Consentement : qui est responsable ?

imageSoir de pliage de linge, l’occasion rêvée de me mettre à jour sur ma série du moment : Switched at birth. Début d’épisode et une mention prévient le spectateur : on va aborder le sujet du consentement lors de la relation sexuelle (mon iPhone vient d’écrire religion sexuelle, ça me fait réfléchir lol).

La série ne donne pas trop dans la morale, mais les héroïnes sont deux étudiantes, alors… Je voulais aborder le sujet avec vous car je me suis aperçue, à ma grande surprise, que je n’étais pas d’accord avec cette idée de superpuissance du consentement féminin. Je vous raconte ? Vous me donnerez votre avis.

L’histoire : Bay, 19 ans, se réveille dans le lit d’un bon copain, qui est son ex d’ailleurs. Elle a déjà un amoureux. La veille, après une chicane avec ledit amoureux, elle a picolé avec l’ex et d’autres amis, fait la fête, rit, jusqu’à ce qu’elle demande à s’allonger un peu. Elle dit au gars de s’allonger à côté d’elle. Et là black out. Elle se réveille le matin avec le feeling qu’il y a « something wrong ». Sa mère, à qui elle en parle sous couvert de « il est arrivé quelque chose à une amie », lui dit que c’est un viol. Et la machine se met en marche.

L’idée véhiculée par la série est qu’il y a relation sans consentement car la fille était trop alcoolisée pour le donner. On a des flashs backs où elle embrasse le type etc, mais on apprend par la suite qu’elle ne se rappelle de rien. L’ex, qui est donc un bon ami, lui répète qu’il n’aurait rien fait si elle n’avait pas voulu. Qu’il avait beaucoup bu également. Dans les flashs, on voit que tout tourne également pour lui. Le père de la fille le tance d’un « peu importe que tu aies bu également, tu es plus grand, plus âgé, t’es le gars, t’aurais du arrêter en voyant qu’elle n’avait pas l’esprit clair ».

Ayoye. Je n’aime pas ces paroles. Je me suis rendue compte qu’à vouloir le consentement à tout prix, on déresponsabilise une nouvelle fois la femme. Elle était trop alcoolisée, elle n’avait pas la conscience claire. Tu étais alcoolisé également mais tu es l’homme, tu aurais dû tout arrêter. J’ai songé à toutes ces soirées trop alcoolisées qui ont tourné de même. A quel moment devient-on responsable du consentement de l’autre? Et quid de deux personnes alcoolisées? Qui doit s’assurer que l’autre veut bien? Pourquoi n’essaie-t-on pas d’en faire un objectif commun, encore une fois? Pourquoi tient-on le discours « toi femme tu dois donner un consentement clair, toi homme tu dois t’assurer qu’elle le donne ». Pour sûr un homme peut moins facilement se faire abuser par une femme que l’inverse. Quoique. Une fellation ? Dans ce cas il pourrait également se sentir abusé, ne pas avoir l’impression d’avoir donné son consentement. Alors je voudrais qu’on annote le présupposé précédent: « Avant de faire une fellation, toi homme donne ton consentement clair et précis (« oui je le veux »), toi, partenaire, vérifie que la personne n’a pas changé d’idée en chemin.

La seule chose que m’a fait ressentir l’épisode d’hier soir, c’est que l’on se trompe, au sujet du consentement. On déresponsabilise les jeunes femmes. Oui, il faut continuer à marteler que non, c’est non, et que le silence ne vaut pas (forcément) acceptation. Mais il faut surtout faire comprendre que l’envie doit être partagée. Et qu’il faut tenter d’envoyer des signaux clairs. Après tout les femmes sont pas mal les spécialistes des mixed feelings. C’est drôle d’ailleurs car en parallèle, et je ne suis pas certaine que les réalisateurs l’aient fait volontairement, la mère de l’héroïne fait justement vivre ça à l’un de ses proches : elle couche avec lui, puis le repousse en lui disant que ce n’était pas une bonne idée, pour finalement l’embrasser de nouveau quelques jours plus tard. En fait si, les réalisateurs en ont conscience puisqu’à cet instant, son chum demande : « es tu sûre que c’est ce que tu veux? »

Voilà comment est vu le consentement aujourd’hui : « une femme qui envoie un signal positif par ses actions et un homme contraint de demander, à haute et intelligible voix, si elle est bien sûr de son choix ».

Encore une fois on oppose les hommes aux femmes au lieu de créer un front commun de respect mutuel et de signaux clairs.

J’avoue que pour ma part, j’ai le goût d’apprendre un peu plus à mes filles. Que non, c’est non, mais qu’il faut respecter l’autre aussi, ne pas jouer avec ses sentiments. Que boire raisonnablement est la clé de bien des maux, y compris des maux de tête. Et que l’amour, comme le sexe, se fait à deux, en accord. Qu’il n’y a pas de toute puissance de la féminité, pas de toute puissance de la masculinité, et que l’écoute est à la base de tout.

Et vous qu’en pensez-vous?

-Lexie Swing-

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. ptitecarotte dit :

    je comprend ce que tu veux dire et je suis d’accord avec toi mais je dois avoir que j’avais vraiment apprécié cet épisode :
    parceque c’est une série pure américaine, tendance bonne morale conservatrice (meme si on est loin de 7 à la maison) alors ça change des « c’est de ta faute tu aurais du mettre une jupe plus longue ».
    Parceque c’est contemporain de l’ignobilité de l’affaire Brock Turner alors ca met un tout petit peu de baume au coeur dans la réalité de la culture du viol.
    Parceque le violeur n’est pas le méchant inconnu qui se cache dans la ruelle sombre, mais un proche, comme dans 8 cas sur 10.
    C’est quand même un message fort pour ce genre de série, regardé par des ado -et toi & moi donc ;-).

    1. lexieswing dit :

      Je pense d’ailleurs que ça a été provoqué par l’affaire Brock Turner, mais je trouve qu’ils ratent un peu leur cible. C’était comme pas difficile de faire arriver le truc avec qqun qu’elle ne connaissait pas ou pas bien. Pas un ex, par ailleurs un ami hyper respectueux depuis le début de la relation. Ça sonne awkward je trouve.
      Ou alors, garder le principe du viol par Tank, mais avec elle se souvenant de ce qui s’était passé. Un épisode plutôt orienté du genre « la majorité des filles se font violer par qqun qu’elles connaissaient », ce qui est vrai.
      Par contre je suis comme toi, j’aime bcp qu’ils aient abordé le consentement. J’aime bien cette série de manière générale. Et toi??

  2. ptitecarotte dit :

    Ca ne me gène pas que ca soit Tank : je trouve bien justement, de monter que le violeur ça peut être un ami, un proche, quelqu’un de sympa. Que parfois les situations dérapent même avec quelqu’un de confiance parceque la culture du viol s’insinue partout ? Mais j’ai vu l’épisode il y a un moment et je ne me souviens pas de tout. Pourquoi selon toi le message aurait été « mieux » si Bay avait des souvenirs de la soirée?

    Oui j’aime bien cet série aussi, le coté moralisateur n’est pas trop poussif. Et + 10 000 pour parler de la surdité. Pour un show tout public, je trouve ça très réussi, dans une relative complexité et divers questionnements. Je ne sais pas ce qu’en pense la communauté sourde, mais personnellement j’ai beaucoup appris et je trouve génial de montrer vraiment comme un « handicap » est une force. L’abord de la question de l’implant par exemple était très bien faite je trouve, donnant la parole à différent avis de sourds face à cette possibilité.

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