On a oublié la journée pyjama

On avait tout pourtant. Le jouet de la maison, le livre pour l’histoire, les bottes pour la pluie. Au premier pyjama aperçu, on a cru à une renonciation parentale, au deuxième, à un pari perdu, au troisième, on a senti qu’on avait loupé une info. « Il y avait marqué quelque part qu’il fallait venir en pyjama? », ai-je glissé à l’éducatrice de ma fille. « Oui, m’a-t-elle confirmé avec un sourire contrit. C’était dans le courriel de lundi. » Pas de jugement de son bord – elle sait bien que nous jonglons tous avec différentes priorités – mais notre toute petite n’avait pas la même perspective de vie et avait amorcé la bouderie dès le passage de la porte d’entrée, pressentant comme nous qu’une chose fondamentale (pour elle) nous avait échappée. Nous avions oublié la journée pyjama.

Ça n’est pas la seule chose que l’on a oublié cette semaine. Hier, affublée du costume d’Halloween et pourvu des cupcakes réalisés pour l’école, ma grande et moi avions passé la porte en réalisant notre oubli de la commande – l’énième – du jour : l’apport d’un livre de maison et d’une lampe de poche. La demande avait été inscrite dans le courriel hebdomadaire du vendredi précédent.

« C’est pas comme si on recevait un seul courriel par jour », a résumé mon conjoint. Je ne sais pas comment font les autres parents. Chez nous la liste des choses dont on se rappelle est longue : le cahier de dictée à signer, le jouet du vendredi à apporter, le rendez-vous avec l’instit à booker, les photos de classe à commander, la participation à la fête d’anniversaire que l’on doit confirmer, la nourriture pour animaux à acheter pour la collecte du refuge, la tirelire à monter pour une oeuvre de charité, les kilomètres à parcourir pour le défi santé de l’école… pas un jour sans que les communications scolaires n’apportent leur lot de requêtes.

Et s’il n’y avait que l’école. Qui d’entre nous ne s’est jamais fait alpaguer sitôt après avoir passé la porte du bureau pour accomplir une tâche urgente ou dénouer un conflit miné? Qui n’a jamais rallumer son téléphone professionnel dès l’enfant déposé pour se retrouver assailli d’une horde de courriels pressants ?

Les tâches s’amoncellent de toute part comme autant de piles qu’il faudra bien finir par pelleter. « Jolis cupcakes, m’écrivait ma mère hier, en recevant la photo de mes précieux accomplis une fois les enfants couchés. N’oublie quand même pas de prendre du temps pour toi. »

« Je ne suis pas sûre que je puisse dans cette vie », lui ai-je répondu. Mais je l’espère, ça oui. J’y travaille, j’en ressens l’importance, et je noie la culpabilité des tâches que j’ai faillies dans du café déjà froid et des sourires forcés.

Et puis j’attaque le vendredi en robe très courte, et blouson quechua, je marche en chantonnant et tient des portes trop longtemps à des gens qui rient franchement de se voir ainsi attendus. Et c’est le plus près que je fasse de prendre du temps pour moi.

M’autoriser l’insouciance.

-Lexie Swing-

Dans cinq années de ça

Cet été, notre location de voiture touchait à sa fin, l’occasion pour nous de magasiner une nouvelle voiture. Nous avons finalement échangé notre Subaru Forester contre une Golf, renonçant à la capacité du coffre et des sièges arrières pour quelque chose de plus compact. Les voitures que l’on choisit sont à l’image de la vie que l’on mène. Elles doivent pouvoir embarquer le bon nombre d’enfants – sièges autos compris, les poussettes, le stock de couches, les courses pour 4 ou 5. Et puis, le temps aidant, les préoccupations se déplacent. Les sièges autos se font plus petits, les enfants s’attachent désormais seuls. On a abandonné la poussette au profit de la trottinette et relégué les biberons au rayon des regrets.

La durée des locations est aussi un miroir de la vie qui change. Lorsque nous avons souscrit notre premier contrat, il y a 4 ans, notre vieille auto tombait en ruine et nous avons alors opté pour une solution courante ici, la location, les six mois d’hiver ayant cette fâcheuse tendance à faire passer la moindre voiture neuve de vie à trépas en quelques mois.

Il y a 4 ans, j’étais enceinte de notre deuxième fille, à l’aube d’une vie dont je ne soupçonnais rien encore. Cette vie épuisante, mais pleine, entière. La Subaru fut la première voiture dans laquelle nous avons attaché le siège auto, c’est la voiture qui l’a ramenée à la maison. C’est celle qui nous a conduit jusqu’en Floride, et de l’autre côté, jusqu’au Nouveau-Brunswick. Elle a abrité bien des rires, bien des disputes, bien des siestes d’après-midi et des débuts de nuits. Elle reste marquée de l’empreinte des sièges autos et de celle, moins attendue, de la gourde de compote échappée dans un virage près de Fredericton.

Lorsque nous avons choisi notre nouvelle voiture, nous l’avons voulue rouge, et nous nous répétitions en boucle combien notre cadette serait contente, elle qui ne jure que par cette couleur. Elle qui allait justement fêter ses 4 ans, s’était débarrassée de ses couches et de ses babillages, pour devenir cette petite chose solide, bien campée sur ses deux pieds, qui a voulu monter derrière le volant dès qu’elle a vu la voiture arriver. Nous avons profité du changement de véhicule pour mettre à jour les sièges autos, B. étant désormais en âge et taille d’avoir un simple rehausseur et de s’attacher seule.

Je ne savais pas, il y a 4 ans, que je roulerais avec un enfant déchiffrant les messages de la console centrale par dessus mon épaule. Ni que nous laverions notre voiture au son de la chanson « Envoyez la mousse », scandée par la cadette tel un pilier de bar après la troisième tournée. J’ignorais que les voyages seraient ponctués de remarques fauniques ou ornithologiques, ou parfois scatologiques, les enfants tentant de deviner quel oiseau avait bien pu ainsi se répandre sur le toit vitré de notre nouvelle Golf.

Lorsque nous avons loué notre dernière voiture, les filles ont voulu savoir quand nous allions la rendre. Toujours un coup d’avance, les enfants. « 5 ans », on a dit. « 5 ans ça fait quoi? », a demandé Tempête. « Ça fait que tu auras 9 ans, et ta grande sœur 11 ». Et puis on a ajouté, pour nous mêmes : « Tu seras au milieu du primaire, et ta sœur à l’aube du secondaire ». Et c’était tout un monde qui se profilait. Un monde qui n’avait même pas encore commencé. B. n’avait pas encore mis les pieds au primaire, E. même pas encore à la maternelle. Dans 5 ans de ça, elles seraient des écolières bien avancées, dans des routines installées.

On ne réalise pas à quel point la vie passe, ce qui viendra demain, ce qui ne sera plus. Ce soir là j’ai ouvert le livre d’histoires en réalisant qu’un jour, je n’aurais plus à en lire. Comme j’ai un jour préparé un dernier biberon ou changé une dernière couche.

Mais nous serons aux prémices de nouvelles aventures, les dernières fois s’entremêlant au cœur de premières fois toutes neuves. Et à cet instant, refermant mon livre d’histoire, j’ai laissé glisser le flot ininterrompu de cette vie, et j’ai juste souhaité, de toutes mes forces, être là pour en témoigner.

-Lexie Swing-

Maman a la migraine

On dirait la fin abrupte d’un film réputé érotique. Maman a la migraine alors Papa peut aller se rhabiller. En vrai, la migraine parentale, c’est bien plus dérangeant que de siffler la fin de la partie de jeu. C’est être assis sur le banc des remplaçants, et assister, impuissant(e), au match en cours.

Je n’ai connu mes premières migraines qu’à l’âge avancé de 30 ans, mais j’ai grandi avec une mère pour qui la migraine a toujours été une partenaire de vie. Fêtes, week-ends, événements professionnels et jours fériés, la migraine ne connaissait aucun repos, et n’en laissait guère plus.

Il est souvent difficile d’en trouver la cause, et donc d’en faire un problème curable à long terme. Le quotidien devient donc un jeu de chat et de souris, où l’on tente, autant que faire se peut, de déjouer les pièges et d’échapper aux griffes. Car quand celles-ci se referment, le bal commence, avec des symptômes variés selon les participants. Certaines migraines s’annoncent par des nausées, d’autres attaquent sans préambule par de violents maux de tête. La plupart ne trouve du repos que dans des chambres plongées dans le noir et le silence du milieu de journée. Une gageure lorsque l’on héberge sous son toit des enfants de moins de dix ans.

Techniquement, être parent et migraineux c’est :

– Avoir un enfant qui passe la tête par la porte dix fois en demandant : « Ça y’est, tu vas mieux? »

– Avoir un autre enfant (ou le même) qui entre toutes les 5 minutes en disant : « Je ne te dérange pas longtemps c’est promis juste deux minutes je voulais te montrer le nouveau dessin / le dernier pas de danse / le jeu à la mode / ma liste au Père Noël »

– Entendre dans un demi-sommeil son conjoint chuchoter « chuuuuut tu vas réveiller maman »

– Se faire effectivement réveiller par « juste un bisou »

– Se lever en titubant, découvrir l’état du couloir et du salon et refermer la porte

– Se faire servir au lit

– Se sentir finalement mieux mais traîner encore un peu, parce que c’est pas si souvent qu’on a une bonne excuse pour rester au lit.

La course prend un handicap supplémentaire lorsque se retrouve seul(e) avec ses enfants et que personne ne peut intervenir en back-up. On légume (du verbe légumer, comme chacun sait) sur le canapé du salon, aussi flétrie qu’une aubergine d’automne oubliée sur le comptoir de la cuisine. La télé devient alors une gardienne fidèle et les bols de céréales la pitance quotidienne. « Oui oui je te regarde », dis-je cachée derrière mon bandeau de nuit. Les parents sont doués d’un don de vue exceptionnel.

Au bout d’un temps, certain ou incertain mais toujours d’une durée proportionnelle au nombre de jours de vacances en cours, durée calculée selon la loi de l’emmerdement maximum, la migraine disparaît. Elle laisse derrière elle son lot de pots de médicaments dégoupillés et de tâches inachevées. Jusqu’à la prochaine fois.

On oublie volontiers que nous sommes tous susceptibles de souffrir un jour ou l’autre de maux plus ou moins chroniques qui handicapent un quotidien déjà prenant et la maladie fait partie de ces aspects qu’on n’omet lorsqu’on se projette dans la parentalité, jusqu’à ce qu’ils nous rattrapent.

Et vous, souffrez-vous de maux qui handicapent parfois votre quotidien de parents ?

-Lexie Swing-

Photo Matthew Henry for Burst

Rive-Sud : la Halte 24-7, pour co-worker et trinquer

Endroit cosy, bar fourni et gens amènes, que demander de mieux pour un jeudi soir? C’est ce que mon amie et moi nous sommes demandées, alors que nous devisions au dessus d’un verre de blanc, trempant généreusement nos pitas dans un hummus à rendre fou, chillant à la Halte 24-7, nouvellement installée à Longueuil.

Quelques tables, un sofa, des miroirs anciens, l’endroit est épuré, accueillant comme un salon d’ami, et la bouffe y est, de fait, délicieuse. Venus tout droit du Tricot principal, du chef Martin Juneau, les bouchées servies méritent à elles seules le détour. Le hummus précité est incontournable (honnêtement), le Muhammara est vraiment à découvrir et la burrata a tenu ses promesses en coulant tranquillement dans l’assiette tel un chat paresseux un matin d’été (la faim me rend lyrique).

La carte est joliment fournie en vins, y compris pour ceux qui auraient une préférence pour le vin biologique ou cultivé en biodynamie. Côté cocktails, on nous a gratifié du mélange signature de la maison, délicieusement surprenant : Double dose d’espresso, vodka – kahlúa au shaker.

La Halte 24-7 est l’endroit qui manquait, dans le paysage longueillois. Une place où travailler, se restaurer mais aussi se retrouver pour un 5@7, le jeudi soir. Pour des gens qui, comme moi, travaillent à la journée longue en entreprise, c’est un lieu idéal de rencontres. Pour ceux qui, comme mon amie, travaillent de la maison, c’est un endroit approprié pour une rencontre professionnelle, un cocktail de réseautage, etc.

En arrivant, nous avons eu la surprise de découvrir la Halte à un endroit de Longueuil où les cafés et restos se font rares. Olivier Berthiaume et Philippe Tremblay, les co-fondateurs, font ici un pari. Un beau pari, pour ce lieu qui a beaucoup à offrir. Son homologue montréalais, installé depuis 5 ans, a déjà convaincu les professionnels des environs. À noter que la Halte 24-7 offre un format café-salon de thé en journée, avec sandwichs et viennoiseries servis sur fond de jazz.

Copains de la Rive-Sud, parents en besoin intense de décompression, foodies avisés, si vous ne savez pas quoi faire le jeudi… pensez à moi ;)

L’adresse à noter : Halte 24-7 Longueuil, 1490 Chemin de Chambly, Longueuil, QC J4J 3X3, 450-332-1411; http://haltecafe.com/.

-Lexie Swing-

Le goût de l’effort

Dimanche, il faisait encore nuit quand nous nous sommes levés. L’aube était sereine, comme seules les aubes savent l’être, alors que le jour porte encore des lueurs d’espoir. On s’est dit que c’était trop tôt, pour un dimanche. Un dimanche qui concluait une semaine riche en activités et faible en sommeil. On s’est dit qu’on aurait pas dû s’imposer ça, on aurait dû savoir que la reprise serait difficile et que l’automne nous grugerait notre énergie quotidienne. Mais il est des choses, bien des choses, qui se réservent à l’avance et se doivent d’être honorées, quoi qu’il en coûte. 

Leur inculquer le goût de l’effort et le respect des engagements a commencé ici, dans ce dimanche d’octobre ensommeillé. «On s’est inscrit, leur a-t-on rappelé. Tu étais d’accord, tu t’es engagée.» Après, quand on a 6 et 4 ans, l’engagement reste quand même une notion assez floue alors on a édulcoré : «Si tu passes la ligne d’arrivée, tu auras une médaille!»

Déjeuner avalé, vêtements de sport enfilés, on prend la route du semi-marathon de Granby et de ses courses multi-niveaux. Sur la route, la clarté du jour reste timide derrière les nuages. Pour réveiller la foule endormie, on propose le jeu du «partage la chanson que tu aimes». À tour de rôle, chacun choisit la chanson qu’il veut écouter. Ainsi défilent le John Butler Trio, Nick Cave, la chanson des Trolls, Goldman et puis Elsa Esnoult. À nos titres précis succèdent les appellations hésitantes : «la préférée de ma cousine»; «Celle qui dit que les étoiles brillent», «Un, deux, trois, Rock’n’Roll», «Celle que papa il jouait à la guitare quand j’étais bébé sur le canapé». Les meilleurs titres sont ceux des souvenirs.

Arrivée sur le site, stationnement lointain, pas hâtif pour rejoindre le stand de distribution des dossards. À la vue du sien, B. se plaint que le dossard de sa sœur a un chiffre plus grand qu’elle. Malgré l’argument de l’évidence : son nom a été enregistré en premier et son chiffre est donc plus haut sur la liste, rien n’y fait. Entre frère et sœur, la jalousie revêt parfois un costume inattendu.

Retour au parcours. L’amoureux enjambe les fils de sécurité pour rejoindre la foule du dix kilomètres, au son de sa cadette qui scande «Go, Papa, Go». À l’avant, des entraîneurs font monter l’excitation, enchainant course sur place et ronds de jambes sur une musique endiablée.

Départ de la course et quelques larmes. La sensibilité exacerbée de mon aînée lui fait oublier un instant le but de l’exercice. «Je ne voulais pas laisser Papa», balbutie-t-elle. Rassurée finalement de savoir que dix kilomètres et un tour de lac plus tard, son père sera de retour, elle part rejoindre sa sœur aux jeux, opportunément installés à proximité. Le parc est grand, bien aménagé, de quoi occuper des enfants une heure durant, malgré le froid saisissant de ce début d’automne.

50 minutes et un passage périlleux aux toilettes sèches, nous voilà de retour dans le public de l’arrivée, Tempête ayant retrouvé son refrain d’encouragement. Quelques foulées derrière le «lapin des 60 minutes» – je ne me lasse pas de l’appellation – l’amoureux apparaît, provoquant le bonheur des demoiselles et leurs applaudissements. La vue de la médaille paternelle fait monter leur enthousiasme et c’est en trépignant qu’elles prennent à leur tour le début de leur course, une heure plus tard.

1 kilomètre à peine, mais tout un kilomètre. C’est long lorsque l’on fait tout juste 1 mètre de haut. Tempête, qui a pris un départ lent, part à toutes jambes pour retrouver sa sœur qui l’attend devant (en l’engueulant). Après quelques réajustements chaotiques, leur père – qui les accompagne, s’ajoutant au passage un 11e kilomètre dans les jambes – parvient à rassembler son monde et à relancer la cadence. À l’arrivée, une animatrice de course annonce le nom des participants qui passent à sa hauteur. Un moment qui restera marqué dans l’esprit de ma toute-petite, qui le répétera à l’envi par la suite. N’est-ce pas la marque des grands champions que d’entendre son nom lancé dans les haut-parleurs?

Quelques photos et deux médailles : nous sommes prêts à prendre le chemin du retour. L’arrêt à la boulangerie Canaël est bienvenu et le brunch servi toujours délicieux. Dimanche nous offre encore tout un après-midi, mais l’on pourra d’ores et déjà dire que les enfants ont pris le frais!

-Lexie Swing-

Vent d’automne

feuilles mortesC’est officiel, l’automne est là. Nous l’avons appris à la dure hier, après avoir fait l’expérience parentale commune des trottoirs inondés, des baskets trempés, des cheveux dégoulinants et des cahiers mouillés dans les sacs mal imperméabilisés.

J’adore l’automne, plus belle saison selon moi (et la plupart des Québécois) mais force est de constater que je vivrais mieux sans la pluie torrentielle qui s’invite ces jours-ci. «Les plantes ont besoin d’eau», justifie-je à mes filles à tout bout de champ, alors que l’on se noie déjà dans les feuilles mortes. Le cycle de la nature a ses mystères et je suis bien trop occupée à écoper pour creuser.

Les températures matinales – 4 degrés au plus froid de la semaine dernière – nous ont forcé à tirer de leur sommeil mitaines, cache-cou, tuques et autres pulls épais. Ils sont sortis, mais guère portés, soucieux que nous sommes de ce je ne sais quoi qui nous freine. Ce même je ne sais quoi qui fait se geler les populations occidentales dans leurs maisons humides parce qu’on «ne va pas quand même pas allumer le chauffage en septembre!»

Septembre a d’ailleurs été clément avec nous, apportant avec lui températures douces et belle-maman, qui s’est chargée de la maison et des enfants, nous permettant ainsi un week-end (de mariage) en amoureux, le premier en 4 ans, et même un concert à Montréal. J’y ai posé une question au chanteur, en anglais, devant 2000 personnes. La fille qui restait derrière les portes aime ça sauter du grand plongeoir.

Sans surprise, septembre a amené avec lui la rentrée des classes, et notamment en première année (CP) pour ma grande, la petite débutant sa dernière année de garderie avec une transition effectuée dès le mois de juillet. Ce fut donc le retour du double dépôt, Numéro 8 (ma cadette) comme elle aime s’appeler elle-même, courant entre les grands enfants tandis que nous tentons un dépôt rapide de l’enfant anxieux de son nouveau statut d’enfant de primaire. Puis un deuxième dépôt d’une deuxième enfant passablement mouillée après avoir bu à tous les abreuvoirs de l’école tandis que les négociations s’annonçaient serrées avec sa grande sœur.

Les temps furent durs mais octobre semble avoir apaisé les velléités. Dépôt et ramassage se déroulent désormais avec plus d’apaisement. Sauf quand la pluie se mêle de partie et oblige tout le monde à courir sous l’eau ruisselante.

Ce fut aussi le retour des activités extra-scolaires pour lesquelles j’ai toujours plus d’idées que de temps. Je suis déjà dépassée par la perspective du double cours de tennis du samedi, et du cours de piscine le dimanche, et tandis que j’envisage le processus, je me rappelle que j’ai accepté de leur faire suivre un cours gratuit de karaté ce soir et que je les ai inscrites à une course à pied ce dimanche avec leur père. Achevez-moi.

Côté routine, les devoirs apportent leur lot de frustrations. Ceinturer Numéro 8 tandis que sa sœur déchiffre ses nouveaux mots relève souvent de la gageure. Le cahier de vacances à terminer semble pour le moment être une astuce appropriée pour ma petite qui a bien hâte d’être à l’école. Pour les repas, le batch-cooking nous sauve la vie depuis la rentrée. Aussitôt rentrés, aussitôt enfourné. Cela me laisse le temps de les envoyer au bain, faire une machine et d’abattre les devoirs, sans avoir à jongler avec une casserole de pâtes ou une soupe à mixer.

J’ai hâte désormais que le beau temps nous revienne, pour pouvoir apprécier les couleurs de l’automne dans mes lieux favoris. Si vous en avez à conseiller, n’hésitez pas! Nous sommes toujours preneurs de belles activités.

-Lexie Swing-

 

Crédit photo : Matthew Henry

Le temps des pommes à l’Ile Saint-Bernard

On ne m’offre pas des pommes pour vous parler encore de l’Ile Saint-Bernard mais force est de constater que quand on aime, on ne compte pas. Et moi j’aime cet endroit. Il m’a suffi de descendre le long du chemin et d’apercevoir le fleuve pour m’en souvenir.

C’est le temps des pommes, ici au Québec. Cette période tellement agréable – quoique courte – où les Québécois profitent de la fin de semaine pour rejoindre leurs places d’autocueillette préférées. Le principe est simple : on paie une certaine somme pour récupérer un sac fourni par la ferme, et on parcourt ensuite les champs pour cueillir soi-même les fruits que l’on souhaite, et remplir ainsi le sac.

Il y a deux ans, alors que mes parents nous rendaient visite, j’avais déniché l’adresse de l’Ile Saint-Bernard dans la liste des vergers biologiques certifiés par Ecocert. Ils avaient aimé l’endroit, le lieu à taille humaine, le caractère bucolique et les jolis paysages. Après avoir découvert moi-même l’Ile Saint-Bernard cet été, il m’a semblé tout naturel d’y retourner.

Les sacs de pommes se vendent au prix de 7, 13 ou 22 dollars, selon la quantité de pommes que l’on souhaite ramasser. Armés d’un sac de dix livres – on a souvent les yeux plus grands que notre capacité à cuisiner nos pommes et j’ai désormais le recul de quelques années à tenter de refiler mes fruits flétris à tout le voisinage faute de temps – nous avons pris connaissance du plan à l’entrée puis arpenté le verger à la recherche des meilleures variétés de «pommes pour compote».

Notre récolte faite, nous avons traversé le petit cimetière qui abrite les Soeurs décédées de la communauté, dans lequel B. a découvert une coccinelle, puis nous avons tranquillement descendu le chemin vers le fleuve. Entendant des cris d’excitation en contrebas, mes filles ont choisi de suivre le mouvement enfantin générale et de se lancer dans la pente en roulé-boulé, récoltant au passage leur lot de feuilles mortes et branchages. Qui n’a jamais vu un tel attirail s’accrocher dans un chignon ignore à quel point cela peut-être seyant!

Après un détour par le café de l’île, ses produits délicieux, ses lourdes tasses et ses jeux de société à partager, nous avons pris le chemin du retour, non sans avoir dû user de quelques serviettes en papier et d’une serpillère après qu’un enchainement malheureux entre une bêtise enfantine et une montée de stress parentale ait conduit à la chute d’une tasse semi-pleine de café sur la table en bois.

Le verger est encore ouvert pour une semaine, peut-être plus selon ce qui restera sur les pommiers. Ne manquez pas d’y faire un tour cette semaine!

-Lexie Swing-

 

Anxiété de l’enfant : côté parent

La vie n’est un long fleuve tranquille pour personne, quoiqu’en dise Instagram. Derrière les sourires, les (bons) mots d’enfants et les balades main dans la main, il y a la réalité, la vie toute nue, sans fioritures. Les nuits trop courtes et les voix agressives. Les cris qu’on ne retient pas toujours. Les poings qu’on serre et les yeux qui brûlent.

Élever des enfants n’est guère une sinécure, et peut-être encore moins aujourd’hui, alors qu’on tente de naviguer entre la culpabilité, les prophéties («un mot de trop et il finira chez le psy»), et le besoin vital de prendre du temps pour soi.

Les choses se corsent face aux enfants les plus individualistes, à ceux qui s’opposent, à ceux qui s’inquiètent, à ceux qui s’époumonent. Ceux face auxquels on prend toujours une petite inspiration, avant d’affronter l’orage. Ceux qui, quel que soit leur âge, utilisent le «non» comme un refrain incessant. C’est non pour prendre la douche, non pour passer à table, non pour s’habiller, non pour aller à l’école. Ils disent non, même quand ils veulent dire oui. Nous accusent de méchanceté tout en se blottissant dans nos bras, et pointent sans vergogne le moindre faux pas.

Ils viennent chercher en nous les dernières miettes de patience, les dernières gouttes de sueur. Prêts à pousser dans leur retranchement les plus leaders d’entre nous. Des gens qui gèrent des équipes, qui connaissent toutes les étapes de la bonne communication, se retrouvent pris dans la tempête enfantine.

On ne peut pas passer une enfance ainsi.

Nous avons mis les choses à plat et les encadrants de notre côté. Tous, les éducateurs, les professeurs, les spécialistes. Nous avons investi la toile, cherchant des réponses. Lors du visionnage avide de vidéos de coaching parental, dans le cadre du Défi 10 jours de Leadership parental, lancé par la coach Nancy Doyon, et son conjoint, également coach, une mention m’a interpellée. «Prenez le temps de réfléchir à un moment de votre vie où vous contrôlez les choses, où vous les gérez, et observez comment vous vous sentez à ce moment-là. Puis transposez ces sentiments à un moment où vous avez besoin de faire preuve de leadership avec votre enfant.» Je résume ce que je pense avoir compris – et ceux qui ont vu la même vidéo pourront me corriger – mais j’ai eu le sentiment très net que le conseil avait fait mouche.

Je me suis revue, recevant un message urgent un matin, alors que mon train arrivait à peine en gare. Je suis sortie à grandes enjambées, sac à main sur l’épaule et téléphone à l’oreille. J’ai dit ces mots que l’on rêve tous de prononcer un jour : «Passez-moi la responsable, s’il vous plaît»*. J’ai fait preuve d’assurance, j’ai fait jouer mes contacts. En passant la porte du bureau, j’avais résolu le problème qui avait donné des sueurs froides à mon équipe dès potron-minet. J’ai senti le contrôle influer au bout de mes doigts, et un sentiment d’accomplissement me dénouer les épaules.

Face aux cris, je me suis accroupie et j’ai dit «Non». Et puis : «Nous ne ferons rien tant que tu n’auras pas retrouvé ton calme. Je suis là, je suis à côté de toi.» Elle a hurlé : «Siiiii, je veux» en se roulant par terre. J’ai dit «Non» encore, et j’ai attendu, debout dans la tempête.

Nous sommes des phares, nous sommes solides, et surtout, nous sommes capables. Nous abattons des kilomètres, relevons des défis, gérons des dossiers majeurs, des clients mécontents, des équipes réticentes et des classes survoltées. Nous pouvons garder le contrôle dans la sphère privée aussi. Nous sommes toujours nous-mêmes, avec les mêmes qualités, les mêmes compétences, les mêmes capacités.

Et si vous avez besoin ou envie de découvrir des astuces en termes de leadership parental, le Défi 10 jours est toujours en cours et les vidéos accessibles (je pense). L’inscription est gratuite, je ne suis pas sponsorisée, je ne suis même pas à jour dans les vidéos («vie quotidienne oblige»), mais j’y ai trouvé un accompagnement qui m’a fait un bien fou.

-Lexie Swing-

*Juste après «Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous»

Photo : Ryan Bruce

 

Itinéraire d’un enfant timide

Je prends soin de ne jamais mettre des enfants dans des cases, surtout lorsqu’il est question de timidité. Elles ne sont pas timides, mais intimidées, c’est presque pareil, mais c’est momentané.

Et surtout c’est vrai. Qu’importe l’anxiété de l’une d’elle ou la jeunesse de l’autre, elles ont toutes les deux des moments de timidité qui se dissipent à mesure que le temps passe et qu’elles font connaissance. Celle qui met trente minutes à participer dans une fête d’enfant peut deviser avec n’importe quel groupe d’adultes. Et celle qui refuse obstinément de dire bonjour aux nouvelles personnes peut passer n’importe quelle commande aux serveurs du restaurant.

Les cases peuvent devenir un vrai carcan. Je le sais, je suis un enfant timide. Pas intimidé, mais timide. De celle qui ne passait pas commande aux serveurs, qui n’osait guère réclamer le pain au boulanger, et qui préférait subir les injustices que de les dénoncer. On m’excusait de tout, au motif que j’étais «timide», et j’ai fini par en faire une armure parfaite même si le heaume me cachait les yeux.

Je suis restée timide jusqu’à un âge avancé de ma vie d’adulte, acceptant les erreurs dans mes commandes comme dans mes coupes de cheveux, par crainte de devoir interpeller les fautifs. Je suis restée derrière mille portes fermées, portes de salles de classes, portes d’amphithéâtres d’universités, et même portes d’amis en pleines festivités. J’ai réfléchi à mille stratagèmes pour me soustraire aux regards, j’ai perdu un temps fou à tourner autour du pot. J’ai préféré me faire porter pâle, prétexter des absences et des changements d’horaires, plutôt que de pousser la porte. Je suis devenue journaliste, j’ai dû décrocher le téléphone, parfois quand on attendait mon appel, mais souvent quand on ne m’attendait pas. J’ai dû affronter des refus, essuyé des commentaires acerbes, géré des remontrances et des prises à partie.

Je suis devenue mère de famille. Je suis devenue l’étrangère dans un pays lointain. Je suis devenue mère à nouveau. J’ai changé de carrière. J’ai inscrit mes enfants en garderie, et puis à l’école. J’ai dû montrer l’exemple, me battre pour d’autres que moi-même. J’ai dû pousser des portes, en traînant des enfants apeurés. Et décrocher mon téléphone pour dénoncer des injustices. J’ai dû assurer que tout se passerait bien, parce que je savais que ce serait le cas.

Je serai toujours l’enfant timide, celle qui prend une inspiration avant d’empoigner le téléphone et envisage quelques instants ce qui se passerait, si elle ne poussait pas la porte. Alors laissons-leur la chance d’être des enfants libres. Nous ne pouvons être définis par un seul trait de caractère, ni même par un trouble. Tout comme nous ne pouvons tout excuser non plus.

Laissons à demain la possibilité d’être différent d’aujourd’hui et à nos enfants l’opportunité de faire de leur mieux. Ils n’ont pas besoin de nous pour mettre des mots sur leur timidité, sur leur agressivité, sur leur manque d’attention. Ils ont besoin de nous pour effacer l’ardoise et y inscrire en lettres capitales : «Tout est possible, tu es capable». Alors ils pourront décider quelle version d’eux-mêmes ils ont envie d’être aujourd’hui.

-Lexie Swing-

Culpabilité (ta mère)

20h11, je finis de remplir le lave-vaisselle, remplis les boites-à-lunch, prépare une pâte à gâteau pour le lendemain. Je vérifie le linge, m’inquiète des vêtements que mes enfants porteront, évalue le nombre de culottes et de paires de chaussettes.

20h25, je dois partir, j’ai sport ce soir. Une dernière chose dans le lave-vaisselle, une miette sur la table à essuyer. Et sa voix qui dit, une fois encore «je m’en occupe, vas-y». Mon esprit qui s’obstine, qui s’entête, qui refuse. Partir seulement les tâches accomplies, pour profiter pleinement.

Je ne sais pas d’où certains (certaines) d’entre nous traînent cette culpabilité, comme une laisse accrochée aux pieds des enfants et à la poignée du four. Pourquoi si peu de femmes peuvent s’imaginer «tout plaquer» et quitter leur famille? D’où vient ce besoin impérieux de se faire passer seconde, troisième, tout plutôt que première?

Charge mentale livrée sur l’instagram de T’as pensé à; une femme commente «Quand je pars un week-end, je dois tout prévoir : le repas de mon conjoint, celui de la petite, leur repas du dimanche midi, et le souper suivant, car je viendrais juste de rentrer et je n’aurais pas le temps ». Le cas est extrême mais la perche est tendue. Le plaisir est conditionnel. Pour partir libre, on accomplit plus vite et plus tard, plutôt que de transférer.

Peur de ne pas pouvoir compter sur l’autre? Même pas, pas dans mon cas. Mon conjoint cuisine deux fois mieux que moi et il n’aurait pas besoin de moi pour gérer la maison et les enfants. Il est complet à titre individuel, mais j’ai le sacrifice chevillé au corps.

«Je préfère laisser les autres choisir et profiter, c’est plus facile de gérer ses propres déceptions que celles des autres» a dit un jour mon amie. Elle avait tout résumé. On a le sens de la formule et le contrôle tout-puissant. Refuser de lâcher prise, ne faire confiance qu’à soi, pour ne pas avoir à gérer les émotions des autres, quelles qu’elles soient. Et s’assurer, certainement, que l’on est nécessaire, utile, comme si le statut seul de mère ne suffisait pas. Il faut prouver qu’on le mérite, au quotidien, à coups de linge plié et de repas chauds.

Une fois parties, on garde l’œil sur le téléphone, guettant les messages éventuels. Les femmes ne s’offusquent pas de recevoir un texto de leur famille en plein cours de sport. Elles confirment avoir promené le chien ou nourri le bébé. Elles précisent avoir sorti le pyjama sur le rebord du lit, rappellent que la tétine est sous la couverture. Elles maternent, et pas seulement l’enfant.

Nous devrions être notre priorité. Comme on met un masque dans un avion en détresse sur soi en premier, on devrait se garantir notre propre oxygène. Car c’est ce que ça prend, pour pouvoir ensuite être présente pour les autres.

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry (Burst)