L’heure de la rentrée

Elle avait minutieusement étiquetté seule l’ensemble de ses fournitures, rangé le tout dans son sac et préparé ses vêtements neufs… Ce mardi (lundi ayant été férié), ma petite tête blondie au soleil d’été a rejoint ses camarades dans la grande cour d’école. Cette rentrée était celle de l’aventure. Plus de rentrée progressive, plus de parents pour accompagner dans les classes, on est désormais à la grande école, fondu dans la masse dont elle ne dépasse guère.

Sur le chemin de l’école, on a fourbi les armes face à l’anxiété latente. «Veux-tu écouter ta musique préférée?», ai-je murmurer à son oreille en sortant son casque de mon sac à dos. Devant son refus – j’avais espéré la couper ainsi du bruit ambiant d’une cour entière remplie d’enfants – j’ai tenté autre chose : «Chantons-la alors». Alors en coeur, et puis un peu à reculons, et même en faisant du calcul mental, on a rejoint le groupe qui attendait, et grossissait, et grossissait encore, à mesure que les familles arrivaient. 560 et quelques élèves, et moi qui demandais : «Et sinon combien ça fait 8+6?». Ne pas laisser le hamster entrer dans la roue, forcer l’esprit à la rationalité.

Elle a aperçu son amie et j’ai baissé les armes. Elles seraient ensemble face à la nouveauté, insubmersibles.

Les institutrices de maternelle sont passées dans les rangs, serrant dans leurs bras leur tout-petits devenus première année, cueillis à la sortie de la garderie et préparés avec soin pour la grande école. Elles avaient fait une bonne job, les visages fiers et les teints halés des vacances en étaient la preuve. Ils revenaient conquérants.

Lorsque les premières années ont été appelés – il n’y a pas de cloche dans notre école – elle a pris la main de son amie et elles sont parties. «Vous êtes les meilleures», leur ai-je glissé. On ne vit jamais trop de renforcement, quand on a 6 ans.

Il n’y a pas eu de pleurs, il n’y a pas eu de cris. Les incertitudes se sont noyées dans le flot des retrouvailles et dans l’impatience de la nouveauté.

Le plus dur sera la suite. Entre le commencement et l’habitude trône parfois l’incertitude. Connaître, mais pas tout à fait. Apprécier, mais sans aimer encore. Faire confiance à de nouveaux visages, se raccrocher aux personnes connues.

À la fatigue de son visage, le soir venu, a répondu la voix d’une éducatrice qui m’était inconnue. «C’était un peu difficile aujourd’hui, mais ça ira mieux demain», nous a-t-elle glissé sur le pas de la porte. «Je me suis perdue dans les couloirs», a finalement avoué ma belle aînée, d’une petite voix, retenant les sanglots qui épousent bien souvent les histoires tragiques. Que répond-on à la peur? J’ai hésité. J’ai gagné du temps en demandant des détails. J’ai rappelé qu’elle pouvait demander son chemin à n’importe qui. Mais je savais mes paroles vaines pour l’enfant intimidé par les enfants plus grands. On ne refait pas le monde avec des «tu aurais dû».

Et puis j’ai eu une idée. «Comment as-tu fait, finalement, pour retrouver ton chemin?» ai-je demandé. Alors elle a soufflé : «Et bien, j’ai couru, j’ai vu une porte qui allait vers la cour. Il y avait plein de grands et j’avais peur. Et puis j’ai aperçu mon éducatrice de l’an dernier, alors j’ai couru vers elle. Et j’ai croisé mon institutrice.»

«Alors tu as retrouvé ton chemin toute seule, finalement. Tu as trouvé la bonne porte, et puis tu t’es servie de ton sens de l’observation pour retrouver des personnes que tu connaissais. Grâce à ça, tu as pu retrouver ton institutrice, bravo!»

Alors voilà. Voilà comment le soir venu, alors que Papa passait la porte, elle s’est pressée pour lui raconter sa victoire. Et comment ce jour est devenu celui où B. a retrouvé son chemin, seule parmi les grands.

Ils sont tous les héros de l’histoire, parfois il suffit juste de trouver leur pouvoir.

-Lexie Swing-

6 années au Canada

Mon titre laisse peu de place au suspens : cela fait six années que j’ai validé mon visa de résidente permanente et traversé la porte automatique de l’aéroport. Ce souvenir vif, encore frais, que je vous ai déjà raconté mille fois, de mon arrivée très chargée, avec mon bébé et mon chien. Mon amoureux, bloqué par l’impossibilité de traverser la porte pour venir m’aider. Et finalement cet agent des douanes, grommelant mais foncièrement gentil, qui avait poussé mon deuxième chariot jusqu’à la fameuse porte.

Notre premier véritable appartement, dans le quartier anglophone de NDG, à Montréal. Et puis notre déménagement sur la Rive-Sud, un an et demi plus tard, alors que j’étais enceinte de notre deuxième fille.

Une thérapeute nous a récemment demandé comment nous nous sentions, à l’époque, à l’aube du grand départ. «Excités», ai-je répondu sans réfléchir. «Oui, enthousiastes», a appuyé mon conjoint. S’il y avait de l’inquiétude, de l’anxiété, de la tristesse, elles se sont dissoutes dans cette envie trépidante de partir vivre cette aventure.

Alors nous voilà, six ans plus tard. L’aventure a laissé la place au réel, au quotidien. Êtes-vous prêts à partir? Installés depuis peu? Peut-être vous êtes-vous déjà demandés comment et où vous seriez, cinq ou six ans plus tard. Notre réalité à nous, je dirais que c’est… :

  • Une vie recréée entièrement. Quand on quitte son pays, on vend souvent jusqu’à sa dernière petite cuillère. On fait venir quelques essentiels, des choses sentimentales ou particulièrement dispendieuses, mais on se débarrasse de l’utilitaire. On ne connaît jamais ça, dans le cheminement logique (si je puis dire) de la vie. On quitte ses parents, on s’installe, on récupère des choses de ci de là, on emménage avec quelqu’un, on assemble alors les morceaux de nos puzzles respectifs avant de faire quelques achats communs. Quand on immigre, on repart de zéro. Et par zéro, je veux dire : de la toute première cuillère. De cuillère en cuillère, on meuble sa maison, et puis on fait des achats moins utiles, enfermés dans les habitudes de consommation.
  • De nouvelles contrées à découvrir. C’est un changement complet de paysages et de perpectives que l’on fait en traversant l’Atlantique. Tout semble une aventure, à commencer par le quotidien. Le supermarché à lui seul devient une destination exotique. Bientôt, tout devient pourtant coutumier. Les week-ends et road-trips peuvent alors commencer, dans des régions que l’on n’aurait jamais – ou presque – eu la chance d’explorer.
  • Une bande d’amis. Entre les amis français, expats comme nous, et les amis parents rencontrés au gré des fêtes de la garderie et du quotidien de l’école, nous avons une solide bande d’amis, autant à Saint-Bruno que dans le reste du Québec. Quand on est immigré, les amis deviennent notre deuxième famille. Ils sont les contacts d’urgence, les gardiens d’un soir, nos week-ends et nos vacances. Ils sont ceux avec qui l’on partage les matins de Noël et les soupers d’anniversaire. Les coutumes familiales se confrontent alors à ce qu’il y a de plus beau : le partage. Et les traditions s’inventent au rythme où les amitiés se mêlent.
  • Une carrière qui a décollé. Il y a des histoires moins jolies que d’autres et des gens qui repartent faute d’avoir trouvé un travail qui leur correspondait ou une vie qui leur plaisait. Pour ceux qui parviennent à rester, le terme des 6 années reflète généralement une évolution, voire un aboutissement. Pour nous, le Canada a été synonyme de changement de carrière. Aujourd’hui, nous sommes épanouis dans nos domaines respectifs et soulagés de savoir que l’on aurait encore la possibilité d’évoluer.
  • Une famille. Arrivés avec une première fille, nous en avons eu une deuxième quelques années plus tard. Une petite Franco-Canadienne qui n’a de français que l’accent. Le temps passe, et je réalise que c’est dans cette culture qu’elle s’ancre, faisant fi de ses origines malgré elle. Ses expressions, ses références, ses préférences, reflètent son appartenance.
  • Un futur. L’avenir, c’est ici que nous le voyons. Nous qui avions tant déménagé avons su trouver ici une place pour nous, au point d’avoir même de la difficulté à m’imaginer dans une autre ville que la mienne. L’instable est devenue sédentaire… ça doit être le bon air canadien qui fait ça.

 

Et vous, quel bilan tirez-vous de ces six dernières années, où que vous soyez?

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry

Le camp d’été

La rentrée se profile mais l’été joue les prolongations… avec cette dernière semaine de vacances que nous n’avions pas, et qui se résume à trouver de quoi occuper à nos bureaux respectifs notre fille aînée.

Le camp d’été s’est terminé la semaine dernière. Une aventure en soi, lorsqu’on est un expatrié. C’est un peu comme le centre aéré, mais pas tout à fait. Ça ressemble à la colo, mais pas vraiment non plus. C’est un camp d’été, un point c’est tout.

C’est surtout une institution, dans mon entourage. Tout le monde ou presque est passé par le camp d’été (avec plus ou moins de plaisir), tout le monde, à de rares exceptions, y a été moniteur. C’est la première job, juste après le babysitting. C’est comme du babysitting d’ailleurs, sauf que t’as dix enfants au lieu de 2, une semaine entière à tirer et un nom de code à porter. Oui, un nom d’emprunt, un surnom plutôt. Et c’est un véritable apprentissage parental que de formuler sans sourire la phrase : «Gaufrette, peux-tu me dire comment s’est passée la journée de mon enfant ?».

Lesdits noms – il faut que j’en parle encore, ça a fait mon été – sont parfois en rapport avec le thème du camp, comme Grenouille ou Héron, pour les animateurs du camp Nature, Samourai côté Arts Martiaux, ou Basilic et Ciboulette au camp Cuisine. Et ils collent à la peau de leurs propriétaires. «Tu ne changes pas de nom comme ça, m’a prévenu une amie passée par cette épreuve. Tu ne peux pas faire ça aux enfants, ça ne se fait pas…» Elle a laissé sa phrase en suspens et son regard s’est perdu vers le souvenir douloureux d’un ancien camarade dont on dit qu’il aurait disparu après avoir changé de nom…

Je plaisante. Les enfants ne sont pas si méchants quand même, n’est-ce pas? (Qui a répondu «Si»?). Thème me fait penser que… les camps sont à thèmes. Plus ou moins restreints, selon les organismes, mais volontairement orientés. Dans notre ville, il y avait des sujets vagues, comme le Multiactivités, et d’autres très précis, comme le camp Agility (oui, les petits parcours pour les petits chiens). Il y avait aussi les camps privés, comme celui du Mont-Saint-Bruno, où notre fille a passé une très belle semaine.

De manière générale, on trouve des camps dans tous les domaines, par tous les organismes, qu’ils soient publics ou privés. En vrac, j’avais repéré le camp du Musée des Beaux-Arts, le camp karaté du club que nous fréquentons, le camp immersion anglaise d’un organisme spécialisé dans les cours de langue, le camp Sciences à Polytechnique, etc. Les prix varient en fonction de l’organisme et du matériel utilisé. Certaines inscriptions se font longtemps à l’avance, comme aux Beaux-Arts où tout semblait complet dès le mois de mars.

C’était une première expérience pour nous, comme pour notre fille aînée. J’avais hâte de lui faire découvrir ça, moi qui partais tous les étés en camp équitation et passais toujours quelques semaines au centre aéré de l’entreprise qui employait mes parents. J’en garde un souvenir vif et heureux, et des paroles de chansons que je n’ai jamais pu oublier.

L’expérience a été incertaine pour notre fille, tantôt plaisante, tantôt difficile. Le camp du Mont-Saint-Bruno a eu sa préférence et il est certain que nous la réinscrirons là-bas l’an prochain. Les autres camps qu’elle fera seront à déterminer, et je les liste déjà!

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry

 

Gérer les aléas de la petite vie enfantine

Il y a quelques jours, ma fille aînée – 6 ans et demi au compteur – est revenue du camp d’été pleine de désarroi. Le bracelet qu’elle portait au poignet, un élastique à cheveux en tortillon (c’est la mode par chez nous), avait été égaré par la susmentionnée puis retrouvé… au bras d’un autre enfant.

«Je lui ai demandé de me le rendre», a clamé la dépossédée.

–       Et puis?

–       Il a refusé et il est parti. Je lui ai couru après, mais il continuait à refuser. Moi je savais que c’était le mien, mais il a fait comme si c’était le sien.

Quand on n’a pas 7 ans, la perte d’un bracelet bleu en tortillon, ça vaut bien quelques larmes. Et comme c’était aussi un élastique à cheveux, j’aurais eu de quoi lui mettre la police scientifique aux fesses, à ce petit empêcheur de tourner en rond.

Sauf qu’on n’appelle pas la police scientifique pour une affaire d’élastique à cheveux volé. Même pas volé volé, mais pas rendu.

Alors on appelle qui? Facile : on appelle papa. C’est ce qu’a fait ma grande fille, après avoir constaté que les éducateurs faisaient peu de cas de sa requête (selon ses dires). Papa, gonflé de cette responsabilité toute enfantine, est donc allé réclamer le précieux bracelet à l’ami indélicat. Croyez-le ou non, mais il a dû insister, et le môme a fini par lui jeter aux pieds, avant de s’enfuir en courant.

(Là c’est le moment nostalgique où le monde soupire : «Décidément, les mômes d’aujourd’hui…»)

Reste que ma fille était peinée. Ce n’était pas une vraie victoire, de faire intervenir son papa. Elle se serait préférée autonome et capable de mener ses propres batailles. Mais que faire quand un camarade refuse ainsi de rendre un objet? Quelle position tenir lorsque la meilleure copine depuis toujours (depuis dix minutes donc) refuse de lui adresser la parole? Que conseiller, à celle ou celui qui se fait rejeter d’un groupe, qui est tenu à l’écart d’un secret, à qui on a chipé un crayon préféré?

La parentalité, c’est faire face aussi au désarroi de notre enfant et se trouver parfois en mal d’actions à mener. C’est devoir se mettre sur le côté et observer la débâcle, la culpabilité et l’impuissance décuplées. On serait prêts à prendre les armes, pour aller botter nous-mêmes les p’tits culs agaçants. On dévoilerait des merveilles de tact, pour faire accepter notre enfant. Mais on sait que cette bataille n’est pas la nôtre.

«Je fais quoi, moi, Maman, si un ami ne veut pas me rendre quelque chose?»

–       Tu insistes, tu te fâches, tu demandes l’aide d’un adulte?

–       Et si tout ça, ça ne marche pas?

Et là j’ai eu une révélation :

« Tu peux aussi décider que tu acceptes la situation.»

Et puis j’ai expliqué cette leçon apprise de l’expérience : «Tu ne peux pas contrôler toutes les choses mais tu peux décider de quelle manière tu veux y réagir. Tu peux choisir de ne penser qu’à ce garçon qui t’a pris ton bracelet, ou tu peux décider que tu acceptes de ne plus l’avoir en ta possession, et te concentrer sur autre chose. Ça ne veut pas dire que tu ne vas jamais récupérer ton bracelet, que tu ne saisiras pas l’opportunité de lui faire remarquer qu’il est à toi et qu’il doit te le rendre. Ça veut seulement dire que tu as pris note que ce garçon avait ton bracelet, et qu’il devra te le rendre, mais qu’en attendant tu vas profiter de ta belle soirée d’été pour faire des choses que tu aimes plutôt que de te concentrer sur ce problème-là.»

Ce choix, j’aurais aimé savoir que je l’avais à toutes les étapes de ma vie, de la plus insignifiante à la plus importante. J’aurais aimé me souvenir que toute galère deviendrait une histoire sympa à raconter devant un verre, que toute rupture serait source de leçons, que tout obstacle pouvait être synonyme d’opportunité. J’aurais agi, et quand je n’aurais plus pu en faire plus, j’aurais pris acte et je me serais consacrée à autre chose.

Il y a mille façons de faire cela : en écrivant, en se racontant les choses comme si l’on était le protagoniste d’une comédie dramatique, en faisant quelque chose d’improbable et nouveau, pour changer le cours de l’histoire, en se déconnectant, pour quelques heures.

Et j’espère que ma fille trouvera la sienne.

-Lexie Swing-

Petites habitudes du Français de retour en mère patrie

Deux semaines que nous sommes rentrés de France. À tous, je réponds invariablement «c’était bien, on s’est reposés». Je pourrais leur dire la beauté de Toulouse, la nuit. J’aimerais raconter nos silences heureux face aux étoiles, au milieu des volcans. Je vanterais la beauté de la maison familiale, nichée dans la campagne moissagaise. Je tairais mes grasses matinées, le merveilleux massage délivré par des doigts de fée et le vin que nous avons savouré sept soirs par semaine.

Comme par un fait exprès, j’ai vu passer mille photos de France sur les réseaux sociaux. Comme si le tout Montréal immigré s’était rué sur les côtes hexagonales, niant la chaleur caniculaire qui y régnait alors. On s’est senti un peu chez nous, un peu d’ailleurs, on savait qu’on rentrait tous bientôt à la maison, alors on s’est autorisé à profiter. Florilège.

Aller au supermarché

Oh, des yogourts. Yaourts. C’est toi qui as dit yogourt, c’est pas moi. Oh des fromages. Oh du chocolat. Des pâtes feuilletées par milliers enroulées en cercles parfaits. Des desserts, tellement de desserts. À mon arrivée dans le Sud-Ouest, mon père m’a emmené au supermarché. Erreur monumentale. Il m’a perdue dix fois et retrouvée la bouche en cœur, enamourée devant des crêpes Marie au rayon des surgelés, l’enfant petit dansant la sarabande debout dans le caddy, armé de paquets de Choco et de kiris suremballés.

Manger du fromage

Beau-Papa habite le Cantal. Le fromage y est conservé jalousement sous une cloche en grillage, dans un recoin frais de la cuisine. Ne parlez pas de frigo, chut, le fromage ça ne se conserve pas au frigo. Mes petites loutres canadiennes ont ainsi découvert les saveurs ancestrales du Cantal vieilli, et du Saint-Nectaire fermier de la ferme à côté. Nos tablées, ce sont celles des fromages entiers et des plateaux sans fin. On n’a plus faim, mais on se garde une petite place, l’air de rien. Et de petite place en petite place, vous je ne sais pas, mais moi j’ai pris deux kilos.

Stocker des médicaments

Il y a toujours ces petites choses qu’on ne trouve pas ailleurs, ou trop chères. Le spasfon est ici inexistant, les granules homéopathiques se vendent à prix d’or, le shampooing de marque française que l’on affectionne fait le double du prix, taxes non incluses. C’est moins affaire de choix que d’habitude. 25 ans passées dans une contrée créent certaines accoutumances dont il est parfois difficile de se défaire, même après 6 ans. Alors on remplit nos valises et on stocke nos produits préférés, jusqu’à la prochaine livraison.

Acheter des vêtements

C’est là aussi question d’habitude, ou de mode française probablement. Après tout, les stars québécoises portent du Sézane pour des frais de livraison qui valent à eux seuls le tiers du produit, alors quand on a la chance d’y faire un tour dans la boutique pignon sur rue… J’ai renfloué ma garde à robe, vieille de plusieurs années, de quelques pièces de la Fée Maraboutée, et ça m’a donné un petit élan supplémentaire pour l’automne.

Ramener des bouquins

Je n’aime les livres qu’en poche, et il n’est pas rare que j’attende la sortie d’un livre dans ce format plutôt que de me précipiter à la sortie initiale. J’ai avidement parcouru les libraires (indépendantes, on ne se refait pas), j’ai échangé des livres rapportés dans ma valise contre les coups de cœur familiaux, avec la promesse de les rendre bientôt, et j’ai même fait voyager un livre (un Marc Levy, qui l’aurait cru) découvert dans une boite à livres du parc au coin de chez nous, dans laquelle il sera bientôt de retour.

Profiter de ses proches

Tout commence un peu par ça finalement. Du premier pas à l’aéroport au dernier, avant le passage de sécurité. Ce sont des embrassades, des «ça fait longtemps», du temps rattrapé, des conversations reprises comme si c’était hier, des souvenirs échangés, des petits derniers à présenter, des cadeaux ramenés, des mises à jour famille/santé/boulot (et d’innombrables «attends, rappelle-moi, tu fais quoi déjà?»), des photos que l’on regarde avec plus d’attention, des neveux qu’on n’a pas vu vraiment grandir, des villes qui changent peu et des rides qui se creusent. On part en se disant que c’est loin, on atterrit en se disant que c’est tout proche. On prévoit les prochains voyages, on lance en l’air les promesses de futures retrouvailles, et on quitte le cœur un peu lourd ce lieu sacré de notre enfance … le rayon desserts du supermarché.

-Lexie Swing-

Deux semaines avec toi

Pour toujours une deuxième née, marquée au sceau d’un statut particulier. Tu n’as jamais été seule, tu n’as jamais été l’unique. Tu as dû composer avec des parents roués aux usages des nouveaux-nés, parfois dépassés par le nombre et les cris, souvent fatigués. Tu es arrivée sur une voie défrichée, et tu y as pris tes aises.

J’ai toujours été persuadée que les deuxièmes, et les suivants, prennent la place laissée par leurs aînés. Tantôt minuscule, tantôt grande ouverte, mais jamais facile. Ça demande de la flexibilité, d’être un deuxième-né. Épouser les possibilités offertes, s’étirer dans les coins. Aussi timides que leurs aînés sont exubérants, aussi impatients que les grands sont tranquilles.

Tu t’es développée en miroir de ta sœur, comme deux faces opposées d’une même pièce. Extravertie, impatiente, sans arrêt en mouvements. Tu t’affirmes, sans qu’il y ait jamais eu besoin de te pousser. Tu grimpes, sans qu’il y ait jamais eu besoin de te soutenir. Tu chantes et danses et parcours des livres entiers, le doigt pointé sur les mots que tu ignores encore.

Nous aurons passé deux semaines seuls avec toi, ma toute petite. Et c’est une redécouverte. Toi qui cours mais crie rarement. Qui t’enthousiasme pour tout et dont l’humeur sombre s’efface aussi vite que les nuages dans le vent d’automne.

Tu ne seras jamais notre fille unique, façonnée au fer brûlant des mouvances de ton aînée. Mais tu es une enfant unique. Je ne connais personne comme toi, et le monde est chanceux de t’avoir mon impétueuse.

J’espère revivre chaque année des moments rien qu’à nous, juste toi et nous, juste toi et moi. Sans cris, sans jalousie. Ne me partager avec personne d’autre que toi et prendre le temps de n’être que ta maman. Faire des puzzles à trois et des restos pizzas. Être ceux de la bande qui n’ont qu’un seul enfant. Courir à tes côtés, et pousser ton vélo dans les côtes. Bercer ton sommeil agité et apaiser tes rêves.

Te dire je t’aime et entendre ta petite voix conclure : «Mais maman, je t’aime moi aussi».

-Lexie Swing-

À lire : Le secret des abeilles/The secret life of bees, de Sue Monk Kidd

À différentes occasions, avec l’une de mes collègues, nous nous offrons des livres. Une tradition désormais établie qui nous force à puiser toujours plus dans nos souvenirs, et à mettre de côté précieusement les titres les plus appréciés. Vous savez ce que c’est, quand on lit beaucoup. On apprécie un certain nombre de titres mais il n’y a qu’une poignée d’entre eux qu’on s’imaginerait offrir. Et souvent, d’ailleurs, on finit par offrir les mêmes. La Couleur des Sentiments, de Kathryn Stockett. L’éducation d’une fée, de Didier van Cauwelaert. Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie. Du côté des enfants, je choisis souvent Maman Ours, de Ryan T. Higgins. Ou les aventures des P’tites Poules, de Christian Jolibois, pour les plus grands.

Le livre dont je vous parle aujourd’hui est un livre que j’ai reçu en cadeau. Ce genre de livre qui vient avec des anecdotes, une histoire, un souvenir. Un livre dont on ne se souvient parfois de rien, sinon du plaisir intense de l’avoir lu. The Secret Life of Bees, de Sue Monk Kidd, a été publié en 2001. L’âge de majorité, déjà, pour ce joli roman dont l’histoire se passe en Caroline du Sud en 1964. La jeune Lily Owens, 14 ans, a grandi avec le souvenir douloureux du décès soudain de sa mère, dans des circonstances qu’elle peine à reconstituer. Elle partage son quotidien entre un père rude et distant, et une nourrice, noire, qui prend soin de Lily tout en gardant elle-même une certaine distance, le tout sur fond de racisme et d’intolérance. Le jour où Rosaleen, la nourrice, jette aux visages des trois plus grands racistes des environs le contenu de sa bouteille et se fait aussitôt embarquée par la police, Lily choisit de prendre sa défense et de fuir avec elle pour son salut. C’est le début d’une fuite, d’une fugue, qui les mènera jusqu’à Tiburon, une ville des environs, dont le nom évoque à Lily une photo qu’elle a héritée de sa défunte mère.

Accueillie par trois soeurs noires qui élèvent des abeilles et produisent leur propre miel, Lily découvre une autre vie, où elle devient tout à la fois une soeur, une enfant, une confidente, et même une amoureuse. Elle y apprend l’art de l’apiculture, et le goût de l’existence, dans ce déroutant jeu de miroirs de l’enfant blanc élevé dans une sororité noire, au coeur d’une Amérique héritière d’un dur passé ségrégationniste. Elle découvrira, aussi, l’histoire de celle qui l’a mise au monde, et quittée finalement.

C’est un livre doux et dur et joyeux et nostalgique aussi. C’est un livre d’amour, un livre de promesses, un livre de sororité. Je vous le conseille, dans sa langue originelle, soit l’anglais, si vous en avez la possibilité. Le livre s’appelle alors The Secret life of bees. Sinon vous pouvez aussi le découvrir en français, sous le titre Le Secret des abeilles.

À noter que le livre a été adapté en film, sous le nom «Le secret de Lily Owens», avec Dakota Fanning, Queen Latifah, Jennifer Hudson, Sophie Okonedo ou encore Alicia Keys.

-Lexie Swing-

Laisser son enfant partir pour les vacances (+ liste pour les bagages)

Samedi dernier, ce sont trois personnes que j’ai conduit à l’aéroport : mes parents, ainsi que ma fille de 6 ans. Pour la première fois, elle allait prendre l’avion sans nous, direction la France, où elle allait passer deux semaines de vacances, avant qu’on l’y rejoigne.

On parle de la grande école, du premier coup de pédales sans roulettes, mais mettez un peu votre enfant tout neuf dans l’avion sans vous! Elle aura 18 ans demain alors qu’elle est née hier, c’est à n’y rien comprendre.

Mon grand enfant m’a donc quittée à la porte des contrôles, celle où vous ne pouvez aller plus loin sans billet sous peine de se voir courser par deux trois douaniers peu rieurs et un chien habilement denté. Je l’ai regardée avancer dans la file, poser ses affaires, passer sous le portique. J’ai attendu jusqu’à ce que mon père la soulève une toute dernière fois et qu’elle me lance un signe, par-dessus les têtes des voyageurs affairés, et puis elle est partie.

J’ai retrouvé une maison étrangement silencieuse, curieusement tranquille. Ma cadette a beau être un lapin Energyzer® dopé au Guronsan®, elle n’a pas la puissance vocale et l’agacement rapide de sa grande sœur. J’ai découvert les repas à un seul enfant, l’attention unique, le temps pour soi. J’ai vu ma petite lionne tourner dans sa cage de désarroi, inhabituée à se retrouver seule pour jouer. Jusqu’à ce que nous prenions nos marques, notre rythme, nos nouvelles places à table, pour ne laisser personne sur le côté.

De son côté, mon aînée s’amuse follement. Elle est, par la force des choses, devenue une cadette. Et je croise les doigts pour que cette place lui apporte quelque chose de nouveau et de positif dans ses difficultés passagères à être une grande sœur. Mais l’heure est surtout aux découvertes et aux apprentissages, elle qui dit désormais préférer la mer à la piscine et qui se laisse porter par les flots, son corps en étoile, quettant les rayons du soleil du sud Méditerranéen.

Dans sa valise, j’ai glissé peu de choses. L’essentiel. 8 kilos sur la balance de l’aéroport. J’ai googlé «liste pour bagages de colonies» et je me suis adaptée. J’en ai fait une liste «pour 15 jours sans parents, vol en avion inclus».

Les vêtements et accessoires

·         Autant de culottes que de jours passés sans pouvoir faire une machine

·         Quelques paires de chaussettes, dépendamment de la météo (+ de 20 paires s’il s’agit de la Bretagne à l’automne ou de l’Asie en pleine mousson)

·         Autant de chandails/ T-shirts que de culottes, et quelques rechanges pour les jours de bataille d’eau

·         Quelques vêtements intégraux, type robes ou combinaisons, pour éviter les mix&match improbables

·         Des gilets ou des sweat-shirts (pas trop, ils remettent le même jusqu’à ce qu’il se jette dans la machine par lui-même)

·         Un ou deux pantalons confortables pour les soirées moustiques au coin du feu

·         Deux maillots de bain – minimum – avec t-shirt anti UV

·         Trois ou quatre pyjamas (pour une semaine)

·         Une casquette (et une deuxième de rechange si vous avez un enfant qui perd tout) (qui a dit «il tient ça de sa mère»?)

·         Un imperméable (deux en Bretagne, le temps que le premier sèche).

·         Trois paires de chaussures (déjà utilisées pour éviter les mauvaises surprises des chaussures neuves) : des baskets, des sandales et des tongs/gougounes pour la plage (ou des sandales usées, aussi appelées «sandales de garderie»)

·         Une serviette de bain et une serviette de plage 

·         Des lunettes de soleil (pas besoin en Bre… bon ok j’arrête. Pas besoin dans le Nord de la France?)

·         Un sac à linge sale

 La trousse de toilettes

Pour savoir quoi mettre dans la trousse, j’ai observé sa routine du matin et du soir. Nul besoin d’un peigne, elle n’en utilise pas. On oublie l’après-shampooing, pas le temps quand on joue dans le bain avec les cousins.

·         Gel douche et shampooing, si possible dans des petits contenants

·         Du démélant en pshit pour les tignasses rebelles

·         Dentifrice Bubble Gum pour rendre les copains jaloux et brosse à dents avec tête protectrice

·         Un gant de toilette ou des débarbouillettes, pour se laver la frimousse

·         Une brosse à cheveux, des élastiques et des barrettes

·         Un gros tube de crème solaire

·         De l’anti moustiques

·         Des médicaments si nécessaire. Ici, après avoir hésité, j’ai finalement décidé de ne rien mettre. Je craignais qu’elle ait mal quelque part pendant le voyage mais j’ai préféré ne pas l’exposer au risque de prendre un médicament en trop grande quantité ou par inadvertance. Ce que j’aurais pu faire : un flacon avec juste une dose d’acétaminophène/paracétamol. Sur place, sa tante avait tout le nécessaire.

·         Le carnet de santé et la carte médicale (oubliés, pour le coup)

Les petits plus

·  Le dernier J’aime Lire qu’elle avait reçu

·         Un casque adapté aux enfants (taille et puissance sonore) pour écouter les dessins animés que ma mère avait téléchargé sur Netflix, ainsi que ceux disponibles sur l’écran de l’avion.

·         Un livre d’apprentissage du dessin ainsi qu’un bloc de dessins, acheté au magasin du dollar, et un nouveau set de feutres. Ma fille est férue de dessins, et s’est – aux dires de mes parents – pratiquée un bon moment pendant le vol.

·         Un cadre recto verso avec deux photos de notre famille, pour poser sur sa table de chevet ou garder dans son sac

·         Un cahier de vacances (acheté directement par ma belle-sœur qui la réceptionnait pour les vacances)

·         Des petits cadeaux à offrir aux cousins

·         Un calendrier plastifié de ses vacances

·         Sa gourde d’eau

·         Une lettre de consentement, mentionnant que nous étions d’accord pour qu’elle quitte le pays sans nous, ses parents.

J’avais plusieurs autres idées, mais pas forcément le temps nécessaire. Voici que j’aurais aimé ou pu faire en plus :

·         Des enveloppes avec les adresses de ses amis pour y glisser des cartes postales. À la place, j’ai envoyé les adresses à ma belle-sœur.

·         Un petit carnet de photos souples ou une photo sur un porte-clé, pour les plus grands qui ne veulent pas s’afficher avec la photo de leur famille, même si elle leur manque quand même.

·         Un baladeur MP3

·         Une console portative

·         Une lettre à lire pour les jours de cafard

·         Un petit message enregistré, à écouter sur un baladeur

·         Un stock de petits gâteaux secs, pour les fringales (surtout en colo!)

·         Un appareil photo qui va sous l’eau

·         Une lampe de poches

·         Un Lunii pour écouter des histoires

·         Des jeux de voyages

 

 Avez-vous d’autres idées à rajouter?

– Lexie Swing-

 

PS : y’a rien de plus chouette que la Bretagne. Il pleut parfois, certes, mais on y trouve le meilleur caramel au monde.

Découvrez l’ambiance apaisante de l’Ile Saint-Bernard

Avant la bucket list, relativement inatteignable selon les cas, il y a la to-do list. Celle des bons plans pas loin de chez toi, celle des endroits qui feraient comme des vacances pour quelques heures. Tu les notes précieusement et tu les rends réalité de temps en temps.

C’est comme ça que nous avons atterri à l’Ile Saint-Bernard.

J’avais découvert l’endroit il y a deux ans, à la faveur d’une recherche de «vergers bios sur la Rive-Sud». Mes parents s’y étaient alors rendus avec les deux mouflettes. «A peine le temps de ramasser une pomme qu’on retrouvait Tempête juchée en haut de l’échelle» m’a confié mon père. La bougresse avait deux ans. Imaginez ce dont elle est capable deux ans plus tard…

C’est sous un soleil tonitruant que nous y sommes allés le week-end dernier. L’île Saint-Bernard, nichée au bord du Saint-Laurent, non loin de Châteauguay, est un havre. De paix, de tranquillité, et de joie aussi. On a pique-niqué au bord de l’eau, l’air chaud rendu respirable par une douce brise venue du fleuve. Les moustiques n’étaient pas légion, malgré la proximité de l’eau, et je n’ai presque pas eu à bondir sur mes pieds pour éviter les vilains insectes dont j’ai la phobie (tout ce qui vole et surtout vrombit).

La recherche des toilettes publiques m’a ramenée au pavillon d’accueil, où j’ai découvert un joli espace où se sustenter. Des tartes sucrées et salées de chez Carrément tarte, des sandwichs gourmets, de délicieux cookies (oui j’ai testé, il le fallait bien), des sorbets aux mélanges surprenants : le meilleur du repas sur le pouce de la région semblait réuni derrière la petite vitre réfrigérante. Mieux : pour s’inscrire dans le zéro-déchet, l’endroit ne propose plus de bouteilles d’eau en plastique. Mais une fontaine permet de remplir sa gourde, ou de boire sur place, grâce aux verres offerts à côté. Notez qu’il est également possible de manger au Bistro La Traite, également sur l’Ile.

Après un café – offert dans de gros mugs comme à la maison – et plusieurs jeux de société (une grande bibliothèque en est remplie), nous avons repris le chemin de l’eau, pour explorer un peu plus l’île.

Au gré du chemin, vous découvrirez cette partie que l’on appelle le Tertre de l’île, qui fut la propriété des Sœurs grises durant plus de deux siècles, avant d’être racheté par la Ville de Chateauguay en 2011.

La majeure partie de l’Île, que nous n’avons pas encore eu le temps de découvrir, correspond au refuge faunique Marguerite-d’Youville, paradis des oiseaux. On dit que de nombreux animaux y sont également visibles, à commencer par le cerf de Virginie. Le refuge abrite 8 km de sentiers pédestres, serpentant entre marais, friches, chênaies et même érablières.

De multiples activités sont proposées tout au long de l’année, comme des visites guidées, du yoga, un éco-marché, une vente annuelle de plants bios, l’autocueillette à l’automne, la location de matériel nautique l’été, le ski de fond l’hiver, etc.

À noter qu’une navette fluviale est en service de fin juin à mi-septembre, et rallie Lachine à l’Ile Saint-Bernard.

Je reviendrai bientôt, pour tout ce que je n’ai pas vu encore. Pour le refuge, pour les paddle-boards, pour les bateaux, pour la petite tortue dont j’ai dû attendre la traversée avant de pouvoir repartir, et pour l’impression irréelle d’être un peu hors du temps.

-Lexie Swing-

Île Saint-Bernard, Châteaugay. Accès gratuit au tertre de l’île. Refuge faunique, 5$ adulte, 3,5$ enfant, 13.30$ pour les familles.

Crédit photo : Lexie Swing

Zéro-déchet : tout ce que tu peux éviter d’acheter au supermarché

Ceci n’est pas une leçon, ni une injonction. C’est une proposition. Parce que parfois je n’ai pas le temps et que je file au supermarché, parfois j’ai la flemme et je file au supermarché, parfois il me manque un truc et… oui, je file au supermarché. Et lorsque je dois y faire mes courses entières de la semaine, je suis désemparée de ramener autant de plastique, autant de cartons, et de voir ma poubelle de recyclage se remplir à mesure que je défais mes courses. Je reste persuadée que le meilleur allié de celui qui veut aller vers le zéro-déchet, c’est l’anticipation. Quand on sait ce qu’on veut cuisiner, quand on connaît ses habitudes, quand on prévoit son agenda, on sait quoi acheter. Même les cravings s’anticipent, et même les soirs de flemme intense, quand on serait bien tenté de se faire une pizza surgelée pour dépanner.

J’achète majoritairement des produits en vrac. Mais le magasin le plus fourni des environs reste loin de chez moi. J’ai pris l’habitude de m’y rendre seulement aux deux semaines – moins de temps investi et d’essence qui pollue – et de remplir ainsi deux fois plus de pots. Restent les impondérables, ce qui vient parfois à manquer et qui oblige à courir au supermarché du coin. Sans parler des courses de frais, qui nous poussent également à nous y rendre au moins une fois par semaine.

Chaque fois que je me rends chez IGA ou Provigo, nos supermarchés locaux, je pâlis un peu devant les légumes emballés individuellement dans du film plastique, les gourdes de compote non recyclables et les paquets de gâteaux en format individuel. Pourtant, presque tout à son équivalent en vrac. Petit tour de piste.

Fruits et légumes

La plupart des supermarchés proposent les légumes en vrac. Laissez de côté les petits sachets plastiques, vous n’en avez pas besoin. Au mieux, vous avez investi dans 5 ou 6 petits sacs fins et transparents en tissu, qui permettent au caissier d’identifier vos achats sans sortir les produits de leurs sacs. Au pire, vous les mettez en vrac dans votre panier. Si, si. Personne n’a écrit nulle part que vous deviez forcément les grouper dans des sacs individuels. Une astuce : groupez-les par contre sur le tapis roulant de la caisse, ils seront ainsi plus faciles à identifier et à peser pour la personne en face de vous.

Pâtisseries, pain, viennoiseries et autres

Dans mon supermarché, le pain et ses dérivés arrivent tout de suite après. Il est très rare que j’y prenne quelque chose, autant pour des considérations purement alimentaires (sucre raffiné, farine non bio, arômes et colorants ajoutés…) que pour les boites plastiques qui les entourent. Comme il fait 30 degrés et que je n’ai pas la clim, j’ai opté pour les petits délices de la boulangerie/pâtisserie. Le pain trouve sa place dans mon sac dédié (et j’ai même droit à un petit rabais pour ça) et les gâteaux logent dans des sacs à collation ou des tupperwares. La part de gâteau Reine Elizabeth que l’on aime se partager tous les 4 semble faite pour mon précieux contenant en verre rectangulaire, d’où la nécessité impérieuse d’en racheter chaque semaine…

Pâtes fraiches et gnocchis

Il n’y a rien de goûteux comme un gnocchi à poêler du supermarché. Mes préférés ? Ceux qui sont remplis de fromage. Ils sont un plat facile, avec une petite salade de tomates et basilic du jardin. Cependant, ils ont des équivalents meilleurs et moins polluants (que je ne choisis pas toujours, donc). Ainsi, mon épicerie zéro-déchet propose des gnocchis en vrac. Mieux encore : certains traiteurs italiens offrent des pâtes fraîches, et donc des gnocchis, que vous pouvez facilement ramener dans un contenant. Le top reste encore de les faire soi-même, voire de laisser les enfants le faire. Ma fille aînée loue souvent «les gnocchis de Maman» (que j’ai dû faire deux fois, pour être honnête). Le petit roulage, la marque de la fourchette sur le dessus… Je me dis qu’elle en sait désormais plus sur la provenance des aliments que moi au même âge.

Céréales, pâte à tartiner, biscottes

Je n’ai pas de solution pour les biscottes. As-tu une solution pour les biscottes? Ma solution est «oublie les biscottes, mange du pain», mais bon. Reste que les céréales et la pâte à tartiner sont deux choses que je n’ai pas acheté depuis des lunes, parce que c’est incroyablement facile à faire, que l’on peut – dans le cas des céréales – leur donner exactement le goût qu’on aime, et aussi parce que ce sont deux produits typiquement remplis de tout un tas de trucs que vous préféreriez ne pas avaler, en vrai. Ma recette préférée de pâte à tartiner reste celle que j’utilise depuis longtemps. Quant aux recettes de granola, vous en trouverez treize à la douzaine sur tous les moteurs de recherche de ce monde (en ligne), mais la base est simple : des flocons d’avoine, un produit sucrant type sirop d’érable et de l’huile.

Yaourts/yogourts, crème, lait, œufs et fromage

Pour les yaourts, deux options : je trouve ici (pas souvent) des pots en verre consignés. Mais plus souvent qu’autrement, je le fais moi-même avec l’Instant Pot. Je ne tire pas moi-même le lait du pis de la vache, on s’entend, mais je l’achète en bouteilles consignées. Au final, une batch de yogourt tient chez nous la semaine entière, pour un prix défiant toute concurrence. Ça goûte pas comme le petit suisse, diront probablement vos enfants. Ils ont raison : ça goûte meilleur. 

Vous aurez compris que le lait se trouve ici en bouteilles consignées. C’est aussi le cas de certaines crèmes, quoique le choix reste trop restreint à mon goût. Les œufs sont probablement l’une des choses les plus faciles à trouver en vrac : dans les magasins de vrac ou les magasins bios, pour les rats des villes; chez le fermier du coin ou au marché, pour les rats des champs. Certains élèvent même des poules chez eux, on peut difficilement faire plus circuit court que ça.

Le fromage se trouve également de plus en plus facilement en zéro-déchet. Plusieurs magasins de vrac des environs en proposent. Les fromagers semblent également s’y mettre, alors n’hésitez pas à vous renseigner auprès de vos commerces locaux. Un fromager qui propose de mettre ses fromages directement dans vos plats pourrait facilement devenir votre meilleur ami (ce serait le mien, en tout cas).

Et le reste?

Le reste, vous le savez déjà, se trouve facilement en vrac : légumineuses, pâtes et riz, huiles ou même café. L’important est de trouver un fonctionnement en adéquation avec son quotidien et avoir sur soi le nécessaire pour ne pas avoir à opter pour une option jetable : grands sacs à collation, sac à pain, boites réutilisables, boites à œufs, sacs fins pour les légumes, etc… Parfois aussi, la meilleure option reste de se demander «en ai-je vraiment l’utilité? Est-ce que je pourrais plutôt opter pour quelque chose de plus simple, plus sain et de moins cher?».

Et vous, quel est le truc que vous achetez toujours au supermarché? Vos gnocchis au fromage à vous (c’est la version industrielle de la madeleine de Proust)?

 -Lexie Swing-