Ready for the nap ?

La sieste de la petite Reese./ Photo Donnie Ray Jones

La sieste de la petite Reese./ Photo Donnie Ray Jones

Je recommence ce texte alors même qu’il vient intégralement de s’effacer…

La sieste pour moi c’est sacré. J’ai souvent eu une pointe de culpabilité de m’assoupir ainsi tandis que mon amoureux partait bricoler ou travailler, ou que mon infatigable mère s’agitait entre les étages de la maison et que je refermais doucement la porte sur ses pas dans l’escalier. Ce sentiment doux qui enveloppe ton corps assoupi, tes paupières lourdes en ce début d’après-midi. L’endormissement est toujours un moment fabuleux… le réveil beaucoup moins! Dur de s’extirper des bras de Morphée en pleine digestion. Et que dire de la lumière qui s’étiole à l’horizon bien trop tôt l’hiver venu ?

Du côté de Miss Swing, point de problème. Le marchand sablait ses yeux dès la dernière bouchée de yogourt englouti, et c’est avec délectation que la demoiselle rejoignait alors son lit. Mais ça, c’était avant! Avant que nous investissions dans un lit de grande! Car si les couchers du soirs ne durent qu’un instant, ceux de la sieste ont rapidement pris des allures de fête foraine, la miss sautant sur le lit, battant le rappel, courant me chercher, moi qui tentait désespérément de sommeiller.

Il nous a fallu 5 essais pour trouver la solution. Essai 1 : la miss a fini dans le lit à barreaux, à sa demande. Essai 2 : la miss a fini dans son lit à barreaux, à la demande de sa mère, dont la patience à ce terme de la grossesse est inversement proportionnelle à l’envie d’aller se coucher à toute heure de la journée. Essai 3 et 4 : la sieste s’est faite en voiture (petits joueurs, les parents!). Essai 5 : transformé ! (Quoi, vous ne regardez pas le rugby??).

Nous avons trouvé la solution tout à fait par hasard. Nous devions retrouver des amis pour se promener en début d’après-midi. Or qui dit balade en début d’aprem, dit sieste déplacée (ou enfant-qui-chouine-pour-se-faire-porter). Comme la miss se lève aux aurores (6h30, dimanche compris), nous l’avons mise au lit à 11h du matin. Pas un bruissement de couette, pas un appel. Le pote Morphée attendait notre belle qui s’est endormie en deux minutes montre en main. Et moi aussi.

Depuis, chaque week-end, nous retentons l’expérience, avec toujours autant de succès. Et c’est devenu le moment parfait! Dimanche dernier, la miss s’est donc levée à son heure habituelle. 9 heures, baby gym. 10 heures : bibliothèque. 11 heures : dodo. 13h : repas. Et après : une immense après-midi rien qu’à elle pour jouer dans le jardin au soleil. Sans compter que, pour elle comme pour moi, le réveil est drôlement plus facile à 13h, lorsqu’un doux fumet nous chatouille les narines.

Le bonheur a l’odeur d’une purée – saucisses au barbecue, le saviez-vous?

-Lexie Swing-

 

Mom toujours prête!

Time goes by./ Photo Sara B.

Time goes by./ Photo Sara B.

Je n’ai jamais été scout. J’aurais pu! Mes copines étaient Jeannettes et m’apprenaient toutes les chansons à connaître! De cette période de non-scoutisme je garde un sens aigu du « toujours prêt ». Et cela vaut pour les road-trips (décollage demain dix heures pour les Maldives? Ready to go honey !) (Oui, je suis aussi totalement prête dans mes rêves) comme pour l’arrivée de mes enfants.

Je lis une future juillettiste (entendez par là : une fille qui doit accoucher en juillet) et celle -ci assure qu’elle n’est pas du tout, du tout pressée de voir sa rose progéniture pointer le bout de son nez. La preuve : elle n’a encore rien. Ni le berceau, ni le siège-auto, et encore moins l’attirail nécessaire aux 4 jours de séjour à la maternité (en France). Mais elle a bien le temps, écrit-elle.  Il ne va pas arriver demain. Peut-être même pas au terme (croise-t-elle les doigts).

Je ne suis pas non plus pressée de rencontrer ma demoiselle. Je ne suis pas encore pressée, devrais-je dire. Car je suis le genre de fille à trépigner à 37 sa venues. Je ne voudrais pas qu’elle arrive demain, parce que ce n’est pas son heure (il paraît que 37 sa non plus, ce n’est pas forcément la bonne heure, mais comprenez bien qu’à ce stade, je perds ouïe et raison). Mais si c’était le cas, je serais prête.

Je ne suis pas du genre à me poser beaucoup de questions. Je suis un chemin que je trace à mesure et deal avec les obstacles avec plus ou moins de patience (très peu en fait). Mais de question, point. Il y a des gens qui se contraignent à l’immobilisme parce qu’ils soupèsent sans cesse le pour et le contre, et que chaque pas est assorti d’un « est-ce le bon ». Chez moi, l’immobilisme est un synonyme de la flemme. Et si je ne fais pas, ce n’est pas par peur d’échouer, mais bien parce qu’à ce moment-là, je dors (et je dors beaucoup).

Je crois fermement qu’on est toujours prêt pour tout. Et qu’il faut finalement peu pour accueillir un enfant, surtout dans un pays où les magasins sont ouverts 7 jours semaine. Je ne suis pas de celles qui pensent que ma valise de maternité serait mal faite si elle devait être préparée en urgence par mon amoureux (parce qu’il aurait pensé à l’essentiel : le chocolat), ni qui relisent sans cesse leur bouquin de maternité à la page « Comment accoucher » (pousse chérie pousse). On y arrive toujours, no matter what. On se découvre des réserves insoupçonnées. On se surprend à demander poliment la péridurale à l’anesthésiste lorsqu’on aurait envie de lui arracher les yeux et de les mitonner en bourguignon. On s’aperçoit qu’un pull d’adulte peut faire une excellente couverture et que pain-chips-chocolat peut être un très bon repas improvisé (surtout avec quelques baby carottes pour se donner bonne conscience). Et on estime finalement que se coucher à 22 heures est un moment acceptable si cela signifie grasse mat’ pour tout le monde.

En d’autres termes, ne paniquez pas : vous pouvez couper votre cheveu en dix mille et en scruter un par un les morceaux, vous trouverez toujours la réponse ailleurs. Dans votre expérience, dans votre instinct, dans les yeux de quelqu’un d’autre.

-Lexie Swing-

 

Pour 20 minutes de plus

Le temps s'arrête./ Photo Simon LeBlanc

Le temps s’arrête./ Photo Simon LeBlanc

6h. Si tôt et déjà trop tard. Trop tard pour être à l’heure. Trop tard pour prendre le train. Trop tard pour commencer le boulot à 8. Trop tard pour réaliser le combo douche-déjeuner avec sérénité. « Prends le train suivant », propose mon chéri. Je dis non. Partir pour 8h30 signifie finir le travail plus tard. Et puis je suis plus efficace le matin tôt. Et puis j’ai les courses à faire ce soir. Et puis on sera en retard pour préparer le souper. Et puis tandis que je reste là, à deviser, le temps file et je ne fais rien. Je dis oui. Oui, d’accord, le train d’après. Il est 6h45. Le petit déjeuner vient de commencer. Je vois ma fille compter ses petits gâteaux. Déglutir son verre de lait. Vais-je vraiment l’arracher à ce moment pour une question d’horaire, de courses et de productivité matinale ?
Je m’assieds à ses côtés. Verse mon yogourt. Mes céréales maison. Ajoute les canneberges. Touille consciencieusement. Tu as rêvé cette nuit ma chérie ? Elle hoche la tête, la bouche pleine. Sait-elle seulement ce que signifie rêver ? Son petit visage enrhumé est tout sale. Cela prendra du temps de la nettoyer, le temps d’expliquer, de maintenir, de supplier, pour moucher le petit nez douloureusement collé et nettoyer l’œil qui pleure sous les assauts des microbes. Quel choix ai-je? La ceinturer sur le lit, en lui criant « laisse-toi faire, on va être en retard! »?

Il y a quelques mois, j’ai lu le témoignage d’une autre mère, qui s’était rendu compte de ce qu’elle imposait à ses filles lorsque, sur le chemin de l’école, alors qu’elles se hâtaient, l’aînée était venue houspiller la cadette qui humait une fleur : « Mais dépêche-toi, dépêche-toi, qu’est-ce que tu es lente! ». Elle avait 7 ans et elle était déjà pressée. Elle avait 4 ans et elle ne pouvait prendre le temps de rêver. Ça lui a fait un choc, à la mère. Et ça m’a fait un choc, à moi aussi. Car je sais qu’on pourrait être comme cela. Des gens toujours en retard qui transmettent leur stress du temps à leurs enfants.

Désormais, on la lève plus tôt, pour qu’elle ait le temps de se réveiller. On déjeune à trois, pour avoir le temps de partager. Et quand on peut, ou du moins chaque fois qu’on peut, on repousse l’heure du départ. Et c’est alors l’occasion de ralentir ses gestes, de regarder par la fenêtre, de faire un jeu supplémentaire ou simplement de réaliser nos petits actes du matin un à un, et non pas la brosse à dents dans la bouche et le peigne de l’autre, avec cette maladresse propre à ceux qui voudraient tout faire mais n’ont le temps de rien.

Ce n’est pas encore tout à fait gagné. La miss part souvent mal peignée. Et j’oublie sans cesse de remettre dans mon sac le livre que j’ai commencé la veille au soir. Il n’est pas rare que l’on se mette à courir en croisant l’horloge… et je rate encore mon train souvent!

On ne peut pas arrêter le temps, mais on peut le ralentir, juste un peu. Desserrer son étau, l’espace d’un instant, pour humer une fleur ou compter ses gâteaux.

-Lexie Swing-

29 bougies

Mon apprentie écrivaine./ Photo DR Lexie Swing

Mon apprentie écrivaine./ Photo DR Lexie Swing

J’ai atteint le grand âge de 29 ans. Je le trouve terriblement moche ce chiffre, ce 9, j’ai beau le tourner en tout sens, il a un goût d’inachevé pour moi. Il me paraît boiteux, et pourtant il a quelque chose de magnifique, en ce sens qu’il clôt une année riche (première bougie de notre expatriation au Canada, premier achat de maison…) et qu’il augure d’une autre encore plus incroyable (l’arrivée de notre deuxième fille…).

Je n’ai pas trop le sens des jours J. Tout jour peut devenir LE jour pour peu qu’on le pare de suffisamment de paillettes et d’artifices pour le rendre inoubliable. Je n’attendais rien de ce 8 avril particulier, puisque nous le fêterons sûrement le 11, peut-être un peu le 12 et que nous retrinquerons (au jus d’abricot!) au fur et à mesure des visites.

C’est peut-être parce que je n’en attendais rien qu’il a choisi de devenir spécial. Comme lorsque j’ai reçu le cadeau parfait – une machine à écrire Underwood de 1925 en parfait état de marche ; que j’ai réalisé que j’avais exactement aujourd’hui l’âge qu’avait ma mère lorsque je suis née et que j’accoucherai donc au même âge de mon deuxième enfant ; ou encore lorsque ma fille, après avoir dit plusieurs fois « non pas fête de Maman » et « il est où le gâteau? » a choisi de combler le silence laissé par mon acharnement à lui presser un verre plein de jus d’orange en entonnant « Bonne fêteuuuh maman, bonne fête mamaaaan… » ainsi qu’on lui a appris pendant les différents anniversaires de sa garderie.

Il y a eu aussi tous ces copains  et ces proches qui ont pensé à mon anniversaire, les messages débarquant aussi bien sur Whatsapp, que par courriel ou Facebook, et me cueillant au rythme de la journée. Il y a eu ces échanges de nouvelles un peu plus longs que d’ordinaire, parce que ce n’était pas une journée qui l’était. Il y a eu ces photos un peu spéciales prises par des amies qui me connaissent bien. Et ce gâteau offert par mes collègues, le tout premier sur lequel j’ai soufflé des bougies cette année.

Ça s’est fini par un souper improbable. Grilled-cheese et cheesecake. Du cheese partout. Et Miss Swing qui criait « mais il est où le gâteau maman ». Cette bougie que je n’arrivais pas à souffler parce que je voulais qu’elle souffle aussi, et que le souffle que je retenais, conjugué au sien si ténu, n’atteignait même pas la flamme. Ce souper improbable et parfait, en trente minutes parce que j’avais yoga après.

Et puis ces quelques minutes, ma tête contre la sienne dans son grand petit lit. Mes jambes repliées. Mon corps trop grand pour ce petit radeau. La veilleuse coccinelle qui fait danser les étoiles au dessus de ma tête, éclairant tour à tour la montgolfière, le panda au nez pointu et l’arbre de nouveau enneigé derrière la fenêtre. Sa respiration tranquille. Cette nouvelle année qui commence.

-Lexie Swing-

 

Tout ce que l’on ne dit pas

S'aimer et se le dire./ Photo  Tam Tran

S’aimer et se le dire./ Photo Tam Tran

L’autre soir, tandis que je frottais avec une énergie rare, de celle que confère une fin de journée ayant mêlé travail et grossesse, de la porcelaine blanche, mes doigts se réchauffant tranquillement au gré de l’eau mousseuse (je faisais la vaisselle quoi), mon esprit s’est attardé sur une photo entr’aperçue sur Facebook. Un ami backpacker voyageant au bout du monde. Songeant à lui, à notre amitié, des mots me sont venus. Quelque chose comme : « Il était quelqu’un à qui je vouais une confiance inébranlable, malgré le silence, malgré nos absences de messages, il y avait cette confiance et cette tendresse que l’on n’accorde qu’à une poignée de personnes dans sa vie ».

Je sais, c’est beau comme discours. Ça aurait fait merveille à un enterrement. Parce que c’était précisément ça le problème. Je parlais au passé. Mon ami est bel et bien en vie, et je la lui souhaite très longue (je touche du singe en le disant)(ma tête quoi). Mais ces mots que mon esprit déclamait sonnaient comme une épitaphe.

Pendant que je rinçais mes assiettes (j’aime bien ces détails passionnants), j’ai réalisé qu’on est, ou que je suis, prompte à imaginer tout le bien que je dirais de mes proches APRÈS. C’est peut-être une déformation de rédactrice. Trop de post-mortem rédigés, trop de discours griffonnés au bénéfice des autres, qui doutaient de leurs mots et de leur plume.

Pourtant, ces mots ne devraient pas être de ceux que l’on réserve aux morts. Ils devraient être le privilège des vivants. Si mon Pépé cleptomane est quelque part dans mon dos, je ne doute pas que savoir que je l’aimais lui réchauffe l’âme à défaut des os, mais il eut été judicieux de le lui dire de son vivant. Bon je n’étais qu’une jeune enfant et l’odeur de sa maison de retraite me poussait plus à un désir ardent de fuite qu’à jouer cartes sur l’espèce de pauvre petite table à roulettes qui jouxtait son lit en lui confiant mes mots d’amour.

Mais nous ne sommes plus des enfants. Et autour de nous gravitent des gens, proches ou moins proches, qui auraient bien besoin d’entendre combien on les aime, combien on les admire, combien nous savons qu’ils travaillent dur même si les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous.

Parfois on entend « mais il sait bien que je l’aime » parce que l’on a peur de ces mots qui déforment un peu la bouche, un peu le coeur, on est timides de les prononcer, de connaître l’impact qu’ils auront. Mais on devrait être généreux de ces mots-là, parce qu’ils seront toujours trop rares au regard des critiques, des réprimandes, des insultes, des regards malveillants, qu’un individu lambda recevra au cours de sa vie.

On noie nos enfants sous les mots doux et après on oublie. Notre coeur bat fort, si fort, mais il sera toujours désespérément muet si aucun mot ne vient ponctuer ce qu’il ressent.

 

-Lexie Swing-

Les petits détails

Détail./ Photo Yann Gar

Détail./ Photo Yann Gar

Je suis le genre de personne qui ne trouve jamais rien. Une vraie plaie pour mon entourage. Je farfouille dans les placards, souvent de bon coeur, parfois avec minutie, et puis j’annonce « Non je ne vois pas…? Tu peux venir? » Et mon proche, Mr Swing en tête, met généralement la main en quelques secondes sur ce que je cherchais depuis dix minutes.

Hier soir, je me suis brossée les dents avec la pâte fraise de la miss, faute d’avoir trouvé le modèle adulte mentholé. J’ai failli demander à l’amoureux où il l’avait rangé et puis je me suis ravisée : il serait bien temps de l’épier demain matin pour trouver sa cachette. Nul besoin d’échafauder tout ce plan : sitôt ma brosse à dents reposée, j’ai vu le dentifrice abandonné là, de l’autre côté du lavabo. Ou mon défunt Pépé s’est remis à cacher des choses, ou je ne sais pas voir ce qui est sous mon nez.

Miss Swing sait, elle. Quand je ne me souviens déjà plus ce que j’ai fait de mes clés quelques secondes après les avoir posées, elle est capable de retrouver un jouet rangé depuis trois jours à un endroit connu d’elle seule. Si elle était un labrador, nul doute qu’elle retrouverait tous ses os enterrés dans le jardin, et par ordre chronologique en plus.

Elle m’épate, surtout quand je la vois courir chercher ses chaussons le matin, sans hésitation, même hier alors qu’ils étaient posés à un endroit improbable : le comptoir de la cuisine. Elle ne s’est pas demandée s’ils étaient restés, comme d’habitude, vers la baignoire avant le coucher. Ou s’ils ne s’étaient pas glissés sous sa petite chaise d’écolier. Elle a couru à la cuisine, ses petits pieds nus foulant le parquet, parce qu’elle les avait vus là, la veille, et qu’ils devaient logiquement s’y trouver encore.

Je vois bien que je la désespère. Du haut de ses deux ans, elle m’assiste dès que je perds le moindre objet, et me le dépose alors avec plus ou moins de bienveillance sur les genoux. Son exaspération a atteint son comble hier lorsque je lui ai demandé ce qu’elle avait fait de ma deuxième pantoufle, persuadée qu’elle me l’avait empruntée et cachée. « Elle est là Maman », a-t-elle lâchée en soupirant. Et puis elle s’est penchée.

La pantoufle se trouvait sous mon pied.

Pardon chérie, pour hier, et pour toutes les fois à venir.

-Lexie Swing-

Je suis la deuxième

Deux soeurs./ Photo Amanda Tipton

Deux soeurs./ Photo Amanda Tipton

Je suis arrivée dans ma famille en numéro bis. J’étais la fille après le garçon, ce mal nommé choix du roi, la deuxième née. J’ai eu un premier enfant, je sais ce que ça implique. C’est la surprise, l’inconnu, les premiers mouvements dans le ventre, la première peluche que l’on chine comme un trésor. C’est l’annonce à la famille et aux amis, irréelle et festive. C’est l’impression de construire quelque chose de vrai, de palpable, de chair et d’os avec l’autre, son double, son conjoint, avec qui l’on partageait déjà tout mais pas encore nos gènes ou nos conceptions d’éducation.

Moi, et lui, nous sommes arrivés les deuxièmes. Nous sommes ceux pour qui l’annonce était plus convenue, moins attendue, ceux pour qui on avait gardé les affaires, les meubles, avant de les remiser faute d’avoir le sexe adapté. Nous sommes ceux pour qui nos parents savaient déjà; les gestes, les pleurs, les maladies, les inquiétudes. Nous sommes ceux que l’on a laissés plus libres parce que le premier avait déjà épongé les erreurs parentales. Nous sommes la copie idéale après le brouillon (non c’est une blague frangin :)). Nous sommes aussi, peut-être, les enfants du regret : sera-t-il le dernier ? Dois-je en profiter plus ? Est-ce ma dernière grossesse ? Ma dernière annonce ?

Tu es le deuxième. L’enfant que nous attendions depuis longtemps. En naissant, ta soeur a apporté avec elle cette certitude : nous te voulions toi pour être au complet. Tu es le deuxième. Ou la deuxième. Tu es l’enfant pour qui nous avions décidé, avec notre sens de la mesure habituel, que ce ne serait pas moi, mais ton papa qui m’annoncerait la naissance. Tu aurais dû me voir alors quitter la salle de bains les mains sur les yeux pour ne pas lire le résultat sur le test mouillé abandonné par terre. Tu es l’enfant pour qui j’ai eu peur souvent, faute d’avoir rencontré un médecin avant le troisième mois. Tu es l’enfant que j’ai senti tôt. Tu es l’enfant pour lequel je me sens fatiguée, tellement fatiguée, parce que tu es le deuxième à porter (et que ta soeur ne se lasse pas de mes bras!). Tu es l’enfant qui sera franco-canadien de naissance, quand nous n’obtiendrons ce statut qu’à la faveur d’un test sur papier imprimé. Tu es l’enfant qui naîtra au début de l’été des indiens, la saison que l’on préfère, moi et ton père.

Tu es notre deuxième, notre accomplissement, notre troisième coeur. Tu es notre chance inouïe de pouvoir construire la famille dont nous rêvions. Nous t’attendons mon bébé.

-Lexie Swing-

 

Être un bon parent

Câlin du matin./ Photo Matteo Bagnoli

Câlin du matin./ Photo Matteo Bagnoli

Avant d’avoir un enfant, j’avais une vision très pratique du bon parent : il offrait le gîte, le couvert (bio si possible), du linge propre, de l’amour et un cadre solide. C’était un peu comme naître au Ritz : quelqu’un pour répondre à tes moindres désirs, te coucher dans des draps moelleux et te nourrir (à la cuillère en argent).

Et puis elle est née et comme j’ai un sens de l’organisation domestique équivalent à celui d’une dinde enfermée dans le noir, cette notion de la bonne parentalité a tourné court. Côté amour et cadre solide, on se tient. Les règles sont posées, on les répète souvent, on y déroge peu et pas sans de solides arguments étayés en trois dessins commentés. Mais force est de constater que le côté pratique de la chose n’a pas suivi.

Déjà, nous n’avons jamais de tenue de rechange le jour de l’accident, quand la Miss essaye d’attraper un jus de bleuets un matin de brunch dans un restaurant chic et se le déverse entièrement sur ses pantalons neufs (“oooo palon sont sales”… Voilà c’est ça chérie) et nous avons déjà parcouru la moitié de la rue Saint-Hubert à la recherche d’une boutique qui fasse vêtements ET culottes pour réparer les dégâts d’un accident pipi (“vous auriez un sac en plastique avec ça? C’est pour mettre sur le siège…”).

Ensuite, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai prononcé la phrase “Je pense qu’il va falloir lui mettre son maillot de bain elle n’a plus de culottes…” et les chaussettes disparaissent mystérieusement après leur tour dans la machine à laver.

Nous ne sommes pas franchement le genre des parents à avoir des caisses de chandails et des mouchoirs au kilo. Nous arrivons régulièrement en fin de stock et sommes contraints de moucher le nez à l’aide de papier toilette et de fouiller les fonds de sacs à dos pour retrouver une couche neuve à 20 heures.

Nous partons en week end sans couverture et devons l’envelopper dans un vieux pull à nous. Nous lui attachons des serviettes avec des noeuds grossiers pour pallier l’absence du bavoir oublié au fond de l’évier. Et nous quémandons de l’arnica aux copains qui ont ça.

 Ce n’est pas toujours pratique, parfois chiant pour les autres. Mais aujourd’hui je sais aussi que ça ne tient pas à ça, d’être un bon parent. À l’image de l’amour conjugal, ce sont plutôt ces petites preuves quotidiennes, ses céréales maison que je prépare le matin, ma main dans la sienne quand elle a peur, mes quelques nuits passées assise sur un pouf, à côté de son lit, quand elle était malade, ma capacité à répondre à ses besoins, à n’importe quelle heure, ma volonté de résister parfois à ses demandes pressantes (“bonbooooons maman”) parce que je veux le meilleur pour elle (et pour ses dents), pas seulement tout de suite, mais aussi dans dix ans.

 Je lis ou croise des femmes, des amies, qui à l’aube de la naissance de leur premier enfant se demandent si “elles sauront”. Mettre une couche, donner un bain, donner le sein ou le biberon, ça s’apprend, mais donner de soi, donner le meilleur, réconforter et réchauffer, fusse dans un vieux pull, c’est inné, c’est en nous, ça ne demande qu’à sortir. Vous saurez.


-Lexie Swing-

 

PS Sur ce sujet du bon parent mauvais parent, je vous encourage à lire ce superbe article, à la fois drôle et plein de bon sens, sur la différence entre être une mauvaise mère et une mauvaise maman.

Deux ans

Tes cheveux en bataille, que seule ton éducatrice parvient à dompter

Miss Swing./ Photo DR Lexie Swing

Miss Swing./ Photo DR Lexie Swing

Ton accent mi-anglais mi-créole

Tes yeux immenses

Ton goût pour les fruits

Ton ventre tout rond

Ta litanie « Pour Papa, pour Maman, pour Loulou, pour Talou, pour Mamie… » quand on te brosse les dents.

Ta passion des chaussures

Ton incroyable souplesse

Tes pieds qui ont pris deux tailles en deux mois après avoir stagné pendant un an

Ton amour des animaux. Tous les animaux.

Ta précision

Ta dextérité pour mettre des chaussettes

Tes câlins brefs

Ton nombril que l’on devine sous ton chandail

Ton pouce que tu ne lâches pas

Tes « palons » que tu réclames sans cesse, et que tu refuses de nommer correctement.

Tes phrases de plus en plus construites, et de plus en plus justes.

Tes deux ans avec nous, joyeux, bordéliques, inspirants, parfois épuisants, enthousiasmants, sans regrets, sans aucun regret.

 

Et notre vie que tu as changé pour toujours.

 

Joyeux anniversaire ma toute petite.

 

-Lexie Swing-

 

 

J’aurais aimé être à sa place

Pause lecture./ Photo Daniele Zanni

Pause lecture./ Photo Daniele Zanni

Il est assis là, sur la banquette en faux cuir élimé d’un food court quelconque. Il a jeté son manteau en vrac à ses côtés mais gardé son bonnet sur son front plissé. Je le dévisage sans qu’il ne prenne un instant conscience de ma présence, plongé comme il l’est dans sa lecture. Plongé dans sa lecture… Son abandon fait envie, me fait envie, tandis que je cours prendre mon train. Je descendrai, courrai le long du quai, sauterai dans l’autobus puis partirai faire quelques courses. Il y aura le repas, les jeux, le bain, la vaisselle, le coucher, et peut être un peu de lecture quand même ensuite si le moment s’y prête et que la fatigue ne m’est pas tombée dessus avant.

Il y a quelques mois, au détour de l’été, j’avais dit à Mr Swing combien je voulais prendre un moment, combien j’avais besoin de temps pour moi. « Ok, m’avait-il dit, tu veux faire quoi? Un sport? De la musique? » « Je veux lire dans un café », lui avais-je répondu. Ça sonnait féerique, inaccessible, terriblement restreint aux jeunes étudiants qui étudiaient chaque samedi dans le Starbucks de mon quartier.

Je ne l’ai jamais fait.

Depuis nous avons déménagé et Mr Swing est celui qui rêve d’avoir une fois, rien qu’une fois, un moment en sortant du boulot pour aller arpenter les rayons du disquaire sans traîner derrière lui son enfant complaisante mais affamée, qui parsèmerait les allées de miettes de gâteaux tel un Petit Poucet en vadrouille. Un Petit Poucet qu’il faut moucher, rattraper et empêcher de jouer avec les piles savamment dessinées des derniers albums à la mode. Être parent, c’est savoir que l’on ne sera plus jamais seul. Une idée terriblement réconfortante et aussi relativement angoissante, finalement.

Rien à voir mais un jour, à Dublin, j’observais trois filles à une table. L’une d’elle semblait triste, le regard perdu dans le vague. Sa copine de droite lui tenait la main, tout en lisant un livre de l’autre, et la dernière tapait furieusement un texto sur son cellulaire. Me sentant l’âme critique, je me suis penchée vers l’amie qui m’accompagnait : « tu parles d’une bande d’amies, elles ne se parlent même pas! » Elle a tenu à me contredire :  » au contraire, je trouve que c’est ça l’amitié, être capable de chiller ensemble et de se sentir bien, même quand on a rien à se dire de particulier. Moi je faisais ça avec mes amies en Suisse: on était 5, on s’asseyait dans un café, parfois on débattait pendant des heures mais à d’autres moments, le seul truc important était d’être physiquement ensemble. On vaquait chacune à notre loisir, à notre occupation de l’instant, et c’était bien comme ça! » J’ai gardé ce goût de vivre ça un jour : prendre plaisir à être ensemble sans s’inquiéter que la conversation tourne court. Voir mon amie sortir un bouquin et ne pas me dire que c’est parce qu’elle s’ennuie, plutôt prendre conscience qu’elle est suffisamment bien avec moi pour profiter de l’instant pour prendre un moment pour elle. Et vous, qu’en pensez vous?

-Lexie Swing-