L’emmener au musée

Bébés au musée./ Photo Les musées de la civilisation

Bébés au musée./ Photo Les musées de la civilisation

Hier, à peine le boulot fini, Mr Swing est passé prendre la diablotine à la sortie de la garderie pendant que j’achetais des sandwichs. À 18h15, après plusieurs tours de pâté de maison, nous avons réussi à nous garer et à nous rendre jusqu’au musée des beaux-arts. C’est un peu un challenge d’emmener un enfant de deux ans voir une expo de peinture. Surtout à l’heure du souper, la dernière semaine avant la fermeture de l’expo, lorsqu’il faut faire près d’une heure de file pour acheter des billets.

Heureusement, j’avais payé mes billets en ligne (la file aperçue le dimanche précédent nous avait découragés) et nous avons donc traversé la masse de gens sans nous retourner. Le contrôle passé, nous avons fait ce que tout parent qui se respecte fait pour qu’une visite au musée se passe dans de bonnes conditions : faire faire pipi, donner à manger. C’est donc armée de son sandwich au jambon que la miss et son carrosse ont pénétré dans la première salle… Avant d’être brusquement stoppés par la foule amassée devant les tableaux.

Je vous passe la visite au pas de course, non pas en raison d’un môme hurlant mais bien parce que le monde ne nous permettait guère d’approcher des œuvres. À noter aussi que pourr la première fois depuis que l’on est ici, j’ai vu des gens brusques, agacés, fatigués… Et donc désagréables. Mais je les comprends!

La bonne nouvelle, c’est que Miss Swing a été une visiteuse exemplaire. Elle n’a jeté de morceaux de sandwichs sur personne, s’est contentée d’un « aaah » gutural après avoir bu son jus de pomme et n’a jamais hurlé. À peine a-t-elle crié « papa, t’es où papa? » lorsque celui ci s’est éloigné pour s’approcher d’une œuvre.

Quand l’enfant ne se roule pas par terre et ne prend pas les salles pour un terrain olympique, je trouve que les visites de musée peuvent être vraiment sympas. Le regard de l’enfant est amusé, différent. « Oh le beau chapeau », « tout nu la dame », « un chien maman!! » (Ah mais oui c’est donc ça qu’a voulu peindre Kandinsky!). Les œuvres les plus célèbres deviennent de banales images, à peine plus cool qu’un énième tome de Petit Ours Brun. Fascinant !

Et vous? Vous les emmenez ?

-Lexie Swing-

Nouvelle lecture : « Demain est un autre jour »

Demain est un autre jour./

Demain est un autre jour./

Vendredi, 16h30, je passe faire un tour à Renaud-Bray avant de prendre le train. Je soulève un Modiano, souris devant le coffret des trois Muchachas, me tourne vers les romans de poche. Mes yeux s’arrêtent sur la couverture de « Demain est un autre jour », de Lori Nelson Spielman. Je me rappelle du titre, croisé à la page Livres d’un Cosmo. Dans mon souvenir, le magazine décrivait ce livre comme « une jolie histoire positive qui met du baume au coeur » ou une idée du genre. J’empoigne et je pars avec, ce sera parfait pour m’accompagner dans le train la semaine prochaine.

17h, dans le train, je lis un passage du bouquin sur l’éducation que j’ai également acheté, et puis je lis la quatrième de couverture de « Demain est un autre jour ». En attendant ma gare, j’attaque le premier chapitre. Arrivée à Saint-Bruno, j’en ai déjà lu trois. J’enfourne mon précieux dans mon sac et pars rejoindre mon petit monde. Le souper avalé, l’enfant couché, je me glisse dans le lit pour lire « encore quelques pages ». À minuit 30, j’éteins. Bouquin fini.
Il y a des histoires subjuguantes, incroyablement bien écrites et dans lesquelles le talent de l’auteur laisse pantois. Et puis il y a ces autres histoires, ces jolies histoires, qui nous embarquent d’un bout à l’autre du roman. Ce ne sont pas les mieux écrites, ce ne sont pas les plus intenses, ni les plus riches intellectuellement parlant. Mais ce sont de belles histoires, qui laissent un petit goût doux dans la bouche, comme si une bonne amie nous avait conté à l’oreille une aventure sympathique qui lui était arrivée.
Le pitch : Brett, 34 ans, perd sa maman d’une maladie rapide et douloureuse. Sa maman qui est aussi la présidente d’une importante entreprise de cosmétiques. Brett, agent marketing au sein de l’entreprise, se prépare depuis l’annonce de la maladie à succéder à sa mère, dont elle est très proche. L’ouverture du testament arrive, ses deux grands frères reçoivent leur part du butin. Et Brett ? Brett reçoit comme seul héritage une liste de rêves. Cette liste même qu’elle avait rédigé à l’adolescence et que sa mère a précieusement gardée. « Réalise les dix rêves aux côtés desquels j’ai mis un astérisque », l’enjoint sa mère dans sa lettre d’adieu. « Alors tu auras droit à ton héritage ». 
Un seul mot : réjouissant.
-Lexie Swing-

10 photos le 10 du mois

Je connais ce concept des dix photos le dix du mois depuis longtemps. Véritable fenêtre sur le quotidien des blogueurs, il a été repris en ce début d’année par l’auteure du chouette blogue irlandais « J’habite à Waterford ». La consigne est simple : publier 10 photos prises en 10h le 10 du mois. Heureusement pour les retardataires comme moi la règle est souple : on peut publier jusqu’au 16 du mois. Le thème proposé ce mois-ci était « papier ». La mise en page laisse encore à désirer, j’ai dû bidouiller dans le code pour que tout s’affiche à la suite.

1) Pile de livres lus ou à lire sur la table de chevet.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2) Depuis que je suis mère, les stylos ont disparu en hauteur, bien cachés à l’abri des petites mains. Seuls traînent sur la table d’inoffensifs crayons gras. « Vous avez de quoi noter votre numéro de dossier? ». Pas de problème…

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3) On s’est enfin décidé à déneiger les escaliers et voilà : le facteur a bien voulu déposer notre courrier dans la boîte. Sur certains, il avait griffonné « neige », preuve que tant que le chemin n’était pas visible, notre brave facteur ne comptait pas traverser notre terrain à l’aveuglette pour déposer nos missives.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4) Le livre chéri de Miss Swing

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5) Il y a quelques jours c’était la fête (française, la Saint…) de Miss Swing, elle a reçu une adorable carte de ses arrières grands parents.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6) Mes idées d’articles pour le blogue, sur un support créé par Vie de Miettes.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7) Ma liste de boulot estampillée « All good things are wild and free ». Achetée d’abord pour deux copines, très wild and free elles aussi :)

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8) J’adore les accessoires(f)utiles. Photographie d’un super bloc post-it (oui oui cette pomme s’effeuille) dénichée pour un article.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9) Miss Swing voue un culte aux mouchoirs, si possible sortis un à un de leur boîte et empilés dans les poils du chien.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10) Lecture (en retard) du soir… Un article de Courrier International.

Photo DR Lexie Swing

Photo DR Lexie Swing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà! Challenge completed! Rendez-vous le mois prochain pour dix nouvelles photos d’une inénarrable qualité :) Les autres participations sont recensées sur le blogue de J’habite à Waterford.

 

-Lexie Swing-

Charlie au bout du monde

Photo Canoe

Photo Canoe

Nous sommes Français. Autant dire que, comme tous les Français, le drame qui s’est joué il y a moins d’une semaine nous a touchés de plein fouet. Parce qu’il s’agissait du territoire qui nous a vus naître, parce qu’il s’agissait de figures de notre adolescence et de notre vie d’adulte, parce que l’union et les réunions, les marches et les manifestations, c’était celles des « nôtres ».

Nous sommes Français, mais de l’étranger, et cette situation a ce de particulier que tous les gens qui nous côtoient nous ont considérés comme endeuillés. Chaque courriel professionnel se terminait par un « je suis désolé(e) de ces difficiles événements que vous vivez ». Chaque message plus personnel se demandait « comment vivez-vous ce qui vous arrive? ». Et les parents de la garderie, jugeant de notre nationalité au troisième mot prononcé, demandait « Mais que s’est-il passé, je ne comprends pas ? ».

On nous parlait « du drame », on s’exclamait « pauvres vous! », et de suite il était évident qu’ils évoquaient « notre perte », comme si chacun d’eux avait su que nous avions perdus un être cher dans des circonstances atroces. C’était tout à la fois sympathique et inquiétant. Car si nous étions ça, nous ne sommes rapidement devenus « que » ça. On me disait « je ne t’embête pas avec ça cette semaine tu as autre chose à penser » ou on passait une conversation professionnelle entière à m’interroger sur ce drame que je vivais.

Cependant (heureusement ?), l’humain a la mémoire courte. On a compté jusqu’à 5 (jours) et jugé qu’il était bien temps qu’on se remette au boulot. Tunem’aspasencoreréponduqu’estcequetufous était donc une question en vogue ce matin. Et chez vous, Français de l’étranger, solidarité ou indifférence ?

 

-Lexie Swing-

I wish you…

Mila à la plage./ Photo Boudewijn Berends

Mila à la plage./ Photo Boudewijn Berends

J’ai parcouru des tas de billets qui souhaitaient la nouvelle année. Ça m’a un peu ennuyé. Déjà, aussi loin que je me souvienne, le Nouvel An a toujours été une fête barbante. Si ma maturité d’adolescente n’était guère remarquable, j’ai très tôt pris conscience que les moments heureux se situeraient plus autour d’une partie de Time’s up impromptu qu’à attendre minuit un 31 décembre pour embrasser des inconnus. Depuis dix ans, j’ai été malade deux fois ce jour-là, me suis endormie deux fois avant le coup de minuit parce que j’avais trop bu, ai passé la plupart avec ma famille plutôt que dans une grande fête impersonnelle où je ne connaissais personne. Le seul qui m’est marqué date de l’an dernier : un bain à une heure du matin dans un spa extérieur par -30 degrés. À courir sur la glace pieds nus et en maillot.

Je n’aime pas vraiment les festivités convenues, les échanges de politesse, les questions préparées, les discours habituels. J’aime l’originalité, l’extraordinaire. J’ai aimé l’hiver de mes 7 ou 8 ans, quand mes parents ont fait un pied de nez à la famille pour partir passer Noël à Disneyland, just the four of us. J’ai aimé passer Noël avec des amis l’an dernier. Et que mon grand-père dispute une partie de Wii avec nous l’hiver avant qu’il s’en aille pour toujours. J’aime quand mes collègues ou amis me racontent leur périple au soleil pendant les Fêtes. Ou que M. fête la nouvelle année assise sur une plage à l’autre bout du monde.

Je voudrais que Mamie se lève et danse sur du Beyoncé. Que l’on serve de la poutine à Noël et des knackis au Nouvel An. Je voudrais offrir mes cadeaux en août et camper dans le jardin pour compter les étoiles filantes. Qu’on se penche sur le bon goût du jus de pomme plutôt que de faire claquer nos langues en simili connaisseurs de vins. Je voudrais que les enfants n’accaparent pas toujours l’attention, qu’ils soient possible de tenir une conversation sensée sans pencher la tête pour écouter d’une oreille les jérémiades du petit dernier. Je voudrais que leur point de vue compte aussi, et qu’ils aient le droit de s’enfiler des nuggets le 31 si c’est leur plaisir. Ou seulement le dessert. Je voudrais qu’on arrête de me dire que la bûche glacée c’est mieux parce qu’après un gros repas comme ça, ça coule tout seul. Et qu’on décore le sapin du jardin plutôt que d’encombrer le salon chaque année.

Je le disais au début, j’ai parcouru de nombreux billets souhaitant à tous une merveilleuse année. Je m’y associe. Je vous souhaite à tous une excellente année 2015, un chiffre que je trouve particulièrement réjouissant. Avoir 15 ans, obtenir un 15 sur 20. C’est l’insouciance, la réussite discrète, l’assurance de bien faire tout en gardant du temps pour le meilleur. C’est trois fois mes cinq doigts. Même ma fille sait faire.

1) Je souhaite à mes amies enceintes de belles grossesses.

2) A mes ami(e)s célibataires de belles rencontres.

3) A tous de beaux voyages, des découvertes, même au bout de la rue.

4) A mes amis parents de belles nuits.

5) A ceux qui voudraient le devenir, un + sur un bâtonnet plein de pipi.

6) A tous, de la réussite au travail ou comme parent à la maison.

7) Et de la patience.

8) À chacun, une santé pas trop précaire, de bons examens, du psychotage « pour de rien », des médecins compréhensifs.

9) Des sous, bordel, des sous.

10) Des oeufs bénédictines (ok ça c’est pour moi).

11) De l’amour, à donner et à recevoir.

12) De bonnes surprises.

13) Du soutien.

14) De l’improvisation, des week-ends sur un coup de tête, des levers du soleil, des fous-rires, des jeux affalés sur le parquet du salon, des je t’aime et des tu me manques.

15) Et surtout, surtout… de la poutine pour Noël.

-Lexie Swing-

De retour

Waiting./ Photo Samson Benjamin

Waiting./ Photo Samson Benjamin

Quand on est partis, les amis montréalais, le sourire au coin, nous avait prévenus : vous reviendrez épuisés. On est revenu pires que ça : malades. Malades, mais heureux. Dans l’avion qui plongeait sur l’aéroport de Montréal, baigné de lumière dans le soleil couchant, l’hôtesse penchée à notre hublot trépignait : que c’est beau toute cette neige! Vous venez en vacances ? Ça va être un beau séjour. C’est effectivement un beau séjour. Il dure depuis un an et demi. Mais là, on rentre juste à la maison.

En France, au milieu des rires, des cadeaux et de la fête trônaient toujours nos valises, béantes et débordantes. Combien de matins s’est-on levés en se demandant s’il nous restait assez de t-shirts ? Je suis presque sûre d’avoir porté les mêmes chaussettes deux jours de suite. Et que dire de notre grand absent : notre gros chien blanc, resté au bercail pour lui éviter les déboires d’un nouveau voyage en avion.

Nous n’étions qu’en transit, minutés, prêts à repartir, à sauter dans la voiture, à programmer le gps. Prochaine destination ? À quelle heure repart-on? Le rythme était donné, tambourinant.

Grâce au décalage horaire, nous avons fait traîner les soirées, et puis les grasses matinées. Même l’enfant s’y est mis, oubliant tous ses principes de lever aux aurores.

Vendredi, on a regroupé toutes nos fringues égarées dans la valise, retrouvant au passage quelques t-shirts disparus. On a compressé, pesé, laissé, repesé et réuni les cadeaux (90% pr Miss Swing) dans une seule grosse valise, débordante. Le vol a duré 8h, la faute aux vents tourbillonnants qui ont contraint l’équipage a monté plus au nord. Et puis nous avons atterri. Il était 17h, je me serais bien couchée là, en petite boule sur le tapis des bagages, pour commencer ma nuit, mais des responsabilités nous attendaient encore. Mister S. a conduit. Je me suis plaint pendant une heure. Il est allé chercher le chien. Je lui ai dit que j’allais sûrement mourir de fatigue. Il est rentré dans le garage. Je lui ai dit que j’allais me coucher, merci chéri, peux-tu t’occuper du chien/enfant/bagage/repas éventuels ?

 

C’était vraiment épuisant.

 

-Lexie Swing-

 

L’accident

Accident./ Archives de Seattle

Accident./ Archives de Seattle

On est aux premières loges. Depuis le quai de notre petite gare de campagne, seuls les rails et un fossé profond nous séparent de la scène. Les lumières clignotent en tout sens sur le toit des véhicules garés. Seule une voiture n’a pas droit à son gyrophare. Celle qui a castagné, qui a pris un mauvais quart, évité un écureuil, mal jugé de l’angle du virage. Elle se tient droite sur ses roues, immobile. Autour d’elle, pompiers et policiers forment un cercle. Aucun ne se penche. Ils échangent au dessus du front plat de taule. La voiture demeure muette. Nous sommes au balcon, sans les jumelles. Pourquoi personne ne se penche ? “Ça va aller, on va vous tirer de là”. C’est ce qu’ils disent toujours dans les films. Le conducteur peut-il l’entendre ? Est-il conscient ? Est-il blessé ? Les urgentistes préparent d’un geste sûr et maîtrisé leur matériel. Nous voyons tout. Nous ne le voyons pas lui. Ou elle. Ou eux. Il doit avoir froid. On a toujours froid quand on a mal. Les couvertures seront-elles assez chaudes ? J’aurais envie de couvertures chaudes si je me retrouvais inconsciente dans ma voiture accidentée par -10 degrés. Et d’un café. Ou alors d’une licorne qui roterait en alexandrins. Qui peut bien savoir ce dont on a envie avec les tripes à l’envers et les dents plantées dans le volant ? Nous assistons à tout, malgré nous, impuissants derrière notre fossé et nos rails enneigés. Le train arrivera, la vie continuera. Et puis toi ?

-Lexie Swing-

Derrière la porte

New Home./ Photo Vincent

New Home./ Photo Vincent

Les chaussettes sont dans la chambre du bas, les céréales dans le 8e sac de courses. On a perdu une chaussure et j’ai vu des morceaux de la tablette à dessiner coincés dans le canapé. On a mangé du traiteur pour souper et du fromage prédécoupé. Les couverts sont dans un sac en plastique et le paquet de verres en polystyrène fait bon usage.

J’ai l’impression d’être en voyage. Je mange dans des assiettes en carton et fouille dans des caisses mal défaites pour retrouver notre vie éparpillée. Les culottes traînent toujours dans le sac de voyage et la plupart des t-shirts ont disparu.

Toi tu souris. Tu écrases ton nez sur le miroir de la chambre, impressionnée de découvrir ton reflet en pied. Tu te tiens bien droite sur la machine à laver, juchée ainsi pour mieux enfiler ton chandail, assise en tailleur sur le plastique gris comme si tu t’étais toujours tenue là.

Tu as compris que sous le parquet grinçant il n’y a désormais plus personne, et tu t’en donnes à coeur joie, rebondissant, courant et jetant par terre tes jouets sans que personne ne te murmure “chuuuut moins fort chérie”.

Bientôt sur les murs il y a aura ces petits traits caractéristiques des enfants qui grandissent. Il y aura la trace de tes doigts crasseux sur la peinture et celle de tes baisers sur le miroir de notre chambre. On croisera peut-être une marque plus foncée que les autres, datée du jour où tu te seras énervée.

C’est ta troisième maison, notre énième. Mais pour la première fois, nous pourrons choisir la couleur des murs, tu pourras coller des stickers et je ne m’inquiéterais pas du “qu’en dira la propriétaire” en voyant un coup de crayon gras à hauteur de tes petits bras.

Bienvenue chez toi Miss Swing.

 

-Lexie Swing-

Son elle profond

Une autre petite louve./ Vinoth Chandar

Une autre petite louve./ Vinoth Chandar

Mr Swing a toujours refusé qu’on catalogue notre fille, et j’ai suivi son chemin. Nul besoin de lui coller des étiquettes, et il suffisait d’annoncer à quelqu’un que c’était la petite fille la plus sage et calme qui soit pour qu’elle fasse trois pirouettes sur le canapé avant de se rouler par terre pour avoir le dernier carreau de chocolat.

Depuis notre arrivée au Canada, elle a multiplié les rencontres, les visites. Elle a été gardée par plusieurs amis, voit régulièrement leurs enfants et est emmenée souvent au restaurant, dans les magasins ou encore au musée. Elle a commencé la garderie relativement tôt et a suivi des cours de piscine avec d’autres enfants depuis l’âge de 9 mois. Enfants timides, ou désignés comme tels, nous avons voulu lui épargner nos craintes et nos mésaventures en lui faisant découvrir le monde, et du monde. Sans succès.

J’ignore si elle est timide, mais elle est indubitablement méfiante. Elle se tient à distance, des adultes comme des enfants, en les observant de loin, si possible depuis la délimitation sécurisante de nos deux jambes. Certaines personnes, comme mes amies Mat ou Marie, sont devenues des individus de confiance dans son petit univers, et elle se tourne vers elles comme si elle les avait quittées le soir au coucher, qu’importe les semaines qui ont pu s’écouler. Mais elles se font rares dans son agenda personnel.

En l’inscrivant dans sa nouvelle garderie, nous avons refusé de lui accoler une mention négative. Après avoir quand même précisé qu’elle était “parfois méfiante”, on s’est entendu répondre “Comme tous ceux qui commencent ici!” Ils n’imaginaient pas à quel point…

Cela fait à peine une semaine. Il y en aura deux autres, et puis les vacances, et dès janvier la routine reprendra, difficile de même, mais peut-être plus rapidement agréable. Viendra le jour où l’on oubliera qu’elle pleurait matin et soir, et qu’elle restait coincée entre les genoux de son éducatrice désignée en regardant les autres jouer. Elle entrera en riant le matin, ne voudra plus repartir le soir. Et en attendant ce jour, son papa la dépose chaque matin, avec son immuable sourire et le coeur au fond des bottes à neige.

Qu’elle soit timide, méfiante ou peureuse, que ce soit temporaire ou définitif, sa nature est là, tout au fond d’elle. Elle la dominera, la dorlotera, l’oubliera parfois ou s’y appuiera, selon ce que la vie lui demandera. Avec toujours, ancrée au coeur, cette petite louve indubitablement sur ses gardes et incroyablement intelligente, comme le sont toutes les petites louves.

-Lexie Swing-

Tout est dans la mesure

Pile de torchons./

Pile de torchons./

Je suis journaliste. Je pourrais être boulangère ce serait bien pareil. Mais j’écris des articles. Des articles que j’espère éclairés. Que je rédige plus ou moins vite selon mes contraintes horaires. Parfois celles-ci sont telles que j’oublie un accord quelque part. Ou alors je relis mal mes notes et j’écris 15 au lieu de 16. Des fois, je veux faire un peu mieux que bien. Et je me donne du mal. Parfois, j’écris sur un sujet barbant, comme des Olympiades pour personnes âgées. Et comme je refuse de tomber dans le cynisme, je donne dans l’enthousiasme. Je loue la dextérité de Micheline, 103 ans, capable de mettre un panier à 3 mètres quand je suis capable de le louper les deux bras dedans. Ou je transmets mes félicitations à Georges, dont l’habileté lui permet de jouer au croquet avec sa canne. J’essaye de rendre vivant un sujet dont le caractère soporifique n’est plus à démontrer. Et puis le courriel arrive. Il arrive souvent. Plus vous vous donnez du mal, plus il a de chances d’arriver. C’est mathématiquement incompréhensible mais factuellement révélateur. De quoi ? De cette tendance qu’ont les gens, les lecteurs, les interviewés, les clients de la boulangère, à faire dans la demi-mesure.

« Je trouve ça regrettable que vous ayez ainsi jugé notre manifestation sans même prendre le temps d’en comprendre la teneur, votre travail journalistique laisse à désirer, et votre sens de la rigueur est hautement discutable ». Voici en substance le courriel que j’ai reçu après l’article sur les Olympiades. Le fait de tourner de vieilles personnes en sportifs de haut niveau ? La mention des âges des interviewés ? L’oubli d’un partenaire de premier plan ? Pas du tout. J’avais écrit, histoire de donner de la chair à l’histoire, que Georges (en plein partie de croquet) suait un peu sous la tôle de la salle. S’en est suivie une polémique de portée villageoise. Le comité d’accueil ayant pris cette phrase pour un affront personnel fait audit hangar qu’ils prêtaient généreusement à ces ingrats de petits vieux.

Faire dans la mesure est un sport international lorsqu’il s’agit de se plaindre, que ce soit d’un service, d’un produit ou d’un article. J’ai récemment reçu un message m’indiquant que le contenu de mon article était criblé d’erreurs, car j’avais inscrit que 70 élèves allaient participer à la formation, alors qu’ils étaient en réalité 72. Et c’est sans compter sur la mauvaise foi de certains interviewés qui, au choix, n’avaient pas compris que c’était pour un article (« bonjour, je suis journaliste, c’est pour un article… »), faut-il donc que je leur envoie un pigeon voyageur pour confirmer mes intentions? – ou ne se souviennent tout bonnement pas m’avoir parlé, malgré nos échanges de courriels.

Mais si j’en parle, c’est parce que la forme m’importe beaucoup plus que le fond. Pourquoi utiliser les mots « incompétence », « nul », « bidon », « inadmissible », et autres de la même veine, lorsque l’on souhaite simplement corriger une erreur de chiffre ou dire que l’on aurait pas écrit les choses de cette manière là. Pourquoi insulter la boulangère lorsque le pain est un peu plus cuit que d’habitude? Pourquoi hurler sur une pauvre secrétaire ou un employé de centre d’appels, pour finir par lui dire « Je sais que ce n’est pas de votre faute mais… ». Il n’y a pas de mais. Tourner 7 fois la langue dans votre bouche et vos pouces au-dessus du clavier avant de laisser votre venin couler entre vos lignes. Vous ne savez pas de qui vous pourrissez la journée en face. Alors qu’un courriel avec un bonjour, un « merci » et un « cordialement » aurait eu tout autant d’impact. Sauf qu’en plus il y aurait eu du respect dedans. Ça vous aurait fait du bien. Et à moi aussi.

Merde alors.

-Lexie Swing-