
Asleep? It will not last!/ Photo Amanda Tipton
Une nuit de merde est un incontournable pour tout parent qui se respecte. Un enfant, deux enfants, trois enfants… Il n’y a pas de règles mais plus on est nombreux, mieux on joue. Prenez deux parents. Deux parents contents de leur repos dominical mais fatigués d’avoir passer le week-end à ranger et occuper les marmots en goguette levés dès potron-minet. Prenez également un enfant, voire deux ou trois. Plus on en a, plus la partie est divertissante.
La nuit tombe. Piochez une carte. Minuit 13, cris stridents. Le parent, après deux machines à étendre et le lave-vaisselle à remplir est tombé assoupi dans son lit. Il bondit. Se prend les pieds dans la pile de bouquins qu’il projette de lire depuis 3 ans (laps de temps qui correspond étonnement à l’âge de son premier enfant). Se cogne le genou, côté creux, sous la bosse. Étouffe un cri. Part en claudiquant dans la chambre du cadet. C’est un bébé? Empochez 20 000 dollars et rejouez. Le parent atteint le berceau. Le bébé a réussi à regober seul sa sucette à la faveur d’une contorsion du corps impliquant une figure qui démembrerait n’importe quel adulte et il dort. Paisiblement. Le parent ne dort plus, lui. Mais c’est pour mieux le préparer à la nuit qui l’attend.
Piochez une nouvelle carte. Le parent s’est recouché après avoir jeté un oeil à l’heure sur son cellulaire. Il est minuit 19 lorsqu’il ferme l’oeil. Minuit 21, le bébé hurle. Il a perdu sa sucette. Le parent sacre. Il pousse du coude l’autre parent. Celui-ci fait le mort. Pas dupe et peu désireux de quitter la couette chaude, le premier parent assène un coup de genou dans la fesse gauche de son partenaire, qui bondit du lit, et se cogne contre la table de nuit. Etouffant un juron, le second parent part en claudiquant éteindre le feu de forêt d’hystérie qui monte de la chambre voisine. La sucette, c’est la vie. C’est donc en mobilisant l’ensemble de son énergie vitale et en produisant un son supérieur à celui d’une rave-party en pleine Lozère que le bébé réclame sa dope. 45 minutes et quelques pleurs – parentaux – plus tard, le second parent se recouche. 45 minutes, c’est le jackpot. Empochez 100 000 et relancez les dés.
Piochez une nouvelle carte. Il est 2h30. Vos deux protagonistes adultes dorment depuis au moins une heure trente à eux deux. Le-mot-que-vous-ne-voulez-surtout-pas-entendre-à-deux-heures-du-matin s’impose dans le silence de la maison endormie. Pipi. PIpi signifie que le pipi est à faire. PIPI que le pipi est à faire TOUT DE SUITE et qu’il vaut mieux bondir tel un cabri du lit parental pour empoigner l’enfant et le coller la fesse nue sur les toilettes. Pipiiiiiiiiiii, version lamentation, signifie en revanche que le pipi est fait. Avec tout ce que la richesse du jeu et l’imagination enfantine peut apporter à cette bonne main : peluches imbibées, pipi traversant sur trois couches atteignant la mousse du matelas, enfant qui ne se réveille que deux heures après histoire de laisser l’odeur s’installer et les draps moisir… La carte Pipiiiiiiiiiii est une excellente carte car elle implique plusieurs protagonistes : le parent 1, responsable des draps; le parent 2, responsable de doucher l’enfant; l’enfant aîné, occupé à geindre. Si vous avez de la chance, ses geignements peuvent même réveiller l’enfant cadet. La chance n’est pas avec vous et le cadet reste sourd aux bruits, plongé dans un sommeil bienheureux ? Patience, votre tour viendra! Empochez la coquette somme de 30 000 (10 000 par protagoniste, ne vous sous-évaluez pas si le cadet s’est aussi réveillé) et rejouez.
Piochez une nouvelle carte. Les parents sont dans leur lit. L’enfant propre dont le lit est mis hors d’état de nuire a rejoint le couchage parental, allongé en étoile entre ses parents qu’il laboure de coups de pied tout en écrasant son pouce mouillé sur leur visage en égrénant « Grand front, petits yeux, nez de cancan… » fier d’avoir retenu la jolie comptine apprise de ses parents. La machine à laver ronronne, menaçant d’endormir toute la sainte famille. Pas de panique, vous avez pioché un joker, mention « la machine à laver en train d’essorer se met à ruer dans un bruit infernal réveillant morts et voisins ». Vous abattez le joker et le bébé sirène, promptement tiré de ses précieux rêves de lait et couches propres, se met à hululer, façon voiture en mode «panic». Parent 1 menace de se pendre. Parent 2 hurle sur la maisonnée. Enfant 1 fait des sauts périlleux sur le lit parental. Enfant 2 improvise une sérénade en mi-majeur façon queue de chat coincée dans la porte. L’ensemble des protagonistes est réveillé. Vous avez gagné la partie.
-Lexie Swing- (qui va se refaire un café)











