La taille a toujours été un truc qui me fascine. Et bien sûr ça fait moitié perverse à ce stade mais attendez que je m’explique. Je suis dans la courbe basse des adultes. Pas minuscule, mais ce que l’on a coutume d’appeler « petite ». Même Anthropology en a fait une taille à part. Et même si « tout ce qui est petit est mignon », quelques centimètres de plus n’auraient pas fait de mal à mon estime personnelle, surtout à l’adolescence. Quand je maîtrisais encore mal la séduction. Et les talons.
Miss Swing est née dans la courbe moyenne. Elle y est restée jusqu’à ses deux mois environ, et puis la courbe a commencé à flancher. Aucune cassure, juste du très normal : Miss Swing était « petite » elle aussi. Elle continue à l’être, représentant indifféremment le clan des petits-mais-pas-minuscules.
Je me suis débattue durant toute sa première année avec des tailles de vêtements qui ne correspondaient que trop bien. Trois mois à trois mois, six mois à six mois, neuf mois à neuf mois… voire un peu plus! Les gilets étaient souvent de la taille en dessous, et les pantalons doivent désormais être resserrés à la ceinture pour tenir.
Et puis E. est arrivée. Elle faisait exactement la même taille que sa soeur à la naissance. Même taille, même poids, à quelques grammes près. Des copies conformes. Deux semaines plus tard, rendez-vous chez le médecin. Elle avait pris deux centimètres. Et mes prédictions ont pris l’eau.
Depuis, la petite mandarine a tout d’une belle orange. Elle grossit et grandit à vive allure. Et si elle daignait s’asseoir ou ramper, on la prendrait facilement pour un bébé de quelques mois de plus. Impossible de fermer les cache-couches, difficile de couvrir les jambes avec le pantalon. E. aura quatre mois dimanche, et hier j’ai sorti à reculons la boîte estampillée « 9 mois – 12 mois ». J’ai vidé entièrement le six mois pour faire de la place. Je me suis dit qu’au pire, les pantalons tirbouchonneraient quelque temps.
Ils n’ont pas tirbouchonné.
Je ne me leurre pas. Elle n’a pas soudainement atteint 75 cm dans la nuit. Tout au plus toise-t-elle 64 ou 65 cm. C’est le haut de la courbe, pour ses quatre mois. Et elle ne rentre plus dans le six mois car les créateurs de vêtements pour enfants ont prévu les choses ainsi depuis que la mode est monde : une taille de plus que l’âge.
Je sais autre chose : elle sera probablement à peine plus grande que moi. Combien d’entre nous ont vécu ce passage incroyable de dominer les autres de quelques centimètres pour se retrouver finalement dans les fonds du classement l’adolescence venue? En attendant, chaque fois que le temps de la mesurer est venue, je ressens un fond d’excitation mêlé d’appréhension. Combien désormais? Et pourquoi? A qui as-tu pris ça ma petite mandarine? Resteras-tu mon bébé géant? Le temps me le dira…
Et vous, la croissance vous a-t-elle joué des tours?
-Lexie Swing-











