La chenille qui fait des trous, d’Eric Carle

En déco.../ Photo DR Lexie Swing

En déco…/ Photo DR Lexie Swing

Il a une place spéciale dans la chambre de Miss Swing. Posé sur les genoux de l’ours, il décore la pièce comme un tableau. Un tableau que l’on plie, que l’on griffe, que l’on redécouvre chaque semaine. La chenille qui fait des trous, d’Eric Carle, (The very hungry caterpillar, dans sa version anglaise) est un livre superbe. Il est tendre, drôle et l’écriture est suffisamment rythmée pour que le parent prenne du plaisir à le lire à haute voix. L’histoire est celle, bien connue, de la chenille qui devient papillon. Sauf que cette chenille-là est incroyablement gloutonne!

Les pages intérieures sont découpées de façon surprenante et les dessins sortent de l’ordinaire. En bonus, l’enfant y découvre les jours de la semaine, quelques fruits et les premiers nombres… Bref, Miss Swing je n’sais pas, mais moi, c’est assurément mon histoire préférée du moment !

Je ne suis certainement pas la seule, puisqu’il a été traduit en 45 langues et vendu à près de 29 millions d’exemplaires.

Extrait : Lundi, elle croque dans une pomme, elle y fait un trou mais elle a encore faim. Mardi, elle croque dans deux poires, elle y fait deux trous mais elle a encore faim…

Ces choses infimes que l’on partage

Dans le bus, il y a beaucoup d’échanges, de partage. Entre personnes qui se connaissent, qui ne se sont pas croisées depuis longtemps et vont débiter les événements des cinq années passées en 20 minutes de trajet.

Mais des échanges, il y en a aussi entre tous ces voyageurs qui se ne connaissent pas. Souvent, ils partagent sans le savoir, ils communient ensemble, sourient d’une même blague, s’épongent le front d’un même geste, froncent les sourcils devant la même information.

D'un même mouvement./ Photo Pulbic Places

D’un même mouvement./ Photo Public Places

C’est ce type qui découvre les chiffres de la bourse sur la page du journal que tient son voisin. Quand celui-ci se lèvera pour descendre du bus, il laissera négligemment le journal sur son siège, grand ouvert à la page partagée.

C’est cette fille qui suit l’intrigue d’un roman par dessus l’épaule de sa voisine. Elle plisse le nez, perdue par les éléments des premières pages qu’elle n’a pas lues, s’émeut face aux dialogues poignants, soupire en silence quand la lectrice tourne la page avant qu’elle l’ait terminée.

Ce sont ces deux gars qui rigolent en coeur, inconscients de rire ensemble. L’un regarde la vidéo d’un bêtisier sur son cellulaire grand format. L’autre, debout dans son dos, s’esclaffe à chaque chute grotesque et autres pitreries de chat.

C’est cette jeune femme qui est devenue mon interlocutrice privilégiée pendant 5 minutes. Qui m’a confié qu’elle espérait que sa fille marcherait pour Noël. Que tous les soirs, elle la faisait marcher en poussant son trotteur. Qu’elle s’appelait E. Que son père était Français, « comme vous ». C’est cette jeune femme à qui j’ai confié que j’espérais que ma fille ferait bientôt du quatre pattes. A qui j’ai répondu que moi, la mienne, je la plaçais au milieu du salon et que je tapais ensuite dans mes mains pour la faire venir, lui agitant sous le nez sa paire de Robeez fourrées auxquelles elle voue une véritable passion culinaire (oui, quand on essaye de tremper sa bottine dans sa compote, j’appelle ça une passion culinaire). A qui j’ai dévoilé le nom de Miss Swing.

Ce sont des moments qui peuvent rallumer le spot après une journée à broyer du noir. Ce sont des moments riches et courts, à prendre comme ils viennent, dans leur insouciance, dans leur spontanéité. De chouettes instants.

-Lexie Swing-

Gnocchis à la tomate et à la mozzarella

Je n’ai jamais connu la fameuse cafet’ de midi, celle où l’on se retrouve entre collègues pour parler de tout, sauf de boulot. Alors côté lunch, lorsque je suis arrivée au Québec, j’étais sur-entraînée!

Chaque soir c’est la même rengaine : que va-t-on manger (de gras) demain? Le repas de midi au bureau, je l’imagine crémeux et réconfortant, plein de goût et – si possible – de fromage.

Généreuse mozzarella./ Photo DR Lexie Swing

Généreuse mozzarella./ Photo DR Lexie Swing

Les gnocchis tomate-mozza existent en deux versions :

– la version repas en famille du dimanche midi, en mode « j’ai 24h pour préparer une tuerie de gnocchis » : vos scarabées de pommes de terre sont amoureusement roulés à la main, votre sauce tomate mijote une heure durant, gentiment assaisonnée des herbes du jardin, et votre mozzarella est découpée en larges tranches, délicatement déposées sur votre gratin…

– la version lunch du mercredi, en mode « je reviens du Pilates, je compte me coucher dans 20 minutes brossage de dents compris, combien de temps ça met à cuire ces foutus gnocchis » : le gratin façon supermarché.

Promis, je tenterai la première version bientôt. Quant à la seconde, elle est tellement goûteuse, rapide et bon marché qu’il serait dommage de s’en priver!

Pour deux personnes, prévoyez : un paquet de gnocchis à cuire à l’eau, une sauce tomate-basilic, de la mozzarella râpée.

Six étapes faciles : lancer le préchauffage du four à 180 degrés (370°F ici ont été parfaits ici), faire cuire les gnocchis 6-7 minutes environ, les verser (sans l’eau de cuisson quand même) dans deux petits plats à gratin, rajouter la sauce tomate et mélanger, verser généreusement la mozzarella sur le dessus, passer au gril jusqu’à ce que le gratin soit doré.

Vivement demain midi…

 

-Lexie Swing-

 

Mais pourquoi ne marche-t-elle pas?

Les Pourquoi ne marche-t-elle pas, et autres Maman, c’est quand même pas difficile à dire si, Maman?, sont autant de supplications parentales, murmurées la larme à l’oeil au dessus du berceau.

First steps./ Photo Sean Dreilnger

First steps./ Photo Sean Dreilnger

Il faut dire que c’était écrit dans le bouquin. Lequel? Tous, le Dolto, le Pernoud, et même le Doctissimo (surtout le Doctissimo). A 4 mois ton enfant se retourne, à 6 il s’asseoit, à 9 il marche à quatre pattes, à 12 il marche en s’appuyant, etc. Or ton enfant lui, il ne fait rien de tout ça. Par exemple il sait dire Sssien (chien) et Dodo alors qu’il aurait dû apprendre Papa et Non. Ou bien il te tape dans la main quand tu lui dis Give me five mais refuse obstinément de faire bravo malgré des mois d’entraînements intensifs.

La vérité est dure à entendre mais il faut que vous l’affrontiez. Allez, une inspiration, et on fait face ensemble à la terrible réalité : Oui mon enfant est normal. Non il ne rentre pas dans les cases de Dolto, même en tassant bien. Oui, sur Doctissimo, il y aura toujours des enfants qui savent faire la roue à 9 mois et le salto-arrière à un an. Oui, ces parents mentent. Sûrement parce que leur rejeton ne sait dire que ‘Zour (bonjour), Papa, Mama et Nula (Nutella – l’enfant sait ce qui est bon) et que ça ne leur suffit pas justement.

Avant même le départ, on veut enfermer nos têtes blondes dans des normes et des statistiques. Il faut tomber enceinte en moins d’un an et accoucher avant terme. La marmotte doit faire ses nuits au bout d’un mois et boire 4 biberons à trois.

Dans ma gang de mamans-de-février-2013, on a toutes des bébés de 9 mois très différents. Certains font déjà quelques pas ou jouent les équilibristes, quand d’autres parcourent encore le salon à reculons, en glissant sur le ventre. Certains font coucou, bravo, Tope-là, d’autres connaissent les boutons pour allumer leurs jouets et savent manger à la cuillère sans (trop) faire tomber de la purée. Certains disent Papa, Maman et appellent le chat; d’autres formulent des phrases très longues, et ponctuées, faites de glaglagloglutapicocha, et attendent que tu dises quelque chose en retour. Certains mangent de tout et dorment 10 heures par nuit, d’autres font la moue devant les épinards et se réveillent deux fois avant minuit.

Tous savent dire non, tous font des câlins, tous nous regardent, surveillent nos réactions, sourient quand on leur sourit, nous regardent quand on les appelle. Tous ont besoin de nous pour s’appuyer, pour grandir, pour les applaudir, pour les aider. Ne vous inquiétez pas avant l’heure, laissez votre bébé se rouler sur le parquet avec béatitude. Demain ou dans quinze jours, il fera peut-être ses premiers pas. Et votre inquiétude sera désormais toute autre.

-Lexie Swing-

La famille du vendredi : Isabelle dans le Kansas (USA)

Un vendredi sur deux, Lexie rencontre une famille, un couple, un voyageur en solo, des Français partis poursuivre leur vie loin de leurs contrées d’origine. Cette semaine, c’est Isabelle, du blogue Fromside2side qui s’invite dans la rubrique avec le quotidien de sa famille à Kansas City, aux Etats-Unis.

La famille d'Isabelle./

La famille d’Isabelle./

Quel est ton p’tit nom?

 Isabelle ou Isa …

De quel coin de France viens-tu?

Très compliqué : je suis née à Versailles d’une mère à moitié de Marseille et du Nord, mais née à Casablanca et d’un père, à moitié de Marseille et à moitié Alsacien … Après d’où je suis, je n’en sais rien puisqu’à 11 ans je décollais de la région parisienne pour venir coloniser le quart sud est … Donc je me sens plus de là .. Lyon, Grenoble …

Où es-tu parti(e) vivre ta vie?

Je suis depuis deux ans à Shawnee dans le Kansas aux US, non loin de la très belle ville de Kansas City … et je viens de fêter mes 5 ans de vie aux US ! Nous étions arrivés le 1er novembre 2008 dans la Baie de San Francisco.

Mais surtout quand, comment et pourquoiiiii?

Depuis fin 2008 donc, et là pour encore … je ne sais pas vraiment ! On veut rester au moins jusqu’à ce que ma deuxième finisse la High School pour ne pas interrompre sa scolarité. On est venu grâce à la boîte de mon mari (dans la high tech) qui nous a envoyés dans la Silicon Valley. Ensuite, il a été embauché à Kansas City.

Qui as-tu emmené dans ta valise?

Mon mari et mes 4 enfants.

Où travailles-tu, avec quels horaires, tu déjeunes sur place? Je veux tout savoir de ton job!

Je travaille chez moi, j’essaye d’être une auto-entrepreneuse … je monte un site web de conseils d’automédication aux US, pour les voyageurs mais aussi les expats.

Comment est la rue où tu vis?

Ma rue, on dit qu’elle ressemble à celle de Desperate Housewives ! C’est possible en effet: ce sont des maisons alignées avec des beaux front yards ….

Où vas-tu manger lorsque tu n’as pas le temps (ou l’envie) de faire le repas?

J’avale une salade chez Panera Bread : un fast food américain super bon!

Quel rythme ont tes enfants à l’école?

Les deux grandes commencent à 7h40 et finissent à 2h40, mais ont souvent des activités avant et après l’école dans l’école. La moyenne prend le bus à 7h39 pour commencer à 8h10. Elle finit à 3h10 et revient avec son bus. Mon 4ème, lui, va dans une petite école privée de 8h15 à 3h …

Est-ce qu’il y a du bon fromage où tu vis? Et du bon vin?

On trouve du comté chez Costco, du camembert et du bleu … et le fromage Amish n’est pas trop mauvais.

Tu pars où en vacances?

Aux Etats-Unis : mes dernières vacances étaient à Moab dans l’Utah. On a aussi fait la Nouvelle-Orléans et Quebec en mars …

Et, last but not least, que fais-tu le vendredi?

Je travaille, un peu de vélo … ou une petite visite au musée !

-Lexie Swing-

Conseils pour un cadeau de naissance au top

J’adore les cadeaux. J’adore en faire surtout. Rien ne me plaît plus que de chercher le cadeau qui pourrait plaire. Même si des fois je me plante…

Parce que je me suis trompée, parce qu’on s’est aussi trompé pour moi, parce qu’on en rigole entre mamans mais qu’on ne sait pas toujours comment réagir face aux cadeaux surprenants, voici quelques conseils pour bien choisir son cadeau de naissance.

Cadeau de naissance./ Photo Maaco

Cadeau de naissance./ Photo Maaco

Le six mois, tu oublieras

Offrir un vêtement en six mois, c’est comme vouloir déjeuner dans une station-service de l’A7 en plein mois d’août : une mauvaise idée que 300 personnes ont eu avant vous. Dites-vous une chose : les futurs parents achètent avant la naissance des vêtements en un mois et trois mois. Donc le six mois, c’est la redécouverte, la taille qu’ils vont acheter quand l’enfant est arrivé. C’est aussi la taille à partir de laquelle bébé commence à mettre de vrais vêtements. Autant dire que si les parents sont aussi consuméristes que nous (que moi), l’armoire est déjà pleine de fringues coordonnées et amoureusement dénichées… La bonne idée : le vêtement en un an ou 18 mois. Sur le coup, ça paraît immense,  mais quand on le ressort quelques mois plus tard, on est ravi de découvrir ce cadeau qu’on avait oublié…

Le pratique et le pastel, tu adopteras

Si tu es une amie proche dont je commente toutes les créations couture, tu sais que j’aime le Liberty (oui-Aude-ce-clin-d’oeil-est-pour-toi). Mais comme je n’en porte pas, ou presque, et que j’en parle peu, il y a peu de chances que tu sois au courant. C’est pareil pour les autres. Si tu sais quel style les parents adorent, fais-toi plaisir, ce sera une jolie façon de montrer que les connais. Dans tous les autres cas, adopte des couleurs neutres, des petits jeans mignons et confortables, du bleu, du rose pâle (si tu es mon ami, évite le rose pâle quand même), du jaune clair. La bonne idée : ce genre de pantalon, avec des pieds, parfait pour les deux premiers mois.

Le doudou (toutou), tu éviteras

A la naissance de ton enfant, tout le monde dégaine son doudou assorti de la mention « j’espère que ce sera le mien qu’il choisira ». Ok, ça te fout pas la pression déjà. Sache-le, le doudou a généralement déjà été choisi par les parents. Et s’ils sont un peu retors, ils ne donneront QUE le leur à leur progéniture. Si tu es un très proche et que tu as choisi un doudou vraiment sympa, c’est une chouette idée. Si tu l’as ramassé dans un coin de magasin ou en cadeau avec la lessive, tu peux le garder. La bonne idée : faire inscrire le prénom de l’enfant dessus. A 15 ans, l’enfant trouvera ça cucul, mais à deux ans, ça fait fashion, en mode « Touche pas à ce doudou y’a mon prénom dessus, t’y fous encore ton pouce plein de bave et je t’écrase ma barquette à la fraise dans les cheveux ».

La déco, tu agrémenteras

Un petit tableau pop-art, des suspensions en carton, un sticker… la décoration c’est une chouette idée, surtout si vous avez déjà vu la chambre du nouveau-né et que vous accordez les couleurs. Attention à ne pas prendre quelque chose de trop imposant car il y a fort à parier que les parents ont déjà quasiment terminé la chambre.

La liste de naissance, tu consulteras

Certains parents font une liste de naissance. Dans un magasin précis, sur Internet, voire par courriel, juste pour donner des idées. Tu n’es pas obligé de suivre les propositions à la lettre, mais ça va te guider sur ce qu’il peut encore manquer au nouveau-né : une gigoteuse supplémentaire, une couverture miracle, une préparation pour faire des moulages des petits pieds de bébé… Tous ces trucs pas forcément indispensables mais que les parents auraient bien aimé avoir quand même.

Tes enfants, tu interrogeras

Enfin tu les interrogeras du regard s’ils ont moins de 18 mois… Quels jouets leur ont particulièrement plu? De quoi vous êtes-vous vraiment servi? Si vous avez remisé dès la première utilisation votre chauffe-biberon-USB-solaire, inutile de refaire le même achat!

Les parents, tu récompenseras

Ils sont contents, ils sont parents, mais ils n’ont pas envie de n’être QUE des parents. Surtout la mère. Alors n’hésite pas : une fleur, un bon roman (pas le Guide du super parent, un vrai roman), un bouteille à partager, ce sont de petites attentions qui prendront tout leur sens devant le sourire de tes amis ravis.

Ton coeur, tu mettras

Peu importe ce que vous achetez si vous avez mis du coeur à l’ouvrage. Le même doudou que celui de votre fille; le jouet que vous adoriez, enfant; le T-shirt que votre amie portait lorsqu’elle était ado; le bonnet aux couleurs de ce pays que vous avez visité ensemble… Vous vous êtes donné du mal, vous avez mis un peu de vous dans ce cadeau, vous n’êtes pas entré dans ce magasin en errant sans savoir quoi prendre, vous avez choisi ce qui reflétait le mieux vos amis parents à vos yeux. N’hésitez pas à mettre un petite carte pour expliquer votre choix, même si vos amis finissent par échanger le cadeau, ils garderont la délicate attention en mémoire…

-Lexie Swing-

Sleeping – la bande de Morphée

Sleeping. C’est le mot que j’ai tapé l’autre jour dans Flikr. Je cherchais des photos libres de droit pour ma job. Je cherchais précisément une fille qui dort. Je suis tombée sur des tas de gens (et pas que…) qui dormaient, et j’ai trouvé ça beau. Voici la bande de Morphée.

Chienne de vie, par Billfromesm

Chiennedevie

Belle de nuit, par Rachel Calamusa

Belledenuit

Arthur, par Clarissa de Wet

Arthur

Haut les mains, Robert Freiberger

Haut les mains

Sous une mauvaise étoile, par Franco Folini

Mauvaiseétoile

La vie de couple, par Andrew Roberts

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Entre soeurs, Sami Keinänen

Sleeping babies

-Lexie Swing-

Pédiatre : notre première visite au Canada

Miss Swing ayant fêté ses 9 mois dimanche dernier, il était temps de faire un coucou au pédiatre pour la visite de routine. Direction le club Tiny Tots, sur Décarie, où nous avons rendez-vous. GPS de l’iPhone en main, nous faisons le tour du quartier avant de nous garer… devant un centre commercial (Tadam!). Oui la clinique est située tout au fond, en haut, après Winners, Homesense et autres boutiques du genre. A mes amis canadiens je précise que trouver une clinique dans un tel endroit est assez dépaysant pour un Français!

Teddy bear doctor./ Photo Christiaan Triebert

Teddy bear doctor./ Photo Christiaan Triebert

On grimpe donc jusqu’au 3e étage, où une porte vitrée nous dévoile un hall propre, un large comptoir et une fresque où deux personnages en blouse blanche sont dessinés. On s’enregistre, on paye (il s’agit d’une clinique privée, on règle donc une cotisation à l’année de 40 dollars, les visites elles-mêmes sont prises en charge par la Ramq) et on patiente. On patiente dix minutes montre en main avant qu’une demoiselle nous ouvre la porte de la salle 2. Elle est l’assistante de la pédiatre et elle va faire le premier check-up. Matricule, taille, poids, elle remplit la fiche de Mlle Swing, pose quelques questions d’usage, la pèse, la mesure, avant de nous demander si on a des questions précises à poser au docteur. Ma parole, à croire qu’elle potasse ses réponses dans la pièce à côté!

Elle nous demande de garder Miss Swing en l’état (c’est-à-dire en couche). Les minutes sont longues (une urgence peut-être, une pause pipi qui a mal tourné, que sais-je…), le gnome tout nu en profite pour jeter son jean par dessus sa tête et lécher ses chaussures. Finalement, la voilà. Une jeune doctoresse, le sourire aux lèvres, commence par répondre aux quelques questions que l’on a soumises à son assistante avant d’ausculter le bébé. Hurlements de rigueur, l’auscultation est le talon d’Achille de Miss Swing, traumatisée par les médecins depuis un vaccin un peu trop rude au 2e mois.

On nous a prévenu : au Canada les visites, c’est deux minutes chrono! Alors on se tient prêt à dégager le plancher, notre fillette en couches sous le bras. Mais la pédiatre prend son temps, vérifie les réflexes de Miss Swing, son maintien assis et debout, ses quenottes. Nous demande comment elle mange, boit, dort, joue, parle. Détaille les aliments qu’elle peut manger, les choses qu’on peut lui apprendre. Vérifie ses vaccins français et précise ceux qu’il nous faudra faire pour rattraper le calendrier vaccinal canadien. Et puis, la traditionnelle interrogation de fin de visite tombe, celle durant laquelle notre pédiatre précédente avait déjà rangé le carnet de santé et annoncé le montant de son chèque : « Vous avez des questions? » Elle est là, elle attend, elle sourit à la petite qui fait la moue (elle lui a regardé les yeux et les oreilles, elle est un poil rancunière). On est pris de court, habitués à ne rien demander. Alors elle finit par nous laisser, nous donnant rendez-vous dans trois mois.

D’ici là, on aura rendu visite au CLSC, pour bénéficier de la gratuité des vaccins de Miss Swing. On vous racontera…

-Lexie Swing-

Doigts de fée

Ils tournent, ils virevoltent. Indifférents aux secousses du bus, ils créent un monde doux et chaud. Je suis fascinée par ce jeu de symétrie, obnubilée par cette danse dont je ne maîtrise même pas le premier pas. Il y a de tout dans un bus. Des bibliophiles, des mélomanes, des bavards, des couples qui se chicanent, des ados qui rigolent, des bébés qui gazouillent. Et puis il y a cette chorégraphie sous mes yeux. Un arrêt brusque et la fille de devant échappe de peu à une blessure certaine. Mais ils reprennent leur vol, imperturbables.

Une, deux, puis deux et une. Ça monte, ça descend, ça virevolte. A l’envers, à l’endroit. L’autobus tressaute au gré d’une route bardée de trous et les faux pas s’amoncellent. Patiemment, ils prennent du recul et recommencent leur nage synchronisée.

Et moi, de l’autre côté de l’allée, les yeux rivés sur ces doigts qui s’agitent, je me demande combien de trajets il faudra pour que cette écharpe en laine rouge vif soit terminée avant que l’hiver ne s’en mêle.

-Lexie Swing (pour qui l’art du tricot reste un mystère)-

Au fond du bus

Quand j’étais ado, le fond du bus, ces fameux cinq sièges arrimés ensemble, étaient toujours occupés par les rebelles, les hype, les populaires. Le bus – ou plutôt le car- était la traduction quasi parfaite de la pyramide de popularité que l’on retrouve dans le secondaire américain : la reine, le roi et leurs trois meilleurs amis très cools eux aussi. Juste devant, assises de travers, dévorant des yeux leur généralement blonde souveraine : les copines (entendez par là « faire valoir ») de la reine. Puis les autres, les sympas, les blagueurs, le groupe populaire mais pas trop. Et les esseulés, tout devant, qui noyaient leur solitude en ingérant un monologue maintes fois subi au sujet des victoires napoléoniennes avec le prof  d’histoire.  De tout temps, cette place a également été celle, encore moins enviable, des gromisseurs (comme on dit dans notre famille).
Au fond du bus, il se passait des trucs louches, des langues collées, des chewing-gum salivement échangés, des soutiens-gorge déboutonnés et de l’herbe savamment roulée. Enfin c’est ce qu’on dit…

Inside bus./ Photo Daniil Vasiliev

Inside bus./ Photo Daniil Vasiliev

Dix (15) ans après, le fond du bus a pris quelques rides. La reine a enquillé 70 balais dans le cornet, elle discute tricots et nappes à carreaux avec sa voisine de droite. Chaque soir, elle prend le bus au même arrêt que moi. Me précédant de quelques pas – âge oblige – elle salue sa cour en entrant. Ce bus, c’est l’extension de sa maison, de son quartier. Assise au fond, avec son habituelle copine, elle refait le monde telle qu’il aurait pu être (si les jeunes n’étaient pas si impolis, s’il ne pleuvait pas aujourd’hui, si la courge poivrée n’avait pas augmenté…). Non loin d’elle, à l’autre extrémité de cette rangée symbolique, il y a Monsieur. Un drôle de bonhomme, la petite cinquantaine, le rire gras mais le coeur léger. A ses côtés, deux femmes à peine plus jeunes que lui. Royal, il trône toujours entre elles deux. Jamais sur la droite, jamais sur la gauche, toujours la place centrale, en vieux roi à peine ébranlé.

Le fond du bus a bien changé mais il reste un domaine réservé, où les critiques sont légion et les rires trop forcés. Il s’agit d’être bien vu, du fond du bus…

-Lexie Swing-