectifs. Je l’ai aussi transmise à ma copine M., qui me demande parfois des photos choues de ma fille. Et puis la nounou m’a envoyé un message et je lui ai renvoyé la photo en lui disant « devine où on est?? » Je la trouvais tellement cool cette photo que je l’ai mise en fond d’écran de mon cellulaire.

Et puis ce matin je suis là, assise à la pharmacie. Je contemple d’un oeil des magazines en tête de gondole, tout en surveillant mon cellulaire. Machinalement j’appuie et ma fille apparaît. A mes côtés, une dame regarde aussi ma photo. Une seconde je suis fière, résistant à l’envie de lui glisser « C’est mon bébé, vous savez, la mienne, elle a eu 20 mois, et hier… », et puis la seconde d’après, mes yeux tombent sur un titre de magazine, un titre qui proclame « Des parents sommés d’habiller leur fillette de 2 ans qui courait sans t-shirt le long du bord de mer ». C’était aux USA, en Italie, en Espagne, je ne sais pas où. C’était au Canada. Ou ça aurait pu être au Canada. Après tout, cet été, une mère a été sommée de mettre un haut de maillot à sa fille de trois ans. Et qu’importe ce qu’on a dit de la réaction de la mère, le fait est là : on lui a demandé – et c’était le point de départ – de recouvrir les seins de sa fille. Les seins. A 3 ans.

Et puis très vite, j’ai repensé à cette maman américaine, qui s’est vue retirer ses enfants parce qu’elle avait publié des photos où ses trois enfants, en sous-vêtements, jouaient avec leur mère dans le lit de celle-ci. On a jugé les photos obscènes. C’est tellement stupéfiant qu’on a envie d’en rire. D’un rire niais, un peu emprunté, marqué d’un vague « je ne comprends pas ». Car c’est exactement ça. Je ne comprends pas comment on peut sexualiser le corps d’un enfant de deux ans. Si je coupe la photo de ma fille au niveau des épaules, on serait incapable de savoir qu’elle est une XX, sauf eut égard à cet attribut relativement « petit-féminin » que constitue… sa culotte à pois! Mais le ramdam est tel et les justiciers des moeurs tellement aux abois que pour la première fois, en regardant ma fille, je n’ai pas vu une petite fille de 20 mois. J’ai vu une poitrine nue, un filet de lait le long du ventre, une culotte à pois. J’ai vu l’artifice, j’ai sexualisé ma fille malgré moi, obnubilé par les bien-pensants et leur vindicte virtuelle implacable.

J’ai eu envie de vomir d’avoir vu ça.

Ma fille n’est qu’un bébé de 20 mois. Bientôt elle sera une enfant. Un jour, elle sera une ado, puis une adulte. Elle aura une poitrine, que la société lui recommandera de dissimuler, ce qu’elle fera dès qu’elle aura constaté l’apparition de ses seins naissants, parce que les jeunes filles sont ainsi et que la société, les copines, les amoureux, les conduisent par la main vers cette dissimulation, qui est aussi, le moment venu, une forme d’émancipation.

Mais laissez ma fille n’être qu’un bébé, qu’un enfant, sexuée par ses couettes et ses robes qui volettent, plutôt que par d’hypothétiques attributs, dont l’apparence ne peut se conjuguer qu’au futur.

-Lexie Swing-

PS She’s soooo cute, m’a finalement dit la femme à côté de moi. Forcément, je me suis sentie obligée de dire que, puisqu’elle m’en parlait, ma fille avait eu 20 mois et…

Allo docteur

Le Jour ni l'Heure, d'Édouard Vuillard./

Le Docteur Louis Viau dans son cabinet, d’Édouard Vuillard./

Visite des 18 mois largement dépassés pour Miss Swing. La doc, qui est notre médecin de famille à tous les trois, lit à haute voix les caractéristiques et performances types d’un enfant de cet âge, validées haut la main par l’uluberlue, notamment grâce à ses 2 mois supplémentaires sur le programme :)

– Et toi ça va ?, me demande finalement la doc tout en retenant par le haut des bobettes le ver presque tout nu qui tente de l’étrangler avec son stéthoscope.

– Oui… Enfin j’ai des nausées permanentes depuis deux mois, c’est un peu ch…

– Quoi? FÉLICITATIONS! Tu m’avais pas dit!!

– Je t’avais pas dit pour les nausées?

– Tu m’avais pas dit que tu étais enceinte!!

– Je suis pas enceinte!

– Mais t’as des nausées ?

– Oui mais je suis pas enceinte.

– T’as fait un test ?

– À ce stade on peut dire que je suis passée actionnaire majoritaire chez Clearblue.

– Et t’as toujours ton stérilet ?

– Fidèle au poste.

– Ah…

– Alors, à ton avis, c’est quoi ?

– C’est quoi?

– Ben oui, c’est quoi les nausées?

– Aucune idée. (Silence) T’es sûre que t’es pas enceinte ?

 

– Lexie Swing- (Nauséeuse)

Plus Fiona que Princesse au petit pois

Princess?/ Photo Martin Brigden

Princess?/ Photo Martin Brigden

En attendant Miss Swing, je craignais une chose : que ma fille soit une « fifille ». C’est à la fois ridicule et terriblement révélateur des choses futiles auxquelles on peut parfois s’accrocher concernant sa progéniture à venir. On voudrait leur éviter les gros nez, les oreilles décollées ou le poil aux pattes. On aimerait qu’ils aient la bosse des maths ou le goût des livres. Qu’ils fassent piano, tennis, deviennent chirurgien ou professeur.

Moi je craignais qu’elle devienne une Princesse au petit pois. Vous savez, cette princesse si sensible qu’elle était capable de sentir un petit pois à travers vingt matelas. Je l’imaginais plus adaptable que tatillonne. Et j’ai été servie.

Loin d’être une tête brûlée, elle est cependant d’une facilité déconcertante. Le jus d’orange pressé ? Avec ou sans la pulpe, pareil. La soupe? Moulinée ou en morceaux, à votre goût. Les mains sales ? Le jeu peut continuer. Un réveil en milieu de nuit pour aller de la maison des amis à la voiture, puis de la voiture à son petit lit ? A votre convenance.

Elle s’adapte à tout, encore inconsciente du pouvoir du chipotage. Plus ogresse que princesse, mais pour combien de temps?

Et vous, comment sont-ils?

-Lexie Swing-

La liste de Rose

En dansant./ Photo Jane Rahman

En dansant./ Photo Jane Rahman

La liste de Rose, c’est cette toune qui tournait sur les ondes il y a sept ans. Sept ans, c’est l’âge de mon histoire d’amour. Alors il y a sept ans, je chantonnais cette rengaine facile les yeux dans les yeux avec le type qui a changé ma vie. La liste de Rose, ça aurait pu être celle de n’importe qui. Et comme je suis aussi n’importe qui, ça aurait pu être la mienne.

On est allés à des concerts, des tas,

Évitant de repeindre la chambre en vert, parce que tu n’aimes pas ça.

Boire de la vodka, c’est l’fun mais le vin c’est mieux,

Quant à Ikea, il a fait des heureux (notre salon de Saint Cyprien, notre salon de Ramonville, notre salon d’Orbessan, notre salon… ok, merci Ikea)

J’ai mis des décolletés, mais surtout dans le dos,

Jamais loué d’meublés, on est bien trop bobos!

Et puis tout massacrer, c’est un truc de friqués…

Et nous le fric, on n’avait pas vraiment ça, tu vois…

J’pleure souvent pour un rien, Rose ne m’a rien appris.

On a acheté un chien, bien mal nous en a pris!

Le jour où t’as eu mal tu faisais pas semblant,

Tu n’as pas mis les voiles, même si c’était tentant,

Et fumer beaucoup trop, ce n’est plus notre affaire.

Cet automne ça f’ra 5 ans qu’on respire mieux notre air.

Prendre le métro est devenu mon quotidien,

Et te prendre en photo, un truc que je fais bien.

Même que t’es affiché en grand chez ton père, et que c’est de ma main.

Après… après j’ai jamais su jouer de la guitare et t’as renoncé à m’apprendre,

Sortie de mon saxophone je ne savais plus rien comprendre

J’ai eu mon permis bien avant la chanson

Et remplir un caddy me met toujours en pamoison.

Je n’ai plus dansé sur un comptoir depuis le soir de notre bac

Quand nos yeux se sont croisés, le sourire saoul et l’air en vrac

Nous étions bien loin de savoir qu’un jour la vie nous réunirait

Et que l’on connaîtrait ce soir où l’on s’est dit que l’on s’aimait.

Il y a sept ans je fredonnais les envies de quelqu’un d’autre

Appuyant sans le savoir une réalité qui s’rait la nôtre

“Jouer de la guitare, danser sur un comptoir, remplir un caddy, avoir une p’tite fille…”

Ces mots ce sont les siens, ces mots ce sont les miens

Il y a sept ans, les yeux dans les yeux, nous avons formulé ce voeu.

Un voeu devenu réalité, qui dort dans son lit douillet.

Les poings fermés, la bouche rêveuse.

Le point d’exclamation d’une vie savoureuse.

 

-Lexie Swing-

 

 

 

 

In french please

Not a word./

Not a word./

Montréal, c’est cette belle ville résolument francophone, joyeuse et fière de faire résonner dans ses rues la langue de Molière. Montréal, c’est aussi une ville où l’on peut passer 60 ans à parler anglais sans avoir jamais appris autre chose que « merci » ou « au revoir » en français.

Ce paradoxe me fascine. D’ailleurs ça fait 4 fois cette semaine que je raconte la même histoire et nous ne sommes que jeudi.

Tout s’est passé lundi, dans le bus bondé qui m’entrainait vers mon quartier. Une coreligionnaire, qui me sait francophone, m’a ainsi demandé la traduction de « brain » en français. Je la lui donne donc un peu étonnée, avant de lui dire « Mais vous parlez bien les deux langues vous non? » (C’était l’impression que j’avais eu à force d’observation – le bus de 4 heures est mon territoire d’enquête privilégié). Et celle-ci de m’expliquer que, malgré sa naissance il y a 60 ans en plein cœur de Montreal, elle n’a jamais eu le loisir d’apprendre autrement le français qu’au travers de l’heure hebdomadaire de cours durant laquelle on faisait ânonner le passé simple à des élèves fatigués de tant de théorie grammaticale. Elle a fréquenté les écoles anglophones, atterri dans une entreprise qui l’était tout autant, puis une autre, et a filé ainsi à travers les années sans vraiment maîtriser les rudiments de cette langue consœur. Et ce – tenez vous bien – alors qu’elle a épousé la vingtaine à peine sonnée un montréalais francophone! Mais visiblement peu patient, et certainement bilingue, il a fait de l’anglais la langue officielle du couple, remisant aux oubliettes le partage de cette langue qui était la sienne de naissance.

Le voyage s’arrête là, mon arrêt est le prochain. Je ne saurais pas si leurs enfants ont pu glaner quelques rudiments de français du côté paternel, ni comment on fait lorsqu’on grandit dans une province majoritairement francophone. On verra demain peut-être, au prochain trajet.

-Lexie Swing-

Vice(s) de nounou

Lui lisent des histoires, souvent.../ Photo J. Seattle

Lui lisent des histoires, souvent…/ Photo J. Seattle

J’adore les nounous de Miss Swing, ce sont deux femmes très aimantes qui lui apportent le meilleur. Les gardiennes d’enfants – « ass mat » en France – ont ceci de merveilleux qu’elles éduquent, rassurent, apprennent et prennent notre relais. Sauf parfois. Parfois elles essayent plutôt de saborder notre beau projet éducatif ardemment mené depuis plusieurs mois, voire années. Par exemple, quand elles…

– Font des frites tous les midis en plus des légumes

– Mettent la télé pour endormir nos chères têtes blondes surexcitées après le rab’ de crème glacée du vendredi

– Décident de porter toute la journée dans leurs bras l’enfant que tu as mis 20 mois à rendre indépendant de ton propre corps

– Proposent du jus du raisin le jour où tu as jugé bon de mettre à ton deuzans un t-shirt blanc

– Lui font réaliser un dessin géant peuplé de paillettes qui collent mal

– L’habillent comme un oignon en plein été ou comme un plagiste en plein hiver, bref, se contrefichent du temps qu’il fait et du rhume qui pointe son nez

– Te soutiennent que cet unique bouton sur son bras c’est certainement la varicelle et qu’il faut que tu le ramènes chez toi illico presto

– Se trompent dans les biberons et te donnent l’embout de sein spécial pompe à lait maternel d’une maman dont tu ne croiseras plus jamais le regard

– Disent « oui » en se retournant quand mini-toi leur courent après en disant « maman? »

 

Ceci dit, ce n’est rien à côté de tout ce qu’elles font pour nos tout-petits, en leur offrant une découverte du monde et de la vie en toute sécurité. Genre quand elles…

– Lui font manger tous les midis féculents – viande – légumes, autorisant ainsi le parent à refiler à sa douce progéniture des crêpes surgelées en toute sérénité

– Lui apprennent à dire merci et à descendre du sofa sans se faire mal

– Prennent le relais pour la propreté, patiemment, même quand d’autres bébés hurlent à côté

– Prévoient du rab de bleuets pour ta toute-petite, parce qu’elles savent qu’elle y voue un amour sans faille

– Et pensent à lui offrir une mini fête d’anniversaire

– Donnent à tous leurs petits pensionnaires un petit déjeuner à leur arrivée au cas où ils n’aient pas mangé

– Font des photos et des vidéos régulièrement, qu’elles t’envoient pour partager avec toi ces moments précieux où tu n’es pas là

– Te racontent ce qu’il a fait dans la journée, du premier pipi à son score aux dominos, même si les autres parents trouvent ça idiot

– Te disent « Je l’aime drôlement tu sais »… et tu sais que c’est vrai.

 

-Lexie Swing-

Education : le principe de la balance

En équilibre./ Photo Michel Curi

En équilibre./ Photo Michel Curi

« Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants » est une phrase très populaire chez les parents. Ils écoutent en ricanant intérieurement des nullipares leur certifier que oui, eux, quand ils auront des enfants, ceux-ci dormiront dans leur lit epicétou. « Tu verras, susurrent-ils, la cerne basse au creux de la joue. Tu verras… »

Moi je veux rassurer les futurs parents : oui vous respecterez des principes, simplement vous ferez un choix. Certains vous apparaîtront moins importants que d’autres. Et oui, vous devrez prendre en compte dans cette équation parfaite une inconnue : le caractère de votre enfant. Un individu à part entière avec ses propres envies et ses propres peurs. Il sera peut-être super dépendant ou très autonome, il adorera la musique, ne s’endormira que dans vos bras… ou jamais ailleurs que dans son lit. Il tombera en amour pour un vieux lange beige, quand vous tenterez de lui refourguer sans cesse ce magnifique ours en peluche soigneusement choisi 8 mois avant sa naissance. Bref, il aura ses propres goûts, souvent différents des vôtres, et il faudra composer avec cela.

Pour nous, le seul principe qui a finalement vraiment compté – et compte toujours –  c’est celui de la balance. Nous oscillons toujours entre le besoin et l’apprentissage. « Tu as besoin de moi pour t’endormir  mais est-ce que je te rends vraiment service si je t’endors dans mes bras avant de te coucher? », « Le repas ira plus vite et tu mangeras plus si je te donne à manger moi-même mais comment apprendras-tu si je fais toujours pour toi? »… Bref, nous oscillons, nous jouons les funambules en gardant les pieds dans le présent et les yeux dans le futur. Nous avons fait par exemple le choix – et celui là était pour nous un principe très fort – de ne jamais, sauf grosse fièvre bien entendu, la faire dormir dans notre lit, quitte à rester longtemps la câliner penchés au dessus du berceau. On y gagné une fillette qui adoooore son lit, le réclame et s’y jette le soir avec un plaisir évident, n’hésitant pas à nous tourner le dos si nous faisons un peu trop durer le plaisir des bisous… Ses peluches la réclament, voyez-vous…

A quoi avons-nous renoncé? A rien de bien sérieux… A quelques brossages de dents, à des s’il te plaît et des mercis qui ne veulent pas toujours sortir, à un visage toujours parfaitement débarbouillé, à des repas entiers au resto sans crier, à tous ces endroits où l’on aimerait qu’elle reste assise sans bouger quand elle préfère rebondir sur ses deux pieds. On a accordé nos violons, elle et nous, et pour le moment, je crois qu’on s’en sort sans – trop de – fausses notes.

– Lexie Swing –

Solitude

Solitude./

Solitude./

J’en ai marre de cette solitude. Marre de ce décor de neige sans fin, qui se déchaîne parfois au rythme des mouvements de bras de dieux bien trop grands pour moi. Je ne décide rien. Ni du temps qu’il fait, ni des limites de mon existence. Ma maison semble irréelle, dressée toute droite au milieu de ce paysage sans chaleur. Quand le temps s’apaise et que les cieux se taisent, je regarde au loin et j’aperçois par-delà l’horizon la promesse d’un ailleurs différent. Il me semble gai, chatoyant, fait de belles couleurs et de rires d’enfants. Je voudrais partir, quitter cette impuissance, rompre mes liens, briser la glace. Un peu d’élan, il me faut juste un peu d’élan…

Et alors, comme si les anges du 56 rue des pommiers l’avaient entendu, ils saisirent l’univers de glace entre leurs doigts maladroits d’enfants. On entendit un bruit de verre brisé, tandis qu’un filet d’eau blanche s’échappait sur le plancher du salon.

“Lucas, c’est toi qui a cassé la boule à neige?”

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Voici ma participation mensuelle à l’Atelier des Jolies Plumes. Si vous souhaitez y participer, vous pouvez écrire à latelierdesjoliesplumes@gmail.com. Le thème était :

« Parfois notre vie ne correspond plus à ce que l’on espère. C’est souvent dans ces moments que naît l’envie d’ailleurs. Mais vers quel ailleurs se rêve votre personnage et… franchira-t-il le pas ? »

Les autres textes à découvrir : Virée dans l’espace I Feel BlueEnvie de poésie – Et si on bavardait – Les idées de D. Miss Blemish – Le blog d’Ailho – Encore une connasse parisienne – Dans tes yeux

 

-Lexie Swing-