Le marathon des activités

Un tout-petit ne devrait pas avoir plus d’une activité extra-garderie par semaine. 30 minutes tout au plus de baby-something (même si «moi pas bébé» n’est plus un bébé, toutes les activités s’appellent baby-quelque chose, et impliquent que toi – ô parent épuisé – tu donnes une nouvelle fois de ton temps pour amuser ta progéniture. Car oui : toute activité pour enfants de moins de 3 ans est en réalité une activité parent-enfant). Pour avoir un développement personnel harmonieux, l’enfant petit doit bénéficier de moments de calme, dans sa maison, à lire Pomme d’Api en mangeant proprement une collation saine sur le canapé du salon.

Ça, c’est la théorie.

En pratique, il n’y a pas de calme là où il y a plus d’un enfant et l’espace de lecture est circonscrit au parquet considérant la relative nouveauté dudit canapé. J’ai des sueurs froides rien qu’à imaginer des feutres à proximité du tissu gris clair immaculé. Tempête étant par essence un enfant vif et bondissant dès potron-minet, l’urgence de l’inscrire à une petite baby activité s’est faite sentir. C’est donc les mains jointes et la bouche en coeur que nous avons suggéré au professeur de karaté d’accueillir l’enfant très motivé dans son cours malgré les six mois manquants à l’âge requis. À deux ans et demi, vêtue d’un kimono blanc et d’une ceinture à son nom, notre cadette a pris part à son premier cours.

Et elle a tenu bon. Même si c’était deux fois par semaine. Même si sa soeur a choisi d’arrêter quelques mois plus tard. Même quand le stationnement était glissant ou la collation de l’après-midi déjà lointaine. Elle a continué, réclamant chaque semaine son cours, amusée par les détails qui font le sel de la vie d’un enfant de trois ans : se changer dans la voiture, manger des petits gâteaux dans son siège auto, retrouver les amis du club. À l’hiver, cependant, un obstacle s’est dressé : Tempête voulait faire de la danse.

Pas à la place, non. Tempête voulait aussi faire de la danse.

Autant on voyait bien l’aspect très positif du karaté, autant la danse nous laissait de glace. Mais le parent moderne est un parent coupable : pauvre petite qui, pour la première fois, nous exprime une véritable envie. Plutôt que de trancher, nous avons additionné. Désormais, les cours de karaté se passeraient uniquement en soirée, pour laisser la place au cours de danse le samedi matin.

Et le rythme a repris : lundi karaté avec maman, mercredi karaté avec papa, samedi danse avec le moins endormi des deux. Oui 9h la danse le samedi, ceux qui font les horaires n’ont aucune pitié.

La belle saison est arrivée, la garderie a organisé ses propres petits cours de sport. Karaté également – l’enfant est en passe de devenir professionnel avant l’heure – mais aussi soccer.

Et qu’est-ce qu’elle était bonne au soccer. À l’aise, et motivée. Pile à l’heure pour la saison d’été, au moment même où la danse allait s’arrêter.

«Tu aimerais faire du soccer?», ai-je demandé, dopée par les souvenirs de «Joue-la comme Beckham».

«Oui», elle a dit. «Et puis du tennis avec Papa aussi».

Alors voilà. Dans le placard de ma cadette, il y a une ceinture de karaté et puis des chaussons de danse. Des souliers de soccer, des protèges tibias taille Peewee et un ballon rond ont rejoint l’étagère. Quant à la raquette… c’était son cadeau de fête.

Fin mai, pour la seule et unique fois, elle sera partout. Au soccer le lundi, au karaté le mercredi et le jeudi, à son spectacle de danse le dimanche. Ce sera beaucoup trop, mais ça ne sera qu’une fois. Ce sera un souvenir excitant, de ceux qui fleurissent durant les repas de famille. Elle dira «j’ai toujours été comme ça», et «mes parents disaient toujours que je voulais faire toutes les activités possibles». Ce sera sa vérité, ça ne sera pas la seule. Ce sera celle d’une époque, celle d’un instant, peut-être celle de toute sa vie durant. Mais nous serons là pour lui dire, le cas échéant, qu’elle était l’enfant le plus tranquille au monde lorsqu’il s’agissait de lire son Pomme d’Api, un Spéculos à la main, sur le sol du salon.

-Lexie Swing-

PS Je précise qu’aucun enfant aîné n’a été maltraité dans cette histoire, ni nié dans ses besoins fondamentaux d’accomplir des exploits sportifs. L’enfant aîné fait de la natation, avec la motivation d’une nouvelle bru se rendant au premier souper de Noël de la belle-famille. Par souci d’équité et par refus d’enfermer notre progéniture dans des cases définies, nous avons précisément demandé «est-ce que l’une de vous, ou les deux, souhaite faire du soccer». Et tandis que Tempête criait «OUI» et partait chercher un ballon, B. a croisé mon regard : «Tu me fais une blague, n’est-ce pas?»

 

Le pays des jours de pluie

En tant qu’immigrant, on se fait souvent demander si notre pays ne nous manque pas. Beaucoup? Allez, un peu quand même. Même pas les bons croissants?

Selon notre degré d’intégration, on objecte mentalement contre les termes «notre pays», qui reflètent parfois moins le pays quitté que le pays d’accueil. Disons que «chez nous» a le dos large. Sauf les jours de pluie.

Les jours de pluie, «Chez nous» a un goût de râpées stéphanoises et de jeux de cartes. Il a la couleur de l’enfance, la voix des êtres chers. «Chez nous» a fini par devenir cet endroit où nous n’avons jamais vraiment vécu, mais souvent foulé. Ces conifères caractéristiques, ces immeubles terriblement moches, cette gentillesse gravée au cœur.

Le pays de l’enfance n’est pas celui où l’on est né, c’est celui où l’on grandit, où l’on apprend. C’est l’accent des aventures et la couleur du ciel. Ce sont les fourmis que l’on cloisonne entre deux brindilles, ce sont les pierres rêches sous les doigts. C’est le tabouret fendu de la cuisine sur lequel on se juche. Ce sont les imperfections que l’on réserve aux intimes, les torchons tâchés qu’on dissimule pendant les visites, la tasse ébréchée où l’on sait boire sans se couper. Ce sont les bols préférés que l’on doit laisser aux invités, par politesse. C’est une cachette en haut de l’escalier, derrière les étagères. C’est un prénom qu’on a inscrit au recoin d’une porte, pour laisser sa trace aux griffes du temps.

Ce sont des nouvelles, des émissions connues, des génériques rassembleurs. Ce sont des victoires, des cris dans la foule. C’est la face de Jacques Chirac qui se matérialise sur le plateau des Guignols en 1995. C’est l’adolescent juché sur un lampadaire, scrutant un peuple niortais en délire, place de la Brèche, un 12 juillet. Ce sont des supporters clermontois écœurés, place du Capitole, les genoux sous le menton et les yeux vides, murmurant «putain, une 7e défaite». C’est un présentateur météo chéri de tous s’effondrant en direct à la télévision.

Le pays de l’enfance, c’est celui des souvenirs partagés et de la terre foulée. C’est une construction du temps, une appartenance du moment, qui fait fi des origines et de la consonance des noms. Ce sont des expressions en mutation que l’on collectionne comme autant de petits cailloux. Une manière imparfaite de garder la trace de son chemin. Savoir d’où l’on vient, et en tirer la force nécessaire pour se tenir debout. Se laisser libre de choisir la suite.

-Lexie Swing-

Elle n’est pas qui j’avais imaginé

«Je suis plus ta fille». Dans sa voix, le ton est impérieux, défiant. On ne cille pas. Ce n’est pas la première fois qu’on entend ça. Je suis plus ta fille, plus ta sœur, t’es plus mon père, je vais trouver une autre famille. B. la discrète est devenue B. la bouillonnante. À la faveur de la naissance de sa sœur, à l’aube de l’automne (merci Corneille), il ya bientôt 4 ans, le petit chat s’est transformé en lion.

Ça nous a pris trois âges pas faciles pour arriver au résultat actuel : le Terrible Two (en avance de quelques mois), le Threenager et le Fucking Four. On n’a pas fait mieux depuis l’ère Mésozoïque (l’ère où ont vécu la majorité des dinosaures, divisée en trois périodes : Crétacé, Jurassique et Trias… ça se sent que j’ai fait mes devoirs de maternelle, non?).

La (presque) blondinette effacée, qu’on taxait déjà de timide-comme-ses-parents-au-même-âge, avait trouvé sa «voix». Avez-vous déjà eu affaire à un enfant à la fois introverti et en colère? C’est un degré non mesuré sur l’échelle de Richter. Les sentiments sont énormes mais tapis, bouillonnants mais incommunicables. Ce n’est pas faute de parole, pourtant, et malgré ce que les spécialistes veulent bien en dire. L’enfant qui communique mal ses sentiments n’est pas toujours celui qui ne connaît pas les mots. Il les connaît mais il ne les trouve pas, le moment venu, plongé dans un abysse d’émotions affleurantes. Comme si l’iceberg tout entier avait soudainement décidé d’émerger.

Nous ne sommes pas tous doués de naissance pour exprimer nos sentiments. Si certains enfants ponctuent leurs jeux d’un «je suis TELLEMENT heureux» et leurs inquiétudes d’un «es-tu sûr que ça va Papa?», d’autres ignorent comment mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Un handicap qui peut perdurer à l’âge adulte. En témoignent les jeudis de filles et leur lot de «non mais sérieux ce mec, c’est un handicapé des sentiments». Soit. On ne peut apprendre ce que l’on ne nous enseigne pas.

C’est donc avec force dévotion et très peu de patience que nous avons travaillé d’arrache-pied pour aider B. à reconnaître ses sentiments pour apprendre plus tard à les maîtriser. Nous avons lutté fort et hurlé souvent. Pour dire ensuite : «tu as vu, ça c’est de la colère, moi aussi il m’arrive de ne pas réussir à maîtriser mes sentiments». Transformer ses échecs en apprentissages et devenir son propre cobaye, le B A BA de l’éducation approximative.

L’école et l’apprentissage de la socialisation ont fait le reste. Tapie dans l’ombre, au départ, B. est devenue plus affirmée, campée sur ses positions. «Je ne suis pas d’accord», a-t-elle récemment dit à son institutrice. La rébellion s’installe, héritage paternel, et la défiance n’est jamais loin. Ses mots sont restés durs : «Arrête!», «Non mais tu peux faire ce que je t’ai demandé?», «T’es pas un peu tannant?». Elle reprend à sa sauce notre ton, épinglant une fois de plus nos incohérences. «On ne parle pas comme ça aux adultes!», s’agace-t-on. «Pourquoi on peut parler comme ça aux enfants, alors?», s’énerve-t-elle en retour.

Elle est droite, raide comme la Justice à laquelle elle croit très fort. Elle a 6 ans, et campe sur ses positions comme un cheval rétif. Et chaque jour, je nous félicite d’avoir refusé les cases, d’avoir refoulé le tampon de la timidité comme le seul valable. Car elle sera probablement tout ça à la fois. Courageuse, fière, intimidée, têtue, douce, tantôt câline, tantôt sauvage, avec cette forte indépendance des idées, et ce fort besoin encore d’être bercée. Elle est mon chaton sauvage.

-Lexie Swing-

L’école au Québec : tout ce que j’aurais voulu savoir avant

Au Québec, l’école commence à 5 ans. Les enfants entrent alors en maternelle, dans un niveau qui correspond globalement à la grande section, en France. L’enjeu y est d’apprendre les lettres, les chiffres, mais surtout – et avant tout – d’adopter une routine et une capacité à suivre des consignes, rester assis en écoutant un professeur, travailler en groupe.

Au moment d’entrer à l’école, les niveaux des enfants sont souvent inégaux, autant en termes de connaissances que d’apprentissage purement social. Certains arrivent de CPE, d’autres de prématernelle axée sur l’apprentissage théorique qui souvent couvre déjà une partie du programme de maternelle. Il y a des enfants issus de garderies qu’on dit familiales – souvent 6-7 enfants entre 6 mois et 5 ans, gardés par une seule personne à son domicile. D’autres, enfin, ont été gardés à la maison par une mère ou un père en congé parental.

Avant l’entrée à l’école, en août dernier, j’avais mille questions, que je posais régulièrement aux parents avec plus d’ancienneté et à mes amis qui avaient grandi à l’école québécoise. Depuis, j’ai obtenu quelques réponses, que je vous livre ici.

L’école finit tôt… mais il y a un service de garde

L’école a lieu de 8h15 – 14h30 (en maternelle) ou 15h30 par la suite. Je me demandais comment faisait le commun des parents mortels pour rentrer à la maison aussi tôt. Et si les enfants pouvaient rester le soir, était-ce une étude? Tous assis pendant 3h de temps? Finalement, j’ai découvert le service de garde, ouvert à compter de 7h, et jusqu’à 18h. Autant dire que de notre côté, nous l’utilisons à son plein potentiel. B. a le choix entre la salle de dessins et jeux, et le gymnase (le matin). Le soir, elle commence par une récréation, avant de passer du temps dans la salle dédiée aux jeux puis de se rendre au gymnase. Le vendredi, elle revient toujours (magnifiquement) maquillée. Sa classe possède une éducatrice dédiée, qui est présente pour eux le matin, le midi et le soir.

Est-ce que c’est vrai qu’ils mangent dans leurs salles de classe et qu’il n’y a pas de micro-ondes?

Dans son école, oui. Dans d’autres écoles il y a des micro-ondes et/ou une salle spécifique pour les repas. Mon conjoint a déjà travaillé dans un gymnase où, quelques minutes avant midi, le personnel dépliait de grandes tables pour permettre aux enfants de manger. Pour nous, c’est donc dans la salle de classe et l’enfant apporte sa boite à lunch. Un service traiteur est également disponible, si besoin est, mais il doit être commandé à l’avance (impossible de se rendre compte le matin même qu’on n’a pas de quoi nourrir son précieux).

Je n’imagine pas ce qu’on peut bien mettre dans une boite à lunch…

Chaque midi, mon conjoint et moi apportons nos boites à lunch au bureau, et B. mange globalement la même chose. Elle a parfois un plat chaud – placé dans un Thermos pour le garder chaud – et parfois un ensemble de petites choses froides. Ce midi, c’était quiche, légumes, chips tortilla et trempette au yogourt. Demain, couscous (en Thermos, donc). Selon les écoles, on peut être plus ou moins surveillé concernant ce qu’on met dans les boites à lunch. Les bonbons sont interdits de notre côté, mais les cupcakes pour le goûter sont autorisés. Dans d’autres écoles, des parents ont déjà reçu une note concernant le chocolat ou les chips. Et pour tous, les précautions prévalent généralement, avec une interdiction assez généralisée de tout ce qui contient des noix. Côté collation, il y en a deux à prévoir : une le matin qui doit être composée de legumes, fruits, yogourt… et une le soir, qui peut être toutes sortes de choses. Généralement je glisse à B. un muffin ou un cookie que j’ai cuit le matin. Sa boîte à lunch est entièrement zero déchet, au depart parce que j’avais peur qu’elle jette les ustensiles (couverts) avec le papier du gâteau ou la gourde de compote, et désormais par conviction.

C’est quoi, une journée pédagogique?

À ma connaissance, c’est une journée où les professeurs sont en formation. De fait, il n’y a pas cours, mais il est possible d’emmener les enfants à l’école. Certaines fois, une sortie est prévue – moyennant finances. D’autres fois, des activités sont organisées à l’école, suivant un thème défini. À date, B. est allée aux quilles (au bowling), au zoo, et au centre d’amusement. Elle a passé plusieurs journées pédagogiques à l’école également, revenant généralement maquillée et fatiguée! Les journées pédagogiques ont lieu au moins une fois par mois. Sont également prévues au calendrier des journées tempête, donc des journées de force majeure où l’école pourrait être fermée (pour cause de tempête). Elles sont affichées généralement assez tard dans la saison, en mars par exemple. À titre d’exemple, notre école a été fermée une journée en janvier pour cause de tempête, la journée de force majeure prévue est mars est donc devenue une journée travaillée normale.

Il y a vraiment si peu de vacances?

Si peu, ça dépend comment on se place, mais il y a 3 semaines de vacances durant l’année scolaire : deux à Noël et une fin février/début mars. À titre de comparaison, les écoliers français ont 8 semaines de congés durant l’année – si je compte bien (Toussaint, Noël, Hiver et Pâques). Globalement, nous trouvons quand même le rythme appréciable. Les jours sont tous pareils (pas de semaine de 4 jours ou 4 jours et demi) et globalement courts (8h15-15h30, comme écrit précédemment). Les enfants sont fatigués en ce moment, mais c’est une fatigue assez répandu au Québec par les temps qui courent, l’hiver de six mois raréfiant notre exposition au soleil et nos sorties. Bref, le printemps gagne du terrain et on saute tous de joie!

Est-ce qu’il y a des devoirs?

Chez nous, oui. Même si B. n’est qu’en maternelle. Lors de notre première réunion, les institutrices ont tout de suite précisé qu’elles n’en avaient pas donné pendant longtemps, mais qu’elles avaient changé leurs fusils d’épaules après que les enfants ont exprimé l’envie de rapporter quelques devoirs pour montrer à leurs parents leurs apprentissages et leurs progrès. On en a donc, mais avec parcimonie!

En quoi c’est différent de l’école en France?

En France, lorsque les enfants arrivent en grande section, ils ont – la plupart du temps – passé déjà deux ans à l’école. Ils ont acquis une certaine routine, ils connaissent les locaux, etc. Au Québec, lorsqu’ils arrivent en maternelle à 5 ans, tout est nouveau (sauf prématernelle 4 ans, comme il en existe dans certaines écoles) et tout est donc à acquérir. Comme nous sommes un groupe d’amies avec des enfants nés au même moment, à cheval sur la France et le Québec, j’ai pu comparer les expériences, y compris avec les souvenirs conservés de ma propre enfance. À mi-parcours, je me suis interrogée. Était-ce normal qu’elle n’apprenne pas encore vraiment l’écriture? À déchiffrer ses premiers mots? À compter jusqu’à 100? À côté de ça, j’ai vu se développer chez elle une capacité à travailler en équipe et une plus grande maîtrise de l’expression orale. Elle a aussi développé des connaissances pointues sur les thèmes abordés mensuellement, à l’instar des dinosaures. Sa photo et son nom ont également été affichés sur le tableau d’honneur de l’école pour son application – et implication – dans ses travaux. Le tableau d’honneur célèbre ainsi chaque mois un enfant par classe, dans tous les niveaux, sur un thème donné. Par exemple, le thème de janvier ou février était «j’apporte mon aide à mes camarades» et la mention au tableau d’honneur semble récompenser l’enfant qui a fourni un effort sur ce thème précis plutôt que celui qui a un don particulier en la matière. Si un instant je me suis interrogée quant à l’apprentissage théorique, je m’aperçois aujourd’hui que l’école telle que ma fille en fait l’expérience lui a offert d’ores et déjà des bases solides en termes de confiance en soi et d’implication au sein de l’école. Le mentorat entre les élèves plus âgés et les maternelles a aussi conduit à une meilleure intégration des plus petits, qui comptent désormais des alliés parmi les grands. J’ai hâte maintenant de voir ce que l’école primaire nous offrira, et à quel point l’éducation scolaire à la québécoise aura un impact sur le développement de ma fille, et sur celui de sa sœur, plus tard.

 

-Lexie Swing-

 

Photos : Matthew Henry (Burst)

6mois, le magazine que vous devez découvrir

Les influenceuses made in Japan. La victoire de l’IVG en Irlande. L’insolente petite ville de Calabre, exemple réussi de l’intégration des migrants parmi la population locale, désormais menacée par l’extrême-droite au pouvoir. Le luxe au Liban. Le 6mois du printemps 2019 est sorti, plein de sa richesse habituelle, de ses histoires qui commencent au creux même des photos, dans les visages las, les yeux émerveillés, les sourires interrogateurs. Dans les fonds flous des conflits, dans les horizons dorés des palaces de l’Orient, dans les recoins des chambres miteuses de ce monde et le vert parfois terni des campagnes de la planète entière.

Le magazine de photos «6mois» est à la fois mon précieux et mon vecteur. Je le lis depuis ses premières parutions. Je le partage, mais demande toujours à ce qu’il me revienne. Après avoir fait le tour de ses admirateurs, celui-ci ne dérogera pas à la règle, il reviendra à sa place sur l’étagère qui leur est dédié.

Son tour commencera par ma collègue anglophone, qui survole les légendes et s’accroche aux images. Il parcourra d’autres mains tendues, sur le chemin. Ouvert en son cœur par des lecteurs distraits par la couverture. Ils l’emprunteront sans un mot, déjà absorbés. Le ramèneront avec un post-it mal collé, remerciement silencieux. Il échouera finalement sur la table de la cuisine de mon ami et collègue, féru de petites et grandes histoires.

Pour le moment, il gît sur mon propre bureau. Je le savoure, reportage par reportage, tandis que les informations affluent ensuite dans mon esprit, nourrissant les discussions de fin de soirée et les repas de midi. J’en suis à peine à la moitié, et je trépigne déjà de découvrir le reste.

-Lexie Swing-

6mois est en vente au prix de 26 euros, avec deux parutions annuelles, au printemps et à l’automne. Il est livré chez moi – au Québec – pour un coût de 10 euros.

Je suis le Lucky Luke du courriel pour l’école

«J’ai bien lu l’infolettre. Il est fait mention d’une autorisation de sortie à signer. À ma connaissance, nous n’avons pas reçu d’autorisation de sortie. Pouvez-vous nous la transmettre svp?»

Ça, c’est mon courriel type. Toujours poli, un brin stressé, souvent pressé. Je suis de ces parents à qui on ne peut pas parler d’une autorisation de sortie si le document n’est pas annexé. Le cauchemar des planificateurs. Le doigt sur le clic gauche plus rapide que Lucky Luke abattant son ombre.

Je le sais. C’est ma job, aussi, la planification. Outlook me sonne les cloches à chaque fois : «Vous avez parlé d’un fichier joint, mais aucun fichier n’a été joint à votre courriel, voulez-vous joindre un fichier à votre courriel?». Inratable. Même Gmail s’y est mis. Je soupçonne un complot.

L’école n’est pas en reste. «SVP prévoir les pantalons de neige au moment opportun». Ma tête s’affole. C’est quand, le moment opportun? Quand la neige tombe enfin? Quand il fait 2 degrés? -2? -10? Je crois que traînent en moi les réminiscences de ma propre enfance. La peur de mal faire. L’annotation au stylo rouge qui s’époumonait : «Consignes mal comprises». Je relis le paragraphe. Interpelle mes amies mamans. Confronte ma compréhension. Copie les parents qui semblent savoir, ceux qui un beau jour sortent de leurs coffres les pantalons rutilants.

D’ailleurs, les autres parents semblent toujours savoir. Quel jour sortir les pantalons de neige. Quoi mettre dans la boite à lunch. Où trouver des chaussons de danse. Quand se terminent les inscriptions aux camps d’été.

Ils semblent toujours lancés dans une conversation animée avec l’institutrice. Ils ne se questionnent pas au sujet du sens caché du dernier courriel reçu. Ni sur le format de la boite à chaussures à sacrifier sur l’autel des arts plastiques des maternelles (true story – elle est devenue une grotte pour dinosaures) (avouez que ça vous manque, d’avoir 5 ans et que votre mandat de la semaine soit de construire une grotte pour les dinosaures).

Et puis parfois, à la faveur d’un anniversaire d’enfants un peu trop arrosé (au jus de raisin) (tout pressage compris), on apprend les courriels envoyés en catimini, derrière les sourires figés. On note le ton acerbe employé pour citer une éducatrice un peu trop zélée. On détaille les ridules agacées et les haussements d’épaules. Et on s’esclaffe finalement, alors que tous les parents présents épaulent le père ou la mère désabusé(e) d’un «moi, pareil», grammaticalement faible mais politiquement fort.

La vérité, c’est qu’on est tous le boulet de quelqu’un. Je tempère les inquiétudes parfois saugrenues de mes contacts mais nourris les miennes aux fruits des messages de l’école sans objet et des courriels sans fichiers. J’ai des amis profs qui vitupèrent contre les assauts parentaux et râlent en cachette de l’institutrice de leur enfant qui les rackette en boites d’œufs vides et circulaires de supermarchés. J’ai aussi des copines secrétaires qui collent aux basques des directrices et directeurs de ce monde pour obtenir une malheureuse approbation et signent l’autorisation de sortie pour l’école appuyées sur le pare-brise de l’autobus scolaire à 6h22, le matin du départ en voyage de classe.

Je suis le parent aux courriels intempestifs. Je plaide coupable. Et vous vous êtes lequel?

-Lexie Swing-

Parents : du temps pour soi

J’adore coudre. J’aime le principe même de créer quelque chose. J’ai longtemps créé des phrases, des envolées poétiques, des histoires que je dévoilais à voix haute, après m’être éclaircie la gorge. J’aime la fabrication de quelque chose qui vient de soi, une étiquette invisible, un filament d’âme sur un morceau d’étoffe.

J’adore aussi lire. Des piles entières que je dévore, comme une faim sourde et irrationnelle. Au creux du ventre, tapie. Une faim de mots, d’idées, d’espoirs. Une faim d’ailleurs, aussi.

Je connais le besoin de faire du sport, de se dépasser, de s’exalter pour un record battu, un défi lancé à soi-même comme une perche tendue à son courage.

Ça prend du temps pour soi, d’être heureux. Mais ce n’est pas aussi évident que l’idée le prétend.

Il s’agit presque d’une consigne, désormais. Être un parent présent. Être un parent bienveillant. Être un parent qui prend du temps pour lui. Il faut être tout ça en même temps, mais ne surtout pas être stressé. C’est une injonction. Soyez bien avec vous-même pour être un bon parent.

C’est votre faute, si vous ne prenez pas de temps pour vous. Personne ne vous dira jamais que c’est la faute au petit dernier qui préfère hurler à la lune (même pas pleine) que de dormir la nuit. Nul ne reportera la faute sur votre aînée, qui prend deux mi-temps pour manger trois bouchées. Le monde niera en bloc les matinées courses à pied et le tunnel de la fin de journée.

Après tout, c’est toi qui l’a voulu.

Reste que, entre nous, on se le dit, on se le chuchote : on aimerait bien ça, du temps pour nous. Laisser tomber le souper pour lire quelques pages en grignotant des céréales ou partir courir dans le soleil qui se couche, en faisant fi des tâches et des obligations.

J’aimerais ça, que mon projet couture ne soit pas une comédie en trois actes mal ficelés. Que la découpe du patron ne se fasse pas avant Noël pour espérer que les pantalons soient cousus à Pâques. Que l’achat du tissu ne soit pas un casse-tête mathématiques avec soustraction des activités sportives enfantines, et horaire du magasin en retenue.

Je rêverais, que mes virées à la bibliothèque ne se transforment pas en épopée fantastique, où Tempête, l’aventurière escalade tables et étagères dans une chasse aux trésors aussi fébrile qu’épuisante. Et qui, le moment venu, la transforme en chat de canapé qu’il faut porter sur le retour à pieds.

Je l’ai fait. Fermer le lave-vaisselle et enfiler mes gants (de boxe). Filer à l’anglaise sitôt les enfants couchés. Embrasser leur père, se dire qu’on se verra un autre soir, une autre fois. Et partir s’entraîner.

Parce que oui, c’est important, le temps pour soi. Exister au-delà de sa parentalité. Être nous-même, être n’importe qui. Des individus qui dansent, qui courent, qui virevoltent, qui boxent l’air à poings serrés, le cœur léger.

Un temps gagné au profit de notre âme et au détriment, probablement, du reste. De l’autre. Quand l’aventure de nos vies se résume à des mots mal écrits sur le papier plastifié du calendrier familial. Boxe. Tennis. Piscine. Karaté. Danse. Comme autant de sauts de puce. Autant d’existences parallèles.

Autant de points gagnés, peut-être aussi, sur notre bonne santé mentale.

Même si, c’est clair… le lave vaisselle ne se videra pas tout seul!

 

-Lexie Swing-

Photo : Andrew Rashotte 

Connaissez-vous Passe-Partout?

Moi, la première fois qu’on m’a parlé de Passe-Partout, ici au Québec, j’ai cru qu’on mentionnait le monsieur qui porte toujours un immense jeu de vieilles clés, dans Fort-Boyard. Je me suis demandée où ils le mettaient, leur fort, sur le Saint-Laurent. Mais ça ne m’a pas émue plus que ça.

Et puis, en début d’année, de nouveaux épisodes de «Passe-Partout» ont été tournés, provoquant une marée de commentaires enthousiastes de la part des parents québécois, eux-mêmes issus de ce que l’on a appelé ici «la génération Passe Partout».

C’est le moment où je n’ai pas pu m’empêcher de demander : «Mais p***** c’est qui Passe-Partout?». Comme je suis polie et que les enfants ont toujours les oreilles qui trainent, j’ai plutôt dit «Qui est ce fameux Passe-Partout dont le monde (québécois) entier a le nom sur les lèvres?»

Bref, il s’avère que Passe-Partout est une fille (et toc). Elle partage la vedette de l’émission avec Passe-Carreau et Passe-Montagne – respectivement une fille et un garçon. D’autres personnages sont également présents, tels que Fardoche, Julie et André, ainsi que la famille de marionnettes qui reproduisent des saynettes de la vie quotidienne.

L’émission a été diffusée de 1977 à 1991, puis remisée, jusqu’au tournage de nouveaux épisodes l’an dernier.

Ça ressemble-tu aux Minikeums?

Nope. Les Minikeums, qui d’ailleurs ont correspondu à la génération suivante – ils sont apparus en 1993 – étaient bien des marionnettes, mais elles avaient été créées à l’effigie de personnes célèbres en France : Antoine de Caunes, Vanessa Paradis, la chanteuse Elsa, Mc’Solaar… Personnellement, et mise à part «Vaness’», je n’avais aucune idée à l’époque qu’ils étaient censés représenter des personnes réelles. Les saynettes qu’ils reproduisaient étaient plus des copies d’émissions existant sur les ondes («Question pour un lampion», «Taratatouille»…) que des saynettes de la vie courante.

Le concept de Passe-Partout est pour sa part moins un divertissement qu’un outil pédagogique télévisuel. L’enfant se retrouve dans les saynettes, il apprend des mots, des concepts, des façons d’agir aussi.

Et pis, t’as aimé ça, la première saison de Passe-Partout?

On n’a pas la télé ici, et j’ai toujours eu l’impression de passer à côté d’une certaine forme de culture québécoise. Quelle que soit l’idée que l’on se fait de la culture télévisuelle, je trouve qu’elle peut être une forme de découverte et d’apprentissage lorsqu’on immigre dans un nouveau pays.

Passe-Partout était pour moi une belle façon de découvrir un concept qui avait bercé l’enfance de mes amis, et qui s’apprêtait à accompagner mes petites Québécoises dans les prochaines années. Si l’émission se poursuit, elles feront directement partie de la nouvelle génération Passe-Partout, une belle forme de ralliement.

En janvier dernier, j’ai donc téléchargé l’application de Télé-Québec, j’ai lancé le premier épisode et… je suis allée me servir un verre de vin. Je n’étais clairement pas assez alcoolisée pour apprécier le concept. L’épisode s’ouvrait sur la marionnette Cannelle, la fille de la famille, et si mes souvenirs sont bons elle parlait à son phoque en peluche. J’étais tassée au fond de mon sofa, roulant des yeux. Je pense que je manque de sensibilité à l’égard des marionnettes.

Mais vous savez qui a directement accroché à l’émission? Mes filles. Tandis que je regardais d’un œil torve, B. a levé la main pour répondre à une question posée face caméra par Passe-Partout. Je me suis rassise plus droite. Passe-Montagne et Passe-Carreau ont proposé une série de mouvements pour se défouler. Tempête s’est levée d’un bond et j’ai repris une gorgée. Les protagonistes ont entamé une chanson. Et les filles ont repris en chœur tandis que je murmurais l’air entêtant. Et puis un enfant – un vrai enfant – est apparu sur l’écran. «C’est un ami de ma classe», a crié B. J’ai laissé échapper un sourire.

La vérité, c’est que je n’irais pas me farcir Passe-Partout en proie à une vaine solitude. Mais comme parent… bon sang que c’est sain. Ça fait tellement du bien, de voir une émission proposée aux enfants qui soit aussi saine. Qui montre aux enfants comment exprimer leurs sentiments. Qui leur apprend le nom des oiseaux et le cycle des saisons. Qui soit aussi interactive, les enjoignant à chanter, à s’exprimer et à bouger.

Pour vous donner un exemple, la photo d’illustration montre l’épisode que les filles ont regardé ce matin, tandis que je finissais de me préparer. À l’image – petite et flou, j’en conviens – Passe-Montagne et Passe-Carreau, qui rencontrent le chien de Fardoche. Passe-Montagne a peur des chiens. Passe-Carreau, qui est le personnage énergique et «physique» (au sens d’exercices physiques) de l’émission, lui répond : «Tu sais, il y a une façon d’aborder les chiens si tu en croises un. Déjà, tu commences toujours par demander au maître du chien si son animal est gentil et si tu peux le caresser. Ensuite…»

Vous voyez l’idée? Vous croyez que ça n’a pas d’impact? Détrompez-vous! Au premier chien que nous avons croisé, Tempête s’est précipitée, et B. est intervenue : «Souviens-toi, tu dois d’abord demander…»

Je vous encourage à découvrir l’émission, juste pour le fun, juste pour voir. Avec votre âme de parent, en laissant le sarcasme au vestiaire. Parce que oui, la première fois que Passe-Montagne a raconté une histoire courte en s’appuyant sur des illustrations au mur, puis qu’il a ensuite repris l’histoire une nouvelle fois depuis le début, j’ai cru faire une crise d’apoplexie. Et puis il a dit «mmmh rappelez-moi, il se passait quoi, à ce moment-là, déjà?» et mes filles ont répondu en criant et riant, ravies d’avoir tout retenu. J’ai su à cet instant que le plaisir du divertissement me resterait inaccessible. Me reste donc celui de bouquiner en toute tranquillité pendant 23 minutes en sachant mes enfants absorbés par une émission de valeur.

Et ça, je vote pour.

-Lexie Swing-

Pour découvrir l’émission, rendez-vous sur Coucou Télé Québec.

Crédit photo : Lexie Swing

Le virage zéro-déchet : état des lieux

Depuis quelques mois, nous avons commencé à développer une conscience plus aigüe des déchets que nous produisons. À la manière d’un kangourou paresseux, nous semblons progresser par bonds, plutôt qu’en trottant. En l’espace de deux ans, nous avons ainsi éliminé la viande et le poisson, nous nous sommes tournés vers la production biologique et locale, pour finalement nous intéresser au zéro-déchet.

C’est comme si j’étais tombée amoureuse de la grande blonde timide au fond de la classe. Celle qui a toujours été là, à l’ouest du groupe, que l’on remarque à peine, jusqu’au jour où, à la faveur d’une poésie somptueusement récitée (ou d’une soirée trop alcoolisée), on la redécouvre brusquement. Le zéro-déchet, c’est ma blonde timide. Et je ne compte plus la lâcher.

Pire, j’ai développé une véritable culpabilité lorsque je nie son existence. Une angoisse écologique (ou solastalgie) qui semble être assez répandue désormais, dans notre génération. Écologiquement angoissée donc, je me vois refuser à mon estomac le yogourt granola dans son pot en plastique estampillé 6 – non recyclable. Je subis la pression de ma liste de courses, plaidant en faveur des lasagnes feta-courgettes (un délice) lorsque lesdits légumes sont emballés en trio, plastique étirable en soutien (non recyclable). Je fais demi-tour devant le café voisin, le poing serré sur mon absence de tasse. Pas de tasse, pas de café. Les leçons de privation (de café) seront les plus durement apprises.

Compost et Cie

Ce qui a permis un véritable changement dans notre consommation, c’est la découverte d’un magasin de vente en vrac très bien fourni, notamment en produits biologiques, et la mise en place d’un programme de compostage par la ville.

Parce que moi, ajouter un peu de feuilles par-ci, deux trois haricots par-là, implorer quelques vers de terre et sceller le couvercle pour éviter les assauts des trifouilleurs du coin (entends par là : les ratons-laveurs), ça me disait moyennement. Je préfère laisser ce savant entretien à d’autres (à la ville, donc).

Côté compost, ladite ville n’y est pas allée avec le dos de la cuillère. Tu veux sauver la planète? Trie tes poubelles! D’un ramassage hebdomadaire des déchets, elle a profité de la mise en place du compost pour faire passer le ramassage à une fois aux deux semaines. Les récalcitrants du tri n’ont qu’à bien se tenir : pas moyen de faire les paresseux si l’on ne veut pas se retrouver avec plus de sacs de déchets que la poubelle ne peut en contenir.

Heureusement, le guide fourni était précis, et les possibilités larges quant à ce qu’un compost de ville est susceptible d’accueillir. Pour être honnête, ce fut drastique : notre poubelle de déchets est désormais passée de deux, voire trois sacs par semaine, à un sac pas très rempli aux trois semaines.

Ce qu’on trouve dans le sac de déchets

J’ai lancé une fouille archéologique hier soir pour tenter de savoir ce qu’on jetait encore dans la poubelle «normale». Hors erreurs des filles – j’y ai trouvé quelques mouchoirs et des gâteaux écrasés – la récolte révèle à la fois les faiblesses de la grande distribution et notre méconnaissance quant à la destination de certains produits : film étirable, plastique non recyclable, papier très souillé, ballounes crevées, crayons cassés, collants déchirés, tissus très tâchés (garderie, si tu m’entends), mais aussi éponge et matériaux divers utilisés lors des travaux de la cuisine.

La preuve – peu ragoûtante certes – que les choses se jouent surtout en amont. Ne pas acheter, c’est déjà éviter la poubelle des déchets. Il y a des affaires, cependant – soyons francs – que je ne compte pas arrêter d’acheter demain, à commencer par les collants. Des collants qui finissent inexorablement dans la poubelle après quelques utilisations. Le cycle de vie d’un collant est court même s’il existe d’excellents tutoriels pour les transformer ensuite en éponge pour ceux qui n’ont que ça à faire de leur vie (je rigole bien entendu – mais repenser et retraiter ses déchets est clairement chronophage).

Magasiner en vrac

Il n’y a pas de secret. Si l’on veut éviter les déchets il faut magasiner en vrac. Et là, le mot manquant est «pouvoir». Il faut POUVOIR magasiner en vrac. Je vais réutiliser ici une expression québécoise que j’aime : «C’est pas vrai que».

C’est pas vrai que l’on va faire 50 bornes (à) toutes les semaines pour aller remplir ses bocaux – surtout quand le supermarché est à 3 minutes à pied.

C’est pas vrai que l’on va se taper 5 places différentes pour venir à bout de la liste d’épicerie.

C’est pas vrai non plus que le parent qui travaille 40h/semaine (s’occuper de ses enfants à temps plein fonctionne aussi dans cette équation dramatique) a le goût d’emmener sa vive progéniture le week end, dans un endroit rempli de bouffe à disposition et de bonbons à volonté.

(Un jour je vous raconterai cet épisode intitulé «quand Montessori tourne mal», à savoir le jour où j’ai voulu agrémenté mon week-end de maman solo d’une virée au magasin en vrac. Virée que j’ai édulcorée d’une activité «transvidage : attrape les coquillettes avec la cuillère à soupe et verse-les dans le pot»). (Heureusement, le magasin en vrac où je me rends dispose d’un «coin des papas» comme j’aime l’appeler, c’est-à-dire un espace pourvu de jouets, de livres, et de papas, affalés sur les sofas mis à disposition et surveillant d’un oeil fatigué leur progéniture électrisée par trop d’heures de dessins animés).

Bref, pour limiter ses déchets, il faut acheter en vrac et donc avoir facilement accès à des magasins qui en proposent, ainsi qu’à des légumes sans pellicule plastique (une gageure, dans mon coin, surtout en bio). Mon épicerie s’effectue pour le moment entre un magasin où je trouve en vrac (et en bio) l’ensemble des produits secs, ainsi que des œufs, du tofu, du fromage, du sirop d’érable, de l’huile et tous les produits ménagers possibles; et un magasin bio où je me fournis en légumes. J’y achète aussi quelques produits «emballés» : de la sauce tomate, les céréales des enfants, de la crème glacée, des saucisses végés, etc. Rien qui ne soit infaisable soi-même, mais c’est là où le temps vient à manquer, n’est-ce pas?

-Lexie Swing-

Maladie infantile vs obligations professionnelles : le casse-tête parental

Je sors de deux semaines intenses professionnellement. Les dates étaient notées dans le calendrier familial, le rythme orchestré et les arrangements prévus. Tout était en ordre pour un déroulement parfait des choses. C’était sans compter la maladie soudaine de la petite dernière.

Car ta vie personnelle se fout de tes obligations professionnelles (et c’est là chose bien connue).

Alors que se profilait le repos bien mérité de la première mi-temps – aka, le week-end entre les deux semaines très chargées – Tempête a déclaré une fièvre aussi forte que soudaine. 40.3 au compteur et les yeux aussi vitreux qu’une bille Agathe abandonnée à l’ombre de la cour de récré. L’amoureux a pris en charge le petit pyjama frissonnant pendant que je fuyais vers le centre-ville et la journée s’est déroulée sans encombres (mais à grands renforts de Tylenol).

La nuit de vendredi à samedi défiant de nouveau la chaleur des tropiques, nous avons demandé un rendez-vous à notre médecin de famille de toute urgence – magie de la technologie – pour le lendemain matin même. Déjà, se profilait dans nos têtes la perspective du lundi. Ce lundi sacré. Celui-là même qui devait voir partir l’amoureux pour un déplacement avant de prendre le premier train de l’après-midi pour récupérer les filles, leur mère étant astreinte à résidence professionnelle par la tenue d’un événement de première importance.

Le lundi est arrivé et – oh miracle! – point de fièvre à l’horizon.

Le parent coupable est un parent prévoyant. Nous avons croisé les doigts et répété des prières à Mère Nature, sacrifiant quelques tomates sur l’autel du compost. Fatiguée mais non fiévreuse, Tempête est allée rejoindre les rangs de ses pairs à la garderie. Elle a tenu bon jusqu’à 17h, heure à laquelle son père l’a récupérée, somnolente mais toujours blagueuse.

La fièvre est revenue tel un boomerang durant la nuit – à croire que Mère Nature n’avait guère été convaincue par nos prières. Le lendemain matin, ce fut donc mon tour de prendre en charge l’enfant malade (l’égalité des sexes, toussa…). Ma boite courriels ne dérougissait pas, mais l’ensemble des manœuvres restait possible à distance. Babysittée par les PJ Masks, tenue en haleine par Masha et Mishka, Tempête a absorbé plus d’heures de télévision en 24h que durant l’année écoulée (#parenting101). Le soir même, nous étions de retour chez le médecin où l’enfant a piqué du nez dès la salle d’attente, peu émue de ma lecture enjouée de Maman Ours. Le diagnostic s’orienta cette fois du côté de l’otite. L’enfant fut mis sous antibiotiques avant de reprendre le chemin de son lit, sa mère filant à 21h faire le pied de grue dans une pharmacie aussi bondée qu’un Tim Hortons un soir de match.

Retour à la garderie le lendemain (l’inconscience et la perséverance font parfois bon ménage) de l’enfant sans fièvre et sous antibiotiques. Jusqu’à 11h et l’appel de l’éducatrice plaidant l’importance de rester à la maison pour l’enfant fatigué. L’amoureux annula donc son rendez-vous du midi pour aller chercher notre Tempête, devenue le temps d’une maladie une simple brise marine sur le port de Cassis.

Retour à la case départ. Le lit donc. Jusqu’au réveil de la sieste, à 16h. Sieste qui sonna le glas de la maladie, le retour du diable de Tasmanie et la fin de l’errance parentale. Si jeudi fut un point d’interrogation – la sieste emportera-t-elle un épisode fiévreux dans ses bagages? – vendredi fut un retour aux sources. C’était soccer et journée des jouets de maison. Il y avait des joggings à enfiler, une poupée à emmener, une moto à retrouver, et une grande sœur à embêter. La vie, en somme.

Questionnement mathématique

Depuis la maladie de Tempête, je m’interroge. Quid de l’équation enfant malade + obligations professionnelles? (Condition : si et seulement si aucune famille n’habite à proximité pour garder l’enfant).

Enfant A, Père B, Mère C

Si A est malade. Considérant que B et C ont des obligations qui nécessitent leur presence physique à un endroit L.

En admettant que B et C ont chacun pris une journée pour garder l’enfant.

Ajoutant à l’équation l’exaspération des collègues, d’une part, et les inquietudes des éducatrices, d’autre part.

N’oubliant pas, cela va sans dire, une culpabilité, parentale, pour commencer, et professionnelle bien évidemment.

Quel résultat?

(La fatigue, les amis, la fatigue)

-Lexie Swing-