Le dénominateur commun

./ Photo Parc Naturel du Pilat
./ Photo Parc Naturel du Pilat

Les kilomètres se ressemblent, l’enchaînement des étapes est toujours le même. A l’orée des Bois Noirs, l’excitation surgit. Souvent le temps s’en mêle. Forte pluie, grêle, neige abondante, ce sommet de l’ancienne A72 possède son propre micro-climat. La descente, et puis le panneau de fin de limitation des 110 km/heure. Une accélération et l’adrénaline prend son envol. Bientôt on est au péage. On salue le Ikea. On fait la grimace devant les barres d’immeubles qui se dressent, sombres et menaçantes, dans l’horizon stéphanois. Ces immeubles et ces zones commerciales aux néons vacillants qui donnent une image piteuse de Saint-Etienne à qui contourne la capitale de la Loire pour rejoindre Lyon.
Pour nous, c’est beaucoup plus que ça. Ce sont les repas de famille, les balades au cœur du mont du Pilat. C’est l’odeur des pommes de terre dans la braise et du cervelas grillé. Ce sont des maisons que l’on reconnaît parce que la porte d’entrée s’est fichée dans nos mémoires d’enfants. Ce sont ces lieux que l’on nomme par le nom de leur rue, égrenant leur existence à mesure des années, retraçant les dates, les périodes et les visages. Quel âge avais-je? Le petit cousin était-il déjà né? C’est où cette photo où l’on mange des spaghettis à la table des enfants ?
Nous avons pour souvenirs des lieux moches qui nous étreignent le cœur. Peu importe les pancartes de guingois et les locaux abandonnés, ma mémoire s’emballe à chaque visite, à chaque passage. Et avec mes aïeuls, la ville s’éloigne, la ville s’étiole. Un jour elle ne sera qu’un pan du passé, un endroit sur la carte  et des photos oubliées dans les cartons. Je profiterai d’une virée française pour la montrer à mes filles. Elles feront la grimace, incapables de voir le beau derrière le laid puisqu’aucun souvenir ne sera présent dans leur mémoire pour le parer de beaux atours. Je rentrerai un peu déçue, je ressortirai de vieilles photos, je leur parlerai de ces lieux, de ce balcon, de cette terrasse, de ce dixième étage, de ses rires, de ses chansons, de l’espèce de synthé qui traînait dans la chambre d’amis et du lit appareillé comme une voiture de tourisme, vestige d’une époque où le goût n’avait pas que du bon. J’habillerai leurs images de mes mots, de mes histoires. Alors peut-être qu’elles comprendront, peut-être qu’elles s’intéresseront, et se souviendront, qu’au départ de notre histoire, aux prémices de leur existence, il y a deux grandes familles, issues de Saint-Etienne. Ville de Loire, berceau de nos origines. Notre dénominateur commun.

-Lexie Swing-

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. petiteyaye dit :

    C’est super bien écrit, ça fait remonter en moi pleins de souvenirs de lieux !

  2. Nanou dit :

    très beau texte !! Je souhaite à chacun de pouvoir emporter de semblables souvenirs dans son cœur où qu’il aille !! Pour moi c’est dans les Pyrénées Orientales que ça se passe !!!

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