Découvrir les trains à Saint-Constant

Quand on immigre dans un nouveau pays, tout commence par un voyage. Les premiers mois sont ceux de la découverte et l’on parcourt nos nouvelles villes la curiosité en baluchon. On en vient à connaître ces endroits mieux que les endroits d’où nous provenons. C’est tout l’intérêt d’immigrer : on avance les yeux et le coeur grand ouverts.

Pour beaucoup, ces mois de découverte sont suivis de mois d’installation. Le quotidien plus si nouveau devient la normalité. On use alors d’habitudes locales sans sourciller, et l’on s’enterre dans un rythme travail-maison sans arrière-pensées. Les sorties deviennent moins fréquentes, et les week-ends se passent à jouer dans la cour arrière. On se surprend à revenir dans des endroits déjà découverts, on écume les mêmes bars et les mêmes restaurants, on se construit des repères. C’est le temps de la banalisation.

Et puis, les envies reviennent. On s’entête à voyager à l’intérieur du pays quand les citoyens de longue date rêvent d’en traverser la frontière. On fait d’une aventure le moindre trajet, chanceux parce que conscients de ce qui nous entoure. On s’enthousiasme, surtout, ce qui se trouve à côté, des petites activités familiales et des endroits insolites dont les visites rythmeront notre été.

Dimanche dernier, rejoignant nos amis de Québec en week-end dans la région de Montréal, nous avons ainsi découvert le musée ferroviaire de Saint-Constant, également appelé Exporail, sur la Rive-Sud.

Le choix s’est fait au regard de deux critères : nous voulions un endroit agréable à visiter pour de jeunes enfants et qui permette de passer un peu de temps en extérieur considérant les températures estivales que nous avions alors.

Le musée ferroviaire est l’endroit parfait pour qui recherche ces deux critères. Très ludique, il se fait pour moitié en intérieur et pour moitié en extérieur. La partie intérieure permet un accès à de nombreux trains tels qu’ils ont été mis en circulation à compter des années 1830. Le long des trains, des pancartes racontent les petits et grands succès, accompagnant les textes de photos d’époque.

Certains wagons proposent des jeux aux plus petits, quand d’autres – accessibles seulement à l’extérieur – laissent entrevoir la vie d’alors. L’occasion de découvrir que certains trains étaient mêmes pourvus… de salles de classe !

La visite intérieure se termine sur une salle entière dédiée à des trains miniatures qui parcourent une vallée reproduite de toutes pièces. L’un des trains est même pourvue d’une caméra, elle-même reliée à un écran qui projette l’image en tout temps et permet de voir en temps réel les images du parcours effectué.

À l’extérieur, et après quelques errances, faute d’indications suffisamment précises, nous nous dirigeons vers le petit train. Ainsi juchés, nous traversons tunnels et ponts de fortune. L’expérience arrache des cris de joie aux enfants, les parents gardant les lèvres closes et les genoux fermement serrés considérant l’étroitesse du support sous la largeur de leur fessier d’adultes.

Trajet en sens inverse, passage devant l’entrée du musée, direction cette fois l’autre partie du site, dédiée aux trains en taille réelle. Une balade en tramway d’époque, ainsi qu’en train de passagers est possible. Malheureusement, compte tenu de l’heure avancée, l’activité était déjà arrêtée. Si vous optez pour une visite en après-midi, n’hésitez pas à commencer par la visite extérieure afin de mettre toutes les chances de votre côté.

Côté repas, c’est vers un brunch dominical que nous avons orienté notre choix. Rendez-vous donc au restaurant Œuf Xceptionnel, situé à quelques centaines de mètres de la gare. Le rapport quantité/qualité/prix y est idéal et le personnel agréable.

Et vous, quels sont vos plans de la fin de semaine ?

-Lexie Swing-

Exporail, 110 Rang Saint Pierre, Saint-Constant, QC J5A 1G7

Tarif journalier : 20,80$ pour un adulte, 10,40$ pour un enfant, 54,10$ pour une famille. Gratuit le premier dimanche de chaque mois.

L’école au Québec : tout ce que j’aurais voulu savoir avant

Au Québec, l’école commence à 5 ans. Les enfants entrent alors en maternelle, dans un niveau qui correspond globalement à la grande section, en France. L’enjeu y est d’apprendre les lettres, les chiffres, mais surtout – et avant tout – d’adopter une routine et une capacité à suivre des consignes, rester assis en écoutant un professeur, travailler en groupe.

Au moment d’entrer à l’école, les niveaux des enfants sont souvent inégaux, autant en termes de connaissances que d’apprentissage purement social. Certains arrivent de CPE, d’autres de prématernelle axée sur l’apprentissage théorique qui souvent couvre déjà une partie du programme de maternelle. Il y a des enfants issus de garderies qu’on dit familiales – souvent 6-7 enfants entre 6 mois et 5 ans, gardés par une seule personne à son domicile. D’autres, enfin, ont été gardés à la maison par une mère ou un père en congé parental.

Avant l’entrée à l’école, en août dernier, j’avais mille questions, que je posais régulièrement aux parents avec plus d’ancienneté et à mes amis qui avaient grandi à l’école québécoise. Depuis, j’ai obtenu quelques réponses, que je vous livre ici.

L’école finit tôt… mais il y a un service de garde

L’école a lieu de 8h15 – 14h30 (en maternelle) ou 15h30 par la suite. Je me demandais comment faisait le commun des parents mortels pour rentrer à la maison aussi tôt. Et si les enfants pouvaient rester le soir, était-ce une étude? Tous assis pendant 3h de temps? Finalement, j’ai découvert le service de garde, ouvert à compter de 7h, et jusqu’à 18h. Autant dire que de notre côté, nous l’utilisons à son plein potentiel. B. a le choix entre la salle de dessins et jeux, et le gymnase (le matin). Le soir, elle commence par une récréation, avant de passer du temps dans la salle dédiée aux jeux puis de se rendre au gymnase. Le vendredi, elle revient toujours (magnifiquement) maquillée. Sa classe possède une éducatrice dédiée, qui est présente pour eux le matin, le midi et le soir.

Est-ce que c’est vrai qu’ils mangent dans leurs salles de classe et qu’il n’y a pas de micro-ondes?

Dans son école, oui. Dans d’autres écoles il y a des micro-ondes et/ou une salle spécifique pour les repas. Mon conjoint a déjà travaillé dans un gymnase où, quelques minutes avant midi, le personnel dépliait de grandes tables pour permettre aux enfants de manger. Pour nous, c’est donc dans la salle de classe et l’enfant apporte sa boite à lunch. Un service traiteur est également disponible, si besoin est, mais il doit être commandé à l’avance (impossible de se rendre compte le matin même qu’on n’a pas de quoi nourrir son précieux).

Je n’imagine pas ce qu’on peut bien mettre dans une boite à lunch…

Chaque midi, mon conjoint et moi apportons nos boites à lunch au bureau, et B. mange globalement la même chose. Elle a parfois un plat chaud – placé dans un Thermos pour le garder chaud – et parfois un ensemble de petites choses froides. Ce midi, c’était quiche, légumes, chips tortilla et trempette au yogourt. Demain, couscous (en Thermos, donc). Selon les écoles, on peut être plus ou moins surveillé concernant ce qu’on met dans les boites à lunch. Les bonbons sont interdits de notre côté, mais les cupcakes pour le goûter sont autorisés. Dans d’autres écoles, des parents ont déjà reçu une note concernant le chocolat ou les chips. Et pour tous, les précautions prévalent généralement, avec une interdiction assez généralisée de tout ce qui contient des noix. Côté collation, il y en a deux à prévoir : une le matin qui doit être composée de legumes, fruits, yogourt… et une le soir, qui peut être toutes sortes de choses. Généralement je glisse à B. un muffin ou un cookie que j’ai cuit le matin. Sa boîte à lunch est entièrement zero déchet, au depart parce que j’avais peur qu’elle jette les ustensiles (couverts) avec le papier du gâteau ou la gourde de compote, et désormais par conviction.

C’est quoi, une journée pédagogique?

À ma connaissance, c’est une journée où les professeurs sont en formation. De fait, il n’y a pas cours, mais il est possible d’emmener les enfants à l’école. Certaines fois, une sortie est prévue – moyennant finances. D’autres fois, des activités sont organisées à l’école, suivant un thème défini. À date, B. est allée aux quilles (au bowling), au zoo, et au centre d’amusement. Elle a passé plusieurs journées pédagogiques à l’école également, revenant généralement maquillée et fatiguée! Les journées pédagogiques ont lieu au moins une fois par mois. Sont également prévues au calendrier des journées tempête, donc des journées de force majeure où l’école pourrait être fermée (pour cause de tempête). Elles sont affichées généralement assez tard dans la saison, en mars par exemple. À titre d’exemple, notre école a été fermée une journée en janvier pour cause de tempête, la journée de force majeure prévue est mars est donc devenue une journée travaillée normale.

Il y a vraiment si peu de vacances?

Si peu, ça dépend comment on se place, mais il y a 3 semaines de vacances durant l’année scolaire : deux à Noël et une fin février/début mars. À titre de comparaison, les écoliers français ont 8 semaines de congés durant l’année – si je compte bien (Toussaint, Noël, Hiver et Pâques). Globalement, nous trouvons quand même le rythme appréciable. Les jours sont tous pareils (pas de semaine de 4 jours ou 4 jours et demi) et globalement courts (8h15-15h30, comme écrit précédemment). Les enfants sont fatigués en ce moment, mais c’est une fatigue assez répandu au Québec par les temps qui courent, l’hiver de six mois raréfiant notre exposition au soleil et nos sorties. Bref, le printemps gagne du terrain et on saute tous de joie!

Est-ce qu’il y a des devoirs?

Chez nous, oui. Même si B. n’est qu’en maternelle. Lors de notre première réunion, les institutrices ont tout de suite précisé qu’elles n’en avaient pas donné pendant longtemps, mais qu’elles avaient changé leurs fusils d’épaules après que les enfants ont exprimé l’envie de rapporter quelques devoirs pour montrer à leurs parents leurs apprentissages et leurs progrès. On en a donc, mais avec parcimonie!

En quoi c’est différent de l’école en France?

En France, lorsque les enfants arrivent en grande section, ils ont – la plupart du temps – passé déjà deux ans à l’école. Ils ont acquis une certaine routine, ils connaissent les locaux, etc. Au Québec, lorsqu’ils arrivent en maternelle à 5 ans, tout est nouveau (sauf prématernelle 4 ans, comme il en existe dans certaines écoles) et tout est donc à acquérir. Comme nous sommes un groupe d’amies avec des enfants nés au même moment, à cheval sur la France et le Québec, j’ai pu comparer les expériences, y compris avec les souvenirs conservés de ma propre enfance. À mi-parcours, je me suis interrogée. Était-ce normal qu’elle n’apprenne pas encore vraiment l’écriture? À déchiffrer ses premiers mots? À compter jusqu’à 100? À côté de ça, j’ai vu se développer chez elle une capacité à travailler en équipe et une plus grande maîtrise de l’expression orale. Elle a aussi développé des connaissances pointues sur les thèmes abordés mensuellement, à l’instar des dinosaures. Sa photo et son nom ont également été affichés sur le tableau d’honneur de l’école pour son application – et implication – dans ses travaux. Le tableau d’honneur célèbre ainsi chaque mois un enfant par classe, dans tous les niveaux, sur un thème donné. Par exemple, le thème de janvier ou février était «j’apporte mon aide à mes camarades» et la mention au tableau d’honneur semble récompenser l’enfant qui a fourni un effort sur ce thème précis plutôt que celui qui a un don particulier en la matière. Si un instant je me suis interrogée quant à l’apprentissage théorique, je m’aperçois aujourd’hui que l’école telle que ma fille en fait l’expérience lui a offert d’ores et déjà des bases solides en termes de confiance en soi et d’implication au sein de l’école. Le mentorat entre les élèves plus âgés et les maternelles a aussi conduit à une meilleure intégration des plus petits, qui comptent désormais des alliés parmi les grands. J’ai hâte maintenant de voir ce que l’école primaire nous offrira, et à quel point l’éducation scolaire à la québécoise aura un impact sur le développement de ma fille, et sur celui de sa sœur, plus tard.

 

-Lexie Swing-

 

Photos : Matthew Henry (Burst)

6mois, le magazine que vous devez découvrir

Les influenceuses made in Japan. La victoire de l’IVG en Irlande. L’insolente petite ville de Calabre, exemple réussi de l’intégration des migrants parmi la population locale, désormais menacée par l’extrême-droite au pouvoir. Le luxe au Liban. Le 6mois du printemps 2019 est sorti, plein de sa richesse habituelle, de ses histoires qui commencent au creux même des photos, dans les visages las, les yeux émerveillés, les sourires interrogateurs. Dans les fonds flous des conflits, dans les horizons dorés des palaces de l’Orient, dans les recoins des chambres miteuses de ce monde et le vert parfois terni des campagnes de la planète entière.

Le magazine de photos «6mois» est à la fois mon précieux et mon vecteur. Je le lis depuis ses premières parutions. Je le partage, mais demande toujours à ce qu’il me revienne. Après avoir fait le tour de ses admirateurs, celui-ci ne dérogera pas à la règle, il reviendra à sa place sur l’étagère qui leur est dédié.

Son tour commencera par ma collègue anglophone, qui survole les légendes et s’accroche aux images. Il parcourra d’autres mains tendues, sur le chemin. Ouvert en son cœur par des lecteurs distraits par la couverture. Ils l’emprunteront sans un mot, déjà absorbés. Le ramèneront avec un post-it mal collé, remerciement silencieux. Il échouera finalement sur la table de la cuisine de mon ami et collègue, féru de petites et grandes histoires.

Pour le moment, il gît sur mon propre bureau. Je le savoure, reportage par reportage, tandis que les informations affluent ensuite dans mon esprit, nourrissant les discussions de fin de soirée et les repas de midi. J’en suis à peine à la moitié, et je trépigne déjà de découvrir le reste.

-Lexie Swing-

6mois est en vente au prix de 26 euros, avec deux parutions annuelles, au printemps et à l’automne. Il est livré chez moi – au Québec – pour un coût de 10 euros.

Connaissez-vous Passe-Partout?

Moi, la première fois qu’on m’a parlé de Passe-Partout, ici au Québec, j’ai cru qu’on mentionnait le monsieur qui porte toujours un immense jeu de vieilles clés, dans Fort-Boyard. Je me suis demandée où ils le mettaient, leur fort, sur le Saint-Laurent. Mais ça ne m’a pas émue plus que ça.

Et puis, en début d’année, de nouveaux épisodes de «Passe-Partout» ont été tournés, provoquant une marée de commentaires enthousiastes de la part des parents québécois, eux-mêmes issus de ce que l’on a appelé ici «la génération Passe Partout».

C’est le moment où je n’ai pas pu m’empêcher de demander : «Mais p***** c’est qui Passe-Partout?». Comme je suis polie et que les enfants ont toujours les oreilles qui trainent, j’ai plutôt dit «Qui est ce fameux Passe-Partout dont le monde (québécois) entier a le nom sur les lèvres?»

Bref, il s’avère que Passe-Partout est une fille (et toc). Elle partage la vedette de l’émission avec Passe-Carreau et Passe-Montagne – respectivement une fille et un garçon. D’autres personnages sont également présents, tels que Fardoche, Julie et André, ainsi que la famille de marionnettes qui reproduisent des saynettes de la vie quotidienne.

L’émission a été diffusée de 1977 à 1991, puis remisée, jusqu’au tournage de nouveaux épisodes l’an dernier.

Ça ressemble-tu aux Minikeums?

Nope. Les Minikeums, qui d’ailleurs ont correspondu à la génération suivante – ils sont apparus en 1993 – étaient bien des marionnettes, mais elles avaient été créées à l’effigie de personnes célèbres en France : Antoine de Caunes, Vanessa Paradis, la chanteuse Elsa, Mc’Solaar… Personnellement, et mise à part «Vaness’», je n’avais aucune idée à l’époque qu’ils étaient censés représenter des personnes réelles. Les saynettes qu’ils reproduisaient étaient plus des copies d’émissions existant sur les ondes («Question pour un lampion», «Taratatouille»…) que des saynettes de la vie courante.

Le concept de Passe-Partout est pour sa part moins un divertissement qu’un outil pédagogique télévisuel. L’enfant se retrouve dans les saynettes, il apprend des mots, des concepts, des façons d’agir aussi.

Et pis, t’as aimé ça, la première saison de Passe-Partout?

On n’a pas la télé ici, et j’ai toujours eu l’impression de passer à côté d’une certaine forme de culture québécoise. Quelle que soit l’idée que l’on se fait de la culture télévisuelle, je trouve qu’elle peut être une forme de découverte et d’apprentissage lorsqu’on immigre dans un nouveau pays.

Passe-Partout était pour moi une belle façon de découvrir un concept qui avait bercé l’enfance de mes amis, et qui s’apprêtait à accompagner mes petites Québécoises dans les prochaines années. Si l’émission se poursuit, elles feront directement partie de la nouvelle génération Passe-Partout, une belle forme de ralliement.

En janvier dernier, j’ai donc téléchargé l’application de Télé-Québec, j’ai lancé le premier épisode et… je suis allée me servir un verre de vin. Je n’étais clairement pas assez alcoolisée pour apprécier le concept. L’épisode s’ouvrait sur la marionnette Cannelle, la fille de la famille, et si mes souvenirs sont bons elle parlait à son phoque en peluche. J’étais tassée au fond de mon sofa, roulant des yeux. Je pense que je manque de sensibilité à l’égard des marionnettes.

Mais vous savez qui a directement accroché à l’émission? Mes filles. Tandis que je regardais d’un œil torve, B. a levé la main pour répondre à une question posée face caméra par Passe-Partout. Je me suis rassise plus droite. Passe-Montagne et Passe-Carreau ont proposé une série de mouvements pour se défouler. Tempête s’est levée d’un bond et j’ai repris une gorgée. Les protagonistes ont entamé une chanson. Et les filles ont repris en chœur tandis que je murmurais l’air entêtant. Et puis un enfant – un vrai enfant – est apparu sur l’écran. «C’est un ami de ma classe», a crié B. J’ai laissé échapper un sourire.

La vérité, c’est que je n’irais pas me farcir Passe-Partout en proie à une vaine solitude. Mais comme parent… bon sang que c’est sain. Ça fait tellement du bien, de voir une émission proposée aux enfants qui soit aussi saine. Qui montre aux enfants comment exprimer leurs sentiments. Qui leur apprend le nom des oiseaux et le cycle des saisons. Qui soit aussi interactive, les enjoignant à chanter, à s’exprimer et à bouger.

Pour vous donner un exemple, la photo d’illustration montre l’épisode que les filles ont regardé ce matin, tandis que je finissais de me préparer. À l’image – petite et flou, j’en conviens – Passe-Montagne et Passe-Carreau, qui rencontrent le chien de Fardoche. Passe-Montagne a peur des chiens. Passe-Carreau, qui est le personnage énergique et «physique» (au sens d’exercices physiques) de l’émission, lui répond : «Tu sais, il y a une façon d’aborder les chiens si tu en croises un. Déjà, tu commences toujours par demander au maître du chien si son animal est gentil et si tu peux le caresser. Ensuite…»

Vous voyez l’idée? Vous croyez que ça n’a pas d’impact? Détrompez-vous! Au premier chien que nous avons croisé, Tempête s’est précipitée, et B. est intervenue : «Souviens-toi, tu dois d’abord demander…»

Je vous encourage à découvrir l’émission, juste pour le fun, juste pour voir. Avec votre âme de parent, en laissant le sarcasme au vestiaire. Parce que oui, la première fois que Passe-Montagne a raconté une histoire courte en s’appuyant sur des illustrations au mur, puis qu’il a ensuite repris l’histoire une nouvelle fois depuis le début, j’ai cru faire une crise d’apoplexie. Et puis il a dit «mmmh rappelez-moi, il se passait quoi, à ce moment-là, déjà?» et mes filles ont répondu en criant et riant, ravies d’avoir tout retenu. J’ai su à cet instant que le plaisir du divertissement me resterait inaccessible. Me reste donc celui de bouquiner en toute tranquillité pendant 23 minutes en sachant mes enfants absorbés par une émission de valeur.

Et ça, je vote pour.

-Lexie Swing-

Pour découvrir l’émission, rendez-vous sur Coucou Télé Québec.

Crédit photo : Lexie Swing

C’était journée tempête

Les commissions scolaires n’ont pas pris de risque. 30 cm de neige annoncés dans la nuit : la fermeture des écoles a été anticipée dès la veille au soir. Rapidement, les garderies ont suivi. Le personnel plus que restreint – les éducatrices sont souvent des mamans d’écoliers également – rendait l’ouverture impossible. Le train passait, ou peut-être pas. Les bus seraient ralentis, visibilité réduite oblige.

C’était journée tempête. On avait tous anticipé le chaos à venir. Pas de lunchs prêts, pas de devoirs faits, pas d’habits préparés. A peine une recette de pancakes au yogourt sortie sur le comptoir. Et un accès travail à distance demandé pour la cause. A 6h du matin, le potager avait disparu, ainsi que l’allée, une partie des escaliers et l’arbuste au fond de la cour. La neige était au rendez-vous.

On a ouvert nos ordinateurs, mélangé la pâte des pancakes et fait chauffer le café. Alors que l’ancienne génération s’émouvait sur les ondes que « de (notre) temps, on allait à l’école quand même », une commentatrice a fait remarquer : « pourquoi voulons-nous à tout prix braver les éléments ? Pourquoi prendre des risques ? Nous sommes au Québec, adaptons-nous à notre nordicité ». J’ai trouvé ça juste et vrai. Pourquoi lutter ?

Nous avons fait comme nos enfants, excités comme des puces de passer un mercredi en pyjama en regardant la neige tomber – le mercredi n’est jamais un jour off pour les écoliers ici. Nous avons accepté la lenteur du jour et le travail entrecoupé de constructions de legos, et de découpage de sablés.

Il a fallu pousser la voiture prise dans la neige haute, juste à temps pour voir arriver notre service de déneigement privé, venue refaire une petite tournée. Sortir n’est jamais une bonne idée en ces jours enneigés.

Car c’est aussi ça, le Québec. Des journées tempête et de la neige à foison. Légèrement hors du temps.

-Lexie Swing-

Dans mes bottes d’hiver

On lit beaucoup de choses quand on immigre au Canada. On apprend l’été indien, on s’interroge devant les expressions, on s’impatiente devant l’incroyable nature. On ne sait pas vraiment, en revanche, le quotidien. Ça ne peut pas vraiment se raconter, le quotidien, ça ne peut pas vraiment se décrire. Surtout le quotidien d’hiver. Cette saison qui commence parfois dès novembre et s’attarde jusqu’en avril. Ces mois passés bottes de neige aux pieds et manteau de ski long sur le dos. Six mois durant, la masse est faite de silhouettes vaguement informes, épaissement vêtues et coiffées de bonnets sombres. Au diable l’accoutrement, le but est de survivre face à un ressenti -30 au petit matin sur le quai d’une gare de banlieue. Un quai de plein pied, ouvert aux quatre vents, parfaitement bucolique, cruellement froid. 

6 mois où la neige ne quitte plus le jardin, où l’herbe s’endort sous son chaud manteau. 6 mois où l’on paie le déneigement après avoir difficilement tenté de le faire soi-même et avoir renoncé à la 18ème tempête de neige de janvier, quand il n’est plus possible  de dépasser l’entrée du garage parce que la neige s’en vient jusqu’à la taille. 

Des semaines à patiner sur le lac, à descendre les cotes des parcs en luge, ou même l’allée du garage ! Des week-ends à sortir les raquettes, les fatbikes et les skis. Une vie à mi-chemin entre la ville où nous travaillons et les pistes de ski du mont qui surplombe la maison. 

Le matin, droite dans mes bottes, et frissonnant dans mes collants, je ferme les yeux. La lumière, cette  luminosité incroyable propre au grand froid, baigne nos visages endormis. Sur le quai de la gare, luttant contre le vent, je fais des ronds blancs de froid dans l’air qui se blanchit. Respirer chaque seconde, pour ne jamais oublier sa chance de se trouver ici. Il faut la mesurer, sa chance. Elle nous tiendra chaud cette semaine : les -20 s’annoncent déjà. 

-Lexie Swing-

La ferme Guyon et le Garde-Manger de François

L’absence d’articles ne reflètent pas l’absence d’aventures, bien au contraire. Mais si peu de moments figés sur écran pour tant d’instants vécus … La vie s’est faite pleine, tellement pleine, mon amoureux devant filer soudainement pour la France, croisant sa maman à l’aéroport de Lyon, en partance pour Montréal. Les allers-retours à Dorval, pour déposer les uns et récupérer les autres, le désormais habituel trajet école – garderie – train, et puis train – garderie – école. Le karaté que l’une ne fait plus, faute de fatigue écolière et de piscine le samedi. Le karaté que l’autre fait toujours, et nos moments désormais en tête-à-tête, juste avant le cours qui est désormais le sien.

Et puis les aventures du week-end donc, qui nous ont conduit à Chambly samedi, à la Ferme Guyon.

Le programme était simple : ferme pédagogique, papillons en liberté et marché couvert avec des produits locaux et bios, entre autres.

Nous sommes arrivés peu de temps après l’ouverture et avons ainsi bénéficié du privilège de ceux qui se lèvent tôt – aka les parents de jeunes enfants : une ferme presque vide de monde.

A l’intérieur de la ferme pédagogique, nous avons déambulé au milieu des stalles, caressant les deux chèvres laissées en liberté, recevant les explications de l’une des soignantes, qui tenait dans ses bras une poule qu’elle flattait comme un petit chien. Nous sommes entrés dans l’espace réservé aux lapins, à quelques canards et poules. Et nous avons observé les canetons jusqu’à ce que Tempête obtienne le privilège d’en tenir un. Un bébé dans les mains d’un bébé…

Comme nous étions peu nombreux, les filles ont pu nourrir les cochons de morceaux de tomates maladroitement jetés dans la souillure – ils ne leur en ont pas tenu rigueur !

Elles ont été aussi aux premières loges pour découvrir les poussins nouveaux-nés serrés sous leurs lampes chauffantes ou pour flatter les moutons, bêlant en ligne pour attirer leur attention.

La visite terminée, et après un détour par la ruche (à mon corps défendant), nous avons marché jusqu’à la serre abritant les papillons. Ils voletaient, magnifiques, dans une serre bien chauffée. Il n’y avait que nous cinq et des dizaines de papillons se perchant sur nos tuques d’automne et nos sacs à dos. Une belle découverte à peine altérée par les cris d’orfraie poussée par ma petite dernière, peur des insectes oblige.

Un détour par le marché couvert, écourté par l’impatience enfantine à l’approche du repas, mais définitivement à redécouvrir : envoyant les enfants à la voiture avec leur père et grand-mère, j’ai bénéficié de quelques minutes pour acheter plusieurs fromages, des œufs frais et un yaourt de ferme…

Nous avons choisi de nous arrêter à la boulangerie le Garde-Manger de François pour le lunch. Une boulangerie installée depuis plus d’un siècle, et qui recèle de trésors, à l’image de son pain curry-noix-érable, que nous dénichons habituellement au marché de Longueuil. Point de photos ici, tout a été dévoré bien trop vite, mais les options végétariennes ne manquaient pas, comme mon sandwich aux légumes grillés agrémenté d’une mayonnaise épicée, ou le sandwich au pâté de lentilles de mon conjoint, qui ressemblait à s’y méprendre à des rillettes. Une superbe adresse !

Tarifs de la ferme : 12 dollars duo adulte (ferme + papillonnerie) et 6 dollars le duo enfant (gratuit pour les 3 ans et moins.

-Lexie Swing-