6 années au Canada

Mon titre laisse peu de place au suspens : cela fait six années que j’ai validé mon visa de résidente permanente et traversé la porte automatique de l’aéroport. Ce souvenir vif, encore frais, que je vous ai déjà raconté mille fois, de mon arrivée très chargée, avec mon bébé et mon chien. Mon amoureux, bloqué par l’impossibilité de traverser la porte pour venir m’aider. Et finalement cet agent des douanes, grommelant mais foncièrement gentil, qui avait poussé mon deuxième chariot jusqu’à la fameuse porte.

Notre premier véritable appartement, dans le quartier anglophone de NDG, à Montréal. Et puis notre déménagement sur la Rive-Sud, un an et demi plus tard, alors que j’étais enceinte de notre deuxième fille.

Une thérapeute nous a récemment demandé comment nous nous sentions, à l’époque, à l’aube du grand départ. «Excités», ai-je répondu sans réfléchir. «Oui, enthousiastes», a appuyé mon conjoint. S’il y avait de l’inquiétude, de l’anxiété, de la tristesse, elles se sont dissoutes dans cette envie trépidante de partir vivre cette aventure.

Alors nous voilà, six ans plus tard. L’aventure a laissé la place au réel, au quotidien. Êtes-vous prêts à partir? Installés depuis peu? Peut-être vous êtes-vous déjà demandés comment et où vous seriez, cinq ou six ans plus tard. Notre réalité à nous, je dirais que c’est… :

  • Une vie recréée entièrement. Quand on quitte son pays, on vend souvent jusqu’à sa dernière petite cuillère. On fait venir quelques essentiels, des choses sentimentales ou particulièrement dispendieuses, mais on se débarrasse de l’utilitaire. On ne connaît jamais ça, dans le cheminement logique (si je puis dire) de la vie. On quitte ses parents, on s’installe, on récupère des choses de ci de là, on emménage avec quelqu’un, on assemble alors les morceaux de nos puzzles respectifs avant de faire quelques achats communs. Quand on immigre, on repart de zéro. Et par zéro, je veux dire : de la toute première cuillère. De cuillère en cuillère, on meuble sa maison, et puis on fait des achats moins utiles, enfermés dans les habitudes de consommation.
  • De nouvelles contrées à découvrir. C’est un changement complet de paysages et de perpectives que l’on fait en traversant l’Atlantique. Tout semble une aventure, à commencer par le quotidien. Le supermarché à lui seul devient une destination exotique. Bientôt, tout devient pourtant coutumier. Les week-ends et road-trips peuvent alors commencer, dans des régions que l’on n’aurait jamais – ou presque – eu la chance d’explorer.
  • Une bande d’amis. Entre les amis français, expats comme nous, et les amis parents rencontrés au gré des fêtes de la garderie et du quotidien de l’école, nous avons une solide bande d’amis, autant à Saint-Bruno que dans le reste du Québec. Quand on est immigré, les amis deviennent notre deuxième famille. Ils sont les contacts d’urgence, les gardiens d’un soir, nos week-ends et nos vacances. Ils sont ceux avec qui l’on partage les matins de Noël et les soupers d’anniversaire. Les coutumes familiales se confrontent alors à ce qu’il y a de plus beau : le partage. Et les traditions s’inventent au rythme où les amitiés se mêlent.
  • Une carrière qui a décollé. Il y a des histoires moins jolies que d’autres et des gens qui repartent faute d’avoir trouvé un travail qui leur correspondait ou une vie qui leur plaisait. Pour ceux qui parviennent à rester, le terme des 6 années reflète généralement une évolution, voire un aboutissement. Pour nous, le Canada a été synonyme de changement de carrière. Aujourd’hui, nous sommes épanouis dans nos domaines respectifs et soulagés de savoir que l’on aurait encore la possibilité d’évoluer.
  • Une famille. Arrivés avec une première fille, nous en avons eu une deuxième quelques années plus tard. Une petite Franco-Canadienne qui n’a de français que l’accent. Le temps passe, et je réalise que c’est dans cette culture qu’elle s’ancre, faisant fi de ses origines malgré elle. Ses expressions, ses références, ses préférences, reflètent son appartenance.
  • Un futur. L’avenir, c’est ici que nous le voyons. Nous qui avions tant déménagé avons su trouver ici une place pour nous, au point d’avoir même de la difficulté à m’imaginer dans une autre ville que la mienne. L’instable est devenue sédentaire… ça doit être le bon air canadien qui fait ça.

 

Et vous, quel bilan tirez-vous de ces six dernières années, où que vous soyez?

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry

Catégories Canada, ImmigrationÉtiquettes

18 réflexions sur « 6 années au Canada »

  1. Vous en avez fait des choses en six ans! Bilan plutôt positif donc :-)

  2. Toujours passionnant les récits d’expatriation!
    On va dire qu’il y a un peu de plus de 6 ans j’ai fait le voyage en sens inverse. Après 6 ans en Irlande, je suis revenue en France, avec un enfant dans le ventre et une valise – l’essentiel tenait la dedans!! Et là aussi on repart de zéro…

    1. Et c’est une aventure en soi, de repartir ainsi de zéro. Six ans pour nos petits chats ❤️, ils sont grands maintenant :)

  3. Merci pour ce partage ! L’expatriation me donne envie quand je lis des articles comme le tien. Moi ce qui me plairait surtout c’est de découvrir d’autres cultures et de parler couramment d’autres langues. Alors à défaut de bouger de la France, je regarde tout en anglais… C’est déjà ça comme début haha ;)
    Mais on aimerait bien partir s’installer ailleurs… On hésite encore sur la destination mais ça sera, j’en suis chaque jour plus convaincue, un projet à court terme. :)

    1. Je me rappelle que j’avais cette envie particulière d’être l’étrangère quelque part. Je crois que c’est parce que je me sentais assez effacée à l’adolescence et que ça me donnait un intérêt « en partant ». Quand j’arrive qq part, je ne suis plus « personne », je suis « la Française », et ça me donne un point de départ. Ça doit être vrai pour d’autres gens car on dit souvent qu’il y a pas plus chauvin qu’un Français de l’étranger lol

  4. C’est un très beau bilan qui fleure bon l’accomplissement.

  5. C’est un sacré beau bilan ! Ca vend du rêve sur l’expérience d’expat. Avec Mr G on nous a souvent dit: « mais qu’est ce que vous faites en France ? C’est pourri, allez donc au Canada vous y serez mieux »

  6. J´avais oublié qu´on était arrivées à Montréal presque en même temps! Jái débarqué avec ma fille de 3 ans et enceinte du 2ème le 10 août 2013, mon mari nous attendait déjà depuis 2 semaines. Le temps passe vite ! Tu n´as toujours pas envie de partir ailleurs ? Je pense que j´ai attrapé le virus du déménagement! Quand tout deviant facile, j´ai envie de bouger ! ;-)

      1. En Suisse, Nouvelle Zélande ou Colombie Britanique (mais c´est juste un rêve, on restera à Vienne!)

  7. Joli bilan :)
    Moi ca fera 9 ans au Canada en Octobre, et 13 ans d’expatriation ce moi-ci!!! Je ne m’en etais meme pas rendu compte avant de te lire! C’est fou. Et du coup je me suis aussi rendu compte que mon divorce et mes 2 demenagements cette annee se sont aussi fait avec juste l’essentiel. Un peu plus quand meme qu’en partant en Ecosse et au Canada, mais j’ai du me refaire « un trousseau » et des amis.
    Vive l’aventure

  8. Merci pour ce bilan. J’adore les bilans 😊 belle réussite ! Nous on est à Vancouver depuis un an, je viens de faire notre bilan également, que du positif !

    1. Je vais aller lire ça, vous vous y plaisez alors ? Je ne connais pas du tout l’Ouest mais ça a l’air magnifique

  9. Je viens d’écrire un commentaire à un autre de tes posts où je te dis que je me reconnais souvent dans tes textes… Je suis arrivée à Montréal le 6 septembre 2013 avec mon bébé d’un mois dans les bras. Ma petite franco-canadienne est née 3 ans plus tard. (Par contre on est toujours sur l’île nous ;)

    1. ❤️ on est comme sœurs de parcours :) Où êtes vous sur l’île ? Vous y plaisez vous toujours ? Ça veut dire que ton grand ou ta grande est désormais en première année aussi et que ta deuxième est de 2016?

      1. C’est tout à fait ça! Mon fils est en première et ma fille est de mai 2016! Nous sommes sur le Plateau mais nous cherchons à acheter et les prix sont trop élevés pour nous… On a des vues sur Hochelaga. Nous n’avons pas de voiture par choix et souhaitons que cela reste ainsi, alors la proximité d’un métro et de commerces est pour nous indispensable.

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