20h30, le cours de sport

On se connaît bien, nous les parents du sport. On arrive en retard, essoufflés, délivrés de la routine du soir. Les enfants sifflent le rappel mais nous ne sommes plus là pour les entendre. Nous laissons ça à d’autres, à l’autre, le temps d’une heure, d’un cours, à peine.

On débarque mal chaussés et la couette de travers, fouillant à mains griffées dans nos totebags éculés. Le mignon sac de sport est indisponible, relégué au rang de sac de piscine pour l’aîné, ou de sacs à couches pour la petite dernière. On déniche triomphalement une paire de bas de sport, un bandeau fatigué, entre les mouchoirs douteux, les barres de céréales écrasées et le jouet Kinder oublié là, il y a longtemps déjà.

On se salue comme des braves, sortis indemnes de la bataille du 18-20. Celle des consignes mille fois répétées et des mains mal lavées, des petits pois triés, du dessert réclamé et du verre d’eau qui n’en finit plus d’être quémandé. Les premiers mots sont ceux d’un père, ceux d’une mère, comme si l’on emportait partout avec soi cette part de notre existence, telle une encre indélébile au creux du cœur et des conversations.

Et puis l’étoffe se fait plus légère. On la dépose entre deux coussins, à la va-vite sur la chaise des visiteurs. On enfile nos bas, nos gants, nos t-shirts trop grands. On noue nos cheveux et on redresse les épaules. On laisse un peu de nous derrière la porte vitrée. On laisse les contraintes, on oublie la routine, ne gardant que l’essence même de nos tout-petits, ceux-là mêmes qui avancent en surveillant notre présence rassurante par-dessus leur épaule. Nous sommes tourelles et levons les poings. Le courage au creux de la garde.

On court avec l’énergie brute d’une vie sur la corde raide, luttant pour rester éveillés. On frappe avec une férocité dont on ne se serait pas cru capable. Et c’est notre monde entier qui brûle dans nos veines. Nos inquiétudes, nos colères, nos impuissances. On danse avec la légèreté de ceux qui s’abandonnent, dans un dernier souffle, libérés des chaines du quotidien, et portés par l’amour des êtres qu’ils ont bercés.

Il n’y a que nous, au centre du ring. Avec le cœur qui bat vite, comme s’il en portait tant d’autres avec lui.

Nous ne sommes pas que des parents, nous sommes autres, nous sommes plus. Mais persiste, en filigrane, cette importance. Qui nous colle à terre et nous tient debout, le cœur à son apothéose, porté par mille battements de plus. Plus vivants que jamais.

-Lexie Swing-

Photo : Samantha Hurley

Question de valeurs

Quand on me demande pourquoi j’ai choisi de quitter la France, il est souvent question de travail, de carrière. Mais inévitablement, la réponse finit par s’orienter vers le climat social, et notamment l’acceptation des individus dans leur diversité.

J’ai quitté la France quelques mois après les premières manifestations contre le mariage gay. J’ai encore dans la bouche le goût de la haine qui flottait dans l’air. J’ai toujours, imprimé au fond de la rétine, les slogans déroutants d’intolérance, et la violence palpable.

Je n’ai pas voulu que mes enfants grandissent dans cet environnement. Qu’elles s’y sentent un jour en danger, parce qu’elles seront concernées. Ou qu’elles finissent par trouver ordinaire cette brutalité des mots et des actes.

On m’a souvent répondu que l’on défendait des valeurs. Celles de la famille, celles de la République. Pourtant, je n’ai jamais entendu personne, aucun postulant à une entrevue, aucun candidat d’un quelconque show télévisé, répondre «Moi mes valeurs, ce sont celles de la famille traditionnelle, celles d’un mariage hétérosexuel». Absolument pas. Les valeurs que l’on véhicule sont souvent celles de l’ouverture aux autres, de la transparence, de l’unité, et surtout de la tolérance.

Quatre valeurs qui ont largement pris le bord dans le contexte des manifestations contre le mariage homosexuel.

En 2013, j’avais dans mon entourage une amie de longue date, qui avait vécu des amours et amourettes autant avec des filles qu’avec des garçons. Je la pensais une alliée fidèle dans ma volonté de combattre l’obscurantisme qui drainait les foules en colère. J’ai pourtant eu la surprise de la découvrir farouchement opposée au mariage gay. Au nom de quoi? De la tradition mes amis.

Or il se trouve que j’ai grandi dans une famille où la tradition a mauvaise presse. Mes parents abhorrent la tradition, pour ce qu’elle convainc de faire de plus absurde les gens qui s’en réclament. Ça n’a aucun sens, pour moi, de penser et d’agir uniquement par tradition. Celle-ci est forcément le corollaire d’autre chose : le plaisir de se retrouver en famille pour les Fêtes, la nostalgie d’un lieu où l’on retourne chaque année, l’envie de déguster un mets spécifique à une période donnée. Si seule la tradition est le leitmotiv, alors il convient de s’interroger sur le bien-fondé des usages que l’on répète.

Le corollaire de la tradition, dans l’opposition au mariage gay, n’avait rien de glorieux. C’était la peur de la différence, c’était l’indifférence et la méconnaissance. C’était aussi, sans aucun doute, la perte de repères et de valeurs dans un quotidien incertain. Cette même anxiété qui pousse les individus à se replier sur eux-mêmes plutôt que de s’ouvrir au monde.

J’ai étudié dans la filière économique et sociale, au lycée (l’école secondaire). De mes cours, je n’ai que peu de souvenirs, à l’exception de quelques notions et termes. L’anomie d’Emile Durkheim est de ceux-là. Il établissait que l’affaiblissement du pouvoir des institutions dans les sociétés modernes pouvait conduire à une anomie, à savoir une perte de repères. Si Durkheim dressait ici l’une des causes possibles de suicide – le thème du livre où il aborde ce sujet – il n’en reste pas moins que la perte de repères peut avoir des conséquences vastes dont fait partie, notamment, le repli identitaire.

Pourtant, je suis persuadée que nous nous trompons de cibles. On se plaint souvent que la société évolue, que les lois contraignent ou obligent, lorsqu’elles ne sont que le reflet de l’existant, que la légitimation d’une réalité établie.

Dans les prémices des contestations, j’ai d’abord refusé d’entrer dans les polémiques. Pas parce que je n’étais pas en faveur du mariage homosexuel, vous l’avez compris, mais parce que je ne voyais pas où était le débat. C’était un non sujet, pour moi, une évidence, quelque chose qui n’aurait même pas dû être matière à débat. Honnêtement, même encore aujourd’hui, je suis ébahie de l’ampleur que cela a pris. «Mais pour qui te prends-tu pour décider qu’un couple majeur ne devrait pas avoir le droit de se marier», ai-je un jour crié, excédée, à quelqu’un. En la matière, je trouve que les contestataires se sont donnés beaucoup trop d’importance. Pire : le gouvernement, les autorités, leur ont donné beaucoup trop d’importance.

C’est comme si on avait invité Tatan Jeannine à la table des débats. Celle-là même qui déblatère sur l’étoffe trop mince de la robe de la mariée et sur l’épaisseur de son tour de cuisse. Tonton Pierrot n’étant jamais le dernier dans le bal des récriminations, assis au bar de la salle des fêtes et alcoolisé au dernier degré, vitupérant des phrases assassines à base de «Quand j’étais jeune….» et autres réjouissances hors d’âge. Vous trouvez que c’est cliché? Les contestations entendues contre le mariage gay sont elles-mêmes un pur cliché, qui serait drôle s’il n’était pas aussi malsain.

«Un enfant a besoin d’un couple fort, d’une maman ou d’un papa», tentait un jour de me convaincre l’amie citée plus haut, inquiète que le mariage gay puisse conduire à une légalisation de l’adoption par les couples homosexuels. Elle en profitait pour nier, inconsciemment, les réalités que nous vivions : cet ami commun dont les parents avaient divorcé avec toute la violence imaginable, cette voisine qui élevait avec tellement de force et de conviction ces enfants seule. Comme s’il n’y avait qu’une vérité, qu’une réalité, et que tous les couples de parents hétérosexuels étaient des modèles d’équilibre et des exemples de solidarité…

J’ai eu tort de ne pas afficher tout de suite mes convictions profondes, et je me suis bien rattrapée par la suite. On devrait toujours afficher ouvertement notre soutien à cette communauté… qui est la nôtre. Oui, il y a une communauté LGBTQI+ propre, et c’est essentiel, mais c’est aussi une part de notre communauté plus large. C’est notre enfant, notre parent, notre voisin, notre instit, notre médecin. C’est nous aussi.

On peut vouloir le meilleur pour notre enfant. L’environnement le plus pur, l’éducation la plus riche, les voyages les plus beaux et l’avenir le plus prometteur. On peut lire des bouquins et consulter des spécialistes. On peut trier nos déchets et cuisiner maison. On peut jouer, et rire, et participer. On peut travailler à 80% et profiter des mercredis après-midi. Si on refuse de s’ouvrir à notre communauté et de soutenir les droits de chacun, alors on n’aura fait tout ça pour rien. On dressera une tour savante sur une base fêlée. Parce qu’on aura nié l’individualité et l’identité propres. La diversité des sentiments.

C’est comme dire «je t’aime, mais…» quand on devrait aimer inconditionnellement.

-Lexie Swing-

Trois questions à poser à ses enfants

Souper à trois. Les filles sur les côtés et moi au milieu. C’est notre organisation, nos habitudes en trio lorsque Papa découche.

La dynamique est différente, plus enfant-centrée. Plus besoin d’écouter les conversations d’adultes, les échanges professionnels, les ritournelles parentales. Les questions sont à sens unique et les mots enfantins.

De ces soupers nous créons des confidences, nous inventons des compromis. Nous troquons le poivron contre trois petits pois. Nous promettons la crème glacée et peut-être le dessin animé, même si en semaine, vous savez bien, normalement on n’a pas le droit.

Mais on dira que c’est spécial, que c’est différent, que c’est un peu congé, finalement.

Je prends à cœur de leur poser des questions, de rebondir sur les menus détails. Je passe en revue dans ma tête les interrogations pertinentes. Celles qui ne se répondent pas par oui ou par non et qui m’en apprendront un peu plus que le sempiternel «Est-ce que vous avez passé une bonne journée?».

De notre dernier souper en trio, je garde en mémoire trois questions, et leurs surprenantes réponses. La toute première que j’ai voulu poser était avant tout une vérification.

«En dehors de (insérer ici le nom du meilleur ami / de la meilleure amie), avec quel(le) ami(e) aimes-tu passer du temps, et pourquoi?»

J’aime cette question, qui me permet de savoir qui sont leurs ami(e)s, en dehors de celles et ceux dont j’entends toujours le nom. Ce sont les amis plus discrets, ceux sur qui on peut compter et qui sauront rassurer notre enfant si d’aventure il devait se retrouver dans une classe différente. Je la rends parfois plus spécifique, précisant : «Avec quel ami qui n’est pas dans ta classe aimes-tu particulièrement jouer?». J’ai ainsi découvert que mon aînée passait ses heures au service de garde en compagnie d’enfants plus grands, qu’elle avait connus dans une précédente garderie. Ma toute petite, quant à elle, s’est avérée jouer avec l’enfant de nos amis, qu’elle connaît de longue date mais mentionne rarement puisqu’il est dans un autre groupe. Curieuse d’en savoir plus, j’ai par la suite interrogé les éducatrices qui m’ont confirmé que «ces deux-là passent beaucoup de temps ensemble» (et apparemment, surtout pour faire des bêtises :)).

J’apprécie aussi le pendant de cette question, celle qui interroge : «Quel enfant n’apprécies-tu pas du tout, avec qui tu n’aimes pas être lorsqu’il s’agit de jouer ou travailler en groupe?» C’est une question somme toute anodine, dont la réponse l’est généralement tout autant : «Je l’aime pas parce qu’il fait tout le temps des grimaces», «Il m’énerve car il veut jamais aider»; mais qui peut se révéler riche en enseignements : «Je l’aime pas parce qu’il porte des barrettes et un garçon ça porte pas de barrettes», «sa peau a une couleur bizarre». L’occasion de noter les petits réajustements nécessaires à faire en termes d’ouverture aux autres et de tolérance. Cette question, enfin, peut-être l’occasion d’apprendre que votre enfant n’a pas forcément une scolarité sereine, avec une réponse comme : «Je l’aime pas parce qu’il me pique toujours mon goûter/ parce qu’elle m’a enfermée dans une toilette/ parce qu’il me dit des vilains mots/ parce qu’elle me touche toujours alors que je lui dis que je n’aime pas ça…» Un bon point de départ pour une résolution de problèmes.

Finis les menus détails, j’avais envie de rêver un peu. Attaquant le fromage, j’ai demandé : «Ça serait quoi votre parfaite journée? On ferait quoi? On irait où?». Sans surprise, ma cadette voulait aller au cinéma (les écrans et le pop-corn, c’est la vie). Mon aînée, elle, avait une idée précise : elle voulait partir au Nouveau-Brunswick, comme lors de nos précédentes vacances. Alors que je cherchais à savoir si elle aimerait essayer d’autres endroits, elle a répondu : «N’importe où, avec une plage j’aimerais. On se dirait qu’on prend la voiture et on s’en va où on veut». Cet esprit d’aventures me fascine et me donne envie de les emmener sur un coup de tête au bout du monde. Nul doute que je le ferai un jour. Peut-être pas au bout du monde, mais au bout du Maine, certainement.

J’avais prévu des glaces pour le dessert. Parce que souper spécial, souvenez-vous. Je les avais voulues incroyables, «cochonnes» comme on dit ici au Québec, stupéfiantes pour les yeux. J’ai donc surmonté ma glace Coaticook au caramel fudge de morceaux de chocolat, de mini-guimauves et de Dulce de leche. La vie est courte les amis, il faut en profiter.

La première bouchée de ce décadent dessert m’a soufflée ma meilleure idée. «Une dernière question», j’ai annoncé. Et devant mon public très attentif (et surtout occupé à gober des mini-guimauves arrosées de caramel), j’ai lancé : «Où vous vous voyez, dans 25 ans?»

Et puis comme mes enfants ont seulement 3 et 6 ans et que «dans 1 an» est déjà un futur lointain, j’ai précisé : «Dans 25 ans, vous aurez l’âge de Maman environ (presque, on va pas chipoter), comment vous vous imaginez? Que ferez-vous comme métier? Vivrez-vous dans une maison, un appartement, une caravane toujours sur les routes? Est-ce que vous vivrez seule, avec quelqu’un, avec un amoureux, avec une amoureuse, avec des amis? Aurez-vous des enfants? Aurez-vous des animaux?»

J’ai adoré cette question, car je n’avais pas la moindre idée des réponses.

Ma 3 ans (qui répond toujours plus vite que son ombre) : Mon travail ce sera d’aller dans un bureau comme toi et de travailler sur l’ordinateur, ou de faire du soccer. Je vivrais dans une maison à Saint-Bruno (ndla : notre ville) avec (insérer le nom d’un garçon de son groupe), ce sera mon amoureux et on aura des enfants. Et puis j’aurais Loulou avec moi.

Loulou notre chien, ou son arrière-petit-fils, rendu 25 ans plus tard.

Ma 6 ans (qui prend toujours le temps de réfléchir) : Je serai inventeure mécanicienne, et je construirais des voitures et des bateaux. Je vivrais dans un appartement à Montréal avec mon chat, ou peut-être dans la maison là (indiquant d’un geste du bras la maison à côté de la nôtre), pas loin de vous. Je vivrais avec (insérer le nom d’un ami de la classe) et on aura deux bébés, un garçon et une fille. Mais c’est pas moi qui vais porter les bébés, ce sera mon amie (insérer ici le nom de sa meilleure amie).

On est sur une constante ici, ma grande ayant mentionné depuis des années son refus d’être un jour enceinte. L’indication d’un garçon comme amoureux est nouvelle, ma fille ayant par le passé toujours dit vouloir vivre avec une fille. Convention sociale ou évolution naturelle de l’identité? Je l’ignore encore, mais j’ai bien hâte de reposer cette question dans quelques mois.

Et vous, quelles sont les questions qui ont produit les réponses les plus intéressantes?

-Lexie Swing-

Insubmersibles

On a 15 ans. La vie est une surprise. On court, on flirte, on danse, on boit souvent trop, on s’époumone, on brûle de l’intérieur d’une flamme vive et ardente. On s’épuise à vivre, piquant du nez dans les soupers de famille, narguant les petits déjeuners dominicaux, la tête enfouie sous les oreillers. Nous oscillons dans un monde à part, en dehors du temps routinier, faisant fi des obligations, fatigués par avance des distances.

On a 23 ans. On étudie. On travaille. On amasse. On brûle encore. On paie l’alcool par des maux de tête cuvés sur toutes les tables de ce monde. On se targue de tenir la cadence. On se couche à 2h pour se lever à 6. On rit et on recommence. Inconscients que ce temps passera.

On a 30, 35, 40 ans. On est des travailleurs, des parents. On tient une maison. On orchestre des vies. On se lève avec l’aube, on se couche à minuit. Les jours se ressemblent, la matinée se célèbre dès l’aurore. On tient bon, phare imprenable. Le lever se fait d’un saut, le déjeuner se dévore d’une traite. La douche est prise à la volée, le café à peine avalé. On habille, on débarbouille, on débarrasse, on rassure, on supporte, on soutient, on emporte, main dans la main. Et on pousse, vers d’autres portes, vers d’autres bras. On délaisse, pour d’autres responsabilités. Qu’on assume, le nez dans les dossiers, les doigts agiles, la verve haute. On lustre nos chapeaux en jonglant comme des pros. La route du retour, l’habit que l’on défait. Les enfants que l’on récupère, les récits qu’on écoute, qu’on questionne, parce qu’il faut s’intéresser, toujours. Ne pas perdre le fil, ni de ses enfants, ni de son ou sa conjoint(e), ni de soi. Chôyer, entourer, écouter, pour ne jamais devoir répondre qu’on ne savait pas. Et puis rentrer, nourrir, laver, changer, nettoyer, bercer, entourer. De nos bras, de nos mots, de nos sourires, de nos encouragements. S’oublier, s’oublier tant. Aspirer au silence, trouver son inspiration dans la nuit tardive. Épouser le crépuscule, comme un salut quotidien. Finir tard dans la nuit, s’effondrer dans son lit. Se relever pour des cauchemars, se blottir pour éloigner les monstres. Compter les heures, saluer les étoiles. Éteindre le réveil et recommencer encore.

On a 23 ans. On est inconscients. On se croit résistants. On est insubmersibles. On aura 30, 35, 40 ans, on battra à la course les jours et les nuits, tutoyant le soleil, implorant les étoiles. On sera debout. Plus forts que jamais.

– Lexie Swing-

Crédit photo : Matthew Henry

Apprendre la couture avec une formation vidéo gratuite

(Pas intéressé(e) par la couture? File au dernier paragraphe!)

J’ai beaucoup évolué dans mon rapport à la couture. Alors que mon amie A. et moi avions appris à coudre toutes jeunes, à tout juste 5 ans, grâce à notre fabuleuse nourrice couturière, j’ai complètement oublié par la suite. Lorsque j’ai repris la couture, j’avais 29 ans et j’ai alors souffert d’une incompétence qui m’est propre : mon incapacité à me projeter dans l’espace et dans les étapes d’un projet. Impossible pour moi de deviner comment un assemblage de deux ou trois morceaux avait pu conduire aux résultats que j’avais sous les yeux. Rien n’était instinctif, ni le choix des tissus, ni le placement des bobines, ni le découpage du patron.

J’ai procédé de manière incertaine. J’ai tenté de réaliser sans patron une tuque – sans succès. J’ai cousu une pochette et quelques bavoirs – réussis après de nombreux ratés. J’ai abandonné ma machine quelque temps, un peu lasse certainement des efforts fournis comparativement aux piètres résultats, et je l’ai oubliée.

À la faveur d’un emploi du temps plus clairsemé, j’ai replongé. Entre temps, une amie m’avait convertie à l’importance d’utiliser un patron de bonne qualité, donc souvent un patron payant. J’ai investi dans quelques-uns, en fonction de ce que je recherchais comme pièces à coudre, et j’ai mis le pied à la pédale. Des trois pantalons d’enfants réalisés, chacun était plus abouti que le précédent.

Cependant, des problèmes persistaient. Je passais de nombreuses heures à comprendre les subtilités des patrons, à googler les termes, à interroger des couturières plus aguerries pour savoir quel tissu acheter. À force de visionner des vidéos Youtube pour apprendre certaines techniques, j’ai fini par rechercher une formation de base.

Et c’est ici que je voulais en venir. Si je peux vous épargner mon cheminement – quoiqu’aucun cheminement, fusse-t-il un chemin de traverse, ne soit jamais vain – je vous dirais de commencer votre pérégrination dans la couture avec un cours de base. Juste après vous être intéressé un peu à votre machine. Juste après avoir fait un premier tour dans un magasin de tissus.

Et si, comme moi, vous manquez de possibilités pour vous déplacer physiquement et assister à un cours de couture, googlez Aude Couture.

J’avais lu son nom au moins 10 fois sur mon groupe Facebook de couture avant de commencer à m’y intéresser. Je savais d’avance qu’elle était plébiscitée. Je peux désormais me joindre à ses groupies.

Aude Couture, c’est un site internet qui propose des formations vidéos de couture. Un set de 10 leçons gratuites est offert après inscription (gratuite). Ces leçons sont le B.-A. BA de la couture : notions de base, machines à coudre, tissus, outils nécessaires, comment lire un patron, etc.

Et non seulement le cours est indispensable – je pèse le mot choisi ici – à tous ceux qui aimeraient se lancer dans la couture ou même qui cousent déjà mais n’ont jamais eu le loisir d’apprendre vraiment les termes et les techniques, mais Audrey s’y montre particulièrement pédagogue, tout en étant parfaitement naturelle et humaine, ce qui est généralement ce qu’on loue comme qualités chez un professeur.

Si les premiers cours vous donnent ensuite l’envie d’aller plus loin, des cours payants sont également disponibles, visionnables à l’infini…

Audrey est Québécoise et les formations se donnent en français. Elle possède également une chaine Youtube sur laquelle elle propose différents tutoriels. Elle propose aussi l’achat de blocs d’assistance/conseil de 15 ou 30 minutes durant lesquels elle se rend disponible pour vous aider pour un problème donné, par exemple un blocage lors de la réalisation d’un projet, un souci récurrent avec votre machine, etc.

Si vous essayez, revenez me dire ce que vous en avez pensé! Et si la couture n’est pas votre truc, c’est le moment de me dire ce que vous faites de votre temps libre, ce qui vous intéresse, ce qui vous émeut, et quel est le projet tangible, physique, que vous rêveriez de réaliser.

-Lexie Swing-

 

Activités sportives : le dilemme du parent spectateur

Avez-vous déjà vu ces amusants petits panneaux, en bord des terrains de sport? Ces doux messages, destinés aux parents, qui rappellent les règles évidentes : ce match n’est qu’un jeu, l’enfant est là pour jouer, l’entraîneur n’est pas un punching-ball… J’en ai pris mille en photos, des affichettes du genre, amusée d’imaginer qu’il était nécessaire de brandir de telles consignes pour garder le parent au calme. Je veux dire…. Quel parent est vraiment du genre à trépigner en se mangeant le poing, au bord du terrain, les bras en moulinette désignant tantôt l’arbitre, tantôt l’enfant, dans un effort désespéré de rétablir de l’ordre dans cette partie dans laquelle personne ne semble mettre du sien? Qui sont ces parents, hein?

Moi. Moi, maintenant.

Je plaide coupable. Je ne prends ni la foule, ni l’entraîneur à témoin – bienséance oblige – mais l’interpellation de mon enfant se fait généralement en haut de l’octave, et sur tous les tons. Je trépigne tant que je laboure le terrain. Mon enfant conte fleurette au poteau du but alors qu’elle était censée jouer attaquant, on l’oublie trois fois de suite parce qu’elle triture sa gourde sur le bord du terrain, elle court droit devant, telle une Eugénie Le Sommer ou une Christine Sinclair, la foule criant déjà son nom… et elle évite soigneusement le but adverse pour continuer tout droit, loin là-bas, en direction des balançoires, entrainant dans sa course deux équipes entremêlées de fillettes fluettes hautement couettées et légèrement enragées.

Si, si… Si vous pensiez que les petites filles de 4 ans étaient toutes de douces créatures chantonnant À la claire fontaine à leurs poupons immaculés, vous n’avez jamais vu un match de soccer un lundi soir d’orage.

Mon enfant, c’est celle qui joue comme une pro. C’est celle aussi qui a inventé l’échelle négative dans le respect des consignes. Elle n’exécute pas, elle réinvente. Demandez-lui de faire une passe, elle vous frappe un but. Suggérez-lui de se laver les mains, elle enfile son manteau. Implorez-la de dormir, elle vous raconte le dernier épisode visionné de Masha et Michka, force grognements et gestes du bras à l’appui. A 23 heures.

C’est un amour. Têtue comme une porte de métal mais libre comme le vent du Sud. Imperturbable dans sa détermination à mener sa vie comme elle l’entend, y compris si cela consiste à s’inviter dans une équipe qui n’est pas la sienne et à participer au match de soccer du terrain d’à côté.  Parfaitement imperméable à tout requête, régulière dans sa volonté propre.

Ses rapports journaliers de la garderie sont ponctués de rappels à l’ordre. Les cours de karaté résonnent de son nom, avec la constance des «Ne fais pas…» accordée aux trouble-fête. Le soccer est son exutoire. Sa grande scène où elle mêle jeu de pieds habilement maîtrisés et désintérêt soudain pour la partie en cours.

Mais il n’y a pas de rôle de spectateur enviable n’est-ce pas? Le parent de l’enfant qui ne veut même pas jouer n’est pas mieux loti. Ni celui qui doit contrôler son enfant un peu trop vigoureux, celui-là même qu’on a rabattu sur le soccer faute d’avoir trouvé une place à la lutte. Ni même la mère de la joueuse star, lorsqu’elle devra faire face à sa propre déconvenue, alors que sa toute jeune championne préférera finalement aller sauter sur une (un) trampoline que de s’entraîner des jours durant.

Car ce sont des enfants. Juste des enfants. Jouant pour s’enthousiasmer, participant pour s’oxygéner. Des enfants qui se moquent de l’enjeu et font souvent fi des règles. Des enfants qui ne partagent qu’un but ultime : partager une crème glacée en famille une fois le match fini.

Certains entraîneurs l’ont mieux compris, finalement. Ils interdisent les présences parentales, ils ferment la porte derrière nos progénitures. Ils font taire les espoirs insensés, les ambitions démesurées. Ils nous laissent l’heur de penser que notre enfant participe servilement à l’exercice imposé, quand il rebondit sur le tapis au fond de la salle. Ils nous taisent les rappels à l’ordre, ils nient les impertinences, ils minimisent les pleurs. Ils privilégient l’enfance, probablement. Et nous devrions en faire autant.

Mais au prix qu’on paie, quand même…*

-Lexie Swing-

*Expression désabusée de la mère impuissante à déloger son enfant du poteau droit du but, malgré des moulinets des bras vigoureux indiquant avec précision un message clair «toi pas sur le terrain dans 10 secondes, toi pas de glace ce soir». 

Six astuces pour un petit déjeuner frais le matin

Ce n’est plus un secret : nous déjeunons régulièrement chez nous de gâteaux et pains frais. Ce n’est pas forcément l’idée que les nutritionnistes se font d’un petit déjeuner sain, mais sur mon échelle personnelle du bien manger, le gâteau fait maison se positionne devant les céréales sucrées du supermarché.

La perspective d’enfourner bientôt de la pâte à madeleines ou une brioche tressée dans le four préchauffé est une motivation suffisante pour me lever – tôt – le matin, et je me plais à croire que c’est une odeur qui, inconsciemment, teintera les souvenirs d’enfance de mes filles.

J’en profite souvent pour glisser une part dans la pochette à collation de ma grande, et une autre dans le sac de karaté de la petite, avant d’en garder quelques morceaux pour nos propres boites à lunch. Si mon conjoint les dévore, je crois, en dessert, ils sont pour moi une étape dans ma journée, soit avec mon café en arrivant, soit quelque temps avant de partir, en fin de journée, lorsque je sais le souper lointain et que les activités sportives des filles se profilent.

Si jamais vous aimeriez vous aussi vous offrir le luxe de profiter certains matins d’un petit déjeuner frais, voici quelques astuces glanées au fil des mois :

–       Préparez vos pâtes à gâteaux et à cookies la veille, et réfrigérez. Pour certaines préparations, réfrigérer est un incontournable. C’est le cas des madeleines – le changement de température entre le frigo et le four est le secret de leur bosse. Mais la plupart des pâtes s’y prêtent volontiers, pour autant qu’on les laisse tranquillement revenir à température ambiante avant de les enfourner.

–       Préparez vos pâtes à pains et à brioches la veille également. Pétrissez, laissez lever durant une heure dans le four à peine chauffé, puis éteint, en couvrant le bol d’un torchon mouillé. Dégazez ensuite la pâte et réfrigérez toute la nuit. Cela permet une deuxième poussée lente de la pâte.

–       Mélangez vos ingrédients secs lorsque les recettes ne se prêtent pas à une préparation en amont. Les biscuits véganes, par exemple, sont souvent meilleurs lorsque préparés minute. Pour gagner du temps, je mélange ensemble les ingrédients secs la veille au soir. Le matin, je n’ai donc plus qu’à ajouter les liquides : du lait de soya, de l’huile, du beurre végane, et à enfourner. De la même façon, il est facile de conserver un mélange d’ingrédients secs dans un pot Masson. Sur le même principe qu’un mélange à gâteaux «à offrir», on peut préparer quelques pots de mélanges à gâteaux pour la semaine avec la recette à portée de main.

–       Faites-vous des overnight oats. Ce n’est pas à mon goût mais certaines personnes adorent. Le principe : on mélange flocons d’avoine, yogourt, lait, graines de chia, confiture, sirop d’érable, name it… et on laisse au frigo toute la nuit pour pouvoir déguster ça bien frais le matin. La papesse du genre, Marilou, propose plusieurs recettes sur son site.

–       Congelez! Doublez vos recettes et congelez les restants. Un muffin ou un cookie passé au programme décongélation du micro-ondes, c’est juste délicieux.

–       Restez dans la simplicité. Personne n’a envie de commencer sa journée avec une recette compliquée, qui demande 16 ingrédients et quelques incantations. Tenez-vous en à vos recettes préférées, simples et épurées. Je vous livre mes préférées ci-dessous.

 

Nos recettes du quotidien :

–       Les muffins véganes à la banane de It doesn’t taste like chicken.

–       Les madeleines façon Lenôtre.

–       Les cookies véganes d’Une maman végane

–       Le pain sans pétrissage de Rose.

–       Les muffins chocolat-avoine, sur le blog.

 

Belle fin de semaine!

 

-Lexie-

Et si on commençait par être des humains décents?

«It doesn’t take much to be a decent human», littéralement : ça ne prend pas grand chose pour être un humain décent. Voici ce qui légendait une vidéo visionnée il y a quelques jours. Dans celle-ci, un motard avise une vieille dame s’apprêtant à traverser au passage piéton. Après s’être arrêté, le motard met pied à terre, cale la moto sur sa béquille avant de tendre un coude bienvenu à ladite vieille dame et lui permettre ainsi de traverser avec aide, et en toute sécurité.

D’aucuns auraient parlé de héros ordinaire. «Tous les héros ne portent pas de cape», lancent volontiers les publicitaires à l’approche de la fête des mères – après nous avoir servi de la soupe sexiste durant les 364 jours précédents. Et s’il n’y avait pas d’héroïsme, dans les menus gestes du quotidien? Si c’était… de la simple décence, que de tenir une porte, adresser un merci ou porter secours?

Lors d’un cours, récemment, on m’a posé la question : «qu’est-ce qui t’énerve le plus chez les autres?» Vous savez, c’est cette question typique, à laquelle on répond généralement suivant notre humeur du moment, nos valeurs ou bien ce qu’on croit acceptable, et à la mode. On y évoque la bêtise, l’intolérance, l’orgueil. J’y ai souvent tu mon ressenti, moi qui détestais les gens «grande gueule» qui prennent la foule à parti et le monde en tenailles, dans un besoin de revanche qui s’indigne de tout, de la frite mal cuite au prix de l’essence, laissant de côté la faim dans le monde et le déclin des écosystèmes car on peut rire de tout mais s’indigner seulement de certaines choses.

Ceci dit, nous évoluons tous, en grandissant (même si rendu là, seul l’âge grandit) et l’agacement se disperse. Bloquant désormais les intempestifs râleurs par ce geste de parfaite désinvolture qu’est le fait de mettre ses écouteurs et de lancer Spotify fort fort fort, j’ai rabattu ma réponse vers mon nouvel ennemi : le pas-aidant. Au Québec, c’est un moyen facile de qualifier une situation négative : «pas fin» (bête), «pas vite» (bête) (mais pas bête dans le même sens, saisissez la nuance). Pas aidant donc, comme dans «je m’en câl…. que tu marches juste derrière moi, je ne tiendrais pas la porte pour tout l’or du monde même si tu me le demandais à genoux». Ou comme dans : «on vit dans la même rue depuis cinq ans et on débarque au même arrêt et à la même heure tous les jours de labeur que compte cette vie mais jamais ô grand jamais je ne t’adresserais plus qu’un simple regard distrait, nullement effrayé par tes bonjour joyeux ou tes remarques répétitives sur la météo qui nous étonne».

Le pas aidant est ma bête noire. Il a remplacé à ce titre le bien-pensant. Celui-là même qui sait mieux que toi comment élever ta fille et nourrir ton chat. Qui avertit plutôt qu’il ne conseille, et juge en posant le regard. Le bien-pensant n’a de prise que si on lui fait l’aumône de tendre l’oreille. Le bien-pensant a donc disparu de mon existence, remplacé par le pas-aidant.

Notez que l’on peut être bien-pensant et pas aidant tout à la fois, l’irrespect allant curieusement de pair avec une connaissance totalitaire quoique surfaite de la société et de ses besoins. Le pas-aidant m’insupporte, car outre les portes qu’il me jette dans les jambes, les regards qu’il fuit et les merci qu’il retient, il m’envahit l’esprit. Souvent, je m’interroge, je tambourine, répétant inlassablement : «Je ne comprends pas ces gens-là». Comment peut-on lâcher une porte sans jamais regarder derrière soi? Comment peut-on oublier de dire s’il vous plaît, ou merci, quand on est un adulte fonctionnel? Comment peut-on croiser quelqu’un, recevoir son bonjour, le dévisager sans mot dire, pour finalement tourner les talons sans avoir desserré les dents. Passionnée de psychologie, j’élabore des théories et excuse les incompris.

Mais je suis lasse d’excuser. Qu’on les maîtrise par l’éducation, qu’on les applique par respect de règle ou qu’on s’y adonne par empathie naturelle, on devrait tous être régi par les mêmes règles minimales d’entraide. On devrait se sortir le nez de nos téléphones, blottis dans nos nombrils, et reconnaître enfin le monde qui nous autour.

On devrait, si vous le voulez bien, se prêter à un exercice facile : se demander, à chaque personne croisée, ce qu’on pourrait apporter de positif à cet instant de sa journée. Que ce soit un simple sourire, un rire partagé, une porte retenue, un bonjour échangé, des paquets que l’on aide à porter, un compliment que l’on a adressé, une place dans le bus que l’on a laissée, une main sur l’épaule que l’on a déposée ou une conversation de politesse à laquelle on s’est pliée.

Cela fait du bien, de se tourner vers le monde, de sortir de soi. Parce qu’il vaut mieux être une personne décente au quotidien, qu’un héros, juste une fois.

-Lexie Swing-

Photo : Cherie Lee

Découvrir les trains à Saint-Constant

Quand on immigre dans un nouveau pays, tout commence par un voyage. Les premiers mois sont ceux de la découverte et l’on parcourt nos nouvelles villes la curiosité en baluchon. On en vient à connaître ces endroits mieux que les endroits d’où nous provenons. C’est tout l’intérêt d’immigrer : on avance les yeux et le coeur grand ouverts.

Pour beaucoup, ces mois de découverte sont suivis de mois d’installation. Le quotidien plus si nouveau devient la normalité. On use alors d’habitudes locales sans sourciller, et l’on s’enterre dans un rythme travail-maison sans arrière-pensées. Les sorties deviennent moins fréquentes, et les week-ends se passent à jouer dans la cour arrière. On se surprend à revenir dans des endroits déjà découverts, on écume les mêmes bars et les mêmes restaurants, on se construit des repères. C’est le temps de la banalisation.

Et puis, les envies reviennent. On s’entête à voyager à l’intérieur du pays quand les citoyens de longue date rêvent d’en traverser la frontière. On fait d’une aventure le moindre trajet, chanceux parce que conscients de ce qui nous entoure. On s’enthousiasme, surtout, ce qui se trouve à côté, des petites activités familiales et des endroits insolites dont les visites rythmeront notre été.

Dimanche dernier, rejoignant nos amis de Québec en week-end dans la région de Montréal, nous avons ainsi découvert le musée ferroviaire de Saint-Constant, également appelé Exporail, sur la Rive-Sud.

Le choix s’est fait au regard de deux critères : nous voulions un endroit agréable à visiter pour de jeunes enfants et qui permette de passer un peu de temps en extérieur considérant les températures estivales que nous avions alors.

Le musée ferroviaire est l’endroit parfait pour qui recherche ces deux critères. Très ludique, il se fait pour moitié en intérieur et pour moitié en extérieur. La partie intérieure permet un accès à de nombreux trains tels qu’ils ont été mis en circulation à compter des années 1830. Le long des trains, des pancartes racontent les petits et grands succès, accompagnant les textes de photos d’époque.

Certains wagons proposent des jeux aux plus petits, quand d’autres – accessibles seulement à l’extérieur – laissent entrevoir la vie d’alors. L’occasion de découvrir que certains trains étaient mêmes pourvus… de salles de classe !

La visite intérieure se termine sur une salle entière dédiée à des trains miniatures qui parcourent une vallée reproduite de toutes pièces. L’un des trains est même pourvue d’une caméra, elle-même reliée à un écran qui projette l’image en tout temps et permet de voir en temps réel les images du parcours effectué.

À l’extérieur, et après quelques errances, faute d’indications suffisamment précises, nous nous dirigeons vers le petit train. Ainsi juchés, nous traversons tunnels et ponts de fortune. L’expérience arrache des cris de joie aux enfants, les parents gardant les lèvres closes et les genoux fermement serrés considérant l’étroitesse du support sous la largeur de leur fessier d’adultes.

Trajet en sens inverse, passage devant l’entrée du musée, direction cette fois l’autre partie du site, dédiée aux trains en taille réelle. Une balade en tramway d’époque, ainsi qu’en train de passagers est possible. Malheureusement, compte tenu de l’heure avancée, l’activité était déjà arrêtée. Si vous optez pour une visite en après-midi, n’hésitez pas à commencer par la visite extérieure afin de mettre toutes les chances de votre côté.

Côté repas, c’est vers un brunch dominical que nous avons orienté notre choix. Rendez-vous donc au restaurant Œuf Xceptionnel, situé à quelques centaines de mètres de la gare. Le rapport quantité/qualité/prix y est idéal et le personnel agréable.

Et vous, quels sont vos plans de la fin de semaine ?

-Lexie Swing-

Exporail, 110 Rang Saint Pierre, Saint-Constant, QC J5A 1G7

Tarif journalier : 20,80$ pour un adulte, 10,40$ pour un enfant, 54,10$ pour une famille. Gratuit le premier dimanche de chaque mois.

Famille : sur qui pèse le zéro-déchet?

Alors que j’échangeais avec Maylis sur la préparation des déjeuners quotidiens, mentionnant mes levers aux aurores et les gâteaux que j’enfournais dans la maison endormie, elle m’a dit «c’est super mais après il faut faire attention à ce que le zéro-déchet ne soit pas une composante de plus dans la charge mentale des mères, mais bien une façon de vivre partagée avec le papa».

Elle a raison bien sûr. Mais son propos m’a fait réfléchir à toutes ces initiatives que l’on prend car elles nous semblent les bonnes, et que l’on assume parfois seul(e) parce que ce sont les nôtres, et que l’on se sent mal à l’aise de les faire porter par autrui. Qu’il en aille de l’éducation des enfants, du régime alimentaire, en passant par un mode de vie, un choix d’épargne, une conscientisation qui nous fait réfléchir à deux fois à notre façon de consommer.

Celui qui décide est souvent celui qui assume. Il n’est guère évident de prendre une décision commune avec engagements égaux lorsqu’on sait que bien des prises de conscience se font à titre individuel. On ne réagit pas tous de la même façon au visionnage de documentaires, aux reportages parcourus et aux histoires racontées, sinon on aurait tous changé de la même manière notre façon de consommer aujourd’hui.

En termes de zéro-déchet, la prise en charge du compostage par notre ville a été un bon démarrage sur le plan commun. Pas de prise de conscience à avoir, une simple liste à suivre. Les règles sont les règles, n’est-ce pas? Plutôt facile pour mettre le pied à l’étrier de toute la famille.

Reste tout ce qu’il y a autour et tous les efforts individuels que nous sommes censés faire pour contribuer à la survie de notre planète. Cuisiner «maison», acheter des produits locaux et biologiques, privilégier le vrac, réduire notre consommation d’eau, penser à utiliser des contenants réutilisables pour les achats courants : le pain, le café à emporter, le cookie du goûter… et savoir y renoncer lorsque l’on n’a pas le matériel approprié.

À ce niveau, c’est souvent sur l’initiateur que repose le poids du zéro-déchet. Car oui, le zéro-déchet est paradoxalement un poids. Il impose un changement d’habitudes, il prend un temps supplémentaire (faire la cuisine, parcourir plusieurs épiceries pour trouver le nécessaire, planifier ses menus et ses achats), il demande un investissement personnel dans une vie où l’on peine à trouver du temps pour souffler. C’est la conscience qui fait le travail et supporte l’effort soumis.

Or, encore une fois, la prise de conscience ne se fait pas de la même façon et au même moment pour tout le monde. Et l’on se retrouve à secouer ses proches avec l’impression qu’ils refusent d’ouvrir les yeux. On est celui qui fait les courses un peu partout, celui qui se plie aux contraintes de la planification des menus. On est celui qui sonne le rappel des contenants, des sacs à pain, des poches à collation. On est celui, aussi, auprès duquel on s’excuse d’un café acheté à la va-vite sous son couvercle non-recyclable, ou de détritus oubliés dans la poubelle des déchets. Comme on s’excusait hier auprès de sa mère d’avoir traîné à débarrasser «son» lave-vaisselle. Comme on s’enthousiasmait encore, auprès d’elle, en s’exclamant «tu as vu, je t’ai plié le linge». Je l’ai fait pour toi. Parce que je sais que ça te fait plaisir. Parce que c’est ta tâche, ton idée de comment la maison doit être rangée et la vie se dérouler.

Quand on est une famille, quand on est un couple, on doit savoir faire deux choses pour fonctionner. Lâcher prise et prendre l’ownership. Lâcher prise, c’est pour celui qui instigue, celui qui répète, celui qui s’émeut. Ce n’est pas toujours le même. Nos consciences ont des géométries variables et des préoccupations parfois divergentes. On note le désordre quand l’autre tique sur le ménage. On s’inquiète des repas quand l’autre planifie les travaux. On vit à court-terme quand l’autre se projette. On lâche prise et on accorde nos violons, c’est ainsi que l’on avance. Et on prend l’ownership. C’est quelque chose que j’entends souvent dans mon boulot – bilinguisme oblige – et qui me parle. Prendre l’ownership, donc la propriété de quelque chose, c’est intégrer le souhait, la décision de quelqu’un (le mandat donné, dans une job) et le prendre en charge comme si c’était notre décision, notre projet. Pas pour faire plaisir à l’autre mais au nom du bien commun. Parce que l’on est autonome, mature et conscient. Parce que refuser un projet, une décision, c’est possible et souhaitable si ce projet va à l’encontre de ses valeurs. Mais que l’on ne peut pas rester simplement passif, attendant que l’autre prenne en charge et que la vie se passe. On ne peut pas, dans une maison, faire juste pour l’autre, qu’il s’agisse de l’éducation des enfants, du ménage, des travaux, des papiers, et de la charge mentale en général. En devenant conjoint et peut-être parent, on accepte de faire partie d’une équipe, de travailler à efforts égaux à son bien commun, même si ce sont sur des aspects différents. Ce qui devrait être exclu, en tout temps, c’est la passivité.

-Lexie Swing-

Photo : Matthew Henry