Changements de voies et carrières wow

Dans mon métier, j’ai la chance de croiser, rencontrer et interviewer des gens bardés de diplômes aux parcours souvent incroyables. Il y a les profils types, un bacc (équivalent d’une licence), parfois une spécialisation et hop sur le cheval du boulot. Et puis ceux qui ont pris quelques chemins de traverse pour arriver où ils en sont maintenant, le tout en ficelant bien serré un package de compétences comme seul le Canada sait le valoriser.

Succès - carrièreMes préféré(e)s : ces femmes restauratrices anciennes sportives de haut niveau, ces fleuristes ex-partenaires d’affaires dans une banque de renom, ces juges anciennes professeures et ces instit’ ex-recherchiste pour des émissions de télé gros budget ou chargée de communication dans de grosses boites parisiennes (clins d’œil à mes copines ici).

J’aime ces femmes qui ont réussi à prendre des virages aussi improbables et physiquement dangereux que la trajectoire de leur Cessna le laissait supposer. Qui piquent du nez, et rétablissent l’altitude, qui prennent une accélération soudaine pour effectuer un looping parfait à la barbe des « je t’avais bien dit que … » et des non moins courants « quand on a un CDI on le garde ».

Il y a quelques jours j’ai décroché mon téléphone pour ce qui devait être une courte entrevue. Récompense au mérite, félicitations pour la belle carrière. J’ai peu d’infos, le web est muet et LinkedIn sourd à mes supplications.

Elle répond, enjouée. Elle me dit que oui, elle est contente quand même, elle trouve qu’elle a eu une belle carrière jusqu’ici. On ne se doute pas forcément de la portée de ce qu’on fait, quand on est dedans, ajoute-t-elle. C’est une ancienne directrice de club de sport, devenue avocate de haut vol. Qui a mis au monde 4 enfants, entre le début de son droit, et son assermentation.

Il y a cette autre, une femme, découverte sur Châtelaine. Qui a lâché le monde de la banque pour devenir fleuriste. Et tous ceux à qui je parle au quotidien, qui ont deux ou trois bacc, qui sont d’anciens sportifs, qui ont été chefs d’entreprise, qui font du bénévolat en plus de leur shift de juriste de 70h semaine. Ces gens inspirants, ces femmes qui soulignent toujours, avec de l’exaspération même parfois, qu’elles ont des enfants oui, mais qu’ils ont un papa.

Ces gens pour qui le temps semble sans limite et qui repoussent l’impossible aux confins du réel. Quand je les écoute, quand ils me racontent, je comprends qu’ils n’ont jamais entendu parler de voie tracée, qu’ils ont fait fi des prédictions, qu’ils ne croient pas aux certitudes.

Que la vie n’est qu’un poney de bois qui attend qu’on l’anime. Quelques cennes suffiront, et le reste suivra.

-Lexie Swing-

Le temps de l’insouciance

TrinquerBecky G. Vous connaissez? À la faveur d’une lecture aléatoire de clips sur Youtube, je tombe sur un air que je connais et un rythme entraînant. Une chanson entendue à la radio, captée entre deux annonces dans les grands magasins. Curieuse, j’affiche l’onglet de ma vidéo. Et je déconfis.

Elle a douze ans. Environ. (19 en fait, j’ai vérifié).

Je chantonne un air scandé par un bébé à l’aube de sa vie. Une minette en chandail à bedaine qui mime le grand amour sur fond de piscine et de fête alcoolisée. Pis ça m’agace.

Je regarde la vidéo et j’envie un peu cette insouciance. Je me demande si on en a profité. Profité comme ça. Si on a suffisamment pris la mesure de ce que cela signifiait, grandir, vieillir. On voulait déjà le grand amour, les responsabilités, le premier chèque de paie, la première facture. On débattait politique avec des arguments nés dans la bouche de nos parents, en versant dans nos gorges suffisamment des cocktails de pisang ambon ou de manzana pour oublier qu’on avait pas encore 20 ans. On riait d’avoir encore le temps, autant de temps.

30 ans, ce n’est pas assez grand pour observer la vingtaine avec sérénité. On la regarde avec beaucoup de suffisance, un poil de condescendance et certainement une grosse bâche d’envie. On la regarde avec incrédulité aussi, en découvrant que de bons acteurs de films, les chanteurs en vue du moment et les sportifs les plus médaillés, sont désormais nés bien après nous.

Et puis on se souvient, de la tristesse en filigrane, de l’incompréhension, des hormones qui jouent les troubles-fêtes et des relations sociales difficiles. On se souvient des amours vaines, des amitiés qui s’éparpillent, des trahisons et de l’angoisse latente de finir seul. Pas ses jours, mais sa récréation ou son repas de midi. Et on garde de ces années une vague appréhension à l’idée de dîner seul au restaurant entre deux rendez-vous.

On regarde alors avec plus d’attention. Les corps au bord des piscines et les verres de cocktails qui s’entrechoquent. Et l’on entend que certains rires sonnent faux, que certaines postures sont étudiées, que l’acceptation de soi viendra plus tard.

Et que l’insouciance, quelque part, c’est nous qui l’avons. L’insouciance d’être nous-mêmes. Nous ne nous devons qu’à nous-mêmes, nous n’avons plus de compte à rendre à une mère qui attend le sommeil fébrile que l’on passe la porte de la maison ou à un père à l’affût de bonnes notes ou de bons résultats. Nous savons mieux ce que nous valons. Nos corps sont épuisés mais nous les connaissons par coeur. Nous disons plus haut et plus fort ce que nous pensons. Nous avons appris à nous en foutre, à laisser tomber, à accepter, à compter sur nous et sur nous uniquement. Nous vivons toujours la peur au ventre. Nous sommes désormais ces parents qui attendent l’oreille aux aguets toute la nuit durant. Ces adultes qui craignent pour leur emploi, leurs impôts ou les dégâts dans leur maison.

Mais lorsque nos verres s’entrechoquent, ils le font sans arrière-pensée. Ils n’ont plus rien à prouver. Ils n’ont plus qu’à nous faire profiter.

Et ce n’est plus du pisang ambon dégueulasse.

-Lexie Swing-

 

 

Tout ce que j’ai oublié de te dire

./ Photo Klausdie

./ Photo Klausdie

Ce serait le titre parfait pour un roman (quoiqu’un peu long), pour une lettre d’adieu ou un mot de souvenir. Mais c’est autre chose. Ce sont les silences du quotidien, le téléphone auquel on ne répond pas car on est trop occupé. Ce sont les mots auxquels je pense alors qu’il est déjà couché. Ce sont les textos que je n’écris pas car cela me paraît trop long avant même d’avoir commencé. Ce sont les phrases laissées en suspens au milieu du souper parce que le bébé a jeté sa purée et que la grande en profite pour crier. Ces mots d’adulte, ces phrases de couple, ces idées folles, ces pensées fuyantes, ces liens internet que je lui transmets sans annotation. Ce sont ces envies, ces rêves mais surtout ces infos du quotidien que je lui confie parfois des jours après, à la faveur d’une promenade en voiture où nous sommes les seuls à résister au sommeil. Ces phrases, ce sont :
– Il faut acheter des couches
– T’as regardé les promos pour Cuba?
– T’en penses quoi de cette robe?
– J’ai lu un truc sur l’éducation bienveillante, sur le temps passé avec nos enfants, il faudrait faire un peu comme ça, mais pas complètement, je ne suis pas d’accord avec tout, je voudrais que tu me donnes ton avis.
– T’as vu pour les femmes en Russie?
– Il faut que j’arrive à sortir la blague sur Francesca.
– J’ai vu un gars hier, un monsieur âgé, il draguait une jeunette, 40 ans de moins au bas mot. Il m’aurait poussée pour se retrouver face à elle. Si je te jure. Elle avait 20 ans. Ben oui, dix de moins que moi…

Il y a des jours où les idées m’échappent, où je voulais lui dire que… et je ne me souviens déjà plus. Ma pensée me revient en pleine nuit, pendant une insomnie. Ou dans le bain, tandis que je clapote les oreilles à l’abri pour faire obstacle aux cris rageurs de notre fille chérie. Parfois j’ai envie de lui laisser des mots. Parfois, en plein milieu de la nuit, je commence des textos. Je les efface après. C’est un peu ridicule. Je lui dirai demain. Je lui dirai tout. Je ne lui dirai probablement rien, en fait. J’aurais oublié. B. nous appellera. E. tentera « papa? » debout contre les barreaux, l’œil larmoyant et le nez qui coule. On se tiendra à l’essentiel, comme on fait souvent.

Bonjour, je t’aime. Bonne journée, je t’aime. Bonne nuit, je t’aime. Je t’aime depuis longtemps, je t’aime pour toujours. Le reste, je te le dirai plus tard, à l’oreille, dans le train, sur une note glissée dans la cuisine, sur ton téléphone, par courriel, entre deux cris, au dessus de leurs têtes, dans une autre vie peut-être. Mais sache que je t’aime et que c’est la seule chose que je n’oublierai jamais de te dire.

-Lexie Swing-

 

Welcome to my mind

Mind./ Photo Devanath

Mind./ Photo Devanath

A la fin de chaque mois, aux alentours du 20, mon opérateur m’annonce d’un ton terriblement détaché (par texto, c’est dire à quel point il s’en fout) que je n’ai plus de mega et que je ne peux donc plus utiliser mon internet en dehors des bornes wifi, à moins de vouloir filer un rein pis la rate pour payer mon forfait.

Je suis donc contrainte à faire autre chose que traîner sur mon cellulaire à Googler des trucs improbables et mettre à jour mes courriels aux 5 secondes. Généralement, la fin du mois concorde avec mon oubli de reprendre des livres à la bibliothèque. Fait que… Je me retrouve à devoir regarder autour de moi et me distraire par moi-même. L’angoisse. Comment on fait déjà ?

Bon ça m’a pris un peu de temps mais j’ai fini par me rappeler. Il faut dire que j’ai une imagination débordante. Quand j’étais ado, je vivais dans ma tête des moments incroyables où j’étais l’héroïne d’aventures amoureuses trépidantes incluant beaux acteurs et rencontres impromptues. Normal.

Mon jeu préféré n’a pas perdu en intensité mais les beaux acteurs ont été remplacés par des amis perdus de vue ou des personnages importants que je rencontre donc dans ma tête en imaginant des conversations où je brille par mon intelligence. C’est tout moi. Je vous ai déjà dit que j’avais la repartie d’un poulpe à l’agonie? Et bien dans ma tête, non. D’ailleurs quand la phrase ne sonne pas bien, je la recommence. C’est parce que c’est moi le chef.

La rencontre se fait toujours au coin d’une rue. Généralement vers mon boulot. Parce que quand j’y pense je suis sur le chemin, partant de mon bureau. Faque mon esprit divague et, oh boy, incroyable, toi ici? Si loin de ce patelin de France où nous sommes connues (ou « connus », je ne suis pas contre une rencontre avec quelques gars qui m’ont plaquée et que je pourrais désormais éblouir de mon charme de trentenaire accomplie) il y a de cela un siècle environ je sais je n’ai pas vieilli d’un poil. (Toi si par contre mais même dans ma tête je suis pleine de tact alors je souris et je fais fi de rien).

Là, la conversation se déroule. Souvent, je suis accompagnée de mon amoureux (rasé mais pas trop, avec les cheveux attachés à moitié, une chemise, de beaux jeans et sa cadette en porte-bébé façon papa impliqué mais naturellement stylé) et de mes filles donc.

Et je parle de mes filles. Et puis de mon chum. Et je dis chum d’ailleurs. Et j’explique, l’air faussement désolée « c’est le mot québécois désolée j’oublie ». Et puis je ris. Dans mon imaginaire j’ai le rire pointu, bref et satisfait. Dans la vraie vie j’aurais assorti cette remarque d’un rire niais mais héroïne de l’histoire je suis, rire appropriée j’ai donc!

Je parle de Montréal. Ça fait rêver Montréal, l’expatriation, toussa. Surtout quand tu viens de France et que tu pourris sur pied dans le climat qui se détériore (et la météo aussi d’ailleurs). Je dis « Justin » en parlant du premier ministre et je roule des yeux condescendants quand on me répond « qui, Bieber? »

Et je porte une robe ajustée. Genre moi qui vais à un 5 à 7 réseautage journalistes. J’ai mes filles, pis mon chum mais je vais à un 5 à 7 et j’ai la robe parfaite et les talons fashion mais confortables. Logique. D’ailleurs, quand je me perds dans mes pensées, je refais mille fois la scène jusqu’à avoir la bonne tenue, la bonne coiffure et le bon timing. « Je pourrais croiser machine… » Mon esprit s’emballe et puis la raison lui met le holà : « Non mais si tu croises machine la fille-qui-a-tout-réussi à 16h. T’as le temps de jaser ok, parce que ton train est qu’à 50 mais là elle te voit avec ton sac Dollarama avec tes bougies pas chères pis ta nappe à 3 dollars. Ok, on remonte le film. Tu passes pas à Dollarama ce jour-là. Tu sors plus tôt. Tu croises machine la fille-qui-a-tout-réussi à 16h. T’as mis ta super robe et tes escarpins. Ah non pas les escarpins, tes ongles sont moches. Bon on remonte le film. Hier t’es allée te faire faire les ongles pis ce midi t’es PAS passée au Dollarama… »

Fait que oui, j’me dis tu et j’rentre chez moi (chez nous) fatiguée. Ma fille parle du pont d’Avignon et fait le chat qui miaule et on dirait qu’ensuite je serais un oiseau et je me demande bien d’où elle tient tout ça, cette imagination. C’est fou les enfants non?

-Lxie Swing-

Avoir 3 ans

Avoir 3 ans/ Photo Magnus Franklin

En février, Miss Swing a eu trois ans. Un âge plein d’intelligence et de réflexions sensées. Un âge qui est aussi une espèce de no man’s land dans la littérature éducationnelle. Entre terrible two et fucking four, point de chapitre. A lire cela, je me voyais déjà dans une période d’accalmie et de bonheur immodéré où j’aurais gambadé dans la pinède une enfant sur la hanche et l’autre au creux de ma main.

Que nenni. Je sais pourquoi il n’existe pas de chapitre sur les trois ans. C’est parce que, si on le décrivait ne serait-ce qu’une seule fois, la moitié de la population réclamerait une contraception définitive.

Chez nous, les trois ans, c’est comme si crimes et châtiments avait bouffé orgueil et préjugés. Un incroyable mélange de larmoiements, d’argumentation, de justification, de compliments, de tentatives de soudoiement, le tout enrobé d’un entêtement à faire pâlir un Ariégeois, mené d’une main de virtuose par une trois ans minus avec les cheveux qui lui balaient les épaules. Une espèce de poupée de conte, aux cheveux châtains clairs, aux dents qui poussent au petit bonheur et aux cils ourlés, qui a décidé de faire exactement ce que sa tête lui chantait.

En l’espace d’une journée, elle peut ainsi (et elle a déjà):
– Gémir pour qu’on la lève de son lit alors qu’elle a un lit de grande
– Brailler pour ne pas mettre ses pantoufles
– Refuser d’aller faire pipi
– Dire qu’elle voulait des gâteaux, puis des céréales, puis non finalement du pain. Réclamer encore des céréales. Jurer que cette fois-ci c’était pour de vrai. Refuser de manger ses céréales.
– Prendre un jouet à sa sœur au motif qu’elle le mettait dans sa bouche.
– Engueuler sa sœur parce qu’elle touchait une peluche avec des doigts mouillés.
– Dire cinq fois « tu m’as fait mal » pour justifier le fait qu’elle se soit mise à crier, alors qu’on la regardait depuis l’autre bout de la pièce.
– Jeter un jouet d’énervement. Trois fois de suite.
– Lécher le caddy au supermarché, et de nouveau plusieurs fois tandis qu’on lui lance un regard furieux tout en payant à la caisse.
– Commencer un dessin, abandonner au bout de trois minutes parce que « c’est trop fatigant pour mon petit bras maman »
– Faire mine de nous taper
– Faire la poupée de chiffon tandis qu’on l’aide à enfiler son pantalon

Vous avez pris peur? Non ne partez pas! Ce qui est fabuleux avec les enfants de cet âge, c’est cette intelligence incroyable qui ponctue les moments d’accalmie. Entre deux cris de colère, je reste pantoise de ses réflexions. Un vrai florilège. Exemple :

Je suis la fille de P et T?

Non tu es leur petite fille.

Donc c’est toi leur fille?

C’est ça chérie, et c’est qui la soeur de Papa? Tu sais?

C’est facile : c’est Tatie, la maman de mes cousins.

(CQFD)

 

E. c’est ma soeur, ma soeur pour toute la vie.

 

Maman?

Oui?

On va à droite tu as dit

Oui, et?

Tu vas à gauche.

 

Un jour on fera tous ensemble un petit recueil de leurs meilleures réflexions, ça vous dit? En attendant, je vais jeter un oeil au chapitre sur les 4 ans. Il paraît que ça fait froid dans le dos. Surtout quand il se produit en même temps que le terrible two du numéro 2.

 

À bon entendeur…

 

-Lexie Swing-

Comme un enfant

Playing with water./ Photo Fred Mancosu

Playing with water./ Photo Fred Mancosu

Avec l’enfant vient la maturité. Que je croyais! La paperasse de naissance, les nuits hachées, les tarifs de garderie et ceux des paquets de couches… Tout ça te conditionne à devenir adulte, à enfiler pantalon serré et veston ajusté, à jouer un rôle calculé, moitié visage las (les nuits) moitié moue perturbée (le rhume qui perturbe les nuits est il la conséquence d’une détresse enfantine due à une naissance à 9h55 par césarienne plutôt qu’à 10h35 par voie basse?)

Mais tout ça n’est que façade! Personne n’est plus innocent qu’un parent. Applaudir un caca, brailler une poule sur un mur, chercher les flaques d’eau pas trop profondes mais un peu, pour sauter dedans. Choisir, à cet effet, les plus belles bottes de pluie, s’extasier devant une maison de poupée « comme on aurait voulu avoir enfant », pleurer devant un dessin animé, courir en rond, sauter haut, jouer à la cachette et clamer « 8, 9, 10, tu es bien caché? Je vais te trouver! » Et se planquer au fond d’un placard, le souffle coupé et la tête dans les manteaux, avec la même pointe d’excitation que lorsqu’on avait 8 ans.

Et puis redevenir adulte. Dire mais-oui-mon-chéri-je-te-vois sans lever la tête d’un livre. Disputer parce que la boue a taché un pantalon durant la grande invasion des cowboys par les indiens. S’interroger « la poule ne devrait-elle pas picorer plutôt que picoter? » Crier « on a dit pas la tête la première sur le toboggan ». Prévenir qu’à force de tourner, on pourrait tomber. Consoler en disant « je t’avais prévenu que tu allais tomber ». Refuser de lire Tchoupi et Petit Ours Brun parce qu’ils véhiculent des concepts éducatifs douteux. Choisir les livres avec des images rétro-baroques et des textes en alexandrins. Faire répéter un, deux, trois, quatre, cinq, six… Et demander : c’est quoi cette couleur là? Ajouter bravo tout le temps. Tu es capable. Tu es courageux. Essaye. Goûte. Il faut toujours goûter.

Réaliser que ca prend de la maturité pour réaliser. Qu’il faut toujours goûter. Ne pas se tacher. Éviter les flaques et les heures de télé. Qu’à trop tourner on finit par tomber. Qu’on est courageux. Qu’on est capable. Et puis s’amender. Dire pardon tu as raison ce n’est pas si grave. Viens on va jouer aux Indiens. Je te lirai Petit Ours Brun en faisant la grosse voix du papa. Et on tournera jusqu’à s’écrouler. On rira. Mon pantalon sera plein de boue. Je te promets de ne pas soupeser dans ma tête le risque que ça encrasse la machine à laver. Redis-moi, déjà, comment on joue à chat?

-Lexie Swing-

30 belles années

Prête pour la suite./ Photo DR Lexie Swing

Prête pour la suite./ Photo DR Lexie Swing

Je suis née il y a trente ans quelques minutes avant midi, c’était le printemps et il neigeait. Voilà comment débute mon histoire, celle que m’ont toujours contée mes parents. En réalité, comme chaque individu, ma propre histoire me préexiste, fruit de faits et de contextes qui prennent les traits de ceux qui m’ont mis au monde. Je suis la résultante de bonheurs et de déboires, de choix et d’un peu de chance aussi, moi qui suis venue me greffer à ma mère en quelques semaines à peine, comme ma propre fille a si bien su le faire après moi. Il y a trente ans, à Saint-Étienne, il y avait 20 cm de neige. Comme aujourd’hui, sous mes pieds, bien loin de ma Loire natale.

Le bonheur est fugitif. À l’image de la poussière qui se révèle dans la lumière, il se constate plus qu’il ne s’accroche. Mais si je devais le fixer, durant un instant à peine, je choisirais ce jour précis. J’ai trente ans. J’ai connu des jours hasardeux, j’espère des lendemains chantants, mais en cet instant, le bonheur est là, vacillant toujours, mais bien présent.

Je suis où je rêvais d’être, géographiquement certes, mais temporellement, factuellement, aussi. J’écris, j’aime, je pouponne, je câline, je couds, je cuisine, je savoure et je vis surtout. Je peine à prendre du recul tant la vie me semble filer au grand galop, mais je suis ravie, quelque part, de cette cadence qui martèle au rythme de mon coeur.

Je n’ai jamais imaginé qui je serai à trente ans. J’espérais sûrement vaguement être écrivain. Ou une journaliste connue. Je n’ai jamais fait le portrait de l’amour et encore moins de la maternité. J’en avais envie, j’espérais que cela viendrait un jour, mais aucune pensée précise n’était venue se matérialiser dans mon esprit.

J’ai beau avoir l’imagination fertile, la vie m’a offert bien plus que ce j’avais pu imaginer.

Aux trente années écoulées, à celles que je souhaite encore meilleures, et à cet instant parfait.

-Lexie Swing- (nouvelle trentenaire)

 

Un nom de roman

B./ Photo DR Lexie Swing

B./ Photo DR Lexie Swing

Je rentre. Je m’attarde sur un journal gratuit faute d’avoir une autre lecture sous la main. Entrevue avec une auteure. Son héroïne, une adolescente, s’appelle B. Comme ma B. B. est tantôt une fille de jazz, tantôt une fille perdue chantée par M.J., et maintenant une adolescente normale dont le nom s’étale en petites lettres rondes sur une quatrième de couverture.

Ce n’est pas la première fois que B. est le prénom d’une héroïne de roman. Pas la deuxième non plus. Il y en a eu plusieurs, comme si ce prénom inspirait, un véritable prénom de muse moderne.

Je n’étais pas très prénom court, pas très prénom mode non plus. J’aimais les prénoms qui portent sur leurs épaules une signification tonitruante et une toilette de reine. Quelque chose comme Isolda. Ou Athenaïs. Force est de constater que ce n’est pas vraiment le genre de prénoms dont ont hérité mes filles. Paraîtrait que l’on est deux à les faire et donc deux à choisir leur nom. La décision s’est faite à la faveur d’un 50/50 : mi-court et punchy (pour lui), mi-rare (pour moi). B. donc.

Et quand je vois son prénom sur une couverture de roman ou au détour d’un résumé, quand je vois un auteur se l’approprier, comme un enfant rêvé ou un alter ego plus héroïque, plus juste, plus épanoui aussi, quand je réalise qu’il voit en ce prénom un résumé des enfants de sa génération ou la copine géniale dont toute petite fille pourrait rêver; alors je me dis que notre choix était bon, qu’il était clairvoyant. Car c’est tout ce que je lui souhaite, d’être appréciée, d’être une amie juste et peut-être même d’être une héroïne, à sa manière.

-Lexie Swing-

Des livres gratuits

 

Entre les livres./ Photo 命は美しい

Entre les livres./ Photo 命は美しい

 

J’y passe en soirée, après avoir couché les filles, ou entre deux siestes la fin de semaine. Je ne suis pas vraiment une fille d’habitudes… Je dispose de peu de temps alors je file entre les rayonnages, m’arrêtant à peine un instant au pied des romans mis en avant de la semaine. J’avance jusqu’au rayon des C, empoignant les Agatha Christie les uns après les autres, tentant d’en dénicher un que je n’aurais pas encore lu. Et puis ensuite j’oscille, épousant du regard les couvertures. Nous avons tous des couvertures qui nous attirent plus que d’autres. J’ai du goût pour les pochettes beiges et simples de chez Flammarion. Et un peu, je dois l’admettre, pour celles, vives et colorées, de la chick lit. De cette dernière, je me suis imposée une règle : comédies romantiques ok, mais en VO seulement. Les Kinsella et autres du genre n’ont plus de secret pour moi, et j’improve my english en toute serenite.

Je rêvais d’une bibliothèque géante reflétant mes coups de cœur. Mais la réalité étant celle des prix élevés et des menus budgets, je me suis rabattue sur ce que le gratuit a de meilleur : la culture, surtout celle des livres.
Quatre livres par semaine, plus un ou deux pour les filles, je suis bien équipée pour mes trajets de train. Un oubli et je me sens démunie. Que peuvent bien faire les autres passagers pendant tout le trajet ?
Inscription généralement gratuite dans les bibliothèques du Québec. Preuve de résidence nécessaire. 
Et vous, vous êtes-vous inscrit à la bibliothèque de votre quartier ?
-Lexie Swing-

Long time no see

Saint-Bruno sous la neige./ Photo DR Lexie Swing

Saint-Bruno sous la neige./ Photo DR Lexie Swing

Ça fait quelque temps qu’on ne s’est pas vu, vous et moi. Je passe en coup de vent, le temps d’évoquer quelque jouet, et puis je repars. Vous vous dites probablement que la conciliation travail-famille m’a aspiré dans son vortex avant de me rejeter chaque soir sur la jetée, ou mon lit plutôt, et vous n’avez pas tort. Mais ce n’est pas toute la vérité.

La vérité est que nous avons récemment été pris aux griffes d’un montre puissant, implacable, vindicatif et assoiffé, qui est revenu maintes fois à la charge avant d’être terrassé. La ma-la-die. Une maladie qui a frappé bruyamment à la porte un samedi matin en assaillant Miss Swing d’un bon petit 40 de fièvre qui l’a laissée exsangue et fatiguée. À peine semblait-elle avoir repris du poil de la bête que nous avons dû à notre tour livrer bataille. Plusieurs fois. Au point de ne plus pouvoir se lever. Au point de défiler à la clinique. Au point de finir à l’hôpital parce que le monstre avait pris trop d’ampleur. Il a fallu les bons médicaments et l’appui indéfectible de nos amis Aurore et Thomas pour que le vilain prenne ses microbes sous le bras et s’en aille terrasser d’autres foyers que le nôtre. Une semaine à ne pas pouvoir se lever. Une semaine à tituber. Une semaine à manger des restes et du congelé. Une semaine à espérer que demain serait meilleur et à ne pas voir le jour se lever.

Je le répète : sans nos amis, qui sont la famille que nous n’avons pas ici, nous serions probablement encore dedans, faute d’avoir pu se libérer du temps pour se soigner. Alors prenez soin des vôtres, tous les vôtres, pas seulement ceux dont le sang et le nom resplendissent dans votre arbre généalogique.

Et que cet hiver que je n’ai presque pas vu, arrivé tard et parti tôt (je sais je sais, « on va sûrement se prendre une autre tempête dans les dents», mais c’est ça qu’on aime non? La belle tempête finale après avoir ressorti le barbecue?), s’éloigne tout à fait. Lui, ses températures mitigées, sa slush et ses moues dépitées à la gare le matin, qui me laissent à penser que tout le monde est définitivement tanné de ce demi-hiver qui prend fin.

À nous les cabanes à sucre.

À nous les beaux trenchs de printemps.

À nous l’herbe et les fleurettes, bien gardées au chaud sous leur manteau de neige.

À nous les factures Hydro qui reviennent à des montants raisonnables.

À nos enfants les parcs à jeux qui réouvrent leurs glissades et leurs balançoires.

Et à moi les trente printemps.

-Lexie Swing-

 

PS Ce n’est pas parce que je n’écris pas que mon esprit ne fonctionne pas, lui. Plusieurs idées me sont venues au fil de mes jours d’agonie. Ainsi, plus de photos devraient bientôt apparaître sur le site, un blogroll, une rubrique spéciale sur les boutiques et créateurs pour enfants québécois et même une vidéo pour vous faire découvrir en sons et en images notre dernier coup de cœur de la littérature enfantine. See you!