Tout est dans la mesure

Pile de torchons./

Pile de torchons./

Je suis journaliste. Je pourrais être boulangère ce serait bien pareil. Mais j’écris des articles. Des articles que j’espère éclairés. Que je rédige plus ou moins vite selon mes contraintes horaires. Parfois celles-ci sont telles que j’oublie un accord quelque part. Ou alors je relis mal mes notes et j’écris 15 au lieu de 16. Des fois, je veux faire un peu mieux que bien. Et je me donne du mal. Parfois, j’écris sur un sujet barbant, comme des Olympiades pour personnes âgées. Et comme je refuse de tomber dans le cynisme, je donne dans l’enthousiasme. Je loue la dextérité de Micheline, 103 ans, capable de mettre un panier à 3 mètres quand je suis capable de le louper les deux bras dedans. Ou je transmets mes félicitations à Georges, dont l’habileté lui permet de jouer au croquet avec sa canne. J’essaye de rendre vivant un sujet dont le caractère soporifique n’est plus à démontrer. Et puis le courriel arrive. Il arrive souvent. Plus vous vous donnez du mal, plus il a de chances d’arriver. C’est mathématiquement incompréhensible mais factuellement révélateur. De quoi ? De cette tendance qu’ont les gens, les lecteurs, les interviewés, les clients de la boulangère, à faire dans la demi-mesure.

« Je trouve ça regrettable que vous ayez ainsi jugé notre manifestation sans même prendre le temps d’en comprendre la teneur, votre travail journalistique laisse à désirer, et votre sens de la rigueur est hautement discutable ». Voici en substance le courriel que j’ai reçu après l’article sur les Olympiades. Le fait de tourner de vieilles personnes en sportifs de haut niveau ? La mention des âges des interviewés ? L’oubli d’un partenaire de premier plan ? Pas du tout. J’avais écrit, histoire de donner de la chair à l’histoire, que Georges (en plein partie de croquet) suait un peu sous la tôle de la salle. S’en est suivie une polémique de portée villageoise. Le comité d’accueil ayant pris cette phrase pour un affront personnel fait audit hangar qu’ils prêtaient généreusement à ces ingrats de petits vieux.

Faire dans la mesure est un sport international lorsqu’il s’agit de se plaindre, que ce soit d’un service, d’un produit ou d’un article. J’ai récemment reçu un message m’indiquant que le contenu de mon article était criblé d’erreurs, car j’avais inscrit que 70 élèves allaient participer à la formation, alors qu’ils étaient en réalité 72. Et c’est sans compter sur la mauvaise foi de certains interviewés qui, au choix, n’avaient pas compris que c’était pour un article (« bonjour, je suis journaliste, c’est pour un article… »), faut-il donc que je leur envoie un pigeon voyageur pour confirmer mes intentions? – ou ne se souviennent tout bonnement pas m’avoir parlé, malgré nos échanges de courriels.

Mais si j’en parle, c’est parce que la forme m’importe beaucoup plus que le fond. Pourquoi utiliser les mots « incompétence », « nul », « bidon », « inadmissible », et autres de la même veine, lorsque l’on souhaite simplement corriger une erreur de chiffre ou dire que l’on aurait pas écrit les choses de cette manière là. Pourquoi insulter la boulangère lorsque le pain est un peu plus cuit que d’habitude? Pourquoi hurler sur une pauvre secrétaire ou un employé de centre d’appels, pour finir par lui dire « Je sais que ce n’est pas de votre faute mais… ». Il n’y a pas de mais. Tourner 7 fois la langue dans votre bouche et vos pouces au-dessus du clavier avant de laisser votre venin couler entre vos lignes. Vous ne savez pas de qui vous pourrissez la journée en face. Alors qu’un courriel avec un bonjour, un « merci » et un « cordialement » aurait eu tout autant d’impact. Sauf qu’en plus il y aurait eu du respect dedans. Ça vous aurait fait du bien. Et à moi aussi.

Merde alors.

-Lexie Swing-

Mères et pairs

Tribu./

Tribu./

Chaque matin, je trace ma route sur le trottoir de l’avenue Monkland, après avoir embrassé conjoint et fille devant la maison. Sur mon chemin, je croise des habitudes similaires, des mères qui fendent la foule des écoliers de NDG pour aller prendre le métro, des pères qui remontent la rue en sens inverse, leur progéniture accrochée aux épaules, arrimée à la poussette ou tirée à l’arrière d’une bicyclette. Particularité du quartier? Peut-être. Dans le Monkland Village, les hommes convoient, les mères ramènent. Ou c’est mon imaginaire qui se satisfait de ce partage des affaires équitable.

J’aime cette idée que nous avons atteint un intérêt commun pour la vie que nous avons créée. Que ce ne soit plus seulement un problème de femmes. Je l’ai portée en moi mais il est le premier à l’avoir portée dans ses bras. Allongée sur moi pour notre premier peau à peau, c’était lui qu’elle regardait.

J’aime cette chorégraphie d’un père et d’une mère, de deux mères ou de deux pères, de deux individus qui s’accordent ensemble pour jouer la même mélodie. Elle rattrape l’enfant, il sort le mouchoir, elle essuie, il jette, elle pousse le carrosse, il transporte comme un baluchon leur petit dernier. Et son torse bombé n’est plus le synonyme d’une fierté de jeune premier mais le refuge de l’enfant qu’ils ont porté.

J’aime ce chemin que nous faisons désormais à deux, reliés par un, deux, trois enfants ou plus, encadrant et protégeant ensemble cette famille qui est la nôtre. L’égalité est là, pas dans le partage de l’aspirateur ou la capacité à faire un lit au carré, mais dans la possibilité d’être deux pour aimer, et s’entraider.

-Lexie Swing-

Conversation à demi-mot

Cheminement./ Photo Nina Matthews

Cheminement./ Photo Nina Matthews

En quelques mois, Miss Swing a développé un vocabulaire incroyablement riche. A la visite des 18 mois, l’assistante de la pédiatre m’avait demandé si elle disait « 10 mots au moins ». C’était inscrit tel quel dans son petit carnet du « bébé idéal qui rentre dans des cases préformatées ». Bon elle disait 10 ou 11 mots, et elle marchait. Seulement depuis un mois, et avec un équilibre précaire, mais elle marchait. Par dessus l’épaule de l’assistante, j’ai pris connaissance des questions qu’on nous poserait à l’avenir. Dans la case deux ans était inscrit « 50 mots au moins ». Beau challenge, me suis-je dit. Parce que j’ignorais encore qu’on pouvait apprendre 40 mots en six mois, et plus vraisemblablement peut-être 70 ou 80.

Chaque jour voit se dessiner sur les lèvres de ma belle un nouveau mot. Il fait souvent deux syllabes, les trois syllabes et plus se trouvant réduits à leur portion congrue. Il y a d’abord eu le chien, le chat, la vache, le poisson, l’oiseau, et le mouton, les livres en pagaille de sa bibliothèque regorgeant de bêtes en tout genre. Et puis les autocollants ont laissé place au lion, à la « to’tue », à « l’éphan » (éléphant) et au « codile » (crocodile).

Bientôt, elle a commencé à se prénommer (tant mieux son prénom fait deux syllabes), à nommer ses amis (en boucle), ses grands-mères et sa tante (tant pis pour les autres), son chien, rebaptisé « Heaven » pour l’occasion (il n’en demandait pas tant) et ses nounous. Elle a décrit ce qu’elle faisait, parce qu’elle met ses chaussettes, sa culotte, son « palon » et ses chaussu’, avant d’aller (je cite) « aux toilettes », puis de « manger un gâteau », de boire « du lait » et « de l’eau », voire « du pain », du « cola » (chocolat). Elle a appris la politesse, distribuant « bonjour », « mici », « teplè » et surtout byebye à qui mieux mieux, surtout quand l’on tarde trop et qu’elle veut s’en aller.

Elle a 21 mois et qq brouettes. Et nos conversations s’enrichissent de jour en jour. Elle sait désormais nous dire qu’elle veut « un bisou », « s’asseoir ici », qu’il faut qu’on « se tou’ne » pour qu’elle nous coiffe « les sseveux » (cheveux). Elle résume mon « Papa est sorti, il viendra t’embrasser quand tu dormiras » par un « Papa bisou Bébé dodo? » et puis me demande, tandis que nous regardons sa nounou s’éloigner dans le 51 : « Mona pa’tie dans bus? »

Et chaque fois qu’elle me dit « bonjour maman » lorsque je la réveille le matin, chaque fois qu’elle me répond « ici maman » lorsque je sacre en me demandant où diable j’ai pu mettre mes clés, et chaque fois que je comprends une histoire qu’elle me raconte et que je reçois ainsi un petit bout de sa journée, je me demande où a filé la toute petite fille que je contemplais dans son berceau de plastique, paisiblement endormie à l’orée de sa vie.

-Lexie Swing-

10 choses que vous ignoriez sur moi

Sabine, de Sabine et associés, a réalisé son propre tag il y a peu. Largement repris puisqu’il joue sur la fibre narcissique de tous les blogueurs du comté. Son petit nom ? 10 choses que vous ignoriez sur moi. J’ai le nombril proéminent alors voilà.

1) How I met your mother est la série que j’ai le plus aimé, de toutes, au monde. Et puis j’ai vu le dernier épisode. Non seulement il m’a gâché quelques jours de ma vie mais je n’ai plus jamais pu revoir un seul épisode. Merci hein.

2) Je peux être d’une mauvaise foi crasse.

3) J’ai proposé d’appeler notre fille Mohini et Aelitha. Son père a tenté de comprendre mon engouement par un « c’t’une blague j’espère? »

4) J’ai fait 15 ans d’équitation. Le galop a bercé ma vie. Depuis 5 ans je n’ai pas (ou presque) remis les fesses sur un cheval. Et ça ne me manque pas.

5) Quand j’aime une expression je l’utilise pendant un mois non stop et après ça me passe.

6) Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans le regret, quand je pars d’un endroit j’oublie comment c’était pour me consacrer à l’endroit où je vis. Ce n’est pas une qualité particulière, mon esprit est ainsi. Je vis aussi beaucoup dans le futur potentiel, un temps propre aux rêveurs, ce qui est un autre problème :)

7) J’ai été saxophoniste quelque temps et j’ai même été la chanteuse d’un petit groupe improvisé. Je chantais avec mon saxophone accroché autour de mon cou.

8) Quand je parle j’ai besoin qu’on me regarde pour me faire signe qu’on m’a bien entendu. Je suis prête à reposer la même question 5 fois au besoin. Et à suivre mon interlocuteur jusqu’à la porte des toilettes s’il le faut.

9) J’ai un faible pour les hommes qui portent les cheveux longs.

10) Je ne donne jamais le vrai nom de ma fille, mais il n’est pas secret pour autant. Je trouve qu’à l’heure actuelle on ne sait pas quel impact auront les photos et les infos que l’on publie de nos enfants. Je ne veux pas qu’on puisse un jour la googler et tomber sur ce blogue qui parle d’elle. Pour revenir à son prénom, il est facile à deviner : c’est celui d’une chanteuse de jazz, de l’héroïne d’une chanson de M.Jackson, d’une joueuse de tennis américaine, c’est un prénom mixte, qui sonne très anglophone mais qui est, en réalité, d’origine allemande.

Bon… qui se prête au jeu?? Je laisse volontiers la place à tous ceux et celles qui voudraient participer, je suis d’une curiosité sans limite!!

-Lexie Swing-

Son père me manque

Dressage au crépuscule./ Photo   Edoardo Costa

Dressage au crépuscule./ Photo Edoardo Costa

Son père me manque. Il est parti il y a quelques années, alors que je n’étais plus dans les environs depuis longtemps. Mais je gardais, au fond de ma tête d’enfant, ses sourires un peu rares et ses mots d’encouragement. Il était à mes yeux de ces gens qui dispensent conseils et tendresse avec mesure, comme pour leur donner plus de poids.

De lui je n’ai conservé que des visions floues. Parce que j’avais 8 ans, 10 ans, 13 ans finalement, et que les grandes personnes n’avaient qu’un intérêt très relatif dans mon quotidien de pré-adolescente. Et l’impression que j’en ai gardée est teintée des remarques de ma mère, qui louait sa droiture et sa gentillesse.

Car il était ainsi, droit dans la vie comme sur un cheval. Aussi carré dans ses analyses que les pieds de sa monture à l’arrêt. Aussi posé qu’un appuyer. Aussi franc qu’un départ au galop en C. Aussi mesuré dans sa façon de me recadrer qu’un passage sur la diagonale.

Il était de ceux qu’on a connus enfant et perdus de vue, mais dont on se dit de temps en temps, « j’aurais aimé lui dire : tu avais raison d’avoir confiance en moi, ça a marché tu vois ». Ils sont un enseignant, un parent, un mentor de passage. Il était un peu tout ça, à la fois.

Doubler en A. Arrêt en X. Salut. Il a salué, et puis il est sorti. Quand je l’ai appris, la reprise était terminée depuis quelque temps déjà, et je n’ai pu accueillir la nouvelle que les bras ballants.

Son père me manque. Ton père me manque. Je crois que je ne te l’ai jamais dit, ou pas assez. Je pourrais te dire « c’était quelqu’un de bien », mais je dirais plutôt, et je serais alors plus juste, « c’était quelqu’un de rare ».

-Lexie Swing-

Et puis mon coeur va à l’Irlande

Irlande./ Photo Thomas Faivre-Duboz

Irlande./ Photo Thomas Faivre-Duboz

« Dans quel pays aurais-tu rêvé de de vivre? » C’est une question typique, un bouche-trou facile entre le fromage et le dessert quand les blancs sont plus nombreux que les miettes sur la table. Pas toujours facile d’y répondre. On pense à la Nouvelle-Zélande et à ses aventures sauvages, à New-York dont le coeur bat si vite qu’on y perd la notion du temps, au Cambodge et à son dépaysement, et puis à la neige de la Patagonie. On pense même à l’Islande, ses citoyennes si impliquées, ses maisons colorées et ses chevaux aux yeux tendres qui galopent en totale liberté. On en citerait mille sans en choisir un seul, parce qu’il est si dur de choisir un endroit, lorsqu’on voudrait tous les connaître.

Un matin d’août, je suis arrivée en Irlande. La fin de l’été faisait scintiller le ciel, de cette lumière si particulière, qui ne semble exister que dans cet endroit du monde. Les gouttelettes de la pluie, qui se termine et reviendra bientôt, habillent le bleu infini de vagues plus sombres. Le meilleur impressionniste n’en saisirait jamais toutes les nuances. On dit qu’il pleut beaucoup en Irlande, plusieurs fois par jour. On oublie de dire que le soleil revient aussi, plusieurs fois par jour. Et parce qu’il a plu, c’est à chaque fois le coeur plus léger que l’on écarte son parapluie pour laisser le soleil nous caresser le visage.

Lorsque j’ai traversé pour la première fois la rue qui borde la Liffey, à la hauteur de Temple Bar, je n’ai même pas marqué un temps d’arrêt. Mes pieds foulaient l’habitude. J’ai été Dublinoise dans une vie oubliée, j’ai déjà arpenté ces pavés, je me sens chez moi entre le ha’penny et Saint Stephen’s Green, résolument amoureuse du Sud où j’ai étudié. Mon coeur s’emballe quand je longe les quais vers l’Est, saluant au passage les personnages du Famine Memorial. Les bourrasques du vent provenant du port sont autant de souffles d’air supplémentaires dans mon corps.

J’ai souri sur tous les ponts, prenant des images qu’on ne qualifiait pas de « selfish » à l’époque. J’ai donné des rendez-vous sous la Spire, admiré les décorations de Noël sur Grafton Street. J’ai couru rencontrer Oscar Wilde, en statue, avant de parcourir la National Gallery. J’ai attendu l’aventure à Connolly Station. Et regretté mon départ au Dublin Airport.

Je suis partie. Je suis revenue. Et puis encore. J’ai aimé chaque rencontre, ri de tous les jeux de mots que je ne comprenais pas. J’ai commandé du cidre en pression, dépensé des milliers chez Avoca, lu tous les Marian Keyes que mon anglais me permettait. Je suis montée à la place du chauffeur, plusieurs fois. Même dans les taxis. J’ai pris le bus de nuit, ignorant l’étage et ses grabuges pour tenir le bras du conducteur, avec mon habituelle frousse des mauvaises rencontres. J’ai aidé à se relever des filles éméchées dont la taille des vêtements étaient inversement proportionnelle à la température extérieure. Et j’ai appris à commander au comptoir.

J’ai aimé démesurément ce pays aux chemins tortueux, dont l’exploration a eu raison de mon mal des transports. Et je cherche depuis cette lumière si particulière, qui baigne les champs vallonnés à l’heure où le coq songe à se coucher. J’ai eu la chance de connaître cet amour indicible pour un endroit et pour ses gens, un endroit refuge, un endroit souvenir, un endroit référence, un endroit au coeur duquel mon propre coeur, s’il s’affolait, retrouverait sa candeur.

J’aurais rêvé de vivre en Irlande, mais je me suis trouvée une autre maison, plus réaliste, plus accessible, plus accueillante sous bien des aspects. Aucun regret, juste de doux souvenirs.

-Lexie Swing-

Nos fantômes

Dancing./ Photo  Andrea Rose

Dancing./ Photo Andrea Rose

Un entrechat et deux sauts de côté, la cheville qui vacille et le souffle qui manque. Le temps de souffler j’échange un regard avec ma prof de sport, amusée. Et puis un flash. A ses yeux se superposent ceux d’une autre. Un regard plus sombre et un jugement sans retenue « Toi, tu ne seras jamais douée ».

Ces fantômes qui hantent notre mémoire sont autant de liens qui nous ramènent à nos faiblesses, à nos mauvais moments. Ils sont un garçon, ou une fille, qui dit non, non, toi et moi jamais. Ils sont un prof, qui murmure au parent fatigué, « son cas est désespéré », et qui rature, exaspéré, le carnet de notes de déceptions à peine voilées. Ils sont un ami qui ne donne plus de nouvelles. Et une copine partie hurler avec les loups. Ils sont un « je ne t’aime plus » et plusieurs « elle est mieux que toi ». Ils sont cet inconnu qui crie « bouge ton gros cul » et une voisine qui interroge « est-ce bien raisonnable de manger tout ce chocolat avec ton poids? »

Ils sont ces gens qui, d’une pichenette qu’ils oublieront à peine le doigt lancé, dégomment nos illusions, soufflant sur le château de cartes de notre estime. Ils sont ces fantômes, enfermés dans des boîtes à souvenirs, qui s’invitent dans notre esprit au détour d’un moment impromptu.

Ils sont ces fantômes qu’on devrait libérer, et de leur poids se décharger.

Ils sont ces fantômes que nous sommes tous aussi, pour quelqu’un d’autre.

Quelqu’un dont on ignore les appels

Quelqu’un dont on a refusé la tendresse

Quelqu’un qu’on a jugé

Quelqu’un à qui on a donné notre avis, même s’il ne voulait pas l’entendre

Quelqu’un qu’on a critiqué

Quelqu’un qu’on a méprisé

Quelqu’un qu’on a oublié,

Mais qui lui ne nous oublie pas, entre deux entrechats.

-Lexie Swing-

Répétition

21 mois./ Photo Glenn Gould

21 mois./ Photo Glenn Gould

« Viens souper » « Non, sans ton bébé », « On le pose là, Bébé te regarde », « Non tu ne peux pas avoir bébé”, “Inutile de demander une quinzième fois”, “Mange tes lentilles”, “Ne jette pas tes lentilles sur maman”, “Sur papa non plus”, “Non le chien ne veut pas de lentilles”, “Tu vas être punie”, “Tu vas être punie… encore”, “Ne dessine pas sur ton puzzle”, “Ne dessine pas sur la table”, “Ne monte pas sur tes livres”, “Pas sur la table du salon non plus”, “Qu’est-ce qu’elle a ta main?”, “Je l’ai essuyée, qu’est-ce qu’elle a encore?”, “Tu peux te laver, il n’y a plus de cheveu sur ta main”, “Je te jure qu’il n’y a rien”, “N’ouvre pas ce shampooing”, “Ferme ce gel douche”, “Ne jette pas ce savon sur le carrelage”, “Ne recommence pas”, “Si tu recommences je te mets au coin… de la baignoire”, “Pourquoi tu cries?”, “Pourquoi tu pleures?”, “Tu es tombée?”, “C’est ta tête?’, “C’est ton pied?”, “Je ne comprends pas”, “C’est quoi teuteu?”, “Tu veux faire pipi?”, “Pourquoi tu dis pipi alors?”, “Qui veut faire pipi?”, “Ah, c’est bébé qui veut faire pipi?”, “Pourquoi tu ne m’as dit que tu voulais faire pipi?”, “Pipi c’est pas dans la culotte!”, “C’est où qu’on fait pipi?”, “Bravo pour ton pipi!”, “Maman est très fière”, “Tu vois Maman dit bravo”, “Tu me fais un bisou?”, “Pas un bisou de loin, un vrai bisou”, “Encore un bisou?”, “Et Papa, il a droit à un bisou?”, “Tu sais qu’on t’aime très fort?”, “Enormément”, “Gros comme ça”, “Encore plus même, regarde, comme les bras de Papa”, “Comme le soleil”, “Comme la terre”, “Non la té – reuh”, “Je sais, tu ne sais pas ce que c’est la Terre…”

-Lexie Swing-

Ma toute petite fille

Une toute petite fille./ Photo Erkillian5

Une toute petite fille./ Photo Erkillian5

Je te fais face. Nous sommes à table. La chaise haute que tu as désertée a élu domicile pour la soirée contre le placard des céréales. Tes jambes se balancent sous le banc rouge sur lequel tu es juchée. Tu me fais face et tes 82 cm dépassent à peine au dessus de la table du souper. Tu nous dévisages, imperturbable, tandis que l’on échange des regards mi-amusés, mi-effarés, devant le verre d’eau que tu saisis avec plus ou moins de précaution, et le morceau de pizza qui tressaute au bout de ta fourchette. Et puis devant l’évidence. Notre grand bébé est devenue une toute petite fille. Une toute petite fille qui préfère l’inconfort d’un banc rouge au moelleux de sa chaise haute, les toilettes aux couches, la marche à la poussette. Une toute petite fille dont le carré est plus long que le mien et qui nécessite deux couettes et une barrette, chaque matin. Une toute petite fille qui sait mettre la table et ranger les vêtements. Une toute petite fille que la seule vue d’un sac de courses à déballer excite plus que le magasin de jouets. Une toute petite fille désormais capable de raconter ce qu’elle a vu, ce qu’elle a fait, même s’il faut décoder, deviner et moult questions poser. Une toute petite fille qui me rappelle que le chien n’a pas eu à manger et que ses mains ne sont pas lavées. Une toute petite fille qui ne dit pas les R. Une toute petite fille qui veut jouer sans moi mais être dans mes bras. Une toute petite fille dans les cheveux de laquelle mon nez s’attarde et mes doigts se plongent, pour retenir encore un peu, rien qu’un tout petit peu, le bébé joufflu qu’elle était, il y a un instant à peine, et que je discerne encore dans les éclats de rire qui ponctuent les chatouilles. Un bébé qui dit « mon bébé », en parlant d’un autre. Fait de plastique cette fois. Ma toute petite fille.

-Lexie Swing-

Ne te mooc pas de moi!

Mooc./

Mooc./

Ok le jeu de mot est pourri. Mais ces jours-ci le temps aussi! Si je partage régulièrement mes découvertes sur la page Facebook de Lexie Swing, je peine à tenir la barre du blogue ces dernières semaines, ensevelis que nous sommes sous les obligations. Depuis dix jours, je jongle, en plus de cela, avec une pige et mon mooc. Mon quoi? Mon MOOC. Le Mooc, c’est une formation en ligne ouverte à tous (je reprends la définition de Wikipedia, notez bien). Celui que j’ai commencé moi est tout juste sorti de l’oeuf à la Teluq, qui inaugure cette année sa plateforme de cours en ligne gratuits.

J’ai choisi Histoire Politique du Québec, pour plein de raisons.

1) J’ai besoin d’apprendre des choses concrètes. Les grands principes flous n’ont aucune prise sur mon esprit.

2) J’ai besoin de comprendre pourquoi la politique actuelle est ce qu’elle est, et pour cela rien de mieux qu’un peu d’histoire.

3) Je veux en savoir plus sur ce pays qui m’a accueillie et dont je me sens, quelque part, citoyenne, même si je n’en ai pas les droits.

4) Je veux ajouter une corde à mon arc et des connaissances à mon CV.

5) Je veux apprendre, sans être tenue de réussir quelque chose.

C’est ce dernier point qui est capital pour moi. Je le disais dès le départ, mais une petite voix stridente me scandait que je ne faisais ça que pour l’esbrouffe, l’image, la réussite. Contre toute attente, j’avais raison et la petite voix avait tort (et je suis définitivement schizophrène). J’attaque cette semaine le module consacré à « Mais qui sont ces Français qui ont fait le choix de venir créer la Nouvelle-France » et je me sens incroyablement excitée par tout ce savoir à portée de clic. Ce savoir qui m’est offert mais que j’ai le droit de refuser. Si je laisse tomber, personne ne sera là pour pointer du doigt mon dédain. Aucune secrétaire d’école ne décrochera son téléphone pour me rappeler de faire signer une feuille d’absence, ou une lettre d’abandon. Je peux tourner le dos à ce savoir. Et c’est pour cela que j’ai tant envie de lui ouvrir les bras.

Apprendre pour le plaisir d’apprendre, je n’avais jamais connu ça. Et c’est incroyablement bon.

Pour qui s’interrogerait sur le caractère pratique du Mooc, je précise que chaque lundi à 10h, un nouveau module est mis en ligne. Il comporte plusieurs vidéos, souvent des entrevues de professeurs, ou de spécialistes. A la fin de chaque vidéo, un quizz de deux ou trois questions est là pour vérifier que vous avez compris les points importants. Le score réalisé permet d’accéder, à la fin de la formation, à une attestation de réussite.

Alors, intéressé?

-Lexie Swing-