Mon amie J. est de retour en France après 6 mois passés sur notre continent. Son retour s’est fait avec l’apprentissage des différences culturelles auxquelles on échappe rarement lorsque l’on passe un certain temps dans un autre pays. Du bon et du mauvais. Elle en fait le constat ici.
C’est le lot de tout Français de l’étranger que de comparer à un moment ou un autre ce qu’il a connu et ce qu’il a découvert, son passé et son quotidien, son éducation et celle qu’il délivre désormais à ses enfants sur un sol différent. Avec le temps, on n’oublie de comparer. Parce que le présent prend le pas. On se met alors à évoquer la géographie et la politique d’un pays nouveau, à débattre de la dernière mesure gouvernementale d’un premier ministre qui est désormais le nôtre ou à trépigner devant l’offre démesurée des festivals d’été de ce qui est devenu « notre » ville. Se mêlent des bribes d’information venues de ce pays dans lequel on a grandi et qui nous a donné la nationalité que nous portons ici avec plus ou moins de fierté.
Lorsqu’on demande aux Français de l’étranger, immigrés canadiens, pourquoi ils ont quitté leur patrie, tous ne sont pas critiques envers ce qui fut leur pays. Ils évoquent plutôt l’envie de découvrir autre chose, la perspective d’aborder un nouveau continent, la richesse d’une culture différente. Ils sourient aussi, l’air incertain : « Peut-être que nous rentrerons un jour ». Parce que c’est vrai. Parce que nous n’avons pas toujours le choix. Parce que les envies changent. Parce que certains sont partis sans s’interroger sur le caractère définitif de leur choix et qu’ils n’ont jamais exclu de revenir. Parce que tous se refusent à fermer la porte, au cas où la vie les prendrait de court. Parce qu’ils refusent d’essuyer un sentiment d’échec.
Je suis Française. De nationalité, de racines, d’origines. De souvenirs. De famille. Mais pas de patrie. Je ne me sens d’aucune patrie. Je refuse de faire partie d’un tout, sauf s’il englobe le monde. Je suis partie parce que je voulais découvrir autre chose. Je suis partie parce que je ne supportais plus la France. Et c’est ma propre vérité. Je refuse de caresser le dos du pays qui m’a vu naître pour lui planter un couteau ensuite. Je suis partie parce que je ne supportais plus le manque de perspectives, parce que je ne voulais plus de l’obscurantisme, parce que l’esprit français m’engloutissait peu à peu dans sa morosité latente. Parce qu’à l’aube de mon départ, les manifs anti et pro mariage pour tous, la haine visible, le rejet de l’autre palpable, m’ont mis le coup de grâce.
Être Français, ce n’est pas pour moi être un râleur, un profiteur, un égoïste qui oublie de lever le nez pour se préoccuper des autres. C’est avoir des souvenirs communs, des concordances. Pouvoir répéter en coeur « But, where is Brian? » et se moquer de nos pauvres cours d’anglais dont le niveau fait sourire le monde entier. Rire du Club Dorothée et se demander ce qu’est devenue Justine de Premier Baiser. Critiquer Paris. Oublier qui est le premier ministre. Savoir que nos destinations soleil pas chères, c’était l’Italie, l’Espagne ou le Maghreb, plutôt que Cuba, le Mexique ou la Floride. Louer la proximité que nous avions de l’Europe, toute l’Europe, des pays merveilleux et différents à un jet d’avion à petit prix.
J’aime mon histoire. Je chéris mes souvenirs. Je ne regrette pas la France. Ce n’est pas ma patrie. Je reviendrais pour ma famille. Je ferais le trajet pour mes amis. Le reste est avec moi, en chacune des personnes que je rencontre et qui a les mêmes racines géographiques. Dans la langue que nous partageons et qui est, par la richesse de son vocabulaire, l’une des plus belles au monde. Dans nos lieux communs. Dans nos anecdotes. Et nous sommes capables de les partager sur n’importe quel continent, faisant fi du concept de nationalité, à cheval entre plusieurs mondes. Apatrides, mais tellement libres…
-Lexie Swing-












