Son elle profond

Une autre petite louve./ Vinoth Chandar

Une autre petite louve./ Vinoth Chandar

Mr Swing a toujours refusé qu’on catalogue notre fille, et j’ai suivi son chemin. Nul besoin de lui coller des étiquettes, et il suffisait d’annoncer à quelqu’un que c’était la petite fille la plus sage et calme qui soit pour qu’elle fasse trois pirouettes sur le canapé avant de se rouler par terre pour avoir le dernier carreau de chocolat.

Depuis notre arrivée au Canada, elle a multiplié les rencontres, les visites. Elle a été gardée par plusieurs amis, voit régulièrement leurs enfants et est emmenée souvent au restaurant, dans les magasins ou encore au musée. Elle a commencé la garderie relativement tôt et a suivi des cours de piscine avec d’autres enfants depuis l’âge de 9 mois. Enfants timides, ou désignés comme tels, nous avons voulu lui épargner nos craintes et nos mésaventures en lui faisant découvrir le monde, et du monde. Sans succès.

J’ignore si elle est timide, mais elle est indubitablement méfiante. Elle se tient à distance, des adultes comme des enfants, en les observant de loin, si possible depuis la délimitation sécurisante de nos deux jambes. Certaines personnes, comme mes amies Mat ou Marie, sont devenues des individus de confiance dans son petit univers, et elle se tourne vers elles comme si elle les avait quittées le soir au coucher, qu’importe les semaines qui ont pu s’écouler. Mais elles se font rares dans son agenda personnel.

En l’inscrivant dans sa nouvelle garderie, nous avons refusé de lui accoler une mention négative. Après avoir quand même précisé qu’elle était “parfois méfiante”, on s’est entendu répondre “Comme tous ceux qui commencent ici!” Ils n’imaginaient pas à quel point…

Cela fait à peine une semaine. Il y en aura deux autres, et puis les vacances, et dès janvier la routine reprendra, difficile de même, mais peut-être plus rapidement agréable. Viendra le jour où l’on oubliera qu’elle pleurait matin et soir, et qu’elle restait coincée entre les genoux de son éducatrice désignée en regardant les autres jouer. Elle entrera en riant le matin, ne voudra plus repartir le soir. Et en attendant ce jour, son papa la dépose chaque matin, avec son immuable sourire et le coeur au fond des bottes à neige.

Qu’elle soit timide, méfiante ou peureuse, que ce soit temporaire ou définitif, sa nature est là, tout au fond d’elle. Elle la dominera, la dorlotera, l’oubliera parfois ou s’y appuiera, selon ce que la vie lui demandera. Avec toujours, ancrée au coeur, cette petite louve indubitablement sur ses gardes et incroyablement intelligente, comme le sont toutes les petites louves.

-Lexie Swing-

Tout est dans la mesure

Pile de torchons./

Pile de torchons./

Je suis journaliste. Je pourrais être boulangère ce serait bien pareil. Mais j’écris des articles. Des articles que j’espère éclairés. Que je rédige plus ou moins vite selon mes contraintes horaires. Parfois celles-ci sont telles que j’oublie un accord quelque part. Ou alors je relis mal mes notes et j’écris 15 au lieu de 16. Des fois, je veux faire un peu mieux que bien. Et je me donne du mal. Parfois, j’écris sur un sujet barbant, comme des Olympiades pour personnes âgées. Et comme je refuse de tomber dans le cynisme, je donne dans l’enthousiasme. Je loue la dextérité de Micheline, 103 ans, capable de mettre un panier à 3 mètres quand je suis capable de le louper les deux bras dedans. Ou je transmets mes félicitations à Georges, dont l’habileté lui permet de jouer au croquet avec sa canne. J’essaye de rendre vivant un sujet dont le caractère soporifique n’est plus à démontrer. Et puis le courriel arrive. Il arrive souvent. Plus vous vous donnez du mal, plus il a de chances d’arriver. C’est mathématiquement incompréhensible mais factuellement révélateur. De quoi ? De cette tendance qu’ont les gens, les lecteurs, les interviewés, les clients de la boulangère, à faire dans la demi-mesure.

« Je trouve ça regrettable que vous ayez ainsi jugé notre manifestation sans même prendre le temps d’en comprendre la teneur, votre travail journalistique laisse à désirer, et votre sens de la rigueur est hautement discutable ». Voici en substance le courriel que j’ai reçu après l’article sur les Olympiades. Le fait de tourner de vieilles personnes en sportifs de haut niveau ? La mention des âges des interviewés ? L’oubli d’un partenaire de premier plan ? Pas du tout. J’avais écrit, histoire de donner de la chair à l’histoire, que Georges (en plein partie de croquet) suait un peu sous la tôle de la salle. S’en est suivie une polémique de portée villageoise. Le comité d’accueil ayant pris cette phrase pour un affront personnel fait audit hangar qu’ils prêtaient généreusement à ces ingrats de petits vieux.

Faire dans la mesure est un sport international lorsqu’il s’agit de se plaindre, que ce soit d’un service, d’un produit ou d’un article. J’ai récemment reçu un message m’indiquant que le contenu de mon article était criblé d’erreurs, car j’avais inscrit que 70 élèves allaient participer à la formation, alors qu’ils étaient en réalité 72. Et c’est sans compter sur la mauvaise foi de certains interviewés qui, au choix, n’avaient pas compris que c’était pour un article (« bonjour, je suis journaliste, c’est pour un article… »), faut-il donc que je leur envoie un pigeon voyageur pour confirmer mes intentions? – ou ne se souviennent tout bonnement pas m’avoir parlé, malgré nos échanges de courriels.

Mais si j’en parle, c’est parce que la forme m’importe beaucoup plus que le fond. Pourquoi utiliser les mots « incompétence », « nul », « bidon », « inadmissible », et autres de la même veine, lorsque l’on souhaite simplement corriger une erreur de chiffre ou dire que l’on aurait pas écrit les choses de cette manière là. Pourquoi insulter la boulangère lorsque le pain est un peu plus cuit que d’habitude? Pourquoi hurler sur une pauvre secrétaire ou un employé de centre d’appels, pour finir par lui dire « Je sais que ce n’est pas de votre faute mais… ». Il n’y a pas de mais. Tourner 7 fois la langue dans votre bouche et vos pouces au-dessus du clavier avant de laisser votre venin couler entre vos lignes. Vous ne savez pas de qui vous pourrissez la journée en face. Alors qu’un courriel avec un bonjour, un « merci » et un « cordialement » aurait eu tout autant d’impact. Sauf qu’en plus il y aurait eu du respect dedans. Ça vous aurait fait du bien. Et à moi aussi.

Merde alors.

-Lexie Swing-

Conversation à demi-mot

Cheminement./ Photo Nina Matthews

Cheminement./ Photo Nina Matthews

En quelques mois, Miss Swing a développé un vocabulaire incroyablement riche. A la visite des 18 mois, l’assistante de la pédiatre m’avait demandé si elle disait « 10 mots au moins ». C’était inscrit tel quel dans son petit carnet du « bébé idéal qui rentre dans des cases préformatées ». Bon elle disait 10 ou 11 mots, et elle marchait. Seulement depuis un mois, et avec un équilibre précaire, mais elle marchait. Par dessus l’épaule de l’assistante, j’ai pris connaissance des questions qu’on nous poserait à l’avenir. Dans la case deux ans était inscrit « 50 mots au moins ». Beau challenge, me suis-je dit. Parce que j’ignorais encore qu’on pouvait apprendre 40 mots en six mois, et plus vraisemblablement peut-être 70 ou 80.

Chaque jour voit se dessiner sur les lèvres de ma belle un nouveau mot. Il fait souvent deux syllabes, les trois syllabes et plus se trouvant réduits à leur portion congrue. Il y a d’abord eu le chien, le chat, la vache, le poisson, l’oiseau, et le mouton, les livres en pagaille de sa bibliothèque regorgeant de bêtes en tout genre. Et puis les autocollants ont laissé place au lion, à la « to’tue », à « l’éphan » (éléphant) et au « codile » (crocodile).

Bientôt, elle a commencé à se prénommer (tant mieux son prénom fait deux syllabes), à nommer ses amis (en boucle), ses grands-mères et sa tante (tant pis pour les autres), son chien, rebaptisé « Heaven » pour l’occasion (il n’en demandait pas tant) et ses nounous. Elle a décrit ce qu’elle faisait, parce qu’elle met ses chaussettes, sa culotte, son « palon » et ses chaussu’, avant d’aller (je cite) « aux toilettes », puis de « manger un gâteau », de boire « du lait » et « de l’eau », voire « du pain », du « cola » (chocolat). Elle a appris la politesse, distribuant « bonjour », « mici », « teplè » et surtout byebye à qui mieux mieux, surtout quand l’on tarde trop et qu’elle veut s’en aller.

Elle a 21 mois et qq brouettes. Et nos conversations s’enrichissent de jour en jour. Elle sait désormais nous dire qu’elle veut « un bisou », « s’asseoir ici », qu’il faut qu’on « se tou’ne » pour qu’elle nous coiffe « les sseveux » (cheveux). Elle résume mon « Papa est sorti, il viendra t’embrasser quand tu dormiras » par un « Papa bisou Bébé dodo? » et puis me demande, tandis que nous regardons sa nounou s’éloigner dans le 51 : « Mona pa’tie dans bus? »

Et chaque fois qu’elle me dit « bonjour maman » lorsque je la réveille le matin, chaque fois qu’elle me répond « ici maman » lorsque je sacre en me demandant où diable j’ai pu mettre mes clés, et chaque fois que je comprends une histoire qu’elle me raconte et que je reçois ainsi un petit bout de sa journée, je me demande où a filé la toute petite fille que je contemplais dans son berceau de plastique, paisiblement endormie à l’orée de sa vie.

-Lexie Swing-

10 choses que vous ignoriez sur moi

Sabine, de Sabine et associés, a réalisé son propre tag il y a peu. Largement repris puisqu’il joue sur la fibre narcissique de tous les blogueurs du comté. Son petit nom ? 10 choses que vous ignoriez sur moi. J’ai le nombril proéminent alors voilà.

1) How I met your mother est la série que j’ai le plus aimé, de toutes, au monde. Et puis j’ai vu le dernier épisode. Non seulement il m’a gâché quelques jours de ma vie mais je n’ai plus jamais pu revoir un seul épisode. Merci hein.

2) Je peux être d’une mauvaise foi crasse.

3) J’ai proposé d’appeler notre fille Mohini et Aelitha. Son père a tenté de comprendre mon engouement par un « c’t’une blague j’espère? »

4) J’ai fait 15 ans d’équitation. Le galop a bercé ma vie. Depuis 5 ans je n’ai pas (ou presque) remis les fesses sur un cheval. Et ça ne me manque pas.

5) Quand j’aime une expression je l’utilise pendant un mois non stop et après ça me passe.

6) Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans le regret, quand je pars d’un endroit j’oublie comment c’était pour me consacrer à l’endroit où je vis. Ce n’est pas une qualité particulière, mon esprit est ainsi. Je vis aussi beaucoup dans le futur potentiel, un temps propre aux rêveurs, ce qui est un autre problème :)

7) J’ai été saxophoniste quelque temps et j’ai même été la chanteuse d’un petit groupe improvisé. Je chantais avec mon saxophone accroché autour de mon cou.

8) Quand je parle j’ai besoin qu’on me regarde pour me faire signe qu’on m’a bien entendu. Je suis prête à reposer la même question 5 fois au besoin. Et à suivre mon interlocuteur jusqu’à la porte des toilettes s’il le faut.

9) J’ai un faible pour les hommes qui portent les cheveux longs.

10) Je ne donne jamais le vrai nom de ma fille, mais il n’est pas secret pour autant. Je trouve qu’à l’heure actuelle on ne sait pas quel impact auront les photos et les infos que l’on publie de nos enfants. Je ne veux pas qu’on puisse un jour la googler et tomber sur ce blogue qui parle d’elle. Pour revenir à son prénom, il est facile à deviner : c’est celui d’une chanteuse de jazz, de l’héroïne d’une chanson de M.Jackson, d’une joueuse de tennis américaine, c’est un prénom mixte, qui sonne très anglophone mais qui est, en réalité, d’origine allemande.

Bon… qui se prête au jeu?? Je laisse volontiers la place à tous ceux et celles qui voudraient participer, je suis d’une curiosité sans limite!!

-Lexie Swing-

Son père me manque

Dressage au crépuscule./ Photo   Edoardo Costa

Dressage au crépuscule./ Photo Edoardo Costa

Son père me manque. Il est parti il y a quelques années, alors que je n’étais plus dans les environs depuis longtemps. Mais je gardais, au fond de ma tête d’enfant, ses sourires un peu rares et ses mots d’encouragement. Il était à mes yeux de ces gens qui dispensent conseils et tendresse avec mesure, comme pour leur donner plus de poids.

De lui je n’ai conservé que des visions floues. Parce que j’avais 8 ans, 10 ans, 13 ans finalement, et que les grandes personnes n’avaient qu’un intérêt très relatif dans mon quotidien de pré-adolescente. Et l’impression que j’en ai gardée est teintée des remarques de ma mère, qui louait sa droiture et sa gentillesse.

Car il était ainsi, droit dans la vie comme sur un cheval. Aussi carré dans ses analyses que les pieds de sa monture à l’arrêt. Aussi posé qu’un appuyer. Aussi franc qu’un départ au galop en C. Aussi mesuré dans sa façon de me recadrer qu’un passage sur la diagonale.

Il était de ceux qu’on a connus enfant et perdus de vue, mais dont on se dit de temps en temps, « j’aurais aimé lui dire : tu avais raison d’avoir confiance en moi, ça a marché tu vois ». Ils sont un enseignant, un parent, un mentor de passage. Il était un peu tout ça, à la fois.

Doubler en A. Arrêt en X. Salut. Il a salué, et puis il est sorti. Quand je l’ai appris, la reprise était terminée depuis quelque temps déjà, et je n’ai pu accueillir la nouvelle que les bras ballants.

Son père me manque. Ton père me manque. Je crois que je ne te l’ai jamais dit, ou pas assez. Je pourrais te dire « c’était quelqu’un de bien », mais je dirais plutôt, et je serais alors plus juste, « c’était quelqu’un de rare ».

-Lexie Swing-

Et puis mon coeur va à l’Irlande

Irlande./ Photo Thomas Faivre-Duboz

Irlande./ Photo Thomas Faivre-Duboz

« Dans quel pays aurais-tu rêvé de de vivre? » C’est une question typique, un bouche-trou facile entre le fromage et le dessert quand les blancs sont plus nombreux que les miettes sur la table. Pas toujours facile d’y répondre. On pense à la Nouvelle-Zélande et à ses aventures sauvages, à New-York dont le coeur bat si vite qu’on y perd la notion du temps, au Cambodge et à son dépaysement, et puis à la neige de la Patagonie. On pense même à l’Islande, ses citoyennes si impliquées, ses maisons colorées et ses chevaux aux yeux tendres qui galopent en totale liberté. On en citerait mille sans en choisir un seul, parce qu’il est si dur de choisir un endroit, lorsqu’on voudrait tous les connaître.

Un matin d’août, je suis arrivée en Irlande. La fin de l’été faisait scintiller le ciel, de cette lumière si particulière, qui ne semble exister que dans cet endroit du monde. Les gouttelettes de la pluie, qui se termine et reviendra bientôt, habillent le bleu infini de vagues plus sombres. Le meilleur impressionniste n’en saisirait jamais toutes les nuances. On dit qu’il pleut beaucoup en Irlande, plusieurs fois par jour. On oublie de dire que le soleil revient aussi, plusieurs fois par jour. Et parce qu’il a plu, c’est à chaque fois le coeur plus léger que l’on écarte son parapluie pour laisser le soleil nous caresser le visage.

Lorsque j’ai traversé pour la première fois la rue qui borde la Liffey, à la hauteur de Temple Bar, je n’ai même pas marqué un temps d’arrêt. Mes pieds foulaient l’habitude. J’ai été Dublinoise dans une vie oubliée, j’ai déjà arpenté ces pavés, je me sens chez moi entre le ha’penny et Saint Stephen’s Green, résolument amoureuse du Sud où j’ai étudié. Mon coeur s’emballe quand je longe les quais vers l’Est, saluant au passage les personnages du Famine Memorial. Les bourrasques du vent provenant du port sont autant de souffles d’air supplémentaires dans mon corps.

J’ai souri sur tous les ponts, prenant des images qu’on ne qualifiait pas de « selfish » à l’époque. J’ai donné des rendez-vous sous la Spire, admiré les décorations de Noël sur Grafton Street. J’ai couru rencontrer Oscar Wilde, en statue, avant de parcourir la National Gallery. J’ai attendu l’aventure à Connolly Station. Et regretté mon départ au Dublin Airport.

Je suis partie. Je suis revenue. Et puis encore. J’ai aimé chaque rencontre, ri de tous les jeux de mots que je ne comprenais pas. J’ai commandé du cidre en pression, dépensé des milliers chez Avoca, lu tous les Marian Keyes que mon anglais me permettait. Je suis montée à la place du chauffeur, plusieurs fois. Même dans les taxis. J’ai pris le bus de nuit, ignorant l’étage et ses grabuges pour tenir le bras du conducteur, avec mon habituelle frousse des mauvaises rencontres. J’ai aidé à se relever des filles éméchées dont la taille des vêtements étaient inversement proportionnelle à la température extérieure. Et j’ai appris à commander au comptoir.

J’ai aimé démesurément ce pays aux chemins tortueux, dont l’exploration a eu raison de mon mal des transports. Et je cherche depuis cette lumière si particulière, qui baigne les champs vallonnés à l’heure où le coq songe à se coucher. J’ai eu la chance de connaître cet amour indicible pour un endroit et pour ses gens, un endroit refuge, un endroit souvenir, un endroit référence, un endroit au coeur duquel mon propre coeur, s’il s’affolait, retrouverait sa candeur.

J’aurais rêvé de vivre en Irlande, mais je me suis trouvée une autre maison, plus réaliste, plus accessible, plus accueillante sous bien des aspects. Aucun regret, juste de doux souvenirs.

-Lexie Swing-

Nos fantômes

Dancing./ Photo  Andrea Rose

Dancing./ Photo Andrea Rose

Un entrechat et deux sauts de côté, la cheville qui vacille et le souffle qui manque. Le temps de souffler j’échange un regard avec ma prof de sport, amusée. Et puis un flash. A ses yeux se superposent ceux d’une autre. Un regard plus sombre et un jugement sans retenue « Toi, tu ne seras jamais douée ».

Ces fantômes qui hantent notre mémoire sont autant de liens qui nous ramènent à nos faiblesses, à nos mauvais moments. Ils sont un garçon, ou une fille, qui dit non, non, toi et moi jamais. Ils sont un prof, qui murmure au parent fatigué, « son cas est désespéré », et qui rature, exaspéré, le carnet de notes de déceptions à peine voilées. Ils sont un ami qui ne donne plus de nouvelles. Et une copine partie hurler avec les loups. Ils sont un « je ne t’aime plus » et plusieurs « elle est mieux que toi ». Ils sont cet inconnu qui crie « bouge ton gros cul » et une voisine qui interroge « est-ce bien raisonnable de manger tout ce chocolat avec ton poids? »

Ils sont ces gens qui, d’une pichenette qu’ils oublieront à peine le doigt lancé, dégomment nos illusions, soufflant sur le château de cartes de notre estime. Ils sont ces fantômes, enfermés dans des boîtes à souvenirs, qui s’invitent dans notre esprit au détour d’un moment impromptu.

Ils sont ces fantômes qu’on devrait libérer, et de leur poids se décharger.

Ils sont ces fantômes que nous sommes tous aussi, pour quelqu’un d’autre.

Quelqu’un dont on ignore les appels

Quelqu’un dont on a refusé la tendresse

Quelqu’un qu’on a jugé

Quelqu’un à qui on a donné notre avis, même s’il ne voulait pas l’entendre

Quelqu’un qu’on a critiqué

Quelqu’un qu’on a méprisé

Quelqu’un qu’on a oublié,

Mais qui lui ne nous oublie pas, entre deux entrechats.

-Lexie Swing-

Pâtes ricotta, feta, noix et tomates confites au vinaigre balsamique

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Boum. Rien que l’énoncé est alléchant non? Je suis tombée la semaine passée sur cette recette de la déesse des créations gustatives qu’est la belle Marilou, Elle y mélangeait des cheveux d’ange, des noix de pins (pignons), des feuilles d’épinards ou encore de la ricotta. Ayant gardé l’idée mais n’ayant pas pris le temps de faire des courses, j’ai fait avec le contenu de mon placard qui s’est révélé suffisamment riche pour créer une recette goûteuse pour deux personnes.

Dans votre panier de courses, mettez un paquet de pâtes (linguine, cheveux d’ange ou autres selon votre goût), de la ricotta, de la feta, des petites tomates en grappe, du vinaigre balsamique et des noix de Grenoble hachées.

Préchauffez le four à 350 degrés F. ou 180 degrés C. Placez vos tomates entières et préalablement nettoyées dans un plat, saupoudrez d’un peu de fleur de sel et recouvrez à moitié d’huile d’olive. Ajoutez une cuillère à soupe de vinaigre balsamique. Enfournez jusqu’à ce qu’elles commencent à se fendiller, soit 15 à 20 minutes selon la grosseur de la bête.

Faites cuire vos pâtes. Moi j’avais réalisé mes pâtes maison qui cuisent en quelques minutes à peine.

Dans une poêle, faites fondre un beau morceau de beurre, puis versez une demi-tasse de ricotta, 2 cuillères à soupe d’huile végétale (colza ou olive), 1/4 de tasse de feta (une bonne poignée si vous avez envie de mettre la main aux morceaux), du sel et du poivre.

Mettez la poêle hors du feu, ajoutez une poignée de noix hachées, puis vos pâtes égouttées. Mélangez aussitôt et servez. Déposez sur le dessus une tomate confite, ou toute la grappe, si vous présentez vos pâtes dans un plat.

-Lexie Swing-

 

Lève ton voile

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Le loup est une brebis galeuse./

Je suis un peu à la bourre. La faute à nos multiples projets du moment. Il n’empêche que jeudi dernier, comme tous les Canadiens de nom ou d’adoption, je me suis endormie avec en tête les images d’un jeune militaire tué par un homme qui avait des pensées extrémistes. Ça, c’est la version courte. Mais comme c’est aussi la version que la plupart de mes concitoyens et moi-même retiendrons, prenons celle-ci.

Je me suis endormie sur ces images et réveillée avec une vague amertume. Et puis dans la brume matinale – la semaine dernière a eu son lot de pluie battante, on en a pris pour tout l’automne j’espère! – j’ai croisé une ado. Elle portait un slim, des boots et un sac à dos. Une ado comme tous les ados. Sauf qu’elle portait un voile. Elle regardait par terre et je parierais que c’est simplement parce qu’elle est timide. Parce que moi aussi je regardais souvent par terre en marchant dans la rue. N’empêche…. n’empêche j’ai eu un peu pitié. Car d’instinct j’ai su qu’elle, ou sa soeur, ou leurs copines d’école, seraient stigmatisées. Et qu’au moins l’une d’entre elles, ou l’un d’entre eux, serait pointé du doigt, ce jour-là, et tancé d’un « c’est de ta faute ». Comme si son voile était cousu de fils de culpabilité.

On dit que les gens comprennent, que les gens soutiennent, mais c’est faux. Il suffit de voir les regards courroucés et les accusations à peine dissimulées; il suffit de voir des femmes voilées courber l’échine, et leurs maris fuir les regards. Il suffit de voir les grossièretés qui surgissent sur la toile depuis que des Canadiens qui se revendiquaient de l’Islam s’en sont pris à des militaires. Comme s’il suffisait de lire le Coran pour cautionner les pires actions. Comme si moi, je donnais raison à n’importe quel comportement extrémiste lorsqu’il était commis par un Français.

Quand il s’agit de justifier ses actes, on se raccroche à l’idéologie en vogue, au courant de pensée ou à la religion qui fait la une des médias. Il y a 1000 ans, dans la folie des croisades, les extrémistes se disaient catholiques. Et puis il y a plus de 25 siècles de ça, on commettait les pires atrocités au nom de Zeus ou de Jupiter. Même les athées, comme moi, pourraient un jour se voir sacrifiés au nom d’une violence assumée.

Et comment nous identifiera-t-on alors? Serais-je un jour amenée à dire « Non, je ne suis pas cette athée-là » ou plus probablement : « je ne suis pas cette Française-là »? Devrais-je me mettre à nue sur la toile en brandissant un hashtag qui dit combien je me dissocie de cette folie répandue en mon nom? Ou est-il possible que les esprits changent et que le troupeau ne soit plus mis en danger par un loup déguisé en brebis galeuse ? Il ne suffit pas de revendiquer pour appartenir. Et à la communauté musulmane, clairement, ces loups-ci n’appartenaient pas.

-Lexie Swing-

Allo docteur

Le Jour ni l'Heure, d'Édouard Vuillard./

Le Docteur Louis Viau dans son cabinet, d’Édouard Vuillard./

Visite des 18 mois largement dépassés pour Miss Swing. La doc, qui est notre médecin de famille à tous les trois, lit à haute voix les caractéristiques et performances types d’un enfant de cet âge, validées haut la main par l’uluberlue, notamment grâce à ses 2 mois supplémentaires sur le programme :)

– Et toi ça va ?, me demande finalement la doc tout en retenant par le haut des bobettes le ver presque tout nu qui tente de l’étrangler avec son stéthoscope.

– Oui… Enfin j’ai des nausées permanentes depuis deux mois, c’est un peu ch…

– Quoi? FÉLICITATIONS! Tu m’avais pas dit!!

– Je t’avais pas dit pour les nausées?

– Tu m’avais pas dit que tu étais enceinte!!

– Je suis pas enceinte!

– Mais t’as des nausées ?

– Oui mais je suis pas enceinte.

– T’as fait un test ?

– À ce stade on peut dire que je suis passée actionnaire majoritaire chez Clearblue.

– Et t’as toujours ton stérilet ?

– Fidèle au poste.

– Ah…

– Alors, à ton avis, c’est quoi ?

– C’est quoi?

– Ben oui, c’est quoi les nausées?

– Aucune idée. (Silence) T’es sûre que t’es pas enceinte ?

 

– Lexie Swing- (Nauséeuse)