50 kilos d’amour

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Friends./ Photo Purple Slog

Elle dit « attends , attends », et il attend. Elle le pousse, se détourne, l’éclabousse, puis de ses petits bras dodus, l’enlace tendrement. Elle dit « cahess, cahess » et il prête son front tout doux, les yeux à demi-fermés, moitié bercé par les caresses, moitié méfiant de la menotte qui serpente doucement sur l’arête de son nez. Elle saisit ses poils, ferme la main brutalement, les arrache d’un cri victorieux, puis s’excuse d’un « oh, oh », devant les poignées blanches qui recouvrent le sol. Elle dit « padon, padon », et il s’écarte, laissant le passage au poupon, roi triomphant dans son carosse de chiffon. Serf paresseux, il réagit à peine quand une roue de plastique frôle de près sa patte arrière. Elle ne dit rien, mais il est là, toujours, ombre blanche sur le parquet marron. Il accourt à ses bravos, assiste impassible à l’histoire du soir, et repart en sautillant devant la gamelle qui l’attend. Il fait 41 kilos, mais est persuadé de n’en faire que 10, surtout quand il lui marche dessus. Il est tendre et brutal, délicieusement serein devant ses empoignades, résolument indifférent à sa présence sur le perron lorsque rentrer dans la maison est une question de vie ou de mort. Ils forment une joyeuse équipe, qui culminent à peine à 80 cm au dessus du niveau de la mer. Ils s’embrassent, se téléscopent, se croisent, s’enlacent, s’enchevêtrent, se blessent parfois. Pour le meilleur, et pour le pire, avec l’insouciance de ceux que la vie fait grandir côte à côte.

-Lexie Swing-

Quel deuxième prénom choisir?

Ted./ Photo Jimmy Cheng

Ted./ Photo Jimmy Cheng

Ce matin, je lisais sur Urbania la complainte de ce pauvre Kéven, né dans la vague québécoise des années 90 qui a connu, comme en France, son lot de Kévin, et dérivés. Prénommé ainsi car sa mère voulait Kevin, mais pas tout à fait, et si possible avec un son français, dont le « é », le jeune homme assure avoir grandement souffert de ce prénom et de l’image qui lui était associée (intellectuellement faible, si j’en crois son article). Mais comment ses malheureux parents, tout à leur bonheur d’affubler ainsi leur nouveau-né d’un prénom original et dans l’ère du temps, auraient-ils pu se douter que celui-ci donnerait lieu à moult moqueries? Impossible.

On ne sait jamais, à moins d’appeler son fils Jambonneau, de quoi demain sera fait. Ni même qui il sera. Angelo est un très joli prénom pour qui sait le porter. Mais voilà qu’Angelo se révèle être un adolescent timide, avec des quadruple fonds de bouteille et le Vésuve en éruption sur le menton. Son prénom va vite devenir son pire ennemi. Quand on veut dissimuler son existence, mieux vaut s’appeler William – au Canada du moins – qu’Angelo ou Athena.

La solution, à portée de tous, est alors le second prénom. Pas de bol pour Kéven, il se prénommait également Berthier, probablement le nom d’un aïeul. Il a donc choisi de garder son premier prénom, qu’il trouvait moche certes, mais qu’il avait pris l’habitude de, plus ou moins, assumer. On est nombreux (pas moi ceci dit) à arborer un magnifique second prénom hautement moderne, comme Gertrude ou Alphonsine. Vous ne la connaissiez ni d’Ève ni d’Adam et votre père ne pouvait pas la saquer mais « ça se faisait » de coller le nom d’un ancêtre à son baveux nouveau-né, qui n’en demandait pas tant.

Alors que fait-on?

1) On donne le nom d’une personne qui compte. Grand-père, marraine, ami, il y a l’embarras du choix et vous pouvez même féminiser ou masculiniser le prénom au besoin. Vous tenez très fort à appeler votre enfant Cunégonde, parce que c’était le prénom de votre mamie adorée? L’amour se transmet de génération en génération, et c’est un joli lien que vous faites là. Peut-être choisir un troisième prénom passe-partout peut alors être une façon d’associer le meilleur des deux mondes.

2) On donne un deuxième prénom facile et courant. Surtout valable quand le premier est merveilleusement original, bien choisi, voire audacieusement écrit. C’est le choix que nous avons fait. Et que mes parents ont fait avant moi. Et puis ça déculpabilise.

Prénommer, ce n’est pas anodin. Comme parent, on choisit le plus beau prénom qui soit. Mais bourré d’hormones (les mères, du moins), ou bourré tout court (les pères, parfois) on a parfois l’esprit un peu large, persuadé que l’enfant assumera. Mais l’enfant n’assume pas toujours. Je connais des enfants qui n’ont pas assumé, et qui étaient soulagés de pouvoir compter sur un deuxième prénom. Je suis persuadée qu’il y a un vague instant (entre deux minutes ou deux ans, selon le degré de susceptibilité) où le parent accuse le coup. Mais est-ce vraiment grave? Nous leur donnons un prénom qu’ils vont devoir porter toute leur vie. Nous faisons des choix, des bons et des mauvais. Ce choix fondamental n’était parfois pas celui qui correspondait à notre enfant. Mais ce serait un choix encore pire que de décider d’en vouloir à son enfant parce qu’il ne peut l’assumer.

Elle s’appellera peut-être un jour Olivia.

 

-Lexie Swing-

 

PS Et vous? Vos deuxièmes prénoms? Et pour vos enfants?

17 mois : tout ce qu’il y a derrière tes grands yeux

Lecture./ Photo thejbird

Lecture./ Photo thejbird

Miss Swing aura bientôt 17 mois. Elle ne marche pas encore. Il faut donc bien qu’elle s’occupe. Et ça tricote dur derrière ses grands yeux au thé vert!

À 17 mois, elle a une capacité d’observation extraordinaire. Vous triez vos papiers? Elle vous les met dans les bannettes (Dans les documents « à trier », mieux vaut une double vérification, on est jamais trop prudents). Vous pliez les chaussettes? Elle les range pour vous dans le tiroir (le plus bas, celui des pulls, mais qui se soucie de ces détails?). Vous cherchez votre cellulaire? Elle vous le retrouve (généralement parce que c’est elle qui l’a caché). Pour moi qui ne me souvient jamais de ce que j’ai fait de mes affaires, ma fille est une source d’aide inépuisable.

Mais ce qui nous étonne encore plus, ce sont ces échanges banals, qu’hier nous articulions lentement pour être sûrs de sa compréhension, et qui aujourd’hui révèlent toute sa compréhension. Plus besoin de dire « Papa? », vous pouvez lui demander « Est-ce que tu peux aller chercher Papa s’il te plait chérie?’. Elle ne revient pas toujours avec, la faute audit papa qui ne comprend pas ce qu’elle lui explique pourtant clairement en le dévisageant sans un mot, mais elle part le chercher. Plus nécessaire non plus de lâcher « bain?’, vous pouvez dire « Miss vient te laver tout de suite, tu es noire de poussière, pas question de passer à table comme ça », et elle accourt (à quatre pattes donc) dans la salle de bain.

Par contre, si vous voulez une discussion, il faut y mettre les formes, et les mots. Extrait (rapporté):

– Maman?

– Maman fait dodo, chérie.

– Dodo?

– Oui, elle fait la sieste.

– Papa?

– Oui, chérie.

-Caca!

S’ensuit une cavalcade de Papa, qui n’a pas toujours besoin de beaucoup d’explications finalement. Pull-up down, pot, pipi, et le reste. Miss Swing sait dire qu’elle a envie, mais pas toujours retenir l’envie. La fameuse différence entre le développement intellectuel et moteur. Et en attendant que le petit moteur, justement, marche sur ses deux jambes, nous profitons chaque jour des rouages de son cerveau… lancés à plein régime.

 

-Lexie Swing-

Corolle, toujours

Mon premier Corolle./ Photo DR Lexie Swing

Son premier Corolle./ Photo DR Lexie Swing

Elle s’appelle Alexia. Son nom était épinglé sur la boîte pour autant que je m’en souvienne. Elle a les yeux sombres, le teint velouté des métissées, elle porte une robe à fleurs et ses cheveux bruns se sont emmêlés au fil des ans et des déménagements. Alexia, c’est ma poupée Corolle. Ma poupée Corolle des îles.

Je me faisais offrir pour elle des vêtements spéciaux, vendus aussi chers que les miens, au Multiprix de la rue des dragons, à Niort.

Alexia dort sur une chaise, dans ma chambre d’antan, mais Corolle n’a rien perdu de son talent. La semaine dernière, c’est donc Miss Swing qui a reçu, grâce à sa tante, son premier poupon. Un bébé au corps souple, vêtu d’un pyjama et d’un bonnet bleus. 30 centimètres. La taille parfaite pour une petite bonne femme qui en fait 77, tout au plus.

Elle l’a pris sans ses bras, l’a serré contre son coeur, avec cet amour immodéré que certains enfants ont pour les poupées. Et puis elle l’a transporté, parfois brutalement jeté sur le canapé pour l’asseoir, parfois abandonné au milieu du couloir parce qu’elle avait soudainement aperçu un autre jouet, laissé un peu plus tôt.

Dans quelques jours, elle recevra l’accessoire parfait pour qui aime les poupées: une poussette miniature. Sous couvert d’un nouveau jouet, on espère ainsi favoriser son goût pour la marche, et sa confiance surtout.

Corolle édite désormais sa poussette spécial premier poupon en bleu. Malheureusement, celle-ci se vend à prix d’or au Canada. Miss Swing (et surtout nous) devra donc se contenter de la rose. A voir le plaisir qu’elle prend à pousser sa MacLaren, elle devrait apprécier le cadeau. Et, à tout le moins, le poupon devrait passer de meilleurs nuits que coincé dans la boîte à jouets. Il me remerciera.

 

-Lexie Swing-

 

En laisse

Il regarde à droite, puis à gauche, hésitant. Il ose un peu mais dans son dos la laisse se tend. Une main impatiente le ramène, le rabroue. « Non pas par là, là c’est la route, tu ne comprends pas? » Non, il ne comprend pas. Il tire un peu plus sur la laisse. Au loin un ballon roule. Un ballon rouge. Il aimerait bien rattraper le ballon rouge qui danse devant ses yeux. Mais il ne peut pas. Elle ne veut pas.

Il renonce et repart en zigzagant dans l’herbe, écrasant au passage quelques fleurs de pissenlit. Il est indifférent, arc-bouté au bout de la laisse, tendu de tout son être pour échapper au baudrier. Il lutte, tire vers l’avant. Incroyable la force que dégage ce si petit corps. Elle a relevé la tête pour observer une fillette qui se roule dans l’herbe et voilà qu’il lui échappe! Libéré du joug de la laisse, il galope dans les herbes folles. Elle hurle son nom mais il ne l’entend pas. Ivre de sensation, il ne quitte pas des yeux le ballon rouge qui rebondit sur le terrain de basket en contrebas.

Elle hurle aux gens de l’aider mais ils ne savent que faire. L’attraper au vol? Saisir la laisse? L’hésitation les paralyse et ils assistent impuissants à la cavalcade. Et puis le ballon s’arrête de tournoyer et la course s’arrête enfin. Il s’en empare. Il le dorlote, le presse contre lui. C’est un beau ballon rouge. Ce n’est qu’un petit garçon de deux ans. Un petit garçon qui voulait juste un ballon rouge. Et la chaleur d’une main contre la sienne, et non d’un baudrier froid entre ses maigres omoplates. Et encore moins d’une laisse, avec sa mère accrochée au bout.

Depuis quand les enfants sont-ils des chiens en laisse? D’où vient cette mode ridicule, ces sacs-à-dos-choupi-mignons avec une laisse au bout? Est-ce si dur d’apprendre à ses enfants à regarder avant de traverser? A ne pas lâcher la main? A écouter ses parents?

Essayez un « au pied », et vous verrez.

En laisse./

En laisse./

 

-Lexie Swing-

Les Gardiennes

Nounou./ Photo Aaron Rothman

Nounou./ Photo Aaron Rothman

Ici, on les appelle Gardiennes. Elles protègent le joyau de la couronne, garde l’oeil sur ses envies d’émancipation. Chez nous, on les appelle plutôt nounous. Deux appelations mais un but commun: éduquer nos enfants.

Peut-être que certains vont pousser les hauts cris, rappeler à grands renforts d’arguments qu’éduquer les enfants est le rôle des parents. Un rôle premier, oui, mais un rôle exclusif, non. Car mes gardiennes ne se contentent pas de hocher la tête devant les prouesses de ma progéniture du fond de leur canapé. Elles la guident aussi, lui tenant la main fermement pour lui faire faire ses premiers pas dans la vie.

Je suis convaincue que certains parents choisissent des nounous peu impliquées car ils se sentiraient, sinon, dépossédés de leur autorité parentale. Ils ne supportent pas qu’elles les câlinent de trop, encore moins qu’elles les grondent. Ils sont les seuls détenteurs de l’autorité devant mère Nature, et puis-qui-c’est-qui-l’a-porté-pendant-9-mois-tu-veux-te-battre-la-nounou?

8 heures. C’est le nombre d’heures que Miss Swing passe chaque jour à la garderie. Impossible pour nous de recruter un simple garde-fou qui allait juste veiller à ce que notre bambine ne se blesse pas. Il nous fallait plus que ça. Il nous fallait une seconde main, un relais, une deuxième maman.

Et puis Gabi et Lili sont arrivées dans notre vie. Avec leurs rires et leur accent roumain. Avec leurs chansons et leurs créations artistiques à chaque fête du calendrier. Avec leur envie féroce d’apprendre toujours plus à notre fille, de l’aider à s’autonomiser, à manger seule, à marcher, à mimer, à chanter, à jouer avec les autres, et à jouer seule aussi. Et puis avec leur fermeté, leur « Non, on ne met pas son doigt dans son nez » et « Sors ton pouce de ta bouche, on ne te comprend pas », et même leur « si tu tapes encore, tu vas au coin ».

Elles sont notre reflet, notre soutien. On leur confie notre fille les yeux fermés, chaque matin, et on repart le pas léger, certains qu’elle est au mieux, qu’elle est choyée, qu’elle est aimée. Je le sens et j’en suis convaincue. Elles m’ont convaincue, chaque soir  où elles me l’ont tendue en me disant « Tu sais, je l’aime tellement »…

 

-Lexie Swing-

Les uns les autres

"Marcel learning to eat"./ Photo Phyllis Buchanan

« Marcel learning to eat »./ Photo Phyllis Buchanan

Avec mon groupe de copines mamans, les filles de février, on aime bien comparer. C’est maaaal. Mais on aime bien comparer quand même. Ainsi, l’air de rien, on note que Y. a marché à 10 mois, que JJ fait des phrases avec l’intonation mais sans les mots, que Loulou est capable de passer sous la barrière de protection de l’escalier… Il y a celles qui dorment depuis la naissance, celles qui ne sont jamais malades, ceux qui mangent de tout, et ceux qui mangent tout seuls. Alors c’est vrai, parfois, on s’apitoie, on voit faire les autres et on se dit qu’on est bien loin de ça.

Mais finalement, souvent aussi, c’est positif. Car de loin, ils se tirent vers le haut. Y. a inspiré Miss Swing pour manger à la cuillère, qui a elle-même donné le feu vert à Loulou pour boire seule son biberon, et ainsi de suite. Comment savoir de quoi ils sont capables? Qui peut nous dire si un enfant de 15 mois est capable de piquer à la fourchette ou d’apprendre à se laver les mains?

Alors on regarde les autres, on pose des questions, on suit le mouvement. On dit des choses comme « non sérieux il sait mimer Frère Jacques? Il faut que je lui apprenne! » Tous les enfants n’apprennent pas au même rythme mais ils s’inspirent les uns les autres, ils sont des moteurs. A nous de leur laisser le temps, certes, à nous aussi de leur laisser la possibilité de montrer qu’ils sont capables.

Et oui, à 15 mois, ça passe inévitablement par des haricots sur le chien, des chaussettes mal mises, des cheveux mal coiffés et une bouche mal essuyée. En même temps ça se voit que vous n’avez jamais essayé de faire toutes ces choses avec des mains de 5 centimètres.

 

-Lexie Swing-

Honte: les revers de parent

Angry baby./ Photo Andy Matthews

Angry baby./ Photo Andy Matthews

“Miss, you have a lovely grass in your hair…” La vendeuse saisit ma mèche et dénoue les feuilles mortes qui s’y agrippent. Je trouve un miroir et découvre avec horreur que je n’ai pas une “lovely grass”, mais des dizaines, et que ça n’a rien de “lovely”. Comment en suis-je arrivée là? Facile: je suis parent!

Flash-Back. Il est 16h49, j’arrive essoufflée devant le bus 103. Il est bondé mais le chauffeur refuse que je reste à l’avant avec ma poussette. Me voyant incapable de bouger, il s’arrête à l’arrêt suivant, sort de son fauteuil, avance dans l’allée et lance un retentissant “Allez on se pousse, la dame doit passer avec son carrosse, restez pas au milieu”. 108 personnes me dévisagent et s’écrasent les pieds pour que je puisse passer. Super.

Je suis enfin assise avec Miss Swing à mes côtés, coincée entre deux sièges pour plus de “sécurité”. Le chaton sort ses griffes et se débat comme un beau diable pour s’extirper de cette place exiguë en poussant des feulements stridents. Allez plus que deux minutes avant mon arrêt…

Deux minutes et deux arrêts plus tard, le bus s’est encore rempli. La foule est compact et respire avec peine. Impossible de sortir la poussette sans tuer deux ou trois personnes. Il faudrait littéralement leur “passer sur le corps” et mon mètre 60 vient de rougir devant le grand monsieur en forme d’armoire Louis XV.

Lorsque je peux enfin descendre, nous sommes arrivés au métro… à 4 stations de chez moi. Qu’importe, c’est l’occasion rêvée de se balader dans le Monkland village et de profiter de l’accalmie, si rare en ce printemps pluvieux.

Je m’arrête au Starbucks, pour partager une brioche entre mère et fille. Ce rendez-vous en tête-à-tête tourne rapidement au moment entre mère et serpillère, Miss Swing s’étant prise d’affection pour le carrelage boueux du café après avoir généreusement dispersé sa brioche sur le fauteuil club où elle était juchée.

Entre les menaces et le compromis, je choisis le compromis. Après 10 minutes supplémentaires et quelques miettes sur le manteau du voisin, notre équipage repart, direction la boutique de livres et jouets de la rue. J’ai repéré un joli hélicoptère Tututbolid parfaitement adapté aux menottes et vélléités d’exploration quatrepattiennes de la demoiselle.

Retour dans la rue, je déballe. Elle couine. Le carton ne veut pas céder. Elle hulule. L’hélicoptère est encore arrimé par de solides attaches en plastique. Elle vagit comme au premier jour, lorsque, pas encore tout à fait sortie du ventre de sa mère (moi), elle choisit de tester la pleine capacité de ses poumons de bébé tout neuf.

Je prends le parti de lui donner le jouet avec les attaches et le carton, après avoir désespérément limer mes caries sur le plastique dur. Elle est ravie, appuie sur tous les boutons, et gigote dans sa poussette au rythme des chansons de Leo le p’tit hélico.

Je veux le saisir une dernière fois pour tenter de glisser les liens en plastique dans les roues, et les éloigner ainsi des yeux grand ouverts de la miss qui se rapprochent dangereusement. Mais c’était compter sans miss autonomie 2014, mademoiselle “si-tu-tentes-ne-serait-ce-qu’une-seconde-de-me-reprendre-cette-cuillère-avec-laquelle-je-barbouille-le-chien-d’épinards-depuis-dix-minutes-je-la-jette-derrière-la-cuisinière-et-tu-pourras-jamais-la-rattraper”.

Miss Swing s’adapte à toutes les situations, le derrière de la cuisinière s’est ainsi transformé en dessous de voiture garée. « Fille brune, 1m60, aux oreilles fumantes et aux dents abîmées, a été repérée allongée sur la voie publique, les cheveux dans les feuilles mortes du caniveau, tentant d’attraper un objet non identifié ».

On vous offre un petit shampooing avec ça?

-Lexie Swing-

 

Objectif du week-end: trouver des lunettes de soleil pour bébé

Babiators./

Babiators./

Je suis une acharnée anti-soleil. Je l’aime beaucoup et je dois avouer qu’en ce moment j’irais bien courir les terrasses en sa compagnie, s’il daignait seulement se montrer. Mais je le crains autant qu’il me manque.

J’ai lu trop de grains de beauté qui viraient, de vilaines maladies qui commencent par un “C”. J’ai vu trop de peaux abîmées et prématurément ridées. Alors je protège. Je mets des chapeaux et des lunettes XXL. Je mets de la crème anti-UV toute l’année, même quand les vaches du ciel pissent de trop.

Avec Miss Swing c’est pareil. Je ficelle sur sa tête des chapeaux qu’elle arrache, j’utilise des coupons de réductions pour acheter des casquettes et mon maxi-lange pour protéger sa peau fragile pendant les siestes en poussette. Je lui mets de la crème 50 aussi. Partout. Même là où la peau n’est pas exposée, parce qu’on est jamais à l’abri d’une bretelle qui s’évade ou d’un pantalon qui glisse.

Quand je l’ai vu plisser les yeux début avril, j’ai su que le moment était venu. Et que ça n’allait pas être facile. Parce que Miss Swing déteste la contrainte d’un chapeau, d’une crème à étaler ou d’un élastique de lunettes accroché derrière sa tête.

Dimanche, nous avons fait un tour chez Rose ou Bleu avec des lunettes de soleil comme objectif. Première tentative: des solaires spécial bébé, avec un gros élastique pour seule monture. A peine arnachée, la voilà qui se débat comme si sa vie en dépendait, pour finalement s’arracher l’objet du délit, et quelques cils en prime.

Et puis nous repérons des Babiators: des lunettes pour enfants en forme de lunettes d’aviateur. Taille 0-3 ans, noires avec des branches à damier. Elles paraissent grandes mais on les lui enfile “juste pour rigoler”. Alors on rigole, parce qu’on est de vilains parents, et puis on arrête. Parce qu’elle les a toujours sur le nez. Et qu’elle attend. Au bout de vingt secondes, une éternité, elle les retire pour mieux les regarder. Les voilà adoptées!

Pas d’élastique pour les faire tenir, on étouffe un soupir. Joie de savoir les lunettes bientôt cassées. De l’argent jeté par les fenêtres? Pas vraiment! Sur le côté de la boîte, une mention spéciale attire mon regard (traduction libre): “ Babiators, les seules lunettes pour enfant garanties en cas de perte ou de casse”.

L’objet parfait pour notre bébé au poing agacé? “La garantie perte, c’est parfait pour sa mère surtout”, ai-je entendu Mister Swing se moquer au téléphone.

Je me vengerai.

 

-Lexie Swing-

 

Parent: moi, en mieux

Vous êtes leur super-héros./ Photo Mohd Shukur Jahar

Vous êtes leur super-héros./ Photo Mohd Shukur Jahar

«Ma fille, j’ai fait quoi pour elle? Je lui ai donné des biberons, j’ai changé ses couches… Elle, elle a changé ma vie.» C’est sur cette belle phrase qu’un collègue de Mr Swing a résumé son statut de papa la semaine dernière.

Lorsqu’on parle de la venue de ses enfants, on n’est jamais avare de compliments: Ils sont «tout», ils ont eux-mêmes «donné vie à leurs parents», ont «éclairé leur existence» ou leur ont donné la «force de se battre».

Aucun de nous n’est un super-héros. Ou peut-être que chacun d’entre nous a quelque chose en lui qui ressemble à de supers pouvoirs. Parce qu’il y a une vérité: en devenant parent, vous devenez responsable de quelqu’un d’autre. Et ça, ça vous habite. Ça vous file des coups de pied au cul lorsque vous voudriez rester cuver votre mauvaise humeur dans votre lit. Ça vous pousse à taire vos gros mots et vos critiques, ne serait-ce que par peur que votre cinq-ans répète tout haut à la grosse dame ce que vous venez de dire tout bas. Ça vous colle de la bonne humeur en sac de huit kilos quand vous les voyez vous sourire au réveil, la mèche hirsute et le doudou moisissant arrimé au pouce.

Ça vous rend unique aussi. Vous devenez le point de repère, le phare au milieu de tempête, celle ou celui vers qui l’enfant se précipite en le serrant dans ses bras comme si c’était la toute première fois. Et c’est dans la tempête, la vraie, que je me suis dit ça hier soir. Emprisonnée par la neige battante, en plein milieu d’un quartier résidentiel, protégeant du mieux que je pouvais Miss Swing dans sa poussette canne sans capote de pluie, j’ai vu le bus me passer devant. J’étais à 20 minutes à pied, le prochain bus passait 30 minutes plus tard. J’aurais volontiers pleuré. Ou appeler Mister Swing pour me plaindre. Mais entre la poussette et le parapluie, je n’avais pas de main de libre pour décrocher mon téléphone ou sortir un mouchoir. Et puis la neige s’est faite plus cinglante encore, et mon bébé a menacé de virer au rouge écrevisse. Alors j’ai joué le tout pour le tout, j’ai chargé la poussette de nos sacs et saisi ma quatorze-mois de 9 kilos à bras le corps. Abritées sous notre frêle parapluie, nous avons traversé le quartier. Mille fois je me suis dit “Mais quel enfer!”, mille fois j’ai juré “putain de neige de merde”. Mille fois, elle a ri, mille fois, j’ai senti ses cils sur ma joue, mille fois, elle a secoué le parapluie comme un prunier et s’est ébrouée sous les gouttes.

Je ne me suis pas sentie plus forte ou plus sûre, mais je me suis sentie responsable. Peu importait ma propre carcasse tant que la sienne était sauve.

J’ai repensé à cette phrase du collègue d’Alex. Combien de premiers-nés ont joué ce rôle? Nous oeuvrons toute notre vie à tenter de rendre les autres heureux, sans nous souvenir que nous avons déjà fait tellement, il y a longtemps…

 

-Lexie Swing-