La reprise

Father and son./ Photo Frank Lindecke

Father and son./ Photo Frank Lindecke

J’ai repris le travail. Ça s’est vu : j’ai brusquement disparu de la blogosphère emportant avec moi mes couches sales et mes nuits trop courtes. Je vous rassure, mes nuits sont toujours courtes. Pour les couches sales, en revanche, j’ai passé la main et les paquets de lingettes au super papa.
Depuis dix jours, nous avons échangé les rôles. Je suis l’homme qui travaille, il est la mère au foyer. Voilà ce que, dans des contrées reculées et des temps anciens, nous aurions pu dire. Mais au Canada, au XXIe siècle, je suis une femme qui travaille et il est père au foyer. Le matin je me lève en premier, déjeune à la va-vite en devisant sur la neige qui fond et la vitesse du camion-poubelles avec Miss Swing, et puis je saute dans mes bottes et je cours jusqu’au bus, direction le centre-ville de Montréal, les grands immeubles, le boulot. Dans mon dos, à Saint-Bruno, la routine s’enclenche. Couche, biberon, déjeuners, vêtements propres et dents brossées. A l’heure dite, l’amoureux glisse le bébé dans sa poussette et Miss Swing dans ses vêtements de neige, et prend cahin-caha le chemin de la garderie.
Souvent, à la fin de la journée, je vais chercher Miss Swing à la garderie. Nous prenons notre temps, heureuses de se retrouver puisque nous nous sommes manquées. J’ai l’esprit et les bras libres. Nous marchons dans l’air froid du soir en chantant des chansons.
Quand nous rentrons, ça sent bon dans la maison. L’aspirateur est passé et les lits faits. Le repas cuit doucement dans le four ou la poêle. La table est mise. Le temps est suspendu.
Je les emmène prendre leur bain, le temps que le repas soit prêt et le papa délivré un instant des petits bras potelés qui l’accompagnent partout. La soirée file, souvent douce, parfois électrique. Alors c’est la nuit, la dernière série, les lignes un peu brouillées dans un bouquin. C’est la cuisine qu’on laisse rangée pour que Mister Swing ne se retrouve pas agressé par une pile d’assiettes sales au réveil. C’est le confort d’une maison habitée, bichonnée. Le confort d’une ampoule réparée, d’une mission exécutée. Le confort de la confiance, de pouvoir partir les yeux fermés et le cœur léger puisque l’autre est là, les manches relevés, tout à son rôle de père au foyer,
Ce n’est qu’un temps. Les photos de mon amoureux vêtu d’un porte-bébé, le four qui tourne à 17h, le confort d’avoir le temps, la liberté. Ce n’est qu’un temps. En mai, mon chéri reprendra le chemin du travail. La petite mandarine celui de la garderie. Nous inventerons autre chose, une autre vie.

 

-Lexie Swing-

Nostalgie

Balade dans le Vieux-Port. Entre la slush et le grésil, je navigue à vue. Les roues de la poussette s’embourbent en bas des trottoirs et je lutte tant bien que mal pour rejoindre la voiture. À quelques mètres de celle-ci, je souris. Fais quelques pas. Recule. Et m’arrête enfin. Devant moi trône une affiche épinglée sur une porte vitrée. Une grande affiche, ancienne. Deux gamins s’y embrassent, dans l’oubli du monde. Leurs culottes courtes sont le reflet de leur époque. Je connais bien cette image. Il y a longtemps, elle était accrochée au dessus du cadre de lit, dans la chambre d’amis qui nous accueillait, de passage chez mes grands-parents.

Elle me paraissait déjà trop rétro pour l’époque, je n’aimais pas vraiment cette image d’un temps plus ancien encore, trop révolu. Son caractère désuet me faisait frissonner, moi qui ait souvent du dégoût pour la nostalgie. Mais de la voir là, suspendue dans une vitrine, m’a fait me plonger en un instant dans une pièce désormais inoccupée. Une pièce perchée au 10e étage d’une tour HLM, et dans laquelle trônait un lit un peu bancal collé contre un autre, pliant et blanc, d’une place pour enfant. Une pièce dans laquelle j’ai pioché et dévoré des tas de bouquins, tous annotés sur la page de garde de l’écriture fine et serrée de ma grand-mère, dans cette petite dédicace habituelle qu’elle faisait à ma mère, dévoreuse de livres depuis ses premiers mots.

Il y eu trois temps. Trois temps très courts. La découverte. Le sourire. La douleur. La douleur de la nostalgie. De ce temps révolu. De cette pièce habitée par d’autres âmes que je ne connaîtrais pas. Et qui, dans un autre espace-temps, côtoient des âmes que je ne connais que trop bien. Et qui ont disparu. Cette photo, c’est un peu un naufrage. Celle de mon coeur, qui a, à cet instant précis, pris en pleine gueule la déferlante du temps qui s’enfuit et qui détruit tout. Restent alors les souvenirs. Me font une belle jambe les souvenirs. Eux qui ne sont que des mots, que des sourires, que des images. Qu’une affiche placardée sur une porte vitrée. Il n’y aura pas d’odeur de rates grésillant dans la poêle pleine de beurre, pas de petites saucisses cocktails pas très bonnes dans le bol des apéros, pas La Snoop’ gras et vaguement malade occupé à croquer des petits beurres, pas mon oncle racontant, soucieux du détail, l’erreur faite à ce point de l’Histoire, pas d’insouciance derrière ces mains veinées, et guère plus d’anecdotes rendues grandiloquentes par leur introduction : « Madame D., m’a-t-il dit, je suis d’accord avec vous!»

Restent les souvenirs. Et la nostalgie au détour d’une rue. Cette fichue nostalgie qui laisse un goût amer dans la bouche. Parce qu’elle goûte l’absence. Elle goûte la mort. Elle goûte ce passé qui ne reviendra pas. Ces gens qu’on ne serrera plus dans nos bras. Ce qui fut, et ne sera jamais plu. Et qu’il ne subsiste qu’une affiche.

Et une affiche moche, en plus.

 

-Lexie Swing-

Vie d’expat : comment profiter des vacances en France

Les quelques petits cadeaux de B./Photo DR Lexie Swing

Les quelques petits cadeaux de B./Photo DR Lexie Swing

On a bien tassé les vêtements, sauté sur les valises, tire-bouchonné le linge sale dans les recoins pour qu’il prenne le moins de place possible. On est sur le départ, sur le retour. La maison est au bout du parcours. La maison… Le Canada. Puisque désormais c’est chez moi.

Voyager à quatre, avec deux enfants en bas âge, c’est comme sauter sans savoir si le parachute est encore opérationnel. Ça fout un peu la trouille, un peu le vertige, mais on est plein d’espoir. « Au pire on fera comme si on savait voler » se dit-on. Mais ça nécessite quelques préparations. N’est pas oiseau qui veut. Icare l’a bien compris.

Voici quelques conseils pour vous qui rentrez au pays pour les vacances.

1) Ne vous jetez pas sur la bouffe. La bouffe, c’est l’essence de l’enfance. On raille volontiers les expats qui se plaignent toujours que ce qui leur manque le plus, c’est la nourriture française. Le fromage, le vin, le foie gras, le bon pain… Mais en vrai, ce n’est pas parce que la nourriture française est réputée délicieuse, c’est parce que c’est la nôtre, qu’elle est empreinte de souvenirs, qu’elle nous enracine et nous réunit. Elle nous manque alors on se jette dessus sitôt passé le portillon des douanes. Grossière erreur. Après huit repas d’affilée « fromage-pommes de terre » mon estomac s’est mis en grève, refoulant tout ce qui n’était pas des légumes et des céréales bios. Impossible de profiter du meilleur de la nourriture française avec une telle diète! Alors un peu de retenue, histoire de profiter pendant toutes les vacances de la fleur de nos belles régions.

2) Méfiez-vous des virus. Le temps français est un salaud. Mielleux et mitigé, il entraîne dans son sillage tout plein de virus sournois. Sortez couverts, n’oubliez pas de vous laver les mains, la bouche et pourquoi pas les pieds. Tenez les morveux à distance, sans quoi vous aurez la chance de tester – tout comme nous – le système de santé français dont vous ne faites plus partie et que vous pouvez donc désormais payer de votre poche.

3) Pensez au sac en plus. Il y a toujours de bonnes choses à ramener. Il y aussi toujours des gens bien intentionnés pour offrir à vos enfants des cadeaux de la taille d’une vache prête à mettre bas. Pas commode pour faire tenir le tout dans la valise. Anticipez en trimballant un sac souple (pour le faire tenir dans votre valise à l’aller) que vous pourrez bourrer de toutes ces choses indispensables que vous avez jugé bon d’acheter. Au retour, soit vous payez un supplément bagages, soit vous raquettez votre enfant et faites passer votre sac digne d’un boulimique alcoolo pour le sien.

4) Voyagez léger. Vous ne voyagez pas dans le tiers monde : la France dispose de tous les essentiels vitaux comme le shampooing, le dentifrice et les flocons d’avoine. Passez une liste discrète à votre famille histoire qu’elle s’équipe de vos indispensables avant votre arrivée. Pour les bébés, seul le lait est à transporter (de quoi avoir de la place au retour pour tout ce vin qui a malencontreusement croisé votre route) (sauf si, comme nous, vous oubliez finalement de prendre le lait en cabine et qu’il occupe une généreuse place dans vos bagages tandis que votre bébé crie famine à 9000 mètres d’altitude).

5) Restreignez les distances. En tant qu’expats on fait tous la même chose : la première fois on rentre deux semaines et on tente de caser tout le monde dans notre calendrier. On prend des cafés debout entre deux tables, le pied sur l’accélérateur et l’œil sur la montre. Sitôt la dernière gorgée d’expresso avalée, on dit « c’était sympa de te voir » et on file au prochain rdv. On rentre au Canada épuisé et déconfit, avec le sentiment de n’avoir vraiment vu personne. La fois suivante, on ne se fait pas avoir. Prévoyez des distances courtes et des pauses longues. Surtout si vous avez des bébés. Enjoignez vos amis à se déplacer un peu, créez des événements mondains « on se réunit tous les dix en même temps », et gardez une bonne après midi pour profiter de ceux qui vous sont chers et dont l’âge fait planer le doute quant au « on se reverra » à chaque visite.

6) Profitez. Parce que le voyage est long et les cohabitations parfois chaotiques, on a tendance parfois à broyer du noir au bout d’une semaine, répétant à l’envi « mais elle était pénible comme ça avant? » en parlant de l’invasive tante Georgette et tentant de récupérer son enfant parmi la marée de bras qui cherchent à l’agripper. Pour se préparer au mieux et ne pas se gâcher le voyage, mieux vaut positiver dès le départ. Ouvrez les yeux! La France est un pays plein de charme dans lequel vous êtes désormais des touristes. Vos familles veulent profiter de vos enfants à toute heure du jour et de la nuit quitte à casser votre petite routine? Mais à quoi vous raccrochez-vous? Abandonnez vite votre marmaille au plus offrant et barrez-vous en courant profiter de la vie! Acceptez que vos proches ont des défauts. Oui, certains vous donnent le goût de vous pendre mais, chanceux que vous êtes, vous n’êtes pas là au quotidien pour les subir. Faites abstraction ou riez-en mais ne passez pas deux semaines à énumérer à votre conjoint(e) les défauts de la famille entière.

Et bonnes vacances surtout. Quelqu’un pourrait ramener du vin? Ma valise était pleine à craquer de lait !

-Lexie Swing-

A mi-chemin

Course dans le cloître./ Photo DR Lexie Swing

Course dans le cloître./ Photo DR Lexie Swing

On s’était dit « rendez-vous à mi chemin ». Entre Aix et Moissac, au milieu, trônait Narbonne, la vieille du sud, avec sa Via Domitia, ses Halles et ses rues piétonnes. J’ai pris la voiture après une nuit sans sommeil, 15 réveils et la fin d’une nuit dans un autre lit. A l’arrière, Miss Swing chantonnait. Je m’étais volontairement séparée pour la journée de ma cadette, trop petite encore pour suivre le rythme.

On a roulé deux heures durant, épousant le soleil à mesure que nous descendions vers le sud. Trop longtemps après l’heure dite – incorrigible retard – nous nous sommes glissées hors de la voiture. Une volée de marches et puis le cours de la République. Elle m’avait dit « rendez-vous au bord de l’eau ». On avait ri de trouver ça romantique. Je les ai aperçues en quelques secondes, ses filles courant sur la promenade. Il y avait juste un pont entre nous. Juste un pont, quand hier il y avait des milliers de kilomètres d’eau. Juste un pont, que nous avons emprunté en retenant un peu notre souffle.
Les heures ont passé en une fraction de secondes, en un claquement de doigts. Nous avons mangé, ri, raconté. Elles ont couru, se sont promenées, ont dessiné, joué à la dînette au milieu d’un magasin de vêtements et décidé de camper à la belle étoile au milieu d’un autre. Elles avaient l’enfance, on a eu l’insouciance. Nous avions leur âge au temps de notre premier regard. Nous avons vécu nos vies en parallèle, amusées de donner vie à tant de filles, nous qui n’avions connu que la fraternité. Nous avons échangé, comparé. Nous nous sommes conseillées, à des heures parfois indues, au rythme des réveils nocturnes et des inquiétudes. Nos babillages sont plus élaborés qu’il y a 27 ans mais notre amitié reste la même. Légère. Indélébile. Inébranlable.

-Lexie Swing-

Happy 3

Un gâteau chien pour les trois ans./ Photo DR  Lexie Swin

Un gâteau chien pour les trois ans./ Photo DR Lexie Swin

Son sourire. Ses dents du bonheur. Ses cils de vamp. Ses cheveux en bataille. L’odeur de pain d’épices qu’elle dégage dans son sommeil. Sa retenue. Son goût pour les t-shirts manches courtes portés sur des t-shirts manches longues. Ses petits bras chauds. Son poupon métisse qu’elle traine partout. Ses mains pleines de feutre. Son rire. Sa franchise enfantine. Sa gentillesse. Ses « que j’aime » dont elle ponctue chaque demande depuis que son père s’amuse à lui faire dire « s’il te plaît papa que j’aime » et qui se termine en « du pain, s’il te plait que j’aime ». Ses chansons, improvisées ou écorchées. Son regard, si plein de tendresse pour sa sœur. Sa bouche charnue et adorable. Ses jambes graciles. Son déhanchement quand elle court. Sa bulle. Son nez en trompette. Sa passion pour tout ce qui court, nage ou vole. Ses phrases incroyables. Ses imitations. Son goût des livres, immense.

Je suis toute toute petite. Voilà ce qu’elle me dit. Toute toute petite. Mais je suis une grande fille hein?

Trois ans ma douce. Tu es une grande fille de trois ans.

Putain, si tu savais à quel point je t’aime.

Joyeux anniversaire minou…

-Lexie Swing-

 

Le dénominateur commun

./ Photo Parc Naturel du Pilat

./ Photo Parc Naturel du Pilat

Les kilomètres se ressemblent, l’enchaînement des étapes est toujours le même. A l’orée des Bois Noirs, l’excitation surgit. Souvent le temps s’en mêle. Forte pluie, grêle, neige abondante, ce sommet de l’ancienne A72 possède son propre micro-climat. La descente, et puis le panneau de fin de limitation des 110 km/heure. Une accélération et l’adrénaline prend son envol. Bientôt on est au péage. On salue le Ikea. On fait la grimace devant les barres d’immeubles qui se dressent, sombres et menaçantes, dans l’horizon stéphanois. Ces immeubles et ces zones commerciales aux néons vacillants qui donnent une image piteuse de Saint-Etienne à qui contourne la capitale de la Loire pour rejoindre Lyon.
Pour nous, c’est beaucoup plus que ça. Ce sont les repas de famille, les balades au cœur du mont du Pilat. C’est l’odeur des pommes de terre dans la braise et du cervelas grillé. Ce sont des maisons que l’on reconnaît parce que la porte d’entrée s’est fichée dans nos mémoires d’enfants. Ce sont ces lieux que l’on nomme par le nom de leur rue, égrenant leur existence à mesure des années, retraçant les dates, les périodes et les visages. Quel âge avais-je? Le petit cousin était-il déjà né? C’est où cette photo où l’on mange des spaghettis à la table des enfants ?
Nous avons pour souvenirs des lieux moches qui nous étreignent le cœur. Peu importe les pancartes de guingois et les locaux abandonnés, ma mémoire s’emballe à chaque visite, à chaque passage. Et avec mes aïeuls, la ville s’éloigne, la ville s’étiole. Un jour elle ne sera qu’un pan du passé, un endroit sur la carte  et des photos oubliées dans les cartons. Je profiterai d’une virée française pour la montrer à mes filles. Elles feront la grimace, incapables de voir le beau derrière le laid puisqu’aucun souvenir ne sera présent dans leur mémoire pour le parer de beaux atours. Je rentrerai un peu déçue, je ressortirai de vieilles photos, je leur parlerai de ces lieux, de ce balcon, de cette terrasse, de ce dixième étage, de ses rires, de ses chansons, de l’espèce de synthé qui traînait dans la chambre d’amis et du lit appareillé comme une voiture de tourisme, vestige d’une époque où le goût n’avait pas que du bon. J’habillerai leurs images de mes mots, de mes histoires. Alors peut-être qu’elles comprendront, peut-être qu’elles s’intéresseront, et se souviendront, qu’au départ de notre histoire, aux prémices de leur existence, il y a deux grandes familles, issues de Saint-Etienne. Ville de Loire, berceau de nos origines. Notre dénominateur commun.

-Lexie Swing-

Happy 2016

./ Photo Tom Roeleveld

./ Photo Tom Roeleveld

Il y a seize ans, nous « tournions le siècle ». Passez par la case départ, et prenez 2000 ans. Un choc, un vrai, observé avec appréhension par ceux qui prédisaient coupure d’internet et fin du monde (deux choses très similaires, en somme). Seize ans sapristi! Les enfants du siècle sont désormais au volant, qu’ils soient en conduite accompagnée ou apprenti conducteur, de ce côté-ci du globe. Ils sont presque majeurs, généralement vaccinés. Ils vont prendre leur envol. Avons-nous pris notre envol? Nous sommes les enfants du siècle dernier, qu’importe la dizaine affichée. Avons-nous pour autant acquis la maturité? Appris de nos erreurs? Les 15 années écoulées ont montré le pire et le meilleur de la civilisation actuelle. Des découvertes incroyables, notamment scientifiques, et des reculées majeures, dans les guerres, toujours plus sales; dans les moeurs, dont la progression fluctue à mesure que l’acceptation de l’autre se rétracte.

Nous sommes désormais en 2016. Un chiffre marquant pour moi, et quelques autres, car cette année, nous fêterons nos trente ans. Que pourrais-je vous souhaiter, en dehors du meilleur?

  • De la sécurité. Financière, sanitaire, émotionnelle. Parce que lorsque se sent à l’abri et aimé, on est toujours plus à même de s’émanciper, et de se réaliser.
  • Des aventures, beaucoup. Que vous la préfériez dans les livres, ou le sac au dos.
  • De la chance. Parce qu’on a toujours besoin d’un petit coup de pouce du destin.

Ce que je souhaite, tout court :

  • Que l’on cesse de faire cas de ce qui n’a pas la moindre importance, comme la hauteur du gazon de son voisin, l’orientation sexuelle du cousin Gaston ou le nombre d’enfants de la famille Cornichon. Si l’on consacrait la moitié de l’énergie que l’on met à critiquer son prochain dans des projets louables, on aurait déjà changé la face du monde.
  • Que l’on arrive à changer le cours des jours, en cessant de pester des dix heures du matin parce que « décidément cette journée était mal partie ». Ras-le-bol d’avoir le sentiment de perdre des journées entières parce que nous avons posé le mauvais pied au lever ce matin. Fini la déconne, deux heures de malchance, c’est déjà bien assez, changeons les choses. Ou faisons-en au moins de bonnes histoires.
  • Qu’on lâche un peu nos téléphones, nos ordinateurs, pour regarder nos proches dans le fond des yeux et pas seulement depuis l’écran d’un ordinateur. Observer le dernier fou-rire du bébé sur notre téléphone alors qu’il gazouille à nos côtés, c’est ridicule et ça suffit. Mais retrouvons-les quand il s’agit de prendre des nouvelles. N’attendons pas que les autres le fassent. Combien d’amitiés se lassent à force d’attendre le premier pas de l’autre?
  • Et surtout qu’on sautille, qu’on esquisse quelques pas de deux et un entrechat, qu’on accepte de jouer à la marelle au milieu du parking, et à chat sur les bancs du parc. Qu’on montre à nos enfants ce que c’est que le bonheur. Qu’il ne faut pas faire que l’attendre, qu’il faut le créer. Parce que c’est bien d’avouer parfois à ses enfants que papa est triste et maman fatiguée, mais que c’est chouette aussi de leur expliquer qu’on peut embrasser la vie, les bras et les yeux grands ouverts.

Que 2016 soit belle.

-Lexie Swing-

PS Si j’en crois le bruit que fait la petite mandarine, 2016 sera surtout baveuse. Bien à vous ;)

(Des) espoirs


Je me suis mise dans un bain. Quelque part derrière la porte, la petite mandarine sanglotait. Son papa veillait alors j’ai mis l’eau à couler. Le flot de mes pensées se diluaient dans celui du robinet. Un peu plus chaud. Jamais assez chaud. Réchauffer le froid qui saisit mon cœur.

Mon téléphone vibre. Vous avez dix amis en sécurité. En sécurité. Des amis perdus au milieu d’un état de siège. C’est la guerre à leur porte. Ils se géocalisent. Twittent leur angoisse. Relaient leur souffrance. Ils entendent des cris. Des cris qu’ils étouffent. Ce sont les leurs. Ce sont des voisins. Ce sont ceux de mon peuple, et de mes amis parisiens, pris dans les feux d’une bataille qui n’est pas la nôtre. C’est un temps de guerre. Ce n’est ni l’Afrique, ni le Moyen-Orient, ni l’insécurité des bidonvilles des pays en développement. C’est la France. C’est l’Occident. Et c’est la peur, partout.

L’eau va déborder mais je refuse de l’arrêter. Elle noie mes pensées, elle dilue mes angoisses, elle baigne les espoirs qui accompagneront mon soir.

A tous mes amis, courage. Demain se lève déjà.

-Lexie Swing-

La ritournelle

Entre soeurs./ Photo DR Lexie Swing

Entre soeurs./ Photo DR Lexie Swing

Pas comme ça. Pas cette tuque. Laisse ces chaussons. Non, ce ne sont pas les chaussons de bébé. Ce sont ceux-là les chaussons de bébé. Où as-tu pris ces chaussettes? Et cette couche, à qui est cette couche? On avait dit que c’était la dernière. Tu peux aller me chercher une couche? Sa tuque? Ses chaussons? Occupe-là. Raconte-lui une histoire. Tu peux lui chanter une chanson? Je suis sûre qu’elle aimerait une chanson. Maman doit faire la vaisselle, peux-tu veiller sur elle? Que fait-elle? Elle a sa suce? Ne touche pas sa suce. Ne touche pas sa suce. Ne touche pas sa suce! J’avais dit quoi pour la suce? Non je dois laver la suce maintenant. Tu as mis tes doigts dessus. Si, il y a des « microkes » sur tes doigts. Non, pas des microkes de nez. Du moins, je n’espère pas. Voilà j’ai lavé la suce. Tu peux aller me chercher la suce? Fais-lui une caresse. Non, pas sur la tête. Pas sur les joues. Tu ne t’es pas lavé les mains. Sur la bouche encore moins. Sur le pied, oui, tu peux. Sur la main d’accord, mais viens on va laver les tiennes. Un câlin? Si tu veux, mais je la tiens. Non, tu ne peux pas la prendre encore. Tu es trop petite. Ok, mais assieds-toi. Non, pas comme ça. Soutiens-là. Tiens-là bien. Regarde, elle te sourit. Elle t’aime tu sais. Elle t’aime déjà. C’est précieux ce qu’il y a entre elle et toi…

-Lexie Swing-

30 bougies à souffler

Happy Birthday./

Happy Birthday./

30. Ça fait un paquet 30. Ton souffle tiendra-t-il jusque là? Quel vœu feras-tu? Hier je suis sortie de la salle de bain, j’ai embrassé du regard notre maison que tu améliores petit à petit, notre bébé endormi dans son petit lit, notre grande fille accroupie près du chien, les genoux déjà plein de poils dans la douceur du matin. Sur le pas de la porte, nous parlions de ton travail. Je souriais. Tu souriais. Quel voeu feras-tu? Nous avons déjà tout…

En quelques années, la vie s’est accélérée. D’étudiants, de prétendants à des jobines, nous sommes devenus des professionnels. De jeune couple, nous sommes devenus une famille. Et au matin de tes 30 ans, nous ne pouvons que constater : nous avons réussi à avoir la vie que l’on voulait.

Tu as gagné des cheveux et des poils au menton. Peu d’hommes peuvent s’en targuer. Tu es bien plus grand aussi que le petit bonhomme que j’ai rencontré il y a 15 ans. Sais-tu cela? Nous aurons désormais passé plus d’années à nous connaître que dans l’ignorance l’un de l’autre. Cette année, celle de tes 30 ans. C’est un signe, tu crois?

Je ne suis pas sûre que tu sois de ceux pour qui le cap de la trentaine était angoissant. Mais si quelques relents d’inquiétude flottent dans ton air, sache ceci : les meilleures années arrivent.

Mon amour, à 23h55, heure française, tu auras 30 ans. Tu attaques une nouvelle dizaine, les bras plus chargés, l’esprit plus encombré, le coeur plus large encore mais l’horizon définitivement plus lumineux.

Joyeux anniversaire.

-T.-